La guerre – parce qu'il n'y a pas d'autre mot pour ça, même si les Jötnar essaient de lui accoler le terme sauvetage et justice, comme si la guerre pouvait seulement être juste – dure plus de cinq ans, presque sept, mais compense sa brièveté par sa virulence.
Loki a beau s'être réfugié au plus profond du bois de fer, se restreindre à la compagnie des vargar et des rennes et des harfangs, il sait. Il en rêve. Il le voit.
Du sang rouge sur la neige, du sang noir sur l'herbe jaune et verte. Des larmes et des lamentations des deux côtés. C'est toujours ainsi. Une guerre ne laisse jamais de vainqueur derrière elle. Que des survivants, et encore, jamais intacts. Même s'ils ont conservé tous leurs membres, la guerre laisse sa marque sur eux. Elle détruit tout ce qu'elle touche.
Et tout ça pour une raison bête comme tout – parce que Bor n'a pas su la garder dans le pantalon, et parce qu'il a refusé de se conduire en homme raisonnable et de laisser repartir chez elle la pauvre fille qu'il a enlevé et brutalisée de la plus vile manière.
Il a eu ce qu'il voulait, au bout du compte : Bestla restera sur Asgard, loin de sa famille, loin de son peuple, à jamais. Peut-être qu'il aurait mieux valu mourir, cette pauvre gosse. Surtout qu'elle sera désormais à la merci de son ravisseur.
Mais tout le monde est fatigué de la guerre, les Asgardiens comme les Jötnar : c'est qu'ils se sont rudement déchaînés les uns contre les autres, mine de rien. Les champs se sont retrouvés couverts de tant de cadavres que ni les corbeaux ni les loups n'ont pas pu les dévorer tous.
Mimir a été obligé de retourner à la maison sans son père – qui a compté parmi les premiers à prendre les armes, parce que peu importe à quel point elle peut grandir, votre petite fille restera toujours votre petite fille – et sans sa sœur.
Ça va être un cauchemar de le fréquenter, et Loki ne dit pas ça juste parce que son désespoir rappellera de très mauvais souvenirs. Une douleur pareille, on la fuit d'instinct. On n'en veut pas.
Mais Loki ne peut rien faire d'autre qu'être là. Parce qu'il faut bien que quelqu'un – n'importe qui – soit là pour Mimir.
Alors, pourquoi pas Loki ?
