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EPILOGUE
Un monument à la mémoire des accusés à tort se dressait au-dessus de l'armoise et d'arbres clairsemés sur ce qui autrefois était une forêt. Au loin les lumières d'une ville recouverte de neige étincelaient. Si l'un des camions qui empruntait l'autoroute glacée jetait un coup d'œil vers là il aurait remarqué que Rosalie grimpait la colline. Aucun ne le faisait.
Ça s'appelait toujours Pendle Hill. Même avec la restauration de l'équilibre et les Raiders disparus certaines choses n'étaient pas revenues à la normale.
D'autres odeurs adoucies par la neige du printemps tardif se mêlaient à celles de son clan sur le chemin qu'elle empruntait. Renée avait été là, éparpillant des fleurs et des remerciements. D'une certaine façon la mère distante de Bella devait avoir deviné ce que le reste du monde ignorait. Elle savait qui les avait sauvés.
Les loups étaient également revenus à cet endroit, certains en traînant les pattes. Moins Rosalie y pensait mieux c'était. Certains jours, elle se demandait si ne s'était que son amour pour Bella qui l'empêchait de traquer les loups et de les faire payer - comme si elle était devenue Raider et eux des voyageurs du temps. Sans son amie elle aurait pu prendre un brassard rouge.
Il y avait eu aussi d'autres vampires ici, les anciens membres de leur organisation étaient venus rendre hommage. La jacinthe violette en pot racontait autant l'histoire de la présence récente de Carlisle que son odeur. Cueillant des fleurs en forme d'étoile Rosalie les porta à son nez. Ces fleurs avaient une fois rempli sa maison : des excuses qui faisaient leur apparition autour de l'anniversaire de sa transformation.
Elles ne lui manquaient pas.
Au pied du mémorial elle trouva les offrandes de son clan : un pot de miel et un masque de super méchant de Bella, une bouteille d'hydromel et un petit gâteau d'Edward, un verre de sang (vraiment Mary ? !) et des chocolats de Mary, deux portraits et une fleur tropicale de Garrett. Et là sur les dernières lignes de la pierre sculptée il y avait deux noms qui étaient apparus grâces aux acrobaties légales de Jasper.
Jessica Stanley (1987 - 2003, 2013 - 2015)
Emmett McCarty (1915 – 2016)
Il y avait d'autres tombes pour eux, elle le savait. Jessica à Chicago et Emmett à Ithaca. Un vielle pierre usée au Tennessee était un autre mémorial pour lui, au-dessus d'une tombe vide pour sa famille humaine il y avait des années. Malgré tout cela semblait plus proche de la dernière demeure pour Jessica et Emmett. Agenouillée dans la neige, Rosalie tenait ses doigts juste au-dessus du E majuscule de son prénom, ne le touchant pas tout à fait.
Le sauver de cet ours était la meilleure chose qu'elle ait jamais faite.
Une minute… un an plus tard, des pas légers chuchotèrent sur la colline derrière elle. Des doigts familiers peignant sa queue de cheval, balayant la peine de ses épaules. Comme tous les autres jours, Bella était là, la tenant comme si elle avait toujours été pardonnée.
Au lieu d'agir comme l'ombre de Bella, Edward se tenait quelque part, trop loin pour les sens de Rosalie, lui laissant de l'espace avec ses pensées. Elle imagina qu'il attendait qu'elle revienne et qu'ils pourraient se disputer une nouvelle fois pour conduire sa voiture – ou autre chose. Et même si elle ne pouvait ni les voir ni les entendre, elle savait aussi sûrement qu'Alice et Mary racontaient une sale blague apprise d'Emmett et que Garrett regardait la photo d'une jeune fille souriante qui l'avait altéré plus que du venin.
"Tu as besoin de plus de temps ?" demanda Bella.
Oui et non. En se relevant Rosalie se laissa sentir le poids de la corde invisible dans sa poitrine qui la tirait vers quelque chose de perdu. La main qui serrait la sienne était également une ancre.
Alors que Bella la guidait sur la colline, Rosalie ne regarda pas par-dessus son épaule une seule fois. Si elle pouvait parler à Emmett elle n'aurait pas besoin de lui demander s'il l'aimait. Même sans sa lettre – celle qu'elle avait toujours avec elle – elle le savait. Si elle était honnête avec elle-même elle le savait depuis le début. Mais si elle le pouvait elle pourrait demander de toute façon.
Il la tiendrait près de lui et l'embrasserait comme lui seul pouvait le faire. Elle chérirait chaque seconde, chaque contact. Elle ne laisserait pas tout cela se perdre. Et puis il prononcerait ces mots qui s'enrouleraient autour de son cœur et prouvaient que l'instinct, le destin ou quoi que soit d'autre qui les avait rapprochés, savait ce qu'il faisait.
"J'ai sauvé le monde pour toi."
F I N
