Jeu d'échecs

Deuxième partie: Et in Arcadia

Septième chapitre: The human factor/Le Jugement de Pharaon

Auteur: Rain

Disclaimer: Shaman King ne m'appartient pas.

Soundtrack: One more (Superchick); Young Volcanoes (Fall Out Boy)

Note:

Ce chapitre est écrit depuis un bout de temps et ça se sent un peu... Suis-je un peu nerveuse à propos du premier "vrai combat" de cette fic? Un peu.

Young Volcanoes est une chanson que je verrais bien en "opening" de cette fic!


Jeanne leva les yeux et croisa le regard d'Anatel.

Juste à côté d'elle, elle pouvait sentir Achille et Nyôrai. Si Nyôrai était calme et même souriante de sous son voile, Achille semblait un peu tendu, mais ce n'était peut-être pas à cause de leurs adversaires.

Ils avaient décidé de faire passer le brun pour le « chef » de leur équipe, au moins pour ce match, au moins pour l'entrée en matière. En vérité, il n'y avait pas vraiment de chef. Comme le code d'erreur 'EDEN' l'indiquait si clairement, ils n'avaient d'équipe que le nom. Pourtant, ils étaient décidés à s'allier pour gagner, et ils y parviendraient. En fait… il y avait probablement autant d'enjeux pour ses deux compagnons que pour elle. Nyôrai voulait impressionner Sâti. Achille cherchait à montrer sa valeur à Hao. Et elle… ? Elle espérait faire passer un message, à la fois aux X-Laws qui la connaissaient et à Hao. C'était risible, un peu. Voulaient-ils même gagner le tournoi, en fait… ?

Bien sûr que oui, se morigéna-t-elle en se redressant. Même si leurs objectifs tournaient autour d'autres humains, ils avaient de l'importance. Et elle allait le prouver.

Prenant une grande inspiration, elle leva la tête pour localiser Hao dans le public. Il n'était pas difficile à trouver. Même dans la foule, il brillait comme un phare d'énergie. De là où elle était, elle ne pouvait pas distinguer son visage, ni même ce qu'il pouvait être en train de faire. Pourtant elle se l'imaginait souriant, avec sans doute un bout de pain au curry dans une main et ses fichues jumelles dans l'autre. Quand elle l'avait vu les dégainer lors du premier match, elle avait cru halluciner pour de bon : mais il était sérieux. Terriblement sérieux.

Nyôrai avait ri quand elle lui avait expliqué que l'idée la troublait. La brune avait fini par lui dire que si ça la dérangeait trop, elle n'avait qu'à lui adresser un geste grossier et qu'il arrêterait sans doute de regarder. En plus de savoir que ça ferait sans doute rire l'omnyôji, Jeanne s'était demandée sur quelle planète sa compagne vivait…

Et maintenant ils étaient sur le ring, et Hao les regardait, et elle se sentait quand même plus qu'un peu tendue. Savait-il déjà ? Qu'elle n'acceptait pas sa proposition ? Qu'elle allait lui prouver qu'elle avait raison, qu'il était possible de se battre et de gagner sans faire couler le sang ? Peut-être. Peut-être pas. Elle n'avait pas à s'en soucier. Maintenant, ce qui comptait, c'était gagner le match.

Elle avait aussi envie de chercher les X-Laws, mais elle ne le ferait pas. Si elle croisait le regard de Marco, ou, pire, s'il n'était pas là... elle n'avait pas envie de s'exposer à ce genre de déception. Ce qui comptait, c'était de gagner le match. Pas vrai ?

« Et pour le troisième affrontement de la seconde manche… je vous prie d'accueillir ! A ma gauche, les Niles ! »

La voix de Radim la ramena dans le présent.

Nyôrai avait pris quelques minutes pour la mettre au point sur leurs adversaires. L'équipe « Niles » était composée d'Égyptiens, de trois amis proches : Anatel Pokki, Nakht Pitrah, et Khafre Puljiz.

Anatel se croyait la réincarnation d'un Pharaon, ou son descendant, ou l'héritier de sa vision, ce n'était pas clair. Lui et ses deux compagnons avaient étudié les mystères égyptiens et leur shamanisme était ancré dans ce qu'ils en avaient compris. D'ailleurs, leur sens de la mode aussi, apparemment. Leurs armes ne faisaient pas grand-sens pour Jeanne : Khafre portait une espèce de sceptre, Anatel une… clef, et Nakht était protégé par une pyramide. Elle n'arrivait pas à imaginer quelqu'un porter volontairement un bloc de pierre sur la tête, mais c'était visiblement le cas.

Juste avant qu'ils ne montent sur le ring, Nyôrai avait ajouté : « Anatel est visiblement arrogant, avec un penchant pour le drame. Il est chatouilleux sur le protocole. Ses deux amis sont plus détendus, mais ils lui sont très attachés. Très synchrones. Il faudra les séparer si on veut être le plus efficace. Et Anatel semble facile à enrager, donc on devrait pouvoir en tirer avantage assez facilement… »

Au-dessus d'eux, un immense panneau montra le visage des trois Niles, avant de montrer des barres colorées légendées de nombres : 2 900 pour Khafre, 3 000 pour Nakht, 3 500 pour Anatel. Leur furyoku, réalisa Jeanne. Comme ça, ça n'avait pas l'air très impressionnant… mais il ne fallait pas s'y fier. Selon Nyôrai, leurs adversaires savaient faire beaucoup de choses avec des ressources limitées.

« A ma droite, team Eden ! »

Leurs visages apparurent dans le coin opposé de l'écran, puis leur niveau de furyoku : 34 000, 111 200, 305 000. Mais Anatel ne regardait pas l'écran. A la place, agitant l'étrange objet qu'il tenait dans la main, il désigna le trio. Bien que Jeanne ne puisse voir son visage derrière le masque de Pharaon, elle avait l'étrange impression qu'il était dégoûté.

« Vous plaisantez ? On doit combattre trois enfants ? La farce était drôle, maintenant c'est bon, vous pouvez leur dire de rentrer chez eux et nous montrer nos adversaires. Je veux dire, regardez comme ils sont habillés ! On a… une princesse orientale, un conquistador espagnol et une templière singulièrement désarmée. Ce sont des costumes de fête foraine, pas des vêtements de Shamans, et surtout pas de Shamans d'Hao ! On est pas dans la pièce de théâtre de fin d'année, vous savez ? »

Jeanne leva un sourcil.

Elle était moins surprise par les paroles d'Anatel que par la réaction d'Achille. Au lieu de s'énerver, il avait tout simplement croisé les bras, sans broncher. « Facile à dire quand on a une pyramide dans son équipe. »

Ladite pyramide eut un léger rire, avant de se taire en voyant qu'Anatel semblait s'agiter. « Hé, Anatel, du calme. Pas besoin de s'énerver contre des gosses, si ? »

Avec un soupir mélodramatique, son chef se tourna vers lui, agitant toujours son arme. « Ce n'est tout simplement pas juste, Nakht, il va falloir leur faire mal et ils n'ont pas l'air de savoir où ils sont. Dites, les enfants, on ne vous a pas appris à ne pas jouer avec des allumettes ? »

Achille ne réagit pas. Nyôrai, elle, éclata de rire, le rire cristallin qu'elle utilisait quand elle voulait avoir l'air innocente. Jeanne décida de l'imiter et offrit à son adversaire un sourire étincelant. « Ne vous retenez pas, je vous prie. Ce ne serait pas bien si vous ne vous donniez pas à fond. »

Anatel fronça les sourcils et rouvrit la bouche : « Je me sentirais mal si je ne vous prévenais pas. La magie égyptienne est la meilleure au monde, et nous sommes venus le prouver. Comme il y a des millénaires notre dieu Râ, je serai le prochain Shaman King. »

Jeanne fronça les sourcils. Rutherford n'avait-elle pas dit que la Shaman Queen du temps de l'Egypte Antique était Isis… ? Mais elle n'en dit rien.

« Mon équipe compte le meilleur embaumeur et nécromancien au monde, Khafre, ainsi que Nakht, qui peut invoquer le furyoku illimité des pyramides. Ainsi que… moi, Anatel, réincarnation des grands Pharaons. Je maîtrise les milliers d'esprits qui ont construit les tombeaux de mes pères. Astrologie, alchimie, nécromancie, nous maîtrisons toutes les sciences de l'ancienne Egypte. Et vous serez la première preuve de notre pouvoir. »

Nyôrai souriait derrière sa main. Jeanne, si elle ne pouvait pas entendre ses pensées, était convaincue qu'elle était en train de se dire qu'en offrant autant d'informations dès le début, Anatel se desservait grandement. Et elle devait avoir raison, parce que l'Indienne s'inclina profondément. « Tout le plaisir est pour nous. Comme vous le voyez, nous ne sommes que trois enfants inconscients. Soyez gentils avec nous… »

Anatel ne sembla pas savoir si elle était sarcastique ou non. « Vous pouvez encore abandonner… »

Nyôrai répondit d'un autre rire. Achille et Jeanne échangèrent un dernier regard, puis les filles reculèrent. Ne pas être pris au sérieux n'était pas une mauvaise chose, surtout au début. Elles auraient tout le loisir de jauger leurs adversaires…

Radim, qui avait tenu le micro entre les deux équipes, le reprit pour se tourner vers le public. « Woah ! On peut dire que les Niles ont l'air d'être vraiment confiants, malgré la différence en furyoku ! La magie égyptienne serait-elle si puissante ? Eden VS Niles ! Qui peut dire qui en sortira vainqueur ? En tout cas, il est temps de se lancer ! Shaman Fight ! Ready… ? Fight ! »

Achille fit claquer ses bottes. « Siegfried, Atlas Walks ! »

Immédiatement, son esprit jaillit du sol entre les deux équipes, le Grec sur son épaule. Voyant que les Niles n'avaient pas encore bougé, Nyôrai se tourna vers Radim. « Je pense que vous allez vouloir vous éloigner un peu. Ce serait dommage que vous soyez blessé au passage. »

Levant un sourcil, le Pache acquiesça, apparemment un peu dépassé. « Je pense que ça ira, merci…
- Je vous aurai prévenu, » fit la brune en haussant les épaules.

« Ne nous ignorez pas, » rugit Anatel. « Khafre, vas-y ! »

Immédiatement, l'intéressé activa son Over-Soul. Le grand sarcophage qu'il avait amené sur le ring s'illumina d'une aura dorée, ainsi que son sceptre, et une ombre sortit du sarcophage. Couverte de tissu, elle brandissait un sceptre similaire à celui de son Shaman, sauf que celui-là se terminait par une faux brillante. Ses bras disparaissaient dans de longues bandelettes blanches qui semblaient flotter dans l'air.

« Oh, une autre piégeuse, » souffla Nyôrai, les yeux brillants. « J'ai hâte de voir ce qu'elle peut faire avec ça…
- Voici Kitka, » annonçait Khafre. « Elle a été enterrée auprès de son Pharaon il y a des millénaires pour le servir dans l'au-delà, et elle est revenue pour servir sa réincarnation de nouveau. Si vous n'abandonnez pas, elle fera de vous ses semblables, les nouveaux esclaves de Pharaon. »

Alors qu'il parlait, Kitka fit claquer ses bandelettes. D'immenses rouleaux de tissu jaillirent du sol autour de Siegfried, tentant de s'enrouler autour de lui. Les jambes de Siegfried explosèrent; Achille se jeta sur le côté, reformant son Over-Soul de l'autre côté du terrain.

« Il ne sert à rien de fuir, » l'informa Nakht alors que les bandelettes le suivaient.

Achille, d'abord surpris, se reprit assez vite et lui répondit d'un sourire plein de bravade. « Il ne sert à rien d'attaquer Siegfried comme ça non plus ! Je peux faire ça toute la journée. »

Anatel et Khafre ne semblaient pas enclins à bouger, alors Jeanne et Nyôrai décidèrent d'un regard d'en faire de même. Elles n'avaient pas peur pour lui, pas tant que Nakht ne changeait pas de tactique…

Et en fait, c'était une bonne chose que Kitka chasse Siegfried autour du terrain. A chaque coup qu'il contrait, Siegfried changeait de position sur le terrain, semant derrière lui les anneaux que Jeanne avait confiés à Achille avant le combat. Pour le moment, cela n'avait guère d'importance, mais elle n'avait aucun doute sur leur utilité lorsque le combat aurait véritablement commencé. Parce que pour le moment, ils ne faisaient que se jauger. Ni les uns ni les autres ne cherchaient vraiment à attaquer… mais cela ne pouvait pas durer.

« Fuir n'est pas une stratégie, » répéta Anatel, l'air agacé, alors qu'une bande plus inspirée que les autres attrapait Achille au cou. Déséquilibré, le brun tomba vers le sol – et reforma Siegfried sous ses pieds en faisant de son mieux pour arracher le papier gluant de sa peau. Les bandelettes l'étranglaient, et tentaient de l'immobiliser; mais le brun ne se laissa pas faire. Le bras de Siegfried les trancha aisément, le laissant libre de retrouver un peu de son équilibre. Anatel ricana. « Vous ne comptez pas l'aider ? »

Nyôrai leva un sourcil. Elle laissa passer une seconde, comme si elle essayait de déterminer si répondre en valait la peine, puis elle dit : « Il n'en a pas besoin. Mais si vous voulez prêter main-forte à votre ami, vous pouvez… »

Cela ne fit qu'énerver l'Egyptien un peu plus. « Nakht n'a pas besoin d'aide pour vous écraser !
- Tu trouves ? Il met bien longtemps, quand même. Achille ne se défend même pas… »

L'apparent Pharaon grogna et fit un pas en avant, secouant son sceptre à son tour. « Silence !
- Silence, » l'imita Nyôrai en pouffant. Jeanne lui envoya un regard sceptique, mais la brune s'amusait visiblement. Ou elle avait décidé que la phase d'échauffement avait assez duré.

Poussant un cri de rage, Anatel envoya quelque chose contre une ombre dans la direction de l'Indienne, qui ne bougea pas. Elle n'en eut pas besoin : Achille s'était jeté entre les deux Shamans, et l'ombre rebondit sans effet sur le miroir de Siegfried.

Le Grec sourit. « Pour le moment, c'est à moi que vous avez à faire. Si vous voulez parler aux demoiselles, il va falloir en finir avec Siegfried d'abord, et ce n'est pas prêt d'arriver. »

Enragé, Anatel s'avança encore. « Khafre, c'est bon, je prends la suite. »

Son camarade attendit de voir qu'Achille reculait pour détourner son regard de lui et interroger Anatel du regard. « Tu es sûr ? Je m'en sortais bien, pourtant…
- J'en suis sûr. Ces gamins nous ont ennuyés suffisamment longtemps ! Il est temps d'en finir. »

Jeanne lança un regard inquisiteur à Nyôrai. La brune s'était mise en tête de représenter l'ennui dans toute sa grandeur : les bras croisés, elle s'était appuyée contre un des piliers et souriait aux spectateurs les plus proches, sans vraiment s'intéresser au combat. Une stratégie de plus, sans doute, et une qu'elle n'altéra pas en voyant leur adversaire s'enrager. Pourtant la Française avait l'impression que quelque chose était en train de changer, de basculer dans l'esprit d'Anatel.

Étendant les bras, celui-ci sembla en effet se concentrer et ramasser toute son énergie autour de lui. Instinctivement, Jeanne fit un pas en avant. « Achille…
- Over-Soul : Wings of Death ! »

De longues ailes se déployèrent de chaque côté du corps de l'Égyptien. Les plumes dorées brillaient au soleil, comme s'il s'était agi d'or véritable et massif. Pourtant, d'un simple saut, il se propulsa au-dessus du terrain et de Siegfried. Ses ailes semblaient si grandes qu'elles cachaient le soleil, forçant Jeanne à se couvrir les yeux.

Jubilant, Anatel se mit à expliquer : « Chacune de ces plumes est faite de métal et aussi acérée qu'un poignard. Certaines sont plus petites qu'une aiguille ! Elles explosent autour des pillards de tombeaux et s'enfoncent dans leur gorge avant de lacérer leurs organes, si elles ne les déchirent pas de l'extérieur. Et maintenant, vous allez subir le même sort ! »

Nakht, choqué, fit un pas en arrière. Il devait crier pour atteindre Anatel : « Euh… Anatel, ce ne sont que des enfants. Tu n'as pas besoin de…
- Ils ont tenté de nous humilier. C'est un crime comparable à ceux des pilleurs, et je vais leur montrer le sérieux de notre magie !
- Anatel, non ! »

Mais il n'écoutait plus. Achille, inquiet, sauta au bas de Siegfried et se précipita vers Jeanne et Nyôrai, son esprit en couverture derrière lui. Mais si le Fumon Tonko le rendait rapide, il n'était pas sûr d'arriver avant la pluie de plumes qui tombait sur elles…

Les plumes heurtèrent Siegfried dans un bruit d'explosion, et un nuage de poussière s'éleva autour des trois adolescents. Anatel, souriant avec hauteur, atterrit et désactiva son Over-Soul, insensible aux protestations de ses compagnons.

« Vous pouvez annoncer la fin du match maintenant, » lança-t-il à Radim. « La magie égyptienne a vaincu une nouvelle fois. »

Et, comme pour lui donner raison, la poussière se dissipa. Trois petits corps transpercés de toutes parts étaient tombés au sol, rassemblés au centre d'une mare de sang qui grandissait lentement.


« Non ! »

Mathilda se pencha, le cœur pétri d'angoisse. Le stade semblait partager sa réaction, à en juger par la clameur qui s'élevait autour d'eux. Elle n'avait pas de jumelles, elle, mais ce qu'elle voyait passer sur les écrans sur les côtés du stade était affreux. Jeanne et Achille ne bougeaient plus du tout…

« Mattie, » appela Marion, et la rousse, se forçant à cacher son angoisse, se retourna pour regarder son amie. La petite blonde était sagement assise au fond de son fauteuil, les jambes dans le vide et Chuck sur les genoux, juste à côté d'Hao, et elle montrait du doigt quelque chose en l'air.

« Ecoute Marion, Mathilda. Tu n'as pas de raison de t'inquiéter. Regarde l'écran des furyoku, » indiqua Hao, la voix rieuse. Lui ne le regardait pas : il semblait trop occupé à dévorer le pain au curry qu'il avait pris soin d'amener.

Nauséeuse, Mathilda obéit. Et son cœur se décida enfin à repartir.

La team Eden n'était pas marquée « décédée. » Cependant, là où avant seul le furyoku d'Achille était entamé, on pouvait maintenant distinguer une légère diminution sur celui de Nyôrai, ainsi que celui de Jeanne. « C'est… Leurs corps sont… c'est une illusion ? »

Chuck opina.

« Sérieux, Mattie, tu ne l'as pas senti tout de suite ? Tu dois être vraiment fatiguée, dis moi, » ricana Kanna, qui venait d'allumer sa cigarette. Opachô, assis sur les genoux d'Hao et trop loin pour distinguer les détails, battit des mains, visiblement enthousiasmé par le sourire de son maître.

« Tu vois, Zang-Ching, j'avais raison de me réjouir de l'addition de la petite Saigan. Elle a plus d'un tour dans son sac… Et j'ai hâte de voir notre petite équipe montrer à ces insectes ce que peuvent faire les enfants qui jouent avec les bonnes allumettes, » ajouta Hao d'un ton enjoué en reprenant ses jumelles. « Ça ne devrait pas tarder… »


« Tout va bien ? Surtout, respirez le moins possible, » murmura Achille d'un ton pressant. Sa voix était encore étouffée par la manche qu'il s'était plaqué contre le visage. « Jeanne, tu penses que c'est bon ? »

Siegfried s'était précipité pour servir de bouclier au trio. Ils s'étaient tous réfugiés sous son corps épais. Mais la nature des plumes empêchait de s'en protéger complètement… et Jeanne remerciait Anatel d'être un si grand parleur, parce que sinon elle n'aurait pas eu l'idée qui les avait sauvés.

Les plumes d'Anatel étaient faites de métal. Trop petites pour être écartées par Siegfried, mais suffisamment grandes pour que Jeanne les repousse à l'aide de ses aimants. Elles étaient maintenant toutes solidement maintenues au sol. « Nous devrions être en sécurité maintenant…
- Alors il est temps de pousser notre avantage, » lança Nyôrai. « Je maintiens la poussière pour le moment, et j'ai une idée pour nous cacher encore un peu, mais l'illusion ne durera pas plus de quelques secondes. Un plan ? »

Achille fronça les sourcils. « Il faut qu'on puisse se protéger de cette pluie, même sans avoir Jeanne juste à côté de nous. Et pour ça, un terrain aussi à découvert que le ring, c'est pas bon…
- Et il faut qu'on les sépare, » asséna Jeanne. « Nakht et l'autre ont l'air beaucoup moins décidés qu'Anatel. Seuls, ils seront bien moins dangereux.
- Je prends la momie et le chacal ! » Nyôrai souriait. « J'ai ma petite idée pour m'en débarrasser. »

Achille acquiesça. « J'ai envie de rabattre son caquet à cet Anatel. Lui qui disait que nous portions des costumes…
- Ne te laisse pas attraper, toi aussi. La provocation, ce n'est rien que ça : de la provocation. Reste calme, et Siegfried aura raison de lui, » souffla Jeanne. « Ça me laisse l'homme pyramide, du coup…
- Il ne te posera aucun problème, j'en suis sûr ! »

Nyôrai ricana. « Bon, la poussière devrait commencer à se dissiper. Une fois mon illusion en place, nous devrions être invisibles pendant trente secondes, plus s'ils sont vraiment choqués et que vous êtes discrets. Comment on fait pour les séparer ?
- Je pense qu'il est temps que je vous montre mon nouvel Over-Soul, » sourit Achille. « Il va vous éblouir… »

Et pour éblouir, il éblouit.