Jeu d'échecs
Troisième partie : Ab ungue leonem
Quinzième chapitre : Castles in the sky / Les cinq soldats
Auteur : Rain
Disclaimer : Shaman King ne m'appartient pas, je ne me fais pas d'argent avec, je vous invite juste dans mes petits délires personnels.
Soundtrack : J'arrive (Ben Mazué)
Notes :
Plus qu'un chapitre dans cette partie ! Vous avez hâte? Moi oui. ça fait tellement longtemps que j'ai la fin de cette partie en tête. Dire que je commence à voir le bout d'échecs... Bon, il y a encore des trucs prévus, hein, je vous dis pas que c'est fini, mais c'est un des grands événements qui restent!
Ni l'une ni l'autre ne purent réellement dormir. Jeanne se croyait pourtant habituée à la douleur, mais elle n'avait pas le souvenir d'en avoir endurée de pareil, du moins pas depuis son arrivée chez Hao. Le poison allumait ses artères une à une, vif et irrésistible, une marée de feu. Pas question évidemment d'en montrer le moindre signe. Dans le noir du salon, il n'y avait personne pour voir ses grimaces, mais c'était une question de fierté. Le flamboiement resterait sagement contenu derrière ses yeux.
Elles n'étaient pas rentrées pas au bunker. C'était trop proche de là où Hao était, de là où Achille et Mathilda seraient. Pas que Jeanne craigne Kanna, mais elle n'avait pas la force de leur faire face.
Ou plutôt, elle se sentait bien trop coupable pour risquer de devoir leur parler.
Et si Hao décidait de venir la voir…
Mieux valait ne pas y songer. Mieux valait ne pas y aller.
Après un voyage terriblement long, Zeruel les avait déposées devant la maison de Yoh. Comme elle l'avait espéré, Tamao les avait laissées rentrer sans faire d'histoires puis les avait installées dans le salon. Il y avait eu un peu de nourriture, mais Jeanne n'y avait pas le cœur. Nyôrai avait grignoté. Oh, Tamao devait se douter que quelque chose de terrible était arrivé, mais Jeanne n'avait pas voulu en dire plus. Si elle se confiait à son amie, tout son groupe saurait bientôt ce qui était arrivé, et elle ne désirait pas être assaillie de questions. La journée avait été assez éprouvante comme ça. Personne n'y pourrait rien, de toute façon. Oh, probablement qu'il y avait une personne capable de l'aider, mais elle n'avait aucune intention d'aller le voir. Pas tout de suite. Peut-être même plus du tout. Après une telle débâcle…
Nyôrai n'allait pas bien. Elle avait refusé que Jeanne l'examine, mais cette dernière savait tout de même que quelque chose n'allait pas bien. Elle avait perdu toute sa superbe. Ses larmes s'étaient taries en route, mais sa voix les avait accompagnées. Pourtant, il n'y avait aucune blessure apparente sur son corps, et les autres n'avaient apparemment rien vu.
Il fallut beaucoup trop de temps à Jeanne pour saisir. Ce ne fut qu'une fois les futons posés, Tamao retirée et les lumières éteintes qu'elle ne comprit, à la douce lueur de Shamash au-dessus d'elle.
« Fudô t'a pris ton esprit, » murmura-t-elle dans le noir.
« Toujours aussi rapide, » cingla Nyôrai en retour, pleine d'amertume. Jeanne la comprenait assez. Comment avait-elle cru qu'elle pouvait se permettre de les laisser seuls ? De les mettre en si grand danger juste pour elle ? Le résultat était bien assez parlant. Elle avait causé ce cauchemar.
« Tu veux que…
- Je veux que tu me laisses dormir. »
Le silence revint, et le feu se raviva en Jeanne. Machinalement, elle passa la main sur son ventre, jouant avec la douleur plus qu'elle n'oserait l'admettre.
Cela l'occuperait bien jusqu'au matin.
Le matin venu, elle laissa Nyôrai se reposer, ou faire semblant, et passa dans la cuisine. Tamao et Yoh préparaient à manger dans ce qu'elle trouva être un silence gêné. Elle allait proposer son aide quand la voix sèche d'Anna l'interpella : « Jeanne, viens ici. »
À travers la porte ouverte, Jeanne la vit allongée sur le porche, un thé fumant dans la main, et un magazine ouvert devant elle. Elle croisa alors le regard de Tamao, qui lui fit signe d'obéir.
Elle franchit les quelques pas la séparant de la blonde et s'agenouilla près d'elle; Anna lui passa une seconde tasse et un paquet de gâteaux. Après une hésitation, Jeanne en mangea un, puis un deuxième.
Ils étaient un peu secs, mais elle avait faim, tout d'un coup.
« Sâti est passée ce matin, » l'informa Anna. « Très tôt. Yoh lui a dit que vous n'étiez pas là. »
Jeanne cilla. Sâti ? Il fallait bien qu'elle sache qu'elles étaient ici pour les demander. Pourtant Yoh avait menti, et elle avait accepté le mensonge.
Fallait-il se sentir touchée ou menacée ?
« Qu'est-ce qu'elle voulait ?
- Je ne lui ai pas demandé. Je n'aime pas ses manières. »
Jeanne peinait encore à comprendre pourquoi Sâti aurait voulu les voir ce jour-là spécifiquement. Pouvait-elle savoir ce qui s'était passé ? Sentait-elle l'absence de Thenral ? Nyôrai… Elle n'aimerait certainement pas que sa sœur l'ait vue dans cet état.
Pour se donner du temps elle but quelques gorgées de son thé et se brûla entièrement la gorge.
« Merci. Merci de nous avoir laissé dormir ici, et de ne rien avoir dit à Sâti, » dit-elle à la place. « Je sais que c'est une charge dont vous n'aviez pas besoin.
- Yoh a toujours eu tendance à ramasser tout ce qui traînait. Tamao prend le pli, j'imagine. »
Les mots étaient brusques, mais aussi assez transparents. Jeanne lui sourit.
« Elle est de très bon conseil.
- Tant mieux. Tu en as visiblement besoin. »
La main de Jeanne monta à son ventre, et elle se contenta d'acquiescer. Entendre ses pensées répétées dans la bouche de quelqu'un d'autre ne les affaiblissait pas le moins du monde.
« Le dernier match de la deuxième manche a lieu demain. »
Peu de questions directes, peu d'amortisseurs dans la bouche d'Anna; juste des faits, des énoncés attendant d'être complétés par l'interlocuteur. Comme si elle n'avait presque pas besoin de réponse.
« Nous serons prêts. »
Elle retint son 'je crois'. Décida qu'elle le serait, prête, même si elle ne l'était pas encore.
« Il le faudra, » confirma Anna. « Leur petit prince m'horripile. »
Fudô. Visiblement, il inquiétait tout le monde. Jeanne acquiesça et reprit du thé.
« Jeanne, c'est l'heure de bosser, » l'appela Nyôrai de l'intérieur. L'intéressée se leva donc.
« Merci, Anna. »
L'autre fit un signe de tête. Ç'aurait pu être toute une phrase, en vérité, et Jeanne sourit jusqu'à avoir rejoint Nyôrai dans le salon.
« Enfin réveillée, » l'accueillit celle-ci d'un ton acerbe et avec une admirable mauvaise foi. Jeanne ignora les deux tasses de café devant la brune et s'intéressa plutôt à son carnet, ouvert aux pages dédiées à Fudô. « Tu travailles sur la stratégie de demain ? »
Certaines lignes semblaient encore toutes fraîches.
« Il faut bien que quelqu'un s'en charge, » marmonna Nyôrai. Elle battait entre ses mains cinq cartes allongées, sans bien sembler les regarder. Puis elle les posa, l'une après l'autre, sur la table, toujours les yeux dans le vide.
« Elles sont belles, » dit Jeanne devant son silence. « C'est toi qui les as peintes ? »
Nyôrai cilla, comme un peu perdue, et redevint de marbre. « Avec Thenral, » finit-elle par dire, un peu en retard. « Elles m'aident à réfléchir.
- Oh. »
Jeanne ne savait pas trop ce qu'elle voulait dire par là, mais elle ne pressa pas la question. Elle n'avait pas essayé de la flatter, elle trouvait les cartes particulièrement belles. Chacune était un opéra de teintes mêlées, sans haut ni bas, sans inscription.
« J'aime bien la bleue, » dit-elle pour dire quelque chose. « Que faisons-nous ? »
Nyôrai suivit son regard jusqu'à la carte la plus bleue, qui s'élevait comme un immense tourbillon de vagues au cœur duquel flottait une sphère violacée. Elle en approcha la main, puis écarta les autres.
« J'ai peut-être une idée, » finit-elle par dire. Jeanne attendit patiemment. « Demande à Zeruel de monter la garde. Moins mon plan s'ébruite, mieux ça sera. »
Yoh les alpagua au moment où elles ressortaient.
« Hé, j'ai entendu que tu avais perdu ton esprit. »
Nyôrai fronça les sourcils. « On me l'a volé, c'est différent.
- Ah, pardon. Mais c'était un esprit d'illusions, pas vrai ? »
Son expression s'assombrit encore. « Comment tu sais ça ?
- On a notre propre informateur, » fit Yoh, sans se départir de son sourire mystérieux. Puis, comme elle semblait encore se raidir, il leva les mains. « Chocolove n'ose pas venir te voir. »
Elle marqua l'arrêt. « Ah bon ?
- Si tu veux, je peux le pousser ! Mais avant, je voulais te dire que je te prêtais ces deux-là. »
Faisant un signe de la tête, Yoh leur indiqua deux fantômes accroupis sur le sol. Jeanne ne les avait pas remarqués jusque-là; ils se redressèrent et prirent une forme canine, des dents, des pattes griffues. « Ils sont à toi… ?
- Plutôt à mon père. Eux aussi font des illusions.
- Mais…
- Je comprendrais que tu refuses. C'est juste que je trouve ça hyper sale de voler le meilleur ami de quelqu'un avant leur match. J'espère que tu pourras le récupérer. »
Nyôrai en restait un peu bouche bée. Jeanne hésita, puis leva la main pour lui tapoter l'épaule. « Merci beaucoup, Yoh. Ça nous touche beaucoup. » Et, sans qu'il le sache, ça résoudrait un énorme trou dans leur plan.
« Il n'y a vraiment pas de quoi. Au début du tournoi, Ren aussi a essayé de me voler Amidamaru.
- Ah oui ?
- Ouais ! Et puis finalement il a compris que son meilleur ami serait aussi le meilleur gardien dont il pourrait jamais rêver. Pas vrai, Ren ? »
Un grognement s'éleva de la pièce d'à côté. Jeanne retint un rire.
« Il a bien fait. Je l'ai vu se battre.
- Oui ! Je suis vraiment content qu'on soit amis.
- Rivaux, » s'exclama Ren de la cuisine. « Je ne pourrais jamais être ami avec quelqu'un qui ne boit pas de vrai lait !
- … Oups, » sourit Yoh.
Jeanne l'imita, avant d'être distraite par Tamao qui toquait contre le mur. « Euh, oui ?
- Il y a quelqu'un pour, euh, vous deux. À la porte. Si tu… Si vous voulez. »
Elle ne semblait pas effrayée, juste hésitante. Jeanne ne l'imaginait pas dire 'quelqu'un' pour les X-Laws, ou de Hao. Ou de Sâti, puisqu'Anna l'avait remerciée. Prenant la main de Nyôrai le plus naturellement du monde, elle marcha avec elle jusqu'à l'entrée.
« Jeanne, je ne…
- Pardon. J'aime bien. »
Elle la relâcha et fit les quelques pas nécessaires pour ouvrir la porte.
Derrière, Achille souriait.
C'était comme s'il ne lui était jamais rien arrivé: son costume était impeccable, i se tenait droit, et il n'avait même pas un pansement. Jeanne sentit sa gorge se serrer. Les blessures brillaient presque par leur absence.
« Ash... »
« Jeanne, » dit-il simplement en la prenant dans ses bras.
Jeanne cilla, puis sentit les larmes lui monter aux yeux. « J'ai eu tellement peur, » avoua-t-elle au coin de l'oreille. « J'ai cru - je pensais...
- Shh. Tout va bien."
Au bout d'un moment Jeanne le relâcha. « Comment ça s'est passé, là-haut ? »
Achille fit la grimace. « Kanna était vraiment en colère. Rackist l'a emmenée se calmer une fois qu'on a retrouvé Hao. Lui a parfait ton travail – vraiment rien, deux trois égratignures, on sait que Kanna t'a pas trop laissée faire – puis il nous a envoyés dormir. Et me voilà. »
Les sourcils froncés, Jeanne le sonda. Ce n'était pas vraiment crédible, mais elle n'osait pas trop le reprendre. « Il ne t'a rien dit… ? »
Achille rosit, et Nyôrai ricana.
« Ah, d'accord. Mais plus sérieusement… ? »
Il secoua la tête. « Et vous ? »
Les deux filles lui résumèrent leur soirée. Jeanne passa sur la pyramide dans son ventre mais présenta Zeruel, qui fixa Achille de ses yeux laiteux.
« Il ne me revient pas particulièrement, » admit-il, « mais ce n'est rien par rapport à ceux d'hier.
- Ash, tu vas bien… ? »
Il hésita, rencontra son regard, et Jeanne le sonda de nouveau. Physiquement, il allait bien – il devait aller bien, après être passé dans les mains de deux soigneurs – mais mentalement…
« Ça ira mieux, » dit-il doucement, « après le match. Les filles ne t'en veulent pas. Enfin Kanna, mais tu la connais, elle déteste tout le monde. »
C'était un gentil mensonge, et elle acquiesça doucement.
« Nous devrions aller voir Sâti, » dit finalement Nyôrai. Puis, devant l'air surpris de ses deux camarades, elle précisa : « Je veux dire Jeanne, évidemment.
- Ah, tout de suite je te reconnais mieux. Pourquoi Sâti ?
- Elle a essayé de venir nous voir ici, » expliqua Jeanne. « Elle a dû sentir qu'il s'était passé quelque chose.
- Ou alors elle veut s'assurer que tu suives son fameux plan, » Nyôrai coupa, acide. « Son plan qui assurerait à Hao la victoire.
- Ah oui ?
- Elle est très mauvaise en plans.
- Quoi qu'il en soit, il vaut mieux que j'aille la voir. Nyôrai, briefe Achille, et on se retrouve après ? »
Quelqu'un derrière eux s'éclaircit la gorge, et Jeanne se retourna pour découvrir Tamao, les mains dans le dos.
« Oui ? »
« Ce soir, on… on va faire un barbecue. Vous pouvez rester, si… si vous n'êtes pas, je veux dire, occupés. »
Jeanne se sentit sourire.
« Je suis pour. Et vous ? »
Achille et Nyôrai la regardaient avec un sourire en coin. « On ne va pas te priver de ta copine, » dit Nyôrai avec un air entendu qui fit rosir les deux intéressées.
« Je vais faire comme si tu n'avais rien dit. Arrêtez d'embêter Tamao ! »
« Oh, nous ne lui ferons rien, » promit Achille. « Il s'agit juste de vérifier qu'elle te mérite. »
« S'ils sont ennuyeux, préviens-moi, » dit Jeanne à Tamao. « Passe par Zeruel. Je le leur ferai regretter. »
L'intéressée dit gentiment. « Je suis sûre que ça ira. »
Jeanne prit congé d'eux et rejoignit rapidement le bâtiment des Gandhara.
Elle toqua à la porte une, puis deux fois, et patienta jusqu'à ce que l'importante silhouette d'un des lieutenants de Sâti vienne se découper dans l'embrasure. Il était grand et avait les cheveux longs, plutôt roux; Jeanne ne se souvenait pas de son nom. Il ne dit rien en la voyant, ne sembla ni surpris ni soulagé.
En silence, il la guida jusqu'à un salon où se tenaient plusieurs filles. Elle remarqua notamment la petite de la réunion, qui courait après des bulles de savon. Du moins c'est ainsi que Jeanne les identifia d'abord, avant que l'une d'entre elles ne s'arrête sur son nez. L'irisé se découpa en frises complexes, bardées de couleurs et d'un parfum qu'elle ne connaissait pas.
Komeri s'arrêta devant elle et sourit. « Attention, » prévint-elle alors que la bulle éclatait, recouvrant Jeanne d'une poudre rouge et or. Elle éternua, momentanément aveuglée.
« Qu'est-ce que… ?
- Oh, pardon, je ne vous avais pas vue, » s'excusa une voix à sa droite. « Je croyais que Kadow…
- Je suis là, mais c'est la jeune fille que tu as touchée. » Son escorte avait l'air irrité. « Ne vous frottez pas les yeux, ça va les irriter. Tenez. »
Il lui mit un mouchoir dans les mains. Jeanne tenta tant bien que mal de se débarbouiller. Quand elle vit de nouveau – un peu flou – une jeune fille se tenait devant elle, l'examinant avec inquiétude.
« Vous n'en avez pas eu dans les yeux ?
- Juste un peu, » avoua-t-elle, heureuse de ne pas en avoir avalé. « Qu'est-ce que c'est ?
- Oh, juste un essai. Komeri a le mal du pays, alors je fais de mon mieux pour l'en distraire. »
C'était tout sauf une explication, mais Jeanne dut s'en contenter, car derrière la jeune fille s'avançait Sâti.
« Je suis ravie que tu aies pu venir, Jeanne. J'ai senti que ce n'était pas le moment idéal. »
Couverte d'or et de rouge, Jeanne se redressa et croisa les mains devant sa blessure. Que savait Sâti ? Ce qui s'était passé avec les X-Laws ne la regardait pas.
« La préparation de notre match nous occupe bien, pour tout vous dire. Je regrette que vous ayez trouvé porte close. » Si elle était venue au bunker. Jeanne en doutait : c'était beaucoup trop proche de la zone qu'occupait Hao.
Sâti balaya l'excuse d'un revers de main. « J'aurai eu le plaisir de parler à la manageure de Funbari Onsen. C'est une véritable force de la nature. »
Jeanne resta silencieuse, espérant qu'elle arrive au sujet.
« X-One et E.D.N.N., » et Jeanne entendit qu'elle prononçait le vrai nom, avec les points, « vont s'affronter dans le dernier match de la seconde manche. Les vainqueurs changeront la face de la finale. »
N'était-ce pas le cas de tous les matchs ? Jeanne retint la critique entre ses dents, se concentra.
« Pour l'instant, les équipes qualifiées sont Hoshigumi, et… »
Elle n'avait pas vu le résultat du match entre Funbari et The Ren. D'ailleurs, n'était-ce pas étrange que les membres de The Ren soient restés invisibles quand elle était chez Yoh ? Oh non. Elle avait dû paraître sacrément impolie.
« Funbari Onsen et The Ren, » termina Sâti, appréciant clairement la confusion qu'elle semait. Jeanne savait qu'ils étaient censés s'affronter, elle se souvenait du tableau. Hao contre les Hanagumi, Funbari contre Ren, Nyorai contre X-Two, E.D.N.N. contre X-One. Ce qui voulait dire…
« Vous avez abandonné ?
- Cédé ma place.
- Votre plan, » devina Jeanne ensuite.
« Oui. Pour espérer vaincre Hao, il faudra que ses adversaires aient des esprits à sa mesure. Je suis la seule en mesure d'aller les chercher. »
Jeanne fronça les sourcils.
« Vous savez où de tels esprits se trouvent ?
- J'en ai une assez bonne idée, oui. Lorsque les Paches seront occupés à vous emmener sur les lieux de la finale, il deviendra possible de les récupérer. »
« Donc, vous allez faire comme Hao. Pour vaincre un tricheur, vous allez tricher. »
Jeanne ne savait as exactement pourquoi l'idée la mettait tellement mal à l'aise, alors elle ne donna pas son avis. À la place, elle demanda :
« Pourquoi me dire tout ça ? »
S'avancer trop ne servirait à rien.
« En plus du combat de forces, le tournoi est un combat d'idées. Hao représente un extrême; Marco aussi. Je ne pense pas que la solution passe par eux. Si j'ai cédé ma place, c'est parce que je pense que Yoh, Ren, Lyserg, Horokeu et Chocolove représentent non une troisième voie, mais bien une liberté que les deux autres nous interdiraient. »
Jeanne considéra la chose. Une liberté… ? Beaucoup de gens semblaient promettre ça, la liberté. Elle n'était pas terriblement convaincue.
« Hao aussi prône la liberté, » dit-elle.
Sâti semblait y avoir réfléchi autant qu'elle. Aurait-elle l'argument que Jeanne n'avait jamais trouvé ?
« La liberté de Hao est celle du pouvoir. Je ne crois pas qu'un souverain doive laisser libre court aux puissants. La clémence ne peut pas être incidentelle. Elle doit être l'impulsion des muscles du roi. »
Là, oui, Jeanne trouvait une articulation qui l'avait toujours mise en difficulté.
« D'accord. Funbari Onsen et The Ren, donc. Pourquoi me convoquer moi, en ces circonstances ? »
Le regard chaud qui la recouvrit alors lui parut étrangement factice.
« Si X-One remporte ce match, ils feront obstacle aux Cinq Soldats. Ils les affaibliront, et Hao vaincra. E.D.N.N. fait partie intégrante de mon plan parce que vous ferez le parfait soutien. Des pouvoirs de soin, d'illusion, de protection – grâce à vous, ils parviendront à leur but. »
Le soutien, donc.
« Je ne crois pas que Nyôrai accepte de devenir un simple accessoire à votre victoire.
- Il n'est nullement question de moi. »
C'était pourtant son plan. Jeanne attendit qu'elle continue. Puis, comme rien ne venait, elle lança : « Dans les faits, comment cela va-t-il se traduire ?
- Le but est d'outre-passer les règles de la finale. Nous savons qu'il s'agira purement de combats individuels. Cela n'est pas à votre avantage, étant donné la force brute de Hao. Une fois sur place, j'ai donc suggéré aux autres équipes d'abandonner en sa faveur. Ses deux lieutenants devraient faire de même. »
Jeanne cilla. Abandonner ?
« Je ne suis pas sûre de vous suivre.
- Une fois Hao déclaré vainqueur, il sera emmené pour le sacre et endormi. À ce moment, les Cinq Soldats et leurs soutiens pourront rejoindre la salle du trône et le vaincre dans son état de faiblesse. »
Son état de faiblesse ? Encore une fois, Jeanne se sentait mal à l'aise. Et puis… et puis, ça n'apportait pas de réponses à certaines questions.
« Vous voulez donc qu'il revienne dans cinq cent ans ? De quelle force disposera-t-il alors ?
- C'est un risque à prendre. Nous avons une responsabilité envers le monde d'aujourd'hui. »
Et celui de demain, alors ?
Jeanne décida de prendre un autre angle d'attaque. « Votre plan laisse neuf personnes dans la salle du trône. Qui le prendra ? »
La rousse fit un geste de la main.
« C'est une question accessoire, tu ne crois pas ?
- Absolument pas. » Jeanne chercha ses yeux, pour rien. « Ne risquerait-on pas d'avoir un massacre de dernière minute ? »
La façon dont Sâti la regarda alors était presque urticante.
« Alors parle-en avec eux. Je n'ai pas à choisir qui de vous prendra une couronne gagnée à neuf. »
Elle ne voulait pas de la responsabilité, plutôt. Pourquoi tout vouloir orchestrer sauf ce point précis ? Comme s'il n'avait pas d'importance ? C'était vraiment bizarre. Jeanne n'aurait su dire si c'était l'influence de Nyôrai, mais elle peinait à lui faire confiance.
Devant son silence prolongé, Sâti se redressa. « Qu'en penses-tu ?
- J'y réfléchirai. »
Cela ne suffisait clairement pas, car Sâti continuait de la fixer. « As-tu un meilleur plan ? »
Jeanne ne se démonta pas.
« Je dois en discuter avec les autres. Je doute d'avoir le temps de revenir vous voir avant le match. »
Elles s'affrontèrent un instant du regard. Puis Sâti battit en retraite.
« Tiens-moi tout de même au courant. »
Jeanne se mordit la langue et ne fit pas de promesses.
