Jeu d'échecs
Troisième partie : Ab ungue leonem
Huitième chapitre : Stitches in Time / Passes d'armes
Auteur : Rain
Disclaimer : Shaman King ne m'appartient pas, je ne me fais pas d'argent avec, je vous invite juste dans mes petits délires personnels.
Soundtrack : Promise Me (Dead by April)
En général c'est une chanson que j'associe bien à Rackist, mais en l'occurrence vu que Jeanne est un peu dans sa position dans cette fic... je me demande comment il va papi Lulu d'ailleurs...
Notes :
Allez, on reprend le rythme ! Encore un chapitre tranquille, mais c'est important de discuter de temps en temps. Puis ça laisse du temps à tout le monde pour se reposer.
Le lendemain matin, Jeanne les attendait de pied ferme. Ou plutôt, elle attendait Achille de pied ferme. La veille, elle l'avait trouvé dans leur bunker, endormi comme une pierre, et pas du tout en mission comme il avait prétendu.
Nyôrai était là aussi : elle avait dégoté un fauteuil un peu miteux, qu'elle avait recouvert de deux draps sans doute dérobés à leur autre domicile, et se prélassait dessus en écrivant dans son carnet.
Songeuse, Jeanne était restée là, dans l'embrasure du salon, jusqu'à ce que la brune l'interpelle :
« Tu as besoin de quelque chose ?
- Quelque… non. Non, pas vraiment. »
Nyôrai retourna à son carnet. Elle devait avoir discuté avec Chocolove, parce qu'elle fourmillait clairement d'informations à consigner, et ses joues brillaient de santé. Jeanne aurait bien aimé être aussi tranquille.
Elle resta là où elle était.
« En fait…
- Oui ?
- Achille, il a fait quoi aujourd'hui ? »
Nyôrai leva le nez de son carnet et l'observa un long moment. Est-ce qu'Achille lui avait dit quelque chose ? Plus le temps passait, plus Jeanne en avait l'impression. Ça expliquerait ce long silence studieux. Mais Nyôrai ne lui cacherait rien de grave, si ? Elle était plutôt du genre à enfoncer Achille qu'à lui sauver la mise.
« Il a dormi, » finit-elle par dire.
« Dormi ?
- Oui, il était fatigué après être rentré ce midi. Il a fait que dormir depuis. J'imagine que Hao l'a fatigué. » Et sa phrase s'accompagnait d'un sourire entendu. Entendu.
Jeanne cilla, et se força à ne pas rougir.
« D'accord. »
Elle était partie vers la petite salle de prières au pas de charge. Elle avait besoin de calme, et d'un peu de temps pour se remettre les idées au clair; autant le faire ailleurs que dans son lit, pour ne pas tomber endormie.
Sauf que voilà, le matin était venu, et elle se sentait toujours aussi… perdue. Pourquoi lui raconter des histoires ? Ou est-ce qu'il pensait vraiment rester tout l'après-midi, et Hao l'avait renvoyé ? Non, Hao le lui aurait dit. Ou pas ?
Ah, c'était encore une de ses manipulations bizarres. Peut-être.
Bref, le matin était venu, et elle avait même préparé un petit-déjeuner sommaire avec les courses ramenées par Nyôrai, et maintenant elle attendait que l'un des deux se présente.
Nyôrai fut la première. Elle portait un gigantesque tour de cou noir que Jeanne ne lui avait jamais vu auparavant.
« Froid ?
- J'ai veillé trop tard hier.
- Tu veux que…
- Non, je ne préfère pas. Ça va passer tout seul. »
Nyôrai s'installa devant son bol et lui adressa un léger signe de tête en prenant un premier morceau de pain. Jeanne hésita à la questionner davantage, puis laissa tomber. Nyôrai ne lui dirait jamais plus que ce qu'elle avait prévu de dire, de toute façon. Et ce n'était pas à elle de trahir les secrets d'Achille, même si elle l'avait espéré la veille.
Achille tarda. Un peu plus qu'à son habitude, d'après Jeanne. Il avait l'air extrêmement bien reposé, en vérité, ce qui concordait avec la version de Nyôrai. Mais… elle avait l'étrange impression qu'il évitait son regard. Peut-être qu'il avait vraiment subi une grosse déception avec Hao. Ce qui rendait ce dernier encore plus détestable, malgré ses étranges réactions du soir précédent.
Pendant un petit moment, ils mangèrent en silence, mais Jeanne ne pouvait supporter de ne pas savoir.
« Dis, Achille…
- Oui ? »
Il n'avait même pas levé les yeux.
Elle se prit à froncer les sourcils.
« Ça va ? »
Il croisa enfin son regard.
« Ça va. »
Voilà qui n'était absolument pas crédible.
« Tu m'as dit que tu m'expliquerais plus tard, pour ce qui s'est passé hier, avec… »
Elle fit un signe de tête vers la fenêtre et l'autre bunker, caché par la pente et les arbres. Il suivit son regard, et fit une grimace si légère qu'elle la manqua presque.
« Oui, alors… »
Il s'interrompit, et jeta un coup d'œil à Nyôrai. Est-ce que ça le dérangeait qu'elle entende ? Elle aussi, elle était trop silencieuse, pour Jeanne. Qu'est-ce qu'on avait fait à ses amis ? Elle ne pouvait plus les laisser seuls, pas si quelqu'un en profitait pour saper leur énergie.
« Hao t'a fait quelque chose, Nyôrai ?
- Hm ? Non, moi je ne l'ai pas vu. D'ailleurs je crois qu'il ne m'aime pas.
- Tu sais ça, toi, » souffla Achille, sans le mépris qu'il aurait dû mettre dans la phrase.
Nyôrai haussa les épaules. « Je disais ça comme ça, mais je pense que j'ai raison.
- Tu penses toujours que tu as raison.
- Et souvent j'ai raison. »
Jeanne pencha la tête.
« D'accord, tant mieux. Achille, ça te dit un petit entraînement après le petit-déjeuner ? Nyôrai…
- Très peu pour moi, » confirma la brune, comme Jeanne s'y attendait.
« Si tu ne t'entraînes pas, Mari va encore te rétamer. Et si Mari peut te mettre la misère…
- Ça va, j'ai compris. Je vous rejoindrai un peu plus tard. »
Et sans plus argumenter, Nyôrai retourna à son café pendant que les deux autres se dirigeaient vers la sortie avec un regard entendu.
Une fois dehors, Jeanne matérialisa deux épées et en confia une à son compagnon. « Tu n'utilises pas vraiment ton furyoku quand tu te bats avec, ça prend juste sur tes forces théoriques, c'est bien ça ? Donc ça ne posera pas de problème ? »
Il haussa les épaules. « J'en sais aussi peu que toi, mais on va espérer. »
Jeanne lui sourit, et attendit qu'il le lui rende pour reculer et se mettre en garde. Elle ne se battait pas vraiment avec une épée d'habitude, mais en même temps elle se battait rarement au corps à corps, et il fallait probablement qu'elle s'y mette.
« Go, » offrit Achille, et soudain il fut sur elle, rapide, brusque, puissant. Jeanne para du mieux qu'elle put, recula, tenta une contrattaque. Elle aurait pu se faciliter la vie en utilisant ses aimants, mais ce n'était pas vraiment le but. La veille elle n'avait utilisé l'épée que ponctuellement, pour écarter les garçons, briser leurs Over-Souls. Là, c'était plus… une question d'endurance. Il fallait qu'elle trouve son rythme.
Du coup, elle n'était pas prête de s'en sortir. Rompant l'enchaînement, Achille recula, attendit son top, revint sur elle, et la mit sur les fesses.
Pas mauvais gagnant, il lui offrit sa main et la redressa. « Je ne sais pas si c'est la bonne arme pour toi, tu sais. On dirait qu'elle te déséquilibre plus qu'autre chose, et tu l'oublies complètement dès que tu essaies d'esquiver. »
Jeanne haussa les épaules. « Les cabrioles, ce n'est pas vraiment pour moi… »
Achille réfléchit. « Peut-être que quelque chose de plus court t'irait bien ? Quelque chose que tu pourrais garder contre toi. Quelque chose avec quoi tu pourrais parer sans t'ouvrir la main. Mais de toute façon tu es trop statique. Tu l'as toujours été. »
Ils regardèrent la main que Jeanne soignait d'un air absent, et elle soupira. « Je vais y réfléchir. Dis, Achille, hier avec Hao, comment ça s'est passé ? »
Il recula comme si elle l'avait mordu, et elle se sentit aussitôt coupable. « Pardon, c'est juste que…
- Ne t'inquiète pas. Je…
- Tu pensais qu'il te garderait avec lui et finalement il t'a congédié, c'est ça ? Quand je t'ai vu endormi en rentrant, je me suis dit que tu n'avais pas voulu me le dire, mais – mais j'ai aussi croisé Hao hier et il – il s'est moqué quand il a compris que je ne savais pas que vous n'aviez pas passé l'après-midi ensemble et…
- Du calme, » la coupa-t-il. Jeanne leva les yeux, nerveuse. Elle avait tout sorti dans le désordre et c'était maladroit et idiot, elle aurait juste dû attendre qu'il lui en parle, s'il voulait en parler…
« Du calme, » répéta Achille, et il planta son arme dans le sol pour venir la prendre dans ses bras. Puis il soupira quand la terre molle laissa tomber son épée dans un fracas rocailleux.
Jeanne ne bougea pas. Ce n'était vraiment pas son genre de montrer aussi ouvertement son affection. D'admettre son existence. Quelque chose n'allait vraiment pas. « Achille ?
- Je sais que tu es en train de te monter la tête comme une idiote, alors je te dis du calme. Ça va. Tu – tu as tout compris, comme d'habitude. Il m'avait dit… j'avais cru comprendre qu'on passait l'après-midi ensemble, et en fait non, alors j'étais triste. Je suis rentré, je me suis couché, et je ne me suis réveillé que ce matin. »
Il la relâcha et Jeanne affronta son regard.
« Je ne t'ai pas offensé ? »
Sourire.
« Non. Bon, en vrai, j'aurais aimé pouvoir te cacher l'humiliation, mais si tu as vu Hao…
- Pas très longtemps, je te jure, » se défendit-elle. « Je devais – je devais lui parler, après les X-III, tu comprends ?
- Tout à fait. Et je ne suis pas jaloux, » assura-t-il. « Mais je remarque surtout que c'est une magnifique excuse pour ne pas t'entraîner correctement, alors on y retourne ? »
Jeanne cilla.
« Tout va vraiment bien, tu es sûr ? »
Achille fit une moue dédaigneuse.
« Tu ne vas pas pouvoir y échapper longtemps, tu sais ? »
Acceptant son sort, Jeanne ramassa son épée et la laissa se retransformer en petit boulon froid. Une arme plus courte… ? Elle n'était pas bien sûre de l'utilité d'un coutelas ou autre poignard. Et en vérité, elle pouvait invoquer ce qu'elle voulait, donc peut-être que la solution était de reprendre l'épée mais de la manifester uniquement pendant les secondes où elle était utile.
« Et si tu essayais une hache ? »
La voix d'Achille la tira de ses pensées.
« Une hache ?
- Shamash en a une, pourquoi pas toi ? »
Pas faux.
Sans y réfléchir trop longtemps, Jeanne invoqua une hache dans chacune de ses mains, puis en laissa s'évaporer une, et fit quelques mouvements au hasard. Achille fit semblant d'attaquer, elle para sans dommage, et sut écarter l'épée rapidement. Au détour d'un coup elle envoya la hache un peu comme un projectile, et à l'aide de ses aimants lui fit décrire une parfaite courbe. Achille dut bondir en arrière, et la hache revint sagement au poignet de Jeanne.
« Ça pourrait marcher. Il va falloir que je travaille beaucoup, » fit-elle, songeuse.
Achille sourit.
« Qu'est-ce qu'on attend ? »
Alors ils se mirent au travail.
« Vous êtes sûrs que ça ira ?
- Écoute, Jeanne, ni Achille ni moi n'avons envie de venir écouter tes chers anges pleurnicher. On n'est pas en sucre : il ne nous arrivera rien.
- Ditto.
- Ce n'est pas parce que tu es un puits d'énergie que tu es la seule à pouvoir te défendre des méchants vilains qui pourraient vouloir nous embêter.
- Personne ne sait même où on dort, » ajouta Achille d'un air distant. « Nous sommes probablement les gens les plus en sécurité sur l'île, parce que qui suspecterait que quelqu'un vive si près de chez Hao sans vivre chez lui tout court ? »
Jeanne les considéra avec une moue pensive.
« Ça ne me plaît quand même pas. »
Nyôrai roula les yeux. « Tu ne peux pas veiller physiquement sur tout le monde vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Va voir tes petits patients, je te promets qu'il ne nous arrivera rien. »
Pas vraiment convaincue, Jeanne acquiesça tout de même. C'était peut-être exagéré de s'inquiéter comme ça, mais vu ce qui s'était passé lors de leur séparation… elle n'avait pas particulièrement envie de les laisser seuls.
Elle finit pourtant par prendre le chemin du village, coupant quand elle le pouvait. Elle avait plusieurs visites à faire.
La première était au Funbari Onsen, et elle avait de la chance, parce que celui qu'elle voulait voir était sur le patio.
« Jeanne, » la salua Yoh, « content de voir que tu vas bien. Hier, c'était… plutôt flou. »
Elle abonda dans son sens avec un rire un peu désabusé, puis elle s'assit près de lui, saluant Amidamaru par la même occasion. « C'est moi, en vérité. Comment vont les autres ? »
Yoh haussa les épaules. « On se remet. On en a vu d'autres, tu n'en sais pas la moitié ! Et puis, tu as fait attention à ne pas nous faire de mal, du coup… c'était plus intéressant qu'effrayant. »
Amidamaru fit une tête dubitative. Jeanne était d'accord sur le fond, mais elle ne croyait pas tellement au détachement de Yoh. Il avait eu peur, lui aussi. Elle baissa les yeux vers son tee-shirt. « Si je peux offrir mes services…
- Oh, pas besoin, vraiment. J'ai le temps de me remettre, et puis ça encourage Anna à me préserver. »
Jeanne ne savait pas trop ce qu'il entendait par-là, mais elle ne dit rien. Lui soupira.
« Hao était vraiment différent, hier. Je ne peux pas m'empêcher d'être super… soulagé. Et… non, soulagé, c'est le bon mot. »
Elle l'observa un moment. Après une peur pareille, oui, il devait être soulagé. Pour autant… il ne pouvait pas être complètement libéré de ses peurs, si ? Il y avait encore tellement de dangers devant eux. Jeanne l'envia, et reconnut finalement l'invitation déguisée. « Il a parlé de quelqu'un, n'est-ce pas ? Mata quelque chose. »
Yoh sourit.
« Matamune, oui.
- Un ami à vous ? »
Elle en savait si peu sur Yoh, se rendait-elle maintenant compte, et c'était sans doute la même chose de son côté. Il n'avait jamais été au camp. Il ne savait rien de comment c'était, et elle ne savait rien de son enfance à lui.
« On peut dire ça, oui. Je crois qu'il nous a chacun sauvé la vie, à sa manière. »
Jeanne devina qu'il lui fallait du temps, et elle le lui laissa.
« Selon mon grand-père, Matamune a d'abord existé sous forme d'un chat au domicile de Hao – le premier Hao, celui qui a fondé la famille. Il n'a jamais été quelqu'un de très sociable.
- Quelle surprise, » sourit Jeanne, avant de s'étonner de son sarcasme.
« Mais il a dû s'attacher à son chat, parce qu'il… en a fait quelque chose d'autre. Quelqu'un d'autre. On a perdu la technique, depuis. »
Jeanne avait un peu de mal à imaginer.
« C'était un esprit, et presque un Shaman. Un entre-deux, si tu veux. Il est resté avec la famille après la mort de ce premier Hao. Il y a cinq cent ans, il a aidé mes ancêtres à empêcher Hao de prendre le trône. Après ça, il… il a continué de veiller sur nous, mais je crois qu'il n'avait pas envie de réaffronter un ami. »
Yoh soupira. Jeanne se tourna à demi pour le regarder.
« C'est pour ça qu'il n'est pas venu au tournoi ? »
Il secoua la tête.
« Non, comme je l'ai dit, il m'a sauvé la vie. J'étais plus petit, c'était avant Amidamaru. » Shaman et esprit se sourirent. « Mais il a dû repartir dans le Great Spirit après ça. »
Il ne semblait pas particulièrement triste. Mélancolique, certes, mais…
« Il devait être un bon ami.
- Je ne l'ai pas connu assez bien à mon goût, mais oui, un bon ami. J'ai hâte qu'on se revoie. »
Jeanne sourit avec lui. Elle espérait aussi pouvoir… rencontrer cet esprit. Après tout, c'était sa présence – son absence qui avait pour la première fois rendu Hao un peu… Pas humain, il détesterait le mot. Mais il avait perdu un peu de sa superbe, de son écrasante supériorité.
Elle ne put s'empêcher de pouffer. Yoh pencha la tête. « Quoi ?
- Rien. Je pense à des choses qui ne lui feraient vraiment pas plaisir. »
Il sourit. « Je t'envie, tu sais. Tu le connais très bien. Tu as passé tellement de temps avec lui. »
Jeanne s'apprêta à répliquer avant de changer d'avis. Certes, elle n'avait pas vraiment apprécié tout ce temps, mais… Elle n'avait pas besoin de le dire.
« J'imagine qu'il t'envie le temps passé avec Matamune, même s'il a été court. »
Ils échangèrent un sourire un peu fragile.
« Sans doute. Mais bon, c'est du passé, maintenant. Regardons plutôt de l'avant ! »
Il lui tapa l'épaule, et Jeanne comprit que c'était une gentillesse. « Tu as raison. Il n'est pas dit que nous n'ayons pas chacun nos occasions. »
...
Meene avait dit qu'elle pouvait passer quand elle voulait, mais Jeanne ne tenait pas particulièrement à la prendre de court ou à arriver trop tard, surtout pour une conversation que la brune ne tenait probablement pas terriblement à avoir.
Elles s'étaient tenues au courant par Cloche de l'Oracle. Jeanne savait que Marco ne s'était pas représenté à leur porte, pas plus que les autres membres encore dans le groupe; elle savait aussi que les Paches travaillaient à recréer avec Kevin et Christopher leurs prothèses fondues.
Meene leur avait expliqué ce qui s'était passé, mais elle ne leur avait pas encore proposé de discuter avec Jeanne, alors quand cette dernière sonna à la porte Meene la fit attendre, le temps qu'elle mette son manteau et prenne ses clefs.
« Tout va bien ?
- Comme ça. On a refait des essais avec Christopher, mais ce n'est pas encore très stable. Avec la chaise, il peut se déplacer, mais sans Metatron pour l'aider… »
Jeanne acquiesça gravement.
« Kevin n'a pas encore de prototype fonctionnel, parce qu'il veut des mains articulées, ce qui est bien normal, mais sans esprit pour les animer… Je leur en trouverais bien un, mais je ne sais pas où chercher. Il n'y a pas d'esprit sans propriétaire ici. Et dès qu'on sort du village, il y a le risque de tomber sur les sbires de Hao. »
Elles partagèrent une grimace.
« J'aimerais te dire que je sais qu'ils ne vous feront rien, mais Hao n'a pas été aussi clair que ça, et…
- Ne t'inquiète pas. On va se débrouiller sans. »
Jeanne s'inquiétait, et songea que Meene n'avait probablement pas la moindre idée de comment se débrouiller sans. Elle n'avait pas plus de solution, et il ne servait donc à rien de creuser le sujet, mais… voilà qui était tout de même inquiétant. Peut-être que Nyôrai aurait une idée… ?
« Je ne sais pas…
- Oui ?
- Je venais de prendre conscience que je ne sais même pas qui a obtenu quel esprit. Enfin, je t'ai vue combattre, donc je sais qui vous avez, mais… »
Elles approchaient de leur destination; Meene ouvrit la porte, et elles s'enfoncèrent dans le café en saluant Thalim. Elles trouvèrent un recoin isolé, et Shamash s'éleva au-dessus d'elles pour s'assurer que les oreilles indiscrètes ne se pencheraient pas vers elles, si oreilles indiscrètes il y avait.
« Si c'est trop douloureux…
- Non, ça va. J'avais Gabriel; Kevin était lié à Remiel, Chris à Metatron. Marco et Hans tu dois le savoir : ils ont toujours eu Michael et Azazel. John et les autres – les X-II – John a Raphael, Porf – le chauve – se bat avec Sariel, et Larky a Uriel. »
Jeanne considéra le tableau. Elle ne connaissait pas les hommes des X-II, et encore très peu des X-III, mais elle connaissait les fantômes; elle en avait des souvenirs. S'ils s'étaient alliés en fonction de leur caractère, alors ça lui donnait peut-être une idée de comment les Shamans pouvaient être.
Puis elle fronça les sourcils.
« Et Fudô et les siens ? Il ne reste que Zeruel… »
Meene secoua la tête alors que leur commande arrivait.
« Zeruel n'est lié à personne. Fudô ne veut pas d'esprit gardien, et… J'aimerais te dire que Marco n'a pas toléré ce vœu franchement contradictoire avec nos objectifs, mais… »
Sa voix cassa avant qu'elle puisse continuer, et elle se contenta de secouer la tête.
« Ils ont leurs propres façons. Personne n'a pris possession de Zeruel. »
Jeanne digéra l'information. Zeruel n'était pas le premier des anges, certes, mais sa puissance n'était pas des moindres. Refuser de l'utiliser…
« Il doit avoir un gardien particulièrement puissant pour ne pas vouloir de Zeruel, au moins en second esprit, » dit-elle pensivement.
Meene se contenta de hausser les épaules, n'ayant apparemment pas envie de réfléchir à la question. Jeanne baissa le nez et rangea l'idée dans un coin de sa tête. Zeruel était donc toujours au placard. Elle se sentait étrangement triste en y songeant, sans bien comprendre pourquoi. Elle n'avait pas resongé à ses anciens camarades de jeu, à son premier… esprit, même s'il n'avait jamais forgé le lien qu'elle avait avec Shamash.
« Pardon, » souffla-t-elle quand elle remarqua que Meene la fixait, et qu'elle avait complètement déconnecté une seconde ou deux. « Tu disais ?
- Pas grand-chose. Juste que… par respect pour Marco et les autres, je… enfin, je ne veux pas te livrer leurs secrets, disons. »
Voilà qui était complètement compréhensible. « Je ne te les demande pas, » fit Jeanne immédiatement.
« Merci. Fudô est un petit con insupportable, mais il reste l'un des membres les plus forts de notre groupe, et je continue de croire en… » Meene hésita. « En nous. En l'idée de tuer Hao, de purger la planète des gens dans son genre. Je crois toujours que ce serait mieux s'il n'existait pas. »
Jeanne acquiesça sans contrer.
« Ce n'est pas parce qu'il nous a ressuscités qu'il…
- Non, bien sûr que non.
- Il ne l'a pas fait parce qu'il a changé d'avis ou par bonté d'âme ou quoi que ce soit. Et il nous a tués avant, et…
- Je sais, » fit Jeanne doucement. « Je ne suis pas là pour… enfin je sais que je ne suis plus dans les X-Laws, mais ça ne veut pas dire que je pense que Hao n'est pas… tu vois. »
Elles se regardèrent un moment. Jeanne se demanda si ses hésitations, sa difficulté à vraiment dire ce qu'il fallait faire de Hao – si déjà ils arrivaient à un stade où ils pouvaient décider quoi faire de Hao – inquiétait Meene. Peut-être que ç'aurait dû l'inquiéter elle.
Encore un sujet sur lequel se faire les dents plus tard.
« Je… Je vais être abrupte, je ne sais pas combien de temps tu as, je ne veux pas… Enfin, on pourrait reprendre là où tu t'étais arrêtée ? Avec Marco, et… Berlin. »
C'était maladroit, mais Meene était préparée, et elle se contenta d'acquiescer vaguement. « Oui, il faut qu'on parle de ça. Ce n'est pas… » Elle s'interrompit. « Pardon. J'ai du mal. »
Jeanne ne dit rien, la laissant s'exprimer à son idée.
« C'est juste que… j'ai vécu des années entières sur le navire. Avec lui, avec… eux, et maintenant… je ne dors pas très bien, » admit l'adulte. « Ça paraît idiot, mais la houle me manque. L'entraînement me manque. Ses pâtes me manquent, alors qu'il les faisait tellement souvent qu'on en était tous malades. Maintenant je pense au fait que lui et John doivent encore en manger et l'eau me vient à la bouche. »
Jeanne baissa les yeux. Son souvenir à elle était bien plus ténu, mais… « Moi aussi, elles me manquent, » annonça-t-elle doucement, parce que c'était vrai. « Il sait vraiment bien les faire. »
Et c'était idiot, mais Meene et elle échangèrent un regard, puis un sourire, et tout alla un petit peu mieux.
« Tu étais vraiment jeune, » observa la brune, et Jeanne, sans être bien sûre de quel moment elle évoquait, acquiesça quand même.
« Ça reste. »
Elles tournaient autour du pot, mais Jeanne était convaincue qu'elles finiraient par progresser, au moins un peu.
Sa patience fut récompensée.
« Berlin a tout changé, » commença Meene abruptement. « Enfin, pendant un moment, c'est ce que j'ai cru. J'étais la seule avec lui ce jour-là, mais j'avais tout vu. Je t'avais vue, toi, je t'avais entendue. Je savais qu'une petite fille bourrée de furyoku était sortie des rangs de Hao pour essayer de rentrer avec nous. Je savais que vous vous connaissiez, et… enfin, il ne pouvait plus me tenir à l'écart. Il ne voulait pas que j'ébruite ce qui s'était passé, alors il m'a tout raconté. Il m'a parlé de Rackist, de sa disparition, et de toi. Notre lumière, soufflée dans ce qu'il avait cru un attentat pendant si longtemps. »
Jeanne cilla. « Lumière… ?
- C'est comme ça qu'il parlait de toi et je veux bien le croire. Il m'a raconté comment tu étais venue à lui et à Rackist. Il m'a raconté les… les projets, la façon dont il voyait les X-Laws alors. Il m'en a tellement dit sur toi. »
Meene secoua la tête. « Tu lui manquais horriblement, je crois. Les mensonges lui pesaient. Il ne m'avait pas parlé de toi lors du recrutement – seulement à mots couverts. Il craignait les espions alors, je crois, ou… Hans les craignait, en tout cas. Mais maintenant qu'il me connaissait, maintenant que tu n'étais plus là et que j'avais découvert l'un de ses secrets… »
Une phrase retint l'attention de Jeanne, au milieu des centaines de petites piques douloureuses que Meene pressait en elle. « Hans. Pourquoi – ils n'en parlaient pas entre eux ? Hans sait qui je suis. »
Elle reçut un haussement d'épaules en guise de réponse. « Il ne me l'a pas dit. Hans n'est pas vraiment quelqu'un d'agréable, alors je ne lui ai pas posé la question. » Soupir. « Marco m'a aussi raconté votre disparition. Hans a été attaqué par des sbires de Hao au même moment et il… il ne s'en est tiré que par miracle. Marco a tout de suite craint pour vous, mais nous ne savions pas où chercher, et Hans avait besoin de beaucoup de soins, alors… Alors il m'a envoyée sur les routes pour vous chercher pendant qu'il s'occupait de lui. Quand je n'ai rien trouvé… Enfin non, je pense qu'il n'a abandonné que lorsque nous avons obtenu une preuve vidéo de votre 'défection'. »
Jeanne entendit les guillemets autour du mot et eut quand même envie de protester. Elle n'en fit rien.
« Bref, il m'a raconté tout ça. Et il m'a fait jurer le secret, évidemment; et je l'ai tenu. »
Jeanne cilla.
« Donc les autres…
- … Ne savent rien de tout cela, » termina Meene, sans la moindre trace d'émotion dans la voix. « Au fur et à mesure des recrutements, il s'est avéré que j'étais la plus faible des anges, alors ça paraît bizarre, mais… je crois… je veux croire que ça soulageait Marco, un peu. D'avoir quelqu'un qui était au courant. Je suis restée sa partenaire d'entraînement pendant vraiment longtemps. Au combat – au vrai combat – malgré sa puissance il n'a jamais été terrible, il n'a pas été formé pour, alors je faisais de mon mieux pour lui transmettre ce que je savais. Et quand Hans pestait contre Hao, quand nous recevions des informations sur lui et sur vous et que tout le monde… se défoulait, il pouvait me parler. Nous allions nous entraîner seuls, et des fois on ne se battait pas. »
Son regard était devenu lointain. Jeanne le suivit jusqu'à leurs consommations désormais froides, et par acquis de conscience elle entama son chocolat. Meene sembla apprécier le léger silence et l'imita, mais Jeanne n'eut pas l'impression que la boisson diminuait de beaucoup.
« Trop chaud ? »
Meene secoua la tête mais ne fit pas de nouvelle tentative. Pendant un moment elles ne parlèrent pas. Le café autour d'elle était presque silencieux, mais pas tout à fait, à la manière des lieux habités : les machines de Thalim avaient leur rythme, et il était en train de laver de la vaisselle. Le soleil de l'extérieur faisait briller la poussière dorée qui, malgré tous les efforts du propriétaire de l'endroit, s'infiltrait par la porte ouverte.
« Ce n'est pas vraiment… Enfin, il n'y a pas grand-chose à en dire. Nous étions… assez proches, je crois. Je croyais. Et puis Fudô est arrivé. C'est venu comme ça, complètement tout d'un coup, » dit Meene, triturant sa cuiller. « Un jour – nous étions dans un port américain pour nous réapprovisionner. Côte ouest, je ne sais plus vraiment où, Hans nous a tous emmenés au bar. Marco ne se sentait pas très bien, mais il a catégoriquement refusé d'être raccompagné. Quand on est rentrés il n'était pas là; le lendemain il est arrivé avec le trio au complet, ils ont pris Hans dans une salle, et vingt minutes plus tard nous étions tous censés être ravis d'accueillir trois individus sans la moindre information ou la moindre concertation. »
Son amertume transparaissait dans sa voix. Jeanne essaya d'imaginer ce que ça pouvait faire, de voir quelqu'un arriver et tout d'un coup voler le cœur d'un être aimé.
Sans bien comprendre pourquoi, elle se fit la réflexion que c'était peut-être bien ce qu'Achille avait ressenti à son arrivée à elle. Hao n'avait pas été fasciné, certes, n'avait pas tout abandonné pour la courtiser, loin de là. Mais son furyoku, celui de Rackist, leur histoire bizarre, leur différence par rapport à tous les autres du groupe… Est-ce que ce n'était pas un peu le même genre de situation ? Dans son cas à lui, ce n'était pas justifié, pas du tout, mais il avait quand même pu le ressentir comme ça.
C'était normal de se sentir coupable, si longtemps après les faits ? Sans doute que non.
Tentant de chasser la pensée de son esprit, Jeanne s'éclaircit la gorge. « Et… et alors ? »
Meene releva la tête et lâcha un vague soupir. « Et alors rien. Les entraînements ont continué comme avant, on a continué comme avant, sauf que maintenant on avait plus voix au chapitre. Tout passait par le groupe de Fudô. Marco a cessé de rechercher ma compagnie, du moins tant que Fudô était proche de nous. J'ai pensé… j'ai pensé des milliers de choses. J'ai attendu, mais il n'a jamais… On n'a jamais retrouvé ce qu'on avait avant. La cérémonie d'ouverture a eu lieu peu de temps après, nous vous avons vus, et… Et nous voilà. »
Sa voix cassa un peu sur les derniers mots. Il y avait encore tellement qu'elle n'avait pas dit, mais Jeanne ne savait pas comment le demander. C'était clairement difficile, et elle n'y avait pas particulièrement… droit. Pourtant il y avait encore tellement de choses qu'elle voulait savoir, tellement d'éléments qui l'empêcherait encore de comprendre les X-Laws, et la pensée était douloureuse.
« Tout va bien pour vous ? »
C'était Thalim, torchon à la main. Les deux filles suivirent son regard jusqu'aux deux tasses mal entamées.
« Je suis désolée, Thalim, » fit Meene doucement. « Je suis sûre que c'était très bon, mais j'ai un peu mal au ventre. »
Le Pache acquiesça sagement et reprit les deux tasses. « Aucun problème. Je suis au bar si vous avez besoin de moi. »
Jeanne le remercia d'un sourire, mais Meene se relevait déjà, prête à partir. Comme si elle voulait fuir l'histoire qu'elle avait racontée. Jeanne insista pour la raccompagner, mais le trajet fut assez silencieux. Elle devait assimiler tout ce que Meene lui avait expliqué, et Meene elle-même était clairement en train de ressasser ses souvenirs.
Elles arrivaient lorsque Jeanne prit son courage à deux mains : « Meene, tu… tu sais ? Je pense que ça va bien se passer.
- Ah oui ? » Le sourire de la brune était plus fatigué qu'autre chose.
« Oui, » répéta Jeanne, essayant d'y mettre du cœur. Je ferai tout pour. Et je voulais dire, aussi… Merci. Pour… pour tout ce que tu m'as dit. Je sais que… enfin, ça pourrait être considéré comme des secrets, et…
- Non, ne me remercie pas, » la coupa l'autre. « Je sais que tu n'en feras rien de mal. Et en fait – enfin, si tu peux nous débarrasser de ce cafard, franchement, je ne suis pas contre. Je suis de moins en moins convaincue qu'il peut aider notre cause.
Jeanne acquiesça tristement et Meene franchit les quelques pas qui la séparaient de la maison avant de disparaître à l'intérieur. Ça l'embêtait de laisser les X-III aussi exposés. Ils n'étaient pas la proie la plus intéressante pour une chasse, mais… mais si quelqu'un voulait se venger des X-Laws, de Fudô, de Hao… d'elle…
Réfléchissant au sujet, Jeanne se détourna de la demeure des X-III et pila. Quelque chose avait attiré son attention, quelqu'un en fait, et ce quelqu'un ne se cachait pas. Fudô était de l'autre côté de la rue, à peine dissimulé par le coin d'une ruelle.
Elle vint se planter droit devant lui.
« Je peux savoir ce que tu fais ici ?
- Marco avait donc vu juste. Il y a eu collusion entre nos trois rescapés et la précieuse princesse du camp de Hao, » répliqua Fudô, plein de morgue.
Le brun ne se décolla pas de son mur. Il avait une main cachée dans les plis de son vêtement, et Jeanne se prit à le surveiller suspicieusement, ce qui fit qu'elle prit quelques secondes à répondre :
« Tu peux penser ce que tu veux. Je crois que Meene a été assez claire la dernière fois sur le fait qu'elle ne voulait plus te voir. Tu veux que je réitère pour elle ?
- Sans façon. Vous vous valez bien, toutes les deux, aussi violentes l'une que l'autre.
Jeanne leva le menton, avalant l'insulte comme une couleuvre sans défense. Hao l'avait habituée à bien plus précis et douloureux.
La présence de Fudô ne l'enchantait pas pour autant. « Déguerpis, » ordonna-t-elle fermement. Rien en lui ne pouvait l'inquiéter : son niveau de force et son gardien étaient équitablement ridicules.
Il ne se laissa pas démonter.
« Sinon quoi ? Je ne fais que me renseigner sur l'état de mes anciens coéquipiers. C'est ce que fait un bon chef d'équipe.
- Tu n'es pas chef d'équipe, » corrigea-t-elle sans réfléchir. « Marco l'est. »
Il sourit. « Question de perspective.
- Je vais t'en donner une, de perspective, » siffla Jeanne.
Le sourire du brun s'éteignit, remplacé par une étrange expression teintée d'inquiétude alors qu'il reculait en levant les bras. « Pourquoi tant d'agressivité ? Je ne t'ai rien fait, que je sache. »
Jeanne l'ignora.
« Laisse-les tranquilles. Et – quoi que tu sois en train de faire à Marco et Hans – laisse-les tranquilles, eux aussi, sinon tu auras affaire à moi.
- J'en tremble. Tu serais adorable de dire aux tiens d'en faire autant; je n'apprécie pas beaucoup qu'on accoste mes amis dans des ruelles sombres. »
Devant la confusion de Jeanne, il haussa les sourcils, lâcha un rire bref et la dépassa. « Je vois. J'ai mieux à faire que de traiter avec toi, je pense. »
Jeanne se retourna, mais rien ne sortit de sa bouche. De quoi pouvait-il bien parler ? Il y avait clairement quelque chose de pas clair là-dedans, et elle n'arrivait pas à l'identifier. Il pouvait aussi lui avoir raconté des bêtises juste pour l'inquiéter, mais…
« Hé, gamine. Tout va bien ? »
Une main se posa sur son épaule, et Jeanne se figea. Elle n'avait pas senti – se retournant, elle leva les yeux pour croiser les regards d'un grand jeune homme en blanc.
Un grand X-Law en blanc.
« … Larky, » finit-elle par sortir, sans aucune certitude, et sans comprendre pourquoi son arme n'était pas déjà sortie et pointée sur elle.
« Raté, moi c'est John, » fit-il avec un sourire très blanc.
Jeanne fronça le nez. « Pardon.
- Pas de quoi. Donc, tout va bien ? »
Il fit un signe dans la direction par laquelle Fudô avait disparu. « Je venais voir Meene, en fait. Et quand je t'ai vue t'accrocher avec lui…
- Je vais bien, » souffla Jeanne, sans tout comprendre. « Merci de vous… en soucier ?
- Oh, ne te méprends pas. Je ne sais absolument pas qui tu es et je ne te fais pas du tout confiance, » corrigea John, croisant les bras. « Tu es très puissante, tu as l'air de vouloir t'immiscer dans nos affaires, tu es clairement proche de Hao mais tu essaies aussi de te faire des amis ailleurs, bref tu n'es pas du tout claire et je ne sais pas quoi penser de toi. »
Jeanne baissa les yeux. Il commençait à lui peser de devoir toujours s'expliquer, surtout qu'elle n'était pas vraiment sûre de ce qu'elle devait dire à chaque fois.
« Je…
- Je n'ai pas fini. Je ne te fais pas confiance, je ne te connais pas, on n'est pas potes. Mais. Mais… tu as sauvé Meene et les autres quand il les a laissés pour mourants sur le ring. Je ne sais pas comment, mais tu l'as fait. Alors merci, » finit-il par dire, clairement gêné et clairement soucieux du fait qu'elle comprenne exactement son sentiment.
« De… » Jeanne s'interrompit. Sans être bien sûre de comprendre pourquoi, elle sentait que 'de rien' ne ferait qu'offenser le blond. À la place, elle acquiesça, et se força à sourire. « Donc vous ne croyez pas que Hao ou moi leur avons lavé le cerveau ? »
John fit la moue. « Je ne sais pas. Je vais voir. Mais – sans entrer dans les détails, j'aime beaucoup Meene. Je veux savoir qu'elle va bien. Je veux – maintenant qu'elle est vivante et vulnérable, je veux lui offrir mon aide, tant que je peux. »
Jeanne sourit vaguement. Elle comprenait le sentiment. « Merci à vous, de vous en soucier. Je suis sûre qu'elle sera heureuse de vous voir.
- Ouais, justement. Je ne suis pas venu depuis son combat, alors je ne sais pas trop comment elle va m'accueillir.
- Oh. »
Silence malaisé.
« Du coup je ne tiens pas trop à ce que tu assistes à ma tentative.
- … Oh. »
Nouveau silence.
« Du coup file avant qu'elle ouvre, ok ?
- O-OK, » fit Jeanne, reculant de plusieurs pas. John sourit, et se dirigea vers la porte.
Il lui fit un signe de la main avant de toquer. Jeanne, respectant sa promesse, s'en fut avant de voir si on le laisserait rentrer.
Décidément, le monde ne cessait de se compliquer.
