Hello mina-san !

Je vous présente le second chapitre remanié de cette histoire. J'ai effectué pas mal de modifications par souci de cohérence donc n'hésitez pas à me faire part de vos avis ! :) Ici, Squalo espère faire annoncer la nouvelle par l'un de ses coéquipiers mais... Rien ne se passe comme prévu. Étonnant n'est-ce pas ?

Sur ce je n'ai qu'une chose à vous dire : enjoy !

Tendresse et camembert odorant !


Contrairement à ce qu'il escomptait, Squalo ne termina de trier tous ces fichus papiers que lorsque le soleil fut sur le point de se coucher à l'horizon. Il posa la dernière pile de factures sur l'étagère derrière son bureau. Du coin de l'œil, il avisa celles des impayées qui représentait un sacré paquet de feuilles. L'étalement des paiements, exigé par Mammon, laissait cependant à désirer car si l'épéiste s'y attardait assez, il était aisé de remarquer que certaines factures n'avaient même pas été traitées. Mais pour l'instant, il n'avait plus envie d'y penser.

Passant le dos de son poignet de chair sur son front pour éponger la sueur qui y perlait à cause de la chaleur estivale, le requin se tourna vers le bureau de son Boss qu'il venait de nettoyer et ranger de fond en comble. Agitant la photo de la fiancée entre ses doigts, il se fit pensif, comme s'il soupesait les options qui s'offraient à lui. Il n'avait pas beaucoup de solutions à son problème malheureusement…

Alors qu'il réfléchissait activement à la meilleure façon d'apprendre la nouvelle à Xanxus, un infime courant d'air dans son dos le fit se retourner à la vitesse de l'éclair. Tandis qu'il planquait la photographie dans la poche de sa veste, il sortit en même temps un petit couteau, dissimulé dans l'intérieur de son blouson en cuir. C'est ainsi que Fran se retrouva avec un coutelas plaqué contre sa gorge.

- Le dîner est servi, lui apprit Fran sans broncher, un air indifférent peignant ses traits encore juvéniles.

- Voi ! Qu'est-ce que je t'avais dit Fran à propos du fait de surgir à l'impromptu comme ça ?! Faudra pas te plaindre si tu te fais trancher en deux un de ces quatre !

Le gamin, loin d'être intimidé par les remontrances du Superbi, fit demi-tour sans piper mot pour se rendre à la salle à manger, achevant ainsi d'agacer Squalo. L'éducation de leur dernier gardien arrivé laissait clairement à désirer. Il faut dire qu'au vu de son entourage, il aurait été difficile de faire moins pire. Il se souvenait encore du microbe avec son chapeau gigantesque en forme de pomme. Ils se l'étaient disputé avec le gardien Vongola du brouillard, Mukuro, chacun désirant que le groupe adverse s'occupe du cancrelat impoli. Enfant, Fran était encore pire à supporter. Au moins maintenant avaient-ils le droit de le frapper. Force avait été de constater à l'époque que Mukuro n'avait pas gardé longtemps Fran sous son aile. Il lui avait enseigné tout ce qu'il savait sur la flamme du brouillard et les illusions avant que Bel et le squale ne s'empressent de le kidnapper pour le faire intégrer la Varia. Et ce sans que le Rokudo ne vienne le réclamer. A l'époque, Squalo s'était demandé s'il ne servait pas d'espion au gardien de la brume Vongola. D'ailleurs, il lui arrivait encore de se poser la question tant le comportement de l'adolescent pouvait parfois s'avérer déroutant.

Chassant cette idée saugrenue en même temps qu'il continuait d'insulter Fran mentalement dans toutes les langues qu'il connaissait – un assassin de la Varia se devant de savoir parler en écrire un minimum de sept langues –, une ingénieuse idée lui vint. Pourquoi ne pas faire annoncer la bonne nouvelle par Levi ? Ou l'un des autres trublions de l'équipe ? Pas très fair-play pour la fiancée ni pour ses coéquipiers, mais le Neuvième ferait avec. Emettant une petite exclamation de gorge satisfaite, le squale quitta le bureau le cœur allégé d'un fardeau et se rendit à la salle à manger.


- J'ai cuisiné un gigot d'agneau, vous m'en direz des nouvelles ! s'éleva la voix de crécerelle de Lussuria. Enfin, j'ai demandé au chef de le faire… Mah ~ Ca revient au même ! tapa-t-il dans ses mains d'un air trop enjoué pour être honnête.

Dans la salle à manger du QG Varia, la quasi-totalité des plus hauts gradés de l'escouade, excepté Xanxus et Squalo, était attablée.

- Squ-chan n'est pas là ? demanda l'homme aux allures efféminées en avisant le tour de table.

- Ca me semble être une évidence drag queen pervertie. Est-ce que vos lunettes cacheraient finalement le fait que vous êtes aveugle ?

- Moh ~ Tu es si vilain Fran, ça mériterait une fessée ! Méchant garçon !

- Après la nécrophilie, la pédophilie. Je crains pour mon innocence, ânonna le plus jeune des gardiens.

- T'es majeur stupide crapaud, corrigea Bel, et t'as rien d'innocent !

Lussuria soupira en remontant ses lunettes de soleil sur son nez. Il était assez rare qu'ils mangent tous ensemble, d'autant plus avec le boss, mais Squalo était généralement présent lorsque cela arrivait. Au moins pour tenir à carreaux les deux plus jeunes. Mais cette fois encore, Xanxus avait visiblement décidé de noyer son second sous la paperasse.

Voyant que le boxeur fixait d'un air absent la chaise vide du commandant de la Varia, Fran précisa.

- Le commandant aux cheveux longs arrive. Malheureusement, il ne s'est pas étouffé avec les factures.

Sa remarque lui valut aussitôt un violent coup de pied dans la chaise par Squalo qui entrait tout juste sur ces entre-faits. Pour faire bonne mesure, il lui flanqua également un coup de poing sur la tête. Le chapeau du jeune homme vacilla, venant ainsi couvrir ses yeux. Avec nonchalance, il le replaça sur sa tête et darda son regard inexpressif sur son supérieur hiérarchique.

- Aïe. J'ai si mal que je pourrais en mourir.

- Ferme ton clapet gamin où j'utilise tes rapports de mission pour t'étouffer moi-même avec.

Le squale ignora délibérer les hochements de tête positifs de Levi qui ne rêvait que de voir leur jeune recrue décéder. Bel l'espérait aussi mais malheureusement, il préférait avoir Fran en coéquipier que le gardien de la foudre. Aussi se contentait-il de maltraiter l'apprenti assassin à défaut de le tuer.

- Y a quoi à manger ? s'enquit Squalo en s'asseyant, sa chaise raclant sans discrétion sur le sol.

- Un gig… commença le punk.

- Lussuria-san a demandé de l'agneau, s'éleva à nouveau la voix de Fran, si vous voulez mon avis, il sait que vous adorez ça imbécile de commandant aux cheveux longs, et il fait ça pour vous ajouter à sa collection.

Le garçon fit mine de se faire vomir tandis qu'il faisait allusion à la rumeur concernant la nécrophilie du boxeur. Le dégoût de Squalo fut tel qu'il en oublia l'insulte du plus jeune. Bel ne se gêna cependant pas pour envoyer une salve de scalpels sur le gardien de la brume.

- Ah, tu sais comment couper l'appétit du Prince stupide crapaud…

- Il suffit d'avoir le vieux pervers d'orage en face de soi pour avoir l'appétit coupé, prince déchu.

En une seule phrase, Fran réussissait à énerver plusieurs de ses coéquipiers et, à chaque fois, Squalo s'étonnait que le moins âgé d'entre eux soit encore en vie au vu de toute la haine qu'il faisait se déchaîner contre lui. Mais avant que le début de repas ne tourne au pugilat, un reniflement les interrompit. Tous les regards convergèrent vers la Mamma de la Varia, comme Lussuria s'autoproclamait. Ce dernier essuyait le coin de ses yeux, derrière ses lunettes, avec le coin de son tablier rose à froufrous qui donna instantanément une migraine oculaire au squale.

- Voyons Fran, ne rajoute pas le suffixe « -san » après mon prénom, cela me vieillit horriblement ! Je préfère grande sœur Lussuria !

Comment pouvait-il s'offusquer d'un stupide suffixe et pas des rumeurs l'accablant ? Squalo eut tout de suite envie d'aller se coucher et laisser entre eux ces dégénérés.

- Ushishishi ~ T'es déjà un vieux, asséna Belphégor sans pitié, arrachant un couinement indigné au boxeur.

- Que tu es méchant Bel-chan ! Moi qui t'ai presque élevé ! Quelle déception… renifla de façon grandiloquente le punk en se trémoussant sur sa chaise. Squalo ! Les enfants sont méchants !

A nouveau, le repas aurait pu démarrer une nouvelle querelle entre les différents hauts-gradés de la Varia. Squalo aurait d'ailleurs normalement été le premier à se jeter dans les embrouilles provoquées par ses équipiers. Mais ce soir-là, il se contenta de se servir dans le plat de résistance et de remplir son assiette allègrement sous le regard médusé, voire suspicieux, des autres hommes. Le pire fut le léger sourire fleurissant sur ses lèvres qui fit frissonner ses coéquipiers. Squalo de bonne humeur ? C'était assez rare pour être noté d'une croix rouge, au marqueur indélébile, sur le calendrier des Dieux du stade de Lussuria.

- Ushishi ~ Quelque chose est arrivé? demanda Belphégor en relevant la tête de sa tranche de gigot qu'il avait entrepris de couper avec dextérité en fines lamelles.

Squalo ne répondit pas tout de suite. Il se contenta de prendre une première bouchée qu'il mâcha avec application, sans regarder personne. Plus que de les intriguer, cela inquiéta carrément les quatre autres compères. Quelle mouche avait donc piqué leur commandant pour le rendre aussi muet qu'une carpe ?

- Tu es sûr que ça va Squ-chan ? Il s'est passé quelque chose ? Un problème ? demanda prudemment le punk en posant ses mains sur la table, prêt à réagir contre toute réaction violente à son encontre.

Mais Squalo se contenta de hausser un sourcil d'incompréhension dans sa direction.

- Non, pourquoi il y aurait un problème ? s'enquit le concerné d'une voix grave si propre à son propriétaire.

Après tout, il avait trouvé une solution à son problème, mortelle pour un autre que lui ! En temps normal, le requin se serait empressé de beugler son « Voi » caractéristique et aurait envoyé le plat de viande dans la figure de Lussuria. Aussi, lorsqu'il reprit tranquillement une bouchée d'agneau sans s'en prendre à son équipier… Tous le regardèrent avec attention, tentant de découvrir la raison de cette humeur au beau fixe, aussi rare que précieuse, car éphémère.

- Bel-sempai, je crois que le commandant idiot s'est cogné la tête, souffla de façon très indiscrète le jeune homme à la chevelure verte à son aîné.

- J'étais en train de me dire la même chose la grenouille, acquiesça le Prince, son couteau saccageant sauvagement sa viande.

Tandis que tout le monde activait ses méninges pour deviner ce qui pouvait rendre leur commandant aussi pacifique, Xanxus entra dans la salle à manger. Il n'était pas encore rendu à sa place que Levi s'était déjà levé pour lui tirer un fauteuil.

- Ah tiens, le Boss nous fait grâce de sa présence maintenant que tout le boulot est fait… marmonna Squalo entre ses dents d'un air tout de suite moins amène.

Seul Lussuria, suffisamment proche de lui, l'entendit.

- Paix Squ-chan, il a l'air d'être de bonne composition… le tempéra d'un chuchotement le gardien de soleil en espérant que ce repas se déroulerait dans les meilleures conditions possibles.

C'est-à-dire avec le moins de sang, de casse et de cris possibles. Et ce n'était jamais chose aisée avec le caractère explosif de leur patron et la propension de ses gardiens à foutre la merde.

Squalo se composa à nouveau un visage renfrogné, sa fourchette jouant avec les légumes de son assiette. Il ne pouvait jamais être tranquille. La soirée s'annonçait plus paisible qu'à l'accoutumée et Xanxus se décidait à venir manger avec eux ? Cet enfoiré devait le faire exprès. Il avait sans aucun doute un radar pour détecter l'humeur de son second et se rappeler à son bon souvenir dès que possible.

- Un peu de viande Boss ? demanda Levi A. Than.

Comme prévu, le brun le rabroua aussi sec, sa main s'agitant comme pour chasser un insecte indésirable. Si Levi faisait partie des gardiens les plus dévoués au patron de la Varia, il n'en restait pas moins le plus envahissant.

- Fous-moi la paix déchet et va t'asseoir.

Levi s'exécuta, un air déçu peint sur son visage. Chercher à briller par tous les moyens aux yeux du brun ne marchait pas à chaque fois. Pour ainsi dire, quasiment jamais… Du coin de l'œil, le second de Xanxus vit le personnel se trémousser avec hésitation dans un brouhaha de chuchotements indiscrets près de l'une des portes de la salle. Finalement, une jeune femme en uniforme de travail fut poussée en avant par ses collègues. C'est en tremblant, une carafe emplie de tequila entre les doigts, que le squale la vit approcher de Xanxus mais toujours de sorte à ce que ce dernier la voit. Il n'aurait plus manqué qu'elle fasse preuve de négligence et meurt pour avoir surpris le tyrannique maître des lieux…

- Messire Xanxus… couina-t-elle d'une voix à peine audible.

Toujours prise de légers soubresauts, elle servit un verre de tequila à son employeur et ne mit que quelques secondes à disparaître lorsque celui-ci se pencha pour s'en saisir, sans aucun mot de remerciement.

Etrangement, Fran s'était tu, abandonnant ses habituelles piques pour se concentrer sur la dégustation de son plat. Xanxus était bien le seul à pouvoir faire taire le jeune homme car ce dernier connaissait le penchant de son boss pour l'élimination des cafards qui l'importunaient. Et Fran n'avait pas envie d'être ce cafard.

Un silence de mort régnait, seulement entrecoupé par les bruits de mastication. Ce ne fut que lorsque Xanxus commença à pianoter de ses doigts sur le bord de la table en bois massif, son regard carmin fixé sur Squalo, que la tension s'épaissit. Pourtant personne ne broncha, Lussuria retenant un déglutissement bien difficilement. L'espace était trop réduit pour pouvoir esquiver la moindre utilisation de x-gun…

- Rien à me dire ? s'éleva alors la voix rauque de propriétaire de flammes de la colère d'un ton trop tranquille pour ne pas couver quelque chose.

Chacun se regarda du coin de l'œil en haussant d'un sourcil mais ce fut Squalo qui sentit la sueur descendre le long de sa colonne vertébrale. Bon sang… Est-ce qu'il savait déjà ?

Chaque assassin attendit que le couperet leur tombe sur le coin du nez. Mais le concerné savait déjà que cela allait arriver… Aussi Squalo ne fut-il pas surpris lorsque Xanxus, placé en bout de table, tapa un grand coup sec dans l'un des pieds de sa chaise, manquant de le renverser. L'argenté rata de peu de planter sa fourchette dans son palais et se mit à tousser violemment lorsque la nourriture passa de travers dans son œsophage. Il aurait voulu crier sur son patron, mais c'était présentement le cadet de ses soucis. Peinant à reprendre son souffle, il sentit plus qu'il ne vit Lussuria se précipiter à ses côtés pour lui tendre un verre d'eau et taper dans son dos. Lorsqu'il revint enfin à une couleur à peu près normale, le squale leva son regard acier sur Xanxus qui arborait un faciès stoïque, ses yeux brûlants le fustigeant. En voyant leur commandant prendre son souffle, Lussuria s'éloigna et les deux plus jeunes de l'équipe se bouchèrent instantanément les oreilles.

- Voi ! Pourquoi t'as fait ça connard de boss ? éructa Squalo en se levant d'un coup sec, entraînant ainsi la chute de sa chaise.

- Tu me prends pour un con déchet ? gronda Xanxus en plissant ses paupières, réduisant ses pupilles à deux fentes menaçantes. Tu oses me demander pourquoi ?

Squalo fut tenté de tout nier en bloc. Avec un peu de chance, son boss ne faisait pas allusion à ce qu'il croyait. Avec énormément de chance. Mais la bonne étoile du requin semblait une nouvelle fois aux abonnées absentes.

Lorsque Xanxus se pencha sur la table, son index tapant avec insistance sur le bois d'un air accusateur, Squalo sut qu'il était perdu.

- Tu croyais vraiment que je sentirais pas les émanations de flammes du vieux ? gronda-t-il. Même après que t'aies détruit le courrier ?

- J'vois pas de quoi tu…

Le verre brisé sur son crâne fit tourner la tête de l'assassin qui s'éloigna d'un pas, comme pour se protéger d'un nouveau coup. Mais le brun était déjà sur lui et lui enserra la gorge avec force, faisant déglutir et suffoquer son second.

- Qu'est-ce qu'il voulait ? Réponds ! ordonna le fils adoptif du Neuvième.

- Je te dis que je vois p…

La rage décuplait les forces de Xanxus, c'était un fait, et étrangement, Squalo fut étonné de ne pas avoir été encore réduit en cendres. Ses autres coéquipiers s'étaient levés et éloignés de la table, sur le qui-vive, lorsque leur boss fit violemment basculer son bras droit sur le meuble, faisant se fracasser au sol la vaisselle et les restes de nourriture. La prise se resserra sur sa gorge et l'argenté vint tenter de faire lâcher prise à Xanxus qui n'en démordait pas.

- Qu'est-ce qu'il voulait… ? persifla-t-il d'un ton qui ne laissait place à aucune nouvelle protestation.

- Juste une lettre de routine. T… T'avais pas… Répondu à son dernier message… Il s'inquiétait… articula difficilement Squalo dans un mensonge éhonté tandis que sa peau rougissait à cause du manque d'oxygène.

Xanxus attendit encore quelques brèves secondes avant de relâcher son bras droit qui glissa de la table et se laissa choir sur le sol, une main sur sa gorge endolorie et une toux rauque lui secouant les entrailles.

- Tu saurais ce qu'il y avait dans ce putain de courrier si tu prenais la peine de les lire au lieu de les cramer… pesta difficilement l'assassin, plus par bravade que par nécessité.

Il ne fallut pas plus de cinq secondes à Xanxus pour réagir à nouveau avec violence. Il y eut un déclic, un couinement lâché par Lussuria et Squalo se retrouva à côté d'une chaise réduite en un petit tas de cendres. Mieux valait la chaise que lui, ceci dit. Les yeux du balafré jetaient des éclairs tandis que Squalo se grattait la tête, là où la flamme de fureur de son boss l'avait frôlé.

- Dis-le si t'as envie de crever déchet, ça peut s'arranger, grogna Xanxus qui ne voulait ni entendre parler de son père adoptif, ni entendre un reproche en provenance de la bouche de son second.

Le brun jeta un dernier coup d'œil meurtrier à ses subordonnés avant de leur tourner le dos à tous et de quitter la salle à manger d'un pas furibond et en claquant la porte, sans rien avoir dîné. Sous l'impact, le bois de la porte plia et craqua, offrant ainsi à la vue de la Varia la vision de ce qui les attendait dans les prochaines heures si quiconque osait venir déranger le fils du Nono.

Tous avaient retenu leurs souffles, Squalo le premier mais pas pour les mêmes raisons, attendant que l'orage passe.

Lorsque tous furent sûrs que Xanxus s'était éloigné, le bruit de ses pas s'étant fait silencieux dans le couloir, Lussuria se précipita sur Squalo pour vérifier que celui-ci n'était pas blessé gravement. Par anticipation, le boxeur laissa apparaître une flamme du soleil sur son anneau de la Varia et tendit la main vers son commandant mais celui-ci chassa sa main avec virulence en pestant entre ses dents. Il ne tenait pas à ce que, sous l'action des flammes de son comparse, sa chevelure gagne encore quelques centimètres. Sans que la raison en soit totalement claire, à chaque utilisation des flammes de Lussuria, les cheveux, sourcils et poils des personnes recevant le traitement avaient tendance à pousser de façon exponentielle. Quoi que, au point où il en était, un centimètre ou deux de plus ne feraient pas grande différence.

- J'ai eu chaud… marmonna-t-il entre ses dents tout en se relevant.

Il massa sa gorge douloureuse avant de darder son regard acier sur ses coéquipiers qui gardaient leur attention sur lui.

- Ushishi ~ Très chaud même. Tu devrais pourtant savoir que ça fiche le Boss en rogne, se moqua le blond couronné d'un air fataliste.

L'argenté soupira avant de grimacer et il décida d'ignorer la remarque désobligeante du prince. L'assassin se laissa choir sur la chaise intacte la plus proche. Lussuria, habitué à se faire rabrouer, choisit tout de même de veiller au confort de Squalo.

- Levi, au lieu de ruminer car Squ-chan n'est pas mort, va chercher des glaçons en cuisine ! ordonna-t-il d'une voix ferme qu'il n'utilisait que très peu.

Le gardien de la foudre le toisa un bref instant avant d'émettre un claquement de langue agacé et de s'exécuter. Mieux valait ne pas contrarier la Mamma de la Varia sous peine de se retrouver dans un congélateur garni de cadavres ankylosés. Il n'y avait pas que Xanxus ou Squalo à donner des ordres dans le QG !

Voyant que leur commandant allait bien – tout était relatif et puis, sincèrement, à par Lussuria, qui s'en souciait réellement ? -, les gardiens reprirent leurs places respectives et se remirent à manger, sauvant ce qui pouvait encore l'être. Levi revint avec un torchon rempli de glaçons qu'il déposa devant le bretteur et il s'assit à son tour en grommelant des choses inintelligibles.

Au final, ce fut Lussuria qui brisa à nouveau le silence, un air curieux peint sur ses traits coupés au couteau.

- Dis-moi Squ-chan…

- Voi, je t'ai déjà dit de pas m'appeler comme ça ! gronda Squalo en fusillant du regard le gardien, les glaçons placés sur sa gorge douloureuse.

- En vérité, reprit Lussuria en l'ignorant, qu'est-ce qu'il y avait dans cette lettre ?

- Je l'ai dit tout à l'heure déjà, c'était le vieux qui demandait des nouvelles. Rien de plus.

- Squalo… soupira le soigneur avec un ton de reproche.

- Vous allez jamais me croire si je vous le dis, assura le squale.

- Dites toujours commandant. On sait jamais, des fois que ça aurait l'air crédible.

Squalo fusilla du regard Fran avant de se lever sous l'incompréhension de ses collègues qui le virent faire le tour de la vaste salle à manger pour vérifier les ouvertures.

- Y a personne, entendirent-ils leur supérieur marmonner avant qu'il ne se tourne vers eux avec un air grave qui ne présageait rien de bon.

L'épéiste prit une grande inspiration avant de se lancer. Au diable la discrétion.

- Le Neuvième, commença-t-il en s'arrêtant afin de laisser un peu de suspense, il a l'intention de marier le Boss.

Il y eut un très long silence pendant lequel chaque gardien vint fixer Squalo avec les yeux écarquillés. Même Fran, pourtant réputé pour son impassibilité, vit son visage déformé par la surprise. Puis, après quelques secondes de réflexion, un rire à la fois nerveux et amusé secoua l'assistance. Quoi de plus normal après tout ? Squalo savait qu'en apprenant ce genre de nouvelle de la sorte, il en aurait ri également. C'était préférable, car le prendre au sérieux aurait rendu la chose tout de suite plus tangible et dangereuse. Bel fut le premier à s'exprimer.

- Ushishishi ~ Le Prince ne savait pas que la princesse aimait faire des farces !

- Bravo commandant, c'était bien trouvé pour un poisson.

- C… C'est impossible… bégaya Levi, le teint soudainement blafard. Le Boss ne voudra jamais ! Personne n'a le droit de lui imposer quoi que ce soit !

- C'est vrai que tu as mis le paquet Squ-chan, c'était fort, même pour toi, ajouta Lussuria en croyant lui aussi à une blague de mauvais goût.

Mais en voyant l'air mortellement sérieux du squale, l'euphorie générale baissa d'un cran.

- S… Squalo… Tu veux dire… Ce n'est pas une blague ? balbutia le gardien du soleil en prenant à son tour une teinte cireuse.

- J'ai l'air de rire ? bougonna le bretteur, la glace toujours à portée de sa gorge endolorie.

Le gardien de la pluie vit alors Levi s'animer, empreint d'une horreur qu'ils partageaient tous.

- Qui ? Avec qui ? s'inquiéta soudainement le gardien de la foudre.

Squalo se rassit et s'appuya sur le dossier de sa chaise en haussant doucement des épaules.

- Aucune idée, je ne sais pas qui elle est réellement. Je n'ai pas encore eu le temps de chercher. Il n'y avait que son prénom, sa photographie et la lettre du Nono dans l'enveloppe. Rien de plus. Pas de quoi fouetter un chat si vous voulez mon avis.

- C'est-à-dire ? s'enquit Bel en levant un sourcil intéressé.

Ou c'est tout du moins ce que sa moue pouvait laisser penser car, avec sa frange, il n'était guère aisé d'en être sûr.

- Yeux verts, cheveux roux… Rien qui sorte de l'ordinaire.

Et pourtant, chacun d'entre eux savait que la banalité pouvait parfois cacher des armes fatales.

- Tu as la photo avec toi ? demanda alors Lussuria, la curiosité se lisant sur son visage à moitié mangé par ses lunettes de soleil.

Squalo acquiesça doucement. Au point où il en était, il pouvait bien montrer le cliché à ses coéquipiers.

- Et bien allez, montre-nous ! l'encouragea Lussuria, ses fesses se balançant de gauche à droite avec entrain tandis qu'il posait l'une de ses mains sur l'épaule de l'argenté.

La main inoccupée du requin se dirigea vers la poche de son blouson noir pour y cherche la photo. N'y rencontrant que du vide, il palpa la seconde, elle aussi vide. L'effroi fut visible sur le visage de ses équipiers bien avant que l'horreur ne s'empare de son propre corps.

- La photo… commença-t-il d'une voix basse.

- Ne me dis pas que…

- Si. Elle a dû tomber de ma poche…

Il fouilla à nouveau, espérant inutilement sentir entre ses doigts un morceau de papier glacé. Mais toujours rien.

- Elle est dans le bureau du boss, conclut-il d'une voix lugubre.

Tous déglutirent de concert, et à juste titre. Bel regarda d'un air interdit le commandant de leur escouade.

- Tu sais ce que ça veut dire ? questionna-t-il d'un air que le bretteur supposa grave.

- Oui… soupira celui-ci en venant passer sa main libre sur son visage.

Si Levi ne bougea pas d'un iota, Lussuria, quant à lui, se laissa choir sur la chaise la plus proche. Fran les regarda tous tour à tour sans comprendre l'abattement général. Oui, le commandant idiot aux cheveux longs avait laissé le cliché dans le bureau du Boss. Et alors ? Ne fallait-il pas à un moment ou à un autre qu'il soit au courant ? L'annoncer de la sorte restait le moyen le moins mortel pour chacun d'entre eux. Ce qui mit la puce à l'oreille du plus jeune fut la nouvelle remarque murmurée que lâcha le boxeur.

- La pauvre chérie… Tu viens de la jeter tout droit dans la gueule du loup…

- Du fauve plutôt, grinça des dents Squalo.

Se sentant observé par Fran, l'argenté lui coula un regard qui lui signifiait de cesser son petit manège. Mais le gardien de la brume Varia ne s'arrêta pas pour autant.

- Pourquoi vous dites ça commandant idiot ? Au moins, personne n'a à mourir pour annoncer la nouvelle au boss. Même si j'aurais aimé que l'un de vous le fasse.

Un brouhaha de protestation s'éleva dans la salle à manger, bientôt coupé par le grondement guttural du gardien de la pluie.

- Voi ! Mais vous allez la fermer un peu ? La merde ne fait que commencer…

- Je vais t'expliquer mon petit Fran, se dévoua Lussuria en attirant l'attention du jeune homme, il n'y a qu'une raison pour laquelle le Boss pourrait recevoir des photographies de femmes dans son bureau, sélectionnées avec soin… commença-t-il en espérant que Fran déduirait la suite de lui-même, en vain.

- Et ?

- Comment te dire cela pour ne pas choquer ton esprit innocent… s'interrogea la mamma de la Varia avec beaucoup d'illusions quant à l'esprit torturé du plus jeune.

- Ushishi ~ Innocent hein ? Je pense surtout qu'il fait l'autruche.

- Vous pensez sempai ? C'est nouveau, non ? s'enquit le garçon au chapeau de grenouille en dardant son regard inexpressif sur Belphégor qui ravala un juron peu adapté à son rang.

- Sale gamin, je vais te… pesta le blond en jetant toute une volée de couteaux sur son coéquipier.

Voyant que la conversation prenait l'eau, c'est Squalo qui reprit les rênes, après s'être mis debout, dans le vain espoir de s'attirer le respect de leur cadet.

- Ecoute-moi bien Fran, on va pas te l'expliquer cent fois…

- Commencez par une, je devrais comprendre, moi.

- Bordel… jura le squale entre ses dents en se pinçant l'arête du nez. En gros, quand le Boss a la flemme d'aller en ville pour se… Rassasier, on a un employé qui lui fait une sélection de prostituées. Il n'a plus qu'à choisir celle qu'il veut pour assouvir ses instincts primaires.

- Vous aussi vous faites ça ? s'enquit Fran mais le regard encore plus assassin de ses compères lui confirma que non. Je vois. Donc, comme vous avez laissé la photographie dans le bureau du patron… Il va certainement penser qu'elle fait partie de la sélection et que c'est une prostituée.

- En gros… concéda de mauvaise grâce Squalo, légèrement coupable en songeant que la jeune femme ne verrait rien venir.

- Et si elle lui dit qui elle est ?

- Et bien, dit l'épéiste, je ne donne pas cher de notre peau. Ni de la sienne.

Un silence inhabituel s'abattit sur la salle à manger. Ce scénario de série B n'enchantait personne, mais avaient-ils un moyen de l'éviter ? Pas avec un script ayant commencé avant qu'ils en aient eu conscience… L'élément perturbateur de l'histoire apparaîtrait le lendemain matin, et ils ne pouvaient pas l'en empêcher.


Le train roulait à vive allure sous le crépuscule, traversant l'Italie vers le Sud du pays. Prise d'un mauvais pressentiment, une jeune femme frissonna en rajustant la couverture qu'on lui avait fournie pour la nuit. Grommelant contre le tissu inconfortable qui l'empêchait tout de même de ressentir la fraîcheur nocturne, elle se cala au mieux sur la banquette en cuir qu'elle occupait, coulant un regard sur l'homme assis sur la couchette face à la sienne et les deux autres postés devant la porte coulissante de son compartiment. Les vieux trains étaient décidément drôlement pratiques pour isoler quelqu'un… Et empêcher ce quelqu'un de s'enfuir. Se retenant de pester contre ses geôliers, la jeune femme se força à fermer les yeux. Sans peine, elle se rendormit sans se douter réellement de ce qui l'attendait le lendemain, l'espoir de s'enfuir toujours bien ancré dans sa tête. Alors qu'une seule chose l'attendait. Un aller simple pour l'enfer.


Enfer, n.m. : endroit que le Nono a depuis toujours pavé de bonnes intentions, sans prendre en compte l'insatiable appétit du tyrannique et meurtrier maître des lieux.