Jeu d'échecs

Troisième partie : Ab ungue leonem

Sixième chapitre : The Bird, the Cage and the Keyholder / Grands et nobles seigneurs

Auteur : Rain

Disclaimer : Shaman King ne m'appartient pas, je ne me fais pas d'argent avec, je vous invite juste dans mes petits délires personnels.

Soundtrack : Little talks (Of Monster and Men)

Notes :

Si cette fic avait un ending, ce serait cette chanson. Elle est en priorité pour un chapitre plus tard, mais shhh.

La première version de ce chapitre avait été écrite... en... peut-être même pas deux heures.

Et puis je me suis rendu compte que je suivais trop le manga, et qu'il y avait le même effet de pétard mouillé. Qui a sa raison d'être dans le manga, et qui est intéressante. Mais ça m'embêtait quand même, et j'ai essayé de combiner les deux. Ce qui donne... cette étrange chose. J'aime bien le résultat.

Jeanne a encore du chemin à faire.

Dites-moi si ça vous a plu!


Jeanne regretta bien vite sa décision.

Dire qu'elle la regretta dès que le Spirit of Fire se mit à bouger serait lui accorder trop de prescience. Elle ne se rendit compte de sa mauvaise idée que lorsque Hao, sans faire le moindre mouvement, immobilisa le… l'oiseau ? L'Over-Soul ? La machine ? Impossible à dire.

Mais Hao l'avait attrapé, et maintenant il le faisait tourner dans les airs comme s'il inspectait une pomme particulièrement pourrie. Il ne lui avait fallu qu'une trentaine de pas pour passer de la falaise à cette clairière, bien plus vite que sa stature ne l'aurait laissé penser.

« Le Golem, » présenta-t-il à voix basse. « Alors, qu'est-ce que tu en penses ? »

Jeanne en pensait que Jeanne n'en pensait rien, qu'il s'agissait là d'une espèce de vaisseau bien réel mais apparemment animé par le furyoku de son ou de sa propriétaire. Elle pensait que la prise de l'esprit de feu semblait si tendue qu'il risquait de faire exploser sa proie comme une boîte de conserve, et qu'elle aurait dû réfléchir beaucoup plus avant d'accepter de faire ce que Hao voulait quand il le voulait.

Elle cilla. « Cette chose… fonctionne avec des batteries, » souffla-t-elle, hésitant entre la question et l'affirmation. Le sourire de Hao lui tint lieu de réponse. D'où l'absence de présence shamane suffisamment puissante pour justifier la force qui pulsait du Golem.

« Un symbole pour un peuple en voie d'extinction. Un protecteur des faibles – en théorie. Munzer n'est pas mauvais en bricolage, il faut bien l'avouer.
- Hao ! »

La voix venait du sol. Sans hésiter, Jeanne lâcha le regard de Hao et se pencha. Elle découvrit les deux autres silhouettes qu'elle avait pressenties : Yoh, et un petit garçon qu'elle ne connaissait pas. Ils paraissaient vraiment minuscules, depuis son perchoir. Minuscules et paniqués.

« Qu'est-ce que… »

Le soupir de Hao l'interrompit.

« Yoh, encore une fois. Tes blessures ont l'air graves. C'est cette chose qui te les a faites ? »

Spirit of Fire s'était penché; Jeanne et Yoh échangèrent un regard, puis il reporta son attention sur son frère, et elle fit de même. Yoh s'est blessé, avait dit Hao. Mais si c'était le… golem…

Jeanne l'inspecta une nouvelle fois et frémit. Est-ce que c'était une petite fille à l'intérieur ? Elle n'était pas la source de l'énergie, ça c'était clair. On aurait plutôt dit qu'elle faisait partie de la machine, qu'elle y était soudée aussi solidement que les plaques de métal au cockpit.

« Aucune importance, » grinça Yoh depuis le sol. « Relâche le Golem. Qu'est-ce que tu fais ici, de toute façon ? »

À côté de Jeanne, Hao pencha la tête, et elle put sentir physiquement la chute de température. « Tu m'attristes. Faut-il toujours une bonne raison pour se promener ? »

Un court silence fondit sur eux, vite brisé par le petit garçon, qui tentait de se rapprocher de Yoh. Sa façon de bouger lui fit penser que l'enfant, au moins, n'était pas blessé. Il restait trop petit pour courir vraiment vite, mais…

« Yoh, qu'est-ce qu'on fait ? Il a arrêté le Golem !
- Ne t'approche pas, Reoseb ! »

L'ordre de Yoh cingla l'air, et Jeanne grimaça devant sa fébrilité. Il sentait le danger, et la peur, et c'était un poison qui se propageait rapidement.

Plus bas, presque trop bas pour qu'elle l'entende, il ajouta : « Dépêche-toi de t'enfuir. Mon frère… »

Le garçon s'immobilisa, lui aussi saisi par l'effroi. Tout semblait déjà sur le point de déraper. Hao n'était-il venu que pour jeter de l'huile sur le feu ? Jeanne se tourna vers Hao, s'apprêtant à appuyer le cadet des Asakura quand elle entendit une voix nouvelle et familière interpeller les deux Shamans au sol.

« En fait, désolée pas désolée, on ne peut pas te laisser partir. Ton âme nous appartient, je l'ai déjà dit.
- Kanna, » souffla Jeanne en cherchant le trio des yeux. Elle n'eut pas à le faire longtemps : les trois filles sortaient de sous les arbres. Et maintenant qu'elle cherchait des présences sous le couvert de la canopée…

« Du calme, les filles. Au point où on en est, obtenir son âme ne change plus grand-chose. »

Jeanne sentit son esprit se vitrifier et se retourna instinctivement dans les griffes de l'esprit de feu, se dissimulant des nouveaux arrivants. Rackist.

Hao lui sourit. Elle montra les dents.

« Vous saviez.
- Je ne vois pas de quoi tu parles.
- Je vous déteste.
- Concentre-toi. »

Rackist parlait encore avec les Hanagumi. Et maintenant il y avait d'autres voix, ce qui signifiait que… tout le monde était là ? Tous les gens de Hao. Dans quoi s'était-elle fourrée exactement ? Dans quoi Yoh s'était-il fourré ? Pourquoi était-il tout seul ?

« Ne pas les regarder te met à un sacré désavantage, » souffla Hao dans son murmure déjà habituel. Au moins ils ne savaient pas tous qu'elle était là… peut-être. Ou alors ils l'avaient vue se cacher, ce qui serait pire.

« Pourquoi les convoquer ici, Hao, » siffla-t-elle.

Il ne s'en offensa pas. « Je ne les ai pas convoqués. Ils étaient en chasse, et ils ont trouvé leur proie.
- Yoh… ?
- Oh, non. Non, je pensais plutôt au Golem et à ses 550 000 points de furyoku en cannette. Plutôt intéressant, tu ne crois pas ? »

Cinq… Jeanne plissa les yeux. C'était plus que ce qu'elle n'en avait. Plus que la plupart des gens en avait. Qui pouvait bien avoir accumulé… ?

« Hao…
- Réflexe, » répondit-il, les yeux vers l'extérieur. Jeanne, réagissant plus à l'instinct qu'à autre chose, tourna la tête vers le Golem. Il venait d'échapper à la prise de Spirit of Fire et s'élevait dans le ciel, préparant clairement quelque chose.

« Le Golem est fait pour sauver ceux qui n'ont plus rien ! Ses secrets ne sont pas pour les oreilles de Shamans tels que vous, » tonna une voix désincarnée, juste avant qu'un faisceau éblouissant ne jaillisse de son arme, visant Hao. Jeanne le sentit se téléporter et l'imita; ils trouvèrent refuge sur l'épaule opposée, et elle ne put que fixer l'endroit où ils s'étaient tenus juste un instant auparavant.

Le bras entier de l'esprit de feu avait disparu, arraché proprement.

« Chaque fois qu'un Over-Soul est touché, » souffla une voix derrière eux, « le furyoku du Shaman diminue.

Hao se téléportait déjà. Jeanne, qui savait ne pas pouvoir tenir le rythme, voulut jouer de ses aimants.

Entendit : « Trop lent, » une main s'agrippa à son épaule, l'arrachant à son mouvement, et Jeanne se retrouva plaquée contre les griffes de Spirit of Fire. Les bras de l'esprit s'étaient reformés; il avait de nouveau le Golem dans son autre main et il serrait suffisamment fort pour faire grincer le métal.

Hao la relâcha dans l'ombre – il les avait bougés tous les deux, sans demander, évidemment, ce qui lui avait sauvé la vie – et s'approcha de la petite fille prisonnière. « Pauvre diable… » Parlait-il vraiment d'elle ? Non, il y avait quelqu'un d'autre.

Une bouffée de furyoku jaillit du sol. « Arrête ! » Yoh. « Hao, si tu cherches un adversaire, c'est moi que tu dois affronter ! »

Jeanne sentit la surprise du brun, la vit s'afficher sur son visage sans aucun déguisement. Le silence dura longtemps, et Hao ne semblait pas préoccupé par le fait qu'elle était là, juste là, et qu'elle pouvait le voir. Pourtant elle se sentait comme le témoin d'une chose à la limite de l'interdit.

« Tu dis vouloir m'affronter, » murmura-t-il à voix basse. « Et tu penses que j'accepterais ? »

Sa voix devait porter, parce que Yoh s'avança. Son Over-Soul tremblait un peu. Il saignait beaucoup… Jeanne remarqua que ça semblait naître juste sous ses côtes. Une telle blessure pouvait être fatale. Ils n'avaient pas le temps de…

« Je ne l'espère pas. Je sais bien que même si je donne tout ce que j'ai, je ne peux pas te battre. Mais je ne peux pas te laisser toucher le Golem. »

Sa voix était ferme et blanche à la fois.

Comme par contraste, le rire de Hao était rouge et ironique.

« Tu es sérieux ? »

Jeanne fit un geste, mais il la coupa.

« Zang-Ching.
- Bien sûr, maître. »

Entre les doigts de l'esprit de feu, Jeanne vit le gong du Chinois percuter Yoh dans l'épaule et le projeter en arrière. Il heurta le sol sur son flanc meurtri et lâcha un cri de douleur.

« Mathi. »

Il y eut un instant, un terrible instant où Mathilda croisa le regard de Jeanne. Puis Jack se précipita et lacéra la jambe de Yoh. Son Over-Soul vacilla mais tint bon; il ne chercha pas à se relever.

« Yoh ! »

Reoseb s'élança vers lui.

« Turbein. »

La voix de Hao, coupante et claire, figea Jeanne où elle était, et elle ouvrit la bouche pour dire quelque chose, quoi que ce soit, parce que l'enfant n'avait pas dix ans et qu'il n'avait aucune chance de survivre au djinn et –

Turbein ne bougea pas. Baissa la tête.

« Ah, on dirait que tu n'as plus de vœux pour aujourd'hui, je me trompe ? »

Jeanne sentit son énervement remonter. Il le savait. Bien sûr qu'il le savait, et il avait fait exprès pour leur faire peur.

Lui faire peur.

Il se tourna vers elle.

« Jeanne, tu veux démontrer ? Non ? Pas besoin. »

Les doigts du Spirit of Fire s'aplatirent, les laissant dans la lumière des étoiles.

Jeanne s'empêcha de regarder vers le bas. Elle ne savait pas bien ce qu'elle verrait, à part que Yoh était blessé, et qu'il était seul – qu'ils étaient deux, si elle parvenait à le rejoindre – contre tout le groupe de Hao. Plus Hao lui-même. Reoseb ne pouvait même pas occuper Opachô, elle le savait comme elle savait que deux et deux font quatre. Si elle libérait le Golem, peut-être qu'il pourrait se saisir de l'enfant et fuir… mais pour ça il faudrait que sa propriétaire (son propriétaire ?) le veuille. Il avait plutôt l'air décidé à tenter encore d'affronter Hao, ce qui ne pouvait avoir qu'une issue, dans son état.

Hao fit quelques pas et s'accroupit pour regarder son frère.

« Tu comprends, maintenant ? Vu où tu en es, tu n'es pas capable de les battre eux, alors moi, n'y pense même pas. Tu es… »

Il sembla hésiter sur le mot.

« Très important pour moi, chère moitié. Arrête de te la jouer. Je m'en irai dès que j'aurais avalé le Golem. »

La bouche de l'esprit de feu s'ouvrit grand, dévoilant des énormes dents totalement gratuites, et il leva le Golem au-dessus de sa gueule.

Le corps de Jeanne réagit avant son cerveau. À un niveau plus instinctif qu'intellectuel, elle vit Yoh s'élancer dans les airs, prêt à couper la tête de Spirit of Fire, et elle l'imita, invoquant l'énorme hache de Shamash pour libérer le Golem.

La colère de Hao à leur transgression fut immédiate et écrasante, mais Jeanne ne le regardait plus. Elle était déjà dans les airs, elle était déjà –

Le bras de Spirit of Fire fut tranché devant elle, et elle vit une toute petite fée tirer le Golem hors de danger. Sans réfléchir, elle dévia sa trajectoire et se rattrapa au bras de l'esprit de feu. Il ne la brûla pas.

Il ne la brûla pas.

De l'autre main, Hao avait renvoyé Yoh en arrière. Quand Jeanne eut récupéré son équilibre, elle identifia le propriétaire de la fée. C'était l'autre adolescent de l'équipe de Yoh, et il n'était pas seul : il avait avec lui Ren et Horo-Horo. Pas Chocolove. Ils ne l'auraient pas abandonné en pleine forêt : il devait s'être passé quelque chose. Hao avait-il… ? Elle n'était plus sûre de se souvenir. Son cœur battait à toute vitesse.

Le garçon de l'équipe de Yoh – Lyserg – était en train de dire quelque chose à Yoh. Elle était loin pour entendre. Avalant sa salive, elle remonta l'épaule de l'esprit de feu et se transféra sur le bras où Hao se tenait, s'immobilisa quand elle l'entendit parler.

« C'est ça, votre amitié ? J'ai du mal à comprendre. »

Il retomba dans son silence, et Jeanne s'approcha un peu. Il savait où elle se tenait, elle en était convaincue, ce qui excusait son silence à elle.

« Parfois je pense qu'être trop puissant est son propre fardeau, » entendit-elle encore.

Hao régénéra une nouvelle fois le bras du Spirit of Fire, provoquant de nouveaux cris depuis le sol. Jeanne se pensait habituée, mais elle ne put s'empêcher d'être un peu contaminée par l'admiration inquiète. Si elle comptait – si elle comptait… Il faudrait qu'elle compte. Nyôrai voudrait certainement qu'elle compte. Elle n'avait pas l'impression d'en être capable; il y avait trop de choses à surveiller d'ici-là. Et il faisait ça sans paraître le moins du monde soucieux. Instinctivement, elle croisa les bras, caressant du doigt ses cicatrices déjà anciennes et pourtant encore toutes fraîches. Comment pouvait-il en être arrivé là ?

Les révélations de Lilirara prenaient leur vrai sens, maintenant, bien qu'elle ne soit pas sûre d'être capable de prendre la mesure de ce sens. C'était cependant bien plus réel, bien plus tangible que juste des chiffres.

Le groupe de Yoh parlait, en bas, mais elle n'arrivait pas à se concentrer. Au bout d'un moment, elle entendit :

« Si j'attaque, on va sans doute m'attaquer aussi. Ce qui compte, c'est ce que j'ai dans mon cœur, et nous nous sommes préparés. »

Jeanne sentit sa gorge se verrouiller. C'était bien beau, tout ça, mais… Allaient-ils vraiment… ?

« Bon, alors on va se battre, » fit Zang-Ching. L'impatience et l'arrogance se lisaient aisément dans sa voix. Il ne craignait rien. Il ne craignait pas grand-chose, Zang-Ching. Il le paierait peut-être un jour, mais pour l'instant, il avait plutôt raison.

« Quelle bande d'idiots, » ajouta Mathilda, et Jeanne entendit un tremblement dans sa voix à elle. Elle devait savoir ce que Jeanne, en équilibre sur l'avant-bras de Spirit of Fire, ferait dans le cas d'une bataille rangée. « Tous seuls, on est trop forts pour vous, alors si vous espérez toucher Hao… »

Tous seuls.

Si elle se rangeait du côté de Yoh et de ses amis, ce serait différent. À quel point ? Que pouvait-elle espérer ?

Elle coula un regard vers eux, ses yeux glissant sur Rackist avec une pointe d'émotion qui était l'antithèse de toute émotion.

« Hao, » souffla-t-elle avec toute la retenue dont elle était capable, le rejoignant sur la paume de feu. « Si vous voulez vraiment que ce combat ait lieu, vous savez de quel côté je me trouverai. »

Il la regarda froidement.

« Tu ne vas rien faire. Tu ne vas pas bouger. C'est un ordre. »

Elle cilla. Elle avait promis. Mais…

« Pas un mot. Ce n'est pas ton combat. Tu ne peux pas gagner toutes les batailles des autres, » siffla-t-il, et les deux griffes de l'esprit de feu se resserrèrent un tout petit peu autour d'eux.

« Yoh n'est pas mort. N'avez-vous pas ce que vous vouliez ? »

Il tourna la tête, les yeux sur son frère.

« On est tous là, » disait ce dernier. « On n'abandonnera pas le Golem. »

Hao ferma les yeux.

Jeanne ne bougea pas.

Il les rouvrit.

« Spirit of Sword, hein. C'est un Over-Soul impressionnant, il faut bien le dire. Tu t'inspires de Matamune et de son Oni Goroshi, je me trompe ? »

La référence échappait à Jeanne, comme apparemment à la plupart des gens au sol. Yoh, lui, se permit un sourire, alors même que sa plaie luisait dans l'éclat de son Over-Soul.

« Oui. C'est grâce à lui qu'Amidamaru et moi sommes parvenus à ce résultat. »

Le sourire de Hao s'élargit un peu, mais il était bizarre. Différent.

« Plus je le regarde et plus il me pique les yeux, » avoua-t-il tout tranquillement. « C'était peut-être… mon seul ami. » Il agissait comme si qui que ce soit dans la forêt savait de quoi il parlait. Jeanne entendit vaguement quelques interrogations de la part des siens, mais c'était comme si un écran s'était dressé entre eux et les autres. L'esprit de feu tourna le dos au groupe assemblé dans la forêt, et Jeanne comprit l'ordre silencieux. Ne pas le regarder. D'accord. Elle n'était pas bien sûre d'avoir compris ce qui l'avait touché – car quelque chose l'avait touché, ça c'était clair – mais elle fit comme si.

« Tu peux estimer que nous avons la même détermination que lui, » promit Yoh.

« C'est vrai… ? »

Jeanne retint son souffle. Se prépara à sauter pour aller rejoindre ses apparents alliés.

« Je pense que c'est encore un peu optimiste, » finit par dire Hao, et tous ses muscles se détendirent. Ils allaient échapper au combat. Elle ne savait pas comment, mais… « J'ai une meilleure idée. Jeanne ? »

L'intéressée, de nouveau nerveuse, croisa son regard. Elle venait de se tromper et les conséquences allaient être lourdes.

Le sourire de requin qu'il affichait lui donna immédiatement envie de fuir.

« Si vous êtes réellement prêts à vous battre pour ce tas de ferraille et la petite chose qu'il renferme, alors j'ai une adversaire pour vous. Quelqu'un qui est aussi prête à se battre pour la même chose. Quelqu'un qui pourra représenter mon côté de ce conflit. »

Ce qu'il sous-entendait était assez clair.

« Je ne vais pas les attaquer, » protesta-t-elle d'un ton qui lui semblait très calme. « Ça n'a aucun sens ! Vous savez que…
- Je sais que tu as accepté une chose en montant sur mon fantôme cette nuit. Une seule. Tu ne t'es pas montrée très obéissante jusqu'ici mais je ne désespère pas de te faire écouter. Alors, Jeanne, » et il se mit les mains sur les hanches, comme s'il grondait un enfant désobéissant, « tu vas descendre et leur montrer exactement à quel point tu es forte. Si tu y parviens, tu auras gagné le droit de faire ce que tu veux de l'enjeu de cette joute amicale. Mais si je ne te sens pas motivée, je prendrai le relai, ça te va ? »

Jeanne le fixa et se demanda à quel moment, exactement, elle l'avait énervé assez pour qu'il ait envie de lui faire subir une chose pareille.

« Vous voulez dire que si je gagne, je peux libérer le Golem, » clarifia-t-elle. « Et que s'ils gagnent, ils peuvent faire pareil ?
- Exactement. Ou tu peux choisir de mettre le Golem en pièces pour l'étudier. Ou de me demander d'y mettre le feu. Vous ferez ce que vous voulez de ce que vous aurez gagné. Si je vous sens vraiment à fond. »

Tournant les yeux vers la machine qui bipait toutes les secondes et la silhouette encore enfermée dedans – les deux silhouettes, il y avait un fantôme là-dedans, aussi, comme elle l'avait pressenti, merveilleux – Jeanne comprit qu'elle n'avait pas le choix. La mort dans l'âme, elle finit par acquiescer. Il fit descendre la paume de Spirit of Fire jusqu'au sol, et elle atterrit devant Reoseb, qui avait l'air aussi perdu qu'elle.

« T'es qui, toi ?
- Une grande idiote, » marmonna-t-elle en espérant que Hao soit trop loin pour l'entendre.

« Tu vas faire du mal à Yoh ? »

Elle le regarda, grand à peine comme une moitié d'elle. Se demanda depuis combien de temps elle n'avait plus été si petite.

« Pas si je peux l'éviter. » Elle pouvait le vaincre sans le blesser. Les vaincre, songea-t-elle en regardant le groupe qui s'avançait, hésitant.

Yoh tapota le crâne de Reoseb. « Va m'attendre près des arbres. Ça ne devrait pas prendre trop longtemps. »

Au moins il était réaliste.

Reoseb décampa, s'installant aussi loin des autres spectateurs que possible – ne pas le regarder, ne pas le regarder, il n'existe pas – et Jeanne salua ses adversaires. Tous les quatre à la fois. Bien, bien, bien.

« Ce n'est vraiment pas contre toi, » lui promit Horo-Horo, son Over-Soul déjà prêt.

« Ce n'est pas contre vous non plus, » lui répondit-elle en mettant un peu de distance entre eux et elle. Comment pourrait-elle réellement vouloir les attaquer ? Ren venait de ressusciter et il était clairement encore fragile. Yoh avait un gros trou dans le ventre qu'Horo-Horo venait de recouvrir de glace, ce qui devait être lourd et inconfortable. Elle ne savait rien de Lyserg et Horo-Horo…

« On ne va pas te faire de cadeaux, » dit-il encore.

« Qui est-ce que tu cherches à convaincre, » s'énerva Ren.

« Hao l'a dit, » fit Yoh avec un sourire à peine forcé. « Ce n'est qu'une joute amicale. On…
- Je peux soigner ta blessure, si tu veux, » fit Jeanne en le voyant se tenir le côté.

Ils la regardèrent comme si une deuxième tête venait d'éclore sur ses épaules.

« Yoh vient de le dire, c'est une joute amicale. Et je ne vais pas me battre contre lui s'il n'est pas capable au moins de bouger correctement, » expliqua-t-elle sans regarder Hao. Elle ne lui demandait pas permission à lui.

« Tu vas réduire ton énergie juste avant un match ? Tu es sûr que tu as compris le principe, » demanda Horo-Horo en regardant vers le ciel d'un air hésitant. Jeanne ne se laissa pas tenter. Hao n'était qu'un spectateur de plus; il ne lui dictait rien. À part son rôle dans cette farce. Ne pas se laisser distraire.

Yoh avait fini de réfléchir. « C'est vraiment gentil, mais je ne veux pas te faire faire ça. Te mettre en difficulté… »

Jeanne hésita, songea à son pendentif plein. Ça lui parut trop long à expliquer. « Je comprends.
- Ne sois pas particulièrement gentille avec moi pour autant ! Je peux encaisser.
- Je n'en doute pas.
- Finalement, on aura notre match, » sourit Horo-Horo, et Jeanne le lui rendit malgré l'air perdu des autres. Puis ils s'élancèrent.

Ren d'abord, sa lance brandie comme un dard pointé vers le visage de Jeanne. Elle le para de son épée et rencontra Yoh. Le coup de son sabre gigantesque fut trop lent; Jeanne sauta et prit appui dessus pour enfoncer son épée dans le centre de l'Over-Soul et le briser du même coup. Elle s'en écarta d'un saut et entendit un sifflement dans l'air. Quelque chose brilla à sa gauche.

Lyserg. C'était le seul des quatre qu'elle ne connaissait pas. Elle n'avait que très peu d'idées de ce qu'il pouvait faire…

« Pardon, » souffla sa voix derrière elle. « Nous devons sauver le Golem.
- Jusque-là je suis d'accord, » grogna-t-elle en laissant ses aimants la porter loin de son attaquant. Une explosion retentit derrière elle; Jeanne tenta bien de voir ce qu'il avait fait mais n'y parvint pas.

« Coucou, » fit Horo-Horo en attendant. Il s'approchait sur une énorme vague de glace et semblait plus que prêt à lui atterrir sur la tête. Au raclement de l'objet sur la glace, Jeanne eut une idée. Elle… Elle pouvait les immobiliser sans même avoir besoin de les assommer !

Retenant à peine son sourire, Jeanne esquiva encore et les laissa s'approcher à plusieurs. Lyserg vint le premier, ce qui la surprit d'abord; elle le vit tripoter quelque chose à son poignet et lancer un objet dans les airs. Jeanne fronça le nez et se concentra sur ce qu'elle cherchait.

Elle le trouva presque immédiatement. Le métal venait de Lyserg et résonnait tout autour d'elle. Fin, si fin qu'elle ne pouvait pas le voir. Un filin ! S'il devait se tendre… Sans lui en laisser le temps, Jeanne prit le contrôle du câble métallique et le repoussa vers le haut. Horo-Horo se prit dedans et retomba vers le sol. La lance de Ren glissa vers le côté sans toucher Jeanne, et le sabre de Yoh s'enfonça dans le sol. Pendant quelques secondes ils la regardèrent tous sans comprendre alors qu'elle passait à l'offensive.

Armée de l'épée qu'Achille aimait tant lui subtiliser, elle engagea le combat contre Yoh. Ses coups étaient rapides et fluides, mais le parer était un jeu d'enfant quand elle pouvait annuler toute la force de ses coups. Retournant sa propre arme dans sa main elle lui asséna un coup de pommeau dans la poitrine. Il recula et Ren prit sa place. Le sifflement maintenant familier trouva l'oreille de Jeanne et de sa main libre elle redirigea le câble de Lyserg pour l'enrouler autour du responsable. Le cri étouffé qu'elle entendit lui annonça qu'il était par terre. Bien. Ça laissait Ren et –

Yoh lui tomba dessus avec la vélocité et la subtilité d'un train. Il avait remplacé son Over-Soul par une arme de la même taille qui brillait comme… de la glace. Jeanne ne comprit pas assez vite, et il la lui abattit sur le crâne. L'impact lui fit voir des étoiles.

Titubant en arrière, Jeanne eut le réflexe d'invoquer une grande cage de métal avant que le quatuor ne lui retombe dessus. Voilà qui la protégerait le temps qu'elle se remette… Elle voyait, assez littéralement, tout rouge. Portant la main à la tempe, elle découvrit que son oreille saignait, et qu'elle voyait parfaitement trouble. Yoh avait dû frapper vraiment fort. Il fallait que…

« Soins, » fit une voix en elle qui ne voulait pas se laisser ignorer. « Shamash. » Parler à voix haute l'aidait à mettre de l'ordre dans son esprit étourdi. Son gardien se mit aussitôt au travail, et elle se rendit compte après quelques secondes que sa forteresse de fortune subissait des assauts externes. Elle devait reprendre ses esprits, c'était clair. Impossible de continuer avec un traumatisme crânien… Avalant sa salive avec la désagréable impression de se tenir sur un bateau au milieu d'une mer déchaînée, Jeanne s'appuya sur les barreaux de sa cage et attendit que le monde arrête de tanguer. Puis elle prit une grande inspiration et visualisa ses adversaires.

L'épée de Yoh. Le snowboard de Horo-Horo. La lance de Ren. Le filin de Lyserg. Parfait.

Activant leurs propriétés métalliques, Jeanne laissa sa forteresse exploser, bloquant et enfermant… quatre armes sans propriétaires.

Horo-Horo et Yoh furent sur elle immédiatement, chacun armé d'armes de glace. Le sabre cristallin vola en éclats contre l'épée de la pucelle, envoyant une pluie d'échardes au visage des deux adversaires. Jeanne recula et laissa à Yoh le temps de tomber, mais déjà Horo-Horo était sur elle, les poings recouverts d'une gangue de glace si épaisse qu'elle ne voyait plus ses mains.

Encaisser un tel coup ne pouvait pas faire de bien. Tout ça se passait dans une proximité qu'elle ne trouvait pas particulièrement agréable. Esquivant en arrière, Jeanne rentra presque dans Ren, qui avait ramassé une branche épaisse et cherchait à lui enfoncer dans le corps.

Inventifs, dis donc.

Grinçant des dents, Jeanne roula hors de sa portée et invoqua des pièges à loup sous les pas de Horo-Horo et Ren. Ce dernier poussa son camarade juste à temps pour lui permettre d'esquiver tandis que Jeanne multipliait ses invocations, s'entourant de pièges similaires. S'ils voulaient l'atteindre, il faudrait qu'ils prennent le temps de trouver… C'était déjà le cas. Les capacités de Horo-Horo lui permettaient lui aussi de modeler le terrain à sa guise, créant des passages étonnamment stables pour Yoh et Ren. En voyant les deux arriver sur elle à grande vitesse, Jeanne comprit ce qu'elle devait faire en priorité. Levant une statue d'Alapega sous ses pieds, elle s'élança au-dessus de ses adversaires et laissa ses aimants la porter jusqu'auprès du responsable.

« Pardon, Horo-Horo, » fit-elle avec le sourire le plus honnête de son répertoire. Puis elle annula son furyoku. Yoh et Ren cessèrent d'accrocher sur la glace qui fondait sous eux; le premier tomba sur un caillou et grogna, tandis que l'autre prenait appui sur lui pour se mettre hors de portée. Avant que Horo-Horo n'ait le temps de se reprendre elle rétablit son Over-Soul et l'enferma dans une Chaise de l'Inquisition. Il fallait briser sa concentration et l'empêcher d'influencer le combat depuis sa prison, alors elle laissa quelques-unes des pointes du siège. Son cri de surprise et de douleur alerta ses amis.

« Je vous soignerai après, promis, » fit Jeanne avant de se retourner pour faire face à Ren, épée levée et cœur battant. Il était rapide, et brutal dans ses coups, même avec sa lance improvisée; sans s'amuser à le parer, Jeanne commença par l'éviter. La danse l'énervait clairement, et elle le vit enfoncer sa lance dans le sol avec un hurlement de rage. Une foule d'armes spirituelles et très pointues émergea du sol entre eux, et elle évita de justesse l'empalement total.

« Arrête de bouger, » ordonna le Chinois. Sans obéir, Jeanne invoqua une nouvelle cage, pour lui cette fois, et l'ancra solidement dans le sol. Elle s'autorisa ensuite quelques respirations tranquilles et chercha des yeux le dernier garçon qu'elle aurait à affronter. Où Lyserg avait-il bien pu… ?

« Hé, désolé. J'ai entendu ce que Hao t'a demandé et ce n'est vraiment pas très cool. Mais il n'est pas le plus important ici et on ne peut plus se permettre de perdre du temps. »

Elle vit bien Chocolove arriver, comme elle pouvait parfois voir Hao bouger quand il ralentissait juste assez, mais elle ne trouva pas l'énergie pour bloquer l'énorme tête de pierre qui lui tomba alors dessus. L'impact la renvoya en arrière, tout droit dans le poing de Spirit of Fire. Dès qu'elle se sentit soulevée, elle relâcha ses Over-Souls et se concentra sur les soins dont elle avait désespérément besoin. Elle entendait vaguement Hao parler, mais ses oreilles bourdonnaient trop pour qu'elle le comprenne.

Yoh et Horo-Horo. Eux aussi, elle les avait blessés. Ignorant le goût de sang dans sa bouche elle tenta de les soigner à distance, sans être bien sûre d'y parvenir. Titubant jusqu'au bout de la paume de Spirit of Fire elle tenta de regarder ce qu'ils faisaient, et remarqua qu'ils avaient tous rétabli leurs Over Souls. Ils avaient encore du jus. Très bien… Elle, plus trop, elle devait l'admettre. Ou alors c'était le traumatisme crânien qu'elle n'avait pas bien géré.

Malgré son mal de crâne, Jeanne sentit l'esprit de feu bouger. S'éloigner. Sans bien comprendre, elle passa la tête entre ses griffes. Elle distingua les autres membres du groupe de Hao, et les vit s'éloigner, mais bientôt tout avait disparu entre les arbres.

« J'ai compris ce que c'était, ton problème, » observa Hao, et Jeanne sursauta en l'entendant si proche. S'accroupissant près d'elle, il lui posa la main sur le crâne; elle dût s'empêcher de frémir en sentant son pouvoir contre elle.

Ce qu'il faisait était assez évident mais elle n'était pas sûre de comprendre. « Merci, » souffla-t-elle quand même, parce que ça faisait du bien, parce qu'elle était fatiguée, et parce que se montrer impolie alors qu'il avait sa patte sur elle ne lui semblait pas réellement conseillé.

Un problème. Il avait parlé d'un problème. « J'ai un problème ?
- Hm hm. Ton problème, c'est que tu n'aimes pas te battre.
- Parce que vous, vous aimez ça ?
- Voilà bien longtemps que je n'ai pas rencontré d'adversaire à ma mesure. On s'ennuie, quand il n'y a pas d'enjeu.
- Ah. »

Il sourit. « Tu dis ça comme si ça n'avait aucun rapport, mais il y en a un. Que ce soit les Niles ou les autres, ils ne présentaient pas un vrai défi pour toi. »

Jeanne leva un sourcil.

« Pas un défi ? Les Niles ont failli nous lacérer de l'intérieur. Et vous êtes en train de me soigner parce qu'on a essayé de m'ouvrir le crâne avec une stalactite.
- Correction : tu les as laissés vous présenter un défi. Je ne dis pas qu'ils n'étaient pas dangereux, à la manière des oies face à l'homme. Mais ils ne représentaient pas de menace avant que tu ne les laisses le faire.
- Je ne m'amuse pas à mettre mes amis en danger, » s'agaça-t-elle. « Et vous savez que j'ai fait de mon mieux tout à l'heure. Sinon vous n'auriez pas relâché le Golem. » Parce qu'il l'avait fait.

« Non, tu ne t'en amuses pas. Alors pourquoi, Jeanne ? Pourquoi est-ce que tu les as laissés vous mettre en danger ? Achille a failli mourir. Tu as failli mourir. D'un geste, tu aurais pu en finir, et tu ne l'as pas fait. »

Il avait le don pour appuyer là où ça faisait mal. Parler avec Hao, c'était s'allonger sur un tapis de clous et espérer qu'aucun ne s'enfoncerait dans la peau. Optimiste.

Après un temps, elle soupira. « Où voulez-vous en venir ?
- Tu abandonnes plus vite que je ne le pensais. Tu t'en veux, hein ? »

Jeanne baissa les yeux vers ses pieds.

« Peut-être.
- Toi et tes bons sentiments. Tu es vraiment trop facile à manipuler.
- Quoi ?
- Achille a fait ce qu'il a fait parce qu'il l'a choisi. S'il veut ton épée et que tu ne la lui donnes pas, tu penses qu'il sera content ? Si tu fais ses matchs à sa place, tu penses qu'il sera content ?
- Rackist vous laisse bien faire, lui. »

Hao rit ouvertement.

« Courageux de ta part, mais un peu gros, comme distraction, tu ne crois pas ? »

Avec un soupir, Jeanne s'assit contre les griffes de l'esprit élémentaire. « Content, il ne le serait peut-être pas. Mais sain et sauf, c'est sûr. Si je pouvais mettre fin aux combats toute seule…
- Tu le peux; tu as juste peur. »

Nouveau soupir.

« C'est vrai, je n'aime pas me battre.
- Tu as peur de faire mal à quelqu'un.
- J'ai peur de les tuer et de ne pas avoir le temps de les ressusciter avant que vous ne les avaliez tous ronds. »

Un autre rire franc s'éleva de l'endroit où Hao se tenait. « Tu n'as pas tort.
- Je m'en doutais. »

Elle ferma les yeux, lasse. À quoi servait-il de parler avec lui ?

« Oh, et je me demandais. »

Jeanne leva les yeux vers Hao, qui jouait avec une flammèche. Vantard.

« Lors de votre match contre les Niles, vous plaisantiez lorsque vous leur avez proposé d'abdiquer ? »

Jeanne cilla, sans bien comprendre quelle espèce de rapport ça pouvait bien avoir. « Ils n'étaient pas du genre à écouter. Mais s'ils avaient bien voulu, je les aurais laissé faire. » Pourquoi pas ?

« Tu comptes le refaire ?
- Pourquoi pas ? Certains ne pensent pas la chose possible avant qu'on le leur dise. C'est bien à ça que servait votre laïus avant le combat contre les X-III, non ? Vous leur laissiez le temps, à eux et aux autres, de fuir.
- De comprendre, » corrigea-t-il, la faisant sourire.

« Ah, voyez ?
- Mais ils n'ont pas compris.
- Ça ne veut pas dire que ça n'a servi à rien, ou que ça ne vaut pas la peine de leur en donner le temps.
- Peut-être pas. »

Jeanne devança sa pensée.

« Vous ne voulez pas que je le refasse.
- Non.
- Pourquoi pas ?
- Parce que tu n'es pas moi. Le public ne perçoit pas la chose pareil. De ma part, c'est de la mansuétude; de la tienne, c'est de la couardise. »

Intriguée, Jeanne se redressa sur un coude pour mieux le regarder.

« Depuis quand vous vous souciez du public ?
- Moi ? Jamais. Toi, par contre, je crains que ce ne soit ta manie. Sale manie, d'ailleurs. »

Jeanne dut s'empêcher de sourire.

« J'avoue que je réconcilie mal cette attitude avec ton désir de convaincre Marco que tu ne l'as pas trahi. »

Un coup de couteau dans le ventre lui aurait fait le même effet. Elle manqua quelques secondes, trop choquée pour répliquer.

« Pardon, » finit-elle par dire, un éclat de colère dans le ventre. De quel droit… ?

« Je ne cherche pas à être cruel, » la coupa-t-il, clairement de mauvaise foi, « et je ne suis pas de mauvaise foi. Je cherche juste à comprendre à quel point tu as oublié qui il est. »

Second coup, encore pire que le premier. Roulant sur ses genoux, Jeanne le fixa. « Qu'est-ce que vous cherchez, exactement ? Vous voulez que je sois en colère contre vous, c'est ça ? »

Hao laissa son regard la trouver. Il n'avait pas l'air fier de lui, mais Jeanne avait du mal à se fier à ses yeux.

« La mansuétude, justement, » ajouta-t-il très doucement. « La clémence. Les X-Laws n'en sont pas très friands.
- Vous avez épargné les X-Laws.
- Oui. »

Il ne dit pas 'justement', mais Jeanne le devina, et ça fit d'autant plus mal qu'elle comprit. Il l'avait fait justement parce que les X-Laws ne l'auraient pas fait. Jeanne le lui avait demandé alors que ça allait contre tous les principes des X-Laws. Des principes qu'elle avait oubliés.

Elle détourna les yeux, et elle l'entendit s'éloigner un peu. Sa tête ne lui faisait plus mal. « Bon, maintenant, on va parler de ce qui vient de se passer, avec Yoh et les autres, » demanda-t-elle, tentant d'imposer sa phrase sans parvenir à effacer l'interrogation qui pointait au-dessous.

« Non, pas de ce qui vient de se passer, » répondit Hao de sa voix sans timbre. Il n'ajouta rien.

Jeanne cilla. « Mais d'autre chose ?
- Qu'as-tu pensé du Golem ? C'est à une autre échelle que ton collier, pas vrai ?
- Mais pas assez rapide. » Assez rapide pour l'avoir elle, si elle trichait, mais pas lui. « Pas assez fort. » Il fallait l'avoir d'un coup; pas de possibilité d'une seconde chance, pas avec sa vitesse et la force de ses convictions.

Il eut un sourire vide. « Rien n'est assez rapide ou fort pour m'avoir, princesse. »

Elle ne répliqua pas. « Merci, pour, euh, la seconde téléportation. J'ai méjugé.
- C'est vrai, tu as méjugé.
- J'ai l'impression de vous devoir beaucoup trop de choses, ces temps-ci, » marmonna-t-elle en se grattant la main, là où brûlait encore la trace de ses dents.

« Au moins tu as eu le bon sens de ne pas désobéir à un ordre direct. » Il se faisait froid et coupant, mais la manière était étudiée. Calculée. Il s'était montré lui, et maintenant qu'elle essayait de gratter, il tentait de protéger ses arrières. D'où les coups de couteau. Elle ne pouvait nier sa curiosité, mais…

Mais il avait dit qu'il ne parlerait pas, et elle le connaissait assez pour ne pas en douter, alors elle s'assit contre la griffe de Spirit of Fire, et regarda les étoiles. Les regardait-elle avec lui ? Ils étaient proches encore, presque à se toucher, mais elle le sentait plus loin d'elle que jamais.

Pourtant elle avait presque l'impression de voir un chemin s'ouvrir jusqu'à lui.