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13 / Sept pour un secret
Serrant un verre d'eau trouble, Bella se glissa dans le box qu'ils avaient choisi, au seul café de Burns. L'endroit sentait les vieilles pâtisseries rances et le fantôme de café amer. Fantôme bien sûr. Bien longtemps qu'il n'y en avait plus du vrai.
Ne sachant pas quoi dire, Bella se mit à siroter son eau douteuse. Ses doigts tapotaient contre le bord de la table, rencontrant les fissures dans le bois. Elle ne pouvait pas rester immobile. Chaque partie d'elle devait bouger, crier, sourire et pleurer. Sous la table, Edward avait posé sa main sur sa jambe qui tressautait et serrait son genou. Sa prise se resserra quand Renée enleva sa veste et s'assit à côté de Bella de l'autre côté. Quelque chose gronda dans la gorge de Garrett presque un grognement. Et Jessica se blottit plus près de lui.
Pour la dixième fois ce jour-là, les pensées de Bella revécurent les retrouvailles avec sa mère. Ça avait été beaucoup plus modéré que ce qu'elle avait toujours imaginé. Pas de scène avec des sanglots ou des câlins – pas là sur le marché, devant tout le monde. Ça s'était passé en chuchotant, une boule dans la gorge, les mains serrées et tremblantes avec la preuve offerte d'une vieille alliance suspendue à un porte-clés. Renée n'avait pas besoin de preuve – pas vraiment. Et Bella encore moins.
Les coudes appuyés sur la table, Renée faisait tourner l'anneau dans un sens puis dans l'autre. Les clés cliquetèrent tandis qu'un diamant essayait de briller.
"Je ne peux pas croire qu'il l'ait gardée."
"Tu peux l'avoir si tu veux," dit Bella.
"Non non, elle est à toi. Tu l'as eu plus longtemps que moi."
Alors que Renée faisait défiler un enchevêtrement de souvenirs et rendait les clés à Bella, la posture d'Edward se raidit. C'est à ce moment-là que Bella le vit : la chose qui avait fait serrer les lèvres de Rosalie et haleter Jessica. Ce qu'elle aurait dû voir toute seule en premier.
Un brassard rouge.
"Pourquoi n'allons-nous pas parler ailleurs ?" dit Carlisle. "Renée tu peux nous accompagner à Pendleton… si tu veux."
Le regard que Rosalie lui lança fit penser à une tempête, Bella s'attendait presque à voir des toiles d'araignée orange craquelées sur les yeux de son amie. Encore une fois, un bruit comme un train de marchandise étouffé gronda dans la poitrine de Garrett – cette fois assez fort pour que Renée regarde vers lui. S'appuyant contre le mur, Emmett effleura l'épaule de Garrett. Pendant seulement une demi-seconde sa main devint floue.
Bella était presque certaine qu'il avait frappé Garrett derrière la tête.
"Nous avons une chambre d'ami au bar," déclara Emmett. "Nous serions heureux de t'y installer pendant quelques jours si tu veux passer du temps avec Bella."
Renée pinça les lèvres, acceptant seulement après que Bella ait essayé de lui faire un sourire encourageant. Jusqu'à ce que Renée accepte, Bella ne savait pas si sa bouche faisait un sourire ou une moue. Elle se sentit complètement chamboulée.
"Il y a beaucoup de place dans la voiture de Carlisle," déclara Rosalie. "Vous pourrez monter avec lui."
Laissant son eau sur la table, Bella se mit debout, on aurait dit que ses jambes ne lui appartenaient plus. Alors que tout le monde sortait, Rosalie la tira de côté.
"Tu sais que je ferais presque n'importe quoi pour toi," murmura Rosalie, "Mais si elle est… je ne peux pas avoir une de ces personnes près de mon laboratoire. Je ne peux pas. Je suis désolée."
Ne trouvant rien à ajouter, Bella se contenta d'un signe de tête. Dehors Edward était déjà près de la voiture de Rosalie avec Jessica et Garrett. Ravalant une amère déception Bella monta sur la banquette arrière de Carlisle.
Au moins Jasper et Mary étaient restés à Pendleton. Rouler avec l'un ou l'autre dans un espace aussi restreint aurait fait bouillir la peur en elle. Contre toute attente Bella se demanda si l'un ou l'autre essaierait d'avoir sa mère pour le dîner étant donné ce que Renée semblait être. Il valait mieux ne pas y penser.
Comme par un tour de magie Emmett rentra son corps sur le siège avant. A l'instant où Carlisle tourna le contact, Emmett mit du Hair Metal des années 80 et suivit la musique en rythme avec la tête comme si Carlisle et lui ne pouvaient plus entendre ce que Renée et Bella avaient à se dire. Quand Renée regarda les deux vampires, agitée comme un cerf, Bella en profita pour étudier sa mère.
Renée était plus mince, cela ne faisait aucun doute. Sa peau était tendue sur ses os mais à bien d'autres égards elle avait toujours la même apparence. Même coupe de cheveux, même bracelet bon marché autour de son poignet, mêmes ongles rongés à vif. Pas de nouvelles stries de gris, pas de ride. Elle n'avait pas vieilli. Bella se demanda si son sourire était le même.
Une fois de retour sur l'autoroute avec seulement la voiture de Rosalie derrière eux, Renée enroula ses bras autour de Bella et serra fort. Fermant les yeux Bella souhaita que cela ressemble aux étreintes parfumées à la lavande qui égayaient ses souvenirs. Bien sûr cela ne pouvait pas être exactement comme ces jours-là. Elles faisaient la même taille à présent avec un fossé d'années et ce tissu rouge entre elles.
"Je t'ai cherchée partout," chuchota Renée. "Quel âge as-tu ? Tu n'as pas sauté…"
"Non j'ai vingt-huit ans, comme je devrais. J'ai vécu mon temps jusqu'à présent."
Renée rit mais Bella ne pouvait pas voir le sourire qui l'accompagnait – ne pouvait pas tracer ses lignes pour trouver l'écho du vieux sourire de Renée. Renée tenait ses lèvres près de son oreille, essayant de garder leur conversation privée.
"Bon dieu. Je ne peux pas croire que mon bébé a seulement deux ans de moins que moi."
Deux ans. Renée avait dû arriver en 2013. Quand elle avait disparu pendant les émeutes, elle avait vingt-huit ans.
Avec un regard vers Emmett et Carlisle, Renée ajouta. "Comment tu connais ces gens au fait ?"
"Ce sont des amis. Nous travaillons ensemble. Ne t'inquiète pas. On peut leur faire confiance."
"Et comment tu sais ça ? Bella dans ce monde, tu ne peux …"
"Je sais tout de ce monde. J'y vis depuis que j'ai huit ans. Je leur fais confiance parce qu'ils l'ont mérité. "
Pas tout à fait vrai dans le cas de Carlisle. Elle le connaissait à peine. Mais les autres lui faisaient confiance et il faisait les onguents et les pilules pour prolonger la vie de Jessica. C'était suffisant.
Hochant la tête, Renée caressa les cheveux de Bella comme elle le faisait quand Bella rampait dans son lit après un cauchemar. Bella recula autant qu'elle le put, dans la voiture. Avec le chauffage allumé il faisait trop chaud, l'air était lourd et chaud. Le mince courant d'air froid soufflant à travers la vitre légèrement ouverte d'Emmett n'était pas suffisant pour que ça soulage. Après un coup sur l'épaule d'Emmett, Bella lui demanda de baisser le chauffage. Il le fit en ouvrant davantage la vitre. L'air froid lui soufflait sur le visage et elle l'aima pour ça.
"Et qu'en est-il de la compagnie que tu fréquentes ?" demanda Bella. Elle n'avait pas besoin de montrer le brassard rouge enroulé autour du biceps de Renée.
Cette dernière haussa les épaules. "On ne peut absolument pas leur faire confiance mais nous faisons tous ce que nous devons faire pour nous protéger. Quand je suis arrivée là, ils…" elle s'arrêta puis attrapa un fil lâche de son brassard. "Se battre avec eux m'a semblé plus sûr que me battre contre eux."
Bella pensa à tous ceux qui travaillaient pour leur organisation. Elle pensa aux déménagements constants de Rosalie, à Edward qui courait dans l'obscurité pour donner une parcelle de dignité à une morte. Soudain elle se sentit très vieille.
"Je suppose que ça se tient," dit-elle.
Se laissant tomber en avant, elle posa son front sur le dossier du siège d'Emmett. Quelque chose de froid effleura sa main : ses doigts. Aussi mauvaise qu′était sa position, il réussit à lui faire comprendre qu'il était avec elle par ce simple contact.
"Tu vas rester avec eux ?" demanda Bella.
"Honnêtement, je n'en ai aucune idée."
Le silence pendant les longs trajets en voiture se faufila – le silence des étrangers. Au fur et à mesure que les kilomètres passaient, les champs luxuriants disparaissaient. Une accumulation de débris : les ossatures des maisons, les squelettes de moyens de subsistance entiers enveloppés dans ce putain de vert auquel Bella ne pouvait pas échapper. De petites repousses d'herbe apparaissaient déjà là où quelques jours auparavant le sol avait été flétri et jauni. Carlisle passa près des caravanes qui avaient été installées pour ceux dont les maisons avaient été détruites. Serrant la main d'Emmett, Bella se rappela qu'elle était l'une des plus chanceuses, tout bien considéré.
Enfin ils roulèrent sur le trottoir défoncé par les nids de poule à l'extérieur du bar. Alors que Bella sortait pour étirer ses jambes raides, de petites piqûres de froid lui frappèrent les joues.
Elle avait eu raison de penser que Pendleton avait déployé l'hiver précocement. Il neigeait.
X-X-X
X-X-X
Bella tapa ses pieds sur les marches de la caravane, envoyant de minuscules flocons danser autour de ses jambes. Renée était maintenant installée dans ce qui avait été le vestiaire de Bella au bar, un vieux canapé lui servait de lit et des piles de boites lui offrait un rangement pour des affaires qu'elle n'avait pas.
Peut-être que partir si tôt faisait de Bella une mauvaise fille mais elle avait besoin d'espace. Elle aurait adoré avoir le pouvoir de tendre les bras et de faire disparaître toute la ville, lui laissant de la place pour réfléchir. Au moins Emmett avait offert l'hébergement au bar. Bella ne savait pas comment elle aurait fait pour expliquer à Renée qu'elle ne pouvait pas rester dans la caravane.
Il y avait déjà plein de Raiders au bar la plupart de soirs. Renée se sentirait comme chez elle.
Garrett avait éloigné Jessica alors Bella s'attendait à le voir quand elle ouvrirait sa porte. Ce à quoi elle ne s'attendait pas c'était de le trouver engagé dans un face à face avec Jake. Seth et Jessica étaient assis dans la cuisine, en train de jouer aux cartes, en discutant et riant et souriant. L'estomac de Bella gronda des souvenirs de la conversation d'adieu que Tanya avait eue avec Jake.
Si nous soupçonnons qu'elle sait à notre sujet nous sommes censés la tuer. Si nous ne le faisons pas, nous pourrons être condamnés à mort. Fais attention. Dis-lui de s'enfuir si ça arrive.
"Hé Bells," dit Seth, en agitant ce qui sentait comme un sandwich au foie gras.
"Hé ! que fêtons-nous ?"
"Je recherche juste des options pour étendre mon marem," déclara Jessica, avec un clin d'œil. "Tu vas bien ?"
"Oui je rentrerai avant d'aller travailler au bar demain soir et on parlera."
C'était évident qu'il y aurait beaucoup de discussion. Bella pensait qu'il aurait pu y en avoir si ce n'était pour une bande de tissu rouge les mettant dans des camps opposés.
Avec une petite danse de victoire Seth claqua un huit sur le tas de cartes. "Cœurs."
Jessica grogna, "Tu crains."
S'éloignant de sa confrontation avec Garrett, Jake enroula son bras autour de Bella. Après le froid des dernières heures et le retour à pied dans la neige, il paraissait encore plus chaud que d'habitude.
"Je suppose que je vais partir," déclara Garrett. Il ne fit que deux pas vers la porte avant que Jessica ne se racle la gorge.
"Tu n'oublies pas quelque chose ?" demanda-t-elle.
"Comme si je pouvais oublier. Donne-moi une chance, femme."
En se penchant, il l'embrassa sur les lèvres. Seth en profita pour essayer de jeter un coup d'œil au jeu de Jessica, son sourire aussi large que le froncement de sourcils de Jake. Alors que Garrett brisait l'étreinte, il la regarda comme s'il ne pouvait même pas se fier à sa mémoire sans défaut pour ramener le sourire de Jessica chez lui.
"Ravie de t'avoir rencontré mec," fit Seth, tendant sa main qui ne tenait pas le sandwich à Garrett.
Garrett attendit un instant avant d'accepter, ne parvenant toutefois pas à cacher sa grimace quand sa paume toucha celle de Seth. "De même, on se voit demain Bella."
Encore un baiser de Jessica et il était parti. Jake attendit, tapant du pied pendant trois minutes avant de déchirer un morceau de papier pour griffonner un message à Bella.
Il est toujours là. Assez près pour nous entendre. Est-ce qu'il te traque ? Tu veux que je le tue ?
Pour la première fois depuis le café, Bella éclata de rire. Arrachant le crayon de sa main, elle écrivit sa réponse.
Détends-toi. Il est probablement juste inquiet pour nous. Eu quelques problèmes Raider aujourd'hui. Longue Histoire. Raconterai plus tard.
Avec un haussement d'épaule et un hochement de tête réticent, il fouilla dans sa poche.
Jake approuvant les actions d'un vampire ? Bella voulait presque prendre une photo pour commémorer l'événement.
Dans les mains en coupe de Bella il déposa plusieurs flacons de liquide épais et rougeâtre. Le verre était chaud au toucher, brûlant sa peau comme la mauvaise humeur de Paul.
"Pas même eu besoin de lui taper dessus pour l'avoir," dit Jake.
Il fut touché par les remerciements chaleureux de Bella, il fit son beau sourire habituel et lui dit qu'il n'y avait pas de problème. Paul se moquait de lui donner du sang tant qu'elle suivait les règles de Jake. Traduction : tant qu'elle ne donnait pas son sang aux vampires. La culpabilité fit tordre son estomac mais elle la repoussa. Elle n'avait pas le temps pour ça.
Tu en veux du mien ou de celui de Seth aussi ? écrivit Jake. Dès que Bella hocha la tête, il froissa le papier et le déchira en confettis.
Un cri de victoire suivi d'un halètement scandalisé retentit de la table. Jessica jeta ses cartes. Elle avait perdu.
"C'est ça," dit-elle, en tirant la langue à Seth. ″Tu es officiellement hors de mon marem."
X-X-X
X-X-X
Le parapluie noir de Carlisle faisait un chemin à travers le blanc de la forêt, montant et descendant à chaque pas. Bella supposa que cela avait du sens pour lui de l'utiliser comme bouclier, la neige qui tomberait se déposerait sur sa tête et ses épaules, le désignant comme étant autre chose quand elle ne fondrait pas.
Déjà les bois semblaient gelés depuis des décennies. Même en essayant autant qu'elle pouvait Bella ne pouvait pas évoquer un souvenir de la joie vive du printemps.
"J'ai réfléchi," dit Carlisle une fois qu'ils furent suffisamment loin dans les arbres pour être enveloppés dans un silence froid. "Je voudrais essayer les soins palliatifs sur ta mère en utilisant le sang de ton amie. Elle est peut-être du même groupe que Jessica. J'aimerai aussi lui donner une demi-dose de pilules et de pommade."
Bella se demanda comment il connaissait le groupe sanguin de Renée. Pouvait-il sentir les différences subtiles juste en reniflant le cou de ses patients, comme la version vampire d'un œnologue ?
Rosalie n'aimerait rien qui puisse amener les soupçons de Renée jusqu'au laboratoire. Au lieu de mentionner cela Bella offrit à Carlisle quelques nouveaux échantillons de sang de loup. Cela ressemblait à une affaire de drogue bizarre étant donné qu'elle avait enveloppé les flacons dans la flanelle pour les protéger du froid et la façon dont elle les avait mis dans sa paume sans commentaire.
De retour au laboratoire, dès l'instant où les pieds de Bella heurtèrent le sous-sol, Emmett était là avec une combinaison de protection jaune. A proximité une souris blanche se débattait dans la main de Rosalie, ses griffes passant sur ses doigts alors qu'elle tentait d'échapper à son étreinte.
"Qu'est-ce que nous faisons ?" demanda Bella.
"On expérimente," dit Emmett, tapotant le bout de son nez avant de couvrir sa tête avec la capuche de la combinaison. "Des trucs très dangereux."
Les sourcils de Carlisle se rapprochèrent. "Que prévoyez-vous exactement ?"
"Je veux essayer de transférer une partie de l'énergie dans la souris," dit Rosalie. "L'idée est d'utiliser la fonction machine à pommade mais la laisser fonctionner beaucoup plus longtemps. Des heures, peut-être. Je n'en suis pas encore sûre. Assez longtemps pour affecter l'âge de la souris. Si tout se passe comme prévu, le niveau global d'énergie dans la terre va retomber un peu - de façon permanente, je l'espère."
"Es-tu certaine que ce sera sans danger ? " Pendant qu'il parlait, les doigts de Carlisle effleurèrent le bras de Rosalie. C'était un contact fragile et fugace, comme s'il pensait qu'il n'était pas sûr de la tenir fermement, comme s'il pensait qu'elle pourrait se briser.
"Nous avons fait un long chemin," dit-elle, en levant les deux mains pour tenir la souris. Il y a eu cet échange encore - celui qui ne disait rien à Bella. Rosalie se frotta l'articulation où son auriculaire aurait dû être. "Nous en savons tellement plus maintenant. Puisqu'il sera contrôlé et pur, il ne devrait pas entraîner quoi que ce soit en avant. Cela ne devrait pas agir comme une tempête. Au lieu de se déplacer dans le temps, la souris devrait vieillir ou rajeunir. J'espère qu'une fois que l'énergie aura changé la souris, elle sera épuisée. Si c'est réussi, nous pouvons le répéter encore et encore, peut-être affaiblir les tempêtes."
Rien de tout cela n'avait de sens pour Bella mais les vampires hochèrent la tête comme si Rosalie ne parlait pas une langue étrangère.
L'énergie temporelle ne se comporte pas de cette façon. Elle ne respecte pas ces règles. Le volume qu'ils mirent dans l'onguent était minuscule : une fraction de ce qui s'élevait pendant les tempêtes mais même cela était risqué. Ce que Rosalie suggérait semblait extrêmement dangereux à Bella, sans parler de son inefficacité. Depuis quand l'énergie temporelle faisait-elle vieillir ?
Et qu'est-ce qui faisait croire à Rosalie que c'était une chose limitée - une ressource qui pouvait être utilisée, comme si elle était fabriquée à partir des restes de dinosaures ?
"Je ne comprends pas…" dit Bella. "Pourquoi cela affecterait l'âge de la souris ? Quand est-ce que cela a déjà fait quelque chose comme ça ?"
Un autre frôlement de l'articulation de Rosalie. "Si j'ai raison, c'est sa forme la plus pure."
"Et qu'est-ce qui te fait croire que tu as raison ?"
"Juste une théorie. Je travaille dessus depuis un moment. Mary ? Sommes-nous presque prêts ?"
Mary regarda par-dessus une balustrade à six mètres au-dessus d'eux, des boucles blondes obscurcissant presque son visage rond.
"A peu près."
En l'absence d'Edward - "Oui, Rose, je prends un jour de congé. Juste un. Certains d'entre nous ont en fait besoin de dormir parfois" - Mary se balança le long de l'échafaudage en traînant un tuyau noir du plafond au sol. La souris se recroquevilla dans le coin quand Rosalie la plaça dans la machine, ses moustaches tremblaient. Quelque chose de nouveau avait été ajouté au bout du tuyau avant que Rosalie et Mary le fixent à la machine : un petit appareil qui ressemblait à un accordéon métallique. Lorsqu'elle aperçut l'intérieur, Bella vit son reflet dans un jaune concave - une Bella à l'envers dans un monde différent, couleur miel.
"Es-tu certaine de vouloir faire cela maintenant ? " demanda Carlisle.
Rosalie acquiesça. Unis pour une fois, Emmett et elle se tenaient devant Bella pendant que Mary tournait les interrupteurs. Entre leurs épaules, Bella gardait son attention sur la souris.
Il ne fallut pas des heures mais suffisamment de temps pour que les pieds de Bella commencent à protester contre le fait de se tenir debout sans bouger. Tout comme elle s'éloignait de Rosalie et d'Emmett pour jeter un coup d'œil aux recherches de Carlisle, la lumière orange se mit à clignoter en vert.
La souris rapetissait. Ses oreilles perdirent leur rondeur. La graisse qui recouvrait son corps disparut ainsi que ses poils grossiers, la transformant en un bébé rose et frétillant. Et puis, aussi vite que la souris bébé s'était épanouie, sa jeunesse fut emportée dans une pluie d'étincelles orange. Mary se jeta vers les interrupteurs.
De la fumée jaune s'infiltra dans la vision de Bella, seule la combinaison de protection la sauva de la piqûre antiseptique lui tranchant les poumons. Rosalie vola le souffle de Bella en la percutant et en la protégeant avec son corps. A travers la visière transparente, tout ce que Bella pouvait voir était du tissu jaune et des cheveux blonds.
"Est-ce que tout le monde va bien ?" demanda Carlisle.
Le consensus était que oui mais la machine ne s'en était pas si bien sortie. Elle reposait en morceaux sur le sol, tordus et carbonisés.
Emmett fut le premier à l'approcher. Des débris il sortit une souris adulte profondément traumatisée. L'une de ses oreilles était restée à la taille bébé, se dressant de son corps adulte, comme un épi rebelle.
"Pauvre gars…" dit Garrett. "Je t'avais dit qu'on aurait dû utiliser une plante. "Mary siffla, en poussant du bout de son orteil le débris de la machine à pommade. "Oh, mon Dieu. Edward… va être énervé."
X-X-X
X-X-X
"Non," dit Renée, en passant la pommade et les pilules à Bella.
"Non ? Mais ça pourrait aider…"
"Je ne vais pas prendre de médicaments bizarres. Je ne sais pas ce qu'il pourrait me faire. Et de toute façon, je n′ai pas le syndrome."
"Exactement. C'est préventif - ou du moins, l'inventeur l'espère."
L'expression dure de Renée ne changea pas. Le brassard rouge était toujours là, serrant son bras comme un serpent.
Bien. Qu'elle refuse… Plus pour Jessica et Edward. Bella remit la pommade et les pilules dans son sac. Elle n'avait même pas encore eu le temps d'offrir la seringue du sang de Jake. Tant pis.
Renée tordit son tas de boucles en un chignon et l'embrocha avec un crayon. Assise les jambes croisées sur son lit de fortune, elle laissa ses épaules se lever et s'abaisser dans un haussement d'épaules prolongé.
"Ce n'est pas comme ça que j'imaginais nos retrouvailles…"
"Moi non plus," dit Bella. Toutes ces fois où elle s'était réfugiée dans cette robe et s'était autorisée à s'offrir le luxe de l'espoir, elle n'avait jamais imaginé cela. Pas une seule fois.
"Ça va s'améliorer," dit Renée. Avec le bras portant le brassard, elle tendit la main pour toucher la joue de Bella. Sa peau était encore si douce. "Ça va juste prendre du temps. Je veux tout savoir sur toi. J'ai manqué tellement de trucs. Dis-moi quelque chose."
"Comme quoi ?"
"Je ne sais pas. N'importe quoi. Parle-moi de ton premier amour."
Même s'il n'avait pas rempli ce rôle - pas vraiment - Embry souriait dans l'esprit de Bella. "Pas un bon sujet," dit-elle, en s'effondrant à côté de Renée. Un nuage de poussière se souleva et chatouilla son nez.
"Très bien." Renée gardait sa voix aussi stable et mesurée que son regard. "Quelque chose d'autre, alors. Comment as-tu atterri ici ?"
"C'est ici que je suis tombée en panne d'essence." En levant la main, Bella s'arrêta pour éternuer. Il y avait un soupçon de vérité dans son histoire. Lorsqu'elle est arrivée à Pendleton avec Jessica et les loups, ils étaient en roue libre. "Fini par rester dans les parages."
"Hum. Cela explique tout. Je ne vois pas pourquoi tu voudrais rester sinon…"
"J'aime bien, en fait. Mes amis ont été vraiment bons avec moi."
"En t'engageant comme leur bonne ?"
"Hé, c'est du travail, ce qui est plus que ce que beaucoup de gens ont. Et il y a le bar aussi."
Renée avança ses doigts sur le rembourrage déchiqueté, en passant sur des boutons manquants et des tranches de mousse exposée. "Alors, tu es bien installée ? Je ne pourrai pas te convaincre de t'enfuir quelque part, juste toi et moi ?"
Un fracas retentit de l'avant du bar : un coup de tonnerre pour faire écho au non qui avait secoué Bella.
Sautant sur ses pieds, elle courut pour trouver la source du bruit.
Trois Raiders s'opposaient à Tom, leurs corps transformés en silhouettes par le blanc éclatant de la porte ouverte. L'un d'entre eux trébucha et se rattrapa au mur - déjà ivre, probablement. Les fragments d'une chaise cassée étaient éparpillés sur les carreaux mal assortis.
"Je vous l'ai déjà dit…" dit Tom, "… nous sommes fermés."
Tout au long de leur dispute, la télévision dans le coin continuait à montrer le Président en train de traverser Hermiston* - une ville fantôme voisine qui avait été durement touchée par la tempête. Les destructions qui s'y étaient produites étaient absolues, rasant le peu de maisons que des familles avaient maintenu dans la zone après l′Impulse. Comme Tom l'avait prédit la semaine précédente, alors que le président regardait l'ombre dévastée d'une ville, il prononçait les discours attendus.
"Nos pensées et nos prières vont au peuple de l'Oregon," déclara-t-il. "J'exhorte tous ceux qui connaissent un voyageur temporel présumé de le signaler aux autorités compétentes. Aidez-les à obtenir l'aide dont ils ont désespérément besoin. Ne cédez pas à la peur. Ne livrez pas vos voisins aux Raiders. Nous valons mieux que cela. Nous valons mieux que la superstition et le meurtre déguisés en justice".
Bella ravala un rire amer. Comme si les Fédéraux traitaient bien les voyageurs dans le temps.
Un des Raiders avança. Les doigts de Bella glissèrent le long de sa jambe vers l'étui à sa cheville. Tom capta le mouvement, la suppliant d'un mouvement de tête frénétique d'arrêter, de ne pas faire ça.
Emmett se matérialisa à la porte de la cuisine avec une expression qui aurait fait fuir le courage de Bella et l'inciterait à se cacher sous une table. A quelques pas de lui, c'est tout ce qu'il fallut aux Raiders pour marmonner qu'ils allaient ailleurs et battre en retraite. Bella faillit les suivre jusqu'à la porte. La bouche d'Emmett s'adoucit et retrouva son sourire habituel à fossettes.
"Tu vas bien ?" demanda-t-il à Tom.
"Ouais. Bien. Merde. Tu dois m'apprendre à faire ça."
Le rire profond d'Emmett rebondit quand il retourna à la cuisine. S'abaissant pour ramasser les restes de la chaise, Bella se laissa jeter un coup d'œil à la porte de la chambre de Renée.
Fermée. Renée y était restée tout le temps.
"Je déteste ces connards," déclara Tom, en se servant d'une des chaises les plus solides et en posant ses pieds sur la table. "Ça aurait pu devenir incontrôlable, pour rien."
"Ouais," déclara Bella. "Hé, comment as-tu su que j'avais..."
"Oh. Ça. Ouais... je l'ai vu une fois quand tu changeais une ampoule. Je ne peux pas dire que je te blâme." Sa langue se coinça dans une de ses molaires, essayant de déloger quelque chose qui ne se détacha même pas quand il fit un grand bruit de succion. "En parlant de Raiders, pourquoi diable Emmett et Garrett en laissent une dans le bar ? Qui est-elle ?
Du bois brut érafla les mains de Bella, menaçant de lui abîmer la peau. " Une vieille amie qui va mal. Elle avait besoin d'un endroit où rester."
"Humm. Pour combien de temps ?"
La vérité se révéla avant même que Bella ne réalise que c'était la vérité.
"Pas longtemps, j'espère."
X-X-X
X-X-X
Contrairement à Jessica, Edward détourna le regard lorsque Bella lui fit l'injection, se concentrant sur le papier peint écaillé de sa petite chambre à la pension de famille. La chaleur se glissa sur la peau sous sa main lorsqu'elle poussa le piston de la seringue. En soupirant, elle se demanda s'il allait prendre certains des traits de Paul - c'est-à-dire n'importe lequel d'entre eux - de la même façon que Jessica semblait toujours emprunter le sourire de Jake lorsqu′elle avait pris son sang. Enroulant une main autour de son poignet, il bannit ses peurs par un baiser appuyé sur sa joue.
"Désolé de t'avoir lâché avec ta mère…" dit-il. "J'ai juste pensé que tu aimerais passer un peu de temps seule avec elle."
Bella sourit. "Non, tu n'as rien fait."
"D'accord, j'étais un peu nerveux à l'idée d'être coincé de près avec un Raider. Je suis désolé de t'avoir abandonnée."
"C'est bon." Quelque chose comme la loyauté voulut retenir la langue de Bella mais elle laissa ses prochains mots s'échapper malgré cela. "Je ne voulais pas être là non plus. Est-ce que ça fait de moi une mauvaise personne ? Je n'ai pas vu ma mère depuis vingt ans. Je devrais vouloir être près d'elle en permanence."
D'un mouvement de tête, Edward s'approcha. Les vieux ressorts de son lit grinçaient sous son poids. "Je ne pense pas qu'il y ait une réaction normale dans une situation comme celle-ci." Il suivit sa clavicule et laissa son doigt descendre jusqu'au bouton du haut de sa chemise avant de remonter de l'autre côté, en regardant sa main se faufiler au lieu de regarder ses yeux. "Elle en est un, cependant ? Un Raider, je veux dire."
"Qui sait ? Elle dit qu'elle les a rejoints pour se protéger. Je suppose que cela signifie qu'elle s'est jointe à leurs... activités. Je veux dire, deux ans. Elle ne pouvait pas vraiment dire qu'elle avait un rhume et faire l'école buissonnière à chaque pendaison, n′est-ce pas ?"
Au lieu de parler, Edward passa ses doigts dans ses cheveux.
"Ne lui dis pas ce que tu es, d'accord ?" dit Bella. "Juste au cas où. J'ai dit la même chose à Jess. Mon dieu... je vous choisis vous deux plutôt qu'elle. Je n'ai même pas eu à réfléchir. Qu'est-ce que cela dit à propos de moi ?"
Sa première réponse fut un baiser, comme s'il testait ses mots avec sa bouche et goûtait la vérité sur ses lèvres. Même s'il n'avait pas participé au rituel de la cuisine ce matin-là, il avait toujours un goût sucré et léger, comme s'il avait goûté ses ingrédients préférés. Ses mains sur la taille de Bella l'incitèrent à se rapprocher jusqu'à que ses jambes se retrouvent entre les siennes.
"Tu es une bonne personne," dit-il. "Certes, je ne te connais pas depuis longtemps mais à moins que tu ne caches un sous-sol plein de corps quelque part, je suis presque sûr d'avoir raison."
"Merde. Note à moi-même : disposer des corps."
"Ah, ne t'inquiète pas. On peut s'en débarrasser ensemble. Ce sera notre deuxième rendez-vous."
En esquivant sa tête, Bella passa la main sur l'horizon gravé sur son bras.
"Celui-là, c'est Chicago, non ?"
"Ouais. "
"Ça te manque ?"
Il sourit. "Pas maintenant, non."
Ses doigts glissèrent le long de chacun de ses tatouages, suivant les histoires de sa peau rugueuse. La sueur perlait sur son front.
"Est-ce normal ?" demanda-t-il. "Suis-je censé avoir aussi chaud ?"
Bella fit un signe de tête. " Tu auras une légère fièvre pendant quelques heures. Mais bon, regarde."
Elle rit quand ses doigts froids sur ses côtes le firent sursauter. En levant les bras, il la laissa tirer sa chemise par-dessus sa tête. Les deux plaies sur sa poitrine avaient déjà disparu, à peine une tache rose à la place de la plaie.
"Hein. Waouh. Carlisle et toi allez vraiment le faire, n'est-ce pas ?"
"Faire quoi ?" En plissant les yeux, elle lui donna un coup sur le côté. "Je ne sais pas ce que tu as entendu mais j'aime bien quelqu'un d'autre".
"Non." Son sourire favori s'accrochait à ses lèvres. "Pas ça. Non, pas du tout. Je voulais dire que tu vas vraiment me guérir. Nous."
Se penchant, elle embrassa le tatouage juste au-dessus de son cœur : une vigne verte qui grimpait jusqu'à son épaule.
"On va sûrement essayer."
...
* Ville fictive
