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19 / … Les mers seront des déserts secs
Le raclement de gorge de Garrett résonna contre les murs nus. Le plancher gémit sous ses pieds, d'avant en arrière, d'avant en arrière à travers la pièce. S'arrêtant près de la porte, il pencha la tête sur le côté. Son presque-sourire revint.
"Elle l'a fait," dit-il alors qu'un cri d'Edward emplissait l'air.
Même Bella pouvait entendre les pieds de Rosalie l'entrainer dans les bois loin de la tentation d'une autre gorgée de sang d'Edward.
"J'ai des trucs pour toi," dit Garrett, récupérant une boite de souvenirs sur une étagère haute. "Je les ai sauvés du laboratoire et du bureau du shérif de Pendleton."
Bella alla en premier vers l'album de dessins, tournant les pages et laissant l'air que ça provoquait rafraîchir sa peau. Il avait ajouté plus de croquis à la fin, les dates dans les coins étaient récentes. Le bout des doigts de Bella passait sur une version en gris d'elle-même et de Jessica assises à leur table dans le laboratoire, leurs têtes proches, gloussant par-dessus quelque chose. Puis ce furent Bella, Jessica et Edward, des cupcakes à la main, Jessica en prenant une grosse bouchée. Bella et Jake parlaient à la page suivante pendant que Seth et Jessica jouaient à Crazy Eights.
Se mordant la lèvre, Bella glissa les dessins sous son oreiller comme elle le faisait avec les manuels scolaires après que Tyler Crowley ait affirmé que cela l'aiderait à se souvenir de tout ce qu'elle avait étudié. Dans la boite elle ramassa son paquet de porte-clés : le smiley avec la peinture écaillée de Charlie, la bague de mariage de Renée, la fleur de cuir en lambeaux d'Embry, la moitié d'un cœur "Meilleures amies pour toujours," de Jessica à neuf ans.
La dernière chose qui restait était la vieille arme. La fixant, elle réfléchit à la façon dont elle s'y accrochait comme si elle pouvait tirer sur les tempêtes et protéger tout le monde et tout ce qu'elle aimait avec une grêle de balles.
Elle n'en avait plus besoin maintenant. Elle la laissa dans la boite – un fiasco.
"Quand tu te réveilleras, Jasper sera là," dit Garrett. "Il a beaucoup d'expérience avec les nouveau-nés. Il te paraîtra différent – beaucoup de cicatrices. Essaie de te souvenir qu'il peut paraître dangereux mais il ne te fera pas de mal. Pas besoin d'avoir peur."
En se souvenant de sa rencontre avec lui dans la ruelle, tout ce qui surgit en elle fut du doute mais elle hocha quand même la tête. Garrett l'aida à s'installer sur le lit, comme s'il craignait qu'elle se brise. Repoussant les cheveux de son cou, il inspira profondément et retint son souffle.
Les yeux fermés, Bella attendit la morsure. Ses épaules remontèrent centimètre par centimètre pour protéger sa gorge. C'était tout ce qu'elle pouvait faire pour le repousser. Et de toute façon ça ferait plus mal que tout ce qu'elle avait ressenti jusqu'à présent.
Au lieu de la transpercer avec ses dents, un baiser froid effleura la joue de Bella. Ouvrant les yeux elle le tapa sur le bras.
"Aïe !" fit-il bien qu'elle ne puisse pas lui faire mal. "C'était pour quoi ?"
"Pour m'avoir trompée. Je m'attendais à une morsure."
"Eh bien mon dieu… Je suis sur le point de risquer la vie de mon amie. Je pensais que je devais lui dire adieu, juste au cas où…"
Ça la fit rire et elle lui prit le bras, essayant de calmer son cœur qui s'emballait. "Ça va aller. Je te fais confiance."
Avec un sourcil levé il tambourina de ses pouces sur ses épaules voûtées. Et alors qu'elle prenait une respiration tremblante, il éloigna les cheveux de son front, ses doigts effleurant sa peau comme s'il la bénissait. Cette fois elle garda son regard sur lui tandis qu'il se penchait.
Il s'arrêta.
"Je ne peux pas le faire si tu me regardes comme ça..."
Une main vola vers sa bouche pour attraper son rire. De la façon dont son sourire s'étira un peu plus elle devina qu'il l'avait dit pour la faire rire.
A peine Bella avait-elle fermé les yeux et serré le porte-clés dans son poing qu'un souffle hivernal était sur son cou. Elle pensa à Jessica, à Edward, à Embry, à Charlie, à Angela et à Rosalie alors que les dents s'enfonçaient et que le feu commençait à brûler.
X-X-X
X-X-X
Rosalie trempa un gant de toilette dans un bol d'eau froide avant de le porter sur le front d'Edward. Dans le lit d'à côté Bella gémit. Deux jours après et ses deux protégés étaient dans la même pièce. Alice avait promis que tout se passerait bien.
Ailleurs dans la maison elle pouvait entendre Alice et Jasper discuter de projets pour le réveil des nouveau-nés. Jasper parlait comme s'il s'agissait d'organiser une guerre. Toujours soldat. Elle entendait les pieds de Garrett et Mary écraser des brindilles sous leur pieds dehors, traversant la forêt ensemble sans mot, de la façon confortable dont seuls de vieux amis peuvent le faire.
Le bureau de Carlisle était silencieux et vide hurlant son silence. Il était préférable pour tout le monde, avait-il affirmé, qu'il aille travailler avec Tanya et Irina pour le moment. Moins de conflits. Plus d'équipement afin de pouvoir faire une différence dans la vie de ceux qui souffrent du syndrome. Quand il avait embrassé la joue de Rosalie et lui avait dit au revoir ça lui avait donné l'impression que pour la toute première fois c'était un vrai au-revoir.
Des pas familiers s'approchèrent par le couloir derrière Rosalie.
"Deux nouveau-nés à la fois," dit Emmett. "Ça va être une aventure d'enfer."
Alors qu'elle se tournait pour le regarder, Rosalie se vit dans la vitre – ses yeux dorés veinés de rouge. Ce rouge n'était pas signe d'échec c'était un insigne d'honneur. Emmett la regarda comme si c'était encore 1935 et qu'il venait juste de se réveiller. Elle se sentait comme l'énergie temporelle, s'efforçant toujours d'atteindre quelque chose puis repartant en arrière et détruisant les gens dans son sillage. Peut-être était-il temps de lâcher prise – complètement – et enfin de regarder vers l'avenir.
"Je peux supporter l'aventure tant qu'ils ne le regrettent pas," déclara-t-elle.
"Ils ne le feront pas." Il s'approcha, sa voix devenant douce et tendre. "Cette vie n'est pas si mauvaise."
Se déplaçant vers l'autre lit, Rosalie posa le tissu contre la joue de Bella et elle fut récompensée par un soupir. Bella commençait à moins sentir comme Garrett et plus comme quelque chose qui lui appartenait entièrement - une fusion entre son sang et son venin, floral et chaleureux.
"Tu as sans doute raison," dit Rosalie. Elle se leva et laissa son regard trouver celui d'Emmett. "Je suis fatiguée de regarder en arrière."
Il hésita, semblant vouloir avancer – pour la toucher ou l'embrasser ou l'étrangler. Les souvenirs parfaits de Rosalie lui firent revoir chaque fois qu'elle avait merdé. Elle désirait ardemment les rassembler, s'en débarrasser et recommencer à zéro. Le lien invisible qu'elle avait toujours senti s'étirer entre eux se tendit comme s'il voulait soit se casser soit la tirer plus près de lui.
Emmett croisa ses bras sur sa poitrine. Un coin de sa bouche se souleva.
"Fais-moi le savoir quand tu seras sûre," dit-il.
Les épaules baissées, Rosalie repensa à tous les faux peut-être qu'elle lui avait offerts toutes ces années.
"Je ne te mérite pas," dit-elle.
"Je sais." Il sourit. "Mais c'est cool parce que je ne te mérite pas non plus."
Il l'embrassa sur le front et repartit, la laissant seule avec les plaintes de ses amis en transformation et le tiraillement de cette corde imaginaire.
X-X-X
X-X-X
Tout était silencieux dans l'écho du dernier battement de cœur de Bella. Peu à peu elle prit conscience des souffles, de la voix du vent, d'un sifflement qu'elle allait plus tard reconnaître comme étant la neige qui tombe. La douleur s'estompa et remonta jusqu'à sa gorge mais elle ne le remarqua guère.
Une nouvelle odeur attendait à proximité – quelque chose qui lui donnait envie de sourire et de s'enfoncer plus profondément dans ses oreillers. Quelque chose qui ressemblait à la maison.
"Bella ?"
C'était la voix de Rosalie et en même temps ça ne l'était pas. Elle ouvrit les yeux sur un monde plus net.
Edward était assis sur un lit de l'autre côté de la pièce. Rosalie, Emmett, Garrett et un vampire balafré qu'elle supposa être Jasper, debout entre eux deux. En regardant les yeux rouges et brillants d'Edward, Bella regretta presque leur vert mais quelque chose dans sa poitrine l'attirait vers lui – comme une corde qui aurait trouvé sa voie grâce au venin et s'était attachée autour de son cœur maintenant silencieux.
Alors qu'elle faisait son premier pas en tant que vampire, Edward arrêta de se frotter la gorge et se leva. Rosalie bougea comme pour protéger Bella mais une main balafrée l'arrêta. D'une voix lente et traînante, Jasper lui promit que tout allait bien.
Oubliant les autres, Bella rencontra Edward à mi-chemin. La traction dans sa poitrine ressemblait presque à un battement de cœur, luttant contre sa cage thoracique. Alors que ses doigts effleuraient sa joue, son visage se fendit en un sourire.
"Je t'aime," dit-il sa main revenant à sa gorge au son de sa nouvelle voix. Il complota avec la corde et l'attira plus près. "Tu vois ? Je t'ai dit que je ressentirais toujours la même chose."
Bella lui répéta les mêmes mots dans un murmure, les laissant tout juste sortir avant qu'elle doive l'embrasser. Pour la première fois, du venin étranger toucha sa bouche, doux et étrange. C'était comme deux pièces de puzzle qui s'accordaient parfaitement - une bague glissant autour de son doigt. Quand Edward se recula, il regarda par-dessus son épaule vers Jasper.
"Les vampires ont des âmes-sœurs ?" demanda Edward. "Comme les oiseaux ? Pour la vie ?"
"Oui" dit Jasper, en fronçant les sourcils. "Ils le font souvent."
Tournant son attention vers Garrett, Edward ajouta : "Parce que Jasper l'a dit."
Les autres inclinèrent la tête et malgré toute leur force et leur immortalité ils avaient l'air d'un tas de chatons perplexes.
"Non," dit Jasper. "Je n'ai pas dit un mot sur les âmes-sœurs. Je l'ai pensé. Garrett n'a rien dit non plus."
Les yeux d'Emmett s'illuminèrent. Sa tête tressaillit à plusieurs reprises. Quand Edward se mit à rire et à froncer les sourcils, le sourire d'Emmett devint encore plus éclatant.
"Qu'est-ce que je chantais dans ma tête ?" demanda Emmett.
"Baby Got Back. Pourquoi pouvais-je l'entendre ?"
Un par un, chacun à leur tour ils pensèrent à des nombres entre un et un million. Edward devina chacun d'eux, jusqu'à ce qu'il arrive à Bella.
"Rien," dit-il. "Je ne peux pas t'entendre." Se frottant les tempes, il grimaça. "Tous les autres sont tellement bruyants."
"Oh !" dit Garrett après la dixième tentative ratée d'Edward pour deviner les pensées de Bella. "Peut-être qu'elle est un bouclier. Comme Renata, vous savez ? Bien sûr, vous ne savez pas... sauf, je suppose qu'Edward le sait, maintenant. Bella, Renata peut protéger des attaques physiques. Peut-être que tu peux protéger contre les attaques mentales. Les dons se manifestent parfois avant que quelqu'un ne soit transformé. Cela doit être la raison pour laquelle Demetri n'a pas pu te trouver. Son pouvoir fonctionne en suivant les pensées des gens".
"Mais il ne m'a pas trouvé non plus…" dit Rosalie. "Il n'a jamais eu de problème avant."
"Peut-être que Bella t'a protégé sans s'en rendre compte," dit Garrett. "Demetri a eu une avance sur toi une fois mais tu avais disparu presque aussitôt que tu étais apparue. Quand nous sommes arrivés là où il t'avait vue pour la dernière fois, la piste s'était refroidie, probablement que tu étais à la chasse, je parie que c'est la seule fois où tu t'es séparée de Bella".
Jasper hocha la tête. "Tu étais en grand danger et Bella t'aime profondément. Il se peut que ce soit quelque chose qu'elle a développé au fil des ans en essayant de protéger ses proches."
En essayant d'adapter son nouvel esprit élargi à ces informations, Bella se demanda si, dans un autre monde, ce don qu'elle ne comprenait qu'à moitié serait resté en sommeil. Peut-être qu'il serait toujours là, occupant l'espace comme un organe résiduel.
Edward regarda Bella. "Je n'arrive pas à décider si le fait de pouvoir lire dans les pensées de tout le monde - sauf dans les tiennes - est une bonne ou une mauvaise chose."
Bella opta pour le premier choix. Laisser n'importe qui - même Edward - lire toutes ses pensées la laisserait trop vulnérable, trop nue.
"Voulez-vous chasser tous les deux ?" demanda Jasper.
Après la déclaration d'amour d'Edward, c'était la chose la plus douce que Bella avait entendue depuis son réveil. Jasper aussi tendu qu'un ressort comprimé resta près d'elle et Edward alors qu'ils se dirigeaient vers l'avant de la maison. Dehors, Alice et Mary les attendaient.
"Hé, soeurette !" dit Mary en tirant prudemment sur les cheveux de Bella. Ses yeux d'un rouge profond correspondaient à ceux d'Edward. Les lentilles de contact l′avait aidée à maintenir son apparence humaine. Des flocons de neige non fondus saupoudraient ses cheveux et vêtements, étincelant avec sa peau au soleil qui perçait à travers les nuages.
Il fallut quelques secondes à Bella pour se rappeler que Garrett l'avait créée, elle et Mary, les liant avec son venin. Si Jessica avait cédé aux demandes de Garrett, elle aurait aussi bien pu faire partie de cette chaîne.
Bella reconnut à peine ce paysage au manteau blanc. En regardant la forêt et le chalet tentaculaire, elle se demanda ce que cela aurait été de se réveiller avec Jessica - ce fantôme brumeux d'une fille qui avait emporté avec elle tant de souvenirs humains de Bella. Jessica aurait-elle eu un don aussi ? Elle aurait fait la moue et boudé si elle n'en avait pas. Elle était le super-vilain qui était censé conquérir le monde, après tout. Elle était censée être celle qui avait les super-pouvoirs.
En fermant les yeux, Bella essaya d'imaginer Jessica en train de manger un cupcake après sa transformation, juste pour être sûre que ça avait un mauvais goût pour elle. C'était comme regarder quelque chose à travers l'eau. Peu importe combien Bella se concentrait, elle n'arrivait pas à faire en sorte que l'image cesse de vaciller - elle ne pouvait pas la transporter de son passé à son présent.
"Tu vas bien ?" demanda Edward.
S'appuyant sur lui et souriant pour effacer son froncement de sourcils, Bella jeta un coup d'œil sous le col de la chemise d'Edward. Les tatouages étaient plus discrets mais toujours là, créant une carte de sa vie humaine sur une peau lisse et parfaite. Pas une seule lésion en vue.
"Je peux t'aider ?" demanda-t-il avec un rire qui n'avait pas changé du tout.
"Je vérifie juste."
"Tout est encore là ?"
Elle sourit. "Non."
Quand il comprit ce qu'elle voulait dire, un long soupir quitta son corps, comme s'il avait été inquiet que Margaret Brown le poursuive jusque dans l'éternité.
Alice annonça qu'elle et Jasper suivraient Edward dans sa chasse car il serait plus difficile. Mary les accompagnait, elle aimait les défis. Être séparé d'Edward si tôt n'était pas l'idée préférée de Bella mais elle pouvait encore sentir ce lien autour de son cœur. Elle savait où il l'était.
Leurs baby-sitters étant désignés, ils partirent dans des directions opposées. La forêt était un nouveau monde - plus vivant que ce que Bella aurait pu attendre de quelque chose d'aussi figé. Tout autour d'elle, les souffles chauds tourbillonnaient dans le brouillard, les cœurs battaient la chamade, les griffes grattaient, les ailes battaient. Et au centre, Bella se tenait debout sans battement de cœur, sans besoin de respirer, sans besoin de bouger. Elle ne s'était jamais sentie autant séparée de tout.
Les mains de Rosalie et Garrett, posées au milieu de son dos, la guidaient au plus profond de ce chaos des bruits de vie, la poussant à courir. Ses cheveux s'envolèrent derrière elle comme une cape et Jessica lui manquait. Des flashs de son ancienne vie la submergeaient à chaque pas. En les inscrivant dans la mémoire de ce corps, sachant qu'aucun nouveau souvenir de Jessica ne viendrait s'ajouter aux anciens, c'était comme la regarder mourir encore une fois.
Alors que des battements de cœur se rapprochaient, promettant un soulagement à chaque pulsation, la brûlure dans la gorge de Bella s'aggrava jusqu'à ce qu'elle ne pense plus qu'à sa soif. La simple suggestion du sang la faisait avancer tout comme sûrement Edward, lui disant de mordre, de boire et de vider.
L'élan se laissa abattre facilement mais pas son sang. Chaque bouchée putride était loin de ce que Bella pensait se souvenir du goût de cupcakes. Elle avait l'impression d'être allée dans la benne à ordures derrière le bar et de l'explorer avec sa langue. Mais cela calmait les hurlements du feu. Ça les rendait…supportable.
"Oui," dit Emmett en faisant une grimace. Il était à au moins quinze mètres mais elle pouvait l'entendre et voir son expression comme s'il se tenait à côté d'elle. "Je suis passé par là. Ça a le goût du cul, hein ?"
Bella s'essuya la bouche. "C'est une insulte aux culs de tout le monde."
"Je m'excuserai auprès d'Aro la prochaine fois que je le verrai, alors."
Bella ne pouvait pas se rappeler qui était exactement Aro mais elle rit quand même.
X-X-X
X-X-X
S'allongeant sur le ventre, Bella essaya de bâiller. Elle avait l'impression que l'air était superficiel, comme si l'air ne pouvait pas atteindre le fond de ses poumons, quelle que soit la quantité d'air qu'elle respirait. Le sol sous sa peau nue ne semblait pas aussi froid et dur qu'il l'aurait été quand elle était humaine. C'était la même température qu'elle. Le fait de savoir qu'elle pouvait y enfoncer une main sans effort lui fit penser à travailler la terre. Les doigts d'Edward se déplaçaient le long de sa colonne vertébrale, sa bouche pinçant la marque de morsure de Garrett sur son cou.
"Le sommeil me manque," dit-il. "Et la sueur."
"Vraiment ?" Quand il hocha la tête, elle lui tapa sur l'épaule. "Tu es bizarre. La nourriture me manque."
Un petit rire traversa ses lèvres. "Oui, ça me manque aussi. Mais je ne sais pas. Le travail ne ressemblera pas au travail sans sueur. Ce ne sera pas un grand accomplissement si c'est trop facile. Parfois, j'aimais être si fatiguée à la fin de la journée que j'avais à peine l'énergie de ramper entre les draps. J'avais l'impression d'avoir vraiment fait quelque chose".
"Hmm. Des regrets ?"
"Pas du tout." Il attrapa une paire de chaussettes jetées sous leur lit et les envoya dans le tas dans le coin. Bella ne savait pas pourquoi elle avait commencé à empiler ses chaussettes mais elle faisait en sorte que l'endroit lui ressemble davantage. "Le simple fait de penser aux avantages et aux inconvénients d'être un humain par rapport au fait d'être un vampire. Je vais accepter la soif et le manque de sueur et de sommeil..." Il fit une pause, en reformulant sa réponse immédiate, en supprimant la piqûre. Lorsqu'elle se retourna sur le côté, sa main alla jusqu'à son sein. Il n'ajouta pas : "Au lieu de mourir trop jeune".
"Que penses-tu qu'il arrivera si nous parvenons à réparer le monde ?" demanda-t-elle. "Et si cela réinitialise tout et que tu retournes à ton époque ?"
"Alors je suppose que j'aurai une longue attente devant moi," dit-il, en se rapprochant jusqu'à ce que son corps soit contre le sien. "Je ne peux pas promettre que je ne t'espionnerai pas quand tu seras plus jeune. Je me connais. Je serais curieux, surtout après avoir attendu la plus grande partie du siècle que tu sois née."
Sa voix se fit douce, comme s'il avait percé son bouclier et entrevu l'espoir secret qui ne faisait que commencer à infuser l'idée ridicule qu'elle pouvait sauver tout le monde – ou quelqu'un qu'elle avait perdu. "Mais je ne pense pas que ça arrivera. Je ne le pense vraiment pas."
Bella savait qu'il avait raison. Il n'y avait pas d'autre choix. Pas de seconde chance. C'était ça. C'était tout ce qu'ils avaient.
X-X-X
X-X-X
Les boutons créaient un nouveau tapis dans la chambre de Bella et d'Edward, éparpillés partout sur les planchers couleur miel, à chaque fois que Bella choisissait une nouvelle chemise. Trois semaines en tant que vampire et s'habiller sans emprunter du côté d'Edward était toujours une lutte.
Elle ne pouvait pas comprendre pourquoi Alice et Mary n'avaient pas pu choisir des vêtements qu'elle pouvait passer par la tête. Chaque fois qu'elle sélectionnait une nouvelle victime et tentait de la passer, ses boutons s'envolait : des centaines de victimes en plastique de sa nouvelle force.
La voix de Rosalie entra dans la pièce une seconde après son odeur.
"Puis-je t'aider ?
C'était le puis-je qui avait influencé Bella. Rosalie n'avait pas dit : "Laisse-moi le faire" ou "Tiens donne-le-moi." C'était une question – presque suppliante – pas une tentative de faire irruption et de prendre le relais.
"D'accord," dit Bella.
Le tissu soyeux glissa sur ses bras, guidé par les doigts de Rosalie. Un par un, Rosalie fit passer les boutons dans leurs trous avec si peu d'effort que Bella eut presque envie de se taper sur les mains.
"Il faut de l′entraînement pour être doux," déclara Rosalie. "Tu l'auras avec le temps."
S'attardant sur le dernier bouton, Rosalie risqua un sourire. Quelque chose dans ce sourire fit sauter une question dans la gorge de Bella.
"Tu voulais des enfants n'est-ce pas ? Je m'en souviens d'avant."
"Je voulais un bébé," Le contact de Rosalie passa du bouton aux épaules de Bella et à ses cheveux. "Pour toutes les mauvaises raisons. Pas que ça compte beaucoup maintenant."
Le chatouillement des doigts de Rosalie se déplaçant dans les cheveux de Bella lui fit penser à des berceuses – des lectures et des bras protecteurs, des baisers sur des blessures. Bella pensa qu'elle se souvenait de la voix de Rosalie la calmant pendant la brûlure, lui offrant quelque chose à quoi se raccrocher.
"Tu vas devoir faire ça pour moi pendant un moment, hein ?" demanda Bella.
"Je peux, si tu veux. Ça ne me dérange pas. Alice ou Mary le peuvent aussi."
"Hé ! Je vais le faire !" cria Emmett de quelque part au rez-de chaussée, provoquant un roulement d'yeux et un rire général.
Peut-être que cette conversation était la raison pour laquelle Alice, qui avait tout vu, avait choisi des chemises boutonnées. Les visions laides et floues des dernières années défilaient dans l'esprit de Bella, l'amour se mêlant au ressentiment.
C'était la femme qui avait provoqué l'Impulse. C'était la femme qui l'avait sauvée des Fédéraux. C'était elle qui avait brisé le cœur d'Emmett. C'était encore elle qui avait refusé de transformer Jessica jusqu'à ce qu'il soit trop tard. C'était la femme dont le visage apparaissait lorsque Bella pensait à sa mère.
Il n'y avait pas de pardon – pas encore. Mais ils avaient le temps. La vie offrait rarement des secondes chances mais Bella pouvait. Elle pouvait croire à la seconde chance, juste une fois. Debout sur la pointe de pieds, elle déposa un rapide baiser sur la joue de Rosalie.
"J'aimerais que tu m'aides."
Rosalie rayonna.
X-X-X
X-X-X
Il fallut faire trois cercles de plus en plus grands autour du chalet avant qu'Emmett trouve l'endroit. Selon lui les buissons fleuris et la haie vivace seraient un abri idéal au printemps. Idéal pour ses abeilles.
"Ici," dit-il en faisant un X avec son orteil. "Orienté sud-est. Bien à l'abri. Hum. Ouais. Cela devrait être parfait. Nous allons installer le socle en bois maintenant. J'aurai les abeilles plus tard dans l'année."
Bella essaya d'imaginer le soleil, l'herbe verte, les pétales roses et blancs. Avec cette image en tête elle se souvint d'Emmett comme son moi humain le voyait toujours : entouré d'un nuage noir et jaune bourdonnant, lui faisant signe quand elle quittait le laboratoire tous les jours.
"Allez-vous ouvrir un autre bar ?" lui demanda-t-elle.
Laissant tomber sa charge de bois sur le sol il ajusta son cache-œil. C'était le bleu – celui que Bella avait cousu pour correspondre à son idée de ce à quoi ressemblaient ses yeux quand il était humain.
"Ouais, peut-être," dit-il. "C'était amusant. La plupart du temps. Un moyen facile de se fondre avec les locaux car les heures travaillées nous convenaient puisque nous ne pouvons pas sortir au soleil. Je ne peux pas t'offrir un autre emploi là-bas pour l'instant. Manger les clients est très mauvais pour les affaires…"
"Hum. Je suppose que je peux te pardonner."
Sans même jeter un coup d'œil au bois qui allait lui permettre de construire les ruches, Emmett s'étala par terre et se redressa sur ses coudes. Pour compléter cette image, Bella fut tentée d'aller chercher une bière. D'eux tous c'était Emmett qui avait semblé toujours le plus humain. Alistair aurait dû essayer son don sur Emmett pour commencer. Cela aurait probablement nécessité moins d'efforts.
Penser à Alistair l'amena à la deuxième, troisième, vingtième chance qu'Emmett devait avoir donnée à Rosalie au fil des ans.
"Pourquoi es-tu toujours amoureux d'elle ?" lui demanda-t-elle, gardant sa voix aussi basse que possible. "Rose je veux dire. Tous ces trucs avec Carlisle… je ne sais pas si j'aurais pu ou même pourrais – avoir géré ça pendant quatre-vingt ans."
Il souleva de la neige en étirant ses jambes. Comme toujours il parlait plus fort qu'elle – plus fort que tout le monde. Emmett vivait sa vie en volume augmenté.
"Je ne suis pas irréprochable. Je t'ai déjà dit que tu ne connaissais pas toute l'histoire. Tu t'en souviens ? Je te l'ai dit après que tu sois énervée contre moi pour avoir utilisé une humaine pour rendre Rose jalouse. Ce n'était pas la première fois que je lui faisais ça non plus."
Il jeta un coup d'œil vers la grange où Bella pouvait capter le moindre bruit de Rosalie tapant sur son ordinateur, faisant des graphiques, remontant leur poste de combat.
"Je suis toujours là parce que j'ai toujours su que c'était en elle," déclara Emmett. "Cette volonté d'aider. Même à l'époque où la plupart des gens disaient qu'elle ne pensait qu'à elle plus qu'à n'importe quoi d'autre. Et je suis d'accord avec ça, elle le faisait. Probablement toujours mais alors quoi ? La plupart des gens aussi. Mais je la comprenais tout comme elle me comprenait."
Se rappelant certaines de leurs disputes les plus explosives Bella s'efforça de garder le doute hors de son ton quand elle demanda, "Tu le fais ?"
"Ouais. Je ne l'ai pas toujours fait. Je me suis trompé au début. Quelques mauvaises choses lui sont arrivées avant sa transformation et en regardant la façon dont Carlisle était avec elle j'ai pensé… Je ne sais pas. Ça ne menait à rien et Rose et moi étions attirés l'un par l'autre, donc j'ai pensé que je pouvais être le seul à la réparer en quelque sorte. Améliorer les choses. Ça m'a pris beaucoup de temps pour réaliser que c'était ce que je voulais, pas ce dont elle avait besoin. La plupart du temps j′ai tout faux mais elle aussi. C'est peut-être pour cela que nous nous accordons."
Le bruit du clavier s'arrêta. Bella plus calme que calme luttait pour voir la réaction de Rosalie. Peut-être que ses sens hyper développés pourraient voir le sourire sur le visage de Rosalie à cette distance.
"Il y a d'autres raisons aussi," dit Emmett.
"Comme quoi ?"
Il agita les sourcils. "Elle a une poitrine incroyable !" Sautant sur ses pieds, il ébouriffa les cheveux de Bella. "Hé tu as soif ? Allez viens. Tout ça peut attendre. Allons chasser !"
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X-X-X
Bella esquivait les arbres, la main d'Edward serra la sienne. Chaque fois qu'il perdait la concentration et se plongeait dans la chasse, il se déplaçait plus vite que ses jambes de nouveau-né pouvaient le porter. Au cours des deux derniers mois ils avaient commencé à chasser ensemble avec moins d'autres compagnons. Seuls Garrett et Emmett les accompagnaient cette fois.
Le vent apporta une odeur, légère, trop délicieuse pour être réelle qui frappa Bella. Le venin s'accumula dans sa bouche. Les autres firent écho à son halètement.
"Hé !" cria Emmett. "Attends !"
Il était trop tard. Se libérant de l'emprise de Bella, Edward se précipita vers le bruit à peine audible de deux battements de cœur. Bella le poursuivit sans hésitation. Elle n'avait jamais eu aussi soif. Pas même quand elle avait ouvert les yeux sur cette vie. Ses vagues souvenirs de chocolat et de fraises se rapprochaient de l'odeur qui l'appelait en avant mais il y avait plus. Quelque chose qu'elle devait avoir.
Une voiture rouillée ressemblant à un tas de ferraille était sur le côté de la route rarement utilisée, la femme aux cheveux rouges qui attirait irrésistiblement Bella regardait sous le capot. Elle n'eut pas le temps de lever les yeux avant que ses membres ne s'effondrent sous l'impact du corps d'Edward.
Une voix dans la tête de Bella protesta mais le brin de conscience s'évanouit alors que le sang de la femme coulait sur le sol gelé. Arrachant la portière de la voiture Bella tomba sur la compagne hurlante de la femme. Ses dents transpercèrent sa peau et elle connut le bonheur.
Elle avait ce goût, un goût différent qu'elle ne connaissait pas. Doux et parfait et à elle. Elle continua, essayant de boire longtemps après la dernière goutte, espérant, suppliant qu'il y en ait plus. Ce n'est que lorsqu'elle abandonna que la compréhension la traversa – qu'elle vit une femme mince aux cheveux bruns bouclés et aux yeux vides étalée sur le siège arrière.
"Oh mon dieu," chuchota Bella, sursautant quand Garrett toucha son épaule.
Edward s'appuya contre l'avant de la voiture. Inclinant la tête, il ferma violemment les yeux.
"Hé", dit Emmett. "C'est bon. On a tous dérapé. Bon sang, Garrett a tué beaucoup de gens exprès à son époque. On parle de milliers. Et Jasper... Mary le font toujours. Et, ok, j'en ai... également pris quelques-uns exprès. Cela arrive."
Bella ne pensait pas que ça allait l'absoudre. Elle vit la fille sous un angle différent - la Jessica de quelqu'un d'autre. Quelqu'un de quelqu'un. Une vie écourtée.
Et pourtant, elle voulait plus.
"Je pouvais lire dans leurs pensées," dit Edward. "Elles étaient effrayées et..." Captant le regard de Bella, il s'arrêta net, ravala ses mots. Ses yeux brillaient d'un rouge coupable.
Lorsque Garrett les prit tous les deux par le bras, Bella et Edward le laissèrent les ramener à la maison, laissant à Emmett le soin de nettoyer leur bazar.
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L'écorce qui aurait dû écorcher la peau de Bella était aussi lisse et fragile que le papier. Grimpant aussi haut que l'arbre le permettait, elle fit passer ses jambes par-dessus l'une de ses branches les plus grosses. Edward se balançait sur les branches voisines, perdu dans ses propres pensées. Bella ne pouvait pas s'empêcher de rejouer leur tuerie - ne pouvait pas s'empêcher de vouloir recommencer. Au loin, elle pouvait entendre Rosalie se déplacer dans le laboratoire, travaillant plus lentement qu'un humain, comme si le poids de ce qu'ils avaient fait s'était abattu sur elle.
En bas des pas décidés marchaient dans la neige. Jasper ne les espionnait pas… un vampire ne peut jamais être surpris. Il sauta et un arbre voisin grinça sous son poids, des cristaux de glace tombant de ses branches persistantes. Il laissa la forêt se poser jusqu'à ce que les bruits sauvages remplissent à nouveau toutes les fissures avant d'ouvrir la bouche pour parler.
"C'est ton choix, tu sais…" dit-il. "Manger des humains ou des animaux, c'est à toi de décider."
Bella pensait que ces cartes avaient été distribuées il y a des années, quand elle était entrée dans un laboratoire et avait entendu "Salut. Bella et Jessica, c'est ça ? Je m'appelle Rosalie. Tant que vous n'êtes pas incompétentes et que vous restez en dehors de mon chemin on s'entendra bien."
Ou peut-être était-ce plus tôt, lorsque Charlie l'avait emmenée chez les Stanley et lui avait présenté une fille qui pleurait sur les restes écrasés d'une coccinelle qui avait erré sur le chemin où la gamine sautait à la corde. Ou lorsque Embry avait expliqué pourquoi les loups existaient. Ou quand Rosalie était devenue Rose.
Le choix de Jasper était devenu évident à ses yeux. Ils avaient commencé leur migration vers dorés depuis le retour d'Alice, maintenant la couleur était d′un rouge orangé.
"Je peux lire dans les pensées," dit Edward. "Nous pourrions cibler ceux qui prévoient de faire des choses horribles. Nous pourrions sauver des innocents."
Jasper se lécha les lèvres, comme s'il goûtait aux émotions d'Edward et Bella qui tourbillonnaient dans l'air. "Vous pourriez. Comme je l'ai dit, c'est à vous de prendre la décision." Se tournant vers Bella, il ajouta : "Tant que nous y sommes, je ne sais pas si tu te souviens de notre rencontre dans la ruelle derrière le bar mais je sais que je te dois des excuses depuis longtemps. Je suis désolé."
Le regard d'Edward se posa sur Jasper. "Tu as failli la tuer ?"
"Il a failli. Mais Emmett l'a arrêté."
Bella s'étonna de la façon dont elle le disait, comme si c'était aussi banal que "Il m'est rentré dedans" ou, "Il a renversé mon verre". Elle supposait que c'était banal pour elle, maintenant. Elle pouvait comprendre pourquoi il avait été tenté. La seule chose qu'elle ne pouvait pas comprendre était comment les vampires réussissaient à résister.
"Excuses acceptées," dit-elle.
Sans le vouloir, elle pensait, encore une fois, à l'odeur des humains. Au goût. Après cette rencontre, elle savait qu'elle ne pourrait pas s'empêcher de s'en prendre à un bon humain pour traquer les mauvais. Pas encore.
Jessica avait dit un jour qu'elle ne voulait faire de mal à personne. C'est quelque chose dont Bella se souvenait encore clairement. Jessica n'avait pas voulu que quelqu'un meure pour qu'elle puisse vivre. Bella se concentra sur les souvenirs qu'elle avait de son amie disparue, en retournant chacun d'entre eux dans son esprit, en essayant de rassembler les morceaux de la fille en entier.
Elle pensait que Jessica devait être courageuse.
"Je veux m'en tenir aux animaux," dit Bella. "Pour le moment, au moins."
Même en le disant, Bella savait qu'elle ne changerait pas d'avis une fois qu'elle aurait dépassé cette brume de la soif de sang. Elle ne voulait pas y repenser.
Elle voulait être courageuse.
X-X-X
X-X-X
Tourner les pages, découvrit Bella, l'aidait à pratiquer la douceur. Elle commença avec les journaux et des choses qui ne manqueraient à personne, pour finalement passer à des choses qu'elle voulait lire. Dans le laboratoire, elle feuilleta tous les livres qu'ils avaient - des volumes qu'elle n'avait que peu réussi à parcourir pendant son temps libre en tant qu'humaine.
Elle en savait beaucoup avant sa transformation, mais d'autres demandes lui avaient été adressées. Sa vie avait été fragmentée, partagée entre trop de demandes pour le peu de temps dont elle disposait. Bien que Jessica lui manque, ce sentiment de courir sans cesse et de n'arriver à rien ne lui manquait pas.
Le fait de le reconnaître, fit alléger le poids dans son estomac.
"Allez, Rose !" la voix d'Edward venait du coin le plus éloigné de la grange. "Je t'ai montré tout à l'heure. J'ai suffisamment de contrôle."
"Tu m'as montré comment on peut détruire un jeu d'outils en parfait état. Pas moyen. C'est un instrument délicat. Mais surtout, il est coûteux."
"Je ne pourrais pas lui faire plus de dégâts que toi."
Les pieds de Rosalie tapèrent contre le sol en terre battue. Edward et elle étaient allongés sous la machine en question comme si c'était une voiture.
"M'insulter ne va pas t'aider à obtenir ce que tu veux," dit-elle.
"C'est ma façon de montrer mon affection. Avec toi, au moins. Et je pense que tu devrais montrer ton affection pour moi en me laissant faire quelque chose…"
"Oh, pour l'amour de... Si tu la fermes, je te laisserai conduire ma voiture."
"Vraiment ?"
"Non. Bien sûr que non. Tu es un bleu ?"
Bella sourit. Elle ne ressentait toujours pas le besoin de rivaliser avec Edward pour avoir une chance de bricoler les engins et les interrupteurs. Ce qu'elle avait entre les mains réussissait bien mieux à capter son intérêt : des notes de Carlisle sur l'effet de l'énergie temporelle et sauvage sur les humains. Elle apprenait de nouvelles langues au fur et à mesure, faisant des allers-retours entre les notes et les dictionnaires. Il avait mélangé au moins cinq langues différentes dans ce qu'elle avait lu jusqu'à présent.
En balayant page après page, des bribes de conversation et de connaissances de sa propre vie se tissaient avec l'écriture précise de Carlisle, Bella se souvenait de la façon dont l'énergie avait empêché les loups de se transformer. Elle les affaiblissait lorsqu'ils étaient sous forme humaine.
Elle se demanda si l'énergie était en conflit avec leur corps parce qu'elle provenait d'un vampire - si introduire leur sang dans une personne normale et non surnaturelle faisait disparaitre les lésions non pas parce que les loups pouvaient se guérir eux-mêmes, mais parce qu'ils étaient construits pour tuer ce qui venait de cette énergie destructrice de vie.
Passant de ses notes à Edward, Bella dit un merci silencieux au fait que sa transformation était complète - que le peu qui restait du sang de Paul n'était pas parti en guerre avec le venin de Rosalie.
"Edward Rosalie Masen," dit Rosalie. " Rends-moi ça."
"Edw... quoi ?"
Profitant de sa distraction, Rosalie lui arracha la clé des mains. "Quoi, tu ne veux pas prendre mon nom ? C'est moi qui aie fait de toi un vampire."
"C'est mignon," dit Emmett, en entrant dans le laboratoire. "On pourrait t'appeler Eddie Rose."
En reprenant la clé à Rosalie, Edward se moqua. "Ouais. Tu fais ça. Nous verrons comment ça te convient, étant donné que j'ai un accès illimité à tes pensées…"
Bella sourit alors que la jambe de Rosalie s'avançait sur le sol pour donner un coup de pied au tibia d'Edward. Ces deux-là étaient en train de reprendre le chemin de la normalité - quelle que soit la normalité entre eux.
Après avoir pris la place habituelle de Rosalie et allumé son ordinateur, Emmett fronça le nez.
"Tu regardes les affaires de Carlisle ? " demanda-t-il.
"Ouais. Je réfléchis aux loups. Tu crois qu'il a encore des échantillons de leur sang ?"
"S'il y en avait, tu le sentirais. Fais-moi confiance. Même dans un flacon scellé. Quand nous sommes arrivés ici, il avait encore un peu de ce grincheux…"
"Paul. Hmm. Je vais devoir l'appeler et lui demander. J'aimerais qu'on puisse faire entrer Alistair dans le labo aussi mais je ne vois pas cela arriver de sitôt".
"Ouais. Ça ne l'intéresse pas vraiment qu'on le trouve. Et Demetri est un petit peu inutile…"
Alors que la voix d'Emmett faiblissait, Edward abandonna sa bataille, s'assit et fixa la lueur verte de l'ordinateur comme s'il se préparait à une nouvelle guerre. Une de ses mains frotta son visage, laissant une traînée de graisse de moteur dans son sillage. En voyant cette tache de noir, Bella se sentit un peu mieux, d'une manière étrange. Comme si c'était un fragment de maison - un vestige de leur ancienne vie.
Emmett éclata de rire, en tapant sa paume contre le bureau assez fort pour faire trembler l'écran.
"Nous sommes une bande d'idiots !"
"Quoi ?" demanda Bella. "Pourquoi ?"
"Aucun de nous n'a pensé qu'Edward pouvait lire dans l'esprit de Demetri !" dit Emmett, en agitant ses bras vers l'homme en question. "Eh bien, moi oui, mais pas jusqu'à maintenant."
"Oh, mon Dieu !" dit Rosalie, en sortant de sous la machine. "Nous sommes des idiots !"
Rosalie se frotta le front, laissant une tache de graisse qui correspondait à celle d'Edward. Emmett gloussa mais il laissa la marque où elle se trouvait lorsqu'il fit rouler sa chaise vers elle.
Bella se demanda s'ils y auraient pensé plus tôt, s'ils n'avaient pas eu à faire face à des problèmes de deux vampires nouvellement nés - si elle et Edward étaient venus aux autres complètement formés, déjà en contrôle de leur force et de leur soif. Tournant sur sa chaise, Emmett montra une fossette à Bella.
"Road trip".
