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20 / Oh ne me quitte jamais
"Prends ma main," dit Rosalie, enlaçant ses doigts à ceux d'Edward.
Le clair de lune à travers les arbres transformait la neige en un champ de paillettes, ressemblant presque à un soleil qui rebondissait sur la peau de Rosalie. Jusqu'à présent ils avaient voyagé au bord de la civilisation, gardant Edward loin de la tentation du sang humain. Seuls Emmett et Jasper les avaient accompagnés pour trouver Demetri. Les autres attendaient chez eux. Plus ils allaient loin, plus Edward regardait par-dessus son épaule et frottait le centre de sa poitrine.
Edward regarda leurs mains jointes. Alors qu'un côté de sa bouche se soulevait, il donna un coup de coude à Rosalie.
"Je suis flatté," dit-il, "Mais ne t'ai-je pas déjà dit que j'étais pris ?"
Elle lui pinça le côté. "Idiot !" La façon dont sa voix se réchauffait autour de l'insulte, elle savait que cela ressemblait plus à de l'affection. Esquivant sa boule de neige en représailles, elle ajouta : "Je veux que tu me serres la main quand tu obtiendras ce dont nous avons besoin de Demetri. Ne lui fais pas savoir que tu peux voir ses pensées. Et ne mentionne pas non plus le don de Bella. Je ne veux pas qu'Aro vous récupère pour avoir vos dons. En fait ça serait sûrement mieux que tu ne parles pas du tout."
La neige et les arbres les amenèrent plus loin vers le nord à l'endroit où l'un de leur contact l'avait vu traquer un don potentiel. Derrière son dos, Rosalie croisa les doigts de sa main libre et souhaita que tout se passe bien. Cela devait fonctionner. Il le fallait.
Ils trouvèrent leur cible en attente au bord d'une ville fantôme canadienne, appuyé contre un mur de briques calcinées, les bras et les chevilles croisés. Il regarda Edward comme s'il repérait un repas frais. "Un nouveau ?" demanda Demetri. "Un don particulier ?"
Rosalie se moqua. "Des dons," dit-elle, la voix trop aiguë et trop claire. Elle avala une bouchée de venin, réprimant une grimace à la brûlure. "S'il te plaît. Je dois lui tenir la main sinon il s'enfuit." Roulant des yeux elle se sentit se détendre dans le mensonge comme essayer une autre veste, une vie différente. Elle essaya de paraître sincère, de lisser les aspérités. "Tu sais comment sont les nouveau-nés…"
"En effet." Le regard de Demetri – des yeux rouges-rouges – ne quittaient jamais Edward. Dans la semi-obscurité avec sa peau jaunâtre et son sourire constant, Demetri ressemblait aux monstres dont Rosalie pensait avoir rêvé quand elle était petite et humaine.
"C'est bon de te voir Rosalie," dit-il. "Je pensais que nous t'avions perdu pour toujours."
"Hum pas de chance." La peur enduisait sa langue, douce et épaisse. Elle ne pouvait pas dire si c'était la sienne ou celle des restes du récent repas de Demetri – le goût du cri de la mort de l'homme suspendu en l'air. "J'ai bien peur d'être toujours là. Et puisque tu es ici aussi tu sais que je vais te harceler avec cette question que je te pose toujours."
Demetri plia ses bras puis s'étira complètement. Le mouvement était lent et luxueux comme s'il tirait du plaisir à se faire attendre. Il le faisait probablement. A côté d'elle, seuls un tic de la bouche d'Edward et une contraction de sa mâchoire indiquaient ce qui aurait pu passer dans la tête de Demetri.
"Et j'ai bien peur de devoir t'offrir ma réponse habituelle," déclara Demetri. "Si Alistair voulait être trouvé il viendrait à toi. Je ne suis pas ici pour te servir." Se penchant en avant, il tourna finalement son visage vers Rosalie. Son sourire facile et son rire indulgent la laissèrent se demander s'il s'imaginait tapoter sa tête, lui donner un nouveau jouet et ensuite la renvoyer jouer. "Pourquoi es-tu si désireuse de tout arranger ? Laisse le monde des humains continuer à s'écrouler tant que le sang continue à couler. Tu serais plus contente si tu cédais à ta vraie nature."
"Et si les humains s'entre-tuent hein ? Tu seras obligé d'adopter mon régime alimentaire et aller contre ta soi-disant nature." L'irritation la gagnait quand elle ferma sa bouche, les mots voulant être libérés. Luttant pour garder les apparences amicales, elle roula des épaules comme si elle croyait pouvoir dissiper la tension dans son corps en relâchant ses muscles qui ne pouvaient jamais se fatiguer. "Les humains ne sont pas les seuls à être touchés par les tempêtes. Jasper a perdu sa compagne pendant des années quand elle a été engloutie par le temps."
"Pendant des années," déclara Demetri en se redressant. "Alice est de retour maintenant ?" Il ferma les yeux puis hocha rapidement la tête. "Au Montana."
Rosalie garda son expression impassible tandis que ses pensées suivaient une douzaine de possibilités à la fois. Le bouclier de Bella ne protégeait pas Alice. Peut-être que cela ne fonctionnait que sur ceux qu'elle aimait ou seulement en cas de grand danger car c'était une chose inconsciente. Peut-être qu'Alice était loin d'elle… à la chasse. Peut-être que quelque chose leur était arrivé à l'une ou aux deux.
"Oui," dit Rosalie "Mais ne m'as-tu pas dit la dernière fois que nous nous sommes rencontrés que des membres de la garde avaient disparu ?"
Edward serra sa main – fort.Sa chair grinça sous sa poigne, une petite fissure zigzaguant dans sa paume comme une tempête.
"Oui je l'ai dit," déclara Demetri, appuyant son dos contre le mur. Son regard se tourna de nouveau vers Edward. "Peu importe. J'ai donné ma parole à Alistair."
Rosalie se demanda quand sa parole avait compté pour quelque chose. Alors qu'il se concentrait sur Emmett et Jasper, Demetri pensa demander pourquoi elle avait avec elle des gardes du corps silencieux – pourquoi ils n'étaient pas au laboratoire, pourquoi Jasper n'était pas avec sa compagne disparue depuis si longtemps. Sur ce Rosalie se lança dans son au revoir standard.
"Si tu changes d'avis…"
"Je ne le ferai pas."
Puis Jasper inventa quelque chose à propos d'une chasse et Rosalie se retrouva à tirer Edward alors qu'elle courait à moitié à la recherche de quelque chose à tuer, à moitié concentrée à s'échapper. Une fois qu'ils furent hors de portée de son ouïe, Edward les stoppa net.
"Seigneur," dit-il. "Quel menteur !"
Emmett rigola. "Ouais, raconte-nous quelque chose que nous ne savons pas."
Edward serra ses lèvres et secoua la tête comme pour dire : "Si tu demandes…"
"Apparemment c'est Alistair qui contrôle les tempêtes."
X-X-X
X-X-X
Alice se frotta le front et plissa les yeux comme si elle essayait de voir quelque chose au loin. En serrant ses poings elle grogna.
"Est-ce que tu vas bien ?" demanda Bella.
"Ouais. Très bien. J'essaie juste de chercher Alistair. A l'époque où nous travaillions ensemble il est devenu expert pour m'esquiver, en prenant plusieurs décisions à la fois. On dirait qu'il le fait toujours. Sans parler, mon pouvoir n'est tout simplement pas ce qu'il était avant l'Impulse."
Croisant ses bras agités contre sa poitrine, Alice baissa la tête. Bella ne pouvait s'empêcher de penser à tout ce qui avait mal tourné lorsqu'ils avaient trouvé Renée. Touchant le bras d'Alice, elle prépara un mensonge apaisant comme elle aurait autrefois préparé de la nourriture réconfortante.
"C'est…"
"Oh !" Alice sauta de sa chaise et rebondit sur ses pieds. "Nous allons avoir un visiteur. D'ici une minute."
Bella plissa les yeux. "Bon ou mauvais ?"
"Bon. Quelqu'un qu'on connaît en fait."
Le visiteur ne frappa pas. Tanya entra comme si elle était la voisine envahissante et joyeuse des sitcoms. Il fallut quelques secondes à Bella pour se rappeler où elle avait vu ces boucles blondes et cette bouche toujours souriante. Ses souvenirs de Tanya étaient peu nombreux, dispersés dans des images plus puissantes de la mort d'Embry et du retour de Jessica.
Dans une main Tanya tenait une boite qui puait la mort et la décomposition. Bella plaqua une main sur sa bouche et son nez souhaitant presque pouvoir vomir pour se débarrasser de cette odeur.
"Oh je sais…" dit Tanya, prenant Alice dans ses bras avant de faire de même avec Bella. "Horrible pas vrai ? Du sang de loup. De celui qui est grincheux et qui pue autant. Carlisle m'a demandé de vous l'apporter. Je suis heureuse de m'en débarrasser. Mon dieu tu fais un joli vampire, pas vrai Alice ? Vraiment ça te va…"
"Salut," dit Bella.
Tanya gloussa. "Salut." Posant la boite elle prit une des mains de Bella entre les siennes. Les lignes de son beau visage s'adoucirent jusqu'à ce que son sourire disparaisse. "Comment vas-tu, vraiment ? J'ai vraiment été désolée d'apprendre pour Jessica."
"Je vais bien."
"Bien Irina envoie aussi son amour. S'il y a quelque chose que nous puissions faire…"
Tanya laissa planer son offre dans l'air. Bella l'accepta en disant merci, tournant son attention vers la boite et laissant échapper un soupir quand Alice entraîna Tanya dans une conversation sur un sujet différent.
A l'intérieur des couches et de ruban adhésif une fiole scellée du sang de Paul était enveloppée dans une note de Carlisle.
Chère Bella.
Comme tu l'as demandé voici mon dernier échantillon de tes amis. Si tu as des questions n'hésite pas à me contacter. Je serai ravi de t'aider.
Carlisle.
Ça y était. Il était temps de tester sa théorie. En grimaçant, elle déboucha le flacon et déposa une goutte de sang sur sa langue. Un feu pourri et accablant jaillit dans sa bouche. C'était comme si elle voulait sortir de son corps – comme si ça voulait la déchirer.
Alors que l'enfer se calmait Tanya et Alice la regardèrent avec incrédulité, Bella repensa à la façon dont Alistair avait dû boire des seaux de sang afin d'alimenter la force derrière la tempête. Elle pensa aussi à la façon dont elle pensait que le sang de loup pouvait interagir avec l'énergie temporelle – comment leurs corps essayaient de la combattre parce qu'elle provenait de quelque chose qu′ils étaient génétiquement programmés à combattre. Et elle pensa à sa propre voix tremblante - demandant à Rosalie de ne jamais lui permettre d'aller à Yellowstone où étaient les loups.
"Bella ?" dit Alice, en haletant les yeux écarquillés. "Pourquoi ma vision de toi est-elle devenue noire ? Qu'est-ce que tu prévois ?"
En regardant ce qui restait du sang Bella redressa les épaules. "Un voyage."
X-X-X
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"Je persiste à dire que c'est fou."
Même avec son ouïe de vampire Bella perdit presque les mots d'Alice dans le vent sifflant à ses oreilles. Ses poumons fonctionnaient à la façon ancienne, gérant l'air en même temps que ses jambes se déplaçaient.
Jake ne la tuerait pas. Elle en était presque sûre. C'était seulement ses poumons qui n'en étaient pas convaincus.
"Alors pourquoi es-tu venue ?" demanda Bella.
"Tu plaisantes ? Edward et Rosalie se disputeraient pour savoir lequel des deux ferait griller mon cadavre si je te laissais partir seule après que je n'ai absolument pu rien voir. Sans parler de Garrett – qui soit dit en passant, se rend juste compte que nous ne sommes pas sorties pour chasser. Il s'inquiète."
"Merci bien pour la culpabilité."
"De rien."
"Je pense que ça va bien se passer," déclara Tanya, les bras écartés comme pour saluer la forêt et embrasser le grand courant d'air violent. "Tu as dit que tes visions sont erratiques et que Jacob Black n'est pas aussi mauvais que tu le penses."
"Tanya !" Le nez d'Alice se plissa comme si elle avait senti l'odeur de Jake. "Dis-moi que tu ne l'as pas fait… !"
"Dis-moi que tu l'as fait," dit Bella. "Si Jake a couché avec l'ennemi alors il pourrait ne pas être aussi énervé contre moi d'être devenue l'une de vous."
Tanya lui donna un coup sur la tête, ébouriffant ses cheveux. "Je lui ai parlé à quelques reprises de nos règles et du traité. Rien de plus."
Avant que Bella ou Alice ne puissent répondre elles tombèrent sur une puanteur si puissante que sa force les frappa comme si elles se heurtaient à un mur.
"Vous deux grimpez dans les arbres," dit Bella. "Je ne veux pas que vous soyez en bas quand ils vont arriver."
"Tu réalises qu'ils peuvent mettre le feu à l'arbre sur lequel nous seront perchées ?"
"Grimpez quand même. Je me sentirais mieux si vous êtes hors de leurs crocs. Ils sont moins susceptibles de m'attaquer."
J'espère, ajouta-t-elle dans la sécurité de son esprit.
Tandis qu'Alice et Tanya grimpaient, Bella enroula ses bras autour d'elle et fit un tour complet. Rester exposée à cette odeur nauséabonde lui donnait l'impression qu'une attaque pouvait se produire à tout moment, de n'importe quel côté. Elle ouvrit la bouche. Rien n'en sortit.
"J'ai oublié les paroles," dit-elle, après quelques minutes de tentatives pour trouver les bons mots et les sentant glisser à travers ses doigts. "Que de stupides mots. Merde. Je ne me souviens d'aucune des chansons qu'on a toujours chantées pour les appeler."
Même si elle savait que cela ne lui ferait pas aimer Jake, Bella chanta la seule chanson qui n'était pas poussiéreuse et tordue. Une vieille blague, pensa-t-elle.
"Combien pour ce petit chien dans la vitrine ? Qui me regarde en frétillant ?"
Des battements de cœur et des pas rapides interrompirent la chanson. Le loup qui grognait et se cognait contre les arbres était gris foncé. Pas Jake. Bella eut juste le temps de penser au nom de Paul avant qu'il ne soit là, juste devant elle, sa gueule claquant, son odeur et sa chaleur envahissantes. Les lèvres de Bella se retroussèrent, révélant ses propres dents acérées alors qu'un grognement s'élevait dans sa gorge sans qu'elle ne le souhaite.
"Stop !"
L'ordre grave alla droit dans les os de Bella. Elle garda ses dents à nu mais Paul recula comme tiré par une chaîne. Jake avança dans la lumière, sa bouche devint une ligne dure, son regard fixé sur Bella.
Paul la regardait comme il l'avait fait pendant des années mais il y avait plus maintenant et ça brûlait autant que son sang. Dans une autre vie, Jake avait affirmé que Paul ne détestait que l'association de Bella avec les vampires.
Il ne la haïssait pas. Eh bien, maintenant il le faisait, supposa-t-elle.
Se balançant d'une branche, Alice désigna les loups du doigt. "C'est vous. Tout est devenu noir dès que vous êtes arrivés ici."
"Hein ?" dit Jake.
"Elle peut voir l'avenir…" indiqua Bella. "Sauf le tien, je suppose."
Jake s'approcha trop près. La chaleur qui se dégageait de lui incitait Bella à courir, courir, courir. Sors de là. Sauve-toi. En serrant les dents, elle tint bon. C'était toujours Jake et elle était toujours Bella.
"Pourquoi es-tu venue ici ?" demanda-t-il. Sa voix avait-elle toujours été aussi grave ?
"Jessica est morte," déclara Bella. Regardant l'ombre passer sur son visage, elle frictionna la partie de sa poitrine qui se sentait encore ancrée à Edward. Cela ne rendait pas les mots meilleurs ou plus faciles mais cela l'aida à rester immobile.
Tout près, quelque chose avec un cœur aussi gros et lent que celui de Jake laissa échapper un gémissement. Seth, à moins que Bella se trompe.
"Je sais que tu ne veux pas me voir," dit Bella, "Mais depuis que j'ai changé, j'ai trouvé quelques idées sur la façon de stopper les tempêtes. Le seul problème, c'est que j'ai besoin de toi pour le faire."
"Pourquoi ?"
"J'ai besoin de ton sang."
Inutile de tergiverser ou de tourner autour du pot. Le sang était la raison pour laquelle il l'avait quittée… elle se souvenait de cela. Le sang les avait liés dans un combat pour sauver une jeune fille mourante. Le sang l'avait fait partir de sa vie.
Les narines de Jake se dilatèrent et sa température grimpa mais il ne se détourna pas, ne partit pas alors Bella se dépêcha d'expliquer le pouvoir d'Alistair et ses théories sur la façon de réparer le monde.
"Alors ils ont fait ça ?" demanda Jake. "Tout ? Tout est de leur faute ?"
"Oui, et je te demande de m'aider à l'arrêter." Une corde se tendit en elle, protestant contre le fait de parler de Rosalie comme si elle était impardonnable. "Tu n'auras plus à te cacher. Si ça marche, tu pourras te transformer quand tu voudras - ou pas du tout, si tu veux arrêter complètement."
Jake frôla la joue de Bella du bout du doigt. Le feu suivit le chemin que les larmes avaient l'habitude de prendre. Son visage avait toujours la même expression que lorsqu'elle lui avait annoncé la mort de Jessica.
"Je devrais les tuer pour t'avoir fait ça…" lui dit-il.
"Je l'ai demandé. Edward était mourant. Tu ne revenais pas. Pour qui devais-je rester humaine ? Et elles…" elle fit signe vers Alice et Tanya, "… n'ont rien à voir avec ma transformation, alors oublie tes idées lumineuses. Je peux encore te botter le cul."
La joue de Jake se tordit sous la menace d'un sourire qui n'allait pas jusqu'au bout. "Encore ? Quand est-ce que tu l'as fait ? Tes souvenirs se sont vraiment perdus pendant la transformation, n'est-ce pas ?"
"Tu m'as manqué," dit-elle, parce que c'était vrai. "Idiot !" En retenant son souffle, elle se risqua à le pousser avec son épaule. "Ecoute, je suis toujours moi, que tu le croies ou non. Et je te jure que tu vas être en sécurité. Probablement plus en sécurité qu'ici." Les mots lui semblaient familiers sur sa langue. Avaient-ils déjà eu...cette discussion avant, dans une autre vie ? "Juste une expérience. Accorde-moi ça. Je suis désolée pour la façon dont nous avons laissé les choses avant. Je le suis vraiment. C'est tellement plus important qu'une stupide rancune. S'il te plaît, Jake. Si ça ne marche pas, je te laisserai tranquille pour toujours."
Lorsque Jake fit passer son poids sur un pied puis sur l'autre, sa chaleur passa sur Bella comme le soleil qui se lève et se couche, encore et encore. Libérant un long souffle entre ses lèvres pincées, il leva la main comme pour l'éloigner. Un bruissement provenant des buissons amena un loup à la fourrure couleur sable qui se dirigeait avec force vers eux sur des pattes trop grandes. Seth se tenait à côté de Bella, sa truffe humide lui donnant des coups sur le bras. Faisant de son mieux pour se souvenir comment être gentille, Bella toucha le poil raide sur le côté de son cou. Le bruit et les pulsations de son sang et de son cœur ne la tentaient pas.
"Pourquoi ne suis-je pas surpris ?" dit Jake. " Bells, je ne sais pas. Merde ! Tu penses vraiment que ça pourrait marcher ?"
"Il n'y a qu'une seule façon de le savoir…"
Les deux mains de Jake passèrent dans ses cheveux inégaux. Il avait toujours l'air fort mais son corps était plus maigre, elle pouvait voir les côtes sous sa peau lorsqu'il s'étirait. Le short troué qui pendait bas sur ses hanches semblait tenir principalement par chance.
"Je ne promets rien," dit Jake. "Si je pense que nous ne sommes pas en sécurité, nous partirons. Si l'un des suceurs de sang... ne me regarde pas comme ça, Tanya. N'importe lequel d'entre eux tue un humain innocent, nous feront ce pour quoi nous avons été faits. La participation sera strictement volontaire. Toute personne qui souhaite rester ici peut le faire. Seigneur, qu'est-ce que je fais… ?"
"Quand tu dis humains innocents," dit Bella, en pensant à Mary, "les Raiders comptent-ils ?"
"Putain, non. Le moindre des deux maux, tu te souviens ?"
Elle s'en souvenait. En quelque sorte.
Un loup élancé à la fourrure argentée s'approcha d'eux et mordit les talons de Seth. Leah. Bella s'y attendait. Si Seth devait partir avec les vampires, sa grande sœur le suivrait pour s'assurer qu'il était en sécurité. Ce à quoi Bella ne s'attendait pas, c'est le loup brun foncé qui avait grogné et ronchonné à son approche mais cognait à présent son front contre son épaule. Quil. Il ne la regarda pas, pas plus qu'il ne l'avait fait quand elle était humaine mais c'était suffisant.
Une partie d'elle qui n'était pas morte dans la fournaise s'attendait à ce qu'Embry débarque sous forme humaine, à moitié vêtu et souriant, prêt à raconter à Edward toutes les histoires embarrassantes de Bella qu'il avait dans son arsenal. Le coup de feu qui ricocha dans son esprit était silencieux.
"Tu restes ?" dit Jake à Paul. Lorsque ce dernier répondit en s'éloignant, Jake se retourna vers Bella. "Très bien. Je ferais mieux de ne pas le regretter."
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"Les Volturi ont donné un temps limite à Alistair," expliqua Edward. Il continuait à courir tout en expliquant, avançant... mais pour Rosalie, il ressemblait à quelqu'un sur une estrade en train de donner une conférence à un groupe d'étudiants. "Ce n'était pas une vraie date limite - ils ne voulaient pas le tuer et risquer d'être coincé avec les tempêtes pour toujours".
"Je parie qu'ils ont commodément laissé cet aspect de côté," déclara Emmett.
"Oui, il pensait que c'était très réel." Edward remonta ses manches longues jusqu'aux coudes. "Après l'Impulse, ils l'ont emmené en Italie et lui ont dit : "Hé, tu ferais mieux d'apprendre à contrôler ces tempêtes jusqu'à cette date ou tu seras puni." Donc, il l'a fait. Il est allé travailler avec les Fédéraux pendant un certain temps, bien que les Fédéraux n'aient toujours aucune idée de ce qu'il est vraiment, pour autant que Demetri le sache."
"Je me demande s'ils le tueraient pour ça", dit Jasper. "Jusqu'où le laisseraient-ils aller ?"
Edward haussa les épaules. "Demetri ne l'a pas laissé aller assez loin pour être puni, je pense. Quoi qu'il en soit, Alistair a travaillé avec l'énergie, a fait des expériences sur les voyageurs du temps... il est en fait responsable de l′interdiction des Fédéraux pour l'expérimentation de sources non officielles, d'après ce que j'ai pu glaner."
"Demetri l'a suivi pendant des années, le surveillant et ils sont devenus amis. Vraiment des amis, en fait. Demetri quitterait probablement les Volturi pour fonder un clan composé uniquement de lui-même et Alistair mais il s'inquiète de quelque chose en rapport avec un certain Marcus ? Et Didyme ?"
En se frottant le front comme s'il essayait d'ouvrir à nouveau les pensées de Demetri, Edward prit de la vitesse.
"Ça ne s'est pas bien passé pour eux quand ils ont essayé de partir, je suppose. Il reste donc avec les Volturi aussi longtemps qu'ils laissent Alistair tranquille".
"C'est probablement un choix judicieux," dit Jasper.
"Oui, j'ai cette impression. Donc, quand Alistair travaillait avec les Fédéraux, il a compris comment prédire quand et où les tempêtes vont entraîner quelqu'un à travers le temps. Cela a satisfait les Volturi pendant un certain temps, il a pu les avertir et leur dire d'évacuer. Il y a quelques années, il a réussi à rediriger une tempête pour la première fois. Donc, plus de dégâts dus à la tempête à Volterra. Le fait est que, il devait cependant mettre plus d'énergie dans la terre afin de la propulser là où il le souhaitait."
Rosalie faillit s'arrêter. C'est pourquoi les niveaux d'énergie n'avaient pas baissé au fil des ans. C'est pourquoi d'énormes tempêtes avaient commencé à apparaître sans avertissement, sans pic dans les relevés.
"Quand il redirige une tempête, cela n'entraîne personne dans le temps du tout," dit Edward. "C'est pourquoi il n'y a pas eu autant de voyageurs dans le temps. Cela cause encore beaucoup de dégâts, cependant. Tant que cela n'a pas d'impact sur les Volturi, ils sont d'accord, je suppose. Jusqu'à présent, son approche a fonctionné. Aucun des gardes n'a disparu, sauf la première, et elle est de retour maintenant. Demetri a menti à ce sujet. Il ne te fait pas confiance, Rose. Il pense que tu veux juste utiliser Alistair pour essayer de redevenir humaine et que tu ne lui apporteras que des ennuis supplémentaires."
Bien sûr. Elle aurait dû savoir qu'il penserait cela. C'était, selon elle, quelque chose de raisonnable. Elle avait passé tant de temps, perdu tant d'années à essayer de revenir en arrière, à l'époque où elle était encore chaude, douce et fragile.
"Alors, où est Alistair ?" demanda Emmett.
"Près d'Ithaca. Fillmore Glen State Park."
Leur premier laboratoire. Le poste de combat que Rosalie avait mis en place avec Carlisle, Emmett, Jasper et Alice après l'Impulse. Prenant la main d'Emmett et d'Edward, Rosalie se précipita vers la maison.
Le voyage de retour dans le Montana semblait s'éterniser, passant par des bribes de conversation et disséminant les animaux. Lorsqu'ils atteignirent enfin la forêt qui leur servait de terrain de chasse, le cœur de Rosalie tomba à terre. Des loups. La puanteur des loups était partout dans les arbres, sur toute leur terre. Elle courait encore plus vite qu'Edward, désespéré d'atteindre les autres. Ses pieds ne ralentirent que lorsqu'ils arrivèrent à portée de voix et une brise faite des rires de... Tanya ?
A l'intérieur, ils trouvèrent Seth se prélassant sur le canapé, se gavant d'un épais sandwich et permettant Tanya de peindre ses ongles de pied d'un rose chatoyant. Alice et Mary surveillaient tout le monde, leurs dos appuyés contre le mur du fond. Garrett, les bras croisés dans une position qui reflétait celle de Jake, se tenait entre Bella et le reste des loups.
"Qu'est-ce qu'on a manqué ?" demanda Rosalie alors qu'Edward passait devant Garrett et s'attaquait à Bella avec des baisers.
Tanya prit son temps pour tremper le pinceau dans le vernis et tapoter le grand ongle de pied. "Oh, nous avons tant de choses à vous dire."
Rosalie rit. "Ouais, eh bien, nous aussi."
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"Ferme les yeux," dit Jasper, sa voix comme le grondement lointain d'un océan. "Ne réfléchis pas. Ne te force pas. C'est ton pouvoir, tu t'en es toujours servi."
"Qu'est-ce que je suis censé chercher ?" demanda Bella. Tout ce qu'elle voyait c'était du noir.
"Je ne sais pas. C'est ton don, pas le mien."
Bella ouvrit une paupière pour le regarder fixement. "Tu es d'une grande aide. Je pensais que tu étais un expert pour apprendre aux nouveau-nés à utiliser leurs talents."
"Je le suis mais chacun est différent. Je me suis généralement concentré sur des dons plus... violents." Par-dessus la table, il toucha son œil fermé avec un doigt. "Mais ton don est tout aussi précieux. Si Demetri ne peut pas nous suivre, il ne pourra pas nous voir nous diriger vers son ami. Nous ne voulons pas qu'il sache pour les loups. Pas avant que nous ayons tout arrangé. Tu as protégé Rosalie et Edward. Tout ce que tu as à faire, c'est de nous y amener."
"Oh et c'est tout ?"
"Chut. Pas de bla-bla."
"Ou sinon quoi ? Je serai punie ?"
Un amusement qui n'était pas le sien bouillonnait autour de ses épaules et lui chatouillait le menton. Bella savait que c'était important. Cela pourrait les empêcher de se mettre du mauvais côté d'un membre des Volturi. Si Demetri décidait de les combattre pour protéger Alistair d'une menace qu'il avait perçue il ne viendrait pas seul. Faire des blagues permit de relâcher une partie de la tension qui s'enroulait dans sa gorge même si cela ne servait à rien d'autre.
"Je vais te faire écrire des lignes," dit Jasper. "Je ne serais pas insolente avec Jasper. Mille fois." En se raclant la gorge il tapa des pouces contre le rebord de la table. "Très bien, garde à l'esprit que tu n'as pas besoin de protéger tout le monde. Juste les personnes que Demetri a rencontrées. Il ne peut pas suivre les gens qu'il ne connaît pas. Maintenant pense à Alice et Edward. Trouve-les dans la maison. Se passe-t-il quelque chose de différent ?"
Le souvenir de Jessica ricana dans l'esprit de Bella, la poussant à dire : "Oui Alice est mignonne et tout, mais je n'ai jamais voulu faire rebondir une pièce sur son cul," mais elle réalisa qu'il y avait quelque chose de différent. Quand elle pensait à Jessica elle voyait une lumière bleue faible et vacillante. Edward, Emmett, Rosalie, Garrett et les loups inspiraient la même réaction une fois qu'elle y regardait de plus près.
La lumière de Jessica était différente – vide, comme des mots sans voix ni souffle. Il ne restait plus rien à protéger. Bella enroula ses bras autour d'elle et serra fort.
Il lui fallut plus d'une heure pour y arriver mais lorsqu'elle se concentrait et calmait l'instinct qui lui criait "non, non, non" elle put faire clignoter d'autres lumières.
"Que se passe-t-il ?" demanda Edward quand elle réussit à éteindre sa lumière mais pas celle des autres. "Où est-ce que tout le monde est parti ?"
"Oh !" fit Bella en ouvrant les yeux.
Jasper se pencha en avant. "Tu as fait quelque chose ?"
"Je pense."
"Bien. Recommence et peut-être que tu n'auras pas autant de lignes à écrire…"
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Encore et encore Jasper encouragea Bella à développer son don - inclure plus de gens et le faire durer plus longtemps. Allumer les lumières s'avéra plus difficile que de les laisser s'estomper. Trois kilomètres était sa limite même avec Edward. Après cela elle ne pouvait plus protéger personne, peu importe combien elle essayait. La lumière creuse et sans vie de Jessica était l'exception.
Bien avant qu'elle se sente prête Jasper déclara qu'elle l'était. Tanya retourna vers Carlisle et Irina tandis que les autres emballèrent ce dont ils ne pouvaient pas se passer et se dirigèrent vers New York. Pendant qu'ils couraient, Bella ne pensait qu'à ces lumières bleues, les gardant allumées. Même lorsqu'elle se sentait prête à lâcher prise, elle ne laissait jamais la lumière de Jessica s'éteindre. Pas une fois. Elle continuerait à protéger son amie même s'il n'y avait plus rien à protéger.
Ithaca était un cratère vide, peuplé de morts. Aucun animal ne s'aventurait à l'intérieur de la fumée jaune et du frêne brûlé. En voyageant le long du périphérique ils se dirigèrent vers ce qui avait été le premier laboratoire de Rosalie.
La faune commençait à revenir autour de l'ancien parc de l'état mais aucun humain n'était là pour tenter Bella. L'ancien laboratoire était un chalet délabré, agrandi en un immense bâtiment fait en bois avec de nombreuses fenêtres récupérées. Dans une clairière sur le côté, Bella remarqua une rangée de boites en bois qui ne pouvaient être que des ruches d'Emmett.
Avant qu'ils puissent frapper ou entrer, Alistair sortit pour les saluer. Il n'était pas comme Bella s'y était attendue. Elle l'avait imaginé plus grand que tout – un destructeur de mondes. Pas un homme maigre et pâle aux cheveux noirs et clairsemés.
De toutes les choses qui devaient traverser la tête de Rosalie en le revoyant ce qui sortit de sa bouche en un halètement ne fut que deux mots.
"Tes yeux."
Les yeux d'Alistair étaient couleur miel sans aucune trace de rouge.
"Pas beaucoup d'humains par ici," dit-il d'une voix rauque un peu à la manière d′Emmett. Ses lèvres bougeaient difficilement comme s'il n'était plus habitué à parler. "Que voulez-vous ?"
"Pas redevenir humaine, si c'est ce à quoi tu penses."
Avec un ricanement dégoûté Alistair détourna son regard vers les loups. "Ces choses…" dit-il, "… sont définitivement contre les règles."
"Ce ne sont pas des loups garous," dit Edward. "Pas comme tu le crois. Il ne se transforment pas avec la lune et ils ne sont pas… " il plissa les yeux et se pencha plus près comme s'il essayait d'entendre un murmure. "Ils ne sont pas maudit. Ils peuvent redevenir des humains ordinaires."
"Un télépathe," déclara Alistair en ricanant. "Comme c'est original !"
"Juste une expérience Alistair," dit Rosalie en poussant Edward derrière elle, en avançant.
"Une petite. Avec une souris. C'est tout ce que nous demandons. Si ça ne fonctionne pas on te laissera tranquille pour toujours. Mais dans le cas contraire nous serons capables d'arrêter ces tempêtes pour de bon."
Pendant qu'ils se jaugeaient, Bella sentit quelque chose scintiller dans l'air – quelque chose la poussant vers le point de vue de Rosalie même si elle le faisait déjà. Elle réussit à éviter de lancer un regard suspect à Jasper. Enfonçant ses ongles dans la paume de sa main elle se concentra sur les petites lumières bleues. Lueur, lueur, lueur.
"Une," déclara Alistair. "C'est tout. Après l'échec tu me ficheras la paix."
"C'est d'accord."
X-X-X
X-X-X
Les loups prélevèrent leur sang. Même Bella n'était pas autorisée à rester à proximité pendant le processus. Elle était assise dans le laboratoire regardant Alistair expliquer sa méthode à Rosalie d'un ton haché. Le mât au centre du laboratoire ressemblait à une version primitive de la chose qu'Emmett avait baptisée le gode de Satan à Pendleton. Quand Alistair voulait contrôler une tempête potentielle il s'accrochait à lui comme la vieille machine à pommade remplie de sang et regardait profondément l'énergie qu'il avait libérée des années auparavant.
Pour une fois Rosalie laissa Edward aider à installer les machines. Alors qu'ils travaillaient le monde revint au printemps. Bella commença à se rappeler ce que c'était de se sentir fatiguée. Chaque heure chaque jour elle gardait les lumières allumées, se concentrant sur le fait de protéger tout le monde. C'était comme fléchir un muscle qu'elle ne savait pas avoir. Au lieu de devenir plus fort, on aurait dit qu'il était prêt à se casser.
"Tu te sentirais mieux si tu buvais du sang humain," lui dit Alistair.
"Quoi ?"
"Cela t'aiderait avec tout ce qui te fatigue autant. C'est notre carburant naturel."
Bella choisit de l'ignorer. Edward lui avait dit ce qu'il avait entendu dans les pensées d'Alistair – la vraie raison pour laquelle Alistair buvait du sang animal au lieu d'humain. Ce n'était pas faute d'option. Après avoir travaillé avec les Fédéraux il avait développé une conscience. Eh bien, quelque chose comme une conscience. Il survivait avec du sang animal parce qu'il voulait minimiser son impact, compte tenu des tempêtes qu'il envoyait broyer les humains pour sauver sa peau. Il y avait même quelques Fédéraux qu'il aimait presque.
Une fois que la machine qu'ils allaient utiliser pour leur expérience fut enfin prête elle ressemblait à un croisement entre la machine à pommade avec un réservoir assez grand pour contenir cinq Bella avec une minuscule fenêtre renforcée pour leur permettre de voir son contenu. Edward, Mary et Rosalie branchèrent Alistair au poteau au centre du laboratoire pendant que Bella récupérait un pot de sang des loups d'un Jake réticent.
Leur victime était une autre souris blanche. Pas Vincent, il avait reçu un sursis à exécution permanent après l'expérience qui lui avait laissé une toute petite oreille. La souris que Rosalie alla chercher dans une cage gratta dans sa paume et rongea sa phalange coupée, secouant la tête et éternuant lorsque ses dents n'endommagèrent pas sa peau dure. Une fois à l'intérieur de la machine Bella pouvait l'entendre gratter, explorer.
Lorsque Bella présenta le pot de sang à Alistair il s'en éloigna. Pendant une seconde elle pensa qu'il allait refuser de le boire mais il le prit et le descendit comme un verre de whisky. Alors que Mary commençait à faire tourner et bourdonner la machine, Alistair ferma les yeux d'une manière qui fit se demander à Bella si c'était Jasper qui l'avait aussi entraîné.
L'énergie orange pulsant à travers les fissures des tuyaux devint vert vif dès qu'elle frappa le corps d'Alistair. Il coula le long de ses bras et pénétra dans la machine où la souris était dans un coin.
Contrairement à ce qu'ils avaient vécu avec Vincent l'ensemble du processus ne prit presque pas de temps. L'un des battements de cœur de la souris flottait et c'était fait. Comme Vincent elle redevint un bébé rose qui se tortillait et le resta. Il demeura ainsi calme et petit, de la fumée verte tournant autour de lui, aucun pouls ne battant plus. Rosalie paraissait engourdie quand elle le sortit de la machine, berçant la minuscule vie perdue dans sa main.
"C'était différent," déclara Alistair. "C'était plus comme si j'étais un conduit pas la source. Chaque fois que j'essayais de tirer l'énergie sauvage dans le passé elle repartait toujours en arrière et provoquait une tempête. Je pouvais la pousser mais je ne pouvais pas la retenir. Cette fois c'était comme si elle était… apprivoisée ? Etrange."
Bella laissa un filet d'espoir filtrer à travers la fumée et briller sur elle pendant qu'elle vérifiait les relevés. Le niveau d'énergie temporelle qui se cachait sous leurs pieds avait baissé. C'était une réduction minuscule – seulement la valeur d′une souris – mais c'était quelque chose. Ça avait fonctionné. Après tant d'années de recherche cela pourrait être la bonne voie.
"Veux-tu essayer plus ?" demanda-t-elle à Alistair, après lui avoir montré les résultats.
"Une de plus," dit-il.
Elle allait bientôt apprendre que c'était une expression populaire quand il s'agissait d'Alistair. Une de plus serait le seul engagement qu'il offrirait à tout jamais.
"Est-ce que tu vas bien ?" demanda Bella à une Alice chancelante.
"Je ne suis pas sûre," dit Alice en secouant la tête. "Les chiens jouent toujours avec mes visions. J'ai besoin d'un peu d'espace pour réfléchir."
Quand elle se dirigea vers la porte, son regard se tourna vers Rosalie et Emmett. Secouant de nouveau la tête elle se frotta les tempes.
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Une abeille atterrit sur le bras de Bella, grattant sa peau avec son aiguillon quand elle bougea mais vivant pour raconter l'histoire. La ruche d'Emmett avait survécu par elle-même hiver après hiver, ne produisant du miel que pour elle-même. Tout près un ensemble de cœurs pompait du sang peu appétissant. Contre toute attente les loups s'étaient mis à suivre Emmett. Cela avait commencé avec Seth l'après-midi de la première expérience avec la souris. En une journée Emmett avait acquis quatre nouvelles ombres.
"Tu dois vraiment tuer la reine parfois ?" demanda Bella.
"Parfois oui," dit Emmett. "Après l'hivernage. Je dois d'abord m'assurer qu'il y en ait une nouvelle, bien sûr. Tout tourne autour de la reproduction. A mesure que la reine vieillit elle commence à avoir des problèmes de phéromones des problèmes pour s'accoupler… ce genre de chose. L'apiculture est très très ancienne… mais quand il s'agit de la reine… pauvre vieille fille. Dommage qu'elle ne nous ressemble pas plus. J'en arrive à cent un an et crois-moi je n'ai pas aucun problème de ce genre."
L'un des loups, Bella pensa que c'était Quil, ricana. Etirant ses bras au-dessus de sa tête alors qu'elle perdait la bataille contre un rire, elle vérifia l'heure. Cinq minutes, déjà. Dans dix autres elle devrait retourner au laboratoire. Elle avait des questions à envoyer à Carlisle, des recherches à faire, d'autres expériences à planifier.
Même si elle tuait des animaux tout le temps pour se nourrir, le cimetière des sujets de test qu'ils accumulaient lui donnait l'impression d'avoir détruit quelque chose d'innocent. Dans la mesure du possible elle évitait d'y penser.
"Alors,'" dit Emmett, "Rose t'a-t-elle dit quelque chose ?"
"A quel sujet ?"
"Allez… tu la connais. A la seconde où elle a vu que ça diminuait après la première souris tu sais qu'elle a commencé à peser à ce qu'il se passerait si elle essayait d'absorber le reste de cette énergie elle-même – si cela arrêterait les tempêtes pour de bon. Mettre toute cette énergie à essayer de la transformer estce qui a commencé tout ça, donc j'imagine qu'un vampire pourrait en absorber beaucoup plus que n'importe quel animal. Personnellement je pense que nous devrions faire en sorte que ce soit Alistair qui le fasse mais je ne le vois pas accepter ça."
Bella leva la main, chassant une abeille qui s'était posée sur son nez. "Elle ne m'en a pas parlé mais Edward a vu quelques idées comme ça lui traverser la tête, oui." Des idées qui s'étaient intensifiées à chaque nouvelle expérience, à chaque animal plus grand qu'ils avaient transformé en bébé immobile. "Il a également vu plus que quelques visions déroutantes d'Alice mais il ne peut pas y trouver un sens. Elle non plus d'après ce que je comprends."
"Hummm. Oui je peux comprendre. Ce n'était pas comme ça la première fois. Nous avions essayé sur des animaux avant d'essayer sur Rose, tu sais ? Les animaux n'en ressortaient jamais morts. Que penses-tu qu'il se passerait ? Un autre doigt perdu ?" Il déglutit difficilement. "Quelque chose de plus comme la souris ?"
Cette pensée – Rosalie partie pour toujours – se resserra autour de la gorge de Bella jusqu'à ce qu'elle pense qu'elle allait suffoquer, vampire ou pas. La mort de Rosalie serait comme un écho à la mort de Jessica : pas aussi forte mais le même son, la même douleur répétés.
Elle ne pouvait pas laisser Rosalie prendre ce risque. Elle trouverait un autre moyen.
Une abeille tourna autour de la tête d'Emmett avant de plonger dans un champ de trèfles comme si elle croyait au mythe du passage des abeilles entre la terre des vivants et le monde souterrain.
"Je ne sais pas," essaya de dire Bella. "Je ne pense pas que ça arrive mais ce n'est pas comme si nous pouvions transformer un orignal et le mettre dans la machine pour pouvoir tester avec du venin de vampire."
Ils pourraient transformer un humain cependant, un Raider.
"Ce serait quelque chose non ? " dit Emmett. "Un orignal vampire."
Il mit ensuite ses pouces sur ses tempes, remua ses doigts et imita ce que pourrait être un orignal vampire – avec les effets sonores.
Tous deux firent semblant de rire.
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x-x-x
Le laboratoire empestait le loup. Les bouteilles et les bocaux de leur sang encombraient les étagères, chacun étant identifié par un gribouillis différent par Bella. Le sang de Jake, avaient-ils découvert, offrait à Alistair le plus de contrôle.
Bella ne savait pas si cela avait un rapport avec le fait que Jake soit l'Alpha. Observant Alistair
du coin de l'œil, elle se hissa sur la bibliothèque pour atteindre l'étagère du haut et y trouver le volume qu'elle voulait. Plus tôt ce jour-là, Alistair avait remplacé la moitié de l'énergie qu'ils avaient déjà supprimée pour repousser une tempête loin de Volterra.
"Que se passe-t-il ? demanda-t-elle alors qu'Emmett et sa meute de loups entraient dans la grange pendant que Jasper et Rosalie partaient, cette dernière se précipitant pour faire une dernière saisie sur son ordinateur avant que Jasper lui prenne le coude et fasse tourner ses yeux noirs vers la forêt.
"Miracle des miracles, Jas et moi avons réussi à convaincre Rose d'aller à la chasse," dit Emmett.
"A condition que je prenne sa place et que j'use mes propres doigts jusqu'à l'os pendant quelques heures. Et toi ?" Tirant sur la cheville de Bella jusqu'à ce qu'elle redescende, il lui fit un sourire fatigué qui lui rappela Charlie. "Tu n'as pas soif ?"
"Non, je vais bien. J'y suis allée plus tôt avec Garrett et Alice."
C'était vrai. La soif était toujours là mais pas comme au tout début. Bella pouvait presque la contrôler maintenant.
Au début, il ne se passa rien d'extraordinaire. Bella retourna à son bureau et envisagea d'envoyer une autre demande d'information à Carlisle alors qu'Emmett et les loups étaient assis près d'Alistair. Puis, sans prévenir, Emmett monta dans la machine qui avait transformé la souris.
"Qu'est-ce que tu fais ?" demanda Bella, en faisant tomber une pile de notes de son bureau alors qu'elle se précipitait. "Emmett..."
"Ça va aller," dit-il en faisant un clin d'œil. "Que serait la vie sans prendre quelques risques ? Très bien, les gars. Allez-y."
Il claqua la porte. Les loups se déplacèrent malgré les protestations de Bella, accrochant Alistair à la machine comme s'ils avaient travaillé dans des laboratoires aussi longtemps que Rosalie ou Carlisle. Seul Seth tourna la tête à ses cris. Ils s'emparèrent des récipients contenant leur propre sang, les versant dans Alistair alors que le mât au centre de la pièce commença à bouger et que l'énergie affluait vers Emmett.
Ça ne prit pas bien longtemps. Bella cassait des bocaux et des bouteilles de sang, menaçant de mordre tous les loups à moins qu'ils n'arrêtent tout de suite mais en quelques minutes, le feu vert commença à décliner. L'absence d'adrénaline la laissait vide, elle voulait du sang et de la chaleur sur son visage pour que ça corresponde à son humeur alors qu'elle se battait avec Quil et Leah pour atteindre Alistair. Elle laissa toutes les lumières bleues dans la tête clignoter, sauf celles d'Edward et de Jessica. Relâcher enfin cette tension n'était pas du tout comme une libération mais elle baissa son bouclier.
Laissons savoir à Demetri où ils sont. Qu'il vienne. Faisons en sorte que lui les arrête.
Un petit bruit la fit se figer. Le cœur d'Emmett grinça et frémit à la vie, battant une fois, deux fois, trois fois. L'énergie crépita puis disparut. Alistair recula en titubant, toujours protégé par Jake et Seth.
Les yeux d'Emmett étaient bleus, comme Bella l'avait un jour imaginé.
Elle ouvrit la machine et cria alors que des lésions familières tapissaient de la peau d'Emmett, les cauchemars d'une vie différente, allant trop vite pour être réelle. Une toux dégénéra en gargouillis alors que du sang coulait de sa bouche. Il s'affaissa sur le sol et n'en bougea plus. Aucun battement de cœur. Pas de respiration.
Elle lui tomba dessus, en hurlant encore intérieurement. Elle pouvait le sauver. Elle pourrait faire de lui un vampire à nouveau. Tout ce qu'elle avait à faire était de faire démarrer son cœur et de lui injecter son venin.
Une prière désespérée s'élevait à chaque morsure, à chaque respiration qu'elle forçait dans ses poumons inutiles, à chaque pression de ses mains contre sa large poitrine. Si cela fonctionnait - si elle le transformait - ce serait le dernier sang humain qu'elle goûterait. Elle le jurait. Pas de dérapage. Jamais. Laissez-lui juste ce miracle et elle se comporterait parfaitement bien pour le reste de sa vie. S'il vous plaît, s'il vous plaît, je vous en prie. Mords, respire, presse. Je vous en prie.
Le goût n'était rien, rien du tout. Ça ne la tentait pas. Ce n'était pas comme ses vagues souvenirs du miel. Elle se disait qu'elle n'était pas tentée de boire. Elle pouvait résister.
Je vous en prie.
Ses yeux étaient bleus. Son sang était froid.
S'il vous plaît.
"Bells. Chérie. Oh, merde. Je ne pensais pas qu'il…"
Ce n'est pas la voix de Jake qui l'arrêta mais l'arrivée d'Edward et de Garrett. Ils arrivaient directement de la forêt, suivis de près par Alice et Mary. Trop tard. Et oh, mon Dieu, ce n'était pas un écho de la mort de Jessica. C'était un son entièrement nouveau, qui rejoignait et amplifiait le premier.
Se jetant contre le mur, Edward se couvrit la bouche et le nez. Il regarda partout sauf le corps silencieux d'Emmett.
"Tu le savais ?" lui demanda Bella, les mots ayant un goût de terre sur sa langue. "Est-ce que tu l'as vu planifier cela ?"
"Non," dit Edward entre ses doigts. "Je le jure."
"Jasper est le seul d'entre vous à qui il l'a dit," dit Seth. " Il ne l'avait même pas dit à Alistair avant le dernier moment."
Même si elle avait été humaine, Bella n'aurait jamais pu oublier les hurlements de Rosalie quand elle entra dans le laboratoire. Elle s'en souviendrait pour le reste de sa vie. Partout où Bella regardait, elle voyait des yeux qui souhaitaient pouvoir encore pleurer.
Lorsque les sanglots se calmèrent et que la fumée verte monta vers les étoiles, Bella réalisa qu′Alistair avait disparu. Pendant toute l'agitation, il avait filé en douce. Sachant ce que Rosalie pourrait faire aux loups lorsqu'elle découvrirait le rôle qu'ils avaient joué dans le dernier acte d'Emmett, Bella les fit sortir et les renvoya chez eux, bien que la moitié d'entre eux veuille affronter la colère de Rosalie. En regardant Jake partir, elle pensa qu'il était sans doute approprié qu'elle soit un vampire et lui un loup-garou. Peu importe l'amour qu'elle lui portait, elle l'avait toujours détesté un peu aussi.
De retour à l'intérieur, des bras forts s'enroulèrent autour de sa taille par derrière, une bouche près de son oreille devenant assez courageuse pour respirer l'air souillé de sang.
"Je suis tellement désolé," chuchota Edward, les berçant tous les deux d'avant en arrière. "Si j'avais vu..."
"Je sais."
De l'autre côté de la pièce, Mary souffla trois mots. "Ça a marché."
Aucune des machines du laboratoire ne présentait d'activité temporelle mesurable. Bella avait toujours pensé qu'ils se réjouiraient de voir les cadrans pointer vers zéro et les aiguilles tracer des lignes plates. C'était censé être leur Jour de l'Indépendance, plein de feux d'artifice, de rires et de célébrations. Le reste du monde aurait droit à tout cela, bientôt.
Dans le laboratoire, il n'y avait que du silence.
X-X-X
X-X-X
C'est Bella qui trouva la lettre. Emmett l'avait cachée sous un rocher près de ses ruches, son écriture en lettres capitales occupant tout le devant de l'enveloppe.
"POUR ROSE : AU CAS OÙ JE CASSE MA PIPE OU TOMBE DANS LE COMA OU AUTRE PENDANT QUE JE TE VOLE LA VEDETTE."
Au moment où Rosalie donna la lettre à Bella pour qu'elle la lise, elle avait été pliée et dépliée suffisamment de fois pour qu'elle ressemble à un tissu antique. Pendant qu'elle absorbait les dernièrs mots d'Emmett, Bella était assise dans la prairie avec les abeilles. Leur bourdonnement constant l'aidait à se sentir plus proche de lui.
Rose,
Ne dis jamais que je ne te connais pas. Oui, j'ai deviné ce que tu avais prévu. Je ne pouvais pas supporter la...pensée que tu finirais comme cette souris. Même en l'écrivant... oui. Je ne peux pas. Peut-être que c'est égoïste de te soumettre à l'éventualité que cela m'arrive. Je ne sais pas. Je sais que le fait de réduire l'énergie en utilisant des animaux ne fonctionnera pas. Alistair aurait simplement continué à la remettre en place, repoussant les tempêtes loin des Volturi. Je ne sais pas si je serais capable d'absorber tout cela, je ne suis pas sûr.
Je suis à moitié tenté d'aller trouver Tom Ashby, de le transformer et de le mettre dans la machine mais je suis raisonnablement sûr que je vais m'en sortir. Ce serait bien notre chance si Tom finissait par nous suivre pour l'éternité, n'est-ce pas ?
Et si toute cette épreuve me rend humain, transforme-moi à nouveau (si Bella et Edward ne m′ont pas déjà mangé, bien sûr). Vieillir n'a pas l'air particulièrement amusant.
Comme je l'ai dit, j'ai l'intention de survivre mais si les choses tournent terriblement mal, alors je suis désolé. Je sais que tu es probablement énervée contre moi, ce qui est bien. Ce n'est pas comme si je n'en avais pas l'habitude. Je déteste penser que tu te blâmes pour ce qui aurait pu se passer, cependant. Donc, au cas où, pour mettre les choses au clair : c'était mon idée - et la mienne seulement. Je gardais les loups à proximité, pour qu'Alice ne puisse pas voir et je chantais des chansons country dans ma tête pour qu'Edward n'entende rien. J'ai demandé à Jake d'ordonner aux autres loups de ne pas penser à ce sujet près d'Edward, aussi.
Je dirais bien que je suis désolé de l'avoir fait mais ce n'est vraiment pas le cas. Pas si cela se termine par la lecture de cette lettre, parce que cela signifie que ce qui m'est arrivé ne t'est pas arrivé à toi.
J'ai menti quand on s'est disputé tu sais. Je n'ai jamais cessé de t'aimer. Pas une seule fois. Je l'ai voulu plusieurs fois mais je crois que je t'aimais plus quand tu étais une grosse emmerdeuse. Et tu n'as pas à me le dire. Je sais que tu m'aimais aussi.
Si je suis parti, essaie d'être heureuse un jour, d'accord ? Juste... pas avec Carlisle ou je reviendrai en tant que fantôme vous hanter lors de vos promenades romantiques.
Est-il trop tôt pour faire des blagues ? Non, qu'est-ce que je dis ? Il n'est jamais trop tôt. Souviens-toi de ça.
Amour toujours,
Emmett
X-X-X
X-X-X
Le trou pour nager était aussi vert que les yeux d'Edward l'avaient été autrefois. Alors que Bella se perchait sur son rondin préféré, l'eau ondulait sous la brise du début de l'été. Déjà, elle pouvait sentir la terre redevenir elle-même. Les vents changeaient.
Sur ses genoux, l'album de Garrett et Jessica était ouvert sur sa plus récente page. Après les funérailles d'Emmett, Garrett lui avait présenté un dessin d'elle et d'Emmett se prélassant sur l'herbe près de ses abeilles.
C'étaient ses abeilles à elle, maintenant.
Bien qu'elle n'ait plus besoin d'oxygène, Bella avait néanmoins le sentiment qu'elle devait reprendre son souffle, comme si elle avait besoin de ralentir son cerveau en ébullition et de faire de la place pour l'idée qu'Emmett était parti.
Parfois, supposait-elle, la mort était un mal lent, comme celle de Jessica et parfois c'était un coup de tonnerre, comme celle d'Emmett. L'amour était comme ça. La vie l'était aussi.
Alice arriva bruyamment, écrasant des brindilles et faisant bruisser l'herbe pour que Bella puisse l'entendre approcher. En guise de salutation, elle fit tomber une feuille de papier sur les genoux de Bella.
Le style n'était pas aussi harmonieux et réaliste que celui de Garrett mais lorsqu'elle regarda le dessin, Bella pensa qu'elle pouvait presque entendre les rires qui en émanaient. Un groupe de cinq - deux vampires en couple, trois célibataires dans un champ parsemé d'armoise. En toile de fond, une version de Pendleton que Bella n'avait jamais vue en dehors des photos : reconstruite et forte. Elle passa un doigt sur des lignes de son nez, sur les silhouettes d'Edward, Garrett, Rosalie et Mary. Une Mary souriante avait sauté sur le dos de la Bella du dessin pour des raisons que Bella ne pouvait pas imaginer.
Sur l'image, la bouche de Bella était ouverte, formant des mots qui faisaient pencher la tête d'Edward vers l'arrière parce qu'il riait et un sourire était dessiné sur le visage de Garrett. C'était le vrai sourire de Garrett, celui que Bella avait juré de ramener après la mort de Jessica. Et sur les lèvres de Rosalie, le plus petit des sourires commençait tout juste à se manifester.
"Rose n'est pas prête à voir ça," dit Alice, "mais je pensais que toi si. J'ai cette vision tous les jours depuis que les loups sont partis."
"Quand est-ce que ça se passera ?" demanda Bella. "Quand cela va-t-il arriver ?"
"Dans l'avenir," fut la seule réponse qu'elle obtint. Alors qu'Alice enlevait quelques feuilles d'une branche et les aspergeait d'eau, le silence glissa sur elles comme le sourire de Rosalie, effrayé par le plus léger soupir.
"Ça va être dur," dit Alice. "Tu ne peux pas les réparer."
"Ils ne sont pas cassés."
Tout chez Bella se hérissait quand les autres sous-entendaient que ses amis étaient diminués parce qu'ils avaient aimé Jessica et Emmett - qu'ils étaient maintenant incomplets. Perdus, peut-être mais Bella savait qu'ils avaient grandi. Rosalie ne voulait pas répéter ses erreurs, se figer à un endroit, toujours à la recherche d'un passé qui lui avait échappé. Ils trébuchaient vers le rire, aiguisé par le chagrin et toujours en train de se battre.
Le visage d'Alice se détendit. "Eh bien, c'est un bon début." Elle laissa tomber une dernière feuille dans l'étang, s'essuya les mains et s'assit à côté de Bella. "Jasper et moi allons vivre avec Carlisle. Rose ne veut pas parler à Jasper pendant un certain temps mais nous vous reverrons…"
"Où nous vois-tu aller ?"
"De l'avant." Alice sourit. " La maison où qu'elle soit. Les tempêtes ne reviendront pas et je ne vois aucun problème avec les Volturi. Tu peux faire ce que tu veux. Je suis, bien sûr, toujours disponible pour des conseils en investissement…"
Le silence s'étendit de nouveau mais plus fort cette fois-ci, inflexible et vrai. Remettant le nouveau dessin dans son album, Bella laissa Alice avec une étreinte rapide. Sous un ciel clair et sans fissure, Edward attendait à la porte du chalet. Bella l'embrassa comme si c'était la première et la dernière fois.
Du bout des doigts, elle effleura les tatouages et les pattes d'oie qui l'avaient suivi depuis sa vie humaine. Prenant sa main, elle le conduisit à l'intérieur, vers le reste de leur groupe. Bientôt, elle allait emballer son album et ses abeilles.
Il était temps de rentrer à la maison.
FIN
