Un nouveau chapitre disponible !

Disclamer : tout appartient à JK Rowling (sauf quelques idées), je ne fais pas d'argent avec cette fic...

Bonne lecture !


À travers les rêves

Dumbledore venait de terminer de donner ses dernières instructions. Il était temps maintenant pour chacun des membres de l'Ordre du Phénix de se quitter pour accomplir les missions données. Tonks était épuisée. Cela faisait maintenant plusieurs jours qu'elle ne trouvait plus le sommeil. Son apparence avait grandement changé et elle n'avait plus le cœur à colorer ses cheveux de rose. Elle observa Remus qui s'était levé pour quitter la pièce. C'était sa chance. Elle sortit également du Terrier pour le rejoindre dans le jardin.

— Remus, j'aimerais te parler.

Il se retourna, surpris. Il ne lui avait pas adressé un mot depuis le jour où Harry était descendu du Poudlard Express. Il avait toutefois remarqué son changement d'apparence, sans vraiment en comprendre la signification.

— Tu sembles aller mieux, fit-elle avec un regard triste.

— Il faut aller de l'avant.

Tonks ne savait pas comment s'y prendre. Depuis qu'elle avait vu cette inconnue dans ses bras, la jeune Auror s'était torturée avec de nombreuses questions. Elle avait besoin de réponses.

— Il faut que je t'avoue quelque chose. Je suis venue chez toi l'autre soir, le jour où Harry est retourné chez son oncle et sa tante.

Les yeux de Remus s'écarquillèrent. Il savait que c'était à ce moment-là qu'il avait annoncé le décès de Sirius à Lowyn. Il se sentit mal à l'aise, mais ce fut la colère qui planait malgré tout.

— Je sais que je n'aurais pas dû, continua la jeune femme en baissant les yeux. Mais j'ai entendu des cris, alors je suis entrée… Je t'ai vu avec cette femme…

— Tu m'espionnes maintenant ? ne put s'empêcher de lâcher le Maraudeur d'une voix dure.

— Je suis désolée Remus, assura-t-elle en affrontant la colère qu'elle sentait naître en lui. Mais de vous voir comme ça, tous les deux… Ça m'a fait prendre conscience des sentiments que j'ai pour toi…

Lunard se sentait secoué par un tel aveu. Ainsi donc, Sirius avait vu juste. Il se recula d'un pas en baissant les yeux.

— Tu te fais des idées, dit-il abruptement.

— Non, souffla-t-elle. Je sais ce que je dis. Pourquoi ai-je eu aussi mal en te voyant avoir des gestes aussi tendres envers elle ?

— Qu'est-ce que tu as entendu ? demanda Remus pour détourner le sujet.

— Rien. J'ai tout de suite compris que je n'avais pas à me trouver là. Alors je suis partie. J'ai juste entendu qu'elle aimait Sirius…

L'ancien professeur était rassuré d'entendre qu'il était toujours le seul à savoir pour les enfants de Sirius. Il s'en serait voulu qu'une telle information se soit répandue sans que Lowyn le veuille.

— Écoute-moi. Oublie tout ça, tu veux.

— Mais je ne peux pas, Remus. Je sais ce que je ressens...

— Mais ça ne peut pas arriver, coupa le Maraudeur.

— Peut-être que c'est elle que tu préfères…

— Quoi ? s'étonna le sorcier. Lowyn est une amie qui vivait un moment difficile. Je… Je ne sais même pas pourquoi je dois me justifier. Tu es tellement jeune. Tu n'as pas de temps à perdre avec quelqu'un comme moi.

L'espoir gonfla le cœur de la jeune sorcière. L'obstacle n'était donc pas cette belle femme aux cheveux noirs. Remus semblait tout simplement trop têtu pour s'imaginer vivre une histoire avec elle.

— Je crois avoir mon mot à dire sur la question, reprit Tonks en s'avançant encore plus près de lui.

— Je t'en prie, murmura-t-il. Je suis bien trop vieux, trop pauvre et trop dangereux…

— Et si cela m'est égal ? demanda-t-elle en posant ses mains sur son torse.

— Arrête ! Cette discussion est terminée.

Pendant un court instant, la fureur du loup qui sommeillait en lui avait jailli à travers ses yeux. Il s'était écarté vivement et s'éloigna pour quitter les lieux en transplanant.

Roxane était recroquevillée dans son lit. C'était devenu son refuge. Les draps portaient encore l'odeur de Wayne et cela la consolait de s'y blottir. Elle avait l'impression qu'il était encore auprès d'elle. Cela faisait maintenant trois jours qu'il était parti. Trois longues journées et nuits, sans un signe de sa part. Il n'avait pas répondu à son dernier hibou : une attitude inhabituelle. Il s'était passé quelque chose de grave, elle le sentait. Mais son silence lui déchirait le cœur. Comment pouvait-il penser qu'elle ne s'inquiéterait pas ?

La porte de sa chambre s'ouvrit et Roxane ne fit pas le moindre geste. Elle sentit sa mère s'approcher doucement et s'asseoir sur le lit auprès d'elle. Katy caressa les cheveux de sa fille en murmurant :

— Roxy, chérie, tu veux que je t'apporte quelque chose ?

La jeune fille se contenta d'un simple non, d'un hochement de la tête.

— Ma puce, reprit Katy avec douceur. Il faut que tu manges…

Il y eut un silence et Mrs Scott savait qu'il serait difficile de faire entendre raison à son enfant. Elle tenta alors de proposer une idée, même si le monde de la Magie restait plein de mystères à ses yeux.

— Est-ce que tu as essayé de lui envoyer ton Patronus pour lui parler ?

— Je ne sais pas le faire, murmura la jeune sorcière d'une voix sanglotante. Et s'il n'est pas avec moi, je ne suis même pas sûre de pouvoir en produire un.

Elle continua de caresser les cheveux de sa fille avec tendresse. La voir aussi triste lui brisa le cœur. Elle qui d'ordinaire respirait continuellement la joie de vivre…

— Il n'a pas répondu à ma lettre, avoua Roxane d'une voix faible. J'ai même écrit à Dereck et Jimmy. Ils n'ont pas eu de ses nouvelles…

— Il était convaincu que le Mage Noir n'avait pas trouvé son foyer, rappela Katy pour donner du courage à sa fille.

Roxane avait perdu sa confiance en elle et tout ce qu'elle croyait. Elle s'était questionnée pendant de longues heures. La jeune fille en était arrivée au triste constat qu'elle ne savait presque rien de lui. Il lui avait parlé que très brièvement de sa famille. Elle sentait que des secrets demeuraient. Mais pourquoi ?

— Alors, pourquoi ce silence ? Est-ce que tu crois qu'il préfère ne plus s'embarrasser avec moi ?

Katy s'étonna de voir jusqu'à quelle hypothèse Roxane en était arrivée. Elle tourna le visage de sa fille vers elle et lui donna son point de vue :

— Roxane. Je ne le connais pas beaucoup. Mais de ce que j'ai pu voir, il me semble totalement improbable qu'il ait voulu te quitter. Il te regarde de la même façon que ton père le faisait pour moi lorsque l'on était jeunes.

— Alors tu crois qu'il est…

Roxane fut incapable de terminer sa phrase. Se pouvait-il qu'il ait perdu la vie ? Sa mère avait un regard terrorisé. La jeune sorcière se redressa subitement. Il y avait un moyen de savoir si Wayne était encore en vie. Elle bondit hors du lit et se précipita à son bureau. Elle prit une plume qu'elle trempa dans l'encre et commença à écrire sur un morceau de parchemin. Ces tracés formèrent des lignes indéchiffrables. Elle eut un sourire et un soupir de soulagement. Le secret était toujours bien gardé au cœur de Wayne.

— Il est vivant ! Sinon, je serais capable d'écrire notre adresse… Tant que je ferais des signes incompréhensibles, c'est qu'il est toujours vivant et qu'il n'a pas dévoilé le secret de notre maison…

Elle réfléchit à vive allure. Il était vivant. Elle en était certaine. Et sa mère l'avait rassurée il ne semblait pas vouloir la quitter sans un mot. Alors que lui était-il arrivé ? Roxane se raisonna. Jamais il n'aurait oublié de lui répondre. S'il était silencieux, c'était parce qu'il se trouvait dans l'incapacité de la contacter. Peut-être fallait-il simplement faire preuve de patience…

Wayne avait passé plusieurs jours à arpenter l'île sous sa forme animale. Il s'était défoulé en courant d'un bout à l'autre d'Isla Aura, réfléchissant à une solution pour partir. Malheureusement, Armance semblait avoir pensé à tous les détails pour retenir sa famille ici. Il regrettait que sa forme Animagus ne soit pas taillée pour la vie sous-marine. Il était bien évidemment exclu de fuir à la nage, étant donné qu'aucune autre terre n'était présente à des milliers de kilomètres de là. Et quand bien même il arriverait à se créer un bateau suffisamment robuste, il lui serait certainement impossible de franchir l'épaisse barrière de corail aussi tranchante que des rasoirs. Il n'avait plus qu'à accepter la situation. Tuer Armance et Lyane était bien sûr impensable. Il aimait Roxane, mais pas suffisamment pour massacrer sa famille. Pratiquer le sortilège de l'Imperium lui avait traversé l'esprit, mais la force de caractère de cette vieille sorcière était tellement imposante qu'il doutait que Voldemort lui-même réussisse à lui ordonner quoi que ce soit…

Wayne aperçut un petit renard polaire qui s'avançait prudemment vers lui. Il avait toujours la forme d'une panthère des neiges, ce qui devait lui donner une allure peu amicale. Wayne ne fit pas le moindre geste, se contentant d'observer sa mère. Lowyn prit forme humaine et leva les mains en signe de paix :

— Je suis là pour te soigner, annonça-t-elle. On ne cogne pas dans un mur sans conséquence…

Après un silence, la panthère se changea en sorcier et Wayne laissa sa mère s'approcher.

— Tu tombes bien, ça fait un moment que l'essence de Murlap que j'avais sur moi ne fait plus effet…

La sorcière se retint à grand-peine de ne pas lever les yeux au ciel. Elle s'agenouilla près de son fils et commença à appliquer les soins nécessaires sur cette main qui avait maintenant doublé de volume à cause des os brisés.

— Bois ça, dit-elle en lui tendant une petite fiole.

Il avala le liquide violet sans discuter.

— J'espère que tu sais que je n'approuve pas ses méthodes, reprit Lowyn en parlant d'Armance. Je n'aurais jamais imaginé qu'elle aille aussi loin…

Wayne resta silencieux pendant une minute, puis il posa une question qui lui brûlait les lèvres :

— Pourquoi est-ce que tu t'es placée devant Lyane ? Tu me croyais vraiment capable de tuer ma sœur ?

— Bien sûr que non ! Ne sois pas ridicule. J'ai agi d'instinct, je crois. Parce que je sais très bien que sous le coup de la colère, un sort peut atteindre la mauvaise cible…

Wayne baissa les yeux. Après que Lowyn eut fini de bander la main de son fils, elle reprit :

— Vous êtes tout ce qu'il me reste, Lyane et toi. J'aimerais que tu rentres. Tu as besoin de manger des repas chauds et pas de simples animaux sauvages que tu aurais chassés…

— Je ne veux pas la voir, dit-il abruptement.

— Tu n'es pas obligé de lui parler.

Elle porta une main sur la joue de Wayne et lui murmura : tu me manques. Après un échange de regards, elle prit sa forme Animagus et quitta cette partie sauvage d'Isla Aura.

Le lendemain, Armance se trouvait attablée dans le salon en parcourant du regard le dernier exemplaire de La Gazette du sorcier. La porte d'entrée de la maison s'ouvrit brusquement et Wayne pénétra dans la pièce avec un regard plein de colère. Lowyn se leva subitement et regarda son fils qui posait une enveloppe sous le nez de la doyenne des White.

— Est-ce que tu peux me dire à quel jeu sordide tu joues ? demanda le jeune homme à bout de souffle.

— De quoi parles-tu ? questionna Armance sans pour autant lever les yeux de son journal.

— On peut recevoir du courrier, mais on ne peut pas en envoyer ! L'enveloppe est apparue sans hibou et aucun oiseau ne peut quitter cette île. En gros, je suis condamné à lire les lettres de Roxane qui se demande pourquoi je ne donne pas de nouvelles, sans pouvoir la rassurer… J'ai même essayé de lui envoyer mon Patronus, mais non, absolument rien ne peut partir d'ici !

Lowyn porta une main à sa bouche, choquée.

— Comment voulais-tu que je puisse savoir quand le Seigneur des Ténèbres serait mort si l'on ne pouvait pas recevoir le journal ? demanda calmement Armance qui évitait toujours de croiser le regard de son arrière-petit-fils.

— Avoue que tu prends du plaisir à me torturer comme ça, lâcha Wayne qui avait posé ses deux mains sur la table en approchant son visage de celui de la vieille sorcière.

— Je fais ce qu'il faut pour respecter la promesse que j'ai faite à ton père, révéla Armance en regardant le jeune homme droit dans les yeux.

— De quoi est-ce que tu parles ? interrogea Lowyn d'une voix forte.

— Il m'a envoyé son Patronus et m'a fait jurer de vous protéger du Mal, mais aussi de vous-même… Je n'ai pas le meilleur rôle dans cette histoire. Je dois vivre avec l'idée qu'aucun d'entre vous ne me pardonnera jamais ce que j'ai entrepris. Mais je le fais malgré tout pour garantir notre survie, jusqu'à ce que cette guerre prenne fin.

Elle posa le journal bien en évidence sur la table et montra du doigt le titre qui présentait Harry Potter comme étant l'Élu qui devrait débarrasser le monde de Voldemort.

— Laissons à Harry le temps d'accomplir sa prophétie et vous pourrez tous quitter cette île sans jamais chercher à me revoir si cela vous chante…

Tonks était attablée dans la petite cuisine du Terrier. Molly portait une robe de chambre et s'affairait à préparer du thé. Elle remplit deux tasses et en donna une à la jeune Auror.

— Je vais être honnête, dit la rousse. Je n'aime pas ton nouveau look. Tu sembles si triste, si abattue.

Tonks se contenta de laisser ses yeux baissés sur sa tasse qu'elle tenait maintenant entre ses mains pâles. Sa mine était terne, à l'image de son humeur.

— Je vois bien qu'il s'est passé quelque chose. Tu peux tout me dire, ma chérie.

Molly Weasley posa une main rassurante sur le poignet fin et fragile de la jeune femme. Il y eut un silence et Nymphadora commença à parler :

— Il ne veut pas de moi.

— Qu'est-ce qu'il s'est passé ?

— Je l'aime Molly. Il m'a fallu du temps pour m'en rendre compte. Mais maintenant je le sais, j'aime Remus.

— Tu veux que je lui parle ? proposa la mère de famille qui connaissait déjà la réponse.

— Non. Il serait bien trop en colère…

— Tu sais, Remus a connu des moments pénibles, révéla Molly. Il a été très amoureux à Poudlard. Célia Galdren. Malheureusement pour cette jeune femme, il ne lui a jamais révélé qu'il était un loup-garou alors qu'ils entretenaient une relation… Ils étaient tous les deux membres de l'Ordre du Phénix. Mais après la chute du Seigneur des Ténèbres, Célia est passée chez lui pour lui faire une surprise. Ç'a été la pire soirée de sa vie.

Tonks eut un regard terrorisé.

— Est-ce qu'elle…

— Non. Elle est toujours en vie. Mais défigurée… Elle ne lui a jamais pardonné. Elle a quitté le pays, je crois… Ce que je veux te dire, c'est qu'après une telle expérience, il est possible qu'il ait bien trop peur qu'une telle chose se reproduise…

— Mais moi je sais ! Je connais les risques et ça ne me fait pas peur !

— Alors, dis-le-lui ! insista Molly avec la même énergie que la jeune Auror. Tiens-lui tête, prouve-lui qu'il a tort…

— Si tu avais vu le regard qu'il m'a lancé l'autre soir, murmura Tonks. J'ai plus peur qu'il ne m'aime pas que du loup qui l'habite.

— Comment pourrait-il ne pas t'aimer ? demanda Molly portant une main sur la joue de Nymphadora.

Trois coups furent frappés à la porte. La mère de famille se leva en demandant fermement qui était là. La voix d'Albus Dumbledore s'annonça avec Harry Potter.

Wayne était épuisé, nerveusement et physiquement. Après deux semaines, il avait fini par écouter sa mère pour revenir vivre en partie dans la maison. Il passait la plupart de son temps dans sa chambre en évitant soigneusement de croiser Armance.

Le sorcier s'endormit profondément, en dirigeant toutes ses pensées vers Roxane…

Il se tenait au milieu d'un ciel étoilé. Il n'y avait rien d'autre que l'immensité d'un noir d'encre, constellée d'un millier d'étoiles comme seules sources de lumière. Bientôt, il ne fut plus seul. Roxane apparut devant lui avec un regard surpris. Il s'avança vers elle et la prit dans ses bras. La jeune fille se blottit tout contre lui en tremblant.

Je suis là, murmura-t-il.

Pourquoi tu ne reviens pas ? demanda-t-elle d'une voix déformée par l'émotion.

Je ne peux pas. Mon arrière-grand-mère panique à l'idée que l'on quitte notre maison. Elle a bloqué tous les accès. Je ne peux même plus t'écrire…

Pourquoi maintenant ? Je croyais que tout le monde dans ta famille savait depuis longtemps que Tu-Sais-Qui est de retour…

Oui. Mais mon père est mort. Et elle a peur que je fasse une bêtise en voulant me venger…

C'est terrible, murmura Roxane en partageant la peine du jeune homme. Je suis vraiment désolée…

J'aimerais tellement être auprès de toi, avoua-t-il.

Wayne observa les étoiles un instant.

Tout ceci n'est qu'un rêve. Si seulement cela pouvait être réel…

Ce n'est pas ce que Dereck avait dit ? Qu'il est possible de communiquer à travers les rêves ?

Le regard du jeune White s'anima par un nouvel espoir.

Oui ! On dirait qu'on a trouvé le moyen de rester liés !

Elle lui adressa un sourire éblouissant, mais tout devint rapidement flou…

Wayne se redressa dans son lit en position assise. Il était essoufflé, comme s'il venait de courir à vive allure. Ce rêve étrange qu'il venait de faire semblait bien réel. Peut-être venait-il enfin de trouver le moyen de garder contact avec Roxane. Il voulut se rendormir pour la retrouver, mais son esprit était maintenant bien trop excité à l'idée de la revoir. Il fut incapable de repartir dans le domaine des songes, pour le reste de la nuit.

Le mois de juillet touchait à sa fin et Roxane n'avait plus qu'une idée en tête : retrouver Wayne. Tout au long des journées, elle avait pris l'habitude de noircir d'encre plusieurs morceaux de parchemins, cherchant à écrire l'adresse de leur maison. Et, à chaque fois, elle était satisfaite de voir des formes indéchiffrables prouvant que Wayne était toujours en vie quelque part. La jeune fille était pensive en observant l'échiquier que son père avait soigneusement mis de côté dans le salon. Owen avait simplement dit qu'il attendait que Wayne revienne pour terminer sa partie. Cette attention gonfla d'espoir le cœur de Roxane.

Durant ses longues journées de vacances, elle avait voulu rassembler toutes les pistes qui étaient à sa disposition pour retrouver Wayne. Elle ne savait pas grand-chose. Mais plusieurs détails avaient leur importance. Elle se souvint de cette discussion où il lui avait dit que sa famille avait été frappée de plein fouet, lors de la première guerre. Sa mère avait étudié à l'académie de Beauxbâtons avant de venir faire sa 7ème année à Poudlard sous la protection d'Albus Dumbledore. Il avait aussi révélé que c'était lors de cette année que ses parents s'étaient rencontrés et que sa mère était enceinte de Wayne lorsqu'elle avait terminé sa scolarité. Sachant que Wayne était né en février 1979, la 7ème année scolaire remontait donc à la promotion 1977-1978…

Un lieu, une date, mais aussi un nom : Wish. Avec ces indices, il lui serait possible de retrouver la trace de cette famille… Il lui fallait avoir accès aux archives de Poudlard. Elle voulut en savoir plus sur cette école écossaise et se commanda par hibou postal un exemplaire du livre L'Histoire de Poudlard. Cet ouvrage était une mine de renseignements, mais ce qui l'intéressait le plus c'était de savoir où pouvaient bien être conservés ces archives. Tout un registre figurait bien évidemment à Poudlard même. Mais la jeune fille doutait de pouvoir y entrer facilement, surtout en ces temps troublés. Elle pensa un instant à écrire directement à Dumbledore, mais elle n'avait pas vraiment le courage de déranger un homme aussi important. Son attention s'arrêta alors sur une autre solution : la British Library. Il s'agissait de la bibliothèque la plus importante de Londres où une zone réservée aux sorciers donnait accès à plusieurs ouvrages magiques, mais également à une copie des archives de Poudlard !

Roxane prit cette piste au sérieux en se commandant maintenant un autre livre qui contenait toutes les informations importantes sur le monde magique de Londres. Cette ville comportait un hôpital, le ministère de la Magie, mais aussi le Chemin de Traverse. Elle souligna les données qui pourraient lui être utiles pour effectuer un tel voyage. La jeune sorcière fit part à ses parents de son idée d'aller à Londres. Ils n'étaient guère enthousiastes d'imaginer leur fille partir seule aussi loin. Mais ils finirent par céder en préférant voir leur petite Roxy animée par cette quête, plutôt qu'alitée en passant ses journées à pleurer.

Le temps d'organiser au mieux son voyage, le mois d'août avait déjà commencé. Pour gagner du temps, Roxane transplana de l'État d'Arizona jusqu'à New York. Puis elle envisagea de prendre l'avion pour traverser l'océan Atlantique. Peut-être aurait-elle pu directement transplaner jusqu'à Londres. Mais elle avait trop peur d'arriver dans une ville inconnue, ce qui aurait multiplié les risques qu'elle se trouve désartibulée !

Son avion eut du retard sur le vol et la jeune fille arriva bien plus tard qu'elle ne l'avait envisagé. Il faisait nuit. Elle vérifia l'adresse et se rendit au Chaudron Baveur : un pub recommandé par son livre de voyage sorcier. Après avoir traversé Charing Cross Road, elle entra dans le pub désert. Elle s'avança vers le bar et demanda :

— Bonjour, excusez-moi de vous déranger. Auriez-vous une chambre, s'il vous plaît ?

Le gérant leva les sourcils, étonné de trouver une jeune sorcière pour cliente à cette heure avancée.

— Oui, bien sûr. Il n'y a pas foule en ce moment vous savez… Je vais vous montrer ma plus belle chambre…

— Merci.

Il monta les escaliers et ouvrit une porte après avoir parcouru le couloir de l'étage. Roxane observa les lieux avec un maigre sourire. Elle se sentait mal à l'aise en se trouvant aussi loin de chez elle et de tout ce qu'elle connaissait.

— Vous voyagez seule ?

— Oui, dit-elle en posant son sac sur le lit.

— Vous devriez faire attention, les rues ne sont plus très sûres par les temps qui courent…

— Je sais me défendre, répondit-elle d'un ton sec qui ne tolérait aucun doute sur la question.

Le gérant leva les mains en signe d'excuse.

— Je n'en doute pas. Je m'appelle Tom.

Roxane se rendit compte qu'elle avait sans doute été un peu agressive en répondant ainsi. Elle reprit alors avec plus de douceur :

— Je m'appelle Roxane.

— Vous n'êtes pas du coin ? demanda Tom.

— Je suis Américaine, avoua la jeune sorcière avec un sourire.

— Ça, c'est étonnant ! En ce moment, les gens ont plutôt tendance à vouloir quitter le pays que de le rejoindre…

— Je ne suis pas certaine de rester longtemps. J'ai des recherches à faire à la British Library pour un devoir de dernière année à Ilvermorny, inventa la jeune Scott.

— Je ne vais pas vous embêter plus longtemps. Je vous ferai monter à manger si vous voulez…

— Merci, répondit Roxane avec un sourire engageant.

Elle passa le reste de la soirée seule dans sa chambre, sans chercher à s'aventurer. Lorsqu'elle sentit le sommeil la gagner, elle se laissa emporter par une nuit sans rêve.

Le lendemain matin, elle se réveilla facilement, sans se sentir impactée par le décalage horaire. C'était quelque chose de troublant. Malgré l'inquiétude qui la rongeait depuis le départ de Wayne, ses dernières nuits n'étaient pas agitées. Elle dormait paisiblement…

Roxane consulta une fois de plus son livre de voyage pour connaître les horaires d'ouverture de la bibliothèque. Il lui faudrait maintenant attendre jusqu'en fin de matinée pour avoir l'occasion d'y entrer. Elle descendit dans le pub pour prendre son petit déjeuner et griffonna sur un bout de parchemin l'adresse de ses parents pour vérifier que Wayne était toujours vivant. Elle était seule dans cette vaste pièce et se sentait désolée pour Tom qui ne semblait pas avoir une clientèle aussi importante que d'ordinaire.

Trouvant qu'il était dommage d'être venue aussi loin pour simplement rester enfermée dans une chambre, elle décida d'aller s'aventurer sur le Chemin de Traverse. Son livre indiquait clairement sur quelles briques tapoter à l'aide d'une baguette magique pour donner accès à cette zone marchande. Roxane utilisa la sienne en libérant sa chevelure. Pendant que le mur s'ouvrait sur le passage magique, elle en profita pour de nouveau relever ses cheveux et les attacher avec sa baguette.

L'ambiance lui sembla sinistre. De nombreuses affiches étaient placardées sur les murs en dévoilant les visages des Mangemorts qui s'étaient évadés d'Azkaban 8 mois plus tôt. Il y avait également des recommandations données par le ministère de la Magie en guise de protection contre les éventuelles attaques de magie noire. Les passants qui arpentaient la rue ne semblaient pas désireux de rester bien longtemps à découvert. Roxane s'étonna en découvrant que la boutique qui vendait des baguettes magiques était fermée. Cette ambiance austère lui donna tout à coup le mal du pays. Elle réalisa à quel point ils se trouvaient loin de toute cette tension en Amérique. Un grand bâtiment blanc laissait apparaître plusieurs sorciers et sorcières qui faisaient la queue jusque dehors. Il s'agissait de Gringotts, la banque dirigée par des gobelins.

Toute l'attention de Roxane fut bientôt retenue par une boutique colorée qui semblait avoir du succès : Weasley, Farces pour sorciers facétieux. Elle avança jusque devant la vitrine où une inscription figurait :

Vous avez peur de Vous-Savez-Qui ? Craignez plutôt POUSSE-RIKIKI, le constipateur magique qui vous prend aux tripes !

Elle s'étonna et dut relire deux fois pour être certaine que la blague était bien réelle. Elle se mit à rire de bon cœur, appréciant ce trait d'humour en cette période bien sombre. Tout en conservant un sourire amusé, elle entra dans la boutique. Tout était coloré et plein de vie. C'était à son goût un endroit tout ce qu'il y avait de plus magique ! Il y avait de nombreux produits élaborés pour les farces et attrapes… Elle qui avait toujours un regard émerveillé sur le monde magique, se trouva maintenant bouleversée par tout ce débordement d'imagination, mêlée à la fantaisie pure. Roxane regretta qu'une telle enseigne n'existe pas dans son propre pays.

Elle porta un regard attentif sur chacun des produits proposés en rayon. Il y avait de nombreuses personnes qui riaient et parlaient avec animation. Cette joie de vivre concentrée était communicative. Roxane arrêta son choix sur une plume autoencreuse dont elle fit l'acquisition à la caisse. Son article lui fut rendu dans un sachet qui arborait un sigle ayant pour forme un double W.

La jeune sorcière s'intéressa à une petite boîte présentée plus loin sur laquelle on pouvait voir un jeune homme séduisant et une jeune fille pâmée d'admiration sur le pont d'un navire de pirates. Le nom l'interpella : Rêve éveillé, sortilège breveté.

— Une demi-heure de rêve sans que personne ne puisse s'en rendre compte ! précisa un jeune homme aux cheveux roux flamboyant qui venait de s'approcher de Roxane. Aux yeux de votre entourage, vous semblerez tout à fait réveillée, ce qui est très pratique selon certaines situations ennuyeuses…

— C'est magnifique ! complimenta la jeune Scott. Cette boutique est vraiment incroyable !

— Merci, dit un deuxième sorcier qui était la copie conforme du premier.

— Malheureusement, je ne pense pas que cela puisse fonctionner sur moi, reprit Roxane avec un sourire amusé tout en montrant la petite boîte. Je ne me souviens jamais de mes rêves… Par contre, je me disais que cela pourrait plaire à ma mère. Elle est artiste peintre et elle m'a souvent dit trouver l'inspiration dans ses rêves…

— Je n'ai jamais été doué pour le dessin, avoua l'un des jumeaux. Même avec des sortilèges.

— Ma mère n'est pas une sorcière, c'est une Non-Maj'.

— Une quoi ? demanda les jumeaux d'une même voix.

Roxane se mit à rire face à une telle synchronicité, puis elle précisa :

— Ha oui, c'est vrai… Comment vous dites déjà ? Moldue ?

— Vous n'êtes pas du coin, on dirait…

— Je suis Américaine, avoua Roxane.

— Incroyable ! s'enthousiasma l'un d'eux. Vous êtes la première cliente à traverser tout un océan exprès pour venir dans notre boutique !

La jeune sorcière se mit à rire de bon cœur avant de s'étonner :

Votre boutique ? Vous êtes les propriétaires ?

— Absolument, confirma le premier jumeau. Fred.

— Et George.

— Weasley, dirent-ils en cœur.

Roxane leur lança un regard émerveillé.

— Moi c'est Roxane Scott. C'est vraiment vous qui avez créé tout ça ? C'est incroyable ! On doit avoir quasiment le même âge…

— On a eu 18 ans en avril dernier, confirma Fred.

— J'entre en 7ème année à Ilvermorny en septembre. Donc en gros, une fois vos ASPICs en poche, vous avez ouvert votre boutique…

— Pas tout à fait, avoua George.

— Les diplômes, ce n'était pas fait pour nous, lâcha Fred. Mais c'est vrai que la boutique est ouverte depuis peu…

— Mais on a commencé à répondre à pas mal de commandes à partir du moment où on a passé une publicité dans La Gazette du sorcier, précisa George.

— Vous devriez faire pareil avec le Daily Salem, si la vente par correspondance ne vous fait pas peur, proposa Roxane. C'est notre journal.

— Ça, c'est une idée ! approuva Fred. Les étudiants d'Ilvermorny pourraient être intéressés par nos boîtes à flemme…

— Vos quoi ?

— Plusieurs sucreries comme des nougats néansang ou des pastilles de gerbe, décrivit George en comptant sur ses doigts.

— Vous prenez la première partie pour avoir une excuse afin de quitter un cours ennuyeux…

— Prétextant vouloir aller à l'infirmerie…

— Et hop ! La deuxième partie de la sucrerie arrêtera les vomissements ou saignements de nez…

— Ce qui vous laisse le loisir de vaquer à des occupations plus constructives !

Roxane éclata d'un grand rire en imaginant la scène. Elle se détendit et ressentit une joie depuis longtemps inaccessible. Après un instant, elle retrouva une respiration mesurée, tout en conservant son sourire aux lèvres.

— Merci, dit-elle.

— De quoi ? s'étonna George.

— Pour tout ça. Cela fait longtemps que je n'avais pas ri comme ça. Et je me rends compte à quel point cela m'avait manqué…

Fred prit l'une des boîtes dans le présentoir et la glissa dans les mains de Roxane.

— Le Rêve éveillé, c'est pour nous.

— Quoi ? Non. Je ne peux pas accepter…

— Mais si, insista George. Vous êtes notre première cliente américaine, alors ça se fête !

— N'hésitez pas à nous faire de la publicité à Ilvermorny ! proposa Fred, tout sourire.

— Avec plaisir. Si vous avez un dépliant, je l'afficherai bien volontiers dans ma salle commune des Puckwoodgenie…

Roxane s'éloigna des jumeaux en promettant de parler d'eux une fois de retour au pays et continua d'observer quelques articles. La porte s'ouvrit et de nouveaux clients pénétrèrent dans la boutique. La jeune Scott se figea lorsqu'elle reconnut l'un d'entre eux. Il avait de beaux yeux verts, des cheveux noirs en bataille et une fine cicatrice sur le front. Même si elle avait grandi loin du monde magique, Roxane sut reconnaître Harry Potter pour avoir souvent aperçu sa photo dans les journaux. Il salua chaleureusement l'un des jumeaux Weasley. L'Américaine ne s'attarda pas à observer les autres personnes qui l'entouraient. Elle se sentit tout à coup ridicule, à fixer ainsi Harry. Mais elle était fascinée d'avoir en face d'elle celui qui semblait lié par une prophétie à Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom. Elle cligna subitement des yeux, alors qu'une jeune fille rousse lui lançait un regard réprobateur. L'inconnue ne semblait pas apprécier que l'on fixe ainsi Harry. Roxane regarda sa montre et décida de quitter les lieux pour aller rejoindre la British Library.

La jeune sorcière arriva pour l'ouverture et se rendit directement dans le rayon concerné, à la lettre M. Comme précisé dans son livre de voyage, elle trouva un ouvrage à la couverture noire qui ne portait aucun titre sur la tranche. Lorsqu'elle toucha la reliure, une ouverture se fit entre deux étagères et Roxane put se glisser dans une toute nouvelle zone dissimulée aux yeux Non-Maj's.

Elle s'avança au guichet où une sorcière était occupée à lire en silence. Elle demanda où se trouvaient les archives de l'école Poudlard et la vieille femme se leva pour la guider dans ce dédale d'ouvrages. Elle lui indiqua la zone désirée en lui précisant qu'il y avait un livre par promotion, répertoriant tous les élèves inscrits des année par ordre alphabétique.

Roxane prit l'exemplaire qui indiquait : 1977-1978. Elle s'installa à une table et ouvrit le livre en commençant par la fin, puisque d'une part c'était la 7ème année qui l'intéressait, mais aussi un nom de famille qui commençait par un W. Elle s'attendait à trouver un sorcier du nom de Wish qui serait sans doute le père de Wayne, mais ce fut une femme qui attira son attention.

Lowyn Wish

Il y avait une photo de chaque élève et Roxane observa cette jeune fille qui avait de beaux yeux clairs et des cheveux noirs et ondulés. Ses traits étaient fins et similaires à ceux de Wayne. La jeune Scott avait le cœur qui battait rapidement. Tout ce voyage n'était pas vain. Il s'agissait sans nul doute de la mère de Wayne. Elle observa toutes les informations données sous la photo :

Maison Gryffondor – Scolarité antérieure à l'académie de Beauxbâtons

Malheureusement, il n'y avait pas d'adresse. Se trouvait-elle maintenant dans une impasse ? Elle jeta un œil aux autres photos et son regard fut attiré par un certain James Potter. Ainsi donc, la mère de Wayne avait connu le père du célèbre Harry Potter. Le monde semblait tout à coup bien petit.

Roxane tourna la page à l'envers pour remonter dans l'ordre alphabétique. Elle se figea en observant une photo. Un jeune sorcier ressemblait indiscutablement à Wayne. Il n'y avait aucun doute possible. Elle avait sous les yeux le père de Wayne. Mais une sueur glacée la traversa lorsqu'elle lut le nom de ce sorcier : Sirius Black. Il s'agissait du premier nom de Mangemort que la jeune Scott avait connu lorsqu'il avait fait parler de lui après son évasion de la prison d'Azkaban, trois ans plus tôt. Le choc était terrible. Comment pouvait-il être possible que ce jeune étudiant si séduisant puisse être le criminel méconnaissable sur ses photos de prisonnier dans les avis de recherche. Connaissant tous les crimes odieux dont il était l'auteur, Roxane comprit pourquoi Wayne ne voulait pas parler de lui à ses camarades d'Ilvermorny. Mais pourquoi n'avait-il pas osé lui en parler à elle ? Peut-être redoutait-il sa réaction. Sirius Black avait après tout tué de sang-froid plus d'une dizaine de Non-Maj's en pleine rue…

8 mois plus tôt, lorsque les Mangemorts s'étaient évadés d'Azkaban, la presse avait clairement indiqué que Black leur était certainement venu en aide. Wayne avait à ce moment-là plus souvent fermé son esprit. C'était de l'occlumencie, elle en était maintenant certaine. Était-ce cette information qu'il voulait préserver ? Et maintenant, qu'était devenu Sirius ? À la réflexion, Roxane se rendit compte que les journaux avaient mystérieusement arrêté de parler de lui. Est-ce que ce criminel avait réussi à conduire ses amis Mangemorts jusqu'à Lowyn pour lui nuire ? Wayne se trouvait-il maintenant à leur merci ?

Roxane referma le livre d'un coup sec. Elle se mit alors à pleurer, incapable de faire face à cette triste réalité. Si seulement elle pouvait parler à Wayne. Elle voulait des réponses. Elle avait besoin de comprendre et de se rassurer. Elle souhaitait être certaine que tout ce qu'elle avait vécu avec Wayne n'était pas qu'un simple tissu de mensonges mis bout à bout…

Lorsqu'elle retourna à sa chambre au Chaudron Baveur, la jeune Scott prit une décision. Il fallait rentrer. Londres était devenu une ville dangereuse. Elle serait plus en sécurité chez elle. Les informations qu'elle venait d'apprendre ne lui permettaient pas de trouver Wayne. Et partir à la recherche de Sirius n'avait pas de sens. Comment pourrait-elle retrouver un dangereux criminel qui semblait insaisissable pour des Aurors de longue expérience ? Cette fois-ci, sa détermination à retrouver son foyer était sans faille. Roxane réussit sans mal à transplaner directement dans l'État de l'Arizona.

Wayne était inquiet. Cela faisait maintenant deux jours qu'il n'avait pas rêvé de Roxane. Il avait jusque-là pris l'habitude de lui parler à chaque fois qu'il dormait pour la rassurer. Mais ces deux dernières nuits, elle était absente. Peut-être que cette fois-ci serait la bonne.

Un décor chargé d'étoiles. Wayne s'avança subitement vers Roxane qui se tenait là. Elle se glissa en tremblant dans ses bras.

Cela fait deux nuits que je ne t'ai pas vue, murmura-t-il.

Cela doit être à cause du décalage horaire, dit-elle sans donner plus de détails.

Il inspira profondément l'odeur imaginaire de ses cheveux.

Wayne, est-ce que Sirius Black était ton père ?

Le sorcier s'écarta légèrement de la jeune fille pour croiser son regard.

Oui, murmura-t-il en baissant maintenant les yeux. Comment as-tu deviné ?

C'était dans les archives de Poudlard. La même année scolaire qu'une certaine Lowyn Wish…

Comment as-tu eu accès aux archives ?

À la British Library de Londres.

Tu étais à Londres ? s'alarma Wayne, en proie à la panique. C'est pour ça que tu parles de décalage horaire ?

Oui. Tu n'avais pas confiance en moi pour me le dire ?

Non. Bien sûr que j'ai confiance en toi. Je voulais juste te préserver de certaines informations délicates.

Mais j'aurais compris, insista Roxane. Je sais que tu n'es pas un criminel comme lui.

Il n'était pas un criminel, annonça vivement Wayne d'une voix chargée d'émotion. Il a toujours été innocent. Ce n'est pas lui qui a tué tous ces gens…

Alors pourquoi tous ces secrets ?

La voix de Roxane s'éloigna et Wayne sentit que le rêve prenait irrémédiablement fin.

Le sorcier se redressa dans son lit. Les secrets avaient toujours fait partie de sa vie. Établis pour le protéger lui et les rares membres restants de sa famille. Et en cet instant, Wayne avait peur que cela ne finisse par détruire sa relation avec Roxane…

Il avait besoin de réfléchir. Trouver une solution pour ne pas perdre la confiance de celle qu'il aimait. Il se sentait impuissant, désemparé. Il se leva et quitta sa chambre pour sortir de cette maison. Il voulait prendre l'air et courir pour échapper à toute cette tension qui le tenaillait. Il s'arrêta dans son élan lorsqu'il entendit de faibles gémissements qui provenaient du salon. Le jeune White s'avança dans la pièce seulement éclairée d'un simple rayon de lune. Lowyn était allongée sur le canapé et profondément endormie. Elle bougeait légèrement la tête en proie à un mauvais rêve. On aurait dit qu'elle n'aimait pas ce qu'elle voyait. Wayne se sentit mal. Il devait certainement être celui qui dormait le plus facilement dans cette maison. Depuis qu'il était en contact avec Roxane, sa captivité lui avait semblé moins pénible.

Le jeune White se mit accroupi et caressa la joue de sa mère pour la sortir de ce moment pénible et irréel. Elle ouvrit ses paupières pour dévoiler ses yeux clairs et perdus.

— Sirius ? dit-elle le regard vague.

La jeune femme se reprit après une seconde d'hésitation :

— Wayne, mon chéri… Ça va ?

Le jeune homme se sentait mal à l'aise. Il s'était apitoyé sur son malheur sans penser un seul instant à combien cette situation devait être difficile pour sa mère. Il se maudissait de ressembler à son père avec autant d'exactitude. Cela ne pouvait apporter qu'une douce torture quotidienne pour elle. Car il avait maintenant le même âge que Sirius lorsque ses parents s'étaient rencontrés et aimés à Poudlard.

Il ne fit pas le moindre geste, incapable de répondre à la question posée. Lowyn sonda les yeux de son fils, comme si elle lisait ses pensées. Elle se redressa pour libérer une place assise et l'inviter à la rejoindre. Il s'installa et enfouit son visage dans ses mains, les coudes sur les genoux.

— Je suis désolée, murmura Lowyn qui se sentait gênée d'avoir confondu son fils avec Sirius.

Wayne se mit à trembler et sa mère passa un bras sur ses épaules. Les secousses étaient le fruit de larmes que le jeune homme versait pour la première fois depuis qu'il avait appris le décès de son père. Ces dernières semaines, il les avait passées en exprimant sa colère et sa frustration de se sentir loin de Roxane. En cet instant, il baissa les armes pour exprimer tout son chagrin.

Les jours suivants, Roxane ne chercha plus à obtenir de nouvelles informations sur la famille Wish. Elle avait perdu espoir et se sentait profondément blessée que Wayne n'ait pas jugé utile de lui révélé qui était son père.

De son côté, Wayne faisait tout ce qu'il pouvait pour se justifier auprès d'elle durant ses rêves. La fin du mois d'août arriva.

Alors qu'ils étaient une fois de plus sous un ciel étoilé, Roxane rappela :

Demain c'est la rentrée à Ilvermorny… Je vais m'attendre à te voir.

Malheureusement, je n'y serai pas, comme je te l'ai déjà expliqué. Je suis piégé chez moi. Ce lieu gardé par un sortilège de Fidelitas que je suis incapable de te décrire puisque c'est mon arrière-grand-mère qui en est la Gardienne du Secret.

Je sais. Mais je m'attendrais quand même à te voir demain…

Wayne se figea un instant. Ce n'était pas la première fois que la jeune fille semblait parler par énigme. On aurait dit qu'elle admettait avoir une double personnalité.

Pourquoi ? demanda-t-il doucement.

J'ai bien compris tout ce que tu m'as dit ici, mais dans le monde réel, tout est différent. Mon inconscient sait tout. Mais une fois éveillée, je ne me souviens pas de mes rêves…

Cette révélation fit l'effet d'une douche froide à Wayne. Pendant tout ce temps, il était convaincu de l'avoir rassurée. Il comprenait maintenant avec horreur pourquoi elle avait tenu à se rendre à Londres pour partir à la recherche de la famille Wish… Sans qu'il ne puisse ajouter le moindre mot, le rêve se brisa…

Wayne ouvrit subitement les yeux. Ce mode de communication venait tout à coup de lui retirer le petit espoir qui avait pris vie en lui ces derniers jours. Il se sentait piégé.

C'était la rentrée à Ilvermorny et, comme elle s'y était attendue, Roxane ne trouva pas Wayne parmi les autres élèves. Ce fut avec un regard triste qu'elle s'approcha de ses amis de la maison Oiseau-Tonnerre.

— Dereck ! Jimmy ! Je suis contente de vous voir. Toujours pas de nouvelles de Wayne ?

Les deux sorciers lui répondirent par la négative avec une mine désolée. Roxane réfléchit un instant, cherchant à explorer une piste qui lui tenaillait les entrailles :

— C'est étrange qu'ils ne parlent plus de Sirius Black dans la presse… Vous avez une idée de ce qu'il a pu devenir ?

Dereck et Jimmy se lancèrent un regard en coin avant de répondre à la jeune fille :

— Pourquoi tu t'intéresses à ce criminel tout à coup ? demanda lentement Jimmy.

— Pour rien, comme ça, se hasarda Roxane en sentant le rouge lui couvrir les joues.

Dereck jeta un coup d'œil alentour pour vérifier qu'aucun autre élève ne les écoutait, puis il ajouta :

— La vraie question c'est depuis quand tu t'intéresses au père de Wayne ? demanda maintenant Dereck d'une voix suffisamment basse pour n'être entendue que d'eux trois.

La sorcière ouvrit la bouche, surprise d'une telle question.

— Il vous a dit que Sirius était son père ? s'étonna-t-elle.

— Bien sûr que non, mais on a deviné. On a passé tout notre temps avec lui pendant plusieurs années…

— Il n'y avait qu'à voir dans quel état il était lorsque ce criminel s'est échappé…

— Si tu ajoutes le fait qu'il n'aime jamais parler de sa famille, ça sentait une histoire qu'il préférait taire.

— OK, donc je suis la dernière imbécile qui ne s'est doutée de rien, résuma Roxane en fronçant les sourcils.

— Ce n'est pas ce qu'on a dit, se défendit Dereck.

— Je sais, pardon, se calma la jeune Scott en se mordant un doigt. Je suis dans un état de nerf pas possible. J'ai l'impression de ne pas le connaître, que tout ce qu'on a vécu n'était que mensonge… Ca me bouffe de ne pas savoir. Est-ce que vous pensez que ce Black a pu le retrouver pour lui faire du mal ?

— Aucune idée, avoua Jimmy avec une mine attristée.

— Roxane, tu viens manger ? demanda Agathe qui souhaitait rejoindre la table des Puckwoodgenie dans la salle principale.

La jeune Scott adressa un dernier regard triste aux sorciers et rejoignit son amie.

En ce dimanche matin, Dereck se trouvait accroupi à la lisière de la forêt qui bordait le château de granit d'Ilvermorny. Il inspira profondément les fumées dégagées par les plantes qui brûlaient doucement devant lui, dans un petit tas informe. Il libéra ainsi son esprit, acceptant de se connecter aux forces qui l'entouraient. Tout à coup, il perçut quelque chose :

Dereck ?

Wayne ! Ça fait plaisir ! Qu'est-ce qui t'est arrivé ? Roxane est dans un état pas possible !

Je sais. Il faut que tu m'aides. Cela fait des semaines que je lui parle à travers les rêves. Tu sais, comme tu nous l'avais expliqué l'autre jour… Mais je crois qu'elle ne s'en souvient pas…

Ha, mince. Ça arrive parfois. Ce n'est pas très dur à corriger. Je verrai ça avec elle. Alors, qu'est-ce qui se passe ?

Une famille super compliquée, avoua Wayne dans un soupir en renonçant à toute prudence. Mon père est mort. Ça m'a rendu dingue. J'ai voulu me venger et mon arrière-grand-mère a bloqué tous les accès. Elle ne veut plus que je parte…

Jusqu'à quand ?

Jusqu'à ce que Harry tue Voldemort !

Wouah ! Tu dois être sacrément énervé pour prononcer son nom ! s'exclama Dereck mi-impressionné, mi-terrifié. Par contre, pour ce qui est de ton père, j'ai un peu de mal à comprendre. Je pensais plutôt que tu aurais voulu fuir Sirius Black que de le venger…

Perspicace… Ça fait longtemps que tu sais qui est mon père ?

Avec Jimmy, ça fait peut-être deux ans qu'on a compris…

Il était innocent, révéla Wayne. Ce n'est pas lui qui a tué tous ces gens. Le meurtrier court encore d'ailleurs…

Ça craint… Désolé. Écoute, je vais voir pour Roxane. Ce serait vraiment chouette qu'elle retrouve le sourire après cet été chaotique !

Merci. Une dernière chose. Est-ce que vous pouvez veiller sur elle ? Walters avait tendance à la persécuter avant qu'on sorte ensemble, et je n'aime pas l'idée qu'il lui tourne autour si je ne suis plus là…

Bien sûr, assura Dereck. Ça fait plaisir de te parler ! Accroche-toi !

La connexion se rompit et Dereck se releva. D'un mouvement de baguette magique, il fit disparaître le feu. Il se dirigea maintenant vers le château d'Ilvermorny. Il ne voulait pas faire attendre Roxane plus longtemps. Il rejoignit la bibliothèque et la trouva en compagnie de ses amies pour commencer à préparer leurs premiers devoirs de l'année.

— Salut Roxane. Je peux te parler ?

Intriguée, la jeune Scott se leva et s'éloigna avec le sorcier.

— Wayne m'a contacté pendant que je méditais.

— Oh ! Comment va-t-il ? demanda-t-elle avec empressement.

— Bien. Il m'a dit que ça fait plusieurs semaines déjà que vous parlez tous les deux durant vos rêves…

— Quoi ? s'étonna Roxane bouche bée. Mais je…

Elle ferma les yeux un instant et termina sa phrase :

—… je ne me souviens jamais de mes rêves ! C'est pour ça que je dors bien. J'aurais cru qu'avec toute cette histoire j'aurais le sommeil agité…

— Tu dois avoir un simple blocage, commenta Dereck. Ce n'est rien, je peux régler ça.

— C'est vrai ? Oh ! Ce serait génial ! Qu'est-ce qu'il te faut ?

— Suis-moi.

La jeune fille prit ses affaires en abandonnant ses amies et suivit Dereck qui se dirigeait maintenant dans une salle de classe qui était constamment déserte. Il s'assit en tailleur sur l'une des chaises et invita la sorcière à s'installer face à lui.

— Est-ce que tu faisais beaucoup de cauchemars quand tu étais plus jeune ?

Roxane prit le temps de réfléchir un instant :

— Oui, peut-être, mais ça remonte à loin… Attends, oui ça me revient. J'étais en proie à des terreurs nocturnes. C'était l'enfer pour mes parents. Mais ça s'est arrêté tout seul, sans que je ne fasse quoi que ce soit...

— C'est très courant, expliqua Dereck. Ton inconscient a dû faire barrage pour te préserver une fois éveillée. OK. Alors, je peux arranger ça. Mais il faut que j'entre dans ta tête.

— Ça fait mal ?

— Non, tu ne sentiras rien. Je n'aurais accès qu'au plan onirique. Donc en gros, je verrai tes rêves et tes cauchemars. Je ne pourrais pas voir tes pensées ou tes souvenirs, ce n'est pas la même partie de l'esprit…

— Et après ça, je pourrai parler à Wayne ? s'étonna Roxane enthousiasmée par cette idée.

— C'est déjà ce que vous faites toutes les nuits, mais tu pourras t'en souvenir une fois réveillée, assura-t-il avec un sourire. Et ce sera rétroactif, donc attends-toi à avoir une flopée de souvenirs nocturnes qui vont te venir en tête d'un seul coup !

Roxane se mordit la lèvre inférieure.

— Tu vas voir mes rêves… C'est un peu personnel ça. Surtout que je n'ai aucune idée de ce que tu vas visualiser…

— Je ne fais pas ça avec tout le monde, précisa Dereck. Mais rassure-toi, je ne m'attarderai pas sur les rêves intimes que tu peux faire de Wayne…

La jeune fille se mit à rougir violemment en détournant le regard, elle murmura : oh ! La honte ! Le sorcier se mit à rire doucement et ajouta :

— Tu me fais confiance ?

— Oui, assura Roxane déterminée.

Dereck fouilla dans son sac et en sortit une longue tige de bois finement sculptée. Il introduisit quelques plantes dans la partie creusée du bout et sortit sa baguette magique pour y mettre le feu.

— Jimmy avait raison, tu as vraiment un calumet de la paix, commenta Roxane avec amusement.

— Je préfère méditer en brûlant les plantes dans un vrai foyer, mais en intérieur, la pipe est plus pratique…

La jeune Scott tenta de retrouver son sérieux en l'observant inspirer maintenant la fumée de cette combustion. Il ferma les yeux, comme s'il cherchait à atteindre un niveau de transe particulier. Il posa alors ses doigts sur les tempes de la jeune sorcière et fouilla dans sa tête.

— Je vois le blocage, commenta-t-il avec les yeux toujours fermés. Je vais commencer par faire barrage à tous tes cauchemars, comme ça tu n'en feras plus jamais. Voilà, c'est fait. Maintenant, je vais libérer ton esprit. Accroche-toi…

L'effet fut immédiat. Roxane eut l'impression qu'on lui passait tout un film en accéléré devant ses yeux. Elle visualisa toutes les conversations qui étaient verrouillées dans sa tête durant l'été. Elle comprit alors tout ce qui était arrivé à Wayne et combien il se sentait mal d'être à distance.

Dereck retira ses mains et l'observa avec attention. Il lui fallut peut-être une minute avant de retrouver les yeux verts de Roxane. Elle fut secouée par l'émotion. Il se leva et posa une main sur son épaule, prêt à la rattraper si jamais elle se sentait chancelante. Elle se mit debout à son tour, un sourire éblouissant sur son visage – le premier depuis qu'elle était revenue à Ilvermorny. Elle prit le sorcier dans ses bras et le remercia en laissant déborder sa joie.


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