Disclaimer : Les personnages appartiennent naturellement toujours à KURUMADA.

Auteur : Newgaia

Rating : M (précautions prises pour certains chapitres).

Genre : Angst


Résumé du précédent chapitre (Réconciliations en cascade) : Aioros rejoint Aiolia pour s'expliquer d'une scène qu'il suspecte son frère d'avoir surprise des années auparavant entre Saga et lui. Les choses éclaircies, Aiolia lui conseille d'aller parler au Gémeaux qui refuse toujours de se mêler aux autres. Mais Aioros préfère commencer par rencontrerShura, qui de son côté hésite à l'aborder depuis leur retour. Une fois réconcilié avec le Capricorne, le Sagittaire finit par se rendre au troisième temple, où sous la surveillance vigilante de Kanon, il parvient enfin à renouer les fils de son amitié brisée avec Saga. Il incite fortement ce dernier à se rapprocher de ses compagnons d'armes, et notamment de Mü, dont il soupçonne la rancune de cacher un problème plus grave.


CHAPITRE 23 : UNE CONFRONTATION À RISQUES(mise à jour 15 mai 2015)

Pour la troisième fois, Camus lança une vague de glace à l'assaut d'un périmètre bien défini sur le sol de terre de la petite arène annexe où il s'entraînait, et pour la troisième fois, il n'arriva pas à circonvenir son attaque avec la précision espérée. Il avait beau savoir que tout un tas d'éléments expliquait son manque de concentration, c'était tout de même frustrant et inquiétant. Frustrant, parce qu'après trois semaines de retour au bercail avec repos forcé, il était non seulement loin d'avoir récupéré son potentiel physique, mais qu'en plus il ne parvenait pas à se réapproprier la maîtrise de son cosmos. Inquiétant, car à ce rythme, il valait mieux qu'il n'ait jamais à affronter un ennemi puissant à l'extérieur s'il voulait avoir une chance de s'en sortir vivant. Merci, Hadès !

Respirant calmement, il refoula sa colère et les réflexions stupides que celle-ci lui inspirait. Récriminer après le dieu des Enfers ne l'aiderait pas à aller de l'avant. Le souci majeur ne venait pas de lui, mais plutôt de sa coopération détestable avec Zoltan. La drogue du Roumain commençait à agir sur lui de manière vraiment pernicieuse. S'il espérait véritablement recouvrer sa forme, il fallait qu'il s'en débarrassât. Toutefois, il devait auparavant mettre les enfants à l'abri des représailles. Il avait une petite idée sur la façon d'y parvenir, mais fort ironiquement, son cosmos l'empêchait d'intervenir.

Sa dépendance vis-à-vis du poison que lui injectait le balafré dans les veines était à présent telle, que les bouleversements engendrés dans son corps et dans son esprit par un sevrage brutal passeraient immanquablement par la caisse de résonnance de son cosmos chancelant. Malgré sa volonté, il ne pourrait rien faire pour la museler. Oh, bien sûr, au départ, il se blinderait sans doute suffisamment pour donner le change, mais ensuite… Zoltan l'avait averti. La douleur deviendrait vite intolérable. Une définition qui augurait d'une réalité ingérable dans la bouche du Roumain. Et il ne prenait pas ses menaces à la légère.

Certes, seuls les Ors seraient directement affectés par l'écho désastreux de son supplice à travers le champ défaillant de son cosmos. Peut-être également quelques Argents, aux capacités surdéveloppées. Au final, nettement trop de monde pour ce qu'il risquait de divulguer. Non seulement ils comprendraient tous contre quoi il se débattait, mais ils auraient certainement droit à l'empreinte en temps réel de sa souffrance. Sans compter la réminiscence de souvenirs annexes extrêmement désagréables que son esprit enfiévré pourrait leur livrer. Et quand il songeait au Scorpion, ce dernier danger le paralysait à lui seul.

Hors de question que Milo s'aperçût de quoique ce fût. La situation était déjà suffisamment compliquée et tendue entre eux. Le Grec semblait avoir la chance que tout soit clair dans ses sentiments, il ne voulait pas que des regrets inutiles viennent brouiller sa décision. Concernant les autres, il n'avait jamais été suffisamment proche d'eux pour savoir comment ils accueilleraient sa faiblesse. Il redoutait de devenir un fardeau sur lequel certains se pencheraient par acquit de conscience. Il refusait encore davantage leur pitié.

Et pourtant, la raison pure le mettait en garde contre son silence. Ce n'était qu'une toute petite voix, mais elle l'implorait de demander de l'aide. Il ne s'en sortirait pas seul. Il ne voyait néanmoins pas comment obéir à son injonction. Extérieurement, il affichait une fierté ressemblant à du dédain, intérieurement, la culpabilité le dévorait.

Depuis son retour, il n'avait jamais accepté de parler avec quiconque du rôle que l'avait forcé de jouer Hadès. Il avait beau savoir qu'il avait agi pour la bonne cause, le souvenir de sa traîtrise le torturait. Et ce n'était pas les mots rassurants de Shion sur le sujet qui réussiraient à l'apaiser. Il se sentait incapable d'aller vers les autres, et sa mauvaise conscience tournait à l'autoflagellation. Sans compter le rejet de Milo, qui le cadenassait de plus en plus en lui-même sans qu'il ne pût rien y faire.

S'il voulait parvenir à un sevrage discret, il devait parvenir avant à trouver un moyen de se voir privé de son cosmos. Pour cela, il ne connaissait qu'une méthode. Il fallait qu'une sanction d'Athéna ou de Shion le punît de manière exemplaire. Restait à imaginer et à commettre un délit suffisamment grave, qui ne portât préjudice à quiconque, tout en parvenant à tromper les plus vigilants sur la raison véritable de son acte.

Il en était là de ses réjouissantes idées, quand il prit soudain conscience de ne plus être seul sur l'aire de terrain à moitié désaffectée où il effectuait ses exercices. Il avait pourtant choisi un lieu éloigné du centre vital de l'île. Un vieil amphithéâtre aux gradins en partie effondrés, niché au cœur d'une garrigue épaisse. L'arène principale commençait à devenir franchement trop embouteillée pour lui. Il ne s'y présentait d'ailleurs plus que lorsque l'aube pointait à peine. Mais malgré cette précaution, depuis deux jours, un fauteur de trouble l'obligeait à battre systématiquement en retraite.

Alors que jusque-là Milo l'évitait royalement, il arrivait à présent de manière intempestive dès qu'il détectait sa présence à l'entraînement. Une énigme pour Camus, qui n'y comprenait plus rien. Pourquoi diable le Scorpion modifiait-il ses habitudes ? Normalement, il s'accordait plutôt à rejoindre Angelo à cette heure-là. Et il paraissait évident qu'il n'avait plus rien à se dire.

Se sentant observé, le Français redressa la tête. Debout devant l'unique entrée, le Grec le regardait fixement. En apercevant l'objet de ses pensées posté à seulement une dizaine de mètres, le Verseau dut faire appel à toute sa maîtrise pour ne pas effectuer un mouvement de recul. Comment avait-il pu se laisser distraire à ce point ? La fatigue et la conviction que personne ne viendrait le déranger ici n'expliquaient pas tout. Il régressait véritablement dans tout ce qu'il avait appris.

Milo portait son amure, ce qui lui arrivait rarement quand il s'exerçait, et Camus eut un mauvais pressentiment. Afin de camoufler les traces de plus en plus repérables des coups d'ongle de Zoltan à la base de son cou, lui-même ne sortait plus sans sa propre armure. Celle-ci lui insufflait par ailleurs une partie de sa force, ce qui suffisait pour l'instant à cacher sa défaillance physique.

En face de lui, le Scorpion conservait une immobilité lourde de sens. Visiblement il désirait se mesurer à lui. Profondément ennuyé par ce constat, le Verseau s'interrogeait sur le but de la manœuvre. Pourquoi le choisir comme partenaire, alors qu'il lui avait clairement fait comprendre qu'il le méprisait ? C'était parfaitement illogique et Camus n'était pas loin de songer à de l'acharnement.

Pour le moment, le Grec ne se départissait pas de son attitude d'observateur silencieux. Il gardait son casque sous le bras, signe qu'il n'était pas là pour l'agresser non plus, ce qui désorienta davantage le Français. Depuis combien de temps l'épiait-il ? Avait-il assisté à sa déplorable prestation ? Rien que cette idée l'alarma. Elle en aurait certes trompé plus d'un, mais pas lui. S'il avait effectivement vu sa tentative ratée pour délimiter un cercle de glace bien défini, il n'avait pu que noter son manque de précision.

Camus aurait aimé user de sa légendaire froideur pour se détourner sans un mot et s'éloigner d'un air digne. Mais Milo bouchait le seul passage existant qui permettait de rejoindre le sentier mangé d'herbes sauvages. Il aurait pu aisément s'évader en escaladant de quelques sauts les murs branlants de l'amphithéâtre, toutefois cela revenait à avouer son désarroi. Il craignait à juste titre que Milo en conclue qu'il redoutait sa présence. Ce qui dans un sens était pourtant l'exacte vérité.

La gorge sèche, le Français dut admettre qu'il se retrouvait piégé. Son regard accrocha celui du Scorpion, et il fut incapable de déceler dans celui-ci autre chose qu'une immense attention. Décidément, son ancien amant avait appris à copier son attentiste impénétrable. Lui fausser compagnie étant impossible, il ne lui restait plus qu'à mettre en avant la même impassibilité. Se drapant dans un immobilisme un peu hautain, il se figea à son tour.

Aussi bref avait-il été, le coup d'œil circulaire du Verseau à la recherche d'une sortie n'avait pas échappé à Milo. Ainsi il espérait encore le fuir ? Compte tenu de son comportement précédent, cela ne le surprenait guère, mais cette attitude ressemblait peu au chevalier de ses souvenirs, et à la longue, elle finissait par devenir vexante. Il faudrait pourtant bien qu'il parvînt à lui parler. Au moins pour tirer au clair deux ou trois petits détails qui le chiffonnaient de plus en plus désagréablement.

S'il ne lui laissait pas le choix, il le défierait au combat pour forcer la conversation. Mais il souhaitait sincèrement éviter cette extrémité. Après ce qu'il venait de voir, il était évident que Camus était loin de la forme optimale. S'il en arrivait au point de l'affronter physiquement, il allait devoir faire preuve de retenue dans ses coups. Sans quitter des yeux l'objet de son tourment, il amorça une approche verbale, en avançant d'un pas à la fois lent et assuré.

« Tu n'es pas facile à aborder en ce moment, Camus. Mais je n'aurais jamais cru que tu te mettrais à jouer à cache-cache avec moi. »

Comme il s'y attendait, le Verseau ne répliqua pas. Pourtant, il eut une réaction des plus déplaisantes. De manière presque instinctive, il amorça son cosmos en une onde de mise en garde dissuasive. La température un peu fraîche de ce début de matinée chuta encore de quelques degrés, et les touffes d'herbes clairsemées entre eux se couvrirent d'un manteau de givre. Jamais le onzième gardien n'avait osé l'intimider de cette manière jusque-là, et Milo en resta un instant désorienté.

Toutefois, il en fallait plus pour impressionner un Scorpion déterminé. Par mesure de prudence, il s'entoura à son tour d'un halo de cosmos protecteur, et il coiffa le désordre de ses boucles bleues de son casque. Il n'en continua pas moins d'avancer.

Camus le voyait approcher avec désespoir. Il s'appliquait tellement à ne rien montrer de son trouble, que pas une seconde il ne suspecta Milo de dissimuler lui aussi son agitation intérieure. Au fur et à mesure qu'il progressait, le Grec oscillait pourtant entre colère, suspicion, inquiétude et indicible bonheur de se retrouver à ses côtés.

« Qu'est-ce que tu veux ? réussit à demander le Français, d'un ton parfaitement maîtrisé.

— Éviter qu'à cause de notre séparation tu te sentes obligé de fuir tout le monde, répliqua Milo. Même si nous n'avons plus rien à faire ensemble, je n'aime pas savoir que tu t'isoles de cette manière. »

Pensant amadouer le Verseau en camouflant la panoplie des émotions contradictoires qui l'assaillait à son contact, le Scorpion s'appliquait à conserver un air détaché. À voir Camus se dresser devant lui de façon aussi froide et méfiante, pas un instant il ne se douta combien ses paroles accablaient en vérité son ancien amant, en l'égarant sur la réalité des sentiments ambivalents qu'il lui portait toujours.

« Je ne fuis personne, répondit celui-ci sans chaleur. Je n'ai simplement rien à te dire.

— Dans ce cas, tu devrais aller prendre des nouvelles de l'enfant qui t'a accompagné, attaqua le Grec en guettant sa réaction. Ça lui évitera peut-être de se sentir obligé de te sauter dessus à chaque fois qu'il te croise. C'est fou ce que ce gamin semble t'être attaché. »

Le Scorpion n'avait personnellement jamais assisté à l'une de ces scènes étranges, mais leur singularité avait vite fait le tour du Sanctuaire. Comme tout le monde, l'expression d'une telle affection l'intriguait. Sans compter que depuis les révélations d'Angelo, elle l'armait également d'une forte suspicion de trahison.

« L'enfant dépend à présent du Cancer », lui retourna Camus, sans qu'il parvînt à déterminer s'il faisait preuve d'une réelle insensibilité, ou s'il essayait habilement de détourner le sujet de la conversation.

Milo s'était immobilisé à un bon mètre du Verseau, laissant volontairement cet espace entre eux. Mais il le sentait toujours sur la défensive. Il allait pourtant bien falloir qu'il obtînt les réponses qu'il était venu chercher.

« Raison de plus, insista-t-il. Ça te permettra au moins de te rapprocher de l'un d'entre nous.

— Tu veux que je me rapproche de Death Mask ? »

Visiblement Camus jouait sur les mots. Un instant, le Grec entra dans le style de sa conversation pour répliquer d'un ton presque amusé :

« Angelo est devenu très fréquentable. Et à mon avis, il vaut nettement mieux que notre ami Zoltan. »

Le simple fait d'énoncer ce nom raviva sa colère, et sa phrase se termina nettement plus durement.

« Si c'est tout ce que tu avais à me dire, Milo, je pense que la discussion est close. »

Sur ces mots, le Verseau essaya de s'esquiver en amorçant un mouvement de repli. Plus rapide, le Scorpion se replaça devant lui.

« Non, attends. Tu n'as pas répondu à ma première question. Qu'est-ce qu'il y a exactement entre ce gamin et toi ? »

Camus aurait pu s'en tirer d'une phrase cinglante, en lui rappelant qu'ils n'avaient plus rien à partager ensemble, mais la conviction que leur histoire s'était effondrée à cause de ses silences précédents, et qu'elle allait être enterrée définitivement sous le poids de ses mensonges actuels, le perturba suffisamment pour permettre au Scorpion de persister avec une cruauté inconsciente :

« Je me pose la question, parce que d'après Zoltan vous avez passés, allez combien…deux jours au maximum ensemble. Je sais que sous tes allures hivernales, tu as toujours très bien su y faire avec les gamins, mais c'est tout de même un peu rapide pour une telle intimité, non ? Surtout dans ces circonstances. On jurerait que ce gosse t'adore.»

Qu'aurait-il pu répondre ? Que mis à part le mensonge de Zoltan sur la durée réelle de leur cohabitation, il était le premier étonné du lien étrange qui s'était créé entre Sergueï et lui ? Un lien qui allait bien au-delà de ce que pouvait imaginer Milo. Il ne comprenait pas lui-même la raison de cette symbiose. Assailli par cette énigme, il laissa progressivement l'aura de son cosmos s'éteindre.

Attentif à la moindre de ses réactions, le Grec nota simplement que même si son beau visage demeurait indéchiffrable, quelque chose le perturbait suffisamment pour briser sa défense, et un doute monstrueux vint lui tordre le cœur. Mais prompt à retrouver un équilibre de surface, le Verseau s'était déjà repris.

« Laisse-moi passer Milo.

— Non, pas si vite. Cette histoire n'est pas nette. Je vais finir par croire que tu fréquentes Zoltan depuis bien plus longtemps que tu veux bien nous le dire.

— C'est ridicule comme raisonnement, se défendit Camus en maudissant intérieurement le Roumain. Et même si c'était vrai, je ne vois vraiment pas en quoi ça expliquerait ma supposée relation approfondie avec cet enfant. Compte tenu de son potentiel, Zoltan n'aurait eu aucun intérêt à ce que nous nous fréquentions durant ma captivité. La réalité est plus simple. Zoltan l'a trouvé indépendamment de ma propre situation, et avant de tomber sur ma trace. Sergueï et moi ne nous sommes côtoyés que durant le voyage. »

Il mentait. Milo en avait maintenant la conviction. Il le connaissait mieux que personne. Il contre-attaquait avec trop de virulence et en employant beaucoup trop de mots. Mais pour que le Verseau tentât de le tromper avec un tel aplomb, il devait véritablement y avoir anguille sous roche. Le percer à jour ne serait pas facile. D'autant plus qu'il le soupçonnait à nouveau de la pire des machinations. S'il voulait parvenir à quelque chose, il allait devoir ruser. Ravalant sa rage, il enfonça néanmoins le clou sans quitter le Français des yeux :

« D'accord, je veux bien te concéder cette explication. Cependant, si une longue cohabitation ne justifie pas son comportement, il le doit peut-être inconsciemment à ta propre conduite. Je dis ça, mais je ne peux malgré tout imaginer que tu te sois montré aussi sournois. Il existe certainement une autre raison. Rassure-moi Camus, tu n'aurais tout de même pas osé défier un des plus vieux interdits du Sanctuaire ? »

Camus accusa le coup d'un battement de cils qui aurait arraché un cri de joie au Scorpion en toute autre circonstance. Ce regard, il avait appris à le connaître à travers les infimes éléments de communication non verbale qui lui permettaient auparavant de décrypter le Verseau. Il illustrait chez le Français une incompréhension totale et donc l'innocence absolue. Milo soupira de soulagement intérieurement.

Cependant, sa réaction n'élucidait pas les bizarreries supposées de l'enfant par Angelo. Ou le Cancer se trompait lourdement, ou Camus devrait affronter en toute bonne foi le pire cauchemar qui pouvait menacer un chevalier d'Or. À cette idée, le Grec frémit. Dans quel panier de crabes était-il allé se fourrer ? À nouveau, l'inquiétude le reprit. Si ses doutes étaient fondés, et si Shion parvenait à tirer le fil de la pelote avant lui, il ne donnait pas cher de la peau du Français. Au point où ils en étaient, logiquement, ce danger aurait dû le laisser parfaitement indifférent. Il s'apercevait au contraire que c'était une angoisse sans nom qui le gagnait.

Non, décidément ce n'était pas du désintérêt qui l'animait en présence de l'insondable et fascinant Verseau, mais bien la force d'un sentiment qu'il hésitait à définir. Cette émotion qu'il cernait mal, l'armait d'une envie folle de le frapper pour ce qu'il soupçonnait, de le tourmenter pour l'obliger à livrer les vérités enfouies de son cœur, mais aussi de le préserver des foudres qui risquaient de s'abattre sur lui, quitte à le tuer lui-même si l'avenir révélait qu'il pouvait mentir en offrant un tel regard.

Heureusement, la réalité était sans doute plus simple. Milo se rassura en songeant que Camus et Sergueï avaient forcément dû être en contact bien plus longtemps qu'ils l'admettaient. Ce qui supposait que ce cher Zoltan était une nouvelle fois parvenu à entortiller le Français d'une manière ou d'une autre. Sur ce plan-là, le Scorpion était quasiment certain que Camus était en train de pâtir du retour du chevalier prodigue. Il venait d'en avoir démonstration éclatante en observant l'échec de ses exercices.

Ce qu'il ne comprenait pas par contre, c'était l'apathie du Verseau à l'égard de ce problème. Pourquoi ne cherchait-il pas à secouer le joug qui semblait peser sur lui ? À moins que Zoltan usât d'un moyen de chantage. Ce qui fort malencontreusement ramenait le Grec au point précédent. Il devait découvrir la vérité. Grondant intérieurement de colère rentrée contre la fourberie de Zoltan et les dissimulations de Camus, il reprit son interrogatoire avec la ferme intention d'obtenir une réponse.

« Comment se fait-il que tu tolères Zoltan auprès de toi ?

— Il m'a aidé », dit le Français du bout des lèvres.

L'attitude de Milo devenait nettement trop inquisitrice, et Camus n'avait qu'une hâte : pouvoir s'échapper. Les sous-entendus antérieurs du Scorpion le désorientaient et il avait du mal à identifier l'intérêt qu'il lui portait. N'étaient-ils pas censés s'ignorer à présent, à défaut de se détester ?

« Mais ça ne justifie pas une telle embellie Camus, reprit le Grec en s'avançant d'un pas. Pas en sachant ce que nous savons tous les deux sur Zoltan.

— Pense ce que tu veux. J'ai le droit de me montrer reconnaissant.

— Pas à moi Camus », répliqua le Scorpion d'un ton plus sourd.

Les mensonges évidents du Français l'agaçaient et rongeaient sa patience.

Camus se blinda derrière un regard impavide. Milo commençait à mettre sérieusement en doute son histoire, et il se jura de ne plus jamais se laisser surprendre de la sorte, quitte à s'entraîner dorénavant à l'autre bout de l'île. Mais pour l'instant, la situation lui échappait. La sagesse lui dictait de couper court à cette éprouvante conversation. Raffermissant son expression glaciale, il effectua un pas de côté pour contourner dignement le Scorpion et rejoindre la sortie.

Plus rapide, le Grec se décala pour faire une nouvelle fois barrage.

«Pour la dernière fois Milo, laisse-moi passer.

— Non.

— Je n'ai plus rien à te dire.

— C'est dommage, car moi j'ai encore des questions à te poser. »

De cela, Camus ne doutait pas. Sentant que la situation lui échappait, il bouscula délibérément le Grec pour forcer le passage. Il espérait que cette mise en garde obligerait Milo à renoncer, mais celui-ci réagit en saisissant son poignet d'une poigne de fer. D'une traction brutale, il le ramena face à lui sans le lâcher.

Surpris par ce contact le Verseau se raidit. Depuis son retour, mis à part Zoltan, il ne laissait personne le toucher, et ce rapprochement lui fit l'effet d'une décharge électrique. Plus qu'une violation de son espace privé, c'était comme avoir brusquement accès à un monde perdu. Un monde tissé d'émotions qu'il se refusait dorénavant d'éprouver, mais surtout, de sensations tactiles oubliées, car étouffées jusque-là par les maltraitances qu'Ilya avait infligées à son corps.

C'était incontestablement beaucoup trop pour le Français à la suite de la tension suscitée par leur discussion, et sa retenue vola en éclat. Il eut le réflexe de ne pas utiliser son cosmos pour ne pas alerter tout le Sanctuaire, mais sa réplique n'en fut pas moins violente. Sans réfléchir davantage, il mit toute sa force pour balancer le tranchant de sa main libre dans les côtes de Milo. L'amure limita heureusement le choc. La respiration coupée, le Scorpion le relâcha. La voie était dégagée, mais effrayé par la brutalité de son attaque instinctive, Camus perdit l'avantage en s'assurant que Milo n'avait pas trop de mal.

Retrouvant son souffle avec une grimace de douleur, celui-ci le dévisagea avec une expression plus dure.

« Comme tu voudras. Mais ne compte pas m'échapper avant que je sache ce qu'il en est réellement entre Zoltan et toi. »

Sans sommation, le Grec passa à l'attaque à son tour. Il le frappait en se déplaçant rapidement autour de lui, sans lui laisser le temps de se reprendre et Camus ne parvenait pas à éviter tous ses assauts. Il reculait. Malgré son armure, les impacts le meurtrissaient, et il songea que la drogue que lui injectait Zoltan allait multiplier les ecchymoses. Rendu hésitant par l'appréhension du seuil de douleur à venir, il tentait vainement de se protéger en parant uniquement la grêle de coups qui s'abattait sur lui, ce qui ne manquait pas d'intriguer Milo qui l'avait connu plus offensif.

Limitant volontairement sa puissance, le Scorpion était effaré de noter combien la défense physique du Verseau était devenue faible. Ils avaient suffisamment combattu ensemble auparavant pour qu'il pût aisément faire la différence. Ses gestes étaient lents et imprécis, il se préservait maladroitement au lieu de contre-attaquer, et il n'y avait aucune force digne de ce nom dans les mouvements d'esquive qu'il exécutait. À ce stade, ce qu'il soupçonnait n'était plus un problème, mais un constat de défaite garanti si à un moment donné Camus devait réellement se confronter à n'importe qui d'autre. Et il n'aimait pas ça.

Conscient qu'il n'arriverait pas longtemps à soutenir une telle cadence, Camus tentait vainement de le repousser. Concentré sur sa propre défense, il ne prenait pas garde au regard trop observateur qui détaillait son comportement. Il cherchait désespérément une solution de repli, et il lui apparut qu'il ne s'en sortirait que s'il reprenait l'avantage de la parole. Il gagnait toujours une joute de logique pure. Néanmoins, cette évidence ne réussit pas à le rassurer.

Depuis le début, il suspectait l'attitude de Milo de ne pas être claire à son égard. Quelque chose ne collait pas dans sa façon de l'interroger, mais il ne parvenait pas à déterminer quoi exactement, et cet élément le déstabilisait. Qu'avait-il fait pour mériter ce brutal regain d'attention sans concession ? De quel droit le Scorpion réagissait-il ainsi avec lui ? Il dépassait les bornes. Il l'avait rejeté. Il n'avait pas à lui dicter sa conduite, encore moins à l'espionner.

Enfin, le Grec se décida à lui laisser un peu de répit. Les coups cessèrent de pleuvoir et le Verseau étouffa un soupir de soulagement intérieur. Un de plus, et il se serait écroulé à genoux. Ils se tenaient l'un en face de l'autre, à seulement quelques mètres de distance, Milo à peine essoufflé, Camus haletant.

« Alors, comment se passe cette cohabitation ? interrogea soudain le Scorpion. Nous avons tellement de souvenirs d'enfance en commun, que tu me dois bien quelques nouvelles de notre vieil ami.

— Je ne te dois rien.

— Dans ce cas, on va prendre le problème à l'envers, s'agaça Milo, en essayant d'ignorer la vision particulièrement difficilement soutenable pour lui, d'un Verseau épuisé qui peinait à reprendre son souffle. Disons que je me contrefiche de ta personne, mais que je n'aime pas voir Zoltan se balader impunément au milieu des autres.

— Tu as peur qu'il leur fasse du mal ? ironisa Camus, douloureusement atteint par des paroles qui affichaient l'indifférence du Grec à son égard. Zoltan n'est rien. Nos compagnons sont des Ors. Ils sauront se défendre.

— Comme toi tu l'as fait lorsque tu avais dix ans ? »

Les poings que le Français avait gardés serrés blanchirent encore à leurs jointures, et Milo vit qu'il l'avait touché. Il n'appréciait que modérément de devoir le pousser ainsi dans ses retranchements, mais il ne connaissait pas de moyen plus efficace pour obtenir ces maigres indices qu'il livrait malgré lui.

Refusant de répondre oralement à cette provocation, Camus ne comprenait pas un tel acharnement. Qui plus est, le Grec se permettait de le juger en ignorant la situation d'ensemble. Il lui renvoyait son erreur d'enfant en pleine figure, sans savoir qu'un piège bien plus élaboré le brisait lentement à l'âge adulte. C'était déloyal, injuste, et terriblement cruel. Blessé par cette attitude à l'apporte pièce, il se réfugia derrière sa colère. Néanmoins, celle-ci n'occultait pas l'amour qu'il portait encore au Scorpion, et le fait qu'il était en train de mentir pour protéger un monstre.

Englué dans ses contradictions, Camus ne s'était jamais senti aussi seul et désemparé. Quoi qu'il répliquât pour se défendre, cela se retournerait contre lui. Dégoûté, il décida de rompre là cet affrontement ridicule. Mais Milo lui barrait toujours le chemin. Il n'avait donc pas d'autre solution que d'utiliser la plus pitoyable des manières, celle qui passait par la fuite. Accablé par ce constat de défaite amère, il repéra un pan de mur facilement franchissable sur sa droite. Sa décision prise, il la valida d'une voix glacée :

« Ça suffit maintenant, Milo. »

Et il s'élança sur le côté pour s'éclipser. C'était sans compter sur la réactivité du Scorpion qui avait suivi son regard. L'interceptant d'un violent coup du plat de la main, celui-ci le força à reculer au centre du terrain en grondant :

« Oh que non ! Ne crois pas te défiler comme ça ! »

Plus que jamais, Milo était déterminé à arriver à ses fins.

Déséquilibré par la brutalité de sa poussée, Camus s'affala sur le sol, sa longue chevelure cachant une grimace de douleur au Scorpion.

Cette chute surprit désagréablement le Grec. Ennuyé, il dut se faire violence pour ne pas tendre la main au Français et l'aider à se remettre debout. Le fait qu'il s'effondrât aussi facilement n'était pas normal. Cela ne faisait que confirmer l'état d'affaiblissement qu'il soupçonnait et son inquiétude monta d'un cran. Il attendit néanmoins silencieusement que Camus se relevât.

En apercevant de nouveau son visage, un nouvel élément le perturba. Coulant de sa narine droite, un mince filet de sang atteignait à présent ses lèvres. Or, les frappes qu'il lui avait portées ne justifiaient pas un tel effet chez un chevalier d'Or.

Conscient de cette humidité malvenue, Camus s'essuya d'un geste rapide et remédia au saignement en utilisant le froid de son cosmos. Il ne paraissait pas mesurer l'importance de cet indice, et Milo le jugea surtout fâché de se voir retenu de force. Il le fixait sans plus dissimuler son animosité, mais insensible à l'étalage de sa mauvaise humeur, le Scorpion ne bougea pas d'un pouce. Une pensée des plus déplaisantes s'incrustait dans son esprit, et il la formula avec autant d'irritation que d'incompréhension.

« Tu n'aurais pas eu affaire à l'ongle de Zoltan, par hasard ? »

Sa question eut le don de troubler l'impavide froideur des yeux bleu sombre posés sur lui. Cela ne dura qu'un instant, mais le Grec en retira l'assurance que quelque chose déstabilisait profondément le Français. Ce regard-là, il ne connaissait : c'était celui de la panique. En fait, il ne l'avait aperçu qu'une seule fois auparavant, le jour où Shaina avait surpris leur baiser. Il lui avait d'ailleurs fallu tout son savoir-faire pour le convaincre que la jeune femme n'était pas une cafteuse, et qu'ils pouvaient terminer le reste de la soirée et celles qui suivraient ensemble.

Dans tous les cas, une chose paraissait maintenant certaine : les rapports entre Camus et Zoltan étaient plus que douteux. Le Verseau semblait bel et bien contaminé par une drogue dont il identifiait parfaitement l'origine.

Une fois encore, Milo ragea intérieurement contre le sort qui lui avait attribué un rival si sournois. Comme tout apprenti Scorpion d'Or, le Roumain avait très vite développé une toxine, adaptée à son individualité spécifique. Normalement, cette substance avait été en grande partie neutralisée, quand le choix de l'armure s'était porté sur un autre que lui. Sauf qu'ayant également disparu dans un gouffre ce jour-là, personne n'avait veillé à supprimer les résidus toujours présents dans son corps.

Milo devinait sans mal ce qui s'était passé ensuite. Avec le temps, Zoltan avait dû s'efforcer de récupérer la totalité de sa capacité mortelle. Maintenant, il en était bien trop imprégné pour que quiconque réussît à l'en débarrasser. Certes, son poison n'était certainement pas aussi puissant que le sien, néanmoins il pouvait se révéler dangereux.

À dose non létale, la perversité des effets secondaires de cette drogue se manifestait également de façon différente de ceux déclenchés par ses propres attaques. En revanche, dans les deux cas, un de ses symptômes accentuait les hémorragies. L'idée que son ancien condisciple ait pu éprouver Camus de cette manière lui était parfaitement intolérable. Il n'en fallut pas davantage pour l'armer d'une rage froide, qu'il tourna fort injustement contre la seule personne présente.

« Je peux savoir à quoi vous jouez tous les deux ? cria-t-il. Comment as-tu pu laisser ce pourri te toucher de la sorte ? Comment ! »

Une fraction de seconde, le Verseau hésita à lui livrer la vérité. Milo était la seule personne auprès de laquelle il aurait accepté d'aller chercher de l'aide, si seulement… Mais il ne retournerait pas en arrière. Le Grec lui avait clairement fait comprendre qu'il ne voulait plus rien avoir affaire avec lui. Cependant, il savait qu'il était inutile de lui mentir sur la drogue. Il devait trouver une explication plausible, et si possible, qui éloignât définitivement le Scorpion de lui.

« Qu'est-ce que tu crois ? répliqua-t-il enfin avec rudesse. Que j'allais m'apitoyer sur la perte de ton amitié durant des années ? Tu n'es pas irremplaçable mon pauvre Milo. Zoltan a été le seul capable de me sortir de la geôle où m'avait placé ton incurie. Aussi étrange que ça puisse te paraître, cela a créé un lien entre nous. »

Ces mots se voulaient volontairement blessants alors qu'il en crevait à l'intérieur. Sans le savoir il atteignit pourtant sa cible, mais de manière détournée et totalement mensongère.

De ces paroles, le Grec n'en retint qu'une seule : amitié. Ainsi pour Camus leur relation se résumait véritablement à cela. Une amitié sincère, qu'il ne remettait certes pas en doute, et qui l'avait amenée à se donner à lui par…ennui ?... hédonisme ?... pitié ?...À travers ces propos, Milo tenait enfin la réponse qu'il cherchait depuis tellement d'années, et elle lui faisait mal.

Finalement, il avait peut-être bien fait de briser lui-même définitivement ses rêves d'adolescents dans cette colonne. De toute manière, ils auraient fini par voler en éclats. Quelque part, cette révélation atténuait l'impact de son comportement lors de leur rupture. Sans compenser la blessure qu'il avait dû infliger à Camus, s'il n'y avait pas d'amour vrai de son côté, leur séparation entraînait de moindres dommages.

Cette évidence le soulageait et le peinait énormément. En revanche, ce n'était pas une raison pour qu'il laissât Zoltan s'en prendre impunément au Verseau. Si plus rien ne justifiait son intervention du côté d'un rapprochement illusoire, il en ferait néanmoins une croisade personnelle. En souvenir d'un enfant au cœur pur, pour qui il avait eu le courage de demander le jugement d'une armure. Ravalant son dépit, il répliqua en cachant sa tristesse sous sa hargne :

« Et ça lui donne le droit de te prendre pour une pelote d'épingles ?

— Tu te trompes si tu crois qu'il existe une quelconque agressivité entre nous, répondit le Français avec une indifférence parfaite. Que tu le croies ou non, Zoltan a changé. Il arrive que nous nous combattions certains soirs pour mesurer nos techniques à l'intérieur de mon temple. Toutefois, nous le faisons amicalement, comme cela nous arrivait lorsque nous nous retrouvions seuls. »

Le Scorpion releva un sourcil dubitatif.

« Un ami qui n'hésite pas à te blesser en sachant quelle conséquence cela pourrait entraîner ?

— Çà ne s'est produit une fois Milo. Une seule fois, et c'était accidentel. Il n'a pas notre expérience. »

Les paroles de Camus se tenaient, et pourtant elles lui donnaient envie de hurler de rage. Il doutait de leur sincérité. Que le Verseau se détournât de lui, il pouvait le comprendre. Après son attitude, ce n'était que justice. Par contre, qu'il se raccrochât à Zoltan… Même si le Roumain l'avait aidé, l'instauration de cette nouvelle camaraderie sortait du sens commun. Milo ne parvenait pas à l'admettre.

Il devait repérer la faille qui lui permettrait de punir Zoltan. Parce que les dernières semaines vécues par le Français semblaient avoir été éprouvantes, et qu'au-delà de la désaffection de Camus à son égard, il s'en voulait terriblement. Soupçonneux, il chercha en vint à lire sur le beau visage fermé. Il devait pourtant trouver un moyen de passer outre son imperturbabilité. Et brusquement, il sut comment vérifier si ses craintes étaient fondées.

Le Verseau le vit soudain plisser les yeux avec un fort mauvais pressentiment.

« Alors, tu ne verras pas d'inconvénients à ce que je vérifie quelque chose, fit le Grec en s'approchant. Ôte ton armure.

— Quoi ?

— Si c'est un accident, sa frappe a dû être unique et ton corps l'a normalement déjà cicatrisée. Logiquement, il n'en subsiste aucune trace. J'ai envie de vérifier ça par moi-même », insista le Scorpion en se plantant devant lui.

Il connaissait suffisamment le Verseau pour deviner que celui-ci n'appréciait pas sa demande, et encore moins son ingérence. Néanmoins, il ne lui laisserait pas le choix. Si Camus disait la vérité, il lui présenterait des excuses. S'il le menait en bateau, il allait se faire un plaisir de châtier Zoltan, que cela plût ou non à son ancien amant. Son ancien amant… Même chargés de courroux, Dieu que ses yeux étaient beaux. Il avait toujours adoré s'y perdre.

La voix fâchée de Camus le rappela à l'ordre :

« Tu penses que je mens ? »

— Exactement », répondit-il, en levant la main pour se saisir du col métallique, comme s'il avait décidé de l'arracher lui-même.

Le Français le vit poser les doigts sur le haut de son armure avec déplaisir, sans que celle-ci ne se manifestât. En temps normal, elle aurait dû foudroyer l'impudent d'une vigoureuse décharge électrique, avant même qu'il n'eût à intervenir. Mais Milo n'était pas Zoltan, il ne fut pas surpris par la passivité de la protection sacrée. Son comportement était légitime. Elle savait distinguer ses ennemis, et ses rapports précédents avec le Grec avaient créé une sorte d'imprégnation dont cette fichue cuirasse dorée refusait de se défaire.

Milo était loin d'être un imbécile. Il allait fatalement comprendre. Le manque de réaction de son amure forçait Camus à répliquer agressivement. Enflant brutalement son cosmos, il fit un saut en arrière, tandis qu'il immobilisait les jambes de son adversaire dans un étau de glace en criant :

« N'essaye plus jamais de poser la main sur moi Milo !

— Sinon ?

— Sinon, je pourrais être beaucoup moins indulgent en te faisant goûter au véritable pouvoir de la glace.

— Et moi, je vais finir par croire que tu as véritablement des choses à cacher », le défia d'un sourire carnassier le huitième gardien, en se libérant facilement de ses entraves.

Le cœur battant, Camus le vit de nouveau approcher. Pourquoi devaient-ils se battre ainsi ? Eh bien soit, si c'était le seul moyen d'expliquer à Milo de se mêler de ses affaires… Puisant dans ses dernières réserves d'énergie, le Français adopta à nouveau une position offensive, prêt à faire pleuvoir sur le bouillant arthropode une poussière de diamant acérée.

Attendant l'impact, le Scorpion préparait une riposte à la fois percutante et douce. Il désirait affirmer sa détermination tout en évitant de blesser Camus. Ce fut le moment que choisit Angelo pour surgir de nulle part. Déboulant entre eux comme un beau diable, il fondit sur le Verseau en l'invectivant avec violence.

« Tu es complément malade ou quoi !

— Non ! Arrête ! » hurla Milo, en essayant vainement de s'interposer.

Trop tard. Trompé par l'aura nettement insuffisante du Grec, et persuadé que celui-ci ne répliquerait pas comme il le devait seulement parce qu'il s'agissait de Camus, le Cancer avait déjà catapulté le Français à l'autre bout du terrain.


Note de fin : Première publication novembre 2010 - Chapitre modifié en mai 2015 (Outre les changements de syntaxe et de vocabulaire, le chapitre contient 1043 mots de plus).