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14 / la guerre cruelle fait rage

Quand le ciel se rapprocha du rose et que le soleil n'était encore qu'une suggestion à l'horizon, Bella se laissa entrer dans le laboratoire. Il était suffisamment tôt pour qu'il n'y ait que Rosalie, penchée sur son bureau. Pour une fois l'écran de l'ordinateur affichait les couleurs tournoyantes de l'économiseur d'écran. L'attention de Rosalie était concentrée sur la souris de l'expérience, elle tournait autour de son bureau, entourée d'une clôture miniature faite d'agrafeuses, de tas de papier et du clavier de Rosalie.

La machine à pommade avait changé de position à côté de sa chaise, à moitié remontée. De nouvelles pièces étaient éparpillées autour de sa base comme des vêtements jetés – des morceaux et de pièces qu'elle avait essayé. En saluant Bella par-dessus son épaule, Rosalie tendit un crayon à la souris. Elle rongea le bout de gomme rose.

"On dirait qu'il t'a presque pardonnée," dit Bella.

"Hum je lui ai donné à manger il y a environ dix minutes, alors ça aide. Et j'ai promis de ne plus le remettre dans la machine à onguent." De sa main libre Rosalie frotta les cernes sous ses yeux noirs. "Nous aurions vraiment dû commencer avec une plante. Inutile d'essayer de courir quand nous ne pouvons même pas marcher – quand nous essayons de ramper depuis des années, vraiment."

Lentement Bella s'assit sur la chaise à côté de Rosalie. Les voix d'Embry et de Jake résonnaient comme une mélodie sombre dans sa tête, tissant des rappels de tout ce qu'ils lui avaient dit sur les signes avant-coureurs de la soif chez un vampire. Elle les ignora. La respiration de Rosalie ralentit, juste une seconde, avant qu'elle ferme les yeux et ne s'affaisse, posant sa tête sur l'épaule de Bella.

"Je suis tellement fatiguée," dit Rosalie soufflant dans un soupir qui fit monter la chair de poule sur la peau de Bella.

Bella prit la main de son amie. "Peut-être que tu devrais prendre des vacances. J'ai entendu des rumeurs selon lesquelles de telles choses existent toujours."

Le non attendu et instantané n'arriva pas. Rosalie hésita, ses doigts effleurant les lignes de la paume de Bella comme pour tracer son avenir. Quand sa réponse vint, elle emmena un sourire.

"C'est tentant. Si je pouvais j'emmènerais tout le monde sur une île au milieu de nulle part." Un chatouillement parcourut le bras de Bella tandis que Rosalie traçait sa ligne de vie. "L'île Rosalie. Nous bronzerions et nous détendrions, oubliant que nous avons entendu parler d'énergie temporelle. Et parce que ce serait mon île, Emmett et Carlisle devraient s'entendre ou je les bannirais tous les deux sur une île juste assez grande pour un palmier et eux."

Profitant de la distraction de Rosalie, la souris grimpa sur l'agrafeuse. Elle se tortilla dans ses mains quand elle la récupéra, son pardon s'évaporant. Sa plus petite oreille se contracta.

"Allez Vincent…" dit Rosalie. "… tu retournes dans ta cage." Ouvrant la cage métallique sous son bureau elle le poussa à l'intérieur. Vincent se retira dans un coin pour trembler comme s'il avait un flash-back de son expérience déchirante avec la machine. Le presque sourire de Rosalie s'évanouit.

"Si nous vivions sur l'île Rosalie…" dit-elle, "… l′état de Jessica et Edward ne feraient qu'empirer. Le monde extérieur à notre bulle continuerait de s'effondrer. Je ne pourrais pas arrêter d'y penser."

"Il n'est pas de ta responsabilité de réparer le monde entier," dit Bella, repoussant la tête de Rosalie avec la sienne. "Non, ça n'est pas ta responsabilité. Tu es autorisée à te reposer de temps en temps. Tant que tu ne commences pas à faire comme Tom et son éthique du travail, je ne pense pas que quelqu'un te blâmera de faire une pause."

"Humm."

Rosalie regarda Bella, la tête penchée d'un côté comme si elle écoutait un rythme secret de Bella pour étayer ses affirmations. Elle ouvrit la bouche mais quelque chose hors de portée de l'ouïe de Bella fit mourir les mots dans sa gorge.

Edward fit signe du haut des escaliers. A mi-chemin il se figea, les mâchoires lâches. Bella ne reçut qu'un pincement sur les lèvres quand il la dépassa. La machine à pommade eut droit à une caresse.

"Pauvre bébé," fit-il. "Qu'est-ce qu'ils t'ont fait ?"

"J'étais sur le point de m'y remettre," déclara Rosalie. "Encore quelques heures et ça devrait redevenir normal."

"Pfft. Comme si j'allais te laisser de nouveau près d'elle…"

Lorsque Bella se moqua de lui, de vouloir protéger la machine avec son corps, il sourit comme s'il croyait que le rire de Bella avait été juste crée pour lui.

"C'est ma faute," déclara Rosalie. "Il faut que je répare…"

"Nous verrons."

X-X-X

X-X-X

La chaleur sèche frappa Bella au visage et amena l'eau à ses yeux quand elle ouvrit le four. Le plat avait encore besoin de quelques minutes. Alors qu'elle fermait la porte du four avec un bruit sec et se redressait, une paire de bras s'enroula autour d'elle par derrière. Des lèvres déjà familières taquinaient le long de son cou.

"Tout est réparé ?" demanda-t-elle, en passant une main sur la peau tatouée.

"Hmmm. Presque comme neuf."

La faisant tourner pour qu'elle se retrouve face à lui, Edward caressa ses lèvres des siennes. Il sentait comme il le faisait toujours après le travail – la graisse de moteur, le métal et le savon. De la chaleur s'échappa du four et lui réchauffait la jambe alors qu'il la plaquait contre le comptoir.

"Bonjour," dit-il.

"Salut."

"Désolé d'avoir été distrait en bas."

"C'est bon. J'ai beaucoup avancé."

Ses pouces découvrirent une bande de peau entre sa ceinture et sa chemise. "Ça signifie que tu n'aurais rien fait si j'étais ici ?"

En souriant, elle monta sur le comptoir et le tira jusqu'à ce qu'il soit entre ses jambes. "Est-ce que je fais beaucoup maintenant ?"

"Ouais, je pense que tu es très productive."

Ses lèvres retrouvèrent les siennes. Il ne s'était pas rasé depuis un moment, ses poils étaient à cette longueur où ils flirtaient entre la frontière doux et rugueux. Soupirant, elle accrocha ses jambes autour de ses hanches. Ses pensées s'envolèrent se dissolvant en nuages avec chaque coup de pinceau de sa langue contre la sienne. Bella se sentait maintenant comme la machine réparée, l'énergie s'infiltrant en elle et l'illuminant de l'intérieur.

"Annabel," chuchota Edward.

Reculant, les mains contre sa poitrine, Bella regarda dans ses yeux verts – le genre de vert qu'elle aimait. "Isabella," dit-elle. "Mon vrai non. C'est Isabella. Annabel est juste celui qui est sur ma carte d'identité."

"Oh."

"Désolé, je ne te l'ai pas dit avant. Je…"

Secouant la tête, il dit "I-sa-bel-la," ses lèvres effleurant les siennes à chaque syllabe, comme s'il apprenait.

La vérité semblait plus douce à sa voix basse - moins comme un secret. Alors que ses lèvres traçaient un chemin jusqu'à' sa clavicule, sa main remonta sa cage thoracique pour effleurer le dessous de sa poitrine. Chaque fois que sa bouche touchait sa peau, elle oubliait les vampires dans le laboratoire – ceux qui pouvaient sans aucun doute entendre chaque soupir, chaque martèlement de son cœur.

Le plat de Bella était sur le point de brûler. Elle pouvait sentir les patates douces passer de caramélisées à cramées mais elle continua à embrasser Edward. Elles étaient destinées au loup et ils mangeraient n'importe quoi. Sa main bougea, renversant presque le bol de pâte qu'elle avait mis à lever.

Les lèvres d'Edward suivirent la ligne de son t-shirt … et s'arrêta. Et à la place de baisers et de touchers un rire flotta.

"Merde," dit-il. "Je suis désolé. Je jure m'être lavé les mains trois fois."

En fronçant les sourcils, elle baissa les yeux. Des empreintes digitales noires montraient la route que ses mains baladeuses avaient suivi, maculant sa poitrine, sa taille et ses hanches.

Bella gémit en riant. "Je vais faire bonne impression pendant la fête."

"Eh bien c'est Jessica qui a dit que les intentions pures sont ennuyeuses. Cela semble approprié étant donné que c'est son anniversaire." Un autre baiser atterrit sur sa clavicule. "On devrait probablement se mettre au travail, hein ? "

"Probablement, Garrett va aller la chercher bientôt."

Edward l'embrassa seulement cinq ou quinze fois avant de l'aider à descendre. Pendant qu'il frottait et frottait ses mains, elle sortit le plat du four pour qu'il refroidisse et grimpa sur le comptoir pour attraper l'un des précieux pots de sauce qu'elle avait fait avec les tomates de l'été dernier.

"Est-ce que ça sera suffisant ?" demanda Edward alors que Bella retournait la pâte à pizza levée sur le comptoir et la roulait.

"Il faudra que ça le soit."

Après s'être séché les mains, il lui toucha la poitrine disant que cette fois il était propre, qu'il ne laissait pas de trace tout, en esquivant le claquement du torchon. Du fond du congélateur il sortit un sac qui contenait cinq framboises. Des bruits de pas résonnèrent dans l'escalier – trop bruyant pour être la façon naturelle de marcher d'un vampire. Rosalie apparut sur le palier, une main empêchant ses yeux de voir tout ce qu'elle pourrait souhaiter oublier.

"Je peux regarder ?" demanda-t-elle.

Avec un rire qui la laissa essoufflée et légère, Bella dirigea son torchon vers Rosalie. "Oui bien sûr. Nous ne sommes que nus. Pas très grave."

En regardant à travers ses doigts, Rosalie rigola. Ses yeux étaient redevenus dorés comme d'habitude. La chaleur fit rougir ses joues.

"J'ai décidé de faire une pause," déclara-t-elle. "Une courte. Avez-vous besoin d'aide ou…"

Bella ne put arrêter le sourire qui apparut sur son visage à l'idée que Rosalie fasse une pause. La plupart des gens s'affalait, lisait, en faisait le moins possible mais Rose devait être un type différent, il fallait qu'elle garde ses mains occupées.

"Bien sûr," dit Edward. "Plus on est de fous. Plus on peut transformer la thérapie de couple en séance familiale."

"Thérapie ? Vas-tu me forcer à pleurer et à parler de la façon dont ma mère et mon père ont ruiné ma vie ?"

En plus de deux ans d'amitié, Bella n'avait jamais entendu Rosalie parler de ses parents. La voix de Rosalie passa au-dessus d'eux comme s'ils n'avaient jamais existé. Alors qu'elle peignait la pâte avec la sauce rouge, Bella se demanda comment ils avaient dû être. Quand avaient-ils vécu et étaient-ils morts ?

Avaient-ils vraiment ruiné la vie de Rosalie ?

"Non, pleurer n'est pas autorisé," dit Edward. "Je te remercie de garder tes larmes et ta morve loin de ma pâte."

Bella demanda à Rosalie de hacher les champignons et les oignons, ces derniers étant suffisamment forts pour faire piquer les yeux de Bella à plusieurs mètres de distance. Au moins elle n'aurait pas à nettoyer le vieux robot culinaire car son amie était là pour utiliser un couteau.

"N'hésite pas à emprunter quelque chose dans mon placard," dit Rosalie, souriant aux taches révélatrices sur la chemise de Bella.

Edward secoua une cuillère enrobée de beurre. "Et ruiner mon cadeau d'anniversaire pour Jessica ? Pas question."

En riant et s'excusant Bella se retira dans le placard de Rosalie. Contrairement à ce qu'elle avait cru auparavant il y avait bien plus qu'un arc-en-ciel de blouses de médecin et une seule robe à bretelle. Au fond il y avait toute une collection de robes, jupes et chemisiers anciens regroupés comme en secret. Ils étaient simples, sans fioriture inutile cousue sur le tissu, pratiques mais en les regardant Bella put imaginer Rosalie danser. Elle voulait connaître la fille que Rosalie était à l'époque – elle voulait savoir si elles auraient pu être amies.

En faisant défiler les jolies pièces d'une vie différente Bella choisit un haut bleu. Comme tous les vêtements modernes de Rosalie il était ample, la cachant sous le doux tissu de coton.

En se changeant elle écoutait par la porte de la salle de bain. Edward et Rosalie se disputaient à propos de quelque chose qui avait à voir avec la voiture. Bella s'attendait à moitié à ce qu'ils descendent au garage pour un duel avec des clés à molette mais au moment où elle sortit, Edward était passé en mode enseignement.

Un nuage de farine s'abattit sur le visage de Rosalie alors qu'elle ouvrait le sac comme il le lui avait demandé. Edward avait l'air tout à fait satisfait lorsque son élève essuya la poudre blanche de ses joues et de son nez.

"Si la nourriture était plus abondante…" dit Rosalie, les lèvres pincées dans un sourire, "je te jetterais ça dessus".

Après avoir créé une petite pizza et un seul cupcake à la framboise, ils portèrent le festin miniature jusqu'au laboratoire. Jessica et Garrett y étaient déjà, main dans la main.

"Joyeux anniversaire !" dit Rosalie, en embrassant la joue de Jessica et en la serrant dans ses bras avec précaution.

Une énorme fleur rose qui n'aurait pas pu venir des forêts enneigées de Pendleton ornait les cheveux de Jessica. Alors qu'elle embrassait à son tour la fêtée, Bella se demanda jusqu'où Garrett était allé vers le sud pour dénicher ce bout de soleil.

"Très bien," dit Jessica, en se frottant les mains. "C'est l'heure des cadeaux ?"

C'était un de ses bons jours, le genre de jour qui lui donnait l'air de la fille qu'elle était.

Sa peau pâle s'accrochait encore trop près de ses os mais elle souriait comme si elle n'avait jamais ressenti de douleur.

Comme Jessica était la plus proche de l'enfance, c'était le seul anniversaire qu'ils célébraient. Bella ne connaissait même pas le mois des anniversaires d'Emmett ou de Garrett. Elle avait deviné approximativement celui de Rosalie, puisque les deux mois d′avril qu'elle avait passés avec les vampires avaient vu l'arrivée d'un pot de jacinthes violette, adressé à Rosalie.

A l'étage, des dizaines de petits pots en argile tapissaient les rebords des fenêtres de Rosalie et le dessus de ses bibliothèques. Une fois, Bella avait essayé de compter mais elle en trouvait toujours plus sur les tables de chevet et dans les coins. Sa meilleure estimation se situait entre soixante-dix et quatre-vingts.

Chacun sortit son cadeau de sa cachette. Aucun joli papier ne les enveloppait mais Rosalie avait trouvé un ruban blanc à nouer autour de la robe verte qui était son cadeau et celui de Carlisle. C'était neuf - jamais porté par quelqu'un d'autre et pas cousu avec de gros points par des mains maladroites.

"Oh, mon Dieu !" En couinant, Jessica se mit à tournoyer avec la robe. "Merci, merci, merci !"

"De rien !" gloussa Carlisle. "Qu'elle te porte bonheur !"

Le ruban trouva un nouveau foyer dans les cheveux de Jessica, tissé dans la tresse qui descendait dans son dos. Comme elle avait des frissons de rester assise toute la journée dans la caravane aux parois minces, le cadeau de Bella était une couverture à deux couches qu'elle avait fabriquée avec de la flanelle douce. A côté de la robe en coton et des pétales fraîches de la fleur, Bella trouva son cadeau minable mais les remerciements de Jessica n'en furent pas moins expansifs.

"Elle est tellement confortable," affirma Jessica, en l'enroulant autour de ses épaules et en prenant Bella dans ses bras. "Et hé, regarde ! Elle peut servir de cape. Je suis en bonne voie pour devenir un super méchant."

Bella sourit. "Ouais, parce que tous les super méchants portent des capes avec des arcs-en-ciel et des ours en peluche…"

"Ouaip. Les vrais méchants en portent. Ça donne un faux sentiment de sécurité aux gens."

Pour occuper son esprit pendant les longues heures passées à la maison, Jasper et Mary lui offrirent quelques livres qui provenaient sûrement de leur bibliothèque… D'Edward et Emmett, elle reçut une boîte de bonbons au miel à mâcher.

"Ne t'inquiète pas," dit Emmett. "C'est Edward qui les a faits. Je n'ai fait que récolter le miel."

Jessica en avait pris un morceau avant qu'il ait fini de parler. Elle en profita pour les remercier tous les deux. Se tournant vers Bella, elle sortit ce qui ressemblait à un album photo du sac que Garrett portait à l'épaule.

"Je t'ai apporté quelque chose…" dit-elle, elle avait du mal à parler, ses mots se battant avec le sucre collant dans sa bouche.

"Hein ?" Bella prit l'album, dont la couverture en tissu était rugueuse sous le bout de ses doigts. "C'est ton anniversaire !"

"Exactement. Cela signifie que je peux faire tout ce que je veux. De toute façon, il n'était pas prêt à temps pour le tien, sinon je te l'aurais donné à ce moment-là. Garrett n'avait pas encore maîtrisé la télépathie et apparemment je suis nulle pour décrire des choses…"

Page après page Bella trouva des croquis au crayon - des lambeaux de la vie qu'elle avait menée avant d'être forcée de partir de Forks. Des lignes grises se rejoignaient pour former des répliques de vieilles photos qu′elle avait presque oublié, montrant les visages de Jessica et elle au même âge, côte à côte. Certaines avec Angela, les trois filles marchant les bras autour des épaules de l'autre. En regardant en arrière, il semblait qu'elles avaient passé la majeure partie de leur quatrième année comme ça. La dernière page - une copie du portrait de Bella et Charlie qui était accroché dans son salon - se voila et oscilla jusqu'à ce que Bella cligne des yeux à plusieurs reprises.

Alors que son pouce planait au-dessus du visage de Charlie, en prenant soin de ne pas salir les précieuses lignes, la main d'Edward se posa sur le bas de son dos. Charlie l'aurait aimé, pensa Bella, et vice versa - autant que son père puisse aimer quelqu'un avec qui elle sortait…

Charlie ne serait jamais devenu un Raider. Jamais.

"C'est Garrett qui les a dessinés," expliqua Jessica. "Je veux dire, eh bien évidemment… Je ne peux même pas dessiner un bonhomme. J'ai juste... décrit et lui ai dit des choses comme : "Non, la moustache de Charlie était plus "Charlie"… parce que je suis utile comme ça…"

"Merci," dit Bella, en le glissant dans un des tiroirs à côté de sa table. Elle n'osa pas élever sa voix au-dessus d'un murmure de peur de la voir se briser. "Je vais le garder ici, pour m'assurer qu'il reste en sécurité."

X-X-X

X-X-X

Edward s'assit sur le vieux tabouret d'Adam, pour empêcher que quelqu'un d'autre le prenne. Il avait entrepris de se montrer et raccompagner Bella à la maison à la fin de son service, l'anniversaire de Jessica ne faisait pas exception.

En passant devant lui, Bella frôla son bras avec ses doigts et se pencha pour lui embrasser la joue. Elle alla vers la table dans le coin où Mary était assise avec Renée. Plusieurs verres vides empilés devant elles reflétaient leurs sourires. Alors que Bella se rapprochait, Mary dit quelque chose qui fit rire Renée encore plus.

Bella se mordit l'intérieur de la joue. C'était Mary qui avait ramené ce sourire dont elle se souvenait d'avant l'Impulse. Se forçant à sourire, Bella débarrassa les verres vides.

"Alors ?" dit Renée, les sourcils levés. "Depuis combien de temps Edward et toi, vous voyez-vous ?"

"Quelques semaines. C'est plutôt nouveau."

"Mais il te traite bien ?"

Cette fois, la bouche de Bella forma un vrai sourire. "Ouais."

"C'est un bon garçon," dit Mary. "Elle a bien meilleur goût que moi. Cette femme avec qui je suis sortie, dans l'Ohio…"

Le repli de Bella vers le bar fut interrompu par un reportage qui défilait sur l'écran. Trois hommes du coin - des prétendus Raiders - avaient disparu. Quelque chose dans leurs photos toucha une corde sensible, Bella plissa les yeux en se rapprochant. La suspicion glaciale se dissipa et se transforma en certitude. Il n'y avait pas si longtemps, elle avait vu les silhouettes de ces hommes à quelques mètres de l'endroit où elle était. C'était ceux qui avaient donné du fil à retordre à Tom.

En regardant par-dessus son épaule, Bella vit Mary lui faire un clin d'œil. Pour une fraction de seconde les yeux de Mary brillèrent d'un rouge rassasié. Bella cligna des yeux et la couleur revint à ce brun boueux, lui faisant se demander s'il ne s'agissait pas d'un quelconque délire. En suppliant son cœur de ralentir, elle retourna du côté d'Emmett derrière le bar.

Si Bella était honnête avec elle-même, un coin sombre de son esprit était heureux de penser à tous les Raiders qui avaient disparu depuis l'arrivée de Mary et Jasper. Des épitaphes gravées pour leurs pierres tombales s'inventaient dans son imagination.

Meurtrier de treize femmes.

A tué un père de cinq enfants.

Dans la profondeur de son cœur elle se souciait de moins en moins de savoir si ces personnes étaient les Jessica de quelqu'un d′autre – ou les Renée de quelqu'un d'autre.

Peut-être qu'elle n'était pas beaucoup mieux qu'eux, après tout.

Alors qu'elle se penchait sur le bar sous prétexte de demander à Edward s'il voulait un autre verre d'hydromel, Tom franchit la porte d'entrée. Ses cheveux étaient sales et ébouriffés, comme s'il avait roulé du lit pour venir directement au bar.

"Hé ?!" dit Emmett, en se redressant de toute sa hauteur. "Tu es vraiment en retard, même pour toi."

"Désolé," dit Tom. "J'ai trop dormi. Et puis… euh, j'ai des nouvelles." En s'approchant de Bella, il baissa la voix, gardant le reste de ses mots voilés pour les quelques raiders qui s'attardaient encore avec leurs boissons. "Ils ont trouvé Adam."

Le cœur de Bella lui donna l'impression de lui sauter à la gorge, coupant sa capacité de parler. C'est Edward qui demanda : "Qui l'a trouvé ?"

"Certaines personnes vivent à l'état sauvage." Tom posa une main sur le bras de Bella dans une tentative de consolation feutrée. "Son corps se trouvait dans la forêt nationale du Malheur. Je suppose qu'il était à une manifestation à John Day... ils n'en savent pas plus pour l'instant. Je suis désolé."

Son corps. Bella connaissait ces mots, cette expression de pitié. Un tour cruel de son imagination assombrit les traits de Tom, en échangeant son visage contre celui de Jake et en mettant le nom de Charlie dans sa bouche.

On l'a trouvé dans les bois, Bells. Je suis vraiment désolé.

"Merde !" dit Emmett. "Pauvre gars !"

Selon Emmett, c'était assez proche de la fin du service de Bella pour qu'elle puisse partir si elle le souhaitait. Tom pourrait prendre ses responsabilités. Avec seulement un hochement de tête vers sa mère, Bella laissa Edward l'aider à enfiler sa veste, elle lui prit la main et ils partirent vers la caravane.

Dans la lueur vacillante des réverbères, la neige scintillait comme cet aperçu qu'elle avait autrefois eu de Rosalie et Garrett au soleil. Edward serra sa main à travers leurs gants. Elle serra en retour, se souvenant qu'Edward et Adam avaient été amis pendant la majeure partie d'une décennie. La perte de son client préféré ne pouvait être comparée à celle d'Edward.

"Je suis désolée," dit-elle, détestant le goût de cette platitude sur sa langue.

"Moi aussi."

Elle attendit, voulant à moitié qu'il se lance dans des histoires sur Adam pour alléger son fardeau en le partageant avec elle mais il resta silencieux, regardant devant lui. Ses propres souvenirs d'Adam refirent surface : des centaines de boissons versées et des quasi-rires et des répétitions de "Salut, trésor !"

"La forêt nationale du Malheur," dit Edward. "Où est-ce que c'est ?"

Bella déglutit, enfouissant la partie d'elle qui voulait dire les mensonges qui absoudraient sa mère.

"Entre John Day et Burns."

Il ne dit rien dit mais il n'eut pas à le faire. Le silence s'installa longuement. Quand Edward parla à nouveau, c'était feutré - le langage des secrets et des regards qui s'élancent vers les ombres.

"Je ne dis pas que je croie qu'Alice soit réellement médium," dit-il. "Je ne le crois pas. Mais supposons qu'elle le soit... pourquoi penses-tu qu'elle nous a envoyés à Burns ?"

Bella réussit à hausser les épaules. Ses doigts se resserrèrent autour des siens.

"Ce n'était peut-être pas pour une réunion de famille heureuse," dit-il. "Le genre de personnes que Renée aurait eu avec elle, fouinant pour trouver des signes de ta présence... C'était peut-être pour notre protection - pour ta protection. Peut-être qu'Alice voulait qu'on trouve Renée avant qu'elle n'amène ses nouveaux amis nous trouver."

Lâchant sa main, Bella frissonna et enroula ses bras autour de son corps. "Peut-être," dit-elle, en regardant le sol.

"Hé, ne..."

Elle secoua la tête, en frottant les taches sur sa veste. "J'ai juste froid."

Un tissu chaud, à l'odeur d'Edward, s'installa autour de ses épaules, guidé par ses mains.

" Tu ne peux pas te balader avec un simple t-shirt par ce temps," dit-elle.

"Nous y sommes presque. Ça va aller pour quelques minutes."

Glissant ses bras dans les manches de son manteau, elle lia de nouveau ses doigts aux siens.

"Que ferais-tu ?" demanda-t-elle, en gardant sa voix encore plus basse que la sienne. "Si ta mère apparaissait de nulle part et que tu découvrais qu'elle était une Raider, que ferais-tu ?"

"J'aimerais le savoir." Les bouffées de buée marquant sa respiration s'arrêtèrent quelques secondes. Dans la faible lumière ça... le fit ressembler à un vampire. "Une partie de moi pense... je ne sais pas. Peut-être que je préférerais continuer à penser qu′elle est morte, plutôt que ça".

"Ouais. C'est logique."

La voiture de Garrett squattait devant la caravane, saupoudrée d'une heure de neige. Sur la pointe des pieds, Bella donna un léger baiser à Edward et lui rendit sa veste. Elle attendit qu'il se dirige vers la route en gravier avant de se tourner vers les bois. Pendant quelques minutes, elle voulait retourner aux longues journées sur First Beach pour s'évader vers le rire et ses garçons perdus qui ne vieilliraient jamais. Si quelque chose arrivait, Garrett l'entendrait.

Lorsqu'elle passa le périmètre du parc à caravanes, elle lança une version douce de l'une des chansons qui ferait venir Jake.

"La guerre cruelle fait rage. Johnny doit se battre. Je veux être avec lui du matin au soir."

En entrant dans la forêt, Bella se mit à courir, se laissant envelopper par les arbres et les vignes.