Disclaimer : Les personnages appartiennent naturellement toujours à KURUMADA.
Auteur : Newgaia
Rating : M (précautions prises pour certains chapitres).
Genre : Angst – Drama – Yaoi
Résumé du précédent chapitre (Un courroux divin) : Sa colère de la veille calmée, Athéna accepte d'entendre le plaidoyer de Saori en faveur de ses chevaliers, mais elle refuse de se prononcer sur le sort du Verseau. Shion lui apporte alors certains documents faisant état d'une manipulation à l'encontre d'une partie de ses troupes. Il lui demande également d'être clémente. Afin de se faire une idée objective de la situation, Athéna décide de rencontrer Sergueï. Elle découvre ainsi le lien qui relie l'enfant à Camus, tout en prenant conscience que le petit Russe pourrait finalement lui servir dans la querelle qui l'oppose à certains membres de sa famille depuis des millénaires. Elle ne se sent néanmoins pas prête à accorder son pardon au Verseau, et elle part l'interroger à son tour dans la cellule où il se trouve.
CHAPITRE 51 : PRISE DE CONSCIENCE (mise à jour février 2018)
Il était rare de voir le chevalier du Verseau dans un état aussi pitoyable, et Athéna mesura combien sa colère de la veille avait verrouillé chez elle le plus élémentaire réflexe de compassion.
Les cheveux du Français, détrempés par l'eau de mer, avaient perdu leur lustre et leur légèreté pour retomber en mèches compactes sur ses épaules, tandis que le dessin à peine esquissé d'une barbe naissante ombrait ses joues, soulignant les cernes profonds qui fragilisaient son regard. Ses vêtements encore humides ne devaient guère le réchauffer, et bien que sa condition le rendît normalement insensible à une fraîcheur si peu marquée par rapport aux températures affichées du Grand Nord, elle avait eu la mauvaise surprise de le découvrir en position fœtale.
Recroquevillé sur la paillasse dont était équipée la cellule, il conservait les bras frileusement refermés sur lui-même. Le fait qu'il ne l'eût pas entendu arriver démontrait aussi une singulière baisse de vigilance, qui achevait de dresser un tableau peu glorieux de l'un de ses gardiens les plus valeureux. Lorsqu'il avait relevé sur elle ses yeux inexpressifs, que la pénombre moirait d'un velours noir, pour un peu, elle se serait presque laissé attendrir.
Ainsi privé de tous les attributs de son pouvoir Camus paraissait très jeune, et sa ressemblance avec son fils la frappa. Il serait d'ailleurs plus aisément passé pour son grand frère que pour son géniteur. Mis à part Shion et Dohko, pour lesquels elle avait négocié un retour de jeunesse, mais aussi Ayoros, qui avait lui bénéficié d'une accélération du vieillissement, Hadès avait renvoyé ses troupes à l'âge de leur mort effective. Ce qui faisait à présent du Français le moins âgé de tous ses chevaliers d'Or, et donc un père extrêmement précoce pour qui ignorait les années d'immobilisme du décompte divin.
L'état déplorable du Français l'incitait à l'indulgence. Coupable ou non, le Verseau demeurait une des figures maîtresses du Sanctuaire. Il n'était pas souhaitable que les gardes parlent de la détresse perceptible de celui qu'elle n'avait toujours pas jugé. Il en allait de son honneur de champion, et tant qu'elle n'avait pas décidé de son sort, elle veillerait à ménager sa fierté.
Camus ne devait pas non plus acquérir le rang de victime. Encore moins si les derniers éléments qu'elle désirait recueillir l'amenaient à le condamner. Dès qu'elle en aurait fini, que la balance penchât favorablement ou non pour lui, elle se jura de lui permettre de faire un brin de toilette. Il faudrait aussi qu'elle autorisât son armure, qui se morfondait depuis son arrestation au fond de son temple, à le rejoindre.
La journée promettait d'être longue, mais cette affaire se réglerait avant la nuit. Ils n'étaient pas bon que ses Ors ressassent interminablement sur leur sort et celui de leurs compagnons. Si elle attendait trop, les coupables risquaient de s'enferrer dans l'ombre de la rancœur. Ce qui n'irait pas sans susciter une multitude de questions chez ceux qu'ils avaient tenus à distance. Pour les diviser davantage dans le meilleur des cas, ou dans le pire, les pousser à prendre désastreusement parti contre elle.
Elle rendrait sa sentence avant le coucher du soleil. Et elle serait définitive. Le Verseau ferait alors face à son jugement, et quel que fût celui-ci, il resterait investi de sa fonction de guerrier, et auréolé des faits d'armes qu'il avait accomplis pour elle. Parce qu'il n'entrait pas dans les intentions d'Athéna de passer pour un tyran insensible, et encore moins d'humilier un représentant de sa garde d'élite.
Mais pour l'heure, elle était ici dans un but bien précis, qui excluait qu'elle prît en compte la moindre excuse orale exprimée par le Français. Il n'avait d'ailleurs pas besoin d'ouvrir la bouche pour deviner son repentir. Elle le jugeait sincère, mais compte tenu des conséquences engendrées, ce n'était pas suffisant. Il lui fallait autre chose pour l'absoudre. Un élément suffisamment solide pour clouer le bec à l'opposant le plus obstiné de sa famille si elle lui accordait sa grâce.
Usant de son cosmos pour déverrouiller la cellule, elle avait exigé que le Verseau pliât face sa volonté sans que le moindre mot fût échangé. Elle tenait à une reddition sans velléité de résistance. En ressentant le touché de son cosmos, il lui avait immédiatement ouvert son esprit en s'agenouillant devant elle. Une soumission qu'en la circonstance elle appréciait à sa juste valeur.
Sachant combien le reste risquait de heurter un chevalier si peu porté à se confier, elle avait saisi une de ses mains entre les siennes. Un contact qui lui permettait de lui envoyer un courant continu de vagues apaisantes alors qu'elle procédait à l'extraction des souvenirs qui l'intéressait.
Toujours agenouillé devant elle, le visage tourné dans sa direction il endurait l'épreuve qu'elle lui imposait sans faiblir. Elle utilisait son pouvoir divin pour fouiller les tréfonds de sa mémoire sans lui laisser la moindre possibilité de dissimuler quoi que ce fut. C'était une expérience moralement et physiquement douloureuse pour celui qui la subissait, mais en l'occurrence, elle n'avait pas le choix.
Méticuleuse, elle remontait le cours de ses souvenirs. Elle ne s'attarda que brièvement sur sa vie de chevalier, plus curieuse de vérifier les éléments rattachés au parcours de son enseignement. La mémoire de Camus valida sans difficulté ce qu'elle avait appris en lisant les dossiers. Elle reflua ensuite aux premières années de son existence. En s'apercevant combien cette période demeurait ensevelie, elle devina que ce qu'elle cherchait se trouvait là.
Bribe par bribe, elle se mit à arracher des images, des mots, des émotions, si profondément enfouis qu'il les avait oubliés. Elle était consciente qu'il se rappelait à son tour de chaque détail au fur et à mesure qu'elle les extirpait. Le jeune âge qu'elle explorait expliquait en partie qu'il ne se remémorât plus de tout, mais pas totalement, et elle n'eut aucun mal à découvrir qu'à la base, il avait lui-même occulté cette partie de son existence. En décryptant le condensé de mauvais souvenirs rassemblés sur ses premières années, elle comprenait qu'il l'eût fait. Il était donc d'autant moins préparé à la résurgence brutale de ce passé qu'il revivait à travers elle. Il en souffrait probablement. Mais elle devait savoir.
En consultant les registres recensant l'entrée des apprentis au Sanctuaire, Athéna avait aisément mis le doigt sur les détails qui, rétroactivement et à la lumière du complot suspecté, avaient également frappé Shion. Dissocié de tout le reste, cela ressemblait à des coïncidences, ce qui expliquait que l'Atlante n'avait pas réagi à l'époque. À ce moment-là, rien ne justifiait d'ailleurs qu'il se méfiât.
De tout temps, il arrivait que l'intégration d'une jeune recrue se fît dans le cadre de véritables batailles rangées. Les familles dont était issu un élément de ses troupes évoluaient parfois dans une illégalité si complète, que les vendettas entre clans rivaux étaient monnaie courante. L'agressivité de simples humains gênait néanmoins peu l'intervention du Maître chargé de récupérer le futur apprenti. Cependant l'enfant était toujours susceptible de prendre un mauvais coup avant d'être mis à l'abri.
Des chevaliers félons se cherchaient aussi de temps à autre un successeur. Dans le genre, les chevaliers Noirs étaient une véritable plaie. Malgré leurs efforts, ceux du Sanctuaire n'étaient jamais parvenus à totalement les éradiquer. S'en suivaient des combats mortels qui n'épargnaient pas forcément le centre principal de leur intérêt.
Or, si Zoltan et Aslinn avaient été découverts et presque poussés en avant par un heureux hasard, Camus et Milo avaient failli périr le jour de leur admission.
Zoltan avait bénéficié des ravages du bouche-à-oreille. A trois ans, sa renommée de tueur d'insectes volants et rampants en tout genre, mais aussi de chatons, d'oisillons, et de toute autre créature suffisamment faible ou confiante pour ne pas parvenir à échapper rapidement à son instinct de prédateur, était déjà ronflante. À croire qu'une âme dévouée lui servait des victimes sur un plateau d'argent pour attirer l'attention sur lui.
Le Maître de Milo n'avait eu qu'à suivre le vent de cette réputation naissante pour tomber sur un parfait candidat à sa succession. Il n'avait rien trouvé là de suspect, tant le caractère cruel et dépourvu de remords de Zoltan se révélait conforme à ces débuts prometteurs.
À l'instar de Camus, Aslinn avait fait preuve du don peu commun de tout recouvrir de givre depuis son plus jeune âge. Mais contrairement au Français, qui s'était vu calfeutré au fond d'un appartement d'où il ne sortait pratiquement jamais, elle avait bénéficié d'une tutrice étonnamment conciliante. Celle-ci lui avait donné la permission de transformer le bassin de la grande maison bourgeoise où elle demeurait en patinoire autant qu'il lui plairait, pour peu qu'elle ne se fît pas remarquer.
Le cosmos de la fillette était néanmoins si peu discret, qu'un groupe apparenté à des chevaliers Noirs au féminin s'était rapidement montré intéressé. Le Maître de Camus était intervenu le jour où deux de ces dames avaient décidé d'enlever le petit prodige. Il n'avait pu éviter d'engager le combat pour récupérer Aslinn, mais il était parvenu à les mettre en déroute très facilement. Trop peut-être.
Le cas de Milo était autrement tragique. Enfant, le Scorpion avait commencé à émettre un cosmos balbutiant, inconsciemment empreint d'inquiétude et de révolte, lorsqu'il avait compris que la maladie rongeait la mère qu'il adorait. Son Maître n'avait eu aucun mal à le repérer à la rage impuissante qui se diffusait régulièrement autour de lui. D'un commun accord avec son ami du Verseau, il avait décidé de laisser le petit Grec vivre encore quelque temps auprès de la jeune femme blonde qui se mourrait. Des instants de bonheur certes douloureux, mais susceptibles de canaliser le débordement déjà trop tendu de son cosmos.
Poussant la bienveillance jusqu'à contacter la mère de Milo en se faisant passer pour un intermédiaire à la recherche d'enfants que désiraient adopter de riches familles, il avait convenu avec elle qu'il viendrait chercher son fils juste avant que la mort ne lui fermât les yeux. Célibataire et vivant seule, la jeune femme avait vu dans son intervention une bénédiction du ciel, et elle lui avait permis de rencontrer plusieurs fois le garçonnet, le préparant ainsi doucement à une séparation inéluctable.
Le Maître du Scorpion espérait éviter un arrachement trop douloureux à l'enfant qu'il sentait déjà malmené par certaines pulsions caractéristiques de sa Maison. Mal lui en avait pris. Le jour où, après un dernier baiser accordé par sa mère, il avait emprisonné la main du petit Milo entre la sienne, en lui promettant que sa maman allait s'endormir très profondément pour ensuite veiller sur lui là où il l'emmenait, il avait dû contrer l'attaque de chevaliers félons surgis de nulle part. Le premier mouvement de surprise passé, l'ancien Scorpion les avait combattus tout en protégeant son nouvel apprenti des coups étonnamment violents que lui portaient ses adversaires, alors que l'enfant aurait dû logiquement les intéresser vivant.
Non sans difficulté, il avait réussi à éliminer ses intrus. Mais alors qu'il rassurait le petit garçon, la maison située en contrebas de la colline couverte de vignes où ils se trouvaient, celle où la maman de Milo attendait de s'éteindre doucement, s'était brusquement embrasée. Impuissants, ils avaient vu la chaumière aux murs blancs dévorée par les flammes, consumant sa malheureuse propriétaire par la même occasion.
Milo n'avait jamais reparlé de cet épisode, allant même jusqu'à faire preuve d'un tempérament remarquablement ouvert et sémillant à son arrivée au Sanctuaire. Néanmoins, derrière tant de turbulence curieuse et avide de découvrir les autres, son Maître savait que ces évènements l'avaient profondément marqué.
Le futur Scorpion n'avait véritablement commencé à ne plus faire de cauchemars et à enfin poser son attention plus de deux minutes sur ce qu'on lui apprenait, quand il avait rencontré et surtout réussi à apprivoiser, le si sauvage petit Camus. Il reportait sans doute inconsciemment sur le jeune Verseau son besoin de protéger quelqu'un de quelque chose, peu importait la définition de ce « quelque chose », du moment qu'il effectuait cette « mission » le plus efficacement possible.
Sans que Milo le sût alors, le destin de son nouvel ami allait lui donner par la suite toutes les occasions d'agir pour l'aider, même si rapidement, un sentiment plus fort était venu renforcer ce premier désir un peu égoïste. À travers l'amour que portait aujourd'hui le Grec à Camus, il demeurait d'ailleurs certainement une trace de cet engagement enfantin.
Athéna était persuadée que la clé menant à son ennemi résidait au sein des souvenirs des anciens apprentis. Zoltan était mort, Aslinn en fuite, quant à Milo, l'attaque qu'il avait subie quand il avait quatre ans, bien que frontale, avait été le fait d'hommes masqués. Il ne pourrait donc identifier personne.
Les preuves, Camus les dissimulait sans le savoir au fond de sa propre mémoire, car les inconnues qui par deux fois s'étaient opposées à son Maître lorsque celui-ci avait trouvé ses disciples l'avaient affronté à visages découverts.
Au fur et à mesure que les images s'assemblaient dans la tête de son chevalier, Athéna cernait de mieux en mieux la personne qui avait tenté de s'interposer entre elle et ceux qui deviendraient sa garde dorée. La détermination revancharde de sa famille l'excédait, et elle se sentit de nouveau submergée par un accès de colère divine.
Entre ses mains, celle du Verseau trembla subitement. Sans le vouloir, elle venait de pousser l'extraction de ses souvenirs au-delà de supportable pour un humain. Le visage emperlé de sueur et la respiration hachée, Camus luttait visiblement pour ne pas ployer sous la douleur violente qui lui transperçait le crâne et elle relâcha sa pression mentale. Désolée de son instant d'inattention, elle lui accorda quelques secondes de répit, qui permirent au regard voilé de souffrance de retrouver son insondable polarité coutumière.
Les images s'égrenèrent à nouveau, à un rythme plus lent.
Les premiers souvenirs de Camus se paraient du parfum d'un grand jardin en fleur, que le chant des bergeronnettes d'un bois voisin emplissait de sons musicaux. Un escalier gigantesque menait à une vaste bâtisse blanche mangée de vigne vierge. Il n'en franchissait les portes qu'entre les bras d'une frêle jeune femme, dont les traits fins empreints de tristesse ne s'animaient d'un sourire très doux que quand elle le regardait.
Une fois l'imposante suite de marches de pierre bordées de chèvrefeuille descendue, il lui était permis de courir librement dans les larges allées ombragées du parc, investies par des massifs formant des tapis multicolores. Régulièrement il s'enfonçait entre deux hauts bosquets de rhododendrons pour rejoindre une mare envahie par les grenouilles, quelques roseaux, des nénuphars et surtout trois vieilles, énormes et majestueuses carpes grises, qu'il lui était autorisé de nourrir de gros morceaux de pain s'il donnait prudemment la main à celle qui l'accompagnait.
Curieusement il aimait côtoyer ces animaux à la fois placides et puissants, qui sans aucune crainte laissaient le bout des doigts du tout jeune enfant qu'il était alors frôler leurs écailles brillantes. Jusqu'au jour où il échappa à la surveillance de la mélancolie de sa mère, pour venir seul sur ses rives dangereuses et glissantes. Tenaillé par l'envie de tout bambin de trois ans de toucher l'objet de son intérêt, il tomba dans l'eau.
La mare était profonde et ses bords taillés pratiquement à la verticale. Le petit Camus avait beau se débattre, tout ce qu'il parvenait à faire, c'était de s'enfoncer à chaque fois un peu plus dans les flots boueux. Et pourtant il n'avait pas peur. Ce domaine liquide éveillait presque un sentiment de plénitude en lui. La certitude qu'ici plus rien ne pourrait l'atteindre, qu'il existait une manière d'y évoluer en toute sécurité, et qu'une multitude de choses l'y attendait avec lesquelles il pourrait jouer et distraire sa solitude.
La douce aura qui l'appelait le rassurait, mais elle ne parvenait pas à lui imposer de contrôler ses gestes désordonnés. Jusqu'à ce qu'il sentît plusieurs masses mouvantes et sinueuses le repousser vers le haut. Intriguées ou décidées à lui venir en aide, ses vieilles amies les carpes le remontaient à la surface. Aussitôt Camus cessa de se débattre. L'attrait de l'eau agissait sur lui comme un puissant calmant, ainsi ne paniquait-il pas. Néanmoins il pataugeait toujours, et sa situation une fois à l'air libre ne s'était guère améliorée. Comment gravir les pentes abruptes ?
Ce furent paradoxalement les appels inquiets qui résonnaient un peu plus loin qui l'obligèrent à monopoliser une force qu'il savait déjà exister en lui, mais qu'il avait préféré jusque-là garder secrète. Depuis quelque temps, il avait découvert que ses doigts pouvaient créer une matière très froide, en s'appliquant beaucoup, et en dépensant une énergie qui finissait par le plonger dans un sommeil réparateur. C'était ainsi que certains soirs, il s'amusait à parer son ours en peluche de cristaux de givre qui rendait celui-ci brillant comme une étoile.
À cet instant précis, Camus aurait volontiers répondu à sa mère, mais bien plus près, il entendait claquer la voix sèche et mécontente de son grand-père. Le vieil homme ne l'aimait pas et il ne se gênait guère pour le lui faire comprendre. Prudent et peu enclin à révolutionner le monde autour de lui, le futur Verseau s'ingéniait généralement à se tenir loin de cet homme désagréable et de ses regards qui le fustigeaient.
Il n'était pas question que ce vieillard effrayant le retrouvât. Il le punirait d'une manière certainement bien pire que sa mère et celle-ci aurait encore ses grands yeux verts remplis d'eau. Refusant de répondre à l'appel des adultes, il s'abandonna à son instinct pour libérer son pouvoir étrange et se tirer de l'eau. Quel ne fut pas son émerveillement en sentant soudain un sol dur se matérialiser sous ses pieds. Il était épuisé, mais il venait de créer sa première couche de glace. Peu épaisse et réduite à un mince petit plot, certes, mais suffisamment solide et haut pour regagner la rive.
Trempé et penaud de sa mésaventure, il allait utiliser ses dernières forces pour courir retrouver sa maman, lorsqu'une grande main osseuse l'emprisonna par la peau du cou pour le décoller de terre sans la moindre délicatesse. La suite demeurait confuse, car en le secouant sans desserrer sa prise le vieil homme était prêt de lui briser la nuque. Il se souvenait d'avoir hurlé de douleur avant qu'une forme frêle ne déboulât par-derrière pour bousculer violemment son grand-père.
Déséquilibré, celui-ci le relâcha, avant de chuter à son tour dans la mare traîtresse. Sanglotant et incapable de se remettre sur ses jambes, Camus se réfugia à quatre pattes sous un buisson de berbéris tout proche, pour se cacher malgré les longues épines. Pelotonné dans son coin, il se perdit derrière un voile de terreur et de larmes. Cris, insultes, et grandes éclaboussures lui parvinrent sans qu'il ne vît rien, avant qu'un calme étrange n'envahît à nouveau cet endroit reculé du parc. Des mains douces vinrent ensuite à sa rencontre pour l'arracher à son abri épineux. Puis, plus rien. Épuisé et tremblant, il s'était endormi entre les bras protecteurs de sa mère.
Suite à cet évènement, la vaste demeure où il se perdait parfois fut brusquement remplacée par un petit appartement, cerné par des voisins bruyants et querelleurs. Le parfum des fleurs céda à celui des pots d'échappement, et d'une huile de friture rance que dégageait le troquet situé directement sous le logement. Le chant des oiseaux fut substitué à celui d'une rue passante. Bientôt, seul le son du piano désaccordé qui fut un jour livré lui rappela ses premiers moments de vie.
Monotones et solitaires, ses journées s'écoulaient désormais entre quatre murs aux papiers défraîchis. Son horizon se limitait au tout petit coin de ciel affiché par la fenêtre, visible entre les deux pans des murs des immeubles d'en face. L'amour de sa mère résumait son univers. Elle lui avait fait jurer de ne jamais se resservir de son étrange pouvoir, et de ne parler à personne de ce qu'ils avaient vécu auparavant. Peu bavard et attentif à s'occuper de façon non bruyante, il aurait eu du mal à les trahir auprès de quelqu'un d'autre.
La jeune femme s'enfermait le jour pour étudier dans de gros livres et écrire sur des cahiers. À la nuit tombée, elle lui demandait de regagner sa chambre, d'où elle lui interdisait de sortir. S'ensuivait le passage successif de deux ou trois hommes qu'il ne rencontrait jamais, mais qu'il devinait tous différents au son de leurs voix, ou plutôt de leurs gémissements et de leurs soupirs qui lui laissaient une impression fort déplaisante.
Lorsqu'il faisait beau, elle l'emmenait quelques fois se promener dans un petit square où il se heurtait à la vitalité des autres enfants. Assis sagement dans son coin, il se contentait de les observer malgré son envie de se mêler à eux. Le regard vert qui se posait sur lui était toujours aussi tendre, mais en dépit de l'affection que sa mère lui portait, depuis son plongeon accidentel dans la mare, il lui semblait parfois qu'elle se méfiait de lui. Et cela le peinait énormément.
Alors il se faisait encore plus silencieux et discret, au point qu'il en devenait insignifiant. Véritable éponge émotive comme tous les enfants de son âge, il s'enfonçait insidieusement dans la propre mélancolie désabusée et farouche de la jeune femme.
Et puis il y avait eu ce fameux soir.
Couché dans son petit lit, son nounours, Monsieur Câlin, serrés entre ses bras, Camus essayait tant bien que mal d'ignorer les halètements ponctués de grognements en provenance de la chambre de sa maman. Il détestait ce défilé continuel et il remonta son drap contre son oreille. Malheureusement le tissu n'était pas insonorisé. Ce fut d'ailleurs ce qui lui permit d'entendre un bruit suspect venant du séjour qui leur servait aussi de cuisine.
La lumière crue du lampadaire extérieur qui éclairait sa chambre lui permit de remarquer la poignée de sa porte qui s'abaissa à demi, il eut la certitude qu'une tierce personne était entrée dans l'appartement. Il comprit enfin l'intérêt que trouvait sa mère à l'enfermer tous les soirs, et il en fut presque satisfait, car il sut aussitôt que ça, ce n'était pas normal.
Depuis leur installation dans ce modeste logis et la manie bizarre de la jeune femme de recevoir la nuit une succession de messieurs différents, celle-ci lui avait fait promettre que si un jour quelqu'un essayait de s'introduire dans cette pièce, il filerait se dissimuler dans le placard. Là, une sorte de grand carton avait été aménagé. Une fois refermée, la décoration de cette boîte se confondait si bien avec le papier peint de la penderie, qu'il fallait y regarder à deux fois pour déterminer sa forme et sa dimension réelle.
Le petit Camus ne s'était pas plutôt recroquevillé dans sa cachette, que des inflexions de voix féminines, assourdies, mais parfaitement menaçantes, lui parvinrent en provenance de la chambre à côté. Une courte discussion inintelligible s'engagea dans laquelle il reconnut les intonations de sa mère, puis quelques cris et le hurlement unique, mais puissant d'un homme sous des rires insultants.
Effrayé, il écoutait à présent les pleurs étouffés de sa maman, et il hésita une seconde à sortir de son refuge pour lui porter secours. Il se souvint à temps qu'il était enfermé et qu'il avait fait une promesse. Tapi au fond de la grande boîte d'où il ne voyait rien, il n'eut aucun mal à appréhender la suite des évènements. La porte de sa chambre fut brutalement enfoncée et il devina que plusieurs personnes y pénétraient. Toujours des femmes s'il se référait à l'accent dépité de leurs voix en découvrant la pièce vide.
Le petit lit défait qui trahissait sa présence sembla les intéresser, et il eut conscience qu'elles se mettaient à fouiller méticuleusement la chambre. Le placard ne fut pas épargné, mais l'aspect en trompe-l'œil de sa cachette leur échappa. Le cœur battant, Camus n'osait plus faire un geste.
« Où est-il ? claqua soudain une voix jeune avec autorité.
— Il n'est pas là, répondit sa mère d'un ton étrangement haché.
— Tu penses me faire avaler ça ! Je vais te le faire sortir du nid moi ! »
Un cri de douleur déchirant suivi, qui arracha le cœur de l'enfant. Il ne serait pas dit qu'il laisserait ainsi faire du mal à sa maman ! Il allait jaillir de sa cachette ses petits poings serrés en avant, quand entre deux sanglots, sa mère eu la force de lui ordonner.
« Ne bouge pas ! »
Sa répartie ne fut pas du goût de ses agresseurs, qui lui tirèrent aussitôt un nouveau cri d'agonie. Les deux mains plaquées sur les oreilles, Camus sentit des larmes couler sur ses joues. Celle qui martyrisait sa mère tenta alors une autre approche.
« Montre-toi petit. Si tu le fais, il ne lui arrivera plus rien. Je te le promets. »
Le garçonnet ne savait plus ce qu'il devait faire. D'après son expérience, ce genre de serment engageait véritablement celui qui les prononçait. Sa mère le lui avait dit. Son grand-père aussi avait un jour été catégorique sur la question. Et pour que deux grandes personnes si opposées fussent d'accord sur l'importance de la parole donnée, celle-ci devait donc être universellement respectée.
D'un autre côté, sa maman lui avait fait promettre de ne pas bouger. Elle venait en outre de le lui redemander. La prudence le poussa alors simplement bousculer du bout du doigt l'ouverture du carton. Tout juste assez pour qu'il pût voir ce qui se passait à l'extérieur sans être aperçu. La porte du placard était maintenant grande ouverte, et il n'eut aucun mal à repérer les envahisseuses.
Elles étaient trois, toutes habillées d'étranges costumes verts moulés prêts du corps, sur lesquels se superposaient des pièces en métal, qui lui rappelaient les morceaux des vieilles armures qui décoraient le salon de la maison de son grand-père. Mis à part que ceux-ci se déclinaient sur tous les tons de bleu. À la fois minces et athlétiques, les deux plus jeunes se ressemblaient comme des jumelles, sauf que l'une était brune et l'autre blonde. Elles affichaient de jolies figures d'adolescentes tout juste sorties de l'enfance et semblaient obéir à la troisième.
Plus charpentée, cette dernière dardait un regard presque noir dans tous les recoins de la pièce. Elle était grande et son visage de chat s'accordait à ses longs cheveux d'un miel moiré de roux, qui s'échappaient d'une sorte de casque où figurait une biche. C'était aussi celle qui retenait sa mère en la maintenant fermement par un poignet.
Vêtue d'un simple peignoir mal ajusté, celle-ci tremblait sans chercher à dissimuler sa peur. Son maquillage ravagé par les larmes marbrait ses traits délicats de traînées noires disgracieuses que masquait sa chevelure d'un bleu lagon alors qu'elle conservait la tête basse. Sa main libre pressée contre son flanc droit, elle semblait souffrir et avait des difficultés à respirer. Ce qui n'empêcha pas la brune de lui administrer un nouveau coup de poing particulièrement violent à cet endroit.
Un spectacle qui emplit Camus d'une telle révolte, qu'il sentit enfler en lui une vague d'énergie étrange. Au hoquet de douleur de sa mère répondit simultanément un cri de surprise de son agresseur, tandis que la température se rafraîchissait dans la chambre.
« Bon sang ! » s'exclama la petite brune.
La main gelée, elle reculait maintenant avec une grimace de souffrance incrédule au fond de la pièce.
« Mais c'est qu'il serait dangereux le microbe ! s'écria la blonde en se dressant devant sa compagne pour la protéger.
— Ça suffit maintenant ! aboya la plus grande, en saisissant sa mère à la gorge pour la soulever d'une seule main en lui coupant la respiration. Sors de ta cachette et approche si tu ne veux pas que je lui fasse plus de mal. »
Incapable de comprendre ce qui venait de se passer, Camus croisa le regard toujours conscient de sa mère. Malgré la terreur inscrite au fond des yeux verts qui se ternissaient rapidement, il lisait clairement qu'elle lui interdisait d'obéir. La blonde au joli visage prit soudain un sourire engageant, et tourna sur elle-même pour essayer de deviner sa localisation.
« N'est pas peur, minauda-t-elle tandis qu'une étrange fleur aux pétales plus noirs que la nuit se matérialisait dans sa main. Astéria et ma sœur sont généralement désagréables avec tout le monde, mais si tu nous obéis, tout se passera très vite. Et tu pourras rejoindre ta mère. »
En la voyant brusquement se figer, l'enfant comprit qu'elle venait de repérer les traînées de givre qui disparaissaient rapidement au fond du placard. Tétanisé et épuisé par la brutale aura glacée qu'il avait brièvement sentie pulser autour de lui, comme le jour où il s'était sorti de la mare, Camus gardait ses mains tendues devant lui, en un geste offensif qu'il n'avait pas le souvenir d'avoir amorcé.
L'étrange jeune fille se rapprochait dangereusement de sa cachette. Malgré la fleur bizarre qui ondulait à présent sur ses doigts, elle conservait un sourire bienveillant et n'esquissait aucun mouvement agressif. Quelques pas plus loin, sa mère venait de fermer les yeux et la passivité de son corps mou qui se balançait toujours au bout du bras de la grande brute l'inquiétait terriblement. La jeune guerrière blonde paraissait presque gentille par rapport à sa comparse, et surtout, elle cherchait à le rassurer.
Trois éléments qui finirent d'embrouiller l'esprit d'enfant. À ce moment précis, il avait besoin de savoir que sa maman allait bien, d'attention et qu'on le réconfortât. Oubliant les consignes de prudence, il écarta l'ouverture de son refuge de carton en poussant ses mains en avant. La fatigue le fit tomber à quatre pattes et il dut faire un effort pour ne pas fermer les yeux à son tour.
En relevant son petit minois sur la jeune fille, il eut à peine le temps de remarquer la croissance démesurée de la fleur noire devant lui, avant de se sentir saisi à bras le corps par un homme qu'il n'avait pas vu arriver. Celui-ci l'écarta rapidement de la corolle, qui dégageait à présent une sorte de grand pistil tentaculaire au bord tranchant.
Le geste du nouveau venu ne fut pas du goût des trois amazones qui lui firent immédiatement face avec des visages clairement menaçants. Toujours aussi vif, l'homme qui portait une longue natte rouge déposa Camus derrière lui avant de se dresser devant elles. Dans un mouvement de rage, la plus âgée projeta sa mère contre la cloison, si brutalement que le mur se fissura. Tuée nette, la jeune femme retomba comme une poupée désarticulée, tandis qu'une grande tâche écarlate se formait sur le parquet autour de sa tête.
À cet instant, Camus eut l'impression que son monde s'écroulait. Refusant d'admettre ce qu'il voyait, il rassembla ses dernières forces pour la rejoindre en gé érent au danger, il se rapprocha du corps inerte en traversant la pièce sur ses genoux et ses mains. Autour de lui, chocs, cris et imprécations s'entrecroisaient à une vitesse folle, le tout noyé dans un maelstrom d'auras très différentes, dont l'une ressemblait en tout point à celle qui le soutenait lorsqu'il se débattait dans l'eau.
Il se sentait parfois frôlé par un coup que le chevalier inconnu interceptait à chaque fois. Il était terrifié, mais ce qui lui importait, c'était de parvenir auprès de sa mère, dont la longue chevelure indigo se teintait de carmin.
Il l'atteignit alors qu'un calme étonnant était revenu dans la pièce. S'asseyant à ses côtés, il l'observa quelques secondes avant de tendre une main hésitante pour lui câliner la joue. Il eut beau insister en appuyant sa caresse, il n'obtint aucune réaction. Plus pâle qu'à l'accoutumée, sa maman paraissait dormir profondément, mais il était suffisamment intelligent pour deviner qu'il y avait autre chose, sur laquelle il se refusait à mettre un nom.
Les yeux brouillés de larmes, il s'accrochait à l'expression presque apaisée des traits figés, et il tenta une approche différente.
« Maman », l'appela-t-il d'un ton désespéré.
Un mouvement sur sa gauche dévia son attention. L'homme à la natte rouge venait de s'agenouiller près de lui, et il lui tendait les bras.
« Viens. »
Après ce qu'il venait de vivre, il n'avait aucune raison de faire davantage confiance à cet inconnu qu'aux trois femmes à présent étendues sur le sol, même si celui-ci s'était interposé et battu pour lui. Le résultat de ce combat le terrifiait. Mais l'intrus possédait un regard couleur de jade similaire à celui de sa mère, où il lisait une gentillesse et une compassion qui semblaient sincères. Il se dégageait de lui une détermination puissante et douce, et surtout, il pulsait de cette aura si particulière qui le rassurait et l'englobait d'une sorte d'amour infiniment tendre auquel il aspirait désespérément sans le savoir.
C'est sans doute ce qui décida Camus à répondre au geste de celui qui allait devenir son Maître. Tendant les bras à son tour, il se raccrocha au cou de l'homme à la natte rouge sans plus retenir les sanglots qui le secouaient. Ce serait les dernières larmes affichées qu'il verserait, avant de s'abandonner de la même manière, bien plus tard, entre les bras de Milo.
Athéna relâcha sa pression. À présent, elle savait exactement qui se dissimulait derrière Aslinn. Que cette personne désirât pousser en avant la fillette était parfaitement logique. Elle était incroyablement douée, et pouvait prétendre à l'armure du Verseau au même titre que Camus. Qu'elle la protégeât rentrait également dans l'ordre des choses.
Aslinn avait un potentiel exceptionnel, et si demain son adversaire décidait de lui rendre son cosmos, elle deviendrait une gardienne redoutable. En extrapolant, Athéna devinait aussi qui avait favorisé la découverte de Zoltan. Mais ce comploteur-là avait été trop sûr de lui, en pensant que le caractère de graine de tueur combatif et rusé du Roumain parviendrait sans difficulté à éliminer le petit Milo, dont le meurtre avait précédemment échoué.
Deux.
Ils étaient au moins deux à s'être traîtreusement ligués contre elle, convainquant une troisième entité au champ d'action plus limité, mais bien spécifique de travailler avec eux. Elle comptait bien leur faire rendre gorge !
À tous !
Devant elle, le Verseau demeurait agenouillé. Cette introspection l'avait visiblement épuisé. Dès qu'elle avait relâché sa pression mentale, il s'était effondré. La tête basse et les épaules voûtées, il peinait à reprendre suffisamment d'ascendant sur lui-même pour se redresser comme il convenait à un chevalier face à sa déesse.
Elle devinait que l'évocation de ces souvenirs tragiques l'avait remué. À aucun moment il ne s'était cependant révolté. Il n'avait pas non plus tenté de lui limiter l'accès à certains évènements de son passé. Avec confiance, il l'avait laissé circuler librement dans sa mémoire, assumant son aveuglement et partageant l'essence la plus secrète de lui-même. Ses doutes, ses erreurs, sa colère, mais aussi ses regrets, son chagrin, ses remords, un ensemble tellement humain, dont l'amalgame esquissait l'existence d'une personnalité attachante, à l'émotivité définitivement contenue, mais bien réelle.
Athéna avait aussi eu accès à sa tendresse envers ceux qu'il aimait, sa force de caractère, sa droiture vis-à-vis d'elle-même, le tout noyé sous la douleur de s'être involontairement et constamment fourvoyé en pensant bien faire. La facilité avec laquelle il avait accepté de la laisser lire en lui s'apparentait à un gage d'amour et de fidélité. Malgré son ressentiment, la déesse en était émue. D'un geste presque maternel, elle passa la main dans sa chevelure emmêlée pour lui caresser la joue.
Étonné, Camus releva son visage aux traits tirés vers elle. Il attendait visiblement un verdict sur lequel Athéna avait de plus en plus de mal à se décider. Entre la résignation douloureuse de son chevalier, et les supplications de demande de grâce d'une Saori bouleversée par ce qu'elle venait d'apprendre qui tambourinait dans sa tête, la priorité de sa logique guerrière et politique se trouvait soumise à rude épreuve. S'il n'y avait pas eu sa famille à tenir en laisse par l'étalage d'une volonté impitoyable, elle aurait déjà fléchi.
Aucun homme ne méritait de souffrir de cette façon à cause des caprices des Dieux.
La manipulation dont étaient en grande partie issus les enchaînements malheureux de la vie du Verseau excusait amplement ces erreurs, mais la naissance de Sergueï compliquait tout. Elle allait pourtant devoir rapidement trancher. Et elle ne pouvait pas ignorer la sanction qu'elle avait elle-même mise en place à l'encontre des responsables de la naissance d'une « monstruosité ». Parvenir à absoudre le Français demandait de trouver un élément autrement plus rationnel que la simple compréhension bienveillante vers laquelle la poussait Saori.
Devant elle, l'expression figée de Camus se craquelait sous la fatigue, et elle devinait l'effort qu'il fournissait pour lui accorder encore son attention. Se fermant à la pitié, mais aussi aux exhortations de son double mortel, elle lui ordonna de se relever. Péniblement, le Verseau se redressa.
« Tu as quelque chose à ajouter pour ta défense ? demanda-t-elle du ton le plus neutre qu'elle put trouver.
— Non, répondit-il sans cacher sa lassitude. Je sais que ma faute est impardonnable, mais si ce n'est pour moi, j'aimerais malgré tout vous demander quelque chose. »
Il était si rare de l'entendre solliciter quoi que ce fût, qu'elle accepta de l'écouter.
« Que veux-tu ?
— Simplement savoir si Milo va bien ? »
Leur relation rendait sa question légitime, et pourtant Athéna subodorait un autre motif. Sans doute voulait-il prendre le pouls de son humeur à l'égard du Scorpion. Après tout ce qu'elle venait de lire dans son esprit, il était indéniable qu'il chercherait à le préserver avant lui-même.
« Je pense que oui, répliqua-t-elle avec circonspection. La dernière fois que je l'ai vu, il exultait de colère contre moi. Il a d'ailleurs trouvé bon de demeurer auprès de ton disciple alors que je lui avais demandé de regagner son temple. J'en déduis qu'il se sent prêt à braver pour toi des tempêtes. Ce qui entre nous soit dit, n'est pas très prudent de sa part. »
Comme elle s'y attendait, le regard impassible du Français se troubla, et il se décida à lui révéler son réel souci.
« Si je dois mourir, j'aimerais que vous souteniez Milo.
— C'est une requête que j'accepte de prendre en compte », répondit-elle sans hésitation, en voyant elle-même une raison double à son intervention.
Car, si elle condamnait le Verseau, elle redoutait moins l'emportement prévisible du Scorpion à son égard, que le retour désastreux de la dissonance de sa Maison. Elle n'avait pas cherché à déterminer si le Grec avait informé Camus de l'existence de cet élément d'équilibre vital, qu'ils avaient instauré entre eux en consolidant le lien de leur passion. Mais que Milo l'ait fait ou non, son silence ne le protégerait pas de l'effet pernicieux d'une nouvelle séparation.
Athéna ne put réprimer un pincement de lèvres plus sévère. Décidément, ces deux chevaliers aimaient jouer avec le feu en brisant ses interdits, même informels. Elle le savait bien elle, que l'apparition d'une relation amoureuse entre ses Ors était une très mauvaise idée. Pour certain plus que d'autres d'ailleurs. Et dans ce cadre, elle aurait dû instaurer une restriction incontournable entre les Scorpions et les Verseaux.
Mais à moins de leur imposer une vie de solitude en emprisonnant loin l'un de l'autre, ou de demander à Aphrodite de lui prêter Éros pour orienter de manière contrainte leurs amours, elle ne pouvait plus faire grand-chose pour séparer ces deux-là. Et même en agissant de façon aussi extrême, elle n'était pas certaine que cela suffît à briser l'élan tendrement passionné qui unissait à présent les deux hommes.
Les yeux rivés sur elle, Camus se méprit sur la modification de son expression. Croyant déceler l'objet de son irritation dans le fait que plus d'un chevalier l'avait soutenu, et il se permit de formuler une nouvelle supplique.
« Il ne faut pas leur en vouloir. Ils ont agi en tenant compte de leurs fonctions. N'oubliez pas qu'avant tout ils m'ont jugé, et ils auraient aussi bien pu m'exécuter.
— Certes, admit Athéna qu'il venait involontairement de ramener vers son second problème. Mais ils ne l'ont pas fait. Non seulement ils se sont approprié deux de mes prérogatives en montant ce procès et en t'accordant la vie sauve, mais ils ont trouvé bon de se laisser attendrir par l'enfant encombrant dont tu es le père. Et en plus, tout ce petit monde semblait bien décidé à conserver indéfiniment le silence », termina-t-elle en le foudroyant du regard.
Faisant appel à ses dernières forces, le Verseau tenta de disculper ses frères d'armes.
« Ils m'ont jugé par esprit de corps, non pour vous porter atteinte. Parce que la Guerre Sainte nous a appris à nos dépens à considérer cet élément comme indissociable de notre service. Il n'entrait aucun irrespect dans leur démarche, encore moins de révolte. Quant à leur décision, elle leur semblait légitime. Et bien que refusant qu'ils s'exposent pour moi, je n'ai pas pu m'y opposer.
— Les lois et les désirs humains s'effacent devant les raisons divines », le tança-t-elle avec une rudesse qui s'adressait plus aux absents, mais qu'il prit de plein fouet.
Bien conscient que poursuivre risquait de la braquer, cette fois-ci il ne répliqua pas. Il se maintenait debout par miracle, et Athéna décida d'interrompre là cette douloureuse entrevue. Elle avait obtenu les informations qu'elle cherchait, et elle ne tenait pas à l'accabler davantage.
« Est-ce tout chevalier ? s'enquit-elle avec plus de douceur.
— Non, l'étonna Camus en se redressant davantage devant elle pour lui offrir une posture irréprochable. Je sais que mon insistance va vous paraître impertinente, mais je vous supplie de reconsidérer le sort de mon fils. »
Son courage et sa façon de ne s'inquiéter que du sort des autres l'impressionnaient. Mais ce fut sans le lui montrer qu'elle répondit.
« C'est bien imprudent de ta part chevalier du Verseau de me rappeler que tu as un fils, car il est responsable de ce qui pourrait bien devenir ton arrêt de mort.
— N'y voyez aucune offense, insista-t-il, tandis qu'il se blindait contre la fatigue pour ne pas vaciller. Mais si je ne le fais pas, personne ne prendra sa défense. Ce n'est pas un enfant mauvais.
— À la base, les pousses de lierre ne le sont pas non plus, répondit Athéna avec sévérité. En grandissant, elles finissent pourtant par étouffer le plus puissant des arbres. Mais si tu te soucies pour lui, sache qu'il va bien, et que malgré les apparences je n'ai pas encore statué sur son sort. Je ne te cache pas que le tien est plus aléatoire. »
Et sans rien ajouter, elle se détourna pour franchir la porte. S'aidant de son cosmos elle referma la serrure derrière elle avant de s'éloigner.
Camus n'attendit pas qu'elle eût quitté ces sombres quartiers pour s'effondrer contre les barreaux qui délimitaient sa cellule. Une violente migraine lui battait les tempes, et il avait besoin de reprendre des forces. Mais plus que tout, il s'inquiétait pour Milo, Sergueï et tous ceux qui avaient tenté de l'assister. La gorge serrée, il s'appesantissait sur un sentiment d'échec. Il ne voulait entraîner personne dans sa chute, mais il ne voyait pas de quelle manière il allait parvenir à convaincre Athéna de sa seule culpabilité.
Un peu plus tard, Kanon testait le désagrément de se retrouver en face d'une déesse d'humeur massacrante. Il avait beau se rendre compte que ce débordement d'irritabilité n'était pas tourné contre lui, l'expérience n'avait rien de réjouissant. Il venait déjà de subir les foudres de son frère une bonne partie de la nuit, et il n'aspirait plus qu'à la tranquillité, au moins le temps de décider d'un nouveau plan d'action.
Il savait aussi qu'il allait prochainement devoir affronter l'animosité de ses pairs, ce qui lui présageait un avenir houleux. En traversant les neuf temples qui le séparaient du Palais pour se rendre à la convocation d'Athéna, il avait bien senti une pointe de contrariété plus ou moins marquée sur son passage, alors qu'il regagnait à peine la considération de certains Ors à la méfiance endurcie, à défaut de la rancune. Et cette fois-ci, pas question de compter sur l'aide de Milo pour convaincre les autres de ses bonnes intentions. Elles l'étaient pourtant, bonnes, à la base. Il devinait toutefois qu'il aurait du mal à le leur faire admettre.
Franchir la onzième Maison pour parvenir jusque-là s'était d'ailleurs avéré épique. Le Scorpion ne s'était pas montré, mais il avait saturé la travée centrale du temple du Verseau des miasmes d'un cosmos franchement agressif et venimeux, dans le sens propre du terme. Kanon ignorait qu'il possédait cette capacité. Il avait cependant nettement ressenti la brûlure caractéristique du poison du huitième gardien qu'il connaissait bien, lorsqu'il avait traversé l'espèce de brouillard rougeâtre qui s'était étrangement matérialisé à son arrivée.
Il en conservait encore les marques cuisantes sur son visage et ses avant-bras découverts. Ces curieuses lésions lui avaient d'ailleurs valu un haussement de sourcils pas vraiment étonné d'Athéna, qui n'avait heureusement pas fait de commentaires.
Ce qui ennuyait le plus Kanon, c'était bien la réaction apparemment épidermique de sa déesse. En procédant de cette manière pour démasquer Sergueï, il se doutait qu'il risquait de l'alerter. Mais il ne s'attendait pas à ce que l'exposition du cosmos métissé de l'enfant soit d'une telle ampleur. Pour une fois, il s'était fait battre à son propre jeu. Les pouvoirs du petit Russe allaient bien au-delà de ce qu'il imaginait. Certes, il prévoyait la manifestation d'une énergie issue du fond des océans, qui ouvrirait au gamin le passage du retour. Toutefois pas que celle-ci se dévoilerait avec une puissance aussi dévastatrice.
En monopolisant ses dernières forces, Sergueï avait confirmé qu'il était non seulement en capacité de se déplacer impunément d'un Sanctuaire à l'autre, mais également qu'il possédait un embryon de pouvoir impressionnant et exceptionnel. Le dépositaire d'un tel potentiel devrait parvenir à se glisser dans différents mondes sans difficulté si tel était son désir, dès que les années lui auraient permis d'acquérir la maturité nécessaire. Si la preuve était faite que la solution de Camus ne servirait pas à éliminer définitivement le danger, cette démonstration éclatante plaçait aussi Saga dans le collimateur immédiat de sa déesse. Élément qu'il aurait préféré éviter.
Son premier réflexe en rencontrant Saori, et il espérait qu'elle se trouvait bien là, cachée quelque part sous l'air revêche d'Athéna pour prendre son parti, avait donc été de défendre celui qu'il venait si malencontreusement de présenter à sa vindicte. Et afin de dissiper au plus vite le voile menaçant qui s'amoncelait, il poursuivit en évoquant rapidement l'idée un peu folle qui l'avait poussée à entreprendre sa stupide expérience pour montrer à Saga qu'il avait tort.
Sans se trahir, il étaya prudemment un argumentaire qui pointait dans le sens que les facultés extraordinaires de Sergueï « pourraient », « éventuellement », intéresser Hadès, toujours à l'affût de la façon de renforcer ses troupes, « d'après les dire de Saga, ancien Grand Pope ». Envisager un échange pour récupérer l'intégralité de l'utilisation du cosmos des cinq renégats et l'abandon de sa rancune contre eux serait sans doute possible. Bien entendu, compte tenu du danger représenté par un tel transfert, il était souhaitable de mettre en place un plan qui élimerait ensuite définitivement l'enfant.
Au fur et à mesure qu'il parlait, il eut la satisfaction de voir Athéna cesser de déambuler dans la pièce comme elle le faisait depuis son arrivée, pour finalement venir s'asseoir dans un grand fauteuil en face de lui. Ses deux mains enserrant ses jambes croisées dans une position fort peu divine, elle semblait lui accorder toute son attention. Une fois son premier mouvement d'humeur digéré, elle paraissait disposée à considérer Sergueï sous tous les angles. Il suspectait un nouvel élément d'en être la cause, mais l'essentiel, c'était que non seulement elle l'écoutait, mais qu'il avait la quasi-certitude qu'elle adhérait peu à peu à son idée.
Au-delà de sa satisfaction première, il en fut d'ailleurs fortement interpellé. C'était comme si elle n'attendait que la proposition d'une tierce personne pour accorder un sursis à Sergueï, ou plutôt, se servir de lui. Le subterfuge qu'il lui présentait permettait certes de fournir une monnaie d'échange à Hadès, mais derrière cet atout, il la soupçonnait d'élaborer une planification plus complexe.
Intrigué, il aurait aimé pousser son avantage jusqu'à l'interroger. L'humeur redevenue plus accorte d'Athéna l'y incitait. Le plus urgent demeurait toutefois de sauver la tête de Saga, et il attaqua sur ce sujet avec autant de déférence que d'audace.
« Reconnaissez que sans l'initiative de mon frère, la mise en lumière des pouvoirs de Sergueï n'aurait pas été aussi évidente.
— Sans l'initiative de ton frère, je ne me retrouverai pas avec sept chevaliers à châtier sur les bras, doucha-t-elle son assurance. Neuf en rajoutant Shaka et Hyoga.
— Ils ont agi ainsi parce qu'ils considèrent que Camus ne mérite pas un tel sort, prit-il indirectement la défense du Verseau en se raccrochant au raisonnement de Saga.
— Et depuis quand des chevaliers outrepassent-ils ma volonté sous prétexte des états de service d'un des leurs ? répliqua-t-elle sans colère, piquée au jeu, et curieuse de voir jusqu'où il serait capable d'aller pour la contrer.
— Vous savez qu'il ne s'agit pas que de ses états de service, répondit-il en ayant bien conscience d'être jaugé. Apparemment, le jugement qu'ils ont mené leur a montré une autre facette du Verseau, beaucoup moins aride d'après Saga. J'admets que j'ai tendance à croire qu'ils ont été victimes d'une illusion d'optique. Néanmoins leur magnanimité vous sert, car si vous aviez condamné manu militari Camus et son fils, vous seriez passé à côté de la possibilité que vous offre le potentiel de Sergueï auprès d'Hadès.
— Ainsi selon toi je devrais les remercier de leur sollicitude envers le Verseau ? Et ton frère plus particulièrement pour l'initiative malheureuse qu'il allait prendre, je suppose ?
— L'idée de l'exil revient à Camus, lui rappela Kanon, peu scrupuleux quant au fait d'enfoncer maintenant davantage le Français.
— Peu importe, le résultat aurait été le même. Soi, comme tu sembles l'avoir compris, une catastrophe à venir. »
Pour une fois à bout d'arguments, le second Gémeau ne savait plus trop quel point avancer sans risquer de nuire à son aîné. Consciente de son inquiétude, qu'elle s'évertuait à entretenir depuis le début pour le percer à jour, Athéna finit par prendre en pitié l'aveuglement de son amour fraternel. Moins intransigeante, elle ajouta :
« Néanmoins je reconnais que ma justice aurait sans doute été trop expéditive. Sous le coup de la colère, je me serais vraisemblablement privé de l'atout que tu me fais miroiter depuis tout à l'heure. Pour cette raison, j'accepte de prendre en considération ton désir de conciliation. Reste à savoir si tu parviendras à me convaincre de me montrer moins sévère avec ton frère et ses complices. »
À ces paroles, Kanon sentit un poids immense soulager sa poitrine. Elle ne se rendait pas, mais elle affichait une attitude nettement plus positive. Il se permit un sourire lumineux qui l'amena inconsciemment à bomber le torse.
Athéna n'était toutefois pas décidée à le laisser pavoiser. Ni lui ni aucun de ses chevaliers rebelles. Elle voyait clair dans le jeu de l'ancien général des Mers. Son initiative ne visait en rien un rapprochement avec sa personne, mais seulement son besoin de protéger son jumeau des retombées éventuelles de sa colère dans l'avenir. Passant outre la séduction de ce sourire, elle demanda :
« Comment as-tu deviné que Sergueï parviendrait à revenir du Sanctuaire sous-marin en se passant d'une autorisation spéciale ? »
Kanon réfléchit rapidement. Lui mentir ne le servirait pas. Il avait besoin de s'en faire une alliée pour préserver Saga. À ce stade, elle devait plus ou moins se douter qu'il avait bénéficié de certains renseignements. Il n'avait pas l'intention de trahir Shun pour autant.
« Quelqu'un m'a mis sur la voie, s'avança-t-il prudemment.
— Je suppose que c'est Shun, le délivra-t-elle de son dilemme en énonçant le nom qu'il refusait de lui livrer. Je sais qu'il a conservé une partie de la mémoire d'Hadès. Mais j'ignorais qu'il avait pu avoir accès à une telle information. T'a-t-il dit autre chose ? »
Sa question ne tolérait aucune échappatoire, et il y répondit sur des charbons ardents.
« Il n'ignore pas que Sergueï est capable de développer des pouvoirs étonnants, qu'il a la faculté de passer d'un monde à l'autre sans l'intervention favorable d'aucune divinité, ainsi que de se faire servir par des armures appartenant à des Sanctuaires différents. Il sait qu'Hadès est intéressé par un enfant comme celui-là depuis très longtemps. Mais il ignore pourquoi. »
Il biaisait, en omettant délibérément de ramener à la surface l'histoire de la serrure et des clés. Il ne savait pas pourquoi, mais en songeant à ce dernier élément, son instinct lui criait « danger ». L'évoquer devant Athéna desservirait grandement l'enfant, il en avait la certitude. Lorsqu'il se tut, il crut lire du soulagement dans le regard de sa déesse, et il se demanda ce qu'elle cachait. Sur quelle dimension si dévastatrice se projetait donc Sergueï, pour qu'elle semblât si soucieuse que Shun ou lui-même n'aient pas connaissance de ce secret ?
Rassurée par ce qu'elle venait d'apprendre, Athéna donna congé à Kanon. Elle avait été heureuse de découvrir qu'il ignorait ce que dissimulait véritablement Sergueï, et sur quelle réalité déplaisante il menaçait d'ouvrir. Finalement, l'héritage inattendu que Shun avait ramené des Enfers pourrait s'avérer très utile. Bien que le jeune Bronze le cachât depuis le terme de la Guerre Sainte, sa puissance était au moins devenue égale à celle que Sergueï développerait avec les années.
Si elle se rangeait au plan de Kanon, et que par la suite Hadès tenta de lui créer des ennuis avec son nouveau jouet avant qu'elle n'eût le temps de réagir, le chevalier d'Andromède pourrait s'interposer efficacement. Ce serait même un excellent contre-pouvoir. Shun avait tout pour devenir le pendant de Sergueï.
Elle ne doutait pas une seconde que son oncle acceptât le marché qu'elle allait lui proposer. Il était trop imbu de lui-même pour se méfier, et il y avait trop longtemps qu'il rêvait de posséder une recrue telle que Sergueï. Le pari était risqué, certes, mais l'important, c'était qu'il ne devinerait jamais la surprise qu'elle lui réservait au final. Pour un peu, elle en aurait jubilé.
Car oui, après des siècles de guerres ouvertes et de complots larvés, Athéna venait de prendre sa décision. Une décision qui lui permettrait à la fois de se venger et de la débarrasser d'une bonne partie de ses ennemis. L'Olympe avait besoin d'être purgé. Avec un peu de chance, Zeus la comprendrait et lui pardonnerait. Sans le savoir, le Verseau lui avait fait un cadeau inestimable. Cela méritait un brin de clémence. D'autant plus que Sergueï semblait aimer Camus. Ce qui pourrait s'avérer une faille excellente pour contre-attaquer contre l'enfant en cas de problème à venir. Et vu ce qu'elle prévoyait pour l'avenir, il n'était peut-être pas non plus très prudent qu'elle se séparât d'un des meilleurs éléments de la fine fleur de sa chevalerie.
Note de fin : Première publication septembre 2011 — Chapitre modifié en février 2018 (Outre les changements de syntaxe et de vocabulaire, le chapitre contient 801 mots de plus).
