Disclaimer : Les personnages appartiennent naturellement toujours à KURUMADA.
Auteur : Newgaia
Rating : M (précautions prises pour certains chapitres).
Genre : Angst – Drama – Yaoi
Résumé du précédent chapitre (Le jugement d'Athéna) : Milo rejoint Camus pour une courte entrevue dans les prisons afin de lui apporter un peu de réconfort. Contre toute attente, celui-ci lui demande d'aider Kanon à retrouver sa place parmi les Ors. Pendant ce temps Athéna se confronte à Éris sur l'Olympe. Après avoir obtenu l'aveu de cette dernière de la participation d'Artémis et d'Arès dans le complot qui la visait, elle la neutralise en la menaçant de sévères représailles. Elle rejoint ensuite le domaine d'Artémis pour négocier une sorte de paix basée sur un armistice, après avoir révélé à sa sœur qu'elle désire se servir de Sergueï pour bouleverser l'Olympe. De retour au Sanctuaire, elle est prête à porter son jugement contre Camus, Sergueï, et les Ors qui ont tenté de les aider. En apprenant qu'elle souhaite utiliser son fils comme monnaie d'échange avec Hadès, pour mettre fin à « la condition » qui prive la garde dorée d'une partie de ses forces, Camus se révolte contre le sort qu'elle assigne à son enfant. Il ne doit d'échapper au courroux d'Athéna qu'à l'intervention de Saga et celle de la majorité des autres Ors. Athéna énonce alors son verdict : Camus vivra, mais le moindre faux pas dans l'avenir lui vaudra une sanction sévère, et s'il essaye de se rapprocher de son fils, il sera exécuté. Chacun des Ors ayant pris parti pour lui se voit ensuite infligés un châtiment proportionnel à son engagement. Sauf le Scorpion, à qui, à l'étonnement de tous, elle demande de l'accompagner. Sans succès Shion cherche à savoir quelle sera la punition de Milo.
CHAPITRE 54 : LE CHÂTIMENT DE MILO (mise à jour 14 octobre 2018)
Le départ précipité de Hyoga laissait un habitat vide et Camus regagna son temple sans se presser. Il avait beau être connu pour rechercher la tranquillité et le silence, il n'appréciait la solitude absolue qu'à petite dose. Contrairement à ce que beaucoup imaginaient, percevoir le brouhaha incessant d'un Sanctuaire qui grouillait de vie derrière l'épaisseur des murs de son logis le rassurait.
À bien y regarder, ses années d'apprentissage en Sibérie se conjuguaient avec la présence d'un Maître attentif et d'autres enfants qui ne demandaient qu'à partager avec lui. Ensuite, il avait pu compter sur la vivacité de ses élèves pour adoucir les années sombres et meubler les absences de Milo. Et même si bien souvent, il ne savait pas comment y répondre, il aimait sentir la vie couler autour de lui. C'était d'ailleurs l'un des moyens qu'il avait trouvés pour ne pas totalement s'y soustraire.
Ce soir, la nécessité de ce réconfort lui apparaissait doublement. Après les évènements éprouvants des dernières vingt-quatre heures, retrouver un logis vide s'apparentait à un revers supplémentaire.
L'absence de Milo le perturbait et ne l'aidait pas à se ressaisir. Plus que son besoin de se ressourcer auprès de l'amour de son amant, il s'inquiétait de la sanction de leur Déesse à son encontre. Qu'avait-elle imaginé qui ne souffrait d'aucun étalage devant les autres pour punir le Scorpion ? Camus avait beau chercher, il ne trouvait aucune réponse satisfaisante. Rien ne servait d'ailleurs de se torturer l'esprit. Il le saurait bien assez tôt.
Tout ce qu'il espérait, c'était de parvenir à soulager Milo du fardeau qui l'attendait, quel que fût celui-ci. S'armant de patience, il s'installa dans l'un des fauteuils de la salle à manger sans allumer de lumière. Le noir convenait parfaitement à sa mélancolie.
La décision d'Athéna de l'épargner le surprenait. Mais il ne se leurrait pas sur le pragmatisme des motivations de sa déesse. Son exécution aurait immanquablement provoqué une scission dans le rang des chevaliers d'Or, sans compter la réaction de Hyoga, qui aurait fini par en entraîner quelques autres dans son sillage. Or, elle pouvait difficilement se séparer de ses meilleurs éléments dans la contre-offensive qu'elle planifiait.
Malgré tout, Athéna lui avait montré des signes de réel intérêt, et il lui était reconnaissant pour sa mansuétude. Sa vie était un désastre et elle venait de lui donner une nouvelle chance. Il s'emploierait donc à redresser le cours de son existence autant que faire se pouvait. En la servant fidèlement, comme il avait pourtant essayé de le faire auparavant, et comme il s'y était engagé envers Shura. Il s'appliquerait à ne plus la décevoir. Dans la mesure du possible… Il souhaitait simplement ne jamais être obligé de s'opposer à son fils.
Imaginer le destin de l'enfant le bouleversait. Sa fonction de chevalier l'amenait à comprendre les raisons qui poussaient Athéna à les séparer ainsi, mais son cœur d'homme se révoltait contre le sort injuste réservé au petit garçon. Quant à ses sentiments de père, mieux valait ne pas y penser. C'était certainement par ce biais que la fille de Zeus l'atteignait le plus douloureusement. Sa véritable punition se trouvait là en fait.
Il ne parvenait pas à oublier les supplications de Sergueï de la veille. Le garçonnet semblait tellement désireux de le revoir. Une fois encore. Une seule fois. Une dernière fois.
Lui aussi l'aurait aimé.
Il s'était engagé à faire son possible pour oublier le petit garçon et ne plus répondre à ses demandes d'affection, mais malgré sa bonne volonté, il savait déjà que si l'enfant concevait un moyen de contourner l'interdit divin et réussissait à s'échapper des Enfers, il ne tiendrait pas sa promesse. Il avait conscience que défier Athéna sur ce plan-là serait suicidaire, et que Milo avait fait serment de l'empêcher de commettre l'irréparable. Il refusait cependant de choisir entre Sergueï et Milo. Il les aimait tous les deux. Différemment, mais avec la même intensité.
Les préserver tous les deux passait par une réalité difficile pour lui. Si Athéna parvenait à convaincre le petit Russe en lui disant qu'il s'était rangé sans sourcilier à sa décision, Sergueï lui en voudrait sans doute suffisamment pour se détacher de lui. Il y perdrait l'amour d'un fils, mais il y conserverait la vie de deux êtres chers. Il ne fallait en aucun cas que l'enfant perçût son désarroi. Le cœur en lambeaux, Camus blinda sa douleur de l'intérieur.
Lorsque Milo poussa la porte du logis une heure plus tard, il trouva Camus toujours assis dans le noir. Les volets ouverts laissaient entrer suffisamment de lumière pour deviner la silhouette de ce dernier, et le Scorpion prit à peine le temps d'allumer la lampe avant de parcourir la courte distance qui les séparait. Il comprit immédiatement que le Français l'attendait. Immobile, silencieux, pâle et défait, il ne tentait même pas de lui camoufler son inquiétude.
En le voyant si vulnérable, le cœur du Grec se serra. Il devait agir pour aider le Verseau à se ressaisir, et si possible parvenir à éloigner ce chagrin qui semblait le broyer. Mais avant, il fallait qu'il lui révélât la punition qu'Athéna venait de lui infliger, or celle-ci risquait davantage de le braquer que de l'apaiser.
Sans brusquerie, mais avec fermeté, Milo se plaça devant le fauteuil où se trouvait se amant, pour empoigner à pleine main les deux accoudoirs. Il anticipait ainsi tout mouvement de fuite, suite à ce qu'il avait à dire. Déterminé à vaincre cet ultime obstacle, il planta les yeux dans ceux du Verseau avec gravité, avant de déposer un baiser rapide et tendre sur les lèvres glacées.
Camus y répondit en nouant ses bras autour de son cou. Un instant leurs regards se rivèrent l'un a l'autre, puis le Français inclina son visage jusqu'à coller sa joue contre son épaule.
« Que t'a-t-elle dit ? » lui demanda-t-il sans le relâcher.
À cette question Milo se figea. Malgré sa détermination, les mots lui manquaient pour atténuer le choc que son amant allait subir. Réceptif, Camus dénoua leur étreinte afin d'examiner l'expression du Scorpion. La pâleur de ce dernier était inhabituelle, tout comme son mutisme, et une angoisse de mauvais aloi submergea le Français.
« Réponds-moi Milo », insista-t-il en enserrant délicatement le visage du Grec entre ses mains.
À sa grande alarme, Milo se dégagea pour se relever et reculer de quelques pas. Son regard était fuyant. Il semblait même en proie à un tourment immense. Faisant fi de sa réputation de froideur légendaire, Camus se leva pour marcher vers lui. Il désirait l'aider et il se sentait prêt à l'interroger avec une tendresse dont beaucoup le pensaient dépourvu. Mais avant qu'il n'eût pu dire quelque chose, Milo saisit sa main pour l'entraîner vers leur chambre.
« Viens, nous serons mieux pour parler. Je ne veux pas courir le risque d'être interrompu par quelqu'un », acheva celui-ci en refermant la porte sur eux.
L'heure tardive éliminait ce dernier péril, et l'anxiété du Verseau grimpa d'un cran. Qu'avait bien pu demander Athéna à son compagnon, qui obligeait ce dernier à prendre de telles précautions ? Agissait-il ainsi à cause de lui ? Qu'avait-il de si grave à lui dire ?
Debout en face de lui, Milo refusait de le regarder. Poussant un soupir à fendre l'âme, il se laissa brusquement tomber sur le bord du lit. Camus ne savait plus comment réagir. Tapotant le matelas à côté de lui comme une âme en peine, le Grec lui demanda alors d'une voix éteinte :
« Assieds-toi. »
S'installant près de son amant, le Verseau répondit sans cacher son inquiétude :
« Et si tu me disais clairement ce qui se passe. »
Relevant enfin les yeux sur lui, le Scorpion ouvrit la bouche, la referma et afficha un air franchement malheureux. Camus ne l'avait pas vu aussi troublé, hésitant et en prise au chagrin, depuis la décision commune de leurs Maîtres de les séparer après la disparition de Zoltan. Milo n'était pourtant plus un enfant. Et voilà que les iris clairs se mouillaient d'eau.
« Je suis désolé, Camus », murmura soudain le Grec alors que deux larmes dévalaient ses joues.
Atterré par ce spectacle, le Français ne savait pas comment réagir. D'un côté son cœur lui soufflait de consoler son compagnon d'un geste tendre, de l'autre sa raison lui enjoignait de trouver l'explication d'un tel débordement. Et au milieu, son inexpérience de l'équilibre des situations émotives le paralysait. Se raccrochant à l'attitude froide qu'on lui avait appris à conserver en toutes circonstances, il parvint à demander d'un ton très calme :
« Enfin Milo, que t'arrive-t-il ? »
Mais au lieu de lui donner une réponse logique, le Scorpion le dévisagea avec une attention étrange durant quelques instants, avant de fondre franchement en larmes.
« Je suis désolé. Vraiment désolé, se mit-il à égrener telle une litanie. Je ne voulais pas. Ça je te le jure. Si tu savais comme je m'en veux. »
Incapable de comprendre de quoi il parlait, mais bouleversé par la douleur exprimée par ses mots, Camus finit par l'attirer spontanément entre ses bras. Après tout, même s'il n'était pas doué pour réconforter ses semblables, il avait eu deux apprentis pour faire ses armes. Milo ne devait pas être pire à gérer que Hyoga. Il devait simplement l'aider à reprendre pied. Une main caressant la chevelure du Grec et l'autre tapotant son dos, il opta pour laisser son instinct le guider.
« Là, ça va aller, tenta-t-il d'apaiser son amant comme l'on console un enfant. J'ignore ce qui te fait autant de mal, mais tu sais que tu peux compter sur mon aide. Quoi qu'il se soit passé, je suis incapable de t'en vouloir.
— Tu devrais, fut la nouvelle réponse incompréhensible qu'il obtint, alors que Milo se reculait pour relever un regard coupable sur lui.
— Voyons Milo, qu'est-ce que tu aurais bien pu faire de si terrible ?
— Je t'ai abandonné. »
Légèrement interloqué, Camus mit quelques secondes avant de comprendre que son amant parlait de son attitude après la Guerre Sainte. Pourquoi diable le grec ramenait-il maintenant ces mauvais souvenirs sur le tapis ?
« Milo c'est épisode est derrière nous, minimisa le Verseau. Je t'en ai un peu voulu au début, c'est vrai. Mais maintenant il faut aller de l'avant. Oublie ce que j'ai pu te dire dans ma chambre lors de notre dernière mission. Je t'ai pardonné et je … et tu m'es vraiment très cher. »
Au fur et à mesure que Camus livrait à demi ses sentiments, les images des longs mois précédents son retour au Sanctuaire défilaient dans sa mémoire. Bien qu'atténués, les souvenirs des coups, des mensonges et des viols refaisaient surface malgré lui. Il serait sans doute toujours incapable d'en parler ouvertement, parce que trop d'éléments douloureux demeuraient et que les mots lui pèseraient éternellement, mais il avait véritablement pardonné à Milo, et après avoir douté un moment de parvenir à lui accorder à nouveau une confiance pleine et entière, il s'en remettrait à présent à lui corps et âme.
Milo avait cessé de pleurer, mais aucun sourire n'ourlait ses lèvres. Il se contentait de l'observer avec une intensité sérieuse inaccoutumée. Habitué à décrypter facilement ses expressions, Camus s'étonnait du mélange de chagrin et de bonheur qui alternait sur ses traits. Ces deux émotions fluctuaient par vagues sur son visage, semblant suivre les réflexions intimes du Français. C'était déconcertant.
« Tu ne dois plus t'en vouloir, reprit-il d'un ton ferme. Tu as mal agi, mais tu t'es excusé, et tu m'as prouvé plusieurs fois depuis combien tu regrettes. Il semblerait que l'on nous ait tendu des pièges, et j'ai moi-même des choses à me reprocher. »
Saisissant sa main, Milo lui intima avec douceur :
« Camus, surtout ne pense plus à rien. »
La réplique de son compagnon le laissa un instant surpris, et puis brusquement, il comprit.
« Elle n'a tout de même pas fait osé faire ça ! »
Penaud, le Scorpion avoua :
« J'ai bien peur que si. »
La brutalité de la découverte de leur nouvelle situation, et surtout tout ce qu'impliquait celle-ci, scia aussitôt la réactivité et l'esprit d'analyse du Verseau.
« Mais enfin pourquoi ? se lamenta-t-il presque.
— Tu le sais déjà pourquoi mon Camus, répondit avec le plus de douceur possible son amant. Elle tient à ce que j'ai un œil sur toi. Et quelle chaîne plus solide aurait-elle pu nous imposer que le lien qui te reliait jusque-là à Sergueï ? Elle ne pouvait pas non plus concevoir que ton fils rejoigne Hadès en conservant un tel avantage. Que tu le veuilles ou non, Sergueï aurait pu lire en toi des informations capitales que l'ennemi se serait empressé d'exploiter. Athéna m'a expliqué que le problème, c'est que détruire un tel lien est impossible. La seule possibilité qu'il lui restait, c'était de le transférer. Et ça aussi, d'après ce que j'ai compris, ce n'était pas gagné.
— J'aurais aimé qu'elle se plante, déplora le Français avec irrévérence.
— Moi aussi, le conforta Milo. Et je t'assure que Sergueï était loin d'être emballé par son projet. Il t'aime véritablement ce gosse, et il a appris à vivre avec cette partie de toi-même dans son esprit. Mais elle ne nous a pas laissé le choix. »
Les larmes taries du Scorpion menaçaient de réapparaître, et passant par-dessus son premier mouvement de colère, Camus serra la main de son amant dans la sienne.
« Dis-moi comment elle a fait », exigea-t-il en muselant ses émotions.
Posément Milo lui raconta le déroulement des opérations : sa confrontation avec un Sergueï tout aussi étonné que lui, les explications expéditives d'Athéna pour convaincre l'enfant et lui-même qu'il n'existait pas d'autre solution, et son intervention divine pour changer le dépositaire du lien que le petit Russe partageait avec Camus. L'exécution de ce tour de passe-passe avait été imparable, douloureuse, mais heureusement fort rapide.
« Lorsque je me suis remis du coup de massue qu'elle nous a asséné, je me suis tout de suite senti habité par un élément supplémentaire », termina Milo avec un peu d'hésitation.
Labrève crispation des mâchoires du Français l'alarma.
« Ne t'inquiète pas, le rassura-t-il en se rapprochant de lui. Je pense que ça se passe pour moi comme pour Sergueï. Si tu me fermes ton esprit, je ressens toujours ta présence, mais je suis incapable de lire clairement en toi.
— Et Sergueï ? ne put s'empêcher de demander le Verseau.
— Lorsque je l'ai quitté, il était inconscient. Mais je suis sûr que Saori a pris le relais auprès de lui, s'empressa d'ajouter Milo face au regard soudain un peu plus terne du Verseau. Camus, je sais que c'est cruel, mais tu dois oublier cet enfant.
— Ne t'en fais pas. Je sais où se trouve mon devoir. »
Le Verseau n'en baissa pas moins la tête à la fin de sa phrase. Il assimilait toutes ces informations avec plus ou moins de facilité. Le plus difficile pour lui étant de faire abstraction de son fils. Non seulement il n'était pas autorisé à demander de ses nouvelles à Athéna, mais il ne le reverrait probablement plus jamais.
En sentant les bras de Milo se refermer sur lui, il abandonna contre son torse avec confiance.
« Tu ne m'en veux pas ? chuchota le Grec à son oreille.
— Comment le pourrais-je ? Te soustraire à la volonté d'Athéna était impossible. Ce sont les pouvoirs de Sergueï qui ont façonné cette singularité. Rien ne serait arrivé s'il avait été un enfant ordinaire. Jamais je n'aurais dû céder à Aslinn. Le seul responsable, c'est moi. »
Percevant son chagrin même s'il n'en distinguait pas les détails, le Scorpion répliqua d'une voix douce :
« Ne dis pas n'importe quoi. Il est tard, et la journée a été éprouvante. Athéna a cherché à me punir, mais ça va aussi me permettre de mieux veiller sur toi. D'abord, tu vas te reposer, acheva-t-il en l'allongeant d'autorité auprès de lui sur le lit.
— Milo…
— Dorénavant, il faudra aussi que tu te nourrisses convenablement
— Milo…
— Et plus question de lire jusqu'à l'aurore.
— Milo ! »
Se redressant d'un coup de rein, le Verseau faisait à présent face au Scorpion avec son air le moins engageant.
« Je ne fais que prendre soin de toi mon amour, susurra le Grec en retrouvant son sourire espiègle.
— Et moi j'ai besoin de respirer ! »
Absolument pas intimidé par son regard noir, Milo enchaîna :
« Un petit sablé ? Un baiser dans le cou ? Bon d'accord, j'arrête. À la condition que tu viennes te pelotonner là, acheva celui-ci en frappant le matelas à côté de lui. Pour que je puisse t'enlacer correctement et que tu n'aies pas fr…
— Milo ! »
Ce nom claqua de façon clairement menaçante, mais les yeux du Verseau s'adoucirent, et docilement il s'allongea entre les bras du Scorpion. Immédiatement celui-ci l'emprisonna dans une étreinte chaude, aimante et silencieuse. Camus savait que son amant n'essayait que de distraire son chagrin. Pourtant, derrière ce regain de bonne humeur, il devinait l'angoisse qu'il ressentait pour lui, mais aussi l'ombre d'une interrogation.
Après tout ce qu'il venait de vivre, le Français songea qu'il était peut-être temps de le rassurer, au moins définitivement sur un point. Forçant sa réserve naturelle, il ouvrit alors totalement son esprit à Milo. Durant quelques secondes, il libéra la force de ses sentiments profonds. Il acceptait enfin de dévoiler la réalité de son amour pour le Grec. Avec honnête et avec confiance. Sans restriction ni hésitation. À travers le prisme de ses émotions, il exposait la dimension de ce qu'il éprouvait réellement pour lui, et qu'il ne pourrait jamais traduire par des mots.
Milo accueillit ce cadeau inattendu avec une reconnaissance émue. Lorsque le livre ouvert du cœur du Verseau se referma, le regard du Scorpion brillait de larmes contenues qu'il dissimula en posant un baiser tendre sur le front de son vis-à-vis.
« Oh, mon Camus, tu es tellement…
— Je préfère que tu t'abstiennes de commentaires, l'interrompit le Français en reprenant le contrôle de sa froideur habituelle. Et tu n'y as eu droit que parce que nous traversons des moments exceptionnels. En temps normal, il est hors de question que je te laisse accéder aussi facilement aux réponses que tu cherches.
— Je vais presque souhaiter que nous traversions d'autres temps de crise », susurra le Scorpion en se lovant davantage contre lui.
Avec une fermeté farouche, Camus verrouilla à nouveau ses émotions, et Milo ne douta pas que, dorénavant, il allait s'employer à le faire encore plus scrupuleusement que précédemment. Le cœur du Verseau était quelque chose de trop précieux pour s'exposer à tout moment. Mais il percevait sa présence aimée et familière à l'intérieur de son âme, et il comprenait pourquoi Sergueï avait paru si réticent à lui abandonner son fardeau. Si le onzième gardien refusait de se livrer, Milo était incapable de déterminer exactement ce que ressentait et encore moins de connaître ses pensées précises, mais c'était bel et bien une part de son beau Français qu'il transporterait désormais dans un coin de sa tête, tout le temps et en tous lieux.
Milo avait toujours conservé sur lui le médaillon légué par sa mère, d'une valeur encore plus inestimable depuis qu'il enfermait une des mèches de cheveux de Camus(1), mais par rapport à ce présent, le châtiment d'Athéna, pour difficilement gérable qu'il fût, le comblait de bonheur. Le Verseau avait beau se barricader derrière son cosmos, ce qu'il en percevait suffisait à armer le Scorpion de tous les courages pour affronter l'adversité et protéger son amant de la colère des Dieux.
Les émotions rentrées de Camus n'exprimaient en rien la froideur qu'on lui prêtait communément. Ce qu'il lisait était chaud, doux, tendre, et bien que le Français eût préféré se couper un doigt plutôt que de l'admettre, il pensait énormément à lui. Et ça, c'était la plus merveilleuse des récompenses.
Bien plus bas, au premier temple, Mü conservait une immobilité parfaite dans l'encadrement de la porte qu'il venait d'entre-ouvrir. La pièce devant lui restait plongée dans le noir, mais il parvenait malgré tout à distinguer le dormeur allongé dans le lit qui lui faisait face. La respiration régulière de celui-ci soulevait doucement son torse, tandis que le rayon de lune qui filtrait par les volets grisait le désordre de sa chevelure répandue sur l'oreiller.
Regarder sommeiller Kiki apaisait les doutes du Bélier. L'adolescent avait souffert de leur séparation après la Guerre Sainte, mais Athéna soit louée, il n'avait jamais dû combattre comme lui l'avait fait. Tout ce que souhaitait maintenant Mü, c'était que le sort continue d'épargner le jeune Atlante que Shion avait remis à ses soins.
Les années auraient beau s'écouler, le Bélier n'oublierait jamais les tragédies qui jalonnaient sa vie d'avant. Aucun d'entre les Douze ne le pourrait. Il en avait la certitude. Ils avaient guéri leurs blessures, mais les cicatrices demeureraient comme un rappel de leurs erreurs. Et ce constat poussait le premier gardien à envisager l'avenir avec beaucoup plus de réserves que l'adolescent roux qui sommeillait avec confiance à quelques pas.
Kiki n'était plus un enfant. Si un nouveau conflit devait survenir, cette fois-ci, il serait sûrement impliqué de manière plus combative. Mü ne doutait pas de la valeur de l'adolescent qu'il avait formé, mais il ne sous-estimait pas non plus celles des adversaires qui croiseraient sa route. Aurait-il alors la possibilité, ou seulement la liberté, d'intervenir pour le défendre si les événements menaçaient sa jeune vie ?
Mü referma la porte avec un soupir incertain. Il reconnaissait la justesse de la sanction qui le touchait. Une fois la légère égratignure de son orgueil apaisée, il était même heureux de se retrouver sous l'autorité directe de Shion. Ce retour en arrière allait lui permettre de compléter une formation brutalement interrompue. II y trouverait son compte et il savait que Shion l'enseignerait en toute discrétion. Mais le jugement d'Athéna envers les deux principaux accusés le laissait mitigé.
Être parvenu à sauver la tête de Camus s'apparentait à une victoire, mais les décisions de leur Déesse à l'encontre du Verseau demeuraient lourdes de conséquences. Quant au sort de Sergueï, il l'attristait. Il semblait à Mü avoir totalement échoué sur ce dernier point, et il n'enviait pas du tout le sort de Shaka, qui se transformerait en bourreau pour l'enfant à un moment donné.
Tout aussi tourmenté, Aldébaran n'arrivait pas à trouver le sommeil. Serrée entre ses bras comme un petit oiseau dans son nid, Mélina avait fini par s'endormir. La jeune femme l'avait accueilli un peu plus tôt avec son sourire et sa gentillesse habituels, mais derrière ses paroles de réconfort, il avait deviné comme une appréhension pour l'avenir.
Elle n'en parlerait pas car, comme à l'accoutumé, elle était incapable de s'en souvenir, mais le Taureau avait la conviction que durant son absence elle avait eu une de ces prémonitions si troublantes. Comme à chaque fois elle n'en conservait qu'inconsciemment la trace. Quoi qu'elle eût vu, il préférait ne pas le savoir. Chaque jour suffisait sa peine, et il venait de se prendre une claque plutôt violente.
Comment avait-il pu passer à côté du drame que vivait Camus ? Et que penser du sort qui attendait le petit garçon sacrifié par Athéna ? Son aveuglement le démoralisait. Aldébatan ne pouvait s'empêcher de songer que s'ils s'étaient tous réunis pour anticiper, peut-être auraient-ils pu trouver une meilleure solution. Et dire qu'il se targuait de faire refleurir l'harmonie entre ses frères d'armes. Il se sentait pitoyable et ce fut pour combattre ses yeux humides qu'il ferma les paupières.
Les mâchoires crispées et les poings serrés Death Mask frappait avec violence le fût d'une colonne millénaire qui n'en demandait pas tant. Fissurée et constellée d'impact plus ou moins profond, celle-ci serait vraisemblablement à remplacer dès le lendemain matin. Shura en charge des autorisations pour ce genre de réparations plisserait sans doute le nez, mais il n'en avait rien à faire.
Il regrettait surtout de devoir se défouler seul. Quiconque aurait traversé son temple à cet instant aurait d'abord dû partager cet entraînement spécial en l'affrontant. Il n'était d'ailleurs pas sûr qu'il en serait ressorti en un morceau. Ses voisins du dessous étaient malheureusement passés avant son arrivée, et la morosité ambiante n'incitait guère les autres aux visites de courtoisie.
Le Cancer enrageait. Devoir se charger du petit Yanos dépassait ses pires cauchemars. Et pourtant, il en faisait encore parfois d'effrayants. Si seulement il avait eu la possibilité de détourner les yeux - dans un moment d'inattention malencontreuse – quand le gamin se heurterait à une réelle difficulté. Mais non ! Non seulement il lui faudrait supporter ce porte-poisse ambulant, mais en plus il devrait lui servir de nounou dévouée. Comme si la guigne ne l'avait pas déjà assez malmené ! Athéna exagérait !
D'une frappe transversale brutale, Angelo finit de briser en deux la vétuste colonne dont la partie haute chut avec fracas. Le bruit des petits fragments de pierre qui retombait autour de lui le ramena à la raison. Le regard toujours aussi farouche, mais les muscles un peu moins contractés, le Cancer prit une grande inspiration avant de se porter sur le parvis extérieur de son temple.
La fraîcheur de la nuit lui rendit son calme. Plus paisible, il s'assit sur la première marche. Il ne rentrerait pas dans son logis ce soir. Pousser la porte pour affronter sa solitude était au-dessus de ses forces. La présence tranquille de Sergueï lui manquait.
Qui aurait dit qu'il s'attacherait autant à un gamin ? Quelques mois en arrière l'Italien aurait été le premier à en rire. Mais au-delà d'un mystère à résoudre, l'enfant lui avait apporté une stabilité reposante bienvenue, à laquelle il n'avait jamais goûté auparavant. Qu'il fût une « monstruosité » doublée du fils du Verseau n'enlevait rien au fait qu'il appréciait son apprenti pour de multiples raisons.
Ne plus revoir Sergueï serait difficile, mais il l'acceptait. Compte tenu des enjeux, Angelo finissait aussi par admettre que l'avenir imposerait sans doute son élimination. Mais devoir être celui qui risquait de lui barrer la route un jour le hérissait.
Tout ce qu'il espérait, c'était que cette éventualité ne se réaliserait pas avant plusieurs années. Le temps que Sergueï devînt adulte et surtout, que se dissolve ses manières de chevalier au grand cœur. Qu'il prît suffisamment de coups pour abîmer son âme généreuse. Qu'il leur en voulût assez pour affronter tout ce que comptait le Sanctuaire sans hésitation.
Alors là, oui, le Cancer réagirait de façon impitoyable. Dans le cas contraire, s'il devait s'opposer aux grands yeux d'ambre d'un Sergueï enfant qui le suppliait de le laisser passer pour s'enfuir du sombre royaume, il y avait de fortes chances pour qu'il y perdît à nouveau son âme.
Assis l'un près de l'autre sur un rocher plat, Kanon et Saga se confrontaient à l'immensité liquide qui charriait son écume jusqu'à leurs pieds.
En quittant le Palais, Kanon avait spontanément emprunté l'un des chemins qui descendaient vers la côte. Bien qu'Athéna leureût demandé de regagner leur temple elle avait levé sa consigne, et la nuit était maintenant suffisamment avancée pour qu'il ne croisât personne susceptible de rapporter sa désobéissance.
À sa surprise, Saga s'était engagé sur la sente derrière lui. Il n'avait rien dit, mais l'initiative de son jumeau l'avait soulagé en le rendant heureux.
Arrivé près de l'étendue d'eau salée, son frère s'était porté à sa hauteur et ils avaient échangé quelques propos presque anodins. Il n'en fallait cependant pas davantage pour exprimer tout ce que leur fierté leur interdisait de présenter avec des mots. Depuis, immobiles et silencieux, les jumeaux fixaient la mer et son ressac immuable en ressentant une fraternité paisible.
Kanon venait de retrouver une liberté de mouvement qui lui permettrait d'intervenir plus facilement auprès de Shaka si le besoin s'en faisait sentir. La décision d'Athéna à son encontre ne le désolidarisait pas pour autant des rebondissements qui risquaient d'assaillir les chevaliers d'Or.
Son retour à leurs côtés se heurterait aussi certainement à un vent de fronde méfiante, après sa conduite envers Sergueï, conduite ayant la disgrâce de Camus. Les dernières traces acides produites par le brouillard agressif émanant du Scorpion, alors que l'ex dragon des mers traversait le temple du Verseau pour se rendre à la convocation d'Athéna, étaient là pour le lui rappeler.
Il ne regrettait pourtant rien. Son initiative éloignait Saga des foudres de leur Déesse, et c'était tout ce qu'il souhaitait. Restait cependant une épine dont il n'était pas certain d'arriver à se débarrasser. Il avait beau se blinder de son bon droit et de la satisfaction d'être parvenu à ses fins, il n'aimait pas le sort réservé au petit Russe.
La douleur du Verseau à l'énoncé du jugement qui touchait son fils lui était aussi apparue dans sa plénitude. Pour la première fois, il comprenait le froid gardien. Kanon assumait ses actes, mais s'il existait une possibilité d'influer sur le destin de Sergueï pour adoucir celui-ci, il la trouverait. Et cette fois-ci, il ne cacherait rien à son aîné de ses manigances.
De son côté, après les dernières tensions de la journée, Saga goûtait un sentiment de calme bienvenu aux côtés de son imprévisible jumeau. Leur réconciliation tombait à point pour apaiser son principal souci, à savoir : que la vie du chevalier du Verseau reposait désormais entre ses mains.
Il s'attendait à une sanction de ce genre de la part d'Athéna, mais il aurait aimé que Camus s'abstînt de réagir à l'écoute du destin de son fils. Au moins aurait-il eu l'illusion que le Français acceptait totalement la situation et qu'il n'aurait jamais à intervenir.
Imaginer qu'il devrait peut-être un jour exécuter celui qu'il venait de sauver, parce que ce dernier défierait de nouveau l'autorité de leur déesse, le plaçait dans une position peu enviable. Même s'il savait qu'en cas de besoin, il n'hésiterait pas une seconde. Et il le ferait avec d'autant plus de détermination, qu'il se doutait que face à un dilemme mettant en balance son fils et le Sanctuaire, la mort serait une délivrance pour Camus.
Saga espérait toutefois sincèrement ne pas avoir à en arriver là.
Un autre sujet d'inquiétude préoccupait le Gémeau. Au cour de leur jugement, le mal-être d'Aioros ne lui avait pas échappé et il était convaincu que les moments difficiles qu'ils venaient tous de vivre n'expliquaient pas à eux seuls l'esprit chagrin du Sagittaire. S'il était clair que le frère d'Aiolia se reprochait son implication maladroite dans la vie du Verseau, il le faisait à la manière de l'adolescent trop tôt grandi qu'il était toujours quelque part dans sa tête.
Jusqu'à présent, personne n'avait véritablement fait attention à ce paradoxe. Saga encore moins que les autres, alors qu'il était certainement celui qui connaissait le mieux la sensibilité généreuse, mais sujette à de fréquentes remises en cause du Sagittaire. Un peu honteux, le Grec se promit de se rapprocher davantage de celui qui, durant de longues années, avait été son meilleur ami.
Cette journée était décidément bien sombre, et d'un mouvement spontané, Saga laissa aller son épaule contre celle de Kanon. Sans rien dire, ce dernier tourna son visage vers lui en passant le bras autour de sa taille. Cette fois-ci, les Gémeaux resteraient unis contre vent et marée.
La joue caressée par les boucles auburn de Marine, Aiolia conservait les yeux grands ouverts. Après plus de deux heures de longue discussion concernant les moments difficiles que la chevalerie d'Or venait de traverser, la jeune femme avait fini par s'endormir.
Bien sûr il ne lui avait livré que les éléments qu'il savait ne pas être confidentiel. Soit, très peu de choses en vérité. Mais Marine partageait sa vie depuis plusieurs mois maintenant, et elle avait été le témoin direct de l'isolement des douze Maisons sacrées durant quelques heures. Contrairement à Mélina elle percevait le cosmos guerrier d'Athéna, et elle avait été l'une des premières à suspecter les difficultés vécues par Camus. De plus elle était proche des apprentis. Elle avait plus ou moins deviné qu'une sanction particulière frappait le Verseau, et si elle en jugeait à la mine sombre du Lion, plusieurs des Ors convoqués au Palais avaient dû essuyer un orage sévère.
Avec délicatesse, le Grec lui avait appris que Sergueï quitterait le Sanctuaire dès le lendemain, sans rien préciser de sa destination, et encore moins de sa filiation. Cela faisait partie des points qu'il ne devait pas divulguer. Mais même s'il avait pu en parler, il n'aurait pas eu le cœur de lui dire ce qui attendait le petit Russe.
Marine s'était déjà tellement attachée à la jeune Irina. Lui-même sentait comme une boule lui nouer l'estomac à l'évocation du sort de l'enfant. Les probables questions de la fillette, qui partageait désormais leur vie, face à la disparition de Sergueï du Sanctuaire seraient sa punition pour ne pas avoir été suffisamment réactif. Au moins, protégerait-il Irina.
Aiolia s'inquiétait également pour son frère. Aioros ne se pardonnait apparemment pas son manque de discernement qui l'avait amené à tout déballer à Shion. Que son indiscrétion eût finalement été en faveur du Verseau n'y changeait rien. Le Lion avait bien essayé de lui en toucher deux mots pour l'aider à évacuer ses remords, mais le Sagittaire avait refusé la discussion. Et le Grec redoutait l'avenir.
Assis sur son lotus de pierre dans une position du vajra parfaite, Shaka tentait en vain de méditer. L'esprit assiégé par mille pensées parasites, il butait lamentablement sur le plus basique des enseignements bouddhistes qui exigeait un lâché prise total. Un exercice qu'il effectuait pourtant jusque-là d'instinct.
Il avait déjà traversé des crises, mais jamais aucune ne l'avait atteint à ce point. Avec résignation, comme on accepte un juste châtiment, il finit par ouvrir les yeux. En face de lui, plusieurs bougies flottaient dans une vasque en entretenant une lumière douce. Il était peu habitué à exposer ainsi ses iris clairs, et après un clignement de paupières, il fixa les flammes de manière presque hypnotique.
Il savait que les ordres d'Athéna ne souffriraient d'aucun aménagement et il en reconnaissait le bien-fondé. Sergueï représentait un danger potentiel pour le Sanctuaire. Une fois adulte, sa puissance serait bien trop grande pour que leur déesse prît le risque d'en doter l'ennemi.
La Vierge était certainement l'un des seuls à avoir compris le but réel de cet exil imposé. En semblant offrir un cadeau inestimable à Hadès, Athéna misait sur la probabilité que l'enfant ne survivrait pas à la dureté de son nouvel univers. Et si cela ne suffisait pas, elle l'avait implicitement désigné pour accomplir cette tâche alors que lui-même se rendrait aux Enfers en tant que faux transfuge.
C'était cruel, mais si l'Indien s'en tenait à ce qu'il savait de la monstruosité réelle que représentait le garçonnet, celui-ci devait effectivement mourir. Si possible loin des yeux du Verseau pour éviter un autre drame.
Et pourtant, Shaka ne parvenait pas à faire abstraction de ce qu'il avait cru percevoir concernant Sergueï lors de ses pérégrinations dans des dimensions spirituelles parallèles. Si ce qu'il avait ressenti était vrai, alors la véritable nature de l'enfant n'englobait pas que la destruction.
Derrière le bouleversement apocalyptique annoncé que redoutait Athéna, il existait aussi autre chose. Un mystère ressemblant à la caresse étonnamment douce d'une chose si grande, si pleine, si entière et si fondamentalement intrinsèque à la définition de l'univers lui-même, que malgré ses efforts, le sixième gardien n'arrivait à en saisir qu'une infime fraction à chaque fois.
Et le chevalier s'interrogeait. Car ce qu'il ne parvenait pas à identifier avec précision rendait le petit garçon bien supérieur aux Dieux eux-mêmes.
Prudent, Shaka préférait taire pour l'instant ce qu'il avait découvert. Malgré toute sa sagesse et l'expérience de ses millénaires, Athéna n'avait qu'une idée parcellaire des pouvoirs développés par les chevaliers d'Or de la Vierge au cours des siècles. Ceux-ci l'avaient toujours servie avec loyauté, car elle représentait un idéal qu'ils respectaient, mais ils avaient également appris à se forger des chemins leur permettant d'affiner leur jugement de valeur.
Leur déesse n'avait pas conscience que sa singularité en tant que chevalier d'Or de la Vierge l'autorisait à naviguer aussi loin entre les mondes. C'était pourtant bien cette vision d'ensemble qui lui avait permis de saisir l'enjeu véritable qu'elle visait. Tout au moins, en partie.
Athéna désirait se venger d'Hadès, et pour cela elle n'hésiterait pas à utiliser Sergueï, en pariant que le désespoir pousserait l'enfant à ouvrir des vannes dévastatrices aux Enfers avant de mourir. Mais si elle se trompait ? Si au lieu de libérer un pouvoir destructeur Sergueï touchait en fait à un bien absolu ? Comment Shaka pourrait-il vivre ensuite avec la mort d'un être aussi exceptionnel sur la conscience ?
La Vierge savait que s'il parvenait à suffisamment frustrer le petit garçon pour l'inciter à recourir à la puissance qui dormait en lui, il n'aurait malheureusement pas le temps de juger de sa nature réelle avant de passer à l'acte. Il devrait le tuer pour éviter que la libération de son pouvoir ne débordât sur le Sanctuaire.
Éliminer Sergueï à ce moment-là rentrerait dans les actions dictées par une prudence élémentaire. Tout ce que souhaitait l'Indien, c'était que l'enfant commît auparavant une faute suffisamment impardonnable pour justifier son crime.
Faire un mal pour un bien… Athéna venait de l'investir d'une des plus grandes contradictions des Dieux. Et il n'était pas certain d'avoir la force de l'assumer. La présence du Capricorne à ses côtés lui manquait terriblement.
Silhouette invisible au cœur de la nuit, Dohko se tenait immobile sur l'un des promontoires qui entouraient le Palais. D'une série de sauts acrobatiques et précis, il s'était ainsi mis à l'écart. Il avait besoin de réfléchir, de prendre du recul, de mesurer la juste valeur des décisions arrêtées par Athéna. Shion lui-même s'interrogeait. Il le savait.
Ce n'était pas la première fois que son ami désapprouvait en partie leur déesse, mais jamais auparavant il n'avait fait preuve d'une telle hésitation face à la conduite à tenir. La Balance sentait le Grand Pope indécis face à l'avenir, et cela l'inquiétait plus que si l'ancien Bélier s'était opposé franchement à Athéna. Ils allaient entrer dans une ère inconnue, avec tous les dangers et les surprises que cela sous-entendait. Tous les chevaliers du Sanctuaire seraient-ils capables de s'y adapter et d'y survivre ?
Avec angoisse, il laissa planer son regard en contre-bas. Le long versant rocheux où s'étageaient les douze Maisons n'était qu'une masse compacte et sombre. Aucune lumière n'émanait d'un des logis. Le temple de la Vierge lui-même se dissimulait maintenant dans les ténèbres, alors que généralement des lueurs falotes trahissaient l'exercice des méditations de son occupant jusqu'à fort tard dans la nuit. Ce n'était pas bon signe. Avec délicatesse il tenta d'entrer en contact avec les cosmos de ses pairs.
L'heure était grave. Ils devaient s'entre-aider et rester soudés. Mais mis à part Aldébaran qui lui retourna un sentiment de désolation préoccupée, tous les autres se calfeutrèrent derrière l'inertie d'un sommeil qu'il devina feint. Cela ne fit que renforcer son inquiétude.
Par rapport à ses camarades, il possédait l'expérience et la sagesse des anciens. Par fierté, certains refuseraient sans doute qu'il mît à leur service ces qualités, mais il se passerait de leur approbation. Il était bien décidé à aider ces hommes déjà trop malmenés.
Recroquevillé au plus profond de son temple, Aioros pleurait comme un enfant. Il avait tout raté. Athéna n'aurait jamais dû le ramener. Sa délation involontaire auprès de Shion lui laissait le goût de l'erreur et d'un échec cuisant.
Il les avait quittés voilà bien trop longtemps.
Il ne réussirait jamais à rattraper le temps perdu.
Sa bonne volonté ne pallierait pas ce qu'il n'avait pas vécu.
Il se montrait bien trop naïf.
Ses efforts ne servaient à rien.
Certes, sans le vouloir il avait permis au Grand Pope de dénicher des documents excusant en partie le Verseau. Du moins était-ce ce que l'ancien Bélier lui avait confié alors que huit de ses camarades se morfondaient au fond de leur temple en attendant le jugement de Camus. Mais le Sagittaire n'en tirait aucune consolation. Le hasard avait simplement bien fait les choses, car dans son accès de curiosité un peu aigrie Aioros aurait tout aussi bien pu aller trouver directement Athéna. Et dans ce cas de figure, le Français se serait retrouvé dans une situation plus périlleuse encore.
Il n'en était pas moins responsable de la découverte de toute cette histoire. De l'exil de Sergueï, de la menace planant sur la tête de Camus, des sanctions frappant ses alter ego. Et parmi toutes ces sanctions, celle qui touchait Saga le brisait.
Imaginer le Gémeau forcé d'exécuter Camus était impensable. Comment croiser le regard de son ancien meilleur ami maintenant ? Il était hors course et il venait sans doute de se couper à jamais de l'amitié de Saga. Alors, à quoi bon s'entêter à bien faire ? Sa place n'était plus ici.
Debout devant la statue d'Athéna qui trônait en majesté entre deux hautes colonnes de son temple, Shura ne parvenait pas à se recueillir comme il le faisait habituellement. La représentation de sa Déesse ne lui apportait aucun réconfort. L'incarnation divine avait pourtant fait preuve d'une grande mansuétude à son égard, et il ne pouvait que lui être reconnaissant de la confiance qu'elle lui accordait. Former et entraîner un nouveau corps de défense, et surtout se voir investi de la sécurité du Sanctuaire, le récompensaient au centuple de la foi qu'il avait toujours mise en elle.
Mais au-delà de sa personne, le Capricorne ressentait le désarroi de Shaka. Un état tellement inconcevable pour un être si équilibré, qu'il avait d'abord cru rêver. Et pourtant, il n'y avait pas d'erreur possible. Malgré la distance et l'attention que portait la Vierge à ne pas laisser deviner son état d'esprit, à cet instant précis, il percevait son agitation intérieure.
Le cosmos de celui qui l'avait sauvé, d'ordinaire si calme et lumineux, vacillait, et l'Espagnol enrageait de ne pas pouvoir le rejoindre. C'était suffisamment inhabituel pour l'alarmer. La sanction qui le frappait en le séparant de Shaka lui apparaissait brusquement dans toute sa sévérité.
Avec un peu d'étonnement, Shura prenait enfin conscience de la position majeure que l'indien occupait véritablement dans son existence. De thérapeute, l'Indien était passé à confident, pour devenir un ami fidèle, avant de se transformer en compagnon encore plus intime.
L'ambiguïté complexe de leur rapprochement les plaçait à la marge des rapports ordinaires, là où le sens commun des mots cachait une autre réalité. La Vierge tenait à présent un rôle indispensable dans sa vie.
Alors oui, il respecterait les ordres d'Athéna autant qu'il le pourrait, mais si Shaka persistait à douter de la sorte, il trouverait un moyen pour le rejoindre afin de l'aider à retrouver sa quiétude. Cela ne remettait pas en question sa fidélité à sa déesse. C'était juste un retour équitable envers celui à qui il devait une reconstruction personnelle réussie.
Réfugiée au plus profond de son jardin, camouflé par une végétation épineuse qui déployait ses pousses printanières, Aphrodite cherchait consolation auprès du premier bouton formé de ses roses. Précoce et fragile, le petit renflement laissait déjà entrevoir un pétale à la blancheur parfaite, reconnaissable sous les rayons de lune. D'un doigt délicat et précis, le Suédois frôlait les feuilles encore tendres du rosier gorgé de sève.
Devoir abandonner les reines de son jardin pour rejoindre le sombre royaume le déprimait. Bien sûr il n'y demeurerait pas à temps plein. Il s'ingénierait même à faire de fréquents aller et retour. Mais ses séjours aux Enfers, aussi courts fussent-ils, n'auguraient rien d'agréable. Surtout lorsqu'on passait du statut d'ancien résident forcé et renégat patenté, à celui d'ambassadeur officiel de la partie adverse.
Il y avait gros à parier que ses tractations se heurteraient à une certaine hostilité et peut-être à un petit esprit de revanche. De quoi déployer au maximum ses talents de séducteur qui ne s'en laissaient pas compter.
Malgré son vague à l'âme, Aphrodite savait néanmoins que cette fois-ci, il agirait avec discernement. Pas question de ne pas aider ses compagnons d'armes à franchir ce nouvel obstacle. Il suivrait avec attention le parcours de Shaka et il tâcherait de se rapprocher de Death Mask, qui redoutait visiblement de devoir un jour barrer la route à son ancien apprenti.
Le souvenir de Sergueï arracha un soupir de désolation au chevalier des poissons. D'ici quelques heures, en tant que nouveau plénipotentiaire, il devrait remettre le petit garçon entre les mains de leurs ennemis. La décision d'Athéna était certainement motivée, mais c'était de loin une des missions qui lui pesait le plus.
Camus avait raison sur un point. Un tel environnement ne convenait pas à un enfant. Les sentiments paternels du Verseau honoraient celui-ci, et sans désobéir aux ordres d'Athéna, Aphrodite savait déjà qu'il s'emploierait à adoucir la condition de Sergueï autant qu'il le pourrait. Après tout, si leur Déesse avait chargé Shaka de mener un travail de déstabilisation en règle, elle n'avait rien dit le concernant. Et il était bien décidé à interpréter ce silence à sa manière.
Installé à son bureau, Shion retranscrivait scrupuleusement les évènements de cette journée peu ordinaire. D'une écriture fine et déliée, il relatait ce que personne ne devrait jamais lire. Une fois son témoignage achevé, il demanderait à Athéna de sceller elle-même le dossier où il le rangerait. Comme d'autres documents sensibles avant celui-ci, il rejoindrait ensuite la partie la plus secrète des archives du Sanctuaire.
C'était un travail fastidieux, et qui ne l'aidait guère à prendre le recul nécessaire pour analyser la situation, mais il était conscient que le sommeil le fuirait jusqu'au matin, et il avait besoin de s'occuper l'esprit.
Posant sa plume un moment, l'ancien Bélier porta une main fatiguée à son front. Athéna avait été parfaite, alliant autorité, clémence et intransigeance, dans un mélange savamment dosé. Le Grand Pope admirait une fois de plus le caractère en acier trempé de sa déesse. Mais l'Atlante en lui doutait.
Pour la première fois depuis sa prise de fonction aux côtés de la fille de Zeus, celle-ci s'engageait sur le sentier d'une rébellion personnelle. Il n'en augurait rien de bon. Comment réagirait le roi des Dieux en découvrant cette invraisemblable vendetta ? Et surtout, qu'allait-il advenir des chevaliers qui la servaient en cas de réplique Olympienne ?
Couchée dans le grand lit à baldaquin qui meublait la chambre de ses appartements au Palais, Saori gardait les yeux ouverts. Malgré la fatigue et les tensions supportées durant cette journée exceptionnelle, elle savait qu'elle ne parviendrait pas à s'endormir. Athéna l'avait quittée dès qu'elle en avait eu fini avec Milo. Sa partie divine était retournée de ce pas sur l'Olympe négocier avec Hadès.
Saori n'avait aucun doute sur la réussite de ces pourparlers. Dès le lendemain, ses chevaliers d'Or retrouveraient l'intégrité de leur force et la liberté pour tous de circuler où ils le désiraient. Mais à quel prix ?
La victoire lui semblait amère. Camus avait fort heureusement échappé à la mort, et elle veillerait à adoucir sa condition auprès de son terrible complément de personnalité. Après tout, ce ne serait pas la première fois qu'elle mènerait un siège à la déesse pour inciter cette dernière à réviser un jugement qu'elle considérait comme trop sévère.
Dans ce cadre précis, elle comprenait néanmoins la dureté d'Athéna. Dans un sens, son intransigeance protégeait le Verseau. Rien que ce paradoxe effrayait Saori. Le terme de la Guerre Sainte lui avait laissé espérer une accalmie bien méritée, et voilà qu'une autre menace se profilait déjà. Encore plus redoutable et imprévisible.
Une nouvelle fois, la jeune femme se retourna dans son lit. Accrochée à son oreiller comme à une bouée de sauvetage, elle recherchait en vain un réconfort illusoire. Elle enviait sur un point le sort du Verseau, qui en ce moment même devait trouver un soulagement bien doux entre les bras du Scorpion. Bien que dans un premier temps la découverte de la sanction d'Athéna avait dû le déstabiliser, et peut-être le mécontenter, il était clair qu'il aimait trop le Grec pour détourner sur lui sa rancœur.
Athéna lui avait succinctement expliqué à quoi correspondait la connexion dont elle avait privé Sergueï, qui reliait maintenant les deux amants. Ce lien étrange n'avait rien à voir avec le cosmos. C'était quelque chose d'aussi ancien, mais de bien plus élaboré, et qui faisait appel à un mythe oublié. Inconsciemment, l'humanité et les Dieux eux-mêmes rêvaient de ce genre de connexion, alors que mal équilibré, ce genre de relation fusionnelle pouvait se comparer à une véritable malédiction.
Dans un sens, c'était le cas pour Camus et Milo, car comme pour Sergueï, seul le second était dépositaire de ce vieil héritage. Mais Saori demeurait confiante. La force de l'amour qui soudait les deux hommes était solide, et la puissance de son cosmos permettrait au Verseau de sceller en partie son esprit au Scorpion, si la curiosité de celui-ci dépassait les limites.
Le souvenir du transfert précédent arracha des larmes à Saori. Athéna n'avait que trop imparfaitement préparé Sergueï à cette épreuve. Le temps lui manquait, certes, mais la jeune femme aurait aimé que sa partie divine prît quelques minutes pour rassurer l'enfant avant de procéder.
En découvrant qu'il allait être privé de la connexion qui le reliait malgré lui au Verseau, le petit Russe avait pâli, alors qu'après toutes les difficultés endurées par le Français, dont il avait été le témoin bien involontaire, il aurait dû être heureux de se voir délivrer de ce fardeau. Mais Sergueï avait appris à évoluer en ressentant dans un coin de son esprit cette présence aimante et somme toute rassurante. Il affectionnait Camus, et quelque part il se sentait comme investi de la mission de le protéger. La découverte récente qu'il s'agissait en fait de son père renforçait encore l'importance qu'il lui accordait, et il n'était pas du tout décidé à abandonner son rôle d'ange gardien à qui que ce fût. Encore moins au Scorpion, avec lequel il s'était toujours senti en compétition.
Impuissante, Saori avait assisté à toute l'opération. Athéna avait procédé de telle sorte que Sergueï ne puisse protester. À peine avait-il eu le temps d'ouvrir la bouche sur une objection qu'elle usait déjà de sa volonté pour effectuer le transfert. Milo lui-même avait dû se raccrocher en vacillant au meuble le plus proche, pour ne pas s'écrouler sous le vertige brutal et douloureux qui l'avait saisi alors que qu'une décharge d'énergie se produisait. Sergueï, lui, avait perdu connaissance.
Le Scorpion renvoyé auprès de Camus, et Athéna volatilisée sur l'Olympe, Saori avait ensuite pris sur elle de s'occuper de l'enfant. Le garçonnet avait rouvert les yeux avec une expression malheureuse qui lui avait serré le cœur. Elle avait alors tenté de le rassurer en lui promettant de parler à sa nature divine dès que cette dernière reviendrait pour essayer d'adoucir son exil. En vain.
Le petit Russe ne comprenait pas ce qui lui arrivait, la présence de Camus dans un coin de son esprit lui manquait terriblement. Il réclamait le Verseau. Elle avait été incapable de lui dire qu'il ne le reverrait pas, et que dès le lendemain, il quitterait définitivement le Sanctuaire.
Quelque part, dans les tréfonds de l'univers, l'entité nommée Chaos exultait. Attentif au moindre sursaut dans l'univers, il savait qu'Athéna était sur le point de commettre la pire des erreurs. Par rapport à Sergueï, la boîte de Pandore n'était qu'un inoffensif jouet. Oui, vraiment.
Car Sergueï s'apparentait à un cataclysme cosmique. C'était enfant doté d'un pouvoir hautement explosif, même si, d'un autre côté, il était également le dépositaire d'une surprise inattendue.
Athéna pensait naïvement qu'à travers un déploiement d'éléments agressifs, le petit garçon finirait par utiliser sa puissance, obligeant ainsi Chaos à se manifester, et forçant ainsi l'Olympe et l'humanité à se remettre en cause. Grossière erreur.
Elle n'avait pas idée de ce qu'elle allait déclencher. Et le Dieu ancien exultait d'avance. Car lui savait. Athéna risquait de ranimer l'aura d'un être bien différent de lui-même. Une entité si vieille, que Chao passait presque pour un enfant à ses côtés. Si celle-ci se montrait, les véritables bouleversements commenceraient alors. Et ils iraient bien au-delà de ce que prévoyait l'imprudente Athéna.
Il en riait déjà.
(1) Épisode relaté dans l'OS « Parce que je t'aime »
Note importante
Ainsi s'achève la première partie des Clés de la haine, après une réécriture qui aura durée plus du triple de sa rédaction originale. Honnêtement, si j'avais su que cette refonte allait me prendre autant de temps, jamais je ne l'aurais entreprise. Ceci étant, je viens d'en venir à bout, et je ne regrette absolument pas le temps passé sur cette retranscription améliorée. Vous m'avez d'ailleurs énormément aidé à travers vos commentaires à m'accrocher à cette tâche, ce dont je vous remercie.
Je sais par ailleurs combien la longueur avant la parution de certains chapitres (donc celui-ci) a pu frustrer certains d'entre vous. Sachez que j'en suis vraiment désolée et que si j'en avais eu la possibilité j'aurais été plus rapide. Mais la vie nous occupe parfois de multiples manières. Et la mienne est bien remplie, tant au niveau familial que dans ce qui est devenu plus qu'une simple passion depuis ces dernières années, à savoir :l'écriture. Car, oui, même si je suis bien moins présente qu'autrefois au niveau de la fanfiction, j'écris toujours beaucoup. Quelques-uns le savent depuis de longues années, d'autres vont sans doute le découvrir aujourd'hui, mais je possède un autre nom de plume sous lequel j'ai publié plusieurs romans. Si vous êtes curieux, vous pouvez me retrouver sous l'identité d'Eve Terrellon.
Mais refermons la parenthèse, pour en revenir à la suite et fin des Clés de la haine. Alors j'ai une bonne nouvelle à vous annoncer. La seconde partie, initialement parue sous le titre : Le vent du chaos, sera publié de manière beaucoup plus rapide que celle-ci à compter du mois de novembre. Pas de réécriture poussée pour cette partie-là, mais une simple relecture avant la mise en ligne des chapitres originaux. Ces chapitres sont au nombre de 25, le dernier posant un véritable final. Rien dans cette partie-là ne sera modifié par rapport à l'orignal (sauf naturellement si je tombe sur une phrase qui n'a pas de sens en me relisant^^). Toujours axée sur le couple Camus/Milo cette suite vous donnera la clé du mystère entourant Sergueï. Et croyez-moi, nos chevaliers ne sont pas encore au bout de leurs surprises.
Merci en tout cas à tous ceux qui m'ont suivi jusqu'ici. Merci à mes « lecteurs de l'ombre » dont je mesure la fidélité à travers la régularité du nombre de lectures. Merci à ceux qui s'expriment à travers des commentaires. Vos petits mots m'ont beaucoup encouragé lorsque je prenais peur devant l'ampleur de la tâche, et aussi aidé dans des moments de crise. À vous tous enfin, de gros baisers de reconnaissance, car sans votre présence, sans votre patience, sans votre gentillesse, sans votre soutien, je n'y serai jamais arrivée.
A très vite pour la suite des Clés de la haine .
Newgaïa
Note de fin : Première publication octobre 2011 — Chapitre modifié en octobre 2019 (Outre les changements de syntaxe et de vocabulaire, le chapitre contient 1215 mots de plus).
