Disclaimer : Les personnages appartiennent naturellement toujours à KURUMADA.
Auteur : Newgaia
Rating : M (précautions prises pour certains chapitres).
Genre : Angst
Note : Pour ceux qui se seraient amusés à essayer de localiserles chevaliers « absents », j'ai listé en fin de chapitre les indices qui vous permettaient d'identifier les différents pays. Pour info personne n'a découvert les cinq pays. Tous ceux qui ont participé ont buté sur le lieu où était emprisonné Saga. Il fallait effectivement connaître la particularité du lac de l'oasis de Gabroun pour le trouver.
Résumé du précédent chapitre (La ronde des absents) : Privés de leur mémoire, voilà maintenant trois semaines que les cinq renégats se sont réveillés dans différentes parties du monde. Après avoir erré en forêt, Aphrodite a été pris en charge par le résidant d'une petite bourgade, avant d'être placé dans une institution médico-sociale. Il y attend depuis que l'on découvre qui il est, en s'interrogeant sur ses étranges cauchemars que semble soulager une présence annexe. Installé dans une grotte de montagne, Shura survit de rapines en se cachant. Il écoute avec confiance la voix qui apaise ses mauvais rêves et qui lui demande de patienter encore un peu. Pour s'être éveillé au sein d'une grande ville, Death Mask s'est rapidement retrouvé confronté aux forces de police auxquelles il a inutilement tenté de résister. Enfermé dans un asile sordide, il s'y sent bizarrement en sécurité. Intrigué par ses cauchemars, il décide aussi d'accorder foi à la voix qui parasite parfois son esprit. Saga a ouvert des yeux dans une magnifique oasis. Recueilli par des Touaregs, il est vite soupçonné par les autorités locales d'actes terroristes. Mis au secret, il subit des interrogatoires de plus en plus violents tandis que ses cauchemars et la voix étrangère dans sa tête suscitent en lui un état proche de la panique. Camus a été pris en charge par un groupe d'enfants vivants dans des sous-sols. L'un de ceux-ci lui apprend qu'il lui a autrefois sauvé la vie. Quant au petit garçon de six ans qui l'a trouvé en premier, il éveille en lui une impression qu'il ne parvient pas à préciser. La violence de ses cauchemars le déstabilise, et il lui semble avoir perdu quelque chose d'essentiel. Il pense remonter à la surface pour aider à son tour les enfants, mais deux hommes surgissent et l'assomment. Il se réveille dans une cave avec le sentiment d'être en grand danger.
CHAPITRE 6 : SOUS LE SIGNE DE LA COLÈRE ( mise à jour 15 août 2014)
Suivant les ordres de Shion, chacun des chevaliers chargés d'un de ses pairs absents avait établi un contact conscient avec celui-ci. Face à l'urgence, il n'était plus question d'attendre de percevoir un écho du subconscient de Camus. Informée des résultats obtenus, Saori avait décidé immédiatement d'en aviser Athéna. Après tout, le sauvetage de sa garde dorée la concernait au premier chef. À la Déesse de juger si elle devait s'impliquer davantage ou bien si elle reprenait le contrôle des opérations en cours.
S'isolant dans une pièce du palais, la jeune femme ouvrit son esprit comme on lui avait appris à le faire. À peine eut-elle le temps de lancer son appel, qu'elle se sentit instantanément envahie par la présence divine. Jamais Athéna ne l'avait possédée de manière aussi brutale. Au point d'écraser littéralement sa personnalité. L'Olympienne irradiait de colère et de puissance dévastatrice rentrée. Désorientée, et douloureusement atteinte dans son intégrité physique par cette prise de contact trop rapide, Saori osa une approche timide.
« Athéna ?... »
Consciente de l'inquiétude perplexe et apeurée de son enveloppe charnelle, la Déesse l'apaisa d'une caresse mentale presque maternelle.
« Rassure-toi, tu n'as rien fait de mal, la conforta-t-elle intérieurement. Tu as agi comme il le fallait. Le problème ne vient pas du Sanctuaire. Vous faites tous au mieux avec les moyens qu'il vous reste. Mais je ne tolérerai pas que l'on touche à mes chevaliers de cette manière ! »
Et elle déversa une once de son pouvoir pour ressourcer et soulager le corps meurtri, avant de laisser la jeune femme sagement se replier dans un coin de son esprit sans répondre à ses interrogations. Saori apprendrait bien assez tôt à quel nouveau souci elle allait être confrontée. Pour l'heure, Athéna devait parer au plus pressé en avertissant son Grand Pope d'accélérer le mouvement. Sa mauvaise humeur était perceptible à dix mètres, même au commun des mortels. Statufiant de crainte les sentinelles en faction en sortant de la pièce, elle se dirigea au pas de charge vers le bureau où elle savait trouver Shion à cette heure. Ouvrant la porte à la volée, elle parvint à arracher un sursaut à l'Atlante, pourtant aguerri à de multiples situations.
« Suis-moi ! Nous devons régler une affaire pressante. »
Et sans rien ajouter, elle tourna les talons pour se diriger vers la pièce octogonale qui leur servait de salle de réunion privée lors des gestions de crise. De toute son interminable vie, jamais le Grand Pope n'avait ressenti un tel courroux chez sa Déesse. Sa colère semblait cataclysmique. Son aura tempétueuse n'admettait aucun commentaire, encore moins de contestation, et Shion abandonna le courrier qu'il rédigeait pour lui emboîter le pas, en silence malgré sa curiosité.
Ils parvinrent rapidement dans la salle aménagée en petit salon, au fond duquel trônait une longue table de travail entourée de quelques chaises à hauts dossiers. D'une démarche vive, Athéna se porta devant la fenêtre qui éclairait la pièce. La vue plongeante sur le Sanctuaire donnait sur les douze Maisons, et elle parut se perdre dans la contemplation de celles-ci. De plus en plus intrigué, l'ancien Bélier s'immobilisa près de la table. Consciente de son indécision, la jeune femme l'interpella d'une voix radoucie sans se retourner.
« Assieds-toi. Je suis désolée de t'avoir sommé de manière aussi cavalière, mais tu comprendras ma colère face à l'urgence de la situation. »
Aucun protocole n'établissant de règle lorsqu'ils se rassemblaient pour débattre en comité restreint, Shion s'installa sur le premier siège à sa portée en gardant un œil sur le dos de sa Déesse. Il la sentait un peu moins tendue. Sa fonction l'autorisant à interférer avec les réflexions divines, il se permit de demander :
« Que se passe-t-il ?
— Tu vas le savoir d'ici quelques minutes. Le temps que Dohko et Kanon nous rejoignent. Ils sont déjà en route et ne devraient plus tarder.
— Kanon ? » répéta-t-il.
Décidément, elle le prenait par surprise aujourd'hui.
Le fait qu'elle ait contacté mentalement Dohko pour lui demander de les rejoindre n'avait rien d'étonnant. Avec lui-même, le Chinois connaissait les rouages qui présidaient à l'intendance du Domaine Sacré, et il s'était spontanément porté volontaire pour l'aider à apurer les tâches administratives. La restructuration d'un Sanctuaire devenu exsangue les obligeait tous de s'investir au mieux de leurs compétences.
S'il avait été présent, nul doute que Saga serait venu renforcer leur équipe. Et il aurait été accepté sans la moindre difficulté. Shion reconnaissait que la période d'intérim secrète de l'aîné des Gémeaux n'avait en aucun cas démérité du point de vue de la gestion complexe de leur organisation. S'il exceptait l'incident fâcheux qui lui avait coûté la vie, et la non moins désastreuse tendance de Saga à chercher à détrôner Athéna, son parcours paraissait même exemplaire du côté de la planification et du contrôle des objectifs du Sanctuaire sous sa férule.
Mais Kanon ?... Il n'avait jamais manifesté le plus petit intérêt pour les contingences matérielles et encore moins pour leur suivi papier. Si le Grand Pope ne mettait pas en doute ses compétences de décideur et son charisme, il l'assimilait néanmoins plus à un homme de terrain. Les jumeaux n'étaient pas interchangeables. Alors, pourquoi convoquer le second à ce conseil restreint ?
Toujours debout devant la fenêtre ouverte, Athéna perçut sa perplexité. Consciente de l'inattendu de son choix, elle lui accorda une explication.
« Contrairement à ce que tu penses, Kanon a un point commun avec Saga. Il sait prendre le recul nécessaire face à n'importe quelle situation. Je ne doute pas que dans le cas présent il s'impliquera au maximum de ses possibilités. Et je compte bien tirer parti de son jugement au profit des autres. Et puis, il a déjà manipulé un Dieu. Pour toutes ces raisons, j'ai besoin de son avis dans le cas qui me préoccupe. »
Dix minutes plus tard, les trois chevaliers se trouvaient réunis autour de leur déesse. Athéna les avait accueillis en retrouvant un brin de courtoisie pour les inviter à s'asseoir à la table en bois ciré. Mais depuis, elle conservait un silence peu engageant. Conscient de son mécontentement, les trois Ors attendaient son bon vouloir en montrant des visages à la fois curieux et respectueux. En entrant, Dohko avait jeté à Shion un regard interrogateur auquel ce dernier avait été incapable de répondre. Quant à Kanon, il se demandait visiblement ce qu'il faisait là.
Rigide sur son siège, Athéna prit le temps de les observer tout à tour en les fixant avec gravité. Elle savait qu'ils espéraient qu'elle les informât de la raison d'un retour aussi soudain que fâché. Mais elle tenait à le faire avec un minimum de sérénité. Sa fonction la présentait comme un modèle de pondération, et il était rare qu'elle perdît ainsi la maîtrise d'elle-même. Un désagrément de plus, qu'elle se promit de faire payer au centuple à son responsable. Inspirant profondément pour retrouver son calme, elle parvint à dégager une aura moins agressive. Les deux mains posées bien à plat sur le plateau de bois, elle en vint au fait, d'une voix vibrante de contrariété rentrée.
« Saori vient de me contacter. Elle m'a informé des résultats obtenus suite aux contacts conscients que certains ont établis avec quatre des chevaliers réprouvés par Hadès. Et je suis sidérée par la traîtrise de mon oncle ! Notre marché était qu'il les éparpille au hasard dans l'un des lieux qu'ils avaient précédemment foulés. Or, il n'y a pas eu de hasard ! Les endroits où ils se sont réveillés correspondent à ceux où ils ont laissé le plus d'acrimonie derrière eux. Ils s'y sont fait des ennemis implacables, qui les identifieront sans difficulté s'ils les croisent, et qui ne leur feront aucun quartier. Les six mois accordés n'étaient qu'un leurre ! Nous devons les rapatrier de toute urgence !»
La nouvelle n'avait rien de réjouissant et un silence atterré accueillit ses paroles. De son côté, Kanon pâlit affreusement. Ce qu'il avait pu percevoir de la situation de son frère le préoccupait déjà fortement. Il n'imaginait même pas que cela puisse empirer. Saga paraissait si désorienté et vulnérable. S'il n'agissait pas rapidement, jamais il ne le récupérerait vivant.
« Nous avons déjà plus ou moins pensé à ce cas de figure, intervint Shion. C'est pourquoi nous étions décidés à les ramener dès que nous aurions pu identifier avec certitude les lieux où ils se trouvent. Sans attendre de tous les avoir localisés. Le problème, c'est que pour l'instant nous ne sommes sûrs des pays où ils se situent, termina-t-il avec un ennui évident.
— Je sais tout cela, fit Athéna avec un geste d'apaisement. Et je reconnais bien là ton esprit d'initiative et ta prudence. Comme je me doute également que les évènements précédents la Guerre Sainte n'ont guère dû favoriser les confidences entre vous. Je pense que vous auriez fini par faire parler les archives, mais le temps presse. Voilà pourquoi je suis revenue. Je suis ici pour vous donner directement les renseignements qui vous manquent.
— En ce qui concerne Aphrodite, le travail de dépouillement effectué par Milo a porté ses fruits, les informa Kanon, en évacuant un instant ses préoccupations pour Saga. Je vous apportais justement la nouvelle. Une dépêche canadienne fait état d'un jeune amnésique dont la description correspond en tout point à celle du chevalier des Poissons. Il a été retrouvé errant dans la forêt voilà trois semaines. Les autorités l'ont pris en charge pour le faire admettre dans un établissement médico-social près de Thunder Bay. »
Son désir de réhabiliter le Scorpion paraissait si évident, que l'attention de la déesse se fixa sur lui avec insistance. D'indéfinissable, l'éclat des yeux verts devint incisif. Malgré son aplomb, l'ancien Marina se troubla sans pour autant perdre de vue son objectif.
« Milo a véritablement abattu un gros travail, » souligna-t-il en soutenant le regard divin.
Avec soulagement, il vit apparaître un léger sourire sur le visage de la jeune femme. Plus détendue, celle-ci approuva :
« Et je lui en suis reconnaissante, tout comme j'apprécie que vous sembliez resserrer les rangs entre vous. Aphrodite se trouve effectivement à la périphérie de Thunder Bay. Mais cet article de presse ne peut qu'attirer l'attention sur lui. Dohko, tu prendras le premier avion en partance pour le Canada. Il faut que tu le rapatries d'urgence. Je veux que tu sois aussi rapide qu'efficace, et surtout que tu restes très discret. »
Inclinant la tête en signe d'assentiment, le chinois demanda :
« Que devons-nous craindre le concernant à Thunder Bay ?
— L'illumination d'un déséquilibré notoire, qu'il a eu la faiblesse d'épargner lors d'une de ses dernières missions. Ce n'était qu'un témoin oculaire, fortuitement sur place, et qui souffrait déjà de troubles mentaux récurrents. Le chevalier des Poissons a pensé à juste titre qu'on taxerait son témoignage d'élucubrations. Sa clémence n'a néanmoins pas été récompensée. Depuis cet épisode, cet individu proclame à qui veut l'entendre qu'il est le bras armé de Dieu, et que celui-ci l'a chargé d'éliminer le Démon à la Rose. Il a déjà tué deux jeunes hommes présentant des ressemblances avec Aphrodite. À la suite de ces meurtres, il a été interné. Mais il a réussi à s'échapper récemment de l'asile où il purgeait sa peine. Il est fou, mais d'une intelligence retorse. Nul doute qu'il fera le rapprochement s'il a connaissance de cet article où la photo d'Aphrodite ne pourra qu'apparaître. Il est dangereux. S'il parvient à approcher le chevalier des Poissons, celui-ci n'aura aucune raison de se méfier. »
Conscient de la gravité de la situation, Dohko annonça sans attendre son plan d'action :
« Un de nos intermédiaires se trouve à Minneapolis. Je vais le joindre et lui demander de se rendre immédiatement à Thunder Bay. Il servira discrètement de garde du corps à Aphrodite en attendant mon arrivée.
— C'est une excellente idée, approuva Athéna.
— J'ai pu établir un contact plutôt constructif avec Death Mask, enchaîna Shion. Si j'en juge à la confiance que semble m'accorder le chevalier du Cancer, notre rapprochement forcé de quatre ans dans les limbes a été constructif. Même si c'est de manière inconsciente. Il a aussi gardé des réflexes de survie tout à fait préventifs. Il est au Mexique. Pour une raison qui lui échappe, il se méfie énormément de son environnement, et il n'a pas vraiment vu d'inconvénient à patienter dans l'établissement de soins psychiatriques où il s'est vu enfermé, suite à sa petite altercation avec les autorités.
— Il est à Mexico, précisa la jeune femme. Vraisemblablement dans le quartier populaire de Tepito. C'est une des dernières missions sous l'égide de Saga qui l'a envoyé là-bas. Death Mask est un exécutant extrêmement fiable qui ne s'embarrasse généralement pas de sentiment. Éliminer plusieurs membres de différentes familles gangrénées par la pègre locale ne lui a posé aucun problème. Sauf que dans ce cas-là, il n'a pas jugé bon de sacrifier l'ensemble d'une fratrie, le plus jeune n'ayant apparemment jamais eu affaire ni de près ni de loin avec le cartel. Une erreur d'appréciation qui pourrait lui coûter cher aujourd'hui. Le survivant a repris le flambeau de l'aîné tout en devenant une figure importante du système judiciaire du pays. S'il se laisse débusquer, il sera aux prises d'un homme de pouvoir au double visage, auquel il lui sera difficile d'échapper. Il va falloir le soustraire à la curiosité des autorités extrêmement rapidement. Shion, tu enverras Jabu et Nachi le récupérer. Ils connaissent le Mexique et sauront se débrouiller pour court-circuiter les initiatives malheureuses.
— Le choix de ces chevaliers me paraît judicieux, répliqua l'Atlante, visiblement satisfait. Je les brieferai dès que nous sortirons de réunion.
— Bien, opina Athéna. Venons-en maintenant au cas de Saga.
— Pour Saga, j'ai peur que ce soit moins simple, soupira Kanon. Il est déjà tombé entre des mains peu complaisantes et tout s'embrouille dans son esprit. Il s'affaiblit très vite et il refuse mon aide.
— Je sais. Malgré l'amnésie dont les a frappés mon oncle, il semblerait que les cinq absents aient gardé des bribes des faits marquants de leur passé, révéla la déesse avec un éclair de colère froide dans les yeux. C'est tout au moins ce qu'il ressort des premiers contacts que vous avez établis avec les quatre chevaliers que vous avez pu atteindre. Ce ne sont que des souvenirs fugaces, mais suivant leur personnalité et leur parcours, ces éléments peuvent leur compliquer singulièrement la vie. J'en viens d'ailleurs à soupçonner Hadès d'avoir agi sur ce point en toute connaissance de cause, plutôt que par négligence.
— Hum, gronda Dohko. Ainsi il a décidé de se débarrasser d'une manière ou d'une autre de nos frères d'armes.
— Si nous n'agissons pas rapidement, il va réussir avec Saga, renchérit Kanon avec angoisse. D'après ce qu'il a accepté de me livrer, j'ai pu déterminer qu'il se trouve en Libye. Il a dû s'éveiller en plein désert de Fezzan, dans l'oasis de Gabroun. Mais j'ignore dans quelle ville il a été transféré, mis à part qu'elle doit se situer près de la méditerranée. De la fenêtre de sa cellule, il voit des mouettes. Or ces oiseaux ne remontent pas loin dans le désert.
— Je pense que nous pouvons éliminer Tripoli de la liste des villes côtières, répondit Athéna sans se départir de son calme. S'il s'y trouvait, son ennemi aurait déjà mis la main sur lui. Dès cette réunion terminée, Saori se mettra en relation avec un de nos agents sur place. C'est un homme puissant, et il a ses entrées tant au gouvernement que dans l'armée. Il saura nous renseigner efficacement d'ici quelques heures. Dès que tu auras recueilli l'information qu'il nous manque, Kanon, tu partiras immédiatement sur place. Je compte sur toi pour trouver un moyen pour le soustraire à ses geôliers sans que cela tourne à l'incident diplomatique. »
D'un air grave, l'ancien Marina hocha la tête. Puis il demanda, autant pour satisfaire sa curiosité que pour affiner son plan de sauvetage.
« Pourquoi se trouve-t-il dans ce pays ?
— Il y a quelques années, Saga a contré l'esprit de conquête d'un des généraux alors en place, répondit Athéna. Il agissait alors en tant que Grand Pope, dans une optique positive pour le Sanctuaire. Mais le contexte politique de ce pays est délicat, et cette mission était extrêmement dangereuse à plus d'un titre. Plutôt que de déléguer, il a préféré remédier lui-même à cette crise. Pour cela, il a agi sous sa véritable identité de chevalier des Gémeaux. Il a réussi à débloquer la situation en piégeant le personnage incriminé dans un rôle subalterne. Ce dernier a malheureusement pu l'apercevoir en civil lors d'un repas donné par l'ambassade de Grèce, et depuis il lui voue une haine indéfectible. Le fait que Saga ait pu être soupçonné comme terroriste potentiel va immanquablement faire le tour des services de l'armée. Même relégué au fond d'un bureau, si son ennemi à vent de sa présence et fait le rapprochement, il mettra tout en œuvre pour l'abattre. Sans compter que son état psychologique actuel est loin d'être idyllique.
— Kanon ressemblant énormément à Saga, peut-être serait-il prudent de lui adjoindre un coéquipier, intervint Shion avec sagesse.
— Tu as raison, approuva Athéna. Ne le prends pas mal Kanon, mais tu es le portrait vivant de ton frère. Si à un moment donné tu dois parlementer avec les autorités, tu passeras difficilement inaperçu. Le chevalier de l'Ophicius vient de rentrer. Je suis certaine qu'elle te secondera efficacement. »
Kanon connaissait peu ce chevalier d'Argent, mais s'il évacuait les réflexions sur son épouvantable caractère, les rumeurs sur ses états de services étaient excellentes. Finalement, ce choix ne comportait que des avantages. Devoir la remettre en place lui éviterait de gamberger inutilement en se faisant du souci pour Saga. Il allait opiner, lorsque l'ancien Bélier le prit de vitesse :
« Shaina est un très bon choix, commença celui-ci. Mais si vous le permettez, j'aimerais lui confier une autre mission. Elle connaît parfaitement les moindres recoins du Sanctuaire, et j'aurais besoin d'elle pour m'assurer qu'il ne demeure aucun point sensible d'où pourraient surgir nos ennemis pour nous surprendre. D'autre part, compte tenu de la difficulté de la tâche, je pense qu'il serait plus prudent d'associer un autre chevalier d'Or à Kanon.
— Et auquel songes-tu ? » demanda la jeune femme, étonnée par cette interruption.
Shion avait beau lui présenter les choses de façon parfaitement logique, elle pressentait que sa motivation n'était pas aussi claire.
« A Mû du Bélier. »
Effarés, Kanon et Dohko dévisagèrent Shion avec incompréhension. La rancœur du jeune Bélier à l'encontre de Saga n'était un secret pour personne, et sa proposition ressemblait à une incongruité. Sauf que leur vénéré et vénérable Grand Pope ne tombait jamais dans les incongruités. Réalisant qu'il se jouait là quelque chose d'interchevalerie, Athéna se garda d'interférer. D'autant plus que l'idée sous-jacente qu'elle devinait lui plaisait.
« Si Kanon n'y voit pas d'inconvénient, cela ne me dérange absolument pas », se contenta-t-elle de répondre en conservant sa neutralité.
La balle était dans le camp de l'ex-Dragon des Mers. Tous les visages se tournèrent de son côté avec intérêt.
« D'accord, finit-il par concéder au bout de quelques secondes interminables. Mais je ne suis pas sûr que ce soit le choix le plus judicieux.
— Et moi, je crois au contraire qu'il sera très constructif », assena Shion avec une gentille fermeté.
Comprenant son objectif, Dohko l'agréa d'un sourire. Moins optimiste dans la réussite de ce plan, Kanon retint une grimace. Non seulement Mû semblait développer une allergie à tout ce qui s'apparentait à un Gémeaux depuis leur retour, mais son frère nourrissait apparemment un fort sentiment de culpabilité à son égard. Un cocktail détonnant, qui risquait de faire totalement disjoncter ce dernier si jamais il apprenait trop tôt qui se portait à sa rescousse. Il avait intérêt à reléguer cette information quand il partageait les pensées de Saga. D'un autre côté, Shion n'agissait jamais au hasard, et c'était peut-être bien le meilleur moyen de crever l'abcès. Il allait sans dire qu'il se réservait le droit d'éjecter le Bélier au moindre faux pas.
« Bien, trancha leur déesse. Puisque nous sommes tous d'accord, concentrons-nous à présent sur le cas de Shura.
— C'est celui qui pose apparemment le moins de problèmes, exposa Dohko. Depuis le début, il s'est ouvert à l'esprit de Shaka et il suit ses directives avec le plus grand sérieux. Le chevalier de la Vierge a non seulement pu identifier le pays où il se trouve, mais aussi le lieu exact de son réveil.
— Cela ne m'étonne pas. Le chevalier de la Vierge est surprenant à plus d'un titre », approuva Athéna.
Bien que le compliment fût sous-jacent, la réponse de la jeune femme claqua avec une sécheresse qui jeta un froid. Étonnés, les trois hommes s'entreregardèrent. Décidément, leur Bouddha vivant ne paraissait plus en odeur de sainteté. Alors qu'il était l'un de ceux qui avaient le moins failli dans sa loyauté envers Athéna, et que fidèle à sa ligne de conduite, il œuvrait activement et consciencieusement au mieux de ses capacités depuis son retour. Il y avait quelque chose d'indubitablement injuste dans la vindicte divine, et apparemment de très personnel. Intrigué et un brin inquiet pour la Vierge, Shion se promit d'éclaircir la question « Shaka » dès qu'il le pourrait. Indifférente à leur trouble, la déesse poursuivit :
« Donc, vous savez que le chevalier du Capricorne se trouve en France. Plus exactement, il se cache quelque part dans le parc national des Pyrénées, près de Gavarnie. Bien qu'il soit né en Espagne, Hadès l'a parachuté dans cette région, car c'est l'endroit le plus probable où il risquait de tomber sur les derniers membres de sa famille. Et comme il ressemble comme deux gouttes d'eau à son père, il est évident que ceux-ci auraient vite fait le rapprochement. Vu la faible densité de population purement locale, il pensait qu'un inconnu attirerait forcément l'attention. Ajouté aux va-et-vient des touristes qui peuvent se montrer tout aussi curieux, c'est un miracle que Shura ne se soit pas déjà fait repérer.
— Un avion part pour la France dès ce soir, se réjouit Dohko. Shaka pourra le rejoindre rapidement.
Il s'attendait à une approbation sans réserve, mais une fois encore la réponse de la jeune femme les désorienta.
« Non, pas Shaka. Aldébaran fera fort bien l'affaire », trancha-t-elle sans véhémence, mais avec une fermeté qui n'admettait pas de contestation.
Un silence gêné s'installa, que Kanon décida de briser en déviant le cours de la conversation.
« Quel danger menace Shura s'il demeure en France ? »
De nouveau, Athéna expliqua :
— Les balbutiements de son cosmos se sont manifestés de façon un peu particulière. Il n'avait pas trois ans lorsque la voiture dans laquelle il voyageait avec ses parents a été ensevelie sous un éboulement de rochers. Shura est le seul à avoir survécu. Mais il était trop jeune pour comprendre que ses parents étaient morts. Il a réussi à s'extirper du véhicule, puis il a tenté de déblayer les gravats qui écrasaient les tôles en utilisant maladroitement son cosmos. Son futur Maître se trouvait dans les parages, et c'est ce qui l'a alerté. Une chance pour l'enfant, car les premiers arrivés sur place ont interprété le spectacle d'une tout autre manière. Il s'agissait de l'oncle et de la grand-mère de Shura. Une vieille tante avait déjà prophétisé que le petit possédait des dons étranges, et il était déjà plus ou moins mis de côté. Mais le voir briser des pans de roches énormes de façon mystérieuse les ont convaincus qu'il était possédé par le mal. De là à imaginer qu'il était responsable de l'éboulement…
— Comment une famille peut-elle réagir ainsi ? grommela Kanon.
— L'âme humaine recèle des ténèbres qui frappent indifféremment, ponctua la Déesse. Shura a bénéficié de l'intervention de celui qui allait devenir son Maître. Il a pu le soustraire à temps à la vindicte familiale, et c'est tout ce qui nous importait. Mais la mémoire se cultive parfois sur la haine et la rancune, entraînant un fort désir de vengeance. Le chevalier du Capricorne connaît son histoire, et s'il est un lieu qu'il évite, c'est bien cette partie du monde et l'enclave espagnole lui faisant face. En temps normal, il ne craint rien. Mais il ne tient pas à repousser l'attaque de ceux qu'il considère toujours comme sa famille. Dans le cas de figure qui nous occupe, la donne a changé. Non seulement il est redevenu aussi vulnérable qu'un humain ordinaire, mais il serait incapable de prévoir un coup auquel il ne s'attend pas. Hadès ne pouvait pas trouver de meilleurs exécutants. »
Un lourd silence suivit ces révélations. Chacun d'entre eux traînait un passé plus ou moins chargé, mais il demeurait plus amer pour certains. Shion connaissait déjà cette histoire. Elle faisait partie des « actes » que le Grand Pope enregistrait et qui retraçaient l'identité réelle de chaque apprenti qui foulait le Domaine Sacré. Mais Dohko et Kanon comprenaient mieux à présent la dévotion que Shura vouait à Athéna. Dans un sens, elle était sa « mère » sauveuse et protectrice.
« Et pour Camus ? »
La question de Kanon suscita un malaise. Les trois hommes n'en fixèrent pas moins leur déesse avec une once d'espoir. Elle détenait peut-être l'information qui les aiderait à retrouver rapidement le Verseau.
« Si l'on s'en tient au postulat qu'il s'est lui aussi réveillé au plus près des griffes de ses ennemis, il ne peut que se trouver en Russie, affirma Athéna. À Moscou plus exactement. Il y a quelques années il est parvenu à démanteler un réseau mafieux très actif. Sa mission d'infiltration a néanmoins failli mal tourner, et quelques personnes ne sont pas prêtes d'oublier son visage.
— Hyoga est toujours en Sibérie, leur rappela Shion. Il connaît la Russie dont il parle bien la langue. Il devrait pouvoir rejoindre Moscou en prenant l'avion à Iakoutsk. Si vous l'autorisez à utiliser ses pouvoirs pour rejoindre cette ville rapidement, il atterrira dans la capitale russe demain matin ».
La déesse agréa aussitôt sa demande :
« Je suis d'accord. Sans être télépathe, je crois que le chevalier du Cygne perçoit immédiatement ta présence lorsque tu communiques avec lui de cette manière. Contacte-le de cette façon, nous gagnerons du temps. Immédiatement.»
Obéissant, Shion étendit alors son pouvoir pour atteindre le jeune homme. Celui-ci explorait depuis près de quinze jours la Sibérie dans tous les sens. Sans résultat. L'invasion inattendue de sa psyché provoqua chez lui un sursaut de surprise. Coupant court aux salutations d'usage, l'ancien Bélier l'informa du lieu probable où se trouvait Camus. Mort d'inquiétude pour son Maître, le Cygne activa son cosmos pour se rendre immédiatement à Iakoutsk. Satisfait, Shion reprit le cours du débat qui se poursuivait. Dohko traçait un résumé de la situation du chevalier du Verseau sans cacher son pessimisme.
« Nous avons déjà sollicité tous nos intermédiaires en Russie, achevait le chinois. S'ils n'ont rien trouvé, c'est soit qu'il se terre, et connaissant ses aptitudes de caméléon nous aurons nous-mêmes beaucoup de mal à le repérer dans ce cas-là, soit qu'il est déjà tombé entre de mauvaises mains.
— Vous n'avez vraiment aucune possibilité pour le retrouver ?... Quitte à tricher un peu vis-à-vis de votre oncle…, osa demander Kanon, sans irrévérence.
— Non, malheureusement aucune. Je te rappelle que pour le moment il est privé de son cosmos. Malgré toute ma bonne volonté, sans cet élément, il m'est impossible de le situer. L'armure est la seule qui puisse encore nous certifier qu'il est en vie. Même en miettes, elle réagira et nous fera savoir si son porteur disparaît. »
Ce n'était qu'une maigre consolation, et qui plus est, une possibilité qu'il était préférable de ne pas voir se réaliser. Un pli soucieux barrant son front, Shion capta le regard de sa déesse. Eux seuls pressentaient que Camus se heurtait également à un second problème, rattaché à ce que les limbes lui avaient ôté lors de sa catastrophique traversée de celles-ci.
L'expression d'Athéna se figea légèrement, et l'Atlante en déduisit qu'elle assimilait toujours cette complication à une sanction justement méritée. Elle aurait pu l'être, si les deux concernés avaient été averti du danger encouru, et l'avaient bravé en toute connaissance de cause. Or ce n'était pas le cas. Après y avoir bien réfléchi, Shion en était même venu à la conclusion que les Maîtres respectifs de Camus et Milo avaient cru bien faire en les laissant se rapprocher, sans se douter que le lien qu'ils allaient tisser se transformerait en relation amoureuse.
Si le destin avait suivi son cours normal, les précédents Scorpion et Verseau seraient certainement fermement intervenus pour stopper la chose. Mais les deux hommes étaient morts trop tôt. Avant que leurs jeunes disciples n'aient encore terminé leur formation. Déjà bien aguerris, les deux enfants s'étaient durement entraînés sous l'égide de remplaçants qui avaient fait de leur mieux, et ils avaient gagné leur armure au prix de l'occultation totale d'une partie de l'histoire reliée à leurs Maisons. Shion aurait dû se charger de les recadrer, mais lui aussi avait disparu brutalement. Et vu les conditions de sa prise de pouvoir, Saga n'avait pas été informé du problème. S'il l'avait été, il se serait d'ailleurs lui-même méfié.
Shion se demandait combien de chevaliers de l'actuelle génération connaissaient le danger que représentait l'élément rattaché à leur signe. Combien même savaient qu'un élément leur était si intimement lié, que le négliger les condamnait à la pire des déchéances. Les douze Ors étaient pourtant concernés. Chacun de manière différente, et pour la majorité de façon bien moins dramatique que celle qui touchait le Verseau en particulier. Mais pour la paix du Sanctuaire, et la transparence des fréquentations futures, il serait sans doute utile qu'il les avertît de ce travers. En attendant, si dans une certaine mesure Milo pouvait surmonter seul ce qui venait de lui être stupidement ôté, jamais Camus ne pourrait résister très longtemps à son propre « manque ».
Le paradoxe, c'était que pour s'en sortir Camus et Milo allaient devoir renouer le fil de leur relation. Le souci crucial étant que plus ils mettraient de temps à le faire, plus cela s'avérerait difficile. L'idéal serait qu'Athéna acceptât de leur donner la chance de se fréquenter librement quand ils se retrouveraient. Mais compte tenu de son hostilité actuelle, ce n'était pas gagné. Dans un sens Shion comprenait le ressentiment de la déesse. Il n'avait rien à voir avec l'orientation sexuelle de ses chevaliers, mais bien avec une stricte efficacité militaire. Seulement, si elle voulait préserver l'intégralité de ses troupes, il lui faudrait devenir un peu moins intransigeante, quitte à assumer le risque inhérent à cette situation. De manière détournée, Shion crut bon de le lui rappeler :
« Aucun des deux n'était au courant Déesse. Si vous devez garder de la rancœur, adressez-la-moi. J'aurais dû les alerter du danger qu'ils courraient dès la disparition de leurs Maîtres. Mais n'interdisez pas à Milo d'essayer de retrouver Camus. Il en va de leur sauvegarde à tous les deux. »
Conscients qu'ils se jouaient là un huis clos décisif dont ils étaient exclus, Dohko et Kanon gardèrent le silence en les observant avec curiosité. Ce n'était peut-être pas le meilleur moment pour essayer de convaincre Athéna, mais bien qu'elle conservât un air sévère, sa réponse se teinta d'une modération qui réjouit le cœur du Grand Pope.
« Tu as raison de me rappeler que l'on ne pourra pas revenir en arrière. Toute l'aide disponible sera attribuée en priorité au Verseau. Shyriu et Ikki rejoindront Hyoga sur le terrain, et il serait bon qu'Aioros les rallie pour les encadrer. Quant à Milo, je te laisse libre de lui accorder l'autorisation de se rendre sur place. Il subsiste peut-être encore des liens entre eux qui lui donneront une intuition inespérée. Mais je ne te cacherai pas que je m'inquiète pour l'avenir. Nous nous acheminons vers une confrontation directe avec l'esprit d'Hadès, et je ne tolérerai pas que la singularité de leur situation complique davantage le casse-tête qu'il va nous falloir résoudre. En aucun cas. À toi de le leur rappeler si besoin est.
— Il en sera fait selon vos ordres.
— Alors qu'il en soit ainsi. Leur relation est dorénavant sous ton entière responsabilité. »
Entrevoyant ce qui se cachait derrière ces paroles, Dohko inclina la tête de manière à inciter à la prudence son vieil ami. Contrer les émotions du Verseau si besoin serait sans doute possible, mais gérer la passion du Scorpion si les événements dérapaient s'avérerait indéniablement plus difficile. Déterminé à s'amender pour n'avoir pas su contrôler la situation lors de l'enfance des deux chevaliers, Shion l'ignora.
De son côté, Kanon se sentait dépassé par toutes les implications de ce bref échange. Il se jouait là une prise de décision qu'il devinait essentielle, mais dont il n'arrivait pas à relier les bouts. La curiosité le poussait à mettre les pieds dans le plat. Passant outre le regard d'avertissement de Shion, il ouvrait la bouche pour demander une explication, quand Athéna s'adressa à lui sur un autre sujet :
« À présent Kanon, j'en viens au fait qui te vaut d'être parmi nous en ce moment. Tu as su manipuler et tromper Poséidon comme aucun autre. Cela ne t'a pas posé de réelles difficultés pour l'amener là où tu le souhaitais, n'est-ce pas ? »
Stupéfait par ses propos, l'ancien Marina en oublia instantanément son désir d'en apprendre davantage sur Camus et Milo.
« Euh… non », répondit-il en évitant de s'engager sur une pente qu'il jugeait glissante.
Ça s'appelait marcher sur des œufs, et bien qu'il aimât vivre dangereusement, il n'était pas sûr de véritablement apprécier la tournure que prenait la conversation. Surtout que sous son air faussement tranquille, il sentait à nouveau la jeune femme vibrer de colère rentrée.
« Bien. Tu vas donc recommencer.
— Pardon ?
— Tu m'as bien comprise. Tu vas recommencer. Avec Hadès s'entend. Si tu réussis, tu seras le seul à pouvoir te vanter d'avoir roulé mes deux oncles dans la farine. »
Le défi était de taille et il avait tout pour tenter l'ancien Kanon, assoiffé de vengeance et de reconnaissance. Mais la Guerre Sainte et son sacrifice avaient biffé l'aspect trompeur et haineux de sa personnalité. Bien qu'il assumât ses actes, il n'aimait pas qu'on lui rappelât cet épisode. Il espérait même carrément parvenir à le faire oublier. Il aspirait à se construire une autre renommée. Certes, la demande d'Athéna le flattait dans un sens, mais elle le surprenait aussi douloureusement. Ne voyait-elle en lui qu'un traître prêt à reprendre du service ? Refuser était pourtant inenvisageable. Sauf qu'il distinguait une impossibilité majeure, sur laquelle tiquaient apparemment également Shion et Dohko.
« Mais Déesse, Hadès est pour le moment inapprochable, avança-t-il avec prudence. Vous êtes bien placé pour savoir qu'il a été anéanti alors qu'il essayait de se réincarner. Son esprit n'est même plus présent aux Enfers.
— Je sais tout cela. Ce qui reste de lui se trouve remisé dans un coin de L'Olympe, d'où il se débrouille d'ailleurs très bien pour manipuler les autres et obtenir ce qu'il désire. Je pense avoir été pourtant suffisamment conciliante. J'étais prête à servir de geôlier à cinq d'entre vous pour les protéger, sans espoir qu'ils puissent un jour retrouver leur liberté. Mais il est évident qu'il cherche à les abattre, et que les savoir emprisonnés au sein même du Sanctuaire ne lui suffira pas. Il m'a trompé en expédiant vos cinq frères d'armes là où ils avaient le plus de chance de se faire tuer. Je considère donc qu'il n'a pas tenu parole, ce qui me donne le droit de contrer son marché. Je ne te demande pas de lui planter une dague dans le dos Kanon. Je veux simplement que tu trouves un moyen de sortir tes compagnons de l'impasse où ils sont piégés. »
Faisant abstraction du regard amusé de Dohko, et ce celui plus compatissant de Shion, Kanon referma la bouche in extremis sur le « c'est impossible » qu'il s'apprêtait à lâcher. Athéna n'était pas en état d'entendre ce genre de vérité. Il allait devoir s'accommoder de l'irréalisable. D'un autre côté, s'il existait une solution pour délivrer les cinq « renégats » de la lourde sanction qui les frappait, il serait le premier heureux à la leur offrir. Car il imaginait mal Saga vivre sereinement sa réclusion forcée, couplée à la perte de ses pouvoirs s'il essayait de poser un pied hors du Sanctuaire.
« Tu ne seras pas seul pour réfléchir au problème, poursuivit Athéna avec fermeté. Shun t'aidera. Son enveloppe corporelle a accueilli l'esprit d'Hadès. Il en garde forcément les traces de souvenirs, de sentiments ou de décisions, qu'avec un peu de chance nous pourrons peut-être retourner contre mon oncle. À vous de trouver quelque chose. Je compte sur votre inventivité pour ne pas me décevoir. De mon côté, s'il me vient une idée, je m'engage à vous en faire part. Sur ce, je crois que je vous serai plus utile à présent sur l'Olympe pour veiller à ce qu'Hadès n'ait pas trop de liberté de mouvement. Saori reprend les rênes de ce Sanctuaire dès à présent. »
Et avant que quiconque ait le temps d'objecter, la Déesse abandonnait son enveloppe charnelle à sa légitime propriétaire. Habitués à ses prises de décisions rapides et à leurs exécutions instantanées, les deux aînés n'affichèrent aucune surprise face à la transformation qui s'en suivit. L'expression conquérante et sûre d'elle de la jeune femme fit place à un air plus doux, presque repentant devant la brutalité des manières de sa deuxième identité. Mais confronté à ce phénomène pour la première fois, Kanon ne put retenir un petit gloussement d'étonnement mâtiné d'amusement. Ce qui lui valut un discret, mais douloureux coup de coude dans les côtes de la part de Dohko. La Balance n'en pensait pas moins, mais il plaignait néanmoins Saori de devoir cohabiter avec deux personnalités aussi différentes, et il ne tenait pas à ajouter à sa confusion.
Le reste de la réunion se passa à définir les meilleurs plans d'action possible pour atteindre au plus vite et surtout rapatrier les absents. Puis, la jeune femme les congédia en les remerciant. Dohko et Kanon partirent immédiatement rassembler quelques affaires avant d'amorcer leur mission de sauvetage respective, tandis que Shion raccompagnait Saori jusqu'à ses appartements.
« Ça va aller, demanda-t-il gentiment avant de la laisser au seuil du jardin qui délimitait son domaine.
— Oui, depuis le temps je suis habituée, le remercia-t-elle avec un sourire. Elle est toujours un peu expéditive, mais elle ne nous abandonnera jamais. Et bien qu'elle le montre peu, elle est aussi très inquiète pour le Verseau. Par contrecoup, elle en veut toujours un peu à Milo.
— D'avoir osé entraîner son camarade sur un sentier interdit ? C'est vrai que je vois mal le Verseau se déclarer en premier. Quoique dans cette histoire, déclarés et non, si les sentiments existaient, le mal était fait. Le problème lié à la onzième Maison est tellement délicat », soupira le Grand Pope.
Avec douceur, la jeune femme secoua la tête.
« Non, elle n'est pas aussi insensible aux sentiments qu'elle veut bien le laisser croire. Au contraire, elle en veut justement au Scorpion parce qu'il a rejeté le Verseau. Même si c'était sous le coup d'une émotion fortement irrationnelle. À cause de cela en fait. Je crois qu'elle peut comprendre ce qui anime Camus, parce qu'ils partagent la même réserve pour exprimer leurs sentiments. Mais elle appréhende beaucoup plus difficilement tout ce qui touche à la passion et à ses élans incontrôlés. Elle connaissait leur secret depuis longtemps, et elle ne l'aurait jamais toléré si la force de leur amour n'avait pas été réelle. Elle a été consternée par la réaction du Scorpion, et elle déplore le mal qu'ils vont involontairement s'infliger. Mais face aux désordres que ce genre de relations pourraient entraîner dans l'efficacité de la stratégie de nos troupes, elle ne pourra jamais ouvertement les admettre.»
Agréablement surpris par ses paroles, Shion retourna vaquer à ses affaires en espérant sincèrement que Camus pourrait être retrouvé avant que le mal qui allait sournoisement le ronger ne devînt irrémédiable.
Note de fin : Première publication juin 2010 - Chapitre modifié en août 2014 (Outre les changements de syntaxe et de vocabulaire, le chapitre contient 835 mots de plus).
1ere partie : Aphrodite au Canada - épinettes, pins gris, sapins, mélèze, nombreux cours d'eau, castors, élans, ours, immensité des contrées boisées de deux pays frontaliers, province (qui identifiait le Canada, la province étant une juridiction administrative de ce pays).
2e partie : Shura dans les Pyrénées (plus exactement en France, mais j'ai zappé sur l'indice vous permettant de départager l'Espagne de la France – description de la montagne, nombreux touristes étrangers, myrtilles, bouquetins, isards.
3e partie : Death Mask au Mexique – téquila, tacos, plusieurs pays parlant la même langue des autochtones (l'espagnol), pozole et quesadillas (deux plats typiquement mexicains), mégapole (Mexico).
4e partie : Saga en Libye – Chaleur épouvantable, désert, oasis, touareg = Sahara. Pays frontalier soumis au terrorisme = Algérie. Oasis très verdoyante ou se trouve un lac salé = oasis de Gabroun par le désert de Fezzan en allant vers la frontière algérienne. Régime politique fortement militarisé. Je sais, cette partie était difficile ^^.
5e partie : Camus en Russie – Enfants des rues dormant dans les canalisations urbaines pour profiter des bouches de chauffage en hiver, mafia, vatrouchki (pâtisserie russe).
