Disclaimer : Les personnages appartiennent naturellement toujours à KURUMADA.
Auteur : Newgaia
Rating : M (précautions prises pour certains chapitres).
Genre : Angst
Résumé du précédent chapitre (L'enfant des ténèbres) : Si Milo n'a reçu aucune réponse claire de Camus, il est néanmoins certain que celui-ci a besoin d'aide. Il se méfie également de plus en plus de sa cohabitation avec Zoltan, et il s'inquiète de sa relation avec Sergueï. Alors qu'il s'en retourne en compagnie de Death Mask, il croise le petit Russe. Fou de colère, celui-ci cherche à agresser son Maître. Le fait que l'enfant soit capable de savoir que le Verseau a été blessé par le Cancer, sans avoir été présent, intrigue les deux hommes. Rattrapé par ses doutes, Milo interroge le gamin sans parvenir à obtenir une explication définitive. Pour protéger Camus, il demande à Angelo de demeurer discret sur cette affaire. Pendant ce temps, sur l'Olympe, Athéna se rend secrètement sur le lieu de détention de l'âme d'Hadès. Elle espère bien manipuler ce dernier afin de mettre en place le plan qu'elle a en tête.
CHAPITRE 25 : LA RÉVOLTE DES INNOCENTS (mise à jour 6 juin 2015)
« C'est non ! »
Shun n'insista pas. L'intransigeance de Death Mask était compréhensible, et connaissant l'opiniâtreté du chevalier, il savait qu'il ne le ferait pas changer d'avis. Poussé par un brin d'inquiétude pour Sergueï, il avait quand même essayé, tentant de démontrer au Cancer que malgré sa désobéissance, l'enfant serait mieux surveillé par lui-même que s'il séjournait seul dans le quatrième temple.
Pour Angelo, l'offre d'Andromède semblait totalement inadéquate. Son apprenti aimait se retrouver dans le sillage du Japonais, et il n'allait pas lui accorder ce qu'il considérait comme une récompense après son étrange attitude de la veille. Si encore le gamin avait accepté de s'expliquer. Mais malgré son insistance, sa colère et ses menaces, rien n'y avait fait. Il était resté muet comme une carpe. Même s'il admettait que le petit paraissait guidé par une force qui le dépassait, il ne pouvait pas tolérer un manque aussi flagrant à la discipline et au respect que le môme lui devait.
Le mystère qui sous-tendait la relation de Sergueï avec le Verseau avait pourtant modéré sa punition, et orienté celle-ci de façon particulière. Il l'avait sanctionné en le sommant de patienter désormais seul une partie de la matinée, et surtout, il lui avait défendu de s'approcher de près ou de loin de Camus. Ce dernier point était parfaitement injuste, et il se voulait comme tel. Une manière comme une autre d'obliger le gamin à lui révéler ce qui se produisait véritablement avec le Français s'il désirait l'infléchir à supprimer cette restriction.
Comme il s'y attendait, à l'écoute de cette dernière sentence, Sergueï avait levé sur lui des yeux implorants. Durant quelques instants, il avait cru qu'il allait enfin lui avouer ce qui se passait réellement, et il se réjouissait de satisfaire sa curiosité. S'il avait promis à Milo de ne rien dire sur les implications de ce mystère, rien ne lui interdisait de faire sa propre enquête, et il était bien décidé à comprendre. Mais, malgré les larmes qu'il contenait difficilement, le petit Russe avait conservé le silence.
Toutes ces anomalies, jointes à la détermination butée de son apprenti de se taire, intriguaient furieusement Angelo. Néanmoins, il ne désespérait pas d'obtenir une réponse. Contraint de demeurer éloigné, le gamin finirait peut-être par céder à l'envie de se rapprocher de son chevalier favori. Avec un peu de chance, il le ferait en manifestant encore une disposition bizarrement vis-à-vis du Verseau. Il ne lui restait plus qu'à attendre, et à épier l'enfant pour en apprendre davantage.
Si tout se passait comme il le prévoyait, l'asocial de la onzième Maison allait ensuite devoir s'expliquer. Il laissait à Milo la délicatesse. Lui, ce qu'il voulait, c'était avant tout comprendre, et il ne reculerait devant rien pour y parvenir.
Shun redescendit au temple des Gémeaux en se promettant d'essayer à nouveau d'attendrir le Cancer d'ici une ou deux semaines. Kanon l'avait pourtant prévenu, en lui disant que ce serait mission impossible, mais il avait foi en sa détermination. Même s'il ne le connaissait que depuis peu de temps, il s'était attaché à Sergueï. La douceur réservée de l'enfant le touchait, et son intelligence réveillait en lui des vertus de pédagogue qu'il ignorait détenir jusqu'ici.
Il existait néanmoins une autre raison, plus sombre, qui le poussait à s'intéresser au petit Russe. Une raison particulièrement intrigante, dont il désirait éclaircir le fondement. Personne n'avait pu s'en apercevoir, parce qu'aucun chevalier ne possédait sa propre expérience, mais le cosmos de Sergueï comportait un aspect unique en son genre, qui n'aurait jamais dû pouvoir apparaître sur le Domaine Sacré. Une sorte de résonnance mal dégrossie et bridée, qu'il n'avait rencontrée auparavant qu'à un seul endroit. Qui plus est, il n'avait pu ressentir ce phénomène qu'à partir du moment où Hadès s'était identifié à lui.
De son incarnation, il gardait une empreinte inoffensive, qui lui permettait cependant de détecter ce que personne, mis à part lui, n'était en capacité de soupçonner. Ainsi, quelle n'avait pas été sa surprise, en repérant cette pulsation étrange, inconnue à l'aura de tous les chevaliers du Sanctuaire. Cela ressemblait à une onde endormie, paisible, et terriblement puissante. Cet écho prenait directement naissance aux Enfers, ce qui était totalement illogique, parce qu'en aucun point Sergueï ne s'accordait à la fréquence des Sceptres. Il était parfaitement humain, et son cosmos était sans conteste tourné vers celui d'Athéna. Mais il possédait incontestablement quelque chose de différent. Pas forcément de mauvais non plus.
En clair, ou ses sens le trompaient lourdement, ou Sergueï était une invraisemblance sur pattes. Et comme il ne ressentait aucune menace de sa provenance, il avait habillement maquillé ses réponses à Shion, quand celui-ci l'avait interrogé sur la question. Que le Grand Pope soupçonnât également quelque chose n'était pas étonnant, mais le gamin semblait totalement innocent, et Shun refusait de lui nuire. Il s'octroyait d'abord la possibilité de découvrir comment une telle incohérence était concevable. Suivant les conclusions qu'il en tirerait, il en aviserait ou non les autorités.
Demeuré seul dans le quatrième temple, Sergueï pleurait. Ne voulant pas donner une nouvelle raison à son Maître de se fâcher contre lui, il avait courageusement ravalé ses larmes depuis la veille, mais à présent que personne ne pouvait plus le voir, il libérait enfin son chagrin et son désarroi.
Death Mask se montrait souvent rude et cassant avec lui. L'enfant reconnaissait néanmoins qu'il ne le poussait vraiment que lors de l'enseignement qu'il dispensait, et jamais au-delà d'une limite acceptable. Le reste du temps, le Cancer lui octroyait une paix royale. Arborant l'indifférence, il se souciait cependant de satisfaire à tous ses besoins élémentaires, et s'il tolérait sa présence à ses côtés en affichant son dédain, le petit le sentait malgré tout attentif à son bien-être. En résumé, Sergueï ne doutait pas qu'il le protégerait en cas de nécessité, mais il ne le connaissait pas suffisamment pour savoir s'il pouvait lui faire entièrement confiance.
Et puis, il ne semblait pas porter Camus dans son cœur. Qu'il ait osé qualifier celui-ci d'insensible le hérissait plus que tout. Il était bien placé pour savoir que cet avis était absolument faux. Que n'aurait-il pas donné pour avoir la possibilité de connecter son maître à la souffrance que le Français encaissait réellement, et le déchirement de plus en plus insupportable qui détruisait son âme. Rien que pour cela, le garçonnet en voulait à Death Mask, et l'ordre reçu de ne plus s'approcher du Verseau lui apparaissait doublement arbitraire.
D'un, il n'avait répliqué que pour défendre un ami maltraité à tort.
De deux, comment parviendrait-il maintenant à aider ce même ami, si tous les adultes se liguaient pour lui interdire de l'approcher ?
Après Zoltan et ses menaces, Milo et ses questions indiscrètes, voilà que le Cancer s'y mettait en lui infligeant une punition dont il n'avait pas idée de la portée. Qui allait permettre à Camus de retrouver un peu de paix intérieure, s'il ne pouvait plus lui apporter le maigre réconfort qu'il essayait de lui transmettre lorsqu'ils se croisaient ? Il n'avait jamais eu si cruellement conscience de n'être qu'un enfant, et il se sentait soudain très seul et bien petit.
Accablé par son impuissance, ses larmes redoublèrent. Assis par terre contre une des colonnes du temple désert, le visage enfoui sur ses genoux plaqués contre son torse, il n'était plus qu'un gamin déraciné et soumis à trop de tensions. Dans les sous-sols de Moscou, sa vie était loin d'être facile, mais au moins, il bénéficiait de l'attention et de l'affection de Yannis.
Ce dernier l'avait découvert alors qu'il n'avait que deux ans, frigorifié et affamé, dans une canalisation étroite. Sergueï ne gardait aucun souvenir de ce qui avait bien pu l'amener là, et jusqu'à ce qu'il rencontrât Camus, sa véritable famille s'était résumée à Yannis et à Irina, que l'adolescent roux avait aussi pris sous son aile.
La sensation d'une pression légère sur son épaule le tira de son anéantissement. Honteux de s'être laissé surprendre, il redressa brusquement la tête en essuyant rapidement ses joues du revers de la main. En reconnaissant la personne près de lui, il eut un sourire contrit. Agenouillée à ses côtés, Irina le regardait d'un air désolé. Son malheur l'accablait tant, qu'il n'avait pas perçu l'arrivée de la fillette. Il savait pourtant qu'elle était susceptible de traverser le temps à tout moment.
De plus en plus fréquemment appelée auprès d'Aiolia et de Marine pour rendre quelques menus services, Irina avait reçu l'autorisation de passer librement les autres Maisons quand elle rejoignait celle du Lion. Respectant le marché que leur avait imposé Zoltan, les enfants faisaient mine de ne pas se connaître lorsqu'ils se croisaient. Irina évitait d'ailleurs autant que possible le temple du Cancer. Elle avait très peur de Death Mask, et elle redoutait toujours de fouler son domaine.
Aujourd'hui toutefois, elle n'avait pas hésité à pénétrer dans le grand bâtiment habituellement silencieux. Elle avait remarqué que le propriétaire des lieux s'absentait à cette heure-ci. Malgré tout, elle avait hâte de traverser rapidement cette zone dangereuse, et si possible d'accomplir au plus vite sa mission qui l'envoyait porter un message à Kiki, pour remonter avant le retour du grincheux qui habitait là. Elle ne s'attendait pas à rencontrer Sergueï, ignorant qu'il avait été puni.
En entendant des sanglots étouffés, elle s'était d'abord immobilisée avec crainte. Puis, avisant la silhouette familière recroquevillée contre une des colonnes un peu sur sa gauche, la sollicitude avait balayé l'inquiétude, et elle s'était approchée sans plus chercher à se cacher.
Plus âgée que Sergueï, elle s'était attachée à lui comme à un petit frère, et elle admettait difficilement qu'on le fît souffrir. Elle avait beau être d'un naturel peureux, elle considérait qu'il était de son devoir de veiller sur lui. Même si en l'occurrence, lorsque Yannis était absent, elle s'était bien souvent retranchée derrière le calme et le courage de son cadet pour les défendre contre les plus grands.
Leur enlèvement et leur séquestration l'avaient profondément perturbée, et elle vivait dans la crainte des menaces de Zoltan. Mais les larmes de Sergueï la bouleversaient. C'était un enfant qui encaissait généralement en silence et qui ne pleurait jamais. De le voir aussi triste la révoltait. Du haut de ses six ans, le petit Russe n'avait jamais fait le moindre mal à personne. Il avait le cœur sur la main, et il cherchait habituellement à venir en aide aux autres sans faire de vague. Sa gentillesse lui avait d'ailleurs valu sa première méchante raclée de la part de Youri, leur détestable chef de bande précèdent, alors qu'il avait à peine cinq ans.
Paradoxalement, la mémoire de ce déplaisant passé arma la fillette d'une détermination farouche. Sans plus tergiverser, elle interrogea le petit garçon avec une colère rentrée dans la voix :
« Il t'a battu ? »
Sa question ne surprit pas Sergueï. Elle gardait un très mauvais souvenir des façons brutales de Youri, et il comprit immédiatement à qui elle faisait allusion. Aussitôt, il la détrompa.
« Non, mon maître m'a puni, mais il ne m'a pas frappé.
— Tu as fait une bêtise », s'étonna-t-elle.
Le garçonnet était habituellement si sage, que cette idée l'inquiétait presque. Et le regard à nouveau noyé de chagrin de celui-ci ne la rassura pas.
« Je crois, finit-il par chevroter en ravalant ses larmes. Je ne voulais pas, je fais toujours attention, mais… il a fait mal à Camus. Je l'ai pas vu, mais je le sais. Et maintenant, il pose plein de questions. Je n'ai rien dit, mais maintenant, il ne veut plus que je le voie. »
De son explication embarrassée, la fillette retenait qu'il venait une fois de plus de manifester trop ouvertement son attachement pour le Verseau, et elle en déduisit que leur mensonge de ne pas se connaître allait finir par fondre comme neige au soleil. Elle ne chercha pas à découvrir ce qui s'était réellement passé. Il y avait longtemps qu'elle avait renoncé à comprendre la relation bizarre qui paraissait s'être instaurée entre Sergueï et le Français.
Dépassé lui-même par l'étrange connexion établie avec Camus, le petit Russe n'en avait jamais véritablement parlé à Irina ou à Yannis. Cependant, durant leur captivité, ses deux compagnons d'infortune n'avaient pas manqué de s'apercevoir de la misère qui semblait lui tomber brutalement dessus aux moments les plus divers. Il pouvait se rembrunir brusquement, alors que quelques instants auparavant il se divertissait en s'amusant à l'un des jeux vidéo amenés par Zoltan, admirait avec un plaisir évident les images d'un des livres dont patiemment Yanis lui enseignait la lecture, ou simplement échangeait quelques propos anodins avec eux.
Au grand étonnement d'Irina, il partait s'isoler dans un coin de la pièce, comme s'il était en proie à une soudaine et insoutenable douleur morale. Immanquablement, il taxait ensuite Alexeï, Ilia ou Zoltan d'un regard chargé de reproche et de colère quand un de ceux-ci entrait dans la geôle où ils étaient détenus. Mis à part lorsqu'il s'agissait de menacer Camus, les trois hommes les traitaient pourtant avec une parfaite indifférence. Au début, elle avait essayé de comprendre en l'interrogeant. De ses explications embrouillées, elle avait déduit qu'il ignorait lui-même ce qu'il lui arrivait. Elle s'était donc simplement habituée aux changements d'humeur de Sergueï, en priant pour que tout rentrât dans l'ordre une fois qu'il serait libéré. Apparemment, ce n'était pas le cas.
Durant de longues minutes, la fillette le consola de son mieux en le berçant contre elle. Elle ne pouvait rien faire d'autre, et dans le cas présent elle le regrettait. Bien que l'état où se mettait Sergueï pour le Verseau la dépassât, elle s'inquiétait également un peu pour le Français. Ses allées et venues, de plus en plus fréquentes dans le secteur, lui permettaient parfois de le croiser, et la façon distante dont il passait près d'elle la perturbait.
Naturellement, elle se souvenait qu'ils devaient feindre de ne pas se connaître. Mais il se dégageait à présent une telle indifférence du jeune homme, qu'elle avait eu du mal à reconnaître la personne qui, bien que gardant toujours un air sévère, la prenait contre lui pour la réchauffer lorsqu'il faisait trop froid dans les sous-sols moscovites, ou lui cédait une partie de son repas quand Yannis peinait à trouver de quoi subsister pour quatre. Perdu dans ses propres songeries, il ne paraissait d'ailleurs plus la remarquer lorsqu'ils se rencontraient. Une attitude inquiétante, qui amenait Irina à douter qu'il pût leur venir en aide. Et soudain, elle eut comme une illumination.
« Tu devrais aller trouver Yannis, dit-elle en repoussant légèrement Serguei pour le fixer droit dans les yeux. Lui, il saura quoi faire.
— Mais je ne sais même pas où il est, répliqua le petit Russe avec un regard malheureux.
— Moi si, répliqua-t-elle avec un sourire. Il travaille à l'armurerie de Yorgos. Il vit dans son atelier, à côté du camp des soldats. Il ne peut pas monter jusqu'ici, et moi, si je m'éloigne sans raison, je me ferai vite repérer. Mais toi, en tant qu'apprenti, tu peux normalement circuler dans pleins d'endroits du Sanctuaire.
— Tu veux que je désobéisse à Death Mask ? » demanda Sergueï, sans cacher un certain effroi.
Irina se mordit les lèvres. Face à sa propre terreur devant le personnage, elle était mal placée pour lui imposer un tel risque. Conscient de son hésitation, le visage de Sergueï se raffermit brusquement, et ce fut lui qui lui prit la main pour la rassurer.
« D'accord. Je vais y aller. Maintenant. Mon maître ne pensera jamais que j'oserai lui désobéir si rapidement. Il vient juste de partir. J'ai le temps de faire l'aller-retour. Ne reste pas là, toi. S'il s'aperçoit de mon absence, je veux être le seul à être puni, acheva-t-il en se relevant.
— On pourrait peut-être réfléchir un peu plus à tout ça, tenta-t-elle de le tempérer, effrayée par la réussite de sa propre audace.
— Non, répondit-il avec un sourire. Tu n'as rien à craindre. C'est une très bonne idée. »
Et prenant ses jambes à son cou, il détala vers la sortie du temple.
Tandis que Sergueï se faufilait le plus discrètement possible loin du domaine réservé aux Ors en espérant trouver de l'aide, Camus s'exhortait à rassembler suffisamment de courage pour commencer le début de la matinée. Il venait d'affronter une nuit particulièrement éprouvante, oscillant entre cauchemars, phases d'insomnies, et douleurs physiques récurrentes, et il se sentait plus épuisé que la veille.
Un soupir de lassitude lui échappa en croisant son reflet dans le miroir de la salle de bain. Sa mine de papier mâché et les larges cernes qui s'affichaient sous ses yeux ne passeraient jamais inaperçus. S'il voulait couper aux questions gênantes, il allait devoir impérativement éviter Shion et Dohko le temps de son service au Palais. Une gageure difficile à remporter compte tenu de la façon dont ces deux-là s'ingéniaient à tourner autour de lui. Leur attention partait d'un bon sentiment, mais à l'aulne des circonstances elle lui compliquait singulièrement la vie.
Le mieux aurait sans doute été qu'il terminât la journée enfermé chez lui, à essayer de prendre un minimum de véritable repos. Cette solution de repli était malheureusement impossible. Suite à son altercation avec Milo il ne s'était déjà pas présenté la veille, et son absence n'avait pu que susciter de l'étonnement. Ce bouleversement de programme n'avait d'ailleurs pas manqué d'attiser la curiosité de Hyoga, à laquelle il n'avait échappé qu'en lançant un regard noir à l'intéressé.
Une tactique qui s'était révélée infructueuse vis-à-vis de Zoltan. Sous couvert de sollicitude celui-ci n'avait cessé de lui adresser de petites piques désobligeantes que lui seul pouvait comprendre. De quoi sérieusement écorner le peu de patience qui lui restait. S'il pouvait encore tolérer l'inquiétude de son disciple, il avait de plus en plus de mal à supporter l'hypocrisie attentionnée du Roumain. D'une manière ou d'une autre, il fallait que cela s'arrêtât. Mais dans l'immédiat, il devait donner le change au Grand Pope et à la Balance, quoiqu'il lui en coûtât.
Assis sur son lit, il passait avec lenteur une chemise beige assez chaude. Depuis son retour, il demeurait frileux malgré la réactivation de son cosmos. Un facteur parfaitement handicapant pour un chevalier de Glace, qu'il n'expliquait que par les doses de plus en plus importantes de drogue injectée par Zoltan. Il avait choisi un vêtement suffisamment ample pour ne pas frotter sur sa blessure, et apte à masquer toutes les traces suspectes sur le reste de son corps. Les manches longues et le col officier devraient suffire à cacher sa honte.
Sa plaie se résorbait plus lentement qu'elle n'aurait dû, et les coups portés par Milo le laissaient couvert d'ecchymoses. L'armure avait beau faire des efforts pour se rendre aussi légère que possible, il préférait éviter tous contacts sur certaines parties de son anatomie durant quelques jours.
Baissant les yeux, il grimaça en regardant la marque douloureuse qui s'étendait de son épaule gauche à la moitié de son torse. Elle formait une large traînée rouge qui virait à une jolie couleur violacée avec des points nettement plus bleus et sensibles. C'était vraisemblablement un souvenir de son atterrissage incontrôlé suite au vol plané orchestré par Death Mask. Il suspectait d'avoir en dessous deux ou trois côtes fêlées, et il usait du peu de cosmos qu'il lui restait pour essayer de se soigner au plus vite. Mais contrairement à un certain nombre de ses frères d'armes, il n'avait jamais été très doué pour la médecine, et il était à peine parvenu à accélérer la cicatrisation des chairs.
Une fois de plus, il venait de tenter de diminuer sa misère alors qu'il s'habillait. Écartant légèrement le pan de sa chemise encore largement ouverte sur sa poitrine glabre, il observa le résultat obtenu. Aussitôt, il sentit le découragement le gagner. Plus de vingt bonnes minutes à se soumettre à un cataplasme de cosmos, avaient à peine réduit l'étendue de la meurtrissure.
« Mon Dieu ! »
Surpris par cette exclamation horrifiée, Camus releva vivement la tête. Son disciple venait de le prendre sur le fait. Se croyant seul à cette heure-ci, il n'avait pas refermé la porte de sa chambre, et accaparé par les soins qu'il se prodiguait il ne l'avait pas entendu arriver. Rabattant le pan de sa chemise pour la boutonner rapidement, il ne cacha pas sa colère et l'accueillit sèchement :
« Qu'est-ce que tu veux ? »
Son expression sévère et son ton cassant en auraient découragé plus d'un, mais pas le Cygne. Négligeant l'air peu engageant de son maître, le jeune homme s'avança dans la pièce.
« C'est Milo qui vous a mis dans cet état ? » demanda-t-il, avec un accent de reproche à peine voilé.
Le Verseau se maudit intérieurement de ne pas avoir caché sa rencontre inopinée avec le Scorpion. Mais il était rentré tellement perturbé la veille, qu'il n'était pas parvenu à mentir. Il avait simplement passé sous silence le fait qu'ils s'étaient affrontés physiquement, et l'intervention du Cancer. Toutefois, il ne pouvait pas laisser accuser le Grec de cette manière. Certes, ce dernier l'avait frappé, mais les dégâts étaient en grande partie dus à la faiblesse de son propre état général.
« Milo n'y est pour rien, répliqua-t-il, en prenant spontanément sa défense. J'ai simplement fait une mauvaise chute alors que nous nous entraînions. »
Il comprit immédiatement la stupidité de sa répartie devant l'air suspicieux de son disciple.
« Vous vous entraînez avec Milo, maintenant ? Alors que depuis votre retour vous n'arrêtez pas de l'éviter.
— Je n'ai jamais dit que nous nous entraînions ensemble, rectifia-t-il avec humeur. Nous nous sommes simplement trouvés sur la même aire par un malheureux concours de circonstances, et j'ai décidé d'abréger notre rencontre. »
Ce qui n'était pas entièrement faux s'il excluait tout le reste. Peu importait que cette dissimulation lui pesât, le plus urgent étant qu'il détournât l'attention de Hyoga au plus vite, avant que celui-ci n'aperçût de nouveaux détails embarrassants.
Mais Camus avait beau être vif, le regard de son disciple l'était aussi. La soudaine rapidité des doigts de son maître pour refermer sa chemise aiguisa sa méfiance, et ses yeux notèrent un élément qui le fit frémir de déplaisir. Outre le nombre inhabituel de bleues et autres contusions qui semblait l'affaiblir de manière anormale, la marque qu'il portait à la base du cou ne s'apparentait en rien à un impact dû au terrain, mais bien à une attaque spécifique. L'expression plus dure, il dévisagea le Verseau en avançant d'un pas dans la pièce.
« Et cette marque d'ongle ? insista-t-il. C'est en voulant vous retenir qu'il vous l'a causé ? »
Le Français comprit aussitôt que trouver une explication logique allait être difficile. Décidément, la malchance se jouait de lui. De tous les chevaliers présents au Sanctuaire, il fallait que Hyoga fût l'un des rares à avoir subi l'aiguille écarlate. Mal à l'aise, il se releva pour se donner une contenance.
« Tu as tort d'insister, se contenta-t-il de répondre en le toisant avec froideur. Et de toute façon cela ne te concerne pas.
— Je pense que si, au contraire, se rebiffa un Cygne, qui semblait avoir mis à profit sa trop longue absence pour s'affranchir de la crainte qu'il lui inspirait autrefois. Dans ce sens, je ne fais que mettre en pratique votre enseignement. Sous vos airs détachés, c'est vous qui m'avez appris que nous nous devions une solidarité certaine. Sans cela, vous ne m'auriez jamais pardonné la mort d'Isaak. »
Sa réplique emplie de réminiscences douloureuses fit mouche, et Camus prit totalement conscience du ridicule de sa situation. Les yeux bleus de Hyoga brillaient d'incompréhension, de colère et de préoccupation, et il ne demandait qu'à l'aider. Il se posait déjà tant de questions, qu'il était clair qu'il se doutait de quelque chose.
Un instant, le Verseau hésita. Devait-il se confier à ce gamin ?... qui en additionnant le temps de sa mort, ajouté à celui passé emprisonné dans la colonne punitive des Dieux, n'en était plus un. Les années suspendues d'un côté et cumulées de l'autre avaient considérablement réduit l'écart entre eux, et le Français convenait enfin qu'à plus de dix-neuf ans, son disciple était à présent un guerrier accompli. Mais le feu éteint de l'action ayant remédié aux pouvoirs extraordinaires, même si la reconnaissance athénienne lui conservait le titre de chevalier Divin, dans les faits, la force de ses attaques était redevenue celle d'un Bronze. Puissant certes, expérimenté, et certainement capable de mettre un Argent en difficulté. Cependant, bien que cela remontât maintenant à des années, Zoltan avait reçu l'entraînement d'un Or et il était la traîtrise et la manipulation incarnées.
Non, sauf en cas de nécessité absolue, Camus refusait de lui faire courir ce risque. Sans compter qu'il lui manquait toujours la pièce du puzzle pour préserver Milo, et qu'il avait encore la sécurité de trois « paquets »à assurer. Autant d'éléments qui l'incitaient à repousser son ancien élève.
« Tu es encore en train de t'égarer sur un terrain où les sentiments te tiennent lieu de raison, rétorqua-t-il d'un ton neutre, en ignorant volontairement les émotions que le jeune Russe avait réussies à éveiller en lui. Quand comprendras-tu que dans certains cadres précis, la fin justifie les moyens, fut-ce au détriment d'un ressenti inverse ? L'émotivité ne sert qu'à nous perdre.
— Si c'est pour me rappeler que vous savez mettre en pratique vos théories lorsqu'elles vous touchent personnellement, j'avais compris, répliqua Hyoga avec une pointe d'amertume. Mais il serait peut-être bon que vous vous les appliquiez aussi de manière préventive. Malgré tout le respect que je vous dois, et la connaissance que j'ai de vos capacités de discernement, votre jugement n'est-il pas un rien faussé lorsqu'il s'agit de Milo ?
— Je te dis qu'il n'a rien fait ! Milo ne me toucherait jamais de cette manière », répliqua-t-il en se levant.
Mais Hyoga n'était pas dupe. Camus venait d'élever la voix, ce qui n'entrait pas dans ses habitudes. Il fallait vraiment que quelque chose n'allât pas. D'un autre côté, il imaginait mal le Scorpion le frapper de façon aussi brutale et douloureuse sans raison valable. Encore moins par maladresse ou distraction. Pourtant, même si le Verseau refusait d'en parler, ce qu'il avait vu était bien réel. Et brusquement, l'évidence se fit jour. Horrifié de découvrir qu'il passait à côté depuis trop longtemps, il serra les poings en faisant appel à tout son enseignement pour museler la rage qui grandissait en lui.
« Milo non, mais Zoltan hésiterait peut-être moins », dit-il d'un ton sourd et lourd de sous-entendus.
À ces paroles, quelque chose d'infime et de dérangeant traversa le regard de Camus. Une étincelle entre le désespoir et l'affolement, qui lui donna la certitude qu'il touchait la vérité. Les poings de Hyoga se crispèrent davantage. Il n'aimait pas le Roumain, et il n'était jamais parvenu à se sentir détendu à ses côtés, mais de là à imaginer qu'il maltraitait ainsi son maître… Qui de manière fort surprenante ne réagissait d'ailleurs pas comme il aurait dû. La passivité du Verseau n'avait rien de naturelle. Il se comportait exactement comme s'il était à sa merci. Athéna avait raison de s'inquiéter, et il était reconnaissant à Saori de lui avoir confié cette mission.
« C'est lui, n'est-ce pas ?
— Peu importe, réagit un peu tard Camus, en se drapant dans son impavidité. C'est arrivé une fois et c'était un accident. De toute façon, son poison n'est guère puissant. »
Il mentait avec aplomb, désireux d'interrompre au plus vite la conversation. Néanmoins, une idée monstrueuse s'éveillait chez le Cygne. Il n'y avait qu'à regarder le Français pour s'assurer qu'il n'allait pas bien. Celui-ci avait beau se murer derrière ses barrières mentales avec art, d'autres commençaient à le remarquer. Et brusquement, les passages réguliers du Roumain dans sa chambre prirent une définition inquiétante pour Hyoga.
Zoltan affirmait agir pour l'aider à s'endormir. Et si derrière cette façade de sollicitude se cachait une façon de procéder bien plus pernicieuse ? Sa préoccupation pour le Verseau ne l'avait-elle pas aveuglé au point d'accorder trop facilement fois à ses propos? Hyoga demeurait persuadé qu'il ne lui disait pas tout en ce moment, donc il avait également pu mentir sur ce point. Tout se mettait lentement en place, et il n'aimait pas ce qu'il suspectait.
Quand il était allé trouver Kayla, celle-ci lui avait expliqué que les effets du poison d'un Scorpion différaient d'un apprenti à l'autre. Elle non plus ne faisait pas confiance au Roumain. Elle gardait le souvenir désagréable des petits animaux que Zoltan s'amusait à piquer lorsqu'ils étaient enfants, tout en essayant de les conserver vivants le plus longtemps possible. Avant de mourir, ceux-ci finissaient toujours par adopter un comportement étrange. Or, les propos et les agissements de Camus devenaient un peu trop aléatoires. Se pouvait-il que le Roumain le droguât ?...
Cette idée, qui se muait progressivement en certitude, dérangeait fortement Hyoga. La question qui en découlait le perturbait également. Car restait à déterminer qui était le réel instigateur de l'instauration de ce rituel, et pourquoi ? Était-ce Zoltan, qui par la même occasion manipulerait tout le monde dans un but inavouable ? Ou bien Camus n'avait-il effectivement trouvé que ce moyen dangereux et désespéré pour s'endormir ? Dans ce cadre, tout demeurait possible, et s'il mettait les pieds dans le mauvais plat, le Verseau allait lui en vouloir durablement.
« Ce n'est pas l'avis de Kayla, se décida-t-il enfin à répliquer, en gardant un calme de façade. Elle m'a assuré que ce poison n'a rien d'anodin, et elle n'aime pas vous savoir si proche de Zoltan et de son ongle.
— Kayla n'aurait pas dû te parler de cela, répondit le Verseau en cherchant à conserver une sévérité détachée, mais dont il décela le mécontentement.
— Kayla s'inquiète. Et à vrai dire, elle n'est pas la seule.
— Kayla semble avoir oublié quelles sont nos places respectives. Et toi aussi. Si, et je dis bien si, Zoltan cherchait à s'en prendre à moi, crois-tu vraiment qu'un ancien apprenti retombé au-dessous du niveau d'un Bronze puisse inquiéter un Or ? »
Répondre oui aurait été l'insulter, et Hyoga dut convenir que Camus conservait encore le sens des réparties définitives. Mais il allait apprendre à ses dépens qu'il avait retenu ses leçons de discernement.
« Vous êtes bien placé pour savoir qu'il a reçu un enseignement spécial. Il a pu en garder des capacités importantes. Et rien ne nous prouve qu'il soit aussi inoffensif qu'il veut bien le montrer. Il a tout de même été le seul à parvenir à retrouver votre trace et à vous tirer des griffes de vos ennemis. Pour que le Sanctuaire s'y soit cassé les dents et que lui réussisse, soit il a eu une chance extraordinaire, soit il a dû faire preuve de facultés qui sont loin d'être à la portée de tout le monde.
— Alors je devrais être reconnaissant à ces facultés, répliqua sans se troubler le Verseau, avec une logique exaspérante.
— Sauf si elles venaient à se retourner contre vous, osa le contrer le Cygne, en espérant le pousser à la faute.
— Tu oublies qu'il m'a secouru. Et je ne tolérerai pas que tu insultes un invité sous mon toit.
— Même si c'est pour vous aider ?
— Je n'ai pas besoin d'aide.
— Donc, c'est moi qui me fais des idées. Désolé. Vous ne verrez pas d'inconvénient à ce que je ris de ma stupidité avec mes amis, je suppose. Ils souriront aussi sans doute quand je leur raconterai ce que j'ai si malencontreusement imaginé.
— Tu ne diras rien ! » s'exclama alors Camus en lui saisissant le bras de manière instinctive.
Son geste, plus que sa répartie, était un aveu. Honteux de son stratagème, Hyoga n'en conserva pas moins les yeux fixés dans les siens. Il avait perçu un tel abîme d'émotions rentrées derrière les derniers mots du Français, que son inquiétude grimpait en flèche. Mais le Verseau n'exposa sa vulnérabilité qu'un bref instant. Déjà le voile de sa colère était retombé. Il l'avait relâché et son expression était aussi lisse que si rien ne le perturbait. Alors qu'il venait profondément de l'atteindre. Pourquoi se verrouillait-il de cette manière ?
Peu fier du rôle qu'il s'était distribué, le Russe résolut d'arrêter là ce jeu du chat et de la souris qu'il jugeait cruel. Avec plus de douceur, il tenta de lui faire entendre raison.
« Pourquoi refusez-vous de me dire ce qui se passe réellement. Je n'irais pas jusqu'à dire qu'il vous fait sciemment du mal, temporisa-t-il pour l'amadouer. Cependant, je ne suis pas certain qu'il agisse au mieux avec vous non plus. Et je crois que votre armure pense comme moi.
— Qu'en cela serait, tu n'as pas à t'en mêler », répondit Camus, en reculant d'un pas avant de se détourner pour sortir de la chambre.
Son maître était décidément plus têtu qu'un troupeau de mules, et il ne put taire sa frustration inquiète.
« Pour que vous vous enfonciez davantage ? »
Agrippant d'une main le chambranle de la porte qu'il s'apprêtait à franchir, le Verseau serra le bois jusqu'à ce que ses jointures blanchissent. Lorsqu'il se retourna, Hyoga mesura sans difficulté l'impact de ses paroles, qu'il avait pourtant prononcées sans méchanceté. Cette fois-ci, il était clairement en colère. Et face à ses lèvres pincées, son regard assombri et son expression de fureur intérieure menaçante, le Cygne retrouva un réflexe de déférence préventive.
« Je ne fais qu'appliquer la règle de sauvegarde commune… maître, acheva-t-il en déglutissant mal.
— Alors, je vais te rappeler un élément important, scanda doucement Camus, avec plus d'autorité que s'il élevait la voix. Bien que tu ne sois plus sous mon autorité directe, je demeure, et je demeurerai toujours ton maître. En tant que tel je peux décider de ton sort impunément, à partir du moment où je considère que tu outrepasses tes fonctions. Il n'y aura pas de prochain avertissement. Tu me dois obéissance, et j'exige que tu oublies ce que tu as vu, cette conversation et tes doutes… pour l'instant. »
Tournant brusquement les talons, Camus s'éloigna sur ces paroles. Ébranlé par sa sommation, son disciple ne le retint pas, mais le Français n'en tirait aucune fierté. Il s'était montré plus dur et terriblement injuste. Néanmoins, il était encore trop tôt pour que les soupçons du Cygne fissent voler en éclats les mensonges de Zoltan.
Hyoga retrouva le rythme normal de sa respiration avec le sentiment de ne pas avoir totalement échoué. « Pour l'instant »… Ces deux derniers mots sonnaient comme un tout petit espoir. Malgré son irritation, le Verseau lui laissait une ouverture. À sa manière, il venait de reconnaître les faits, et surtout, d'admettre qu'il pourrait éventuellement avait besoin d'aide. Il lui demandait simplement du temps. Le jeune homme écouta cependant les pas de Camus décroître avec une impression d'impuissance grandissante.
Il pouvait lui désobéir en exposant ses craintes à une tierce personne, mais plus que la punition encourue, cela aurait été trahir le Français, et il se voyait mal le frapper dans le dos dans un moment pareil. Camus en était d'ailleurs certainement conscient, et il maudit son sens de la manipulation. Un point lui paraissait en tout cas incontournable : à partir de maintenant il allait affiner sa surveillance autour de leur encombrant colocataire. S'il surprenait celui-ci à blesser ou brimer son maître, peu importait les mises en garde du Verseau, il interviendrait personnellement.
Note de fin : Première publication décembre 2010 - Chapitre modifié en juin 2015 (Outre les changements de syntaxe et de vocabulaire, le chapitre contient 912 mots de plus).
