Lorsque les Asgardiens arrivent, tout se passe très différemment d'avec les elfes et les nains.
Parce que les Ases atterrissent près d'un hameau loin de la forêt de fer, et prennent les habitants pour des monstres hostiles.
Sur la neige coule du sang noir et du sang rouge. Le village perd la moitié de ses résidents – dont plusieurs gamins – et les intrus se réduisent à deux survivants à peine.
S'ils ne sont pas lynchés sans aucune sommation, c'est parce que les rumeurs de voyageurs venus d'autres mondes se sont répandus, et le chef du hameau décide de fourguer le problème sur le dos de quelqu'un d'autre – et comme la descendance d'Ymir a le plus de contacts avec les enchanteurs, et bien, ils sont tout désignés pour s'en charger.
Bara réclame l'assistance et le conseil des ividjur dès que le dossier lui parvient, et Loptr le Mimir rassemble aussitôt un petit contingent – Loki inclus – pour venir sans perdre de temps.
Le procès se déroule de manière plutôt houleuse, comme même après avoir compris qu'ils ont massacré de simples fermiers et bergers, les Asgardiens refusent de s'excuser, plaidant la légitime défense en terre inconnue. Bien entendu, l'argument enrage la populace, et celle-ci réclame les têtes des agresseurs avec de plus en plus d'insistance.
Gabriel sent la peur de la guerre se réveiller dans ses tripes – si d'autres Ases viennent et se font abattre par les Géants échaudés, qui sait si à la longue, une équipe d'extermination ne cherchera pas à venger leurs fils et leurs frères ?
Non. Il ne laissera pas ça recommencer. Il ne veut pas. Il ne peut pas.
Réussir à trouver un passage vers Asgard s'avère plus compliqué qu'il n'y paraît, mais Jord y parvient – elle a un don pour les calculs, cette petite, peut-être qu'il devrait arrêter de la charrier autant.
Lorsqu'ils atterrissent dans le monde de leurs agresseurs, leur réception n'est guère favorable, puisque les paysans qui les voient s'enfuient en hurlant de terreur ou essaient de les tuer. Heureusement, on ne déplore rien de plus grave que quelques bosses ainsi que deux ou trois bras cassés.
Lorsque vient le responsable en chef – un dénommé Buri – l'ardeur guerrière est retombée, et la délégation jotunn devise plus ou moins poliment avec les Ases. Cependant, il règne une certaine gêne dans l'air, une qui n'était pas là avec les nains et les elfes.
Le malaise s'alourdit quand Loki dévoile les crimes commis par les sujets de Buri sur Jotunheim et demande compensation pour les morts. Le chef n'est pas content, ça saute aux yeux. Oh, la réparation sera versée, mais nul doute que les Asgardiens n'oublieront pas. Même s'ils étaient en tort.
Loki repart le cœur lourd, les cris de ses frères et sœurs résonnant dans ses oreilles, priant désespérément pour ne pas avoir à assister à la renaissance de la haine. Pas encore.
Sinon, son cœur risque de voler en éclats pour de bon, cette fois.
