8/ Tout au long de la nuit

Le souffle de Bella se bloqua dans sa poitrine quand elle regarda sa montre. En retard de nouveau. Tirant sur ses vêtements étriqués elle se précipita dans le vestiaire faiblement éclairé. De la vapeur s'échappait de la douche vide, s'enroulant autour de ses jambes comme des doigts fantomatiques. Quand elle atteignit la porte à côté du bureau de Mme Welles cela ne mena pas au gymnase mais à une petite pièce avec une échelle branlante.

Etrange.

Pourtant elle pouvait entendre le grincement des chaussures de tennis contre les planchers en bois et le bruit d'un ballon de basket rebondissant. Même si elle était quelque peu embrouillée par la poussière et l'odeur de naphtaline de la pièce, l'odeur familière de la transpiration des adolescents et des tapis de lutte en caoutchouc flottait dans l'air. Elle devait être proche.

Elle grimpa à l'échelle, disparut dans un trou du plafond et grimpa plus haut que l'école. En haut elle trouva une caverne avec un enchevêtrement d'échelles, de plates formes et de hauts câbles ressemblant à Escher.* A ce rythme elle n'allait jamais arriver en classe. Mme Cope appellerait Charlie pour signaler son absence puis il la conduirait à nouveau à l'école dans sa voiture de police. Pire, elle prendrait du retard en mathématiques et ne le rattraperait peut-être jamais.

Passer d'une échelle à une autre conduisit finalement à une autre porte. Le corps entier de Bella s'affaissa de soulagement à la vue de la petite salle de classe fade de M. Varner. Par-dessus ses lunettes il la regarda tenter de se faufiler sur son siège, tout en faisant tambouriner ses doigts sur son bureau. Au tableau sous une bannière qui répertoriait les mille premiers chiffres de pi, une annonce avait été barrée dans son écriture araignée. Aujourd'hui pop quizz !

Oh parfait.

En glissant sur sa chaise elle tenta d'arranger son short de gym pour qu'il couvre ses jambes le plus possible mais en vain. Une copie du questionnaire était posée à l'envers sur son bureau. Peut-être qu'elle avait encore du temps. Alors qu'elle le retournait et lisait la première question, son esprit chuta encore plus bas.

1. Quand utiliseriez-vous un quango au lieu de la formule au carré ?

Quango ? Qu'est-ce que c'était que ça ? Avaient-ils vu ça en cours ? Peut-être avait-elle été absente ce jour-là ?

Quelque chose chatouillait sa jambe trop nue : un doigt, suivant une ligne de sa cheville à sa cuisse. Bella tapa sur la main juste avant qu'un rire profond et familier ne l'informe de l'identité du coupable. Embry.

Du moins elle pensait que c'était lui. Difficile d'en être certaine étant donné la façon dont les ombres tombaient sur son visage. Pour une raison quelconque le fait de ne pas le voir l'inquiétait moins que la possibilité d'être accusé de tricherie s'ils se faisaient prendre à parler.

"Et si tu l'es ?" demanda le peut-être Embry, en posant une main sur son ventre. "Qu'allons-nous faire ?"

Elle baissa les yeux loin de son visage ombragé et des gentils yeux bruns qui se cachaient d'elle. "Je ne sais pas."

"Je suis… merde, Bella." Son soupir souleva ses cheveux, la respiration froide ne lui ressemblait pas du tout. L'Embry qu'elle connaissait n'était que chaleur. "Je ne suis pas prêt à être papa."

Ils avaient déjà eu cette discussion, pas vrai ? Bella regarda les autres élèves tous griffonnant sur leur sujet. Elle n'avait même pas écrit son nom sur le sien. Personne ne semblait écouter.

"Tu penses que je suis prête à être maman ?" demanda-t-elle.

"Non." Après une pause la main d'Embry claqua contre son bureau. "Comment as-tu pu laisser ça arriver ?

Fixant le nuage sombre où sa tête aurait dû être, Bella laissa sa bouche s'ouvrir. "Comment j'ai pu laisser ça arriver ? Tu étais là aussi Monsieur je vais me retirer." Malgré la présence de M. Varner et une classe pleine d'élèves elle essaya de crier les mots. Elle s'en fichait qu'ils entendent. Ça sortit comme un chuchotement, elle ne pouvait pas respirer assez pour crier. "Oublie ça. Oublie que j'ai dit quelque chose. Si je le suis, je m'en occuperais."

Accroupi sur sa chaise Embry se frotta le menton qu'on ne voyait pas. Bella s'éloigna de lui, comme s'ils n'étaient plus amis. M. Varner était penché sur son bureau mais de temps en temps il levait les yeux vers elle. Ella allait avoir tout un tas de problèmes. Embry n'était même pas censé être là. Il n'allait pas dans cette école.

"Si tu décides que tu veux le garder, je serais là d'accord ?" dit-il, sans lui jeter un coup d'œil.

Avant qu'elle puisse répondre son ami commença à s'éloigner comme si tout son corps était fait de volutes de fumée qui couvraient son visage.

Bella se réveilla en sursaut. Elle était de retour dans son lit, pas de classe, pas d'Embry. Rosalie était au-dessus d'elle, une main froide touchant son bras. A proximité une Jessica parfumée à la pommade ronflait. Inspirant profondément, Bella prit un moment pour revenir au présent – à la réalité. Elle n'était pas enceinte – ne l'avait jamais été. C'était juste une peur. Embry était mort, Jessica était revenue et Bella fréquentait des vampires et des loups.

"Tu parles toujours dans ton sommeil ?" demanda Rosalie.

En gémissant elle se frotta les yeux "Quelquefois."

"Ne t'inquiète pas tu n'as rien dit d'embarrassant." Alors qu'elle remettait ses cheveux en queue de cheval, Rosalie fit signe vers Jessica avec l'un de ses coudes. "Je t'ai devancé et me suis occupée de la pommade. J'ai pensé que ça te ferait du bien de dormir un peu plus après avoir partagé le lit avec nous toute la nuit."

"Merci."

"Mais de rien," et Rosalie fit un geste de la main. Elle avait sorti des vêtements du placard de Bella, des choses amples et confortables plus adaptées pour se prélasser et se plonger dans un roman que pour aller travailler. L'épaisse flanelle de la chemise rendait sa silhouette presque informe, cachant ses courbes. La robe à bretelle de la veille avait disparu. "Quand tu es prête nous pourrions y aller."

Après que Bella se soit lavée et ait enfilé sa tenue de travail, réveillé Jessica pour lui dire un au revoir rapide elles se dirigèrent vers la voiture de Rosalie. Une brume blanche flottait au-dessus de la ville comme la vapeur de douche dont Bella avait rêvé. Ce n'était pas un temps idéal pour le défilé des vétérans cet après-midi mais peut-être qu'elle disparaîtrait quand le soleil se montrerait. A la dernière minute Bella se souvint d'accrocher une couronne de fausses fleurs violettes à sa porte d'entrée. C'était la commémoration de l'Impulse ce qui signifiait qu'à midi le laboratoire s'arrêtait et rejoignait les six minutes de silence qui couvriraient le pays : une minute pour chaque million de personnes dans le monde qui avaient été perdues lors de la première tempête.

Comme d'habitude Rosalie chanta avec la radio en conduisant. Même lorsque les chansons étaient gaies, sa voix claire et parfaite gardait un ton triste comme si elle chantait quelque chose qu'elle avait perdu. Juste avant d'atteindre la longue allée en gravier qui menait au laboratoire, Rosalie lâcha un juron et appuya brusquement sur le frein.

Un homme – un vampire - se tenait au bord avec un sourire entendu. Rosalie posa sa main sur son cœur comme si son contrôle pouvait encore lui échapper. Derrière les lunettes de soleil du visiteur ses yeux auraient pu être rouges. Belle pourrait le parier. Buveur de sang humain était inscrit partout sur lui.

Alors qu'il s'approchait, Rosalie descendit sa vitre et demanda, "Qu'est-ce que tu fais là ?"

Il s'accouda à la vitre ouverte et son sourire s'agrandit. "Ça fait plaisir de te voir, aussi." La façon dont il regarda Bella suggéra qu'il se fichait qu'elle sache ce qu'il était, il ne la voyait pas comme une menace. "Est-ce que tu vas me présenter ?"

En soupirant Rosalie se recula dans son siège et fit signe entre eux. "Bella, Demetri. Demetri, Bella. Voilà. Content ? De nouveau je te demande ce que tu fais ici ?"

"Je passais par là pour affaires. Chelsea a disparu." Demetri renifla comme si le fait que cette personne ait disparu lui était en quelque sorte insultant. "Je n'arrive pas à la trouver donc nous soupçonnons que la tempête est à blâmer. Aro est moins que content."

Rosalie en rit presque. "Je le parierai."

"Naturellement c'est à moi de chercher Eléazar et d'essayer de trouver de nouveaux talents." Demetri examina ses ongles et les polit sur sa chemise. "Je suis toujours coincé avec le travail acharné."

Hochant la tête, Rosalie regarda vers l'horizon et se concentra sur quelque chose que Bella ne pouvait pas voir. "Est-ce qu'Alistair vous a rejoints ?"

Alistair ? Chelsea ? Aro ? Eléazar ? Que de nouveaux noms ce matin. Bella pouvait à peine espérer les retenir tous même si elle avait une idée de qui ils étaient.

"On ne l'a jamais invité formellement."

Rosalie frotta l'endroit où était censé être son petit doigt. Cette action rappela à Bella la façon dont Charlie jouait au poker il y avait des années. Elle avait l'habitude de garder une trace de tous les tics et habitudes que son père démentait être des tics. S'il s'éclaircissait la voix quand il posait son pari il bluffait. S'il se grattait le menton, ses cartes étaient particulièrement bonnes.

Comment étaient les cartes de Rosalie ? Bonnes ou mauvaises ?

"Mais tu sais où il est ?" demanda Rosalie.

Même quand il haussait les épaules Demetri essayait d'être élégant. "Certainement," dit-il, ses lèvres se serrant en regardant Bella. Elle avait cette impression qu'il cherchait quelque chose – quelque chose en elle ? Quoi que ce soit il semblait ne pas être capable de le trouver.

"Ça fait un long moment que nous n'avons pas eu de ses nouvelles," dit Rosalie. "Jasper et Emmett ont essayé de le trouver mais… tu les connais. Traquer les gens n'a jamais été leur point fort. Alistair pourrait vraiment nous aider pour ce travail."

"Tu le penses vraiment ?" Et il lui fit un nouveau haussement d'épaule. Il recula. "S'il voulait qu'on le trouve, on l'aurait déjà trouvé. Il sait où vous êtes."

Avec un hochement de tête accompagné d'un clin d'œil il les laissa. Marmonnant dans sa barbe, Rosalie redémarra pour aller au laboratoire. Bella ne put s'empêcher de repenser à la dispute d'Emmett et de Rosalie et comment il avait affirmé qu'elle attendait quelque chose qu'elle ne voulait même pas. S'agissait-il d'une personne qui ne pouvait pas être trouvée ? Cet Alistair ?

"Qui est Alistair ?" demanda-t-elle.

"Un vieil… pas vraiment… ami…"

Elle se frotta à nouveau le petit doigt – encore un indice que Bella ne pouvait pas interpréter. Peut- être que Rosalie et Alistair s'étaient disputés.

"Petit-ami ?" demanda-t-elle.

Le rire de Rosalie emplit l'habitacle. "Absolument pas. Même pas si j'étais désespérée. Nous avions l'habitude de travailler ensemble. C'est tout."

Ça n'était pas tout mais pour le moment Bella décida de laisser tomber. Dans le laboratoire elles ne trouvèrent que Garrett, Jasper et Edward. Carlisle, Mary et Emmett étaient partis pour la journée.

C'était aussi bien, Bella ne voulait pas se laisser prendre dans la tempête qui allait sûrement faire rage entre Rosalie et Emmett la prochaine fois qu'ils se croiseraient. Bloc-notes à la main elle commença ses lectures. Pas le temps de cuisiner, Rosalie l'avait laissée dormir trop tard.

"Hé," dit Edward avec un demi-sourire qui lutta pour éclater à travers les nuages de la nuit précédente. "Pas de thérapie de couple aujourd'hui ?"

Elle secoua la tête. Pour des raisons qu'elle ne voulait pas trop analyser, elle n'avait pas envie de passer la matinée à flirter et à plaisanter avec lui après la soirée qu'elle avait passée. Quelque chose de très proche de la culpabilité tourbillonnait dans son estomac à cette pensée. "Désolée, je suis en retard."

"Eh bien… tant que tu n'étais pas en train de cuisiner avec quelqu'un d'autre je suppose que ça va." Dans un tiroir qui avait été le poste de travail de Jessica il sortit deux petits gâteaux, chacun surmonté d'un épais glaçage et de copeaux de chocolat. "Comme promis un petit gâteau d'anniversaire en retard. Et un pour Jessica aussi parce que je sais qu'elle ne me pardonnerait jamais si je l'oubliais."

Bella lui sourit. Elle effleura ses doigts en acceptant les petits gâteaux. L'air de rien elle prolongea ce contact un peu plus longtemps que nécessaire. Pas que ça sembla le déranger, ça ne fit qu'agrandir son sourire.

"Merci," dit-elle.

"Aussi fascinant que ça puisse être, de regarder vos préliminaires…" fit Rosalie toute à son travail, "… nous avons du travail. Edward où as-tu mis mon kit de calibration ?"

"Je ne l'ai pas touché."

Dans ce qui ressemblait à une très bonne imitation de Jessica, Rosalie posa ses mains sur ses hanches. "Pourtant quelqu'un l'a fait. Je l'avais laissé ici."

"Tu en es sûre ?" demanda Edward. "Peut-être que tu l'as changé…"

"Oui j'en suis sûre. "

"Désolé je ne l'ai pas vu. C'est probablement aussi bien. La dernière fois que tu as essayé de l'étalonner, tu …" Sa voix traina, un raclement de gorge ponctuant sa phrase inachevée alors que Rosalie plissait les yeux. "Je veux dire euh. Tu fais de l'excellent travail et je ne critique absolument pas même si tu fais paraître ça comme… une machine à laver pleine de gravier. Je suis sûr que c'est mieux ainsi."

Il fouilla dans sa poche et en sorti du film étirable qui entourait quelque chose qui ressemblait à des miettes et il le lui tendit. "Un cookie ?"

Un rire s'échappa de Rosalie, arrêté seulement par sa main sur sa bouche. Edward n'avait jamais eu l'air aussi triomphant.

Pendant qu'Edward aidait Rosalie à retrouver son kit égaré, Bella retourna vers les relevés. L'écran météorologique révéla que le soleil se frayait un chemin à travers le brouillard matinal et le ciel bleu brûlant. Il n'y avait aucun signe d'orage, aucun flash orange. Elle espérait que ça allait être une journée calme.

Quelques minutes avant que l'horloge ne sonne douze heures, tout le monde se dépêcha d'éteindre les machines. Seules les alarmes restèrent activées, pour des raisons de sécurité. Garrett annonça le début des six minutes de silence de son endroit préféré, sur l'échafaudage. Fermant les yeux, Rosalie inclina la tête comme dans une prière. A un moment donné, Jasper posa une main sur son épaule et elle le repoussa en haussant les épaules. Les machines du labo retinrent leur souffle, prises dans quelque chose de plus silencieux et plus profond que le silence.

Au début de la cinquième minute, le sol bougea sous les pieds de Bella. Une alarme retentit : un son aigu, ce qui signifiait que les sirènes d'avertissement au-dessus sonnaient. Edward se pencha en avant, évitant de se cogner la tête sur le bureau de Bella grâce aux réflexes rapide de Jasper. L'écran blanc, désactivé comme le reste du laboratoire, n'offrit aucune explication.

"Oh, mon Dieu !" dit Bella. "Jess est seule. Elle ne peut pas barricader les fenêtres ou… "

"Vas-y," dit Rosalie, tendant ses clés et poussant Edward et Bella vers la sortie d'urgence. "On sera juste derrière toi."

Traînée par un Edward pâle, Bella monta l'escalier en courant jusqu'au garage. Sa respiration s'améliora une fois qu'elle fut dehors mais elle savait que l'oppression dans sa poitrine ne se dissiperait pas jusqu'à ce que la tempête se calme et que tous ceux qu'elle aime soient en sécurité.

Bella conduisit. Edward n'essaya même pas de s'y opposer, ce qui était tout à son honneur. Alors qu'ils sortaient du garage, le ciel avait l'air en feu. Le soleil n'était rien de plus qu'un point blanc dans un vaste, impitoyable champ d'orange craquelé. Tant qu'il brillait encore, Rosalie et les autres seraient piégées.

"Garde un œil sur les voyageurs du temps," dit Bella.

Elle conduisit aussi vite qu'elle osait. Chaque écho de la sirène la poussait à accélérer au risque de perdre le contrôle. Edward ne disait rien, il se contenta de serrer les poings et de regarder le bord de la route.

Finalement, ils atteignirent le parc à caravanes. Bella détacha sa ceinture de sécurité et commença à sortir de l'habitacle mais Edward ne bougeait pas ou il bougeait mais pas comme elle l'attendait. Il tremblait, serrant son estomac. La sueur coulait sur son visage et sa chemise était trempée.

"Edward ?"

"Je vais bien," chuchota-t-il, sa voix enrouée. Un violent spasme déchira son corps. "Je vais bien."

Bella se demandait s'il le lui disait à elle ou à lui-même. Elle se pencha sur le siège, comme si elle vacillait au bord d'une falaise, elle jeta un coup d'œil sur la peau sous son col. Silencieusement, elle supplia d'avoir tort - priant pour qu'il ait la grippe ou un trouble anxieux. Tout sauf un voyageur dans le temps.

Ce n'était pas le cas. Là, sur sa poitrine, elle trouva une tache pâle, aux anneaux roses, qui n'était pas là l'autre jour.

"Oh, non," dit-elle, presque reconnaissante quand la brûlure derrière ses yeux brouilla sa vision avec des larmes de sympathie et lui cacha la lésion.

Un cri retentit près de l'orée des bois. Bella cligna des yeux jusqu'à ce qu'elle puisse voir à nouveau. Même les Raiders couraient se mettre à l'abri. Ils sortirent de la forêt en un immense groupe. Sans réfléchir elle se hissa sur les genoux d'Edward et planta ses doigts dans ses cheveux pour le tenir immobile. Elle pencha son visage près du sien, jusqu'à ce que ses longs cheveux les dissimulent tous les deux et donnent l'impression qu'ils s'embrassaient.

"Bella ? Qu'est-ce que tu..."

"Chut. Les Raiders. J'ai vu ça dans un film."

Déglutissant, il la tint par les hanches, fort. Les Raiders crièrent en passant devant la voiture, leur disant de prendre une chambre et leur demandant s'ils n'avaient pas entendu les sirènes.

"Au moins, ils mourront heureux," dit l'un d'eux en riant.

Bella attendit que leurs voix s'estompent au loin avant de dire : "D'accord. Ils sont partis."

"Es-tu sûre ?" demanda Edward, resserrant son emprise sur elle.

Si elle n'avait pas été aussi désespérée pour joindre Jessica, elle aurait ri.

A son grand soulagement, Edward put encore marcher tout seul. Il esquiva ses tentatives pour l'aider. Ils trouvèrent Jessica effondrée dans la cuisine, roulée en boule. Quand Bella se précipita vers elle et qu'elle lissa les cheveux de son front en sueur, Jessica ne fit pas plus qu'un gémissement et s'agrippa au poignet de Bella.

L'esprit de Bella menaçait de sombrer. Comment allait-elle emmener Jessica dans sa chambre et prendre soin d'Edward ?

"Je peux la porter," dit Edward.

Bella essaya d'éviter incrédulité dans sa voix. " Tu en es sûr ?"

Même si son visage était devenu gris, il réussit à avoir l'air insulté. "Elle est minuscule. Je peux me débrouiller."

Tandis qu'il prenait Jessica dans ses bras, Bella resta près d'eux. Elle ne pensait pas pouvoir attraper Jessica si Edward la laissait tomber mais elle pourrait au moins aider à ralentir sa chute. Parce que la chambre de Bella était la plus proche, elle demanda à Edward de l'y emmener. Il la posa sur le dessus de la couette et tituba en arrière, respirant fort. La commode de Bella fit office de chaise quand ses jambes vacillèrent et menacèrent de lâcher.

"Pourquoi tu ne t'allongerais pas aussi ?" demanda Bella. "Il y a plein de..."

"Je vais bien."

Ne voulant pas discuter avec lui, Bella fouilla dans son tiroir à chaussettes pour prendre un des échantillons de sang de Jake.

Carlisle lui avait dit de l'utiliser lors d'une tempête violente, plutôt que de recourir à l'un de ses traitements expérimentaux. Elle prépara une seringue et injecta le sang dans le bras de Jessica, le tout sous le regard curieux d'Edward.

"Quel groupe sanguin es-tu ?" demanda-t-elle. Si ça pouvait aider, elle lui donnerait du sang de Jake.

Eh bien… Comment expliquerait-elle d'où provenait ce sang, elle ne le savait pas encore.

"O positif," dit Edward.

"Merde."

Jake et Jessica étaient tous les deux A négatifs. Le seul loup avec du sang de groupe O était Paul et les chances d'obtenir un échantillon de lui étaient aussi élevées que ses chances de convaincre les Raiders d'arrêter de tuer des gens et d'être sympas.

Pendant que le sang travaillait sa magie, Jessica cligna des yeux, ses sanglots se transformant en soupirs saccadés. "Edward ?" dit-elle quand elle se rendit compte qu'il était là. " Ah, merde. Toi aussi ?"

"Apparemment." Un rire vide de sens coupa le hurlement constant de la sirène, terminé par un flash orange. "C'est quelque chose de nouveau pour moi."

Murmurant sa compréhension, Jessica serra ses genoux contre sa poitrine. "La première fois est la pire. Ça ne fera pas mal après ça." Elle grimaça. "Pas avant un bon moment du moins."

Edward essaya de lui faire un sourire. "Où sont les planches ?" demanda-t-il à Bella. "Je m'occuperai des fenêtres pendant que tu t'occupes d'elle."

Bella ne pensait pas qu'il réussirait à brandir un marteau dans son état actuel mais elle ne le dit pas.

Au lieu de cela, elle le guida vers les planches sous le lit et saisit sa boîte à outils dans le placard. Après l'avoir regardé se débattre pendant quelques secondes, elle insista pour lui tenir les planches pendant qu'il enfonçait les clous.

Juste avant que la planche finale ne soit montée, elle remarqua Rosalie et Garrett qui sautaient de la voiture de ce dernier.

Sans les vitres teintées qui les protégeaient, leurs corps scintilleraient sous la lumière du soleil qui brillait à travers la tempête. Jake et les autres loups lui avaient déjà décrit la chose. Mais Bella, elle, ne l'avait jamais vu de ses propres yeux.

Ils étaient magnifiques.

Pour éviter qu'Edward ne découvre le scintillement secret de leur peau, Bella plaqua la planche sur la fenêtre. Trop vite, Rosalie et Garrett firent irruption dans la chambre. Ils avaient dû utiliser leur vitesse naturelle pour y arriver ; aucun humain n'aurait pu franchir la distance aussi rapidement. Bella paniqua presque en se souvenant de la goutte de sang qui avait coulé quand elle avait piqué Jessica mais ni l'un ni l'autre vampire ne semblait tenté. La seule indication qu'ils l'avaient remarqué fut un léger assombrissement des yeux de Garrett. Rosalie resta aussi légère et claire que Carlisle.

Haletante, Jessica tira sur l'ourlet de la chemise de Bella et essaya de se cacher derrière son coussin. "Je ne veux pas qu'il me voie," chuchota-t-elle.

Garrett fit un signe de tête mais évita de rencontrer le regard de Bella. "Je vais m'occuper des autres fenêtres," dit-il, disparaissant presque aussi vite qu'il était arrivé.

Rosalie s'arrêta brusquement, les bras en l'air pour stabiliser Edward quand il trébucha. Alors qu'elle observait les changements dans son apparence, Bella fut certaine que si les vampires pouvaient pleurer - Rosalie allait le faire.

"Pommade ?" demanda Rosalie, en conduisant Edward vers le lit. Il ne résista pas. Toute envie de lutter s'affaiblissait pendant que l'orage faisait rage.

"Dans la salle de bains," dit Bella. "L'étagère du haut de l'armoire à pharmacie."

Se plaçant entre les deux voyageurs du temps, Bella enroula un bras autour de Jessica et prit la main d'Edward.

Deux voyageurs dans le temps. D'où venait-il ? De quand venait-il ? Mais ce n'était pas le bon moment pour le demander. Il lui serra la main, comme si ses doigts étaient déterminés à accepter son réconfort et son orgueil n'avait pas son mot à dire dans cette affaire.

Rosalie revint avec une pommade et un seau à la main. Elle releva la chemise d'Edward sans demander sa permission et tamponna les deux marques avec la pommade nauséabonde.

Quand il demanda le seau, elle le leva et lui frotta le dos pendant qu'il était en train de vomir, elle plissa le nez ne sachant pas trop quoi faire dans cette situation.

Jessica n'avait pas besoin d'un seau, ce n'était que la première tempête après le début de syndrome Margaret Brown qui provoquait une telle réaction. Après ça, Edward serait capable de traverser des tempêtes comme celle-là comme une personne ordinaire jusqu'à ce qu'il aille si loin qu'il commencerait à sentir l'énergie dans ses os comme une douleur tout comme Jessica maintenant.

"Nous te donnerons des pilules quand tu pourras les garder," dit Rosalie. " Beurk. Et j'espère que sera bientôt."

"J'en ai," réussit à dire Edward entre deux respirations. "J'ai... J'ai pris une demi-dose pendant quelques années. C'est l'idée de Charlotte. Elle et Carlisle pensaient que ça empêcherait l'apparition de... ça."

Charlotte. Bella avait déjà entendu ce nom une fois. La femme - le vampire, supposa-t-elle – qui avait fait d'Edward son apprenti et lui avait appris son métier.

Des éclats orange traversèrent les fissures des planches. Jessica cria. Edward s'effondra sur le seau. A mesure que la tempête se profilait au-dessus de la caravane, Jessica devenait de moins en moins semblable à elle-même et... plutôt à un animal sauvage qui souffre.

Ça n'avait jamais été comme ça. Jessica n'avait ressenti qu'un léger pincement lors de la dernière tempête. Ça n'avait même pas suffi pour qu'elle admette qu'elle ressentait la douleur, encore moins qu'elle réagisse de cette façon.

"Rose," chuchota Bella, prête à lui demander, même avec Edward là, prête à la supplier de transformer Jessica avant qu'il ne soit trop tard. Ça ne pouvait pas être pire que ça. Elle ne le supporterait pas.

"Chut," dit Rosalie. "Ça va aller. C'est presque fini, promis. Carlisle sera bientôt de retour. Il va venir ici et les examiner tous les deux. Ça va aller."

La main libre d'Edward se referma sur la cheville de Jessica - que ce soit pour chercher du réconfort ou pour l'offrir, Bella ne put le deviner avant qu'il ne parle : "Hé, je t'ai fait un gâteau." Ses mots sortaient en trainant, ralentis par l'épuisement. "Je te le donnerais bien maintenant mais Bella l'a laissé au labo."

"Oh, bien sûr," dit Bella. "C'est ma faute !"

Son sourire forcé s'évanouit dans de profondes respirations. Jessica tenait ses jambes comme si elle pensait qu'elle pouvait soulager la douleur. Elle se souvenait qu'elle se sentait en sécurité quand Charlie la berçait pendant les tempêtes et lui parlait de sa mère, Bella se mit à raconter toutes les bonnes histoires qui lui vinrent à l'esprit : Angela et Mike, de longues journées à la First Beach, Isaac et Joshua, Jake et les garçons, Crazy Eights avec Seth, les parents de Jessica, les pyjamas parties, des rainettes dans la chemise de Lauren Mallory.

"Ne pars pas," dit Jessica en sanglotant pendant que Bella se déplaçait sur le lit.

"Jamais." Perdant les mots et les histoires, Bella répéta la promesse de Rosalie. "Ça va aller. C'est presque fini. Ça va aller."

*Lithographie de Maurits Cornelis Escher (1960) représentant une ascension et descente perpétuelles grâce à un escalier de Penrose, un objet impossible.

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Note de l'auteur

Quango, est un acronyme pour " organisation non gouvernementale quasi-autonome." On l'utilise surtout au Royaume-Uni et en Irlande, et ça n'a absolument rien à voir avec la formule du carré.