A proprement parler, ce n'est pas un déluge, mais une inondation : les glaciers ont fondu suite à une saison estivale des plus ensoleillés, se déversant dans la rivière qui a englouti la vallée sous une couverture opaque.

Bergelmir a senti tourner le vent quand il s'est rendu compte que ses yaks avaient les pattes dans l'eau. Il a aussitôt battu le tambour d'alerte, a rassemblé tous ceux qui étaient prêts à le suivre – hélas, il y a des idiots têtus partout – et s'est réfugié sur les hauteurs dare-dare. C'est là qu'il y rencontre l'ermite.

« Tu es bien petit » lâche-t-il, surpris, se rappelant à peine du sorcier qui a conseillé son grand-père pendant plusieurs décennies.

L'enchanteur lui renvoie un sourire rempli de quenottes immaculées.

« Tu es aussi grand que ton grand-père » répond-il.


Bergelmir, c'est comme Ymir avec quelques détails qui détonnent : le petit-fils a les épaules un peu moins larges, il n'est pas autant couvert de marques de bataille, et paraît davantage le genre à tourner et retourner le plan dans sa tête avant de l'appliquer.

Quand Gabriel le regarde, il éprouve un curieux mélange d'affection et de mélancolie. Ça ne paraissait pas si grave quand il était encore au Paradis, quand ses frères et sœurs étaient encore à ses côtés. Apprendre la séparation, ça fait mal.

Est-ce vraiment une bonne idée de se joindre à Bergelmir et de commencer à le conseiller comme il a conseillé Ymir jusqu'à la mort de ce dernier ?

« Je t'en prie » implore le géant qui le fixe de ses yeux rouges. « Au nom de l'amitié qui t'a liée à mon grand-père. »

Ça ne l'est sans doute pas. Sauf que Bergelmir est le petit-fils de l'ami de Gabriel. Son premier ami depuis la Chute. Son seul ami depuis la Chute.

« Très bien, alors. »


L'idée de quitter la vallée ne déchaîne pas franchement l'enthousiasme, mais ce n'est pas comme si la tribu avait le choix, vu que leur ancien lieu de résidence est désormais inhabitable.

« Tout de même » ronchonne Bergelmir, « le terrain découvert, c'est dangereux. »

Gabriel hausse un sourcil roux.

« Rien que vivre, c'est dangereux. Et ne va pas me dire que tu as peur de te montrer au grand jour, j'espère ? »

« La tribu sera vulnérable » objecte le Géant. « Les murs de la vallée nous ont toujours gardés en sécurité. »

« Peut-être, mais les murs vous ont aussi coupé de Jotunheim. A présent, il est temps de renouer avec le monde » déclare Loki.

Sur ces mots, il se juge sur Fenrir d'un bond souple et lui enjoint d'un geste de prendre le sentier tortueux qui s'est formé au fil du temps à travers la montagne. Bergelmir lui emboîte le pas, bientôt suivi par l'intégralité des autres survivants de la vallée.