Jeu d'échecs

Deuxième partie: Et in Arcadia

Dixième chapitre: Lost boys, lost girls / Sous les projecteurs

Auteur: Rain

Disclaimer: Shaman King ne m'appartient pas.

Soundtrack: Fight for me (The Heathers) - Human (Rag and Bone)

(Non, j'ai pas réussi à me décider... comment ça Hao est chouchouté? Mais non, vous vous faites des idées, ça concerne pas juste lui la musique...)

Note:

Avant-dernier chapitre de cette partie! Je vous glisse ça juste avant les partiels... Morituri vo salutant xd

Un peu de langage dans ce chap', c'est comme ça qu'il me venait. Et avant qu'on dise que je l'aime pas, je l'aime bien! Mais bon... comme qui dirait, il faut des méchants xd

Allez voir Jeu de dames pour un complément à ce chapitre (Mathilda 001)


La petite pièce attenante à l'infirmerie puait l'herbe et la mauvaise bière. Magna avait interpellé Achille au milieu de la rue, l'air encore plus taciturne que d'habitude, mais le petit brun ne s'attendait pas à ce genre de vision, et surtout pas dans l'arrière-boutique d'un bâtiment aseptisé comme l'était l'infirmerie. Sans doute les Paches avaient-ils eu peur d'offenser Hao en donnant des ordres à l'un de ses hommes; le résultat, cela dit, était apte à donner la nausée.

Avant l'appel de Magna, Achille ne savait même pas que c'était là qu'avait atterri Peyote, et, sans parvenir à en avoir grand-honte, il n'avait pas cherché à savoir. Le Mexicain lui avait plu, au début, quand il était encore trop petit pour vraiment participer aux discussions du groupe. Tant qu'ils avaient été peu nombreux, Peyote était toujours content. Il riait souvent, faisait des repas merveilleux, et chantait des choses qui plaisaient au jeune Grec. Mais lorsque les choses s'étaient précisées… Peyote s'était mis à lui faire un peu peur. S'il y avait bien une personne qui ne lui avait pas manqué durant sa séparation du groupe, c'était bien lui; il n'avait pas attendu de voir ce qu'il allait faire aux Boz pour le craindre. Et maintenant qu'il avait perdu et qu'il était hors du tournoi, il semblait encore plus inquiétant. Il n'y avait d'ailleurs pas que ça. C'était un… malaise, qui planait autour de lui. Un pressentiment. Il était devenu complètement imprévisible, et Achille s'inquiétait de savoir ce dont ils allaient bien pouvoir parler. A choisir, il aurait préféré retrouver les Boz et savoir s'ils allaient bien, mais ils étaient introuvables, et Magna l'avait appelé pour Peyote.

Des bouteilles jonchaient le sol, vides pour la plupart mais parfois aussi encore à demi pleines. Achille se demanda qui avait pu lui fournir tout ça, alors même qu'il était tombé au ban du groupe d'Hao. Turbein, peut-être ? Il était suffisamment gentil pour, mais il n'appréciait pas l'attirance du Mexicain pour l'alcool. Namari, peut-être, en échange de faveurs futures ? Il ne se risquerait pas à demander, cependant, pas quand les yeux de son aîné avaient cet éclat un peu fou, un peu dérangé.
« Ah, Achille, ce bon Achille, » s'exclama Peyote alors qu'il s'avançait encore dans la petite pièce. « Comment ça va dans ta petite tête, hmm ? »

La voix qui s'élevait du lit était encore plus rocailleuse que d'habitude, et les hésitations inattendues au milieu des phrases firent immédiatement comprendre à Achille que le Mexicain était ivre à tuer. Il n'avait sans doute pas dessoûlé depuis qu'il s'était réveillé.

« Je… je suis venu voir si tu allais bien, » fit-il donc prudemment.

« Moi? Mais évidemment que je vais bien, mon bon petit, pourquoi je n'irais pas bien ? Ah, hijo de la… tu me passerais la bouteille à tes pieds ? Je n'arrive pas à savoir laquelle des trois est la bonne… »

Achille contempla la bouteille en question. Elle était poisseuse et sentait fort. Ravalant son dégoût, le Grec se pencha et la saisit entre deux doigts gantés pour la donner à Peyote.

« Ah, merci mon bon… Si tu en veux, tu peux te servir, ça se veut fort mais c'est de la piquette pour bambins. A propos de bambins, je n'ai pas vu les deux zigs depuis le match… Tu sais où ils se sont fourrés ? »

Le brun fronça les sourcils. « Zigs ?

- Oui, là, les deux… 'fin les Boz, quoi. Je pense qu'ils ont filé à l'Anglaise. A l'Italienne, comme notre bon vieux prêtre? Celui-là, s'il vient ici pour me faire mon oraison, je lui ferai boire son chapeau… »

Il y eut un silence entrecoupé de borborygmes inaudibles. Achille s'éclaircit la gorge: "Je… je lui dirai. Pour les Boz… ils ne doivent pas être loin. Je pense qu'ils n'ont pas aimé ce que tu leur as fait, mais ils reviendront bientôt...
- Pas aimé ? Pff. Des ingrats, tous des ingrats. Moi, tu vois, j'ai pas aimé la façon dont notre cher… notre bon con de maître a réagi, tu vois. Tu crois qu'il serait venu ici ? Qu'il m'aurait remercié ? Du vent. Des cendres, » et le Mexicain se mit à ricaner tout seul. « En même temps, c'est moi qu'est con, aussi. A espérer qu'il se pointe. Qu'il montre un minimum de reco… de renoccais…
- Tu... tu exagères, » et Achille força son ton à être enthousiaste alors qu'il rassemblait les bouteilles pour les aligner contre le mur. « Il... il t'a soigné juste après le match, non ? Il est occupé, mais il reviendra bientôt te voir. Même si tu es hors du tournoi... » L'odeur lui donnait la nausée, alors il se dirigea ensuite vers la fenêtre. Mais sa main s'arrêta sur la poignée; Peyote s'était mis à rire.

« Tu es drôle, Achille. »

Le brun tourna la tête. Son malaise s'accentua. Il n'aimait pas entendre les gens dire du mal d'Hao, a fortiori des gens qui auraient dû en savoir suffisamment pour ne pas le faire. Et Peyote était un des membres les plus âgés et les plus solides du groupe… c'était comme d'écouter un prêtre déblatérer des blasphèmes, songea-t-il en se rappelant Jeanne assise sur le sol de la chapelle abandonnée. Maintenant il comprenait à quel point elle devait s'être sentie seule et terrifiée dans le camp au début, face à un Rackist qu'elle ne reconnaissait pas, comme lui maintenant devant Peyote.

Tirant sur le col de son costume, Achille se força à sourire: « Qu'est-ce que tu veux dire par là ? »

Peyote prit une gorgée de sa bière et la leva vers le brun, comme pour lui porter un toast. « Mais rien de plus que ce que j'ai dit. Tu m'amuses, c'est tout. Toi et tes costumes impeccables, tes cols trop serrés et ta sueur de petit puceau en chaleur. Tu penses te rendre compte que Hao se fout de ta gueule bientôt, ou pas ? »

Achille ne sut comment répondre. « H-Hao-sama ne...
- Mais bien sûr que si. Tu penses vraiment être différent ? Tu ne l'es pas. Hao n'a rien soigné du tout, c'est les Paches qui se sont occupés de moi. Hao, je l'ai pas vu depuis le jour d'avant le match. J'ai fait mon boulot, j'ai perdu, la suite il s'en fiche pas mal, et toi ce sera pareil. C'est bien normal, après tout. Tu parles à ton Oracle Bell, toi ? A tes chaussures ? Tant qu'un outil fonctionne, on l'ignore. Une fois qu'il ne fonctionne plus, on le remplace. Si tu voulais qu'il te remarque, pourquoi tu n'imites pas Jeanne, hm ? Elle au moins sait bien se démarquer. C'est pathétique de voir un Shaman aussi fort que lui si soucieux de l'opinion d'une petite pétasse qui pleurniche à tout bout de champ, et si –
- T-tais-toi ! »

Achille était devenu pâle. Il avait presque crié, et Peyote avait dû sentir que son cadet était sérieux parce qu'après une pause, il ferma la bouche. Il y eut un long silence, pendant lesquels les deux hommes regardèrent les poings tremblants qu'Achille avait plaqués contre la fenêtre.
« Jeanne n'est pas comme ça. Elle cherche juste à aider les siens et à faire le bien. Ce qu'elle pense être le bien. Elle n'est pas comme toi, pas... comme nous. Tu es injuste avec elle, et.. avec Hao-sama. Au fond... au fond, tu es égoïste, » dit finalement le brun, d'une voix presque tremblante. « Tu te plains qu'il nous traite comme des outils ? Mais tu t'attendais à quoi ? C'est normal si... C'est normal. On parle d'Hao ! Il est... beaucoup plus important que nous. Tellement plus important, comment tu peux oublier ? C'est pas grave, si on... a l'impression d'être ignorés, parce qu'il est plus important. C'est pas grave, s'il n'a pas le temps d'être avec nous, parce que... parce qu'on l'aide... »

Soudain le brun se rendit compte qu'il avait les yeux piquants de larmes. D'un geste rageur, il leva son mouchoir pour s'essuyer les yeux, mais c'était trop tard : Peyote venait d'être pris d'un fou rire hystérique. Le son était celui d'un couteau raclant sur du métal, et les joues d'Achille s'enflammèrent. N'y tenant plus, il se précipita au-dehors, et abandonna le Mexicain à ses délires blasphématoires.


Achille avait passé plus de temps que prévu auprès de Peyote, étant donné qu'il n'avait pas prévu d'en passer du tout; lorsqu'il revint dans la rue il se rendit compte qu'il était en retard. Le soleil brillait sur le village, et pourtant il faisait un froid glacial, et même à travers ses gants il se trouva bientôt à avoir mal aux mains. Sur une telle île, il ne se serait pas attendu à de telles températures... Ou est-ce que c'était à force de vivre avec Hao, qui réchauffait toujours la température ? Ah, voilà une réflexion qui ferait sourire ses camarades. Si tant est qu'il parvienne à les retrouver...

Bientôt il tourna sur la rue qui donnait sur le stade, et il trouva Jeanne et Nyôrai plantées devant la grande porte. Mathilda et Marion étaient aussi debout près d'elles, mais elles étaient les seules à ne pas être déjà entrées : la rumeur vague qui provenait de l'intérieur prouvait que les spectateurs s'étaient déjà massés pour voir l'entrée en scène du premier des grands groupes d'influence.

Achille s'arrêta à quelques mètres, sans bien comprendre la douleur qui lui fouillait le ventre. Elles ne le voyaient pas, absorbées dans leur discussion, et l'observation du tableau d'affichage, qui marquait les minutes restantes avant le début du match. Elles l'attendaient… Jeanne avait tenu à l'attendre. Pourtant, elles avaient visiblement froid; les joues de Jeanne étaient rouge sang, et Marion tremblait de tous ses membres. Jeanne lui avait prêté son écharpe, mais à la façon dont elle l'avait posée sur son épaule, la laine devait trop la gratter pour que la chaleur en vaille la peine.

Jeanne… tout au long de leur voyage, elle avait cherché à le convaincre que ce n'était pas Hao qui l'intéressait. Avant, il avait pu croire qu'elle le faisait exprès, qu'elle cherchait en effet à faire son intéressante… mais plus maintenant, si ? Maintenant, il la connaissait mieux. Maintenant, il savait ce qu'elle voulait faire.

Maintenant… s'il doutait de quelqu'un, ce n'était plus vraiment elle.

Surpris, le petit brun passa une main dans ses cheveux. Il n'avait pas pu penser ça, si ? Il n'avait pas… non. Il faisait confiance à son seigneur. Quoi qu'en dise Peyote, Achille comprenait parfaitement qu'Hao… n'ait pas le temps de s'occuper d'eux individuellement. Ou même qu'il soit obligé de les avancer, comme des pions. Après tout… ce n'était pas un destin horrible que celui de pion d'Hao. C'était le contrat, non ? Il les rendait plus forts, et eux lui permettraient d'arriver au trône le plus facilement possible. C'était le contrat; il ne fallait rien attendre de plus. Rien de plus...

Mathilda le vit la première : elle secoua la tête avec un air faussement fâché et le tira vers eux.

« Où tu étais, hein ? Tout le monde est entré déjà, il n'y a plus quelques minutes avant que tout commence ! »
Achille avala sa salive. « Ah... J'ai juste... dû aller voir Peyote à l'infirmerie...
- Il n'y a plus le temps, » le coupa Nyôrai. « Venez, il faudra monter à l'étage. »

Jeanne acquiesça, et Marion disparut derrière eux. Achille allait les suivre, mais Mathilda lui avait attrapé le bras au passage. Son sourire taquin avait disparu. « Sérieux, Ash, c'était pas sympa de disparaître comme ça, » lui souffla-t-elle. « Jeanne est sur les nerfs depuis hier soir à cause de ce match, et maintenant on ne sait même pas si on aura une place pour bien voir. Elle s'inquiétait en plus, elle se demandait si tu t'étais fait attraper par quelqu'un... »

Achille grimaça. « Il fallait avancer sans moi... »

Mathilda le regarda avec une espèce de dédain. « Tu as regardé Jeanne dernièrement ? Elle est du genre à faire ça ? »

Il baissa les yeux. Secouant la tête, Mathilda lui tapa l'épaule et l'entraîna derrière elle. « Je suis contente qu'il te soit rien arrivé. »

Il sourit, même s'il n'était pas bien sûr qu'il ne lui soit vraiment 'rien' arrivé. Ah... peut-être qu'il pouvait parler de Peyote à Mathilda ? Non. Elle serait sûrement de bon conseil, mais c'était le genre de choses qu'elle confierait à Kanna, qui le dirait à Hao. Et les conséquences pour Peyote... il n'était pas bien sûr qu'il y en ait, mais il ne voulait pas les découvrir.

Après avoir grimpé d'impressionnants escaliers et bousculé au moins un spectateur ahuri, le quatuor rentra dans une silhouette qu'ils connaissaient bien.

« Ah, vous êtes là. » C'était Bill, qui dans le couloir bas devait se plier presque en deux pour ne pas se cogner au plafond. Marion l'ignora complètement, sortant du couloir pour aller dans les gradins, mais les quatre autres Shamans s'arrêtèrent à sa hauteur.

« Hao-sama vous a gardé des places, il se doutait que vous seriez bien embêtés sinon. » Avec sa grosse voix de stentor, l'Américain avait presque l'air innocent. Achille ne put s'empêcher de songer au grand sourire plein de dents de l'omnyôji lorsqu'il avait dû prononcer ces mots. Pourtant, il ne sentait aucun ricanement dans la voix du géant. Lui ne voulait qu'être gentil…

« Merci, Bill, » fit Achille à la place de Jeanne. « Je remercierai Hao-sama en arrivant, c'est de ma faute si nous n'arrivons que maintenant. »

Le géant secoua la tête, ébouriffant les cheveux de son cadet, avant de les guider dans les gradins jusqu'au coin où s'étaient installés la troupe de Hao. Jeanne l'avait dépassé sans un regard pour poser ses affaires sur le siège le plus éloigné. Nyôrai, elle, semblait hésiter, peut-être un peu impressionnée par la vision du groupe bigarré, ou tout simplement celle de Hao au premier rang, qui avait levé les yeux vers Jeanne à son passage avec un sourire malicieux. Il lui faudrait passer devant lui, le favori du tournoi, qui pouvait désarmer et tuer d'un seul et même geste.

Achille remarqua qu'elle n'avait pas activé son étincelant charme habituel, et s'en félicita. C'était le genre de coup d'éclat qui pouvait très mal passer. Mais elle ne semblait toujours pas prête à bouger…

Il aurait pu se faire rassurant, lui prendre la main même, mais ç'aurait été insultant, non ? Cela la desservirait, ou du moins c'est ainsi qu'elle le prendrait. Se mordant la lèvre, Achille s'avança à son côté, mine de rien, puis lui toucha l'épaule.

« Dis, Nyôrai, tu as regardé le match précédent ? Avec l'équipe de Yoh-sama ? »

Ladite Nyôrai leva les yeux vers lui, un instant confuse. « Oui… J'étais en bas, mais j'ai plutôt bien vu.
- Génial, » fit le brun innocemment, en se mettant à marcher vers leur place. « Tu peux me raconter ? J'étais très curieux de voir ce que ça donnerait… »

Nyôrai se lança immédiatement dans une analyse détaillée du combat précédent, et passa sans le voir devant Hao. Achille, trop pris par sa responsabilité de gardien, ne se rendit pas plus compte de la proximité de son maître, et ce n'est qu'en s'asseyant qu'il se rendit compte de l'affront qu'il venait de lui faire. Il remarqua en même temps que Hao le regardait, et sentit ses joues le brûler. Il lui adressa un signe de tête aussi déférent que possible, et lorsqu'il releva les yeux Hao ne le regardait plus.

Le poison dans son ventre remonta, acide, mais Nyôrai faisait encore mine de lui expliquer la défaite des Ice-Men, alors il fit de son mieux pour faire bonne figure. Ce fut Jeanne qui finit par la couper en se relevant, visiblement nerveuse, pour venir s'appuyer contre la balustrade de béton. Le ring était encore vide, mais il y avait déjà de l'agitation près des portes…

« Tu ne vois pas assez bien depuis ton siège ? »

La Française eut un léger sursaut. De dos, Achille la vit se raidir alors que Hao l'approchait; elle ne l'avait visiblement pas entendu venir. Se mordillant la lèvre, il hésita à aller la rejoindre, mais ne parvint pas à s'y résoudre. A la place, il se renfonça dans son siège la bile au ventre, et laissa sa camarade faire face seule.


Hao s'approchait sans hâte, sans colère, et si la veille devant l'arène Jeanne avait pu faire face sans peur, cette fois-ci elle ne put s'empêcher d'avoir une certaine appréhension. Pourtant il ne pouvait rien faire contre les combattants qui entraient maintenant sur le ring, pas avec l'épaisse barrière de furyoku qui devait protéger le public. Du moins en théorie…

« Il n'y a personne derrière moi, donc je ne peux pas gêner, » signala-t-elle en faisant un signe vers les gradins désertés. Hao acquiesça sans suivre son regard, visiblement moins intéressé par son explication que par sa propre idée.

« Je doute que tu voies grand-chose, même comme ça. Tiens, ça devrait t'aider. »

Il avait dans les mains plusieurs paires de jumelles, et Jeanne ne put s'empêcher de froncer les sourcils. « C'était une paire par Shaman et cinq dollars la paire, » accusa-t-elle en croisant les bras.

« Oh ? Il faut croire qu'ils avaient des invendus, » fit le grand brun innocemment. « Ne veux-tu pas mieux voir tes précieux anges ? Ils ont même réussi à en trouver un avec de vraies ailes... »

Jeanne grinça des dents et jeta un oeil à l'arène. L'équipe qui ferait face aux X-I était déjà en place, mais il avait raison, elle était incapable de distinguer leurs visages. A regret, elle tendit la main vers la paire de jumelles la plus proche. Hao eut un sourire indulgent alors qu'il dénouait le cordon qui retenait l'objet à son bras. Puis, visiblement convaincu d'agir en grand prince, il lui remit son cadeau.

Jeanne, qui avait dû se retenir de lever les yeux au ciel, prit l'objet et l'observa avec circonspection, soupçonnant le coup fourré; mais elle ne trouva rien. Alors elle leva les jumelles vers son visage, et fut arrêtée par un bruit de bouche réprobateur.

« La sécurité avant tout, » fit Hao avec son sourire mauvais en renouant la lanière autour de son poignet, serrant si fort qu'elle pensa qu'il voulait lui faire mal. Mais ce n'était visiblement pas le cas, parce qu'il la laissa ajuster le cordon comme elle le désirait avant, enfin, d'utiliser les jumelles. Immédiatement, elle reconnut les petites silhouettes si loin en bas. C'était l'équipe qui s'était enregistrée en même temps qu'eux dans le bureau de Radim. Les deux filles Gandhara et le géant qui travaillait avec eux…

Puis Hao baissa brusquement ses jumelles, et arrêta son regard sur les X-I, qui venaient de monter sur le ring. Ils leur faisaient face, et un instant Jeanne eut l'impression de se trouver juste en face d' la relâcha, et elle put examiner celui qui 'avait de vraies ailes'. C'était bien le garçon qu'elle avait vu aux côtés de Marco chez Radim. Il se tenait en retrait, ses grandes ailes rouges repliées contre son dos. Il ne regardait rien, ne parlait pas à ses coéquipiers, semblait à peine présent…

« Il ne ressemble pas aux autres, » commenta Hao. La phrase, si plate, fit ciller Jeanne. Puis elle comprit. C'était censé la faire réagir, pour qu'elle lui donne ses informations à elle sur cette anomalie étrange. Hao ne posait pas de questions, il aiguillait, piquait son interlocuteur jusqu'à provoquer une réaction, et engrangeait ensuite les informations.

Il dut voir ses yeux s'étrécir, parce qu'il sourit et se détourna, sans plus insister. Jeanne le fixa encore quelques secondes, puis releva ses jumelles pour regarder les X-I. Hans était en train de triturer quelque chose sur son bras. Il avait l'air en bonne santé, et tranquille. Quant à Marco…

Le cœur de Jeanne manqua un battement. Il la regardait. Il avait la tête levée et il la regardait droit dans les yeux.

C'est le moment que Hao choisit pour passer un bras autour de sa taille et la serrer contre lui. Elle put voir avec force détails offerts par la lentille grossissante les yeux de Marco s'écarquiller, puis sa mâchoire se resserrer. Sous le choc, elle manqua en lâcher les jumelles, et ce ne fut que grâce à la lanière de plastique qu'elles ne dégringolèrent pas vers le ring. Elle lança un regard partagé entre affolement et outrage au grand brun, mais il n'avait pas l'air d'avoir envie de la lâcher. Une espèce de rictus possessif lui barrait le visage, et il fixait les X-Laws avec froideur. Jeanne, tout en tentant de le repousser, regarda de nouveau vers Marco; mais il ne la regardait plus, concentré sur ses adversaires. Et le vague éclat sur son visage avait complètement disparu.

Enfin, Hao la relâcha, et Jeanne tituba en arrière, sonnée. « Qu'est-ce que - Qu'est-ce qui vous a pris ? »

Il semblait avoir trouvé des affinités avec les requins, soudain, et son sourire était devenu mordant. « Moi? Mais rien… »

Jeanne était devenue livide. « Il nous regardait! Il nous regardait et vous avez fait exprès pour… pour sous-entendre je ne sais quoi de faux! A quoi vous jouez ? Ca vous amuse, c'est ça ? »

Hao ne sembla pas s'offusquer. « C'est tout à fait ça. Je ne vis que pour t'énerver, princesse, tu devrais le savoir maintenant. »

Jeanne se sentait bouillir. Pour un peu, elle l'aurait frappé; mais la voix de Radim couvrit la sienne, et Hao ne la regarda plus. Jeanne retourna son regard vers le ring, avec une nausée persistante. Comment osait-il? Est-ce que c'était sa nouvelle idée, maintenant qu'elle avait choisi de s'opposer à lui, de la tripoter et de la mettre en difficulté ainsi ? Mais pourquoi ? Quel intérêt voyait-il à ce… cette comédie… ?

« Je ne suis pas à vous, » murmura-t-elle, la gorge nouée. « Vous n'avez pas le droit de faire ce que vous êtes en train de faire. »

Les yeux d'Hao se posèrent de nouveau sur elle, froids inquisiteurs. Si elle avait dû décrire son regard, elle aurait dit : il se demande si je vais pleurer. Peut-être qu'elle aussi, elle se le demandait, parce que c'était une très bonne question, et elle n'avait pas la réponse.

Puis, voyant qu'elle ne répondait pas, il souffla doucement: « Que crois-tu que je fasse ? »

Elle ne savait pas bien. L'admettre lui en coûtait, mais ne rien dire lui aurait fait plus mal. Ne rien dire, c'était laisser couler, c'était lui permettre de recommencer plus tard, autrement. « Qu'est-ce que vous essayez de faire ? »

Hao eut un sourire bizarre, un sourire en coin, qui n'affectait qu'une moitié de son visage.

En se détournant à moitié, elle souffla: « Ne recommencez pas. Je ne - je ne sais pas ce qui vous passe dans la tête, mais n'essayez pas de m'éloigner de lui - ou, ou de n'importe qui d'autre. C'est de la malhonnêteté de votre part. » Et l'accusation sembla porter, parce qu'Hao ne répliqua pas. Du moins, Jeanne décida qu'elle avait porté; elle ne voulait plus le regarder.

Pourtant… Pourtant c'était l'occasion rêvée de lui parler des X-III, de tenter quelque chose. Elle ne savait pas bien quoi. S'excuser pour ce qu'elle avait dit pour le combat ? Mais elle le pensait toujours. Proposer une autre compensation ? L'avertissement de Jack était trop frais dans son esprit. Le supplier… ? Il n'était pas du genre à céder juste parce qu'elle se mettait à pleurer, elle le savait. Au contraire, cela pouvait bien le convaincre de le faire juste pour l'endurcir. Se mordant la lèvre, Jeanne coula un regard vers Hao, mais il ne la voyait pas, les yeux fixés sur le ring. Un instant, elle vit sa main se lever, tenter d'effleurer celle du brun…

Puis son courage s'évanouit et elle détourna le regard. Non, il ne changerait plus d'avis. Ce n'était pas la solution.

Alors qu'elle se remettait à observer le ring, le coeur serré en voyant que Marco et Fudô discutaient à voix basse, une nouvelle silhouette vint s'accouder près d'elle.
« Nyôrai… ?
- On voit rien, de nos places, » fit la brune avec légèreté. « Et je veux savoir ce que donnent les X-Laws en action. Un problème ? »

Jeanne cilla. C'était la même Nyôrai qui avait eu du mal à passer devant Hao avant le match, ça ? Il semblait bien que oui.

Toujours accoudé près d'elle, Hao ne disait rien. Il avait sorti un quignon de pain et le mangeait tranquillement, apparemment pas du tout intéressé par la présence de sa coéquipière à son côté.

« Aucun, » finit-elle par dire, avec un vague sourire. Puis elle pointa du doigt les deux « vrais » X-Laws et les nomma pour son amie, sachant pourtant qu'elle les connaissait déjà. « Quant à lui - je ne sais toujours pas son nom, » fit-elle en essayant de masquer l'agitation que lui causait le troisième membre des X-I.

Nyôrai ne réagit d'abord pas, les yeux fixés sur le Shaman debout sur le ring. De l'autre côté de Jeanne, Hao lui lança un regard curieux, et la Française, inquiète, posa une main sur le bras de Nyôrai. Celle-ci, comme s'éveillant d'un songe, sursauta presque. « Oui, pardon. Attends voir… »

Elle s'éloigna un instant pour revenir avec son carnet. « Fudô, pas de nom de famille. Il dort sur le navire avec deux autres non-Xs. Je ne sais pas qui est son organisateur et impossible d'obtenir la moindre information sur ses attaques ou son Over-Soul, s'il en a un. »

Jeanne fronça les sourcils. « S'il en a un ?
- Je sais pas, c'est bizarre, » fit Nyôrai, les lèvres pincées, avant de faire un signe de tête vers Hao. « Je m'en méfie, en tout cas, et tu ferais bien de faire de même. »

Jeanne, qui avait bien perçu le sous-entendu, acquiesça sagement. Elle avait bien vu que le carnet de Nyôrai était noirci du haut de la page jusque dans la marge du bas, mais ce qu'elle avait à dire pouvait probablement attendre qu'elles soient loin des oreilles de Hao.

« Alors, vous vous êtes bien reposés? » La voix de Radim la fit presque sursauter, et Jeanne dirigea son attention vers le grand Pache. « Le match de ce matin était surprenant, n'est-ce pas? Vous en avez eu plein les yeux ? J'espère que vous vous êtes reposés un peu parce que là, ça va envoyer ! Je vous donne, à ma gauche… Les Ten ! »

Une partie importante du stade éclata en applaudissements, et Jeanne se félicita d'avoir demandé à Rutherford qui les X-I devaient affronter. Demander à Nyôrai 'qui' était célébré à travers l'équipe sur le ring n'aurait sans doute fait que l'énerver…

« Et, à ma droite, veuillez faire un bon accueil au X-I !"

Le bruit qui suivit cette annonce fut moins étourdissant. Il s'agissait moins d'applaudissements que de murmures, ce qui reflétait un peu l'image des deux chefs. Selon Rutherford, Sâti était respectée, révérée même, par bon nombre de Shamans et d'humains, et pas seulement par ses équipes. Marco, lui, était moins lumineux. Il faisait peur. Les gens le respectaient parce que les X-Laws semblaient avoir les moyens de tenir tête à Hao, et parce qu'une puissance inquiétante se dégageait d'eux, mais il n'était pas aimé. Cela ne la surprenait pas, mais elle n'en était pas réjouie pour autant.

Radim faisait monter la tension, et Jeanne se laissa gagner par l'anxiété. Sur le papier, ce n'était pas évident. Les X-Laws n'avaient pas forcément énormément de furyoku, en fait, pas par rapport à l'équipe en face d'eux. Les Ten affichaient tous des furyoku au-delà du 50 000, et leurs Over-Souls étaient plutôt impressionnants. Pourtant Marco et ses deux acolytes ne semblaient pas inquiets. D'ailleurs ils semblaient se concerter, et bientôt Hans s'avança, laissant les deux autres en arrière. Il comptait faire le combat seul ?

Il y eut comme un ricanement à sa gauche, et Jeanne fronça les sourcils. Hao sentait-il sa nervosité? Pinçant les lèvres, elle se pencha encore un peu en avant, et chassa les doutes de son esprit. Quoi qu'il se passe, elle devait le voir d'abord. Il y aurait le temps d'analyser le combat après.

« Vous êtes tous prêts ? Alors que s'ouvre ce cinquième match du Shaman Fight ! »

Immédiatement, Hans jeta quelque chose au pied de ses adversaires puis appuya sur son poignet. Il y eut un craquement de feu d'artifice, et l'air du ring sembla…. se contracter.

« Oh, malin, » souffla Nyôrai a sa droite. Elle s'était glissée près de la rambarde après l'escarmouche entre les deux autres Shamans. « Je ne savais pas qu'on pouvait… faire ça. »

Jeanne fronça les sourcils, sans comprendre ce qu'elle voyait. Instinctivement elle se pencha vers Nyôrai, mais Hao s'exprima le premier : « C'est une bombe de furyoku concentré, et refroidi dans des batteries. L'énergie utilisée ralentit le 'temps' tel qu'il est ressenti par l'équipe Ten, en plus de les étourdir. »

Jeanne cilla. « Comment vous… ? »

Elle ne termina pas sa phrase. Hans, très calmement, avait levé son arme et visé les esprits de ses adversaires. Sans se hâter, il tira une balle, deux, trois - qui vinrent toutes s'immobiliser juste devant le front des trois Bouddhas, prises elles aussi dans l'espace de froid immobile. Puis il toucha un autre bouton sur son bras, et le temps revint à la normale. Immédiatement, les balles explosèrent à l'intérieur des esprits, brisant les trois Over-Souls successivement. La plus petite des deux filles poussa un cri de douleur et tomba sur un genou. Les deux autres esprits se reformèrent devant elle pour la protéger, et l'autre fille lança un sort d'un cri alarmé.

« Annulation de furyoku, » murmura Jeanne, en reconnaissant l'aspect particulier - pur, limpide, vide - de l'air affecté par l'attaque de la fille. Stratégie plutôt intelligente, puisqu'ils ne semblaient pas comprendre comment ils avaient été frappés : avec un peu de chance, ils ne pourraient pas empêcher leur adversaire de recommencer.

« Est-ce que cela affecterait des batteries de furyoku… ? » La voix de Nyôrai était comme rêveuse. Pour quelqu'un qui ne savait pas, quelques minutes avant, comment fonctionnait les bombes de Hans, elle avait rapidement compris les enjeux, songea Jeanne, juste au moment où sur le ring Hans lançait une nouvelle attaque. De son fusil sortirent deux nouvelles balles, aussi dénuées de furyoku que précédemment, qui déchirèrent l'esprit du jeune homme, puis il visa la dernière fille - et pas son esprit, non, mais son corps à elle. Jeanne eut soudain la vision du crâne de la Ten, éclaté comme un fruit mur sur le sable de l'arène, et elle se mordit la lèvre aussi fort qu'elle put. S'il te plaît, Hans, ne fais pas ça…

« Vous n'avez aucun moyen de m'arrêter, » fit le grand blond. Il parlait à voix basse, mais les micros du stade rendaient sa voix audible par tous les spectateurs. « Je peux détruire vos Over-Souls autant de fois qu'il le faudra, mais je peux aussi vous tuer et en finir là. Il n'y a cependant aucune raison de transformer cette arène en bain de sang. Les X-Laws n'ont qu'un objectif, éliminer Hao. Quittez ce ring et il ne vous sera fait aucun mal. »

Il y eut un battement. Deux. Les trois Ten semblaient se concerter du regard. Puis une légère clameur s'éleva; Sâti Saigan, assise depuis le début du match au niveau inférieur, venait de se lever et de s'approcher de la rambarde. La dernière Ten avec un esprit encore debout ne bougea pas, concentrée sur Hans, mais les deux autres regardèrent la rousse, suivant le mouvement d'une partie du stade. Jeanne, elle, n'osait pas lâcher Hans des yeux pour plus de quelques secondes, trop inquiète de voir son arme toujours brandie. Il n'avait jamais été très patient…

Alors qu'elle lançait tout de même un regard vers la princesse des Gandhara, elle aperçut du coin de l'oeil le visage de Nyôrai. Celui-ci était comme boursouflé d'un mélange de rage et de joie perverse - parce qu'elle voyait sa soeur en difficulté ? parce que, même quand elle l'était, en difficulté, Sâti maintenait cette étrange aura de grâce et de contrôle de la situation ? Jeanne savait qu'elle ne pouvait pas poser la question à voix haute, mais cela lui fit mal au coeur. Elle voulait faire quelque chose, peut-être même lui prendre la main, la soutenir… mais cela ne ferait que la faire exploser.

Ainsi distraite par sa camarade, Jeanne ne vit pas exactement ce que Sâti fit alors; mais lorsqu'elle songea enfin à regarder Hans de nouveau, l'esprit de la dernière Ten se dissipait. La Shamane, sans frustration apparente, s'inclina devant ses adversaires, puis aida son camarade à soutenir l'autre jeune fille alors qu'ils descendaient du ring.

« Eeet l'équipe Ten déclare forfait ! Il faut les comprendre, X-I n'a pas l'air de rigoler ! Je vais essayer de leur parler - ah, non, visiblement je n'aurai pas non plus d'interview… Bref ! Rendez-vous dans une demi-heure pour le prochain match ! »

Le stade se leva dans un brouhaha confus à coloration floue. Impossible de savoir si les spectateurs étaient impressionnés ou déçus...

« Le match suivant n'a pas d'intérêt. Si tu me cherches, je serai au café, » dit soudain Nyôrai en glissant la paire de jumelles dans sa sacoche.

Jeanne fronça les sourcils, vit Achille sur le point de la rattraper, et fit quelques pas pour le retenir par la manche, délaissant Hao. Une fois que la petite brune eut disparu, elle montra sa cloche. « L'équipe Nyôrai est en lice pour le prochain match. Elle est sans doute déjà très au point sur les techniques de sa… de Sâti, » se reprit-elle en se rappelant qui se tenait tout près. Trahir le secret de Nyôrai - en plus d'être méchant - causerait sans doute des ennuis à la brune si elle révélait sa parenté avec la prêtresse des Gandhara.

Achille cilla, puis sembla se souvenir et acquiesça. « N'empêche, elle est plutôt confiante. Et si c'est Haiti 800 qui gagne ? Elle n'aura pas d'informations de première main… »

Jeanne entendit distinctement Hao ricaner, mais étouffa le bruit en jouant avec ses jumelles pour qu'Achille n'entende rien. Se voulant délicate, elle haussa les épaules. « Tu sais comme elle est, je suis sûre qu'elle a déjà fait le match sur le papier. Même si Datura et les autres sont très forts, je doute qu'ils puissent vraiment gagner contre une Shamane avec plus de six cent mille points d'énergie. »

Le Grec opina. « Pas faux. C'est impressionnant qu'elle en ait autant, d'ailleurs. Je croyais… »

Il ne termina pas sa pensée. Jeanne eut un sourire nerveux. Elle ne put s'empêcher de se demander jusqu'où elle aurait pu aller si elle était restée plus de temps dans l'Iron Maiden. Le temps était une contrainte importante, mais tout de même, en trois, quatre ans presque…

L'idée était plus amère que douce. Quelque chose en elle disait qu'elle devrait se sentir coupable de ne pas vraiment regretter cette opportunité manquée, mais le reste de son âme était couardement bien heureuse d'avoir été épargnée. Son furyoku n'était pas aussi haut qu'il aurait pu être… mais était-ce vraiment là le plus important ? Quand elle songeait au temps de l'Iron Maiden, elle se souvenait surtout d'un brouillard douloureux, de jours qui se fondaient dans les jours et de saisons qui se ressemblaient, toutes fer, toutes souffrance. Tout n'avait pas été rose dans le campement d'Hao, mais…

Mais.

C'était surprenant de se rendre compte à quel point son avis avait changé en quelques mois. Le fait de revoir les X-Laws, d'avoir au bout des doigts la possibilité de retourner parmi eux n'y était pas pour rien.

Jeanne fut soudain consciente d'une paire d'yeux brûlants posés sur son dos, et décida de ne surtout pas se retourner. Hao risquait de lire sur son visage le fil de sa pensée.

A la place, elle sourit à un Achille toujours pensif et dit : « Je pense que le furyoku compte moins que la façon dont on s'en sert. Datura nous surprendra sûrement. »

Il fit mine d'acquiescer, bien que peu convaincu.

Puis la voix de Radim s'éleva des hauts-parleurs : « Mesdames, messieurs, la pause est bientôt terminée. Veuillez retourner à vos places pour le match suivant, Nyôrai vs Haiti 800. N'oubliez pas de donner un pourboire aux ouvreurs. Des vendeurs se tiendront dans les gradins pour vous offrir rafraîchissements, friandises et sandwichs froids. Veuillez retourner à vos places… Le match commence dans quinze minutes. »