Disclaimer : Les personnages appartiennent naturellement toujours à KURUMADA.

Auteur : Newgaia

Rating : M (précautions prises pour certains chapitres).

Genre : Angst


Résumé du précédent chapitre (Les larmes de l'armure) : De grand matin, Aldébaran remonte au Sanctuaire après avoir passé la nuit auprès de Mélina, la femme qu'il aime. Il pense de plus en plus sérieusement à l'installer à ses côtés dans son temple. Heureux, il souhaiterait que tous respirent la joie autour de lui, et il songe à ses compagnons. Voilà plus de trois mois que quatre des cinq renégats ont été rapatriés au Sanctuaire. Shura a repris sa vie en main, mais il accepte mal le repli de la Vierge à son encontre. Aphrodite ne vit plus que pour ses roses et évite tout le monde. Malgré les efforts de Kanon, Saga cherche à s'isoler au maximum et ne parle pratiquement plus à personne Seul Death Mask semble avoir acquis un nouvel équilibre, qu'il entretien en se chargeant de l'organisation et de l'entraînement des soldats. Camus demeure introuvable malgré tous les moyens mis en œuvre, ce qui agace fortement un Scorpion de plus en plus irritable. Mü, qui ne parvient toujours pas à se rapprocher de Saga, passe énormément de temps dans son atelier à réparer les armures. Alors qu'il pensait restaurer celle du Verseau en dernier, une interaction bizarre entre les onze autres l'oblige à s'en occuper plus rapidement que prévu. Son travail terminé, il assiste en compagnie de Kiki à un nouveau phénomène, l'armure se mettant à pleurer. Fortement inquiet pour le Verseau, Mü informe aussitôt Shion qui lui enjoint de le rejoindre. Le Grand Pope est fâché de n'avoir pas été prévenu dès la première manifestation des onze armures qui indiquait déjà un problème, mais il admet que sa mort prématurée a privé Mü d'une partie de son savoir. Il explique au Bélier que les armures sont douées d'une conscience primitive qui leur est propre, et qu'elles réagissent fortement en se solidarisant avec leur porteur. L'armure du Verseau pleure sur la souffrance de Camus, mais elle est aussi en colère, car elle pense que les tortures infligées à son possesseur viennent du Sanctuaire. Il ordonne à Mü de ne pas ébruiter la condition apparemment désastreuse de Camus, et il décide d'aller demander à une personne particulière de tenter de le retrouver.


CHAPITRE 12 : LES ARLTERMOIEMENTS DE LA VIERGE (mise à jour 30 janvier 2015)

Shion rejoignit rapidement le sixième temple. La matinée était à présent bien amorcée et en toute logique il allait trouver Shaka méditant sur son lotus de pierre, dans l'un des renfoncements de la grande bâtisse de marbre. La Vierge avait décidé de ne plus participer aux entraînements matinaux qu'un jour sur deux, occupant le second à des exercices plus mystiques pendant la journée tout entière. C'était tout au moins ce qu'il laissait sous-entendre, bien conscient que personne n'oserait venir le déranger durant ces phases d'intense méditation, sauf cas de force majeure.

En pénétrant sous la voûte blanche, Shion songea que son déplacement s'apparentait justement à un cas de force majeure. Outre son désir d'aider Camus, il comptait également sur cet élément pour forcer l'Indien à sortir de sa propre léthargie, en le confrontant au mensonge qu'il entretenait pour se retrancher dans sa solitude. Shion était au fait de son manège depuis quelques semaines déjà. Il lui avait accordé suffisamment de temps pour se reprendre.

Comme il s'y attendait, Shaka ne se trouvait pas assis en position de vajra dans un coin de son temple. Une brève impulsion de cosmos l'informa qu'il était une fois de plus en train de ruminer au sein du logis attenant. Le Grand Pope obliqua vers l'appartement, en se disant que l'indien devait être singulièrement perturbé ce jour-là pour ne pas s'être encore montré. Il ne cachait pas sa venue, et il parvint presque jusqu'à la porte de l'habitat privé avant de voir le propriétaire des lieux se dresser devant lui. Pour un peu, il l'aurait surpris au lit.

Vêtu d'un simple sari blanc, les pieds nus et quelques mèches blondes s'échappant du ruban qui retenait sa longue chevelure attachée en catogan au milieu de son dos, tout dans la présentation de Shaka trahissait une précipitation totalement contre nature pour un chevalier réputé pour son inaltérable représentativité d'un Bouddha terrestre. Shion avait beau se ronger d'inquiétude pour le Verseau, et trouver que le comportement de la Vierge finissait par devenir plus que suspect, il réprima difficilement un sourire.

Derrière le salut respectueux de l'Indien qui s'inclinait maintenant devant lui, il devinait l'embarras d'un enfant pris en faute. Son regard aiguisé détectait également la peine du chevalier à mettre en place sa façade de détachement et il percevait sans mal sa curiosité. Autant de réactions inhabituelles qui démontraient un état anxiogène, qui le poussa à formuler des paroles rassurantes :

« Ma visite n'a rien de formelle Shaka. J'aimerais simplement m'entretenir avec toi d'un point particulier concernant Camus. »

Un peu décontenancé par la demande de son supérieur, l'indien invita celui-ci à le suivre au sein de l'appartement qu'il venait de quitter. Ils y seraient plus à l'aise pour discuter, et la Vierge préférait que personne ne l'aperçût dans une tenue aussi négligée.

Il s'étonnait que le Grand Pope ne l'ait pas déjà sermonné pour son manquement à ses engagements, mais plus encore il s'interrogeait sur son utilité pour retrouver le Verseau. Tout ce qui pouvait être fait lui paraissait pourtant mis en œuvre. Et il était certainement l'un de ceux qui connaissaient le moins le Français. Leurs deux natures introverties ne les avaient pas vraiment guidés l'un vers l'autre du temps de l'intérim de Saga, qui en sous-main faisait d'ailleurs tout pour éviter les rapprochements.

Shion emboîta le pas à la Vierge pour s'introduire dans son logis sans dissimuler sa satisfaction. Fouler l'intimité du jeune homme allait lui permettre de mesurer plus facilement son degré de déséquilibre, et de décider s'il était temps d'intervenir directement ou non en ce qui le concernait.

De l'avis de ses rares familiers, le sixième gardien s'était toujours contenté d'un mode de vie relativement austère. Néanmoins, dès qu'il eut franchi la porte d'entrée, l'ancien Bélier jugea son intérieur bien trop impersonnel. Il reflétait un dépouillement qui illustrait davantage le repli sur soi qu'un simple ascétisme. La pièce centrale où il venait de pénétrer respirait plus la tristesse que le dépouillement. Des murs blanchis à la chaux sans aucune ornementation, une table en bois, deux chaises, un buffet bas sans fioriture, et dans un angle, un vieux tapis en joncs sur lequel s'amoncelaient trois coussins de prière. Le tout aligné de manière rectiligne et d'une propreté impeccable.

Connaissant la préférence de l'atlante pour les assises orientales, ce fut vers le tapis que Shaka le guida. Déclinant la tasse de thé qu'en hôte courtois l'indien lui proposa, l'ancien Bélier s'installa en se plaçant délibérément le dos au mur. Il se donnait ainsi la possibilité de poursuivre son inspection discrète du coin de l'œil. Laissant de nouveau son regard balayer l'espace devant lui, il nota certains détails qui lui avaient échappé au premier abord. Shaka avait beau avoir tout méticuleusement nettoyé, le temps imprimait des traces indélébiles.

Cinq rectangles, légèrement plus lumineux sous les rayons du soleil qui filtraient de la fenêtre, trahissaient le décrochage de cadres de tailles variées. Des rayures profondes au centre de la table et sur le buffet bas témoignaient de la disparition de bibelots lourds, entreposés un long moment. Quelques trous alignés à égale distance sur les cloisons, le retrait de plusieurs étagères. Quant à l'étrange marque aplatie sur le coin du tapis, elle révélait l'ancienne présence d'un petit autel bouddhiste.

Le jeune homme aurait voulu s'infliger une punition qu'il ne s'y serait pas pris différemment. Mais ce qui inquiéta davantage le Grand Pope, c'était l'absence notoire de tout signe d'appartenance religieuse, quel qu'il fût. Or, il savait que cette pièce servait aussi de lieu de retraite spirituelle à la Vierge. Par son enseignement, Shaka s'était toujours senti proche de Bouddha. Il en avait indéniablement acquis de nombreuses qualités et des pouvoirs étonnants. Il était certainement l'un des sixièmes gardiens les plus accomplis. Jusqu'à leurs résurrections tout au moins. Car depuis, pour qui observait convenablement, il semblait avoir basculé dans une solitude dépourvue de mysticisme.

Préoccupé pour la paix intérieure de son chevalier, Shion retint un soupir. À ce moment précis, il aurait payé cher pour voir une menora juive, un Coran musulman, une croix chrétienne ou même un grigri africain trôner dans un des coins de la salle. Tout, plutôt que ce désert affiché.

Silencieusement, Shaka avait pris place en face de lui. Aussi patient qu'à l'accoutumée, il attendait visiblement que le Grand Pope l'informât de la raison de sa présence. Avec souci, Shion le dévisagea. Il nota que l'Indien avait pris la peine de rattacher correctement sa chevelure, et qu'il avait couvert ses épaules nues d'une étole légère. Assis en tailleur, calme et immobile, les mains simplement posées dans son giron, les yeux clos, il donnait l'image d'une sérénité trompeuse. Mais le Grand Pope n'avait pas à se concentrer pour percevoir l'agitation anormale de son cosmos.

Tous les Ors l'avaient d'ailleurs ressentie. Et Shura obéissait de plus en plus difficilement à son ordre de ne pas intervenir et de demeurer à l'écart. C'était pourtant par le biais de l'Espagnol que passait le rétablissement du moral de Shaka. Mais en l'état actuel des évènements, Shion pressentait que le remède serait encore pire que le mal. Le repli de la Vierge vis-à-vis de ses frères d'armes, et plus particulièrement à l'encontre du Capricorne, s'apparentait à une remise en cause bien trop profonde. Cela ressemblait à un désarroi que Shaka était actuellement incapable de gérer. L'Atlante en avait la conviction.

Ce qu'il découvrait autour de lui confirmait une attitude destructrice qui n'avait rien de commun avec le chevalier sage et mesuré, qui avait été le premier à comprendre ce que cachait réellement la mission des trois renégats qui l'avaient affronté durant de la Guerre Sainte. Et cette métamorphose ne pouvait signifier qu'une seule chose. C'était exactement ce que Shion craignait. À croire qu'une frénésie dévastatrice s'emparait peu à peu du Domaine Sacré. Alors que le fait était avéré pour Camus et Milo, évident pour Saga, probable pour Mü, à redouter concernant Aphrodite, Shaka semblait lui aussi avoir basculé dans le piège tendu par l'élément discordant de sa Maison.

Et pourtant s'il existait bien un chevalier capable de le sublimer, c'était bien la Vierge. Le Grand Pope avait d'ailleurs pensé qu'il y était parvenu lorsque, voilà trois semaines, il avait reçu les confidences de Shura, qui espérait ainsi l'amadouer en lui révélant l'un des secrets les mieux gardés du Sanctuaire. Au terme de ses aveux, le Capricorne n'avait pas obtenu gain de cause dans son désir de forcer la retraite de Shaka. Mais Shion s'était senti à la fois soulagé d'un poids et assailli par de nouvelles questions. Depuis, il n'avait fait que resserrer sa surveillance discrète autour du sixième gardien. Le pire semblait malheureusement se vérifier.

À présent, il comprenait mieux les réparties un peu dures d'Athéna à l'encontre de la Vierge. De tous les travers encourus par les chevaliers d'Or du fait de la dissonance reliée à leurs signes, celui qui guettait Shaka risquait de le fourvoyer dans la voie la plus conflictuelle avec leur déesse. Si l'Indien avait véritablement basculé, Athéna avait même fait preuve d'une retenue exemplaire, et il se retrouvait avec un nouveau problème à régler sur les bras.

Douce et posée, la voix du jeune homme le tira de ses réflexions soucieuses.

« En quoi puis-je exactement vous être utile pour aider Camus ? »

Le regard inquisiteur du Grand Pope sur son intérieur n'avait pas échappé à Shaka. Désireux de détourner l'attention de son supérieur de sa personne, il prenait l'offensive.

Conscient de son stratagème, Shion décida d'y adhérer un moment, avant de l'impliquer plus directement dans sa visite.

« Tu sais que tout est actuellement mis en œuvre pour retrouver le Verseau, répondit-il. Nos recherches s'axent principalement en Russie, mais aucune piste n'est négligée et nos meilleurs hommes foulent les quatre coins du monde. »

Shaka acquiesça en inclinant la tête. Il était d'autant mieux placé pour le savoir que, depuis le voyage de Milo à Moscou, il demeurait le principal coordinateur de toutes les informations recueillies avec Aldébaran. Le Scorpion vivait mal l'échec de sa mission et il comblait sa frustration en retournant de plus en plus souvent sur le terrain. Infatigable et rempli de rage, il se rendait dorénavant sur les différents lieux de recherches pour superviser et affiner les enquêtes en cours, au grand soulagement de ses compagnons d'armes, qui ne savaient parfois plus par quel bout prendre son caractère devenu aussi imprévisible que difficile.

Ce qui passait pour une amitié particulièrement forte entre le Verseau et le Scorpion était connu par la plupart des résidents du Sanctuaire, et personne ne s'étonnait de l'investissement du Grec pour retrouver le Français. Tout au moins, personne ne s'en étonnait ouvertement, et chacun évitait d'exprimer sa perplexité lorsque les oreilles du susceptible chevalier se trouvaient dans les parages. Quant aux Ors, ils taisaient prudemment la véritable relation existant précédemment entre les deux hommes. Révéler ce secret ne leur appartenait pas, et en l'occurrence, le faire dans l'état actuel de colère de Milo n'apporterait rien de productif. Mais cela n'expliquait pas à Shaka pourquoi Shion venait l'entretenir de Camus à l'improviste.

Conscient de son interrogation silencieuse, l'Atlante enchaîna d'un air sombre :

« Alors tu sais également que malgré nos efforts, depuis plus de quatre mois nous n'avons pas avancé d'un pouce. Le temps joue contre nous. Hadès ne lui fera pas grâce d'une seule minute. Et après ce que je viens d'apprendre, il serait préférable que nous le retrouvions rapidement.

— Vous avez une nouvelle piste ? demanda la Vierge, sans cacher son étonnement d'en être apparemment le premier informé.

— Si on veut, maugréa Shion, avec une grimace qui désorienta davantage le sixième gardien. Ce n'est pas vraiment une piste. Plutôt la confirmation des difficultés de sa détention. Son armure a réagi. Pour nous confirmer qu'il est entre de très mauvaises mains, et vraisemblablement brutalisé au-delà du supportable. Mis à part Mü et moi, tu es le seul à connaître cette information, et je ne veux pas qu'elle s'ébruite. »

À cette révélation, le jeune homme entrouvrit les yeux pour fixer Shion avec perplexité. C'était une réaction suffisamment rare chez lui pour que le Grand Pope perçût son étonnement :

« Je suis profondément désolé de ce qui arrive à Camus, répliqua-t-il avec sincérité, tout en continuant de river ses magnifiques yeux d'azur clairs dans le regard parme. Mais je ne vois pas en quoi je peux vous aider à le retrouver plus rapidement. Avec Mü, vous êtes le seul à savoir comment décrypter le langage des armures.

— Il ne s'agit pas de cela, le détrompa Shion. Dans ce cadre précis, son armure ne peut nous être d'aucune utilité, mise à part celle de nous prévenir. Il reste pourtant une voie que nous n'avons pas encore explorée pour le retrouver.

— Laquelle ?

— La voie mystique.»

Sous le coup de la surprise, Shaka ouvrit totalement les yeux. Il voyait parfaitement bien où le Grand Pope voulait en venir, mais il ne comprenait pas comment il pourrait adapter cette possibilité au Verseau. Et pourtant, si Shion était là, elle devait être réalisable.

« Shaka, par le biais de ton cosmos et de l'entraînement particulier que tu as suivi, tu peux avoir accès au courant des prières émises par tous les mortels de ce monde si tu t'y plonges, exposa l'ancien Bélier avec fermeté. Tu as appris à t'en tenir éloigné par respect de la confidentialité des demandes, des souhaits, ou des dons de soi de chacun. Et aussi parce que ce chemin ne t'est d'aucune utilité majeure. Mais je sais que tu peux le faire. Et cela quelle que soit la religion concernée. La sincérité d'une simple croyance, même informelle, suffit.

— Certes, confirma la Vierge. Mais comme vous venez de le souligner, pour cela il faut qu'il existe au minimum un embryon de foi. Et nous savons tous que le Verseau verse plus du côté de la tangibilité des faits matériels, de la rationalité et de la logique.

— Ça, c'est ce qu'il montre à travers ce qu'on lui a enseigné, répliqua Shion. Je reconnais que c'est aussi ce qu'il est globalement sinon l'armure ne l'aurait pas choisi. Mais qui peut dire ce que recèlent réellement les tréfonds de la personnalité et de l'âme de quelqu'un ?

— Pour ce que je connais de Camus, et pour qu'il accepte d'exprimer une telle partie de lui-même, il faudrait vraiment qu'il soit complètement… désespéré, objecta Shaka, en appréhendant la réponse à venir.

— C'est le cas, affirma Shion, avec une pointe de tristesse dans la voix. Ceux qui le détiennent lui font vivre un véritable enfer. Il ne se souvient de rien, il est certainement toujours en proie à de violents cauchemars parce que personne n'a pu le rassurer, la réaction de son armure prouve qu'on le torture, et pour couronner le tout, on lui laisse croire qu'il a dû être jugé et condamné par le Sanctuaire.

— Mais qui ? » s'insurgea la Vierge, sans chercher à cacher la colère où le plongeait cette nouvelle.

Secouant la tête, l'Atlante répondit :

« Je n'en sais rien. Mais en nous référent à l'expérience vécue par les autres, il est certainement soumis aux réminiscences les plus désagréables qui puissent lui revenir. Hadès y a pourvu. Et d'après toi, quelles sont les bribes de souvenirs qui peuvent le blesser le plus profondément actuellement ? »

Sans hésitation Shaka pointa l'élément le plus douloureux.

«L'abandon de Milo.»

Le dire, c'était reconnaître que, quelque part, les raisons d'Athéna pour s'opposer à une telle union étaient légitimes. In extremis la Vierge retint un soupir. Leur Déesse se fâchait rarement de manière irrationnelle ou sous le coup d'une appréciation personnelle. Ce point de détail le ramenait d'une certaine manière à sa propre situation, et cette évidence le dérangeait.

Ayant depuis longtemps dépassé ce genre de considérations qu'il jugeait à présent inutiles, Shion poursuivit avec gravité.

« Exactement. Il est seul, livré à ses ennemis, sans défense, sans moyen de comprendre ce qui lui arrive, avec l'impression d'être abandonné par tout le monde, et par-dessus tout par une personne à laquelle il tenait énormément. Malgré sa réserve, le petit Camus dont je me souviens était loin d'être un enfant insensible. Alors, mets-toi un instant à sa place. Ne penses-tu pas qu'il y ait une petite chance pour qu'il entre en contradiction avec la manière de penser et de réagir qu'on lui a enseignée dans un moment pareil ?»

Les yeux à nouveau mi-clos, Shaka s'accorda une minute d'intense réflexion avant de répondre.

« Je crois qu'effectivement n'importe quel homme, dans ce genre de situation, peut à un moment donné se raccrocher à ce qui en temps normal lui paraîtrait insensé. Mais je me demande qui peut vouloir le soumettre à tant de cruauté. Même Hadès n'a pas osé.

— Si nous le savions, l'aider serait plus simple, répondit Shion en se relevant

— Je vais me mettre à l'écoute et essayer de le retrouver. Mais je préfère vous prévenir. Les chances pour que je réussisse sont infimes. S'il prend ce chemin, sa voix va être perdue au milieu de milliards d'autres, prévint le jeune homme en se redressant à son tour pour raccompagner son hôte.

— Je te fais confiance Shaka. Maintenant que tu sais ce que tu dois chercher, l'essentiel c'est que tu essayes de le retrouver. Je n'ai jamais douté de ton engagement ni de la force extraordinaire de tes pouvoirs. »

Et sur ces paroles d'encouragement, le Grand Pope prit la direction de la sortie sans rien ajouter, comme si la discussion était close.

Shaka s'en tirait à bon compte. Apaisé par la mansuétude de son supérieur, il se promit de se consacrer le plus consciencieusement possible à sa nouvelle tâche. Par respect pour Shion, et par solidarité franchement inquiète pour Camus. Mais une fois devant la porte qui donnait sur son temple, l'Atlante s'immobilisa brusquement. L'Indien sentit aussitôt sa belle assurance fondre. Se tournant à demi vers lui, l'ancien Bélier lui demanda comme par inadvertance :

« Ton ancien Maître t'a-t-il parlé de l'élément perturbateur relié à ta Maison ?»

Déstabilise par cette question imprévue, Shaka rouvrit les yeux qu'il avait totalement refermés en marchant.

« Oui, un peu, répondit-il avec méfiance. Il m'en a parlé juste avant sa mort. J'avais déjà revêtu l'armure et il voulait éviter que je ne suive la voie qu'il avait choisie. »

Shion hocha la tête avec un sourire de nostalgie indulgente. Le souvenir du Maître de la Vierge actuel le ramenait des années en arrière, à une période un peu moins troublée, et pourtant elle aussi marquée par des drames personnels. Quoique dans ce cas précis, pouvait-on parler de drame ? Il s'agissait plutôt d'un choix. Un choix extrêmement altruiste, mais qui avait condamné le gardien précédent du sixième temple à renoncer totalement à son individualité au profit des autres. Décision méritoire, qui avait néanmoins inexorablement voué l'ancien chevalier de la Vierge à la solitude, à l'incompréhension, au courroux d'Athéna, avant de le mené vers la mort. Qu'il ait averti son élève en le mettant en garde entrait tout à fait dans son rôle et dans son caractère. Shion lui en était redevable.

Par le biais de l'indiscrétion de Shura, le Grand Pope savait que Shaka avait pendant un temps sagement écouté les conseils de son Maître. Qu'il était parvenu à se détacher du piège inhérent à sa Maison, même si dans ce cadre, lui non plus n'avait pas opté pour le meilleur élément de stabilité. Ce qu'il comprenait mal par contre, c'était son brutal revirement. À travers ce qu'il pensait avoir découvert, l'ancien Bélier devinait que l'Indien se trouvait dans une position pire que celle de son Maître à la veille de son trépas. Qu'avait-il bien pu se passer ?

« Et tu as réfléchi à toutes les implications que cela sous-entend ? se contenta-t-il de demander, préférant lui laisser croire pour le moment qu'il ignorait la réalité.

— Oui, mais c'est une question d'ordre privé, se défendit avec un peu trop de hâte le jeune homme. En tant que représentant d'Athéna il est logique que vous soyez au courant du problème pouvant affecter les chevaliers de la Vierge. Mais dans le cas ennuyeux où le dépositaire de cette armure ne saurait pas y faire face, il va sans dire qu'en aucun cas ses décisions ne pourraient s'avérer préjudiciables à la bonne marche du Sanctuaire.

— En es-tu si sûr ? insista l'ancien Bélier, en le fixant avec une insistance difficilement soutenable.

— Mon Maître l'a prouvé en ayant une mort honorable », riposta Shaka, un peu destabilisé.

Il avait soudain la désagréable impression de subir un interrogatoire orienté. Pressentiment qui se confirma quand il entendit Shion répliquer avec plus de rudesse :

« Faux ! Ton Maître a en effet su régler son problème en parvenant à assumer ses devoirs envers le Sanctuaire. Je te rappelle néanmoins que lorsque cela aurait pu véritablement devenir embarrassant, il t'avait déjà transmis l'armure. Ce qui rentrait aussi dans sa manière de régler la question. Le souci de ta Maison a ceci de particulier qu'il peut se manifester de deux manières différentes. Les deux équivalant à une remise en cause profonde de la fonction du chevalier en titre de l'armure d'Or de la Vierge auprès d'Athéna. À chaque fois que cet incident s'est produit, les annales font référence au choix de la première option. Parce qu'elle correspond mieux à l'idéal que vous représentez. C'est celle qu'a choisie ton Maître justement. Un juste retrait, avec toutes les implications personnelles qui en ont découlé. Mais imagine qu'un chevalier succombe à la seconde. Il entrerait alors en conflit direct avec Athéna. Reconnais que cela ferait plutôt désordre. »

Visiblement mal à l'aise, Shaka tardait à répondre. Les yeux à nouveau clos, il se refermait dans une attitude de neutralité innocence. Mais son agitation intérieure était si évidente, que le Grand Pope n'avait aucun mal à le déchiffrer. La Vierge se demandait si l'ancien Bélier prêchait le faux pour connaître le vrai, ou bien si véritablement il était en possession d'éléments qui risquaient de le mettre en difficulté.

Avalant une goulée d'air, l'Indien finit par émettre un pauvre mot hésitant :

« Je…

— Ne dis rien pour l'instant, lui intima Shion, en élevant la main. Réfléchis simplement à mes paroles. Et si celles-ci devaient trouver un écho quelconque en toi, viens m'en parler. En attendant, tu as une âme en souffrance à retrouver.»

Et sans s'attarder davantage, l'Atlante ouvrit la porte pour disparaître d'un pas rapide sous la haute voûte de marbre. Demeuré seul, Shaka s'adossa contre le battant qu'il venait de refermer. Exhalant un profond soupir de lassitude, il laissa sa tête retomber en avant, voilant de sa longue frange les traits fins de son visage.

Avait-il eu tort de s'enfermer ainsi dans son silence et de refuser d'éclaircir avec Aiolia ce qui avait tout déclenché à la base ? Et si le Lion était véritablement innocent, est-ce que cela changeait véritablement quelque chose ? Parce que dans tous les cas, quelle réponse devait-il apporter à Athéna ? Les paroles de mise en garde du Grand Pope le plaçaient au moins face à cette évidence : il ne savait vraiment plus où il en était.


Aiolia s'apprêtait à se rendre à l'entraînement. Il se trouvait sur le parvis à l'arrière de son temple lorsque Shion sortit de la Maison de la Vierge. Sans difficulté, il reconnut la cosmos énergie familière et rassurante. Un peu étonné, il suivit l'ascension rapide de la silhouette qui s'amenuisait au fur et à mesure de sa progression sur les marches ancestrales. Il s'interrogeait.

Il était rare de voir leur Grand Pope quitter le retranchement de sa demeure pour visiter l'un des leurs. L'inverse était plus coutumier, un garde venant habituellement délivrer une convocation au chevalier concerné. Pourquoi diable l'ancien Bélier s'était-il ainsi déplacé ? Le chevalier de la Vierge, qui depuis leur retour se montrait d'une discrétion frisant le mépris, se serait-il à nouveau illustré par une répartie incompréhensible ?

Tout à ses questions, il ne fit pas attention à l'approche de la personne qui sortait à son tour sous le porche à l'arrière de son temple. Il ne prit conscience de sa présence qu'en sentant son torse frôler son dos. Mais il n'eut pas d'autre réaction que celle d'un sourire bienheureux, lorsque deux bras à la fois fins et musclés encerclèrent sa taille.

« Et bien chevalier, susurra une voix douce à son oreille. Que voilà un manque d'attention flagrant. Serait-il permis à n'importe qui de vaincre aussi facilement le superbe Lion ?

— J'ai eu une minute de distraction, je l'avoue, répondit-il en se retournant pour prendre la nouvelle venue entre ses bras. Mais du moment que tu m'as touché, j'ai parfaitement identifié qui allait me saisir. N'importe qui ne possède pas ton parfum inimitable »,

Marine étouffa un rire mutin pour poser son visage contre la poitrine puissante. Elle ne portait pas son masque. Elle profitait du peu de passage généré à l'intérieur des Maisons Sacrées par d'autres personnes que les chevaliers d'Ors, pour se dépouiller de ce reflet anonyme. Sa relation avec le Lion n'était plus un secret pour personne. Exploitant la dérogation qui existait en leur faveur, elle avait occasionnellement découvert ses traits depuis longtemps à la plupart des gardiens des douze temples.

Discrète et respectueuse, elle avait compris qu'Athéna ne pouvait pas ignorer son aventure avec le cinquième gardien depuis le retour des Ors. N'ayant reçu aucun rappel à l'ordre ni de consigne restrictive, elle en déduisait que leur Déesse acceptait de fermer les yeux sur leur idylle, et elle rêvait d'une union déclarée.

Officialiser une liaison amoureuse entre un chevalier d'Or et un chevalier d'Argent s'était produit plus d'une fois par le passé, même si l'on devait remonter à plusieurs décennies pour en trouver la trace. À leur exemple avant la chute d'Hadès, la génération précédente n'avait pas vraiment eu le temps de batifoler. Elle préparait déjà la Guerre Sainte, et formait la future élite en grande partie sacrifiée durant les dernières années.

Attristée par ces souvenirs, la jeune femme se pelotonna davantage contre la protection de cuir de son amant. Attentif, Aiolia caressa sa chevelure rousse en lui demandant doucement :

« Un souci ? »

Elle se détacha légèrement de lui pour plonger son regard dans le sien :

« Non. C'est juste que…

— Juste que ? l'incita-t-il à continuer, en saisissant son menton entre son pouce et son index.

— Juste que je trouve qu'après tout ce que nous avons traversé, nous devrions avoir le droit d'accéder à un peu de bonheur.

— Et tu ne l'as pas trouvé ? demanda-t-il, une moue faussement inquiète affichée sur son visage viril.

— Bien sûr que si. Mais moi j'ai la chance de vivre auprès de l'homme que j'aime », rétorqua-t-elle avec un sourire tendre.

La spontanéité de sa réplique lui valut un baiser, auquel elle répondit avec gourmandise.

«J'aimerais simplement que tout le monde puisse en dire autant, reprit-elle lorsqu'il lâcha ses lèvres. Tous nos frères d'armes sont loin de rebâtir sereinement leur vie. »

Aiolia eut un froncement de sourcils concerné. Ils en avaient plusieurs fois longuement discuté. Marine se désolait principalement pour son disciple Seiya qui malgré les meilleures thérapies s'enfonçait dans un état dépressif inquiétant.

Lors de l'effondrement des Enfers, Athéna était parvenue à rapatrier son corps, ainsi que celui des quatre autres chevaliers Divins. Mais si ses frères d'armes s'étaient remis relativement vite, formant les premiers maillons guerriers et protecteurs autour de Saori tout en tentant de maintenir à flot le Sanctuaire exsangue de ses forces vives, Seiya gardait les marques indélébiles de la partie qu'il avait jouée contre Hadès.

On ne battait pas impunément un dieu. Les Douze Ors en savaient quelque chose, et Aiolia était le premier navré pour le jeune chevalier. Malgré tous les soins dont on l'avait entouré, il s'était rapidement avéré que le coup d'épée reçu par le Maître des Enfers avait sectionné et comme anémié sa moelle épinière. Il ne remarcherait jamais.

Reconnaissante, Saori lui avait octroyé le gîte et le couvert, ainsi qu'un statut au sein de la fondation Kido. Pensant bien faire, elle avait essayé plusieurs fois de le décider à se rapprocher de ses anciens compagnons. En vain. Quatre ans après ces évènements, il ne déniait toujours pas revenir au Sanctuaire. Il n'avait accepté de revoir sa sœur Seika qu'après plusieurs mois. De ses frères d'armes, seul Shiryu avait réussi à nouer un contact régulier. Il n'avait jamais répondu aux lettres que lui avait adressées Marine et ce silence laissait à la jeune femme une secrète déchirure. Un goût d'inachevé et d'indéniable gâchis.

Et puis il y avait la sanction d'Hadès, qui condamnait injustement cinq Ors. Ajoutez à cela tous ceux de cette caste qui semblaient se noyer dans leurs tourments intérieurs, et les inquiétudes de la Marine se démultipliaient. Aiolia aurait pu biaiser la conversation pour la rassurer, mais il refusait de lui mentir. Et puis, difficile de la tromper quand il était lui-même aussi sensible à un certain sujet.

« Tu ne penses pas si bien dire », soupira-t-il, en jetant un regard furtif du côté du temple de la Vierge.

Marine posa à son tour ses yeux bruns sur la grande bâtisse blanche entièrement restaurée. En comprenant vers qui se tournaient les tracas du Lion, son joli nez se plissa de souci et de déplaisir. Elle connaissait Shaka depuis longtemps, et elle n'avait jamais été impressionnée par la représentation un peu imbue que ce chevalier aimait se donner. Pour cela, il aurait fallu qu'elle ignorât les trésors d'humanité enfouis sous la modélisation de sa personnalité.

« Il s'est passé quelque chose ? demanda-t-elle, sans cacher sa préoccupation.

— Je viens d'apercevoir le Grand Pope sortir du temple de la Vierge.

— Oh », répondit-elle simplement.

Cet « Oh » trahissait à lui seul toutes les spéculations. Conscient de son angoisse, le Grec entremêla ses doigts aux siens sans pour autant quitter des yeux la sixième Maison. Il conservait un visage grave, une expression à la fois soucieuse et concernée, qui la poussa à l'interroger davantage.

« Tu regrettes de m'avoir écouté ? »

Face à l'importance de sa question, Aiolia réfléchit quelques secondes avant de lui répondre, et elle réalisa que le sujet demeurait plus sensible qu'elle le supposait. S'il avait finalement renoncé à provoquer directement la Vierge pour obtenir une explication, c'était principalement sur son insistance.

Des années plus tôt, elle s'était retrouvée involontairement impliquée dans la brouille qui avait éloigné l'homme qu'elle aimait de Shaka, et elle s'en voulait encore. Cette histoire n'aurait sans doute jamais pris de telles proportions si elle avait osé en parler avec Aiolia avant qu'il ne soit trop tard. Elle avait espéré un moment que leur résurrection effacerait les mauvais souvenirs, et qu'ils se rapprocheraient. Mais quand elle avait découvert que le problème s'envenimait davantage, et que poussé par une colère dictée par l'incompréhension, la fatigue et l'injustice de ce qu'il croyait deviner, son amant était prêt à un nouvel éclat, elle s'était interposée avec toute la détermination dont elle pouvait faire preuve.

Sur le moment, Aiolia s'était emporté. Une fois encore, elle se rangeait du côté de la Vierge contre lui. Mais Marine possédait des arguments d'une logique que n'aurait pas réfutée le Verseau, et la gentillesse inquiète qui transpirait sous son air frondeur avait toujours eu le don de le faire fondre. Il avait fini par se rendre à ses justifications et bien lui en avait pris. Les semaines, puis les mois passant, il devenait évident que le souci de Shaka était différent et bien plus sérieux qu'une simple bouderie due à une indiscrétion. Il se développait même de façon déconcertante. Seuls les Ors pouvaient s'en apercevoir, mais le cosmos de l'Indien vacillait étrangement ces derniers temps, et ce fait préoccupait le cinquième gardien malgré leur fâcherie.

« Non, je ne regrette pas d'avoir suivi tes bons conseils, répliqua-t-il enfin, en lui adressant un sourire rassurant. Parce que lorsque je me rends compte qu'il végète toujours dans le même marasme, je me dis qu'avoir essayé de forcer sa porte pour obtenir un éclaircissement n'aurait pas forcément servi à grand-chose. Mais cela fait plus de trois mois que nous nous évitons systématiquement à présent. Il aurait dû avoir largement le temps de se reprendre. Ça ne lui ressemble pas. Il a dû se passer quelque chose de grave, et qu'il m'y croit mêlé ne me plaît pas du tout. J'ai besoin de savoir.

— Pour te défendre au cas où il deviendrait plus agressif ?

— Non, pour l'aider.»

Marine sentit une bouffée de fierté l'envahir. Elle reconnaissait bien là son Lion noble et généreux. Une fois la crise explosive passée, Aiolia retrouvait ce sens de la justice et ce besoin d'apporter son soutien qui le caractérisait.

« Tu as raison, reprit Aiolia en se tournant de son côté pour poser ses larges mains sur ses épaules. Nous avons mérité un peu de bonheur. Et je dois dire que j'ai beaucoup de chance d'être auprès de toi. Parce que trop de nos frères d'armes ne parviennent à rien en ce moment. »

Sans qu'ils aient à les citer, les visages de Milo, Saga, Aphrodite, Shaka, Mü, Shura et Camus s'imposèrent simultanément à leurs esprits.

« Tu m'en voudrais beaucoup si j'essayais malgré tout de provoquer Shaka ? » la questionna-t-il au bout de quelques secondes.

Marine retint un rire. Elle adorait le voir ainsi prendre la peine de lui demander son avis, alors qu'il avait déjà adopté sa décision. Elle trouvait ça typiquement masculin, un brin macho, et parfaitement illogique. Mais pour rien au monde elle ne l'aurait contré en lui révélant qu'elle n'était pas dupe. Elle réservait ses dons de combattante en joutes oratoires pour d'autres causes.

« Non, je suis d'ailleurs d'accord avec toi. Il a eu beaucoup de temps pour régler ce qui semble le détruire. Ça ne pourra que faire bouger les choses.

— Normalement, il devrait se rendre à l'entraînement demain, répliqua Aiolia, en passant un bras autour de la taille de la jeune femme pour l'attirer contre lui. Depuis notre retour, il a toujours évité de se mesurer à moi en tant que partenaire de lutte. Mais cette fois-ci, je ne lui laisserai pas le choix. »

Il s'était exprimé en se tournant de nouveau vers le sixième temple, et elle comprit qu'il se souciait autant qu'elle-même, sinon plus, du comportement étrange de la Vierge.

« Fais attention tout de même, émit-elle avec un brin d'inquiétude. S'il comprenait mal ta démarche, ça pourrait être dangereux. Il est presque aussi fort que toi.»

Aiolia la remercia d'un baiser pour le « presque ». Mais elle avait raison. Il devrait se méfier. Il n'oubliait pas que juste avant que ne débutât la bataille du Sanctuaire, alors qu'il allait lui-même démasquer Saga, Shaka s'était interposé pour protéger l'imposture de Saga. Et l'affrontement qui en avait résulté avait amorcé un combat de mille jours. Le Lion ne doutait ni de sa force ni de ses techniques, mais il n'était pas assez vaniteux pour croire que si Saga ne s'en était pas mêlé en frappant l'Indien en traître, il aurait gagné. Personne ne pouvait le dire, car son duel avec la Vierge avait été immédiatement interrompu.


Note de fin : Première publication août 2010 - Chapitre modifié en janvier 2015 (Outre les changements de syntaxe et de vocabulaire, le chapitre contient 657 mots de plus).