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2 / CENDRES, CENDRES

Leah avait raison, tirer dans la tête des loups arrêtait le processus de guérison. Une balle dans le cerveau et c'était fini, comme les zombies dans les vieux films. Contre la volonté de Bella une scène trop familière passa dans sa tête : le moment où elle avait découvert la vérité concernant la théorie de Leah.

Tremblant malgré la chaleur du mois d'août, elle secoua la tête. Les rencontres avec Jake conduisaient toujours ses pensées vers des pistes qu'il ne valait mieux pas explorer. Des jours comme celui-ci n'aidaient pas. La promesse d'une tempête ondulait dans les airs, faisant se dresser les cheveux sur sa nuque. Qu'il s'agisse d'un orage de pluie quotidien ou d'un autre type inoffensif, elle ne pouvait pas le dire. Certaines personnes affirmaient qu'elles pouvaient le sentir à cause d'une douleur dans la gorge ou d'une ancienne blessure mais elle n'avait jamais eu une telle intuition.

Il y aurait une tempête aujourd'hui. Pluie et orage et une Impulsion...

En levant les yeux Bella se passa la main dans les cheveux. Des fissures se formaient dans le ciel comme des toiles d'araignées, dispersant les nuages sombres. Pas le genre de tempête ordinaire alors. Le rugissement qui l'accompagnait se transforma en grondement de tonnerre mais elle savait. Des années d'expériences lui firent accélérer le pas.

Traverser un immeuble incendié amenait de nouveaux bruits : le murmure de pas atténué par des cendres, le craquement de la pourriture. Pour la dixième fois ce matin, ses doigts fouillèrent dans son sac pour faire l'inventaire de ses possessions. Clés oui. Portefeuille, oui. Flacons, oui. Aiguilles. Aussi. Pas d'antiseptique ni de bandage mais elle n'en aurait pas besoin, pas pour Jake. Une respiration se figea dans ses poumons alors que son index glissait sur le métal lisse du pistolet qu'elle avait baptisé comme son propriétaire d'origine.

Charlie : oui.

Alors qu'elle rentrait dans la forêt, son bras gauche se mit à protester. Porter une glacière remplie de nourriture pour quatre loups contractait ses muscles et ralentissait ses pieds. Elle ne voulait pas penser à la rapidité avec laquelle les loups déchireraient les sandwichs fins au pain de viande et la soupe de poulet. Tout ce travail aurait disparu en quelques bouchées.

Un rayon de soleil déterminé filtra à travers les nuages et les larges feuilles, l'enveloppant d'une lumière verte. Selon les habitants tout cela était constitué d'armoise et de pâturin des champs avant l'Impulsion. Maintenant c'était une forêt luxuriante de vignes enchevêtrées et d'arbres géants comme si le monde débordait de vie et d'énergie. Elle supposait que c'était ça.

Elle n'était pas allée bien loin avant qu'il n'apparaisse : un loup brun rougeâtre tellement plus gros qu'il ne l'était quand Sam était encore en vie. Souriant Bella mit la glacière à ses pieds et passa ses bras autour de son cou.

"Qui est un bon garçon ?"' dit-elle en le grattant derrière les oreilles et en riant quand il cogna le haut de sa tête avec son museau. "Désolé. Impossible de résister. Coincé aujourd'hui, hein ?"

Il acquiesça. Elle s'y attendait vu le temps capricieux. Dieu merci il était dans sa forme de loup cette fois. Être pris au piège dans sa peau humaine le rendait si faible qu'il pouvait à peine se traîner pour la voir. Les jours où il pouvait se promener à sa guise étaient les meilleurs – les plus sûrs – mais ceux-là étaient rares ces derniers temps. Avec une grimace approximative Jake tapa dans la glacière.

"Oui, je l'ai cuisiné chez eux," dit Bella en levant les yeux au ciel. "Ils ont toute cette nourriture inutilisée et beaucoup de choses dans leur jardin sont prêtes à être mangées alors hé… ne fais pas cette tête. Bouche-toi le nez quand tu manges si l'odeur te dérange tellement. Pour quelqu'un qui mange régulièrement du cerf cru, tu es terriblement snob quand il s'agit de nourriture. Ne peux-tu pas surmonter ce stupide ennemi mortel. Si je peux pardonner à Tyler Crowley de m'avoir descendu le pantalon devant tous les quatrième année , tu peux leur pardonner de vouloir changer chaque humain en leur jus de fruit personnel."

Il aboya un rire et se frotta contre son bras. Bella choisit d'interpréter ce geste comme un merci et une excuse.

"Sérieusement cependant. Si tu venais au laboratoire tu serais plus en sécurité. Vous le seriez tous." Quand il n'offrit pas de réponse elle fouilla dans son sac. "Bien, comme tu veux. Tu devrais plutôt te transformer en mule qu'en loup tu sais. Un âne têtu."

Alors qu'elle s'employait à faire couler le sang de sa jambe, il posa sa tête sur son épaule, son souffle chaud faisait soulever ses cheveux. Deux tubes de sang pour la recherche allèrent dans son sac suivis par deux pour Jessica. Avant qu'elle puisse le remercier et parler de leur prochaine rencontre ou envoyer le bonjour aux autres loups, des brindilles craquèrent sous les pieds de quelqu'un, quelque part à sa gauche.

"Va-t'en !" murmura-t-elle, alors que Jake essayait de se mettre entre elle et le danger. "Ça ira."

Après avoir pris l'anse de la glacière entre ses dents il disparut. Bella marcha lentement comme si de rien n'était, une main sur son arme. Juste une promenade dans les bois. Rien d'inhabituel à cela.

Elle ne les vit pas mais reconnus leurs voix : des Raiders*, toujours saouls depuis qu'elle les avait servis au bar hier soir. L'apparition d'une tempête était leur cor de chasse – leur signal de commencer à renifler les voyageurs temporels et les criminels pour Pendle Hill*.

A proximité de la ville la maison de son employeur était plus proche que la sienne. Dès que les pieds de Bella atteignirent le trottoir déformé, elle courut. Si quelqu'un lui demandait elle pourrait dire qu'elle était en retard pour le travail. L'uniforme de femme de chambre déchiré - idée brillante de Garrett – lui servirait de justification.

De la lumière déchira les nuages et lui donna la chair de poule. En même temps elle n'avait pas besoin d'excuse. Toute personne qui serait dehors par un temps pareil se dépêcherait de trouver un abri. Les oreilles agressées par des sirènes, elle sauta par-dessus une clôture et traversa un champ. Des vaches endormies la regardèrent passer, mâchant comme si rien n'avait changé depuis le l'Impulsion. Peut-être que c'était vrai pour elles…

Contre toute attente les sirènes ne se rapprochèrent pas. A bout de souffle elle entra dans la grange aménagée. L'intérieur était clair et aéré avec des murs blancs et de grandes fenêtres mais elle contenait toujours cette odeur terreuse et douce de foin comme si le bâtiment se souvenait de sa vie passée.

Bien avant que Bella ne rencontre ses employeurs, ils avaient rénové cet endroit et l'avaient divisé en trois appartements. Le premier appartenait à Garrett. En réajustant son sac à son épaule Bella tapa 0433 sur le clavier qui se faisait passer pour un système d'alarme. Un clic dans le placard lui fit savoir qu'elle avait réussi. Elle se fraya un chemin à travers les obstacles dans le salon, de la même manière qu'elle sauterait sur le goudron entre des flaques. Repoussant le balai et le matériel de nettoyage, elle ouvrit la porte cachée à l'intérieur du placard et descendit l'escalier en colimaçon jusqu'au laboratoire.

Malgré l'insonorisation qui amortissait le bruit des étages au-dessus, l'air était rempli par des bruits métalliques, le bourdonnement des générateurs et le rire d'Emmett. Le centre de la pièce circulaire était occupé par le plus grand des instruments qu'ils utilisaient pour mesurer l'énergie qui avait altéré le monde. il était composé d'un mat dans une cage qui montait et descendait du sol au plafond par un trou dans le sol.

Grâce à Emmett l'appareil était affectueusement connu sous le nom de gode de Satan.

Rosalie était assise devant l'ordinateur, son uniforme de cernes sombres sous les yeux, sa blouse d'hôpital et sa queue de cheval serrée étaient en place. Le petit doigt manquant à sa main gauche ne l'empêchait pas de taper rapidement, pas plus que l'apparition de Bella.

"Bonjour," dit Rosalie sans lever les yeux.

Dans un geste qui aurait provoqué la colère de Jake pour sa sécurité, Bella tira la queue de cheval de Rosalie par-dessus son épaule. Une version forcée du sourire habituel de Rosalie rappela à Bella de garder ses distances jusqu'à ce qu'elle ait changé de vêtement et rincé d'odeur du loup.

"As-tu de nouveau travaillé toute la nuit ?" demanda Bella.

Même le corps de Rosalie avait ses limites. Un de ces jours, elle s'effondrerait au milieu du laboratoire comme une falaise érodée par la lente puissance du vent et de la mer.

Retrouvant son calme Rosalie haussa les épaules. "J'ai fait quelques pauses."

Menteuse. Non pas que Bella ait de la place pour jeter des pierres de l'intérieur de la maison de verre pleine de secrets qu'elle détenait.

Alors que Bella s'éloignait, Emmett lui fit une étreinte à un seul bras et prit sa place. Il portait son bandeau pour les yeux bleus – celui qu'elle avait cousu pour lui après avoir secrètement décidé que ses yeux devaient être bleus quand il était humain.

Le fil d'argent autour du bord sortit quand il pencha la tête pour murmurer quelque chose qui fit lever un côté de la bouche de Rosalie. Depuis la plate-forme Garrett cria une salutation. Protégeant ses yeux de la lumière, Bella les leva et fit un signe de la main. Assise à une longue table près du bureau de Rosalie, Jessica était un des rares souvenirs que Bella avait rapporté de Forks.

"Hé," dit Bella en se laissant tomber sur la chaise à côté d'elle.

"Hé toi-même. Comment va Jake ?"

"Bien." Elle l'espérait. "Est-ce que tu es venue de la maison à pied ?"

"J'ai traversé les rues sans ma chemise, parce que j'ai un désir de mort."

"Pfff ! Tu aurais dû te pavaner. Beaucoup plus digne."

Souriante, Jessica cogna l'épaule de Bella avec la sienne. "Garrett est venu me chercher il y a une heure."

"Puisque tu es déjà là, tu veux monter pour avoir les soins ?"

"Tss. Toujours aussi pressée de mettre mes seins à nu."

En un clin d'œil, Garrett se pencha par-dessus la rampe. "Besoin d'aide avec ça ?"

"Non," dit Bella en riant, enroulant un bras autour de la taille de Jessica. "Elle est toute à moi."

Alors qu'elles grimpaient au dernier étage, les doigts de Jessica se serraient sur la rampe à chaque éclair orange qui éclairait à travers les fenêtres. L'estomac de Bella se noua. Jessica n'avait pas mentionné que ses symptômes progressaient au point de devenir douloureux à cause des tempêtes.

L'appartement de Rosalie avait de hauts plafonds, des douzaines de jacinthes violette en pot et la meilleure vue de la ville.

Comme toujours, Jessica s'arrêta près de la fenêtre et soupira.

"Tous ces arbres…" chuchota-t-elle. "Ça me donne le mal du pays. Je n'aurais jamais pensé que Forks me manquerait. Pouah. Mon moi de quand j'avais sept ans, serait horrifié…"

Bella se détourna. Sans un mot de plus, Jessica joignit leurs mains, comme elle le faisait avant pendant les soirées pyjama et Miss Mary Mack, Mack, Mack, Mack toute habillée en noir, noir, noir*. À l'époque, les voyages dans le temps involontaires avaient été le genre de désastre qui n'arrivait qu'aux autres.

Une fois dans la salle de bain de Rosalie, Jessica enleva son t-shirt et son soutien-gorge en coton et en lambeaux.

Des cercles rouges avec des halos de rose marquaient sa poitrine et son dos. Y avait-il tant de lésions la veille ? La vision de Bella vacilla. Dans sa tête elle récita automatiquement les stades avancés du syndrome de Margaret Brown. Les faits qu'elle voulait ignorer - ou mieux encore, changer. Des faits comme la probabilité que Jessica survive une autre année.

"D'accord," dit Jessica, assise sur le tabouret devant la coiffeuse et se servant d'une des barrettes de Rosalie.

"Fais de ton mieux."

Après s'être frottée les mains et avoir mis une paire de gants en caoutchouc, Bella récupéra le pot de pommade de l'étagère. Un parfum de pin mélangé à du diluant à peinture la frappa au visage à l'instant où elle souleva le couvercle. Une main appuyée contre l'épaule de Jessica, elle se mit au travail en frottant la pâte jaune sur chacune des marques rouges.

"Beurk," dit Jessica. "Je ne m'habituerai jamais à ces conneries." Inclinant la tête d'un côté, elle fixa le miroir du regard. "Si Garrett pouvait me voir maintenant, il ne regretterait pas d'être exclu."

"Oh si, il regretterait." Bella serra le bras de son amie, ses doigts recouverts d'onguent laissèrent une peau grasse derrière. "Tu es magnifique."

La bouche de Jessica s'anima pour faire un quasi-sourire. "Eh bien, je suppose que les gros nichons aident."

"Ils ne peuvent pas faire de mal."

"Oui, c'est vrai. Dis ça à mon dos."

Alors que leur rire s'estompait dans un silence douillet, Jessica commença à se balancer d'avant en arrière - signe certain que la pommade faisait effet. Bella la maintint aussi stable qu'elle le pouvait. Chaque lésion bénéficiait d'une gaze qui, selon Jessica, lui donnait l'air d'un poulet à moitié plumé et cinglé.

Après avoir aidé Jessica à se glisser dans le peignoir qu'elle gardait chez Rosalie, Bella la conduisit au lit. Les draps avaient déjà été repoussés en signe d'invitation.

"Mouais," soupira Jessica, se terrant sous la couette. "Je pourrais... Je pourrais vivre dans ce lit, tu sais ?"

Une autre respiration et elle était endormie. Bella lissa les couvertures : l'écho d'une mère en train de border son enfant, chassant ses cauchemars au loin. Sur le fond de coton bleu, Jessica avait l'air pâle et fragile. Le regard tourné vers son amie, Bella prit l'un des échantillons de sang de Jake dans son sac.

Etrange truc, le sang de loup. L'exposer à des températures froides était le seul moyen de le dégrader, du moins le seul moyen que Bella ait trouvé. Jessica avait désespérément besoin de ses pouvoirs de guérison. Elles l'avaient laissé trop longtemps cette foi, mais sortir les seringues dans une maison remplie de vampires, c'était hors de question. Il faudrait attendre un peu plus longtemps. Quand Bella reverrait Jake, elle en prendrait autant qu'il pourrait lui en donner.

Dans la cuisine attenante, elle trouva un mot de Rosalie lui disant de se servir d'autant de farine et de sucre qu'elle voulait, avec les œufs de Mme Harris et une longue liste de produits du jardin.

Ce n'était pas la première fois que Bella se demandait si les vampires en bas la soupçonnaient de savoir ce qu'ils étaient. Ce n'est pas parce que Jake n'était pas supposé lui parler d'eux, qu'ils penseraient qu'il ne l'avait pas fait. Rosalie devait savoir. Elle ne s'inquiétait même pas de cacher la façon dont elle utilisait leur nourriture. Leur secret planait dans chaque pièce de la vieille grange, aussi grand que Jake et passé sous silence par tous.

En mettant son tablier, Bella chassa de sa tête les pensées de maladie et d'êtres surnaturels. Cette partie de la journée était à elle seule. Pendant que Jessica dormait - en sécurité et à portée de main - Bella s'égarait en remuant, en cuisant et en rissolant. Elle mesurait la paix dans des cuillères à soupe, méditait dans un nuage de farine.

Tandis que Bella empilait des boîtes pour les loups dans le congélateur, Jessica gémissait dans son sommeil. Si son état continuait de s'aggraver, Bella devrait demander de l'aide à Rosalie. Elle ne pouvait pas regarder son amie se faner, pas puisqu'elle le savait.

Une fois qu'elle aura fait cette demande, Jake lui reparlerait-il un jour ?


"Ça n'a aucun sens !" dit Rosalie en se frottant le front comme elle le faisait toujours en essayant de trouver une solution. "La pulsation est de plus en plus forte depuis deux ans mais pour autant que je sache, aucun voyageur du temps récemment amené n'a été arrêté. Regardez-moi ça : un gars de 1997 est arrivé en 2003. Un enfant qu'ils pensent être des années 50, arrivé en 2010. Cette femme de 1933 est arrivée lors de la première vague de l'Impulsion en 1996. Elle n'a pas développé le syndrome de Margaret Brown jusqu'à l'année dernière, alors elle est restée cachée pendant un long moment. Et ça continue comme ça. Aucun n'est arrivé plus tard qu'en 2013. Pourquoi les gens ne traversent-ils pas le temps si c'est de plus en plus fort ?"

Emmett posa ses mains sur un haut barreau de l'échelle. "Peut-être que les Raiders s'améliorent dans leur art de les attraper ?" Lorsque cette théorie fut accueillie par un air renfrogné de Rosalie, il ajouta, "Ou peut-être que la police le fait. Tout est possible."

Bella n'était pas sûre de ce qui était pire : être exécuté par un groupe de fous superstitieux ou être enfermé dans un établissement gouvernemental pour être mis sous pression, psychanalysé et disséqué. Le résultat était le même mais le travail des Raiders était plus rapide.

Dans la plupart des cas.

"C'est peut-être lié à la stabilité," dit Jessica. "C'est de plus en plus fort… mais c'est moins déséquilibré ? Je ne sais pas. Quand ça m'est arrivé, j'ai eu l'impression... C'est stupide de dire… désorientant. Sans blague, soudainement j'ai sauté dix ans en avant. Bien sûr que c'était désorientant mais c'est le seul mot qui me vient à l'esprit. C'est ainsi que l'énergie se fait sentir - comme si elle était déséquilibrée. Peut-être que ce n'est plus le cas."

Rosalie secoua la tête. "D'après nos relevés, c'est encore assez instable. Si nous pouvions trouver un moyen pour la canaliser en..."

Avec un bruit étouffé, ses mots se transformèrent en respirations rapides. Tous les vampires du labo regardèrent vers le plafond.

"Trois…" dit Garrett, "… et un des autres."

Jessica fronça les sourcils. "Qu'est-ce qu'il se passe ?"

Avec un doigt sur les lèvres, Rosalie déplaça son corps entre les humaines et l'entrée.

"Peux-tu les faire sortir ?" lui demanda Emmett, son regard se précipitant vers la sortie de secours qui menait au garage.

"Je ne sais pas."

"Essaie," dit Garrett. Quelque chose d'autre traversa ses lèvres mais pour une oreille humaine, ça ressemblait... à une bouffée d'air.

Bella chercha l'arme au fond de son sac. Elle respira lentement et avec mesure, elle voulait que ses mains soient immobiles. Elle pourrait le faire. Un frisson lui traversa les bras, la trahissant quand la porte du labo s'ouvrit.

Les vampires perdraient-ils le contrôle si elle devait tirer sur l'humain ? Tout ce qu'elle put faire, c'est prier pour qu'ils les aiment, Jessica et elle, assez pour voir à travers la brume de la soif de sang et se rappeler qui ils étaient.

"C'est qui je pense que c'est ?" demanda Emmett, ses mains se transformant en poings.

Une partie de la tension disparut de la posture de Rosalie. "Je pense que oui."

Les mains qui s'apprêtaient à saisir Bella et Jessica tombèrent aux côtés de Rosalie. Quatre étrangers descendirent l'escalier. Trois vampires menaient la danse, comme Garrett l'avait prédit : deux hommes, une femme. Bella garda son arme braquée sur l'humain du groupe : un homme avec des cheveux roux. Son sourire léger disparut.

Un long soupir de Garrett déclencha un rire. Pendant qu'Emmett et lui restaient figés, Rosalie courut vers les nouveaux venus. Se faufilant parmi les autres, elle se jeta sur le plus petit des deux vampires mâles. La force de son étreinte la fit vaciller en un amas de rires.

"Bonjour à toi aussi !" dit-il en embrassant sa joue. "Oh, ça fait trop longtemps !"

Garrett embrassa la femelle, ses boucles blondes cachant presque son sourire alors qu'il la faisait tournoyer... Emmett sortit de son hébétude et salua le vampire qui restait avec une tape sur l'épaule. Seul l'humain avait été exclu des retrouvailles. Alors qu'il se dirigeait vers Bella et Jessica, son sourire asymétrique fit une autre apparition. Bien que Bella ait baissé son arme, elle occupait toujours sa main droite. Il lui offrit sa gauche.

"Bonjour," dit-il. "Je suis Edward."

….

*Raiders – voleurs, brigands, pilleurs, pirates

*Pendle Hill – Colline aux pendus

* Jeu de main (deux enfants debout ou assis face à l'autre se tapent dans leurs mains au rythme de la chanson) et chanson enfantine joué par les enfants dans les pays anglophones