Hello mina-san !

Je vous présente le troisième chapitre. Voici l'entrée en scène du personnage principal de cette histoire (quoi qu'on puisse considérer qu'il y en a plusieurs) qui va, je l'espère, mettre un peu d'ambiance auprès des sept nains (visiblement, ils seraient tous Grincheux…). Je ne présenterai pas tout de suite Akasora pour des raisons que vous comprendrez plus tard. Le précédent chapitre était un peu plus court car il ne servait qu'à asseoir la présence de l'élément perturbateur et correspondait donc à un chapitre transitoire. L'action débute à partir de maintenant !

Je vous souhaite une bonne lecture de la cible 3 !

Tendresse et petits pois !


- Mais qu'est-ce que vous fichez tous là ?

Squalo se figea à l'entrée du parking souterrain du QG de la Varia, la télécommande du portail encore entre les mains. Il laissa un bref instant son regard couler sur un modèle de voiture du garage qu'il appréciait particulièrement : la Mercedes SLS AMG GT Final Edition. Son lignage et sa puissance en faisaient une voiture fiable et le squale avait un petit faible pour sa couleur blanche et le ronronnement de son moteur au démarrage. Personne, au QG, n'était autorisé à la conduire. Pas même Xanxus. Aussi, ce qu'il y voyait actuellement agglutiné ne l'aidait pas à débuter sa journée sous les meilleurs auspices et de bonne humeur.

Alors qu'il croyait être le seul levé en ce samedi matin, le requin eut la désagréable surprise de découvrir le reste de la Varia, excepté Xanxus, confortablement installé sur sa voiture. Qui plus est, celle-ci ne comportait de toute manière que deux places, donc pas suffisamment pour pouvoir embarquer tout le monde. Et quand bien même cela n'aurait pas été le cas, conduire avec une bande zigotos braillards dans le même habitacle que lui n'enchantait pas des masses le squale.

- Dehors, ordonna-t-il en se maîtrisant autant qu'il lui était possible de le faire.

Comme le bretteur s'en était douté, tous protestèrent de vive voix et en même temps, provoquant une cacophonie incompréhensible de jurons et suppliques colorées.

- C'est injuste Squ-chan, tu voudrais te garder la fiancée pour toi tout seul ? le morigéna le boxeur. Nous sommes au courant maintenant ! Et puis, je suis certain que le Nono souhaite que nous l'intégrions, alors c'est ce que nous allons faire, n'est-ce pas les garçons ?

Divers assentiments parvinrent à l'argenté qui fusilla ses coéquipiers du regard. Tous étaient vêtus de tenues de ville et l'ensemble de l'équipe formait un attroupement assez éclectique de couleurs et de styles. Mais ce n'était pas ce qui inquiétait le squale. Qu'importe que Levi ait opté pour une chemise hawaïenne rouge ou Fran d'un baggy lui tombant sur les hanches. Non, se faire remarquer était le cadet de ses soucis. Ce qui l'inquiétait, c'était pourquoi ses coéquipiers tenaient tant à l'accompagner. Pour accueillir la jeune femme en bonnes et dues formes ? Il en doutait. Songeaient-ils à l'éliminer avant qu'elle n'arrive au QG ? Rien n'était moins sûr. Et si Squalo était certain que Levi pourrait chercher à la tuer pour préserver le Boss et que Lussuria se réjouissait de la venue d'une femme au château, il n'était cependant pas assuré des motivations de Bel et Fran.

- Il semblerait que le commandant idiot ait oublié comment allumer son cerveau ce matin… souffla la voix traînante du jeune adulte aux cheveux verts.

- Ushishi ~ Non. Pour ça il faudrait qu'il en ait un.

Peut-être venaient-ils juste pour l'emmerder, c'était le plus plausible.

- J'ai dit : dehors ! commença à s'énerver le gardien de la pluie en gratifiant le reste de la Varia d'un regard assassin qui ne leur fit ni chaud ni froid.

Excédé, il jeta la télécommande de la porte du garage par la fenêtre ouverte de la voiture, la faisant atterrir sur le siège passager. Tapant du pied, il attendit avec autant de patience qu'à l'accoutumée que ses parasites de collègues débarrassent le plancher. Mais force fut de constater que ces derniers ne semblaient pas vraiment décidés à bouger. Le squale grinça même des dents en constatant que Levi, les fesses posées sur le bord du capot, risquait de rayer la peinture de son véhicule avec les poches de son pantalon.

- Voi ! Vous me faites chier !

L'assassin s'apprêtait à les insulter vertement, avec le débit sonore qui s'imposait, quand il se rappela à temps que Xanxus était encore couché et qu'à sept heures du matin, il devait encore dormir. Dire qu'à cette heure-là, il avait escompté partir furtivement… Il fit signe aux autres gardiens de libérer la place à grand renfort de gestes promettant mille souffrances. Rien n'y fit. Avec une superbe que l'argenté était loin de ressentir, les autres hommes l'ignorèrent. Il fit donc ce qu'il lui semblait le plus pratique. A savoir assurer sa survie en ne réveillant pas le grand méchant loup, et garder à l'œil le groupe de décérébrés qu'il encadrait habituellement en mission.

- Bien. Puisque vous le prenez comme ça… soupira-t-il.

Il désigna du pouce un fourgon noir garé à quelques places de là.

- Vous venez, mais on prend le fourgon. Si j'entends quelqu'un geindre, ou bien quelqu'un proférer une menace… Je vous jette par la fenêtre et je m'assurerai de bien faire marche arrière pour finir le travail. Me suis-je bien fait comprendre ? persifla-t-il, les yeux plissés d'agacement contenu.

Tous hochèrent de la tête. On ne pouvait pas faire plus clair.


Une secousse du train et le grincement provoqué par le ralentissement du transport sur les rails réveillèrent Akasora. Elle mit quelques brèves secondes à se souvenir du lieu dans lequel elle se trouvait. La présence d'hommes en noir fut le déclic et elle se permit de lâcher un long soupir indiscret. Aucun de ses geôliers ne broncha pour autant. La jeune femme se redressa sans se presser sur sa banquette. Etirant ses muscles endoloris, elle laissa filtrer un petit gémissement de satisfaction en sentant les nœuds de son dos se défaire. Le soleil baignait la cabine, caressant son visage avec douceur. Akasora s'autorisa une brève minute pour profiter des rayons matinaux. Elle finit par repousser la couverture posée sur ses jambes et fit basculer ces dernières dans le vide afin de poser ses pieds sur le sol froid de son compartiment. A son changement de position, les hommes se tendirent. Le mafioso à ses côtés ne la quittait pas des yeux, comme s'il craignait qu'elle ne parte en fumée et disparaisse de sa vue. Il faut dire que pendant le voyage depuis Venise, la femme aux longs cheveux flamboyants avait tenté par deux fois de s'enfuir. Mais sauter d'un train à grande vitesse, en marche qui plus est, n'était pas nécessairement la meilleure solution. Il fallait ruser, les attraper à leur propre jeu.

Aussi, lorsqu'elle se leva et que tous les mafiosi alentours se raidirent d'un même mouvement, elle répliqua ironiquement.

- Je compte aller aux toilettes. Quelqu'un veut m'accompagner ?

Sur le moment, aucun des mafieux ne pipa mot, se contentant de l'observer à travers leurs lunettes de soleil. Quelle était cette étrange manie d'ailleurs ? Porter des lunettes en toutes circonstances les faisaient paraître encore plus suspects, comme s'ils portaient un écriteau autour du cou avec pour inscription : « Attention, mafioso. Je mords. ».

L'un des hommes finit par se placer à ses côtés pour l'accompagner jusqu'aux cabinets. Un bref coup d'œil confirma à Akasora qu'il n'y avait qu'elle seule et tous ces hommes en costume dans le wagon, probablement privatisé pour l'occasion. Quelle sotte elle avait été…

- Je vous attends là, l'informa l'homme qui l'avait accompagnée en se postant aux côtés de la porte des toilettes.

- Vous êtes sûr ? On ne sait jamais… maugréa-t-elle en levant les yeux au ciel.

La jeune femme s'engouffra dans l'espace réduit des WC et claqua la porte derrière elle avant de la verrouiller. Elle retint une grimace de dégoût face à l'odeur entêtante que dégageait la cuvette. Se retenant d'expirer bruyamment pour économiser l'air sain de ses poumons, Akasora vérifia sa montre. Plus qu'une petite heure…

- N'est pas né celui qui me gardera enchaînée… Tu me le paieras vieillard… marmonna-t-elle entre ses dents en tirant la chasse d'eau, une fois qu'elle eut fini.

La femme sortit des toilettes sans empressement et se laissa raccompagner à sa cabine sans faire de grabuge. La nuit avait pris fin depuis un moment déjà mais Akasora reprit place sur la couchette et rabattit la couverture sur elle sans plus de cérémonie en tournant ostensiblement le dos à ses geôliers. De toute manière, elle n'avait pour l'instant rien de mieux à faire que de dormir et, ainsi, prendre des forces. Son plan d'évasion ne nécessitait pas seulement l'utilisation de ses méninges et elle n'aurait pas de trop d'une heure de sommeil supplémentaire pour reposer ses muscles mis à mal par la banquette…


Squalo était au bord de la crise de nerfs. Pour se donner contenance, l'argenté inspira et expira longuement, ses doigts se serrant à s'en faire blanchir les jointures sur le volant. Cela faisait à peine un quart d'heure qu'ils avaient pris la route que déjà il n'en pouvait plus. Fran et Bel n'arrêtaient pas de se chamailler et même s'ils le faisaient à voix basse, l'ouïe du conducteur était assez entraînée pour trouver insupportables les chuchotements et vociférations vindicatives. Lussuria chantonnait également à voix basse des chants traditionnels italiens que le squale s'étonnait de connaître. Seul Levi ne laissait échapper aucun son, probablement à cause du petit déjeuner qu'il peinait à garder dans son estomac. Bel avait sans aucun doute rajouté un petit ingrédient mystère dans le café du gardien de la foudre. Et ce dernier ne semblait pas aller bien, en témoigne son teint légèrement verdâtre.

Si le reste du trajet s'était déroulé dans ce calme tout à fait relatif, Squalo aurait sans aucun doute pu garder patience. Ils eurent malheureusement la joie, tout aussi relative, d'être arrêtés sur le bas-côté par la Polizia napolitaine. Le requin se gara sur le bord de la route quand l'homme en uniforme lui fit signe de façon insistante et ne laissant place à aucun doute. Squalo frappa le volant avec agacement tandis que le reste de la voiture devenait silencieuse. Un coup d'œil par la lucarne arrière montra au squale ses coéquipiers aux aguets, attendant un ordre de sa part. Il émit un petit signe négatif de la tête avant de se concentrer sur la suite. Lorsque le fourgon fut stationné, Squalo descendit lentement sa vitre tandis que le policier s'approchait, un carnet en main.

- J'espère que vous avez tous vos ceintures ! souffla le squale entre ses dents et suffisamment bas pour que seuls ses équipiers l'entendent. Vous la fermez, c'est moi qui parle. Et Bel, interdiction de scalper ce pauvre type s'il ouvre les portes du fourgon, capito ?

- Ushishi ~ Ca aurait été marrant pourtant… ricana le prince en remontant un peu son diadème d'un coup de main expert.

- Maintenant fermez-la !

L'homme se mit à la hauteur de la fenêtre et regarda rapidement la voiture avant de reporter son attention sur le conducteur qui lui offrit son plus beau sourire. Autant que pouvait l'être un sourire de requin.

- Bonjour monsieur l'agent, ronronna presque Squalo en parlant suffisamment fort pour couvrir les chuchotements de ses collègues dans l'arrière du fourgon.

- Bonjour… Vos papiers s'il-vous-plaît.

Squalo dut se pencher vers Lussuria pour fouiller la boîte à gants. Le boxeur était étonnamment silencieux, le regard vissé au loin. Le bretteur pouvait sentir des émotions contradictoires suinter de chaque pore de sa peau sans en comprendre la raison. Qu'avait encore fabriqué cet imbécile ? Des rires à l'arrière lui firent penser que peut-être l'un de ces abrutis congénitaux avait soufflé quelque chose à Lussuria et l'avait mortifié… Mais quoi ?

Il tendit les papiers au policier qui le remercia d'un signe de tête poli.

- Merci Signorina.

Le sursaut de Squalo fut si notable que le rire atypique de Belphégor résonna à nouveau dans ses oreilles. Et ce fut pire encore lorsque l'agent désigna le gardien du soleil à la place passager et félicita le squale d'avoir attaché son chien. Son chien. Abasourdi, il coula un regard sur Lussuria qui ne broncha pas, son teint si blanc que Squalo s'étonnait de ne pas l'avoir vu tomber dans les pommes en faisant tout un tas de manières. Un coup d'œil en arrière, via la petite fenêtre donnant sur l'arrière du camion, lui permit de croiser le regard blasé de Fran. Etait-ce de l'amusement qu'il y devinait ou bien son esprit lui jouait-il des tours ? Ses pupilles semblaient animées, comme si leur teinte verte oscillait, tentant de changer de couleur sans jamais y parvenir. Et Squalo était certain d'y détecter une lueur indigo. Bien sûr. Le petit salopard s'était amusé à utiliser ses flammes de la Brume, faisant paraître Lussuria comme un animal de compagnie et lui-même comme une femme au regard de l'agent. De quoi brouiller les pistes auprès de la police. Mais sa fierté en prenait un coup et personne ne malmenait sa fierté sans en payer les conséquences. Il crèverait ce petit effronté plus tard.

Tout occupé à son examen des papiers que lui avait fournis Squalo, le policier ne remarqua pas l'aura assassine de l'épéiste. Après une minutieuse vérification, il regarda l'argenté avec un regard mi-désolé, mi-furieux.

- Dites-moi Signorina, saviez-vous à quelle vitesse vous rouliez exactement ? s'enquit-il en espérant faire passer aux aveux le conducteur, non sans loucher sur les magnifiques cheveux à l'aspect doux de la personne qu'il voyait comme une femme.

Squalo grinça des dents en voyant le regard de l'homme l'observer avec une insistance déplacée, comme s'il était ébloui. Et l'assassin connaissait suffisamment leur plus jeune membre pour savoir que ce dernier avait dû jouer habilement de ses illusions, allant jusqu'à les parfaire pour rendre Squalo attractif à tout mâle doté d'une paire d'yeux.

A la question de l'agent, l'argenté secoua la tête en signe de négation.

- Pas exactement, pourquoi ?

- Vous étiez à 110 km/h pour une limite à 90, l'informa-t-il en désignant, quelques mètres plus loin, un panneau indiquant la limitation de vitesse hors agglomération.

- Ah… Quand même, ânonna le requin sans s'inquiéter plus que de mesure. Ce n'était pas… Voulu. Une petite inattention.

- Hm hm… Par ailleurs, je note qu'il n'y a pas de plaque d'immatriculation sur votre véhicule, mais je suppose que ce n'était pas voulu non plus ? Une petite… Inattention ? réattaqua plus virulemment le policier en haussant un sourcil dubitatif qui fit grincer des dents au squale.

Evidemment, cet imbécile de gamin à tête de grenouille n'avait pas étendu son illusion à la voiture et le dernier utilisateur en date du fourgon ne s'était pas dit qu'il serait judicieux de remettre les plaques civiles. Non, c'était réellement trop demandé.

Voyant que Squalo ne répondait pas à sa dernière remarque l'agent revint à la charge.

- Donnez-moi votre permis.

- Pardon ?

La voix du squale partit dans les aigues, faisant honneur à l'illusion de la jolie blonde dont l'avait paré Fran.

- Vous m'en voyez navré, mais c'est la loi. L'infraction est telle que je me dois de saisir votre permis et par extension votre voiture. A présent, veuillez sortir du véhicule calmement Signorina.

A cet instant, Squalo fut tenter de faire manger au policier les papiers du véhicule et partir en trombe ou commencer par faire subir mille souffrances à ses collègues bidonnés à l'arrière et dissimulés sous une habile illusion. Le squale détestait cet affreux gamin, plus encore que son Boss. Pourtant, il n'y avait que deux options qui se présentaient au requin et Squalo réfléchit à toute vitesse en pesant les options s'offrant réellement à lui. Il ne pouvait décemment pas tuer un civil pour simple argument que ce dernier l'agaçait profondément. Sur le fond, il n'avait pas tort sur l'excès de vitesse, mais ce n'était pas réellement le moment pour se soucier de cela. L'épéiste songea alors tout simplement à mentir. Lancer à la face de l'agent un mensonge si gros qu'il lui serait impossible de ne pas y croire, sauf si sa crédulité frôlait le zéro abyssal.

Il ouvrit la bouche, peu certain de ce qu'il allait dire pour se tirer de ce pétrin lorsqu'il remarqua l'air dans le vague du policier. Son regard vide laissait penser que son esprit se trouvait loin, et c'était probablement le cas au vu de la brume indigo qui entourait à présent l'homme avec volupté. Un nouveau coup d'œil dans le rétroviseur et il croisa le regard blasé de Fran.

- Il commençait à m'ennuyer, se justifia le jeune homme à l'arrière du fourgon sans changer d'expression.

Squalo soupira. Comment la plus simple des situations pouvait-elle tourner aussi étrangement ? L'assassin se pinça l'arête du nez en maugréant contre le caractère insupportable du plus jeune d'entre eux. Fran était aussi imprévisible qu'impudent, n'arrangeant pas l'entente entre les différents gardiens. Avant son arrivée, la machine était à peu près bien huilée entre eux. Mais depuis que Fran avait pointé le bout de son nez, les tensions jusqu'à lors sous contrôle semblait peu à peu échapper au contrôle de Squalo. Il ne comptait plus le nombre de larbins étripés, plus morts que vifs, qu'il retrouvait tremblants, planqués dans des recoins sombres du QG.

Décidant de ne pas donner plus de crédit à cet imbécile apathique, le squale le remercia d'un signe de tête et récupéra des mains de l'agent ses papiers. Ce dernier ne broncha même pas, son esprit sûrement parti dans des contrées plus amusantes, son sourire attestant des songes agréables qui devaient enrober son psyché. Le commandant de la Varia redémarra le véhicule

bien avant que le policier ne soit libéré de l'illusion ou que son collègue, toujours dans la voiture, ne réagisse.

- Fais-moi une illusion de plaque d'immatriculation digne de ce nom gamin, avant que je décide de trucider au pif l'un de vous pour avoir oublié de remettre les plaques civiles, ordonna-t-il d'un son sans appel. Et Levi, si tu gerbes ton petit-déjeuner, t'es de corvée de nettoyage, ajouta-t-il en entendant un hoquet de la part du grand brun lorsqu'il redémarra le véhicule.

Il vit juste du coin de l'œil la main de Fran sortir depuis la petite lucarne pour esquisser un petit geste, la brume roulant entre ses doigts graciles. Squalo ne demanda pas si c'était fait, il se doutait que c'était le cas.

- J'étais un chien, s'éleva alors la voix emprunte d'émotions de Lussuria.

Squalo grimaça.

- Dis-toi que t'aurais pu être invisible. Et je suis sûr que Fran t'avait fait le poil soyeux, ricana le bretteur en coulant un regard en coin au boxeur qui lui rendit sa grimace.

- Squ-chan, t'es sensé dire non aux garçons quand ils font des bêtises, si on éduque mal les enfants, ils sont plus aptes à faire des bêtises ! Et tu sais à quel point les bêtises sont mortelles au château…

- Ouais ben j'ai encore bon espoir que ces trois abrutis meurent dans d'atroces souffrances, mais que veux-tu, on a pas toujours ce qu'on veut.

Et là, il espérait vraiment que la fameuse Akasora allait apporter un minimum de sérénité et de normalité ici-bas. Mais là encore, il était rare que le squale voit ses espoirs, aussi infimes soient-ils, se réaliser…

Le train venait tout juste d'entrer en gare lorsque les hommes de Xanxus arrivèrent. Habitué à la gare de Naples, le bretteur avait stationné le fourgon dans la partie la plus accessible et la moins encombrée du parking le plus proche. Un bon assassin se devait d'être prêt à réagir à toute situation. Avoir un véhicule à proximité, prêt à démarrer rapidement, était ce que l'on pouvait qualifier de facteur de survie et de réussite de mission non négligeable.

En pénétrant dans le hall d'entrée, Squalo chercha sur les écrans informatisés le numéro du train de la future épouse de son boss. Napoli Centrale brassait pas moins de cinquante millions de voyageurs à l'année pour pas moins de 137 000 voyageurs journaliers. Le requin n'était donc guère surpris que le Nono ait choisi de faire arriver Akasora à cet endroit précis plutôt que dans une gare de campagne. Le Neuvième Parrain Vongola avait très certainement choisi cette gare pour sa configuration, la connaissance des lieux par la Varia mais également la présence de témoins et d'obstacles qui pourraient entraver la jeune femme dans une tentative de fuite. En campagne, il était facile d'égarer quelqu'un.

D'autres se seraient inquiétés de la densité de l'activité napolitaine et le risque plus fort de voir la fiancée leur échapper mais Squalo savait que lui et ses coéquipiers ne laisseraient pas cela arriver. A aucun prix.

Après avoir avisé l'heure, Squalo et le reste de l'escouade se dirigèrent d'un bon pas jusqu'au quai renseigné par l'écran.


Akasora devina que le train arrivait à Naples bien avant que l'annonce ne s'échappe des haut-parleurs du train. Les hommes en noir avaient commencés à s'agiter, se jetant des regards entendus, se redressant sur leur séant comme pour se donner contenance, ou une certaine prestance, la jeune femme n'était pas sûre. Aussi s'était-elle adaptée à leur comportement. S'asseyant sur la banquette en prenant soin de ne faire aucun geste pouvant prétendre à donner raison aux hommes qui la croyaient prête à s'enfuir. Il n'avait certes pas tort, mais elle ne tenait pas à éveiller inutilement leur attention. La jeune femme tout juste sortie de l'adolescence examina la situation avec minutie, dissimulant son examen par des étirements et des bâillements à peine discrets. Deux hommes étaient avec elle dans le wagon, l'un à ses côtés, l'autre sur la banquette en face de la sienne. Deux autres gardaient la porte du compartiment, et un se tenait droit face à la porte coulissante du wagon. Elle ne pouvait pas les voir depuis son siège mais Akasora était certaine qu'au moins quatre hommes surveillaient les couloirs de gauche et de droite. Un dernier, debout devant la vitre du compartiment, guettait l'extérieur. Trois geôliers en contact direct, c'était déjà un beau ramassis d'emmerdes, mais une dizaine d'hommes ? Une quinzaine ? Il fallait qu'elle réussisse à s'en sortir malgré le peu de chances de son côté. Pourtant, Akasora savait qu'elle n'avait pour l'instant aucune chance de se faire la malle. Pas en étant aussi bien entourée. Cependant, la donne allait changer, une fois qu'elle aurait posé un pied sur le sol napolitain. La gare regorgeait de distractions et d'une foule compacte après tout…

Le train se stabilisa sur les rails et une voix dans le haut-parleur annonça leur arrivée. Elle prévint également les voyageurs contre le danger de l'espace entre le quai et la marche du wagon. Aussitôt qu'elle se fut levée, des hommes encadrèrent la jeune femme sans lui laisser le temps d'esquisser le moindre geste de plus.

D'un même mouvement, ils prirent la direction de la porte menant au quai. Lorsqu'elle coulissa dans un grincement désagréable de mécanique, Akasora sentit l'air s'engouffrer dans ses cheveux et venir chatouiller ses narines avec une odeur de nourriture. Aussitôt, la jeune femme bloqua toute idée de repas immédiat qui n'aurait pas manqué de faire gronder son estomac. Elle n'avait pas le temps d'y penser. A peine furent-ils sur le quai que la jeune femme venant d'atteindre la vingtaine se baissa pour porter la main à son pied. Tous les hommes de main du Nono freinèrent de concert, suspicieux. L'un d'entre eux, plus en retrait, avait son téléphone à l'oreille.

- Signorina ? s'enquit l'un des hommes d'un air méfiant.

- Pas de panique, je refais juste mon lacet, vous avez marché dessus.

S'ils se détendirent à son annonce, cela fut imperceptible pour Akasora qui contracta ses muscles. Puis soudain, au même moment où la jeune femme profitait de sa détente pour se propulser, le mafioso qui téléphonait à un dénommé « Signor Superbi » pour annoncer leur arrivée, s'écria.

- Elle a des sandales !

Dire qu'ils étaient censés avoir des réflexes aiguisés… Ces derniers ne furent pas suffisants contre la tornade rousse qui s'élança entre leur formation rapprochée. Elle leur fila entre les doigts comme une anguille et une multitude de cris s'élevèrent alors qu'Akasora se fondait dans la foule, poursuivie par une horde d'hommes en noir qui peinaient à se frayer un chemin.


Squalo jura lorsque le cri de son interlocuteur résonna depuis le cellulaire jusqu'à son tympan. S'il avait été de mauvaise foi, il l'aurait rappelé à l'ordre concernant le nombre de décibels atteint. Cependant, l'injonction fut si surprenante qu'il se contenta de froncer des sourcils en éloignant le combiné de son oreille. Il tourna la tête vers ses coéquipiers qui progressaient aussi lentement que lui vers le bon quai.

- Signor Superbi ! Signor Superbi ! l'invectiva la voix du mafieux à l'autre bout du fil. Elle nous a échappé ! Elle a quitté les quais et se dirige vers les parkings, elle devrait passer non loin de vous !

L'épéiste jura en raccrochant.

- Demi-tour et presto ! Elle s'est enfuie !

Si le cri de surprise de Lussuria ne l'étonna pas, Squalo ne manqua pas l'air satisfait de Levi ou la connivence entre les deux plus jeunes hauts gradés de la Varia.

- Voi, vous attendez quoi bande d'incapables ? s'insurgea-t-il alors qu'il amorçait un mouvement parmi la foule en constatant qu'aucun de ses coéquipiers ne réagissait. Qu'elle nous échappe à nous aussi ? Au parking ! Fissa !

Du coin de l'œil, Squalo aperçut deux hommes en costume se ruer dans un ascenseur en direction des parkings. La fiancée devait déjà être passée.

- On prend les escaliers ! annonça-t-il en se dirigeant vers ces derniers puis en les dévalant rapidement grâce à ses longues jambes.

Il entendit Levi, distancé à cause de la foule, se plaindre à propos du fait qu'il en avait marre de devoir toujours courir mais le bretteur n'y porta guère attention.

Quelle ne fut sa surprise de voir surgir devant lui – pour un peu et l'assassin dégainait une dague pour lui trancher la gorge… - un des hommes en costume au moment même où il ouvrait la porte à double battant du parking sous-terrain. Visiblement aussi surpris que lui, le type regarda Squalo avec incrédulité.

- Elle était pourtant…

Des cris résonnèrent dans l'immensité du parking et Squalo grinça des dents en entendant la réplique de l'un des mafiosi qui lui faisait face.

- Elle a fait demi-tour, elle se dirige vers l'entrée ! Rattrapez-la !

Et c'était reparti pour un tour !


Fuite, n.f. : technique aussi courageuse qu'héroïque visant avant tout à assurer la survie d'une fiancée en cavale, et l'assassinat prématuré des personnes l'ayant laissée se faire la malle.