Disclaimer : Les personnages appartiennent naturellement toujours à KURUMADA.
Auteur : Newgaia
Rating : M
Genre : Angst –Aventure —Yaoi
Mot de l'auteur : Et voici donc la suite de « Les clés de la haine » précédemment publiée sous le titre « Le vent du chaos ». Ayant nettement moins de travail de corrections à apporter à cette partie, sa mise en ligne devrait être plus rapide. Concernant ce premier chapitre, il prend la forme d'un résumé général ce qui, compte tenu du temps passé depuis le début de la réécriture de « Les clés de la haine », n'est peut-être pas si mal ^^. Merci à tous ceux qui me suivent, et bonne lecture à tous.
Nymphalys: Ne pouvant te répondre directement, je passe par là pour te remercier de ton intérêt. Comme promis, voici donc « Le Vent du chaos », dernier volet de cette longue histoire. Avec naturellement toujours la mise en avant du couple formé par Camus et Milo, ainsi que la participation de tous les autres Ors. Le casting est lourd, mais c'est celui que j'ai décidé de gérer ^^. En espérant que cette seconde partie t'apportera le même plaisir de lecture. Bisous.
CHAPITRE 55 : EN ATTENDANT MILO
La journée s'écoulait lentement. Réfugié dans la partie la plus fraîche de son temple, Camus cherchait à échapper à l'écrasante chaleur de cet été grec particulièrement ensoleillé. Dehors, tout n'était qu'éclatante blancheur, silence et immobilisme. Aux heures les plus chaudes, les hommes se terraient. Le Sanctuaire vivait au ralenti. Les cigales elles-mêmes ne chantaient plus.
Les gestes du quotidien s'effectuaient de préférence le matin, faisant place nette à la désertification extérieure lorsque le soleil touchait son zénith, pour reprendre en fin d'après-midi. Seuls les impondérables, ou les urgences, amenaient encore les gardes ou quelques serviteurs à défier la température. Depuis une vingtaine de jours, elle avoisinait les trente-cinq degrés à l'ombre, ne redescendant guère au-dessous de trente la nuit. De quoi épuiser les organismes les plus solides, et mettre particulièrement à mal celui d'un chevalier dévolu à la Glace.
Avec l'accord de Shion, les entraînements en pleine journée étaient suspendus. Les apprentis se consacraient à des enseignements plus théoriques et les chevaliers lézardaient. Ceux qui se risquaient encore à déployer de violents efforts aux heures les plus chaudes frôlaient l'insolation.
Certains pourtant n'hésitaient pas à s'affronter, histoire de dépasser leurs limites. Tels Death Mask, Shura, Aiolia ou Kanon. Autant de Méditerranéens de pure souche, qui affichaient une indéniable résistance au soleil. Ceux-là partaient incontestablement avec une longueur d'avance pour mesurer leur endurance. D'autres s'y essayaient avec plus de prudence, sachant qu'ils allaient ainsi gagner en robustesse.
En sirotant un thé glacé assis à même le sol de marbre, Camus admettait qu'il aurait dû participer à ce genre de challenge, afin de s'endurcir face à la température ambiante. La chaleur excessive l'avait toujours pénalisé, ce qui représentait une faiblesse certaine lors des affrontements avec l'ennemi hors des zones froides. Jusque-là, ses techniques et son sens de la stratégie l'avaient préservé et palliaient cet inconvénient. Néanmoins, il reconnaissait qu'un combat d'entraînement en pleine canicule aurait pu être l'occasion de renforcer son endurance. Mais pour une raison très personnelle, il ne tenait pas à s'exposer.
Surtout en partant avec ce genre de handicap.
Bien qu'il s'en défendît, et qu'il mît en place un écran de fumée parfaitement efficace lorsqu'il affrontait ses frères d'armes, il n'était jamais parvenu à récupérer totalement du traitement que lui avait administré Zoltan, quand celui-ci le maintenait sous sa coupe. Le poison injecté par ce traître continuait de perturber la régulation de sa température corporelle.
Plus grave, il en allait de même de ses séjours répétés dans la plaine glacée du Cocyte lors de ses morts successives. Depuis, il craignait particulièrement les changements des conditions de l'atmosphère quand elles pointaient vers les extrêmes. Il suait à grosses gouttes sous le soleil, pour se montrer frileux dès que le gel devenait trop mordant. Ce qui, pour un Saint de Glace, se révélait particulièrement fâcheux.
Malgré son sens de la dissimulation, il n'avait pas pu cacher ce souci à Milo. Tout au moins concernant les séquelles héritées de Zoltan. Et c'était déjà amplement suffisant. Pour le reste, son amant s'en voulait suffisamment de ne pas avoir compris la raison réelle de sa mort quand il avait affronté Hyoga, et il préférait éviter de revenir sur les tourments infernaux qu'il avait ressentis ensuite.
Le Grec avait beau le traiter en égal, et être particulièrement vigilant à ne pas le trahir en public, il n'en demeurait pas moins suffisamment rusé pour parvenir à s'immiscer discrètement dans certaines de ses décisions, l'obligeant ainsi à limiter les risques. Une ingérence qui partait d'un bon sentiment, mais qui n'en agaçait pas moins singulièrement le Français. Camus supportait mal d'être materné de cette manière. C'était un des rares sujets de frictions entre eux.
En agissant prudemment lors de ses combats, le Verseau se sentait tout à fait capable d'assurer sa propre sécurité. Milo faisait d'ailleurs attention à ménager sa fierté, sachant qu'il lui pardonnerait difficilement un écart décelable devant les autres.
Un léger sourire effleurant son visage aux traits réguliers, le chevalier eut une pensée émue pour son compagnon. Il ne le lui avouerait jamais ouvertement, mais, même s'il le trouvait parfois un peu trop envahissant, il appréciait son dévouement.
Cela faisait à présent trois ans que la clémence d'Athéna à son égard leur avait permis de se rejoindre et ils vivaient depuis leur amour au grand jour. L'importance de leur fonction au Sanctuaire avait empêché les curieux de leur poser des questions trop directes sur la durée réelle de leur relation, et la mine toujours aussi sévère du Français interdisait à quiconque de s'intéresser de trop près à leur couple.
Seuls les Ors semblaient bénéficier de sa tolérance pour l'interroger sur la bonne marche de son ménage, même s'ils s'attiraient la plupart du temps un regard glacial de remise en place. Il était néanmoins de notoriété publique que le Scorpion avait définitivement emménagé au onzième temple.
Le Grec ne s'embarrassait d'ailleurs pas de la réserve de Camus pour évoquer au grand jour le bonheur qu'il partageait avec l'élu de son cœur, au grand dam de ce dernier, qui aurait parfois apprécié un peu plus de retenue. À force de crier sur les toits que le Verseau était un grand tendre sous ses airs d'indifférence polaire, et qu'il dissimulait la bonté incarnée, Milo finissait par convaincre les plus réticents de regarder différemment le gardien du onzième temple.
On osait à présent l'aborder avec moins de crainte, et certains essayaient même d'engager la conversation. Un comble pour un Verseau qui avait tout de même une réputation à soutenir. Bien que Camus y trouvât une certaine douceur cicatricielle qui apaisait son âme tourmentée, il n'entrait pas dans son caractère d'accepter que d'autres que son Scorpion s'immisçassent dans son intimité. Il conservait donc une distance qu'il jugeait nécessaire, n'admettant de se plier avec plus ou moins de bonne volonté à quelques règles sociales qu'avec les Ors, auxquels il était redevable de leur aide face à la colère d'Athéna.
La peau moite malgré son manque d'activité, le Verseau rejeta en arrière sa longue chevelure au bleu tirant sur de sombres reflets verts. Assailli par ses souvenirs, et n'ayant rien de mieux à faire, il se remémora l'incroyable et douloureux enchaînement de circonstances, qui lui valait maintenant un bonheur auquel il pensait ne jamais pouvoir accéder.
Leur sacrifice devant le Mur des Lamentations n'avait pas été vain. Mais les Dieux avaient jugé leur geste sacrilège, et ils les avaient tous condamnés à errer éternellement dans les limbes. L'intervention d'Athéna victorieuse leur avait permis de choisir un compagnon d'infortune pour surmonter cette épreuve, mais contre toutes attentes Milo s'était alors détourné de lui, et contrairement à tous les autres, les deux jeunes hommes avaient affronté le vide, le silence, le désespoir et l'oubli dans la plus grande des solitudes. Une partie de leurs âmes s'y était effritée, tandis qu'un piège cruel se refermait sur eux.
De son côté, leur déesse se trouvait confrontée à un problème de taille. La perte de la totalité de sa chevalerie d'Or risquait d'amputer le Sanctuaire de savoirs ancestraux, faute de transmission directe. Aussi pragmatique que reconnaissante, elle avait âprement négocié avec le conseil des Dieux durant plus de quatre ans. Elle avait finalement réussi à obtenir leur pardon, et surtout, leur résurrection. Mais elle n'avait pas pu éviter la condition d'Hadès, qui conservait une sourde rancune à l'égard des cinq renégats qui lui avait offert une fausse allégeance avant de le trahir.
Sept des Ors, auxquels s'ajoutaient Shion et Kanon, s'étaient directement matérialisés au Sanctuaire, affaiblis et désorientés, mais en possession de tous leurs pouvoirs, tandis que Saga, Shura, Death Mask, Aphrodite et lui-même, s'étaient vus disséminés à travers le monde, privés de cosmos et de leur mémoire. Hadès avait mis au défi sa nièce de retrouver dans les six mois ses cinq chevaliers manquants. Passé ce délai, il enverrait ses propres Spectres pour les éliminer.
Déjà lourde, la punition des cinq traîtres ne s'arrêtait pourtant pas là. Leur retour au Sanctuaire leur assurait la vie sauve, le terme de leur amnésie et la réactivation de leur cosmos, mais ils ne pourraient se servir de celui-ci que dans l'enceinte du Domaine Sacré, et s'ils posaient un pied hors de l'île, ils s'exposaient à la poursuite des sbires d'Hadès. Autant dire qu'Athéna se retrouvait avec cinq Ors en partie inutiles, dont pour leur propre sauvegarde elle devenait la geôlière involontaire.
Pour Camus, son réveil dans les sous-sols de Moscou avait rapidement viré au cauchemar. Affaibli, incapable de se souvenir de son passé, de qui il était, et du pourquoi il se trouvait là, il avait été recueilli par un groupe d'enfants des rues. Trois d'entre eux s'étaient vite pris d'affection pour lui, et il avait entamé une première convalescence sous leur protection. Bousculé par l'intervention de la mafia locale, il avait fini par tomber aux mains d'une association d'hommes particulièrement dangereux, dont leur chef, Zoltan, s'était immédiatement ingénié à le soumettre en jouant de son amnésie.
Battu, violé, drogué, tenu à l'isolement, et dans l'ignorance totale du crime dont on l'accusait, il avait peu à peu sombré dans le désespoir. Seule la présence des trois enfants, otages tout comme lui, le retenait de commettre un geste irréparable. Enfin, au bout de quatre mois, Zoltan l'avait tiré de son cachot pour le ramener lui-même au Sanctuaire.
Recouvrer sa mémoire et une partie de son intégrité physique n'avait pourtant pas mis un terme à la souffrance de Camus. Il avait alors identifié en Zoltan le second apprenti du précédent Scorpion d'Or, un jeune Roumain avec lequel Milo avait mené une lutte acharnée quand il était gamin. Celui-ci désirait apparemment se venger d'avoir été évincé de la course à l'armure, et pour cela, il maintenait Camus sous sa coupe en le détruisant peu à peu.
Bien que de retour au Sanctuaire, et malgré la haine qu'il ressentait pour Zoltan, le Verseau ne disposait d'aucune marge de manœuvre pour se défendre. Deux des enfants avaient précédemment été amenés à une complice qui les avait placés en tant que domestiques et les surveillait. Quant au troisième, Sergueï, il les avait accompagné pour être présenté à Shion comme apprenti, Zoltan ayant très vite décelé un cosmos balbutiant, mais important chez le petit garçon.
Le Roumain menaçait d'éliminer les trois jeunes otages à la moindre velléité de révolte de Camus, et celui-ci devait d'abord trouver un moyen de les protéger avant de se rebiffer. La fierté du Verseau se heurtait d'autre part à l'idée que son geôlier révélât les traitements qu'il lui avait fait subir, et la drogue qu'il lui injectait toujours finissait de l'affaiblir et de lui embrouiller l'esprit.
Camus conservait de cette période douloureuse un souvenir assez flou. Les quatre autres Ors manquants avaient été retrouvés avant lui, et leur réintégration ne se déroulait pas sans mal elle aussi. En fait, tous les chevaliers de la garde dorée abordaient leur retour avec le poids d'un passé plus ou moins lourd à évacuer, et se rapprocher de leurs compagnons d'infortune ravivait plus d'une plaie ouverte.
Et puis, au milieu de toutes ces difficultés, il y avait Milo. Camus réalisait avec colère que l'abandon du Grec l'avait condamné à un retour plus tardif que les autres, tout en le livrant pieds et mains liées à ses ennemis. Sa souffrance et son désarroi le poussaient à l'éviter, mais malgré son amour bafoué, sa fierté blessée et le poids des épreuves qu'il devait maintenant affronter seul, il aimait toujours le Scorpion. Cette évidence le minait davantage, et aussi dignement que possible, il se retranchait derrière une froideur encore plus marquée.
Beaucoup s'apercevaient pourtant que quelque chose n'allait pas, mais personne n'imaginait son calvaire. Par amour propre et pour protéger les enfants dont il se sentait à présent responsable, le Verseau s'employait à tout dissimuler. Prisonnier de son propre temple où il avait été forcé d'accueillir Zoltan qui passait pour un héros pour l'avoir retrouvé, de plus en plus dépendant de la drogue que ce dernier lui injectait par le biais de son ongle noir, il s'enlisait irrémédiablement.
L'intervention d'Athéna elle-même n'était pas parvenue à lui arracher la vérité, mais suspectant un problème, celle-ci lui avait imposé d'héberger Hyoga à son tour. Proche de lui par son enseignement, le Cygne avait vite perçu la défaillance de son cosmos, mais décidé à s'en sortir seul, Camus n'avait pas hésité à se montrer franchement désagréable pour refuser l'aide de son disciple.
Un élément auquel il ne s'attendait pas était encore venu compliquer la situation. Parmi les jeunes otages, Sergueï avait développé un cosmos très prometteur, qui le rattachait à la constellation du Cancer. Bon gré, mal gré, Death Mask s'était retrouvé en charge d'un apprenti, qu'il avait rapidement soupçonné de cacher d'autres talents étonnants.
Au grand souci de Camus, l'enfant, pour lequel il s'était pris d'affection, avait également construit un lien étrange avec lui. Plus que la résonance d'un simple cosmos, c'était une sorte d'osmose à sens unique, qui permettait au petit garçon de percevoir son humeur en continu, si le Français ne prenait pas garde de brouiller les cartes avec sa propre aura. Le Verseau était ainsi confronté à une situation singulière qu'il analysait mal.
De son côté, Milo semblait désirer se rapprocher de lui. Se sentant piégé, Camus n'avait pas eu d'autre choix que de combattre le Scorpion. L'intervention malencontreuse du Cancer avait vu sa défaite, et la révélation pour les deux hommes de son réel état de faiblesse. Le Verseau savait que s'il voulait s'en sortir seul, il jouait une course contre la montre. Mais pour agir, il devait d'abord neutraliser la complice de Zoltan.
L'imprudence de l'aîné des enfants lui avait permis de découvrir l'identité de cette personne. Effrayé et pourchassé, le jeune adolescent était venu chercher refuge auprès du Verseau. Il n'avait malheureusement pas pu l'atteindre avant que sa poursuivante ne le tue, mais alors qu'il était mourant, il avait écrit avec son propre sang quelques mots à l'attention de Camus, qui avait enfin ouvert les yeux au Français. Et ce qu'il avait compris l'avait anéanti.
Plusieurs années auparavant, il avait enfreint l'un des interdits majeurs d'Athéna, en devenant l'amant d'une nuit d'Aslinn, sa consœur dans la course à l'armure du Verseau. Il avait agi par dépit à l'encontre de Milo, envers lequel il éprouvait depuis longtemps des sentiments qu'il acceptait mal et qu'il n'osait pas déclarer, mais aussi parce qu'autrefois, la jeune femme s'était volontairement effacée pour qu'il obtînt l'armure, abandonnant tout derrière elle en s'enfuyant, par amour pour lui.
Sergueï était le résultat de leur union, et l'ascendance exceptionnelle de ses deux parents faisait du petit garçon ce qu'Athéna nommait une « monstruosité ». Le châtiment qui attendait les coupables d'un tel manquement était la mort, qui englobait également l'enfant. Pour Camus, c'était le coup de grâce.
Persuadé qu'il serait condamné à plus ou moins brève échéance, il ne pouvait approuver le retour de Milo auprès de lui, et encore moins l'idée qu'un enfant innocent fût sacrifié à un obscur anathème. Beaucoup de questions demeuraient sans réponse.
Le Verseau avait appris de la bouche de Zoltan qu'Aslinn l'assistait par vengeance, et qu'elle était l'instigatrice du pire de ses tourments. Mais la jeune femme ignorait qu'il reviendrait d'entre les morts. Elle ne pouvait donc pas être celle qui avait délibérément placé Sergueï en travers de sa route, en sachant que ramener le garçonnet au Sanctuaire le ferait inévitablement trébucher. Qui était derrière tout cela ? Et pourquoi ?
Se mettant en chasse à son tour, Camus avait inutilement essayé de retrouver la mère de son fils. Cette dernière n'avait pas hésité à tuer leur amie d'enfance commune pour conserver sa couverture, et c'était le Verseau qui s'était vu convoqué par Shion, presque comme un coupable.
Consigné dans son temple le temps de l'enquête, mais cette fois-ci bien décidé à réagir, le Français avait compris qu'il devait avant tout s'affranchir de la drogue que lui injectait Zoltan pour garder les idées claires. Un douloureux processus de désintoxication s'était alors mis en place sous l'œil amusé du Roumain. À bout de force, Camus avait enfin accepté l'aide de Hyoga, qui avait fini par découvrir l'ignoble vérité.
Conscient de la gravité de l'état de son Maître, le Cygne était parti chercher du secours auprès du Scorpion. À son retour, il avait retrouvé le Verseau en prise à la cruauté de son tortionnaire. Épuisé et une nouvelle fois privé de cosmos, Camus n'avait dû son salut qu'à l'intervention inattendue de son armure. Hyoga avait combattu à sa place, mais c'était Milo qui avait achevé Zoltan.
S'en était alors suivi la phase la plus difficile de sa lutte contre la drogue, sous la surveillance d'un Scorpion particulièrement attentif, et pour une fois peu enclin à céder à son affection pour lui. Tour à tour violent, abattu ou brisé de souffrance, Camus avait cru plus d'une fois mourir de douleur. Le retour à plus de lucidité ne l'aidait en rien à gérer ses sentiments, et il avait vu avec déplaisir son ancien amant s'installer à ses côtés le temps de sa convalescence.
Refusant de courir le risque d'entraîner Milo dans sa chute en lui parlant de Sergueï, il s'était muré dans une attitude désobligeante pour décourager celui-ci. Il ignorait alors que le Grec avait découvert la vérité, et qu'une partie non négligeable de la chevalerie d'Or, alerté par le Cancer qui avait également percé à jour le mystère de l'enfant, s'interrogeait sur la conduite à tenir le concernant.
Parallèlement, Athéna recherchait toujours un moyen de soustraire ses cinq chevaliers à la vindicte d'Hadès. La résurrection du chevalier de la Vierge ayant donné lieu à des révélations étonnantes sur le désir de ce dernier de s'affranchir de certaines fonctions inhérentes à sa condition, elle comptait se servir de celui-ci pour s'infiltrer aux Enfers, et lui demander d'imaginer une fois installé auprès des Spectres une façon de contrer son oncle.
Pour ce faire, la déesse devait s'arranger pour que la Vierge se trouvât dans une position ambiguë en faveur du camp adverse. Contre l'avis de Shion, elle avait donc mis en place une mission pour appâter son ennemi. Lors de celle-ci, Aphrodite et Camus devaient dangereusement s'exposer à l'extérieur du Sanctuaire, privés de cosmos, mais sous la protection vigilante de Milo et Shaka. Camus n'avait pas hésité une seconde à servir sa déesse, tout en poursuivant son jeu du chat et de la souris avec le Scorpion.
Mené de main de maître, leur plan avait pourtant failli tourner cours, quand sur le chemin du retour Shaka avait volontairement ralenti le groupe. Tenu en parti dans l'ignorance du rôle de l'Indien, Camus avait cru sa dernière heure arrivée en voyant Minos diriger sur lui l'une de ses attaques. Les témoins de cet épisode avaient tous essayé de lui venir en aide, sans succès. Jusqu'à ce que Sergueï s'en mêlât. Utilisant pour la première fois un pouvoir insoupçonné, l'enfant était parvenu à le sauver de justesse.
L'affolement général avait permis au petit garçon de passer inaperçu, du moins Camus l'espérait-il, mais il avait compris qu'il devait trouver au plus vite un moyen de l'éloigner du Sanctuaire, avant qu'Athéna ne repèrât son cosmos exceptionnel. Laissant Milo et Shaka régler leur différend sur la plage, il avait regagné son temple dans un état second, où il n'avait cessé de s'enfoncer jusqu'à ce que le Scorpion le rejoignît.
Cédant à la pression, il avait fini par révéler à Milo les lourds secrets concernant son passé, avouant par la même occasion l'amour qu'il lui portait toujours. Après des mois de séparation, les deux amants se trouvaient enfin réunis, bien que Camus demeurât encore dans l'incapacité complète de répondre au désir physique du Grec, après la série de viols dont il avait été la victime.
Les évènements s'étaient ensuite enchaînés de façon rapide et inexorable. Passant outre sa détermination de régler seul ce problème, Milo avait à son tour pourchassé Aslinn qu'il était parvenu à retrouver avant lui. Camus était arrivé in extremis pour empêcher le Scorpion de tuer la jeune femme, non pas par pitié, mais parce qu'il soupçonnait cette dernière d'être manipulée par un Dieu étranger.
La fuite bien particulière de son ancienne consœur avait confirmé ses doutes, et les deux chevaliers avaient acquis la certitude que les mésaventures du Verseau n'étaient que les maillons d'un complot plus vaste, visant Athéna elle-même. Mais Camus n'avait pas eu le temps de démêler ce nouveau mystère. Quelques jours plus tard, il avait dû faire face à un tribunal d'exception présidé par Saga, où siégeaient cinq autres de ses pairs.
Mis en place dans le plus grand secret, cette juridiction devait définir s'il était ou non coupable de haute trahison pour avoir enfreint l'interdit d'Athéna, et décider du sort de Sergueï. Ses frères d'armes acceptaient de venir en aide au Verseau et de couvrir ses erreurs s'il parvenait à leur prouver sa bonne foi. Dans le cas contraire, ils lui offriraient néanmoins une mort honorable, loin de la colère d'Athéna et de la honte de voir étalée sa faute en public.
Une fois de plus Camus avait dû livrer les fondements enfouis de sa personnalité, et le secret incompréhensible qui le liait à son ancien Maître. Apparemment touchés et convaincus par ses explications, ses pairs lui avaient finalement accordé la vie sauve, à la condition qu'il tue son propre fils. Condition inacceptable pour Camus, qui avait réussi à arracher un compromis à Saga, en demandant à celui-ci d'exiler l'enfant dans un monde parallèle primitif d'où il ne pourrait jamais revenir.
Le cœur serré de n'avoir pu obtenir l'autorisation de rencontrer une dernière fois son enfant, Camus se laissait aller aux caresses de son amant, lorsqu'une formidable explosion de cosmos avait ébranlé tout le Sanctuaire. Il avait immédiatement identifié la signature de Sergueï, qui lui lançait un appel à l'aide désespéré. Dévoré d'angoisse, il s'était précipité au Cap Sounion d'où provenait le signal, Milo sur les talons. Il était arrivé pour éviter à son fils la noyade, tandis qu'attirer par la puissance inhabituelle de cette déflagration de cosmos, d'autres chevaliers s'acheminaient vers le rivage.
Kanon était à son tour apparu d'entre les flots. Persuadé que Sergueï disposerait d'un pouvoir suffisant une fois adulte pour revenir de n'importe quel point de l'univers où l'exilerait Saga, le Second Gémeau avait voulu prouver sa théorie, en soumettant Sergueï à une épreuve dans le Royaume de Poséidon. Confronté au Domaine Sous-Marin, le petit garçon avait réagi de manière instinctive pour remonter à la surface, révélant ainsi sa puissance, déjà hors du commun pour un enfant.
Kanon espérait convaincre Saga de renoncer à l'idée de Camus par cette démonstration, mais il n'avait pas prévu l'arrivée d'Athéna. Furieuse d'apprendre qu'une partie de ses chevaliers d'Or tentaient de la tromper sur l'existence d'une « monstruosité », elle avait mis le Verseau aux arrêts, consigné tous les chevaliers présents dans leurs temples, et fait emmener Sergueï au Palais.
Emprisonné, Camus était persuadé de vivre ses dernières heures. Désireux de soustraire son fils et tous ceux qui l'avaient aidé à la vindicte d'Athéna, il avait laissé celle-ci s'immiscer dans son esprit pour découvrir une vérité que lui-même avait en partie enfouie. Ses souvenirs d'enfance attestaient d'un complot à grande échelle visant la déesse, dont il n'avait été qu'un des malheureux pions, ainsi que quelques autres chevaliers d'Or.
Forte d'informations qui lui permettaient d'identifier ses ennemis, Athéna était retournée un moment sur l'Olympe procéder à un ménage très personnel. De retour pour juger officiellement le Verseau et tous ceux qui l'avait soutenu en ne le dénonçant pas, elle avait eu la désagréable surprise de voir la totalité des Ors ainsi que Shion, se solidariser plus ou moins ouvertement autour du Français. Elle n'en avait pas moins puni ceux qui s'étaient le plus impliqués pour le protéger, en leur infligeant des châtiments que Camus trouvait parfois sévères.
Avec un soulagement mêlé de nouvelles craintes, le Verseau avait écouté sa décision touchant son fils. La particularité de Sergueï ferait de lui l'égal d'un demi-dieu d'ici quelques années. Hadès rêvait depuis des siècles de consolider ses troupes en enrôlant une telle recrue. En offrant l'enfant à son oncle, Athéna savait qu'elle obtiendrait sans difficulté l'annulation de la Sanction frappant ses cinq chevaliers renégats.
Elle allait ainsi recouvrer l'intégrité de ses forces, tout en installant le ver dans le fruit. Car si Sergueï semblait représenter un cadeau inestimable, il était apparemment le dépositaire d'un pouvoir capable d'annihiler Hadès lui-même lorsque le moment serait venu. Et Athéna comptait sur cette particularité pour se venger des bassesses de sa propre famille.
Déchiré entre son amour de père et son devoir de chevalier, Camus s'était incliné. Le concernant, la déesse avait fait preuve de clémence. Il échappait à la mort, mais aucune erreur ne lui serait plus pardonnée, et tout manquement à ses engagements serait fortement châtié à l'avenir. De plus, elle lui interdisait de ne jamais revoir son fils.
La mort dans l'âme, Camus avait trouvé refuge auprès de Milo pour s'apercevoir que la punition infligée à ce dernier par Athéna le touchait directement. Dans l'incapacité de détruire la connexion étrange qui reliait Sergueï à Camus, la fille de Zeus avait choisi de la transférer au Scorpion, imposant par la même occasion l'obligation à celui-ci de répondre des agissements du Verseau envers elle.
Trois années s'étaient écoulées depuis ces évènements, modelant le Sanctuaire et ses habitants dans une sorte de douce léthargie trompeuse. Mais Camus savait que le calme n'était qu'illusoire, et le déclenchement d'une guerre totale entre les Olympiens une simple question de temps.
Avec lassitude, le Français se laissa aller contre la colonne derrière lui en fermant les yeux. La canicule ayant été annoncée un peu avant que Milo partît en mission, le Grec lui avait offert un ventilateur, que Camus traînait depuis partout dans le temple ou l'appartement. C'était d'ailleurs plus un substitue qui lui rappelait la gentillesse de l'être aimé qu'un objet réellement utile. L'appareil ne brassait que de l'air chaud, et le Verseau préférait encore se servir de son cosmos pour se rafraîchir. Sollicité sans interruption depuis des jours, même à un faible niveau, celui-ci commençait à singulièrement le fatiguer.
De mémoire de Verseau, Camus ne se souvenait pas d'avoir dû affronter un tel été. Hyoga qui s'était réfugié en Sibérie avec deux jeunes apprentis l'avait invité à le rejoindre. Malgré le plaisir qu'il éprouvait à fréquenter son disciple, il n'avait pas voulu abandonner Milo à la fournaise grecque lorsque celui-ci reviendrait. Il attendait même son retour avec une impatience fébrile qu'il dissimulait de plus en plus difficilement.
Cela faisait aujourd'hui trois semaines que le Scorpion était parti. Rien de très extraordinaire dans la durée de son absence. Le Français s'inquiétait plus de sa destination. Le Grec avait refusé de la lui révéler, ce que Camus pouvait comprendre vu la confidentialité de certaines de leurs missions. Mais quand il avait incidemment appris son point de chute en discutant avec Aiolia, il avait acquis la certitude que son amant avait avant tout voulu lui épargner une angoisse inutile. Ce en quoi le Grec n'avait pas eu tort, car depuis qu'il savait où il se trouvait, Camus dormait mal.
Bien qu'aucune menace ne pointât plus officiellement en ce lieu, il n'aimait pas imaginer son compagnon dans un tel endroit. Immanquablement, celui-ci le gronderait à son retour, car il percevrait son alarme. Camus avait beau sceller son esprit aux investigations indiscrètes, il était désormais dans l'incapacité de lui masquer l'orientation générale de ses états d'âme. Le lien légué par Sergueï pourvoyait largement à le trahir.
Milo n'avait que très rarement accès à ses pensées dans toute la précision de leurs détails, mais il connaissait invariablement son humeur. Morose, apaisé, studieux, contrarié, heureux, soucieux, ou fâché, le Verseau avait dû apprendre à vivre en acceptant que le Scorpion le décryptât grâce à l'étrange baromètre intime transmis par son fils. Or là, il se sentait réellement inquiet.
La mission de son amant avait directement mené celui-ci en Allemagne, près du château où Rhadamanthe avait autrefois créé une porte ouverte sur le domaine d'Hadès. La vieille bâtisse s'était effondrée lors de la dernière Guerre Sainte, ensevelissant sous ses décombres le passage jusqu'au Sombre Royaume, mais il en fallait plus pour arrêter un chevalier d'Or investi d'un travail spécial. Athéna aurait voulu envoyer un espion vérifier que tout se déroulait bien selon son plan, elle ne s'y serait pas prise autrement.
Camus comprenait d'autant plus le silence de Milo à son égard, que les ordres d'Athéna concernant Sergueï étant particulièrement clairs. En aucun cas il ne devait être tenu au courant de ce qu'il advenait de son fils. Shion s'évertuait donc de maintenir Camus éloigné de tout ce qui touchait de près ou de loin le Sanctuaire Infernal. Néanmoins, le Verseau n'avait pas rempli durant des années une mission d'émissaire chargé d'espionner, sans développer un sens aigu de l'observation et de la mise en évidence des anomalies plus ou moins flagrantes.
Or, depuis qu'Aphrodite servait d'ambassadeur officiel entre les deux Mondes, les chevaliers d'Athéna ne se cachaient pas s'ils avaient besoin de rencontrer l'un des Juges d'Hadès, leur divin supérieur étant toujours quant à lui prisonnier de son urne sur l'Olympe. Ses frères d'armes demandaient tout simplement une audience, et transitaient généralement par l'intermédiaire du Puits des Morts, où les acheminait Death Mask, reconverti pour l'occasion en portier grincheux. Pour que Milo se faufilât ainsi à leur nez et à leur barbe, il y avait anguille sous roche.
Être systématiquement tenu à l'écart de toutes les informations relatives au Royaume Infernal était déjà suffisamment frustrant, mais que son amant fût envoyé en première ligne sans que Camus sût exactement pourquoi, aboutissait à obliger celui-ci à envisager tous les scénarios possibles, les plus dangereux finissant naturellement par l'empêcher de fermer l'œil de la nuit. Par le biais de Sergueï il se sentait responsable de l'étrange alliance entre leurs deux mondes, et il en redoutait encore plus le dénouement. S'il devait arriver quelque chose de fâcheux au Scorpion par sa faute, jamais il ne se le pardonnerait.
Dévoré d'inquiétude, le Verseau se laissa malgré lui gagner par une somnolence, induite par la chaleur cumulée à la fatigue. Lorsqu'il rouvrit les yeux, il eut la nette impression de ne plus être seul dans son temple. À ses côtés, l'ombre portée sur le sol lui en donna la conviction, et il ne put retenir un infime sourire.
Il n'existait qu'une personne pour arriver ainsi à l'approcher sans que ses sens aguerris ne le tirassent immédiatement du sommeil, et il aurait reconnu entre mille sa silhouette. Relevant la tête, il laissa glisser son regard le long de l'armure dorée qui le dominait, jusqu'à croiser les iris bleues de son propriétaire.
Debout devant lui, Milo l'observait d'un air à la fois amusé et préoccupé. Soulagé et heureux de le revoir, Camus ne chercha pas à dissimuler sa nervosité. De toute manière, le Scorpion avait déjà dû percevoir son agitation à travers le lien qui les reliait à des kilomètres.
« Tu m'as manqué, avoua-t-il.
— Toi aussi », répondit le Grec, en lui tendant la main pour l'aider à se relever.
Camus saisit les doigts de son amant sans interrompre l'échange de leur regard. Le tirant à lui d'une poigne solide, Milo l'amena contre sa cuirasse, dans une étreinte aussi passionnée que possessive. Tout à la joie de le retrouver sain et sauf, le Verseau le laissait manœuvrer sans broncher contre sa détestable habitude de le considérer comme sa propriété.
Les yeux toujours plongés dans ceux de son amant, Camus ébaucha même le premier geste pour coller ses lèvres contre celles du Scorpion, s'attirant par sa hardiesse un baiser vorace en retour. Heureux et joueur, il ne fit rien pour réfréner la fougue de son compagnon, cherchant au contraire à prendre l'ascendance de cette joute buccale en emprisonnant d'une main ferme la nuque du Grec.
Grisé par son ardeur, Milo approfondit encore son baiser, et il se retrouva rapidement plaqué contre la colonne derrière lui, sans pouvoir se dégager du poids de l'amure qui l'immobilisait. Assailli de sensations tactiles qui bousculaient sa nature, Camus finit par s'abandonner au bon vouloir de la bouche qui le dévorait.
Il lui avait fallu des mois avant de recouvrer suffisamment de confiance en lui-même et en la douceur de Milo, pour accepter de renouer pleinement avec sa sexualité. Néanmoins il devait parfois se battre contre de vieux démons, et il bénissait le ciel d'avoir un amant qui ne le contraignait jamais et qui lui abandonnait le plus souvent le contrôle.
Cette fois-ci pourtant, le Français avait envie de s'en remettre totalement aux attentions du Grec. Lorsque leurs bouches se séparèrent enfin, il laissa ses doigts reposer sagement sur les massives épaulettes de l'armure du Scorpion, dans une attente informelle, et parfaitement claire pour son compagnon. Milo lui emprisonnait toujours la taille d'une main ferme, tandis que l'autre épousait amoureusement son épaule. Une expression à la fois gourmande et émue sur le visage, le Grec se penchait déjà pour grignoter la peau d'albâtre de son cou, largement découverte par l'échancrure ouverte de sa chemise déboutonnée. En sentant la bouche de son amant partir à l'assaut de cette partie si sensible de lui-même, le Verseau ne put retenir un discret gémissement de bien-être.
S'enivrant du parfum naturel de sa peau, le Grec susurra près de son oreille :
« Tu t'abandonnes ?
— Il fait décidément trop chaud pour que je te résiste, murmura à son tour Camus, les yeux mi-clos.
— Ce qui veut dire que ce soir tu seras tout à moi ? » insista son compagnon, en enserrant sa joue pour l'obliger à plonger son regard assombri de désir dans le sien.
Captivé par ses iris au bleu si clair, le Verseau se contenta de mordiller tendrement le bout du pouce de son amant posé près de sa bouche, seul accès de peau libre découvert par le gantelet de métal. Sans détourner les yeux, il finit par déposer un doux baiser sur la chair un peu calleuse à cet endroit. Ses façons avaient quelque chose à la fois d'innocent et de naturellement sensuel, qui participait à la fascination affective qu'il exerçait inconsciemment sur le Grec, et dont ce dernier admettait être devenu totalement dépendant.
Un sourire lumineux sur les lèvres, Milo rapprocha son visage jusqu'à venir se perdre dans la mouvance de la longue chevelure indigo. Il se plaisait toujours à la caresse de velours de ces fils de soie contre sa peau. Mais à cet instant précis, il agissait davantage pour masquer à Camus son indécision. Il n'aimait pas ce qu'il avait découvert au cours de sa mission. Le bien et la tranquillité d'esprit du Français lui commandaient de se taire, tout autant que les ordres de Shion, qui veillait presque aussi farouchement que lui-même à éloigner le Verseau de certaines sources d'informations. Mais il connaissait trop la perspicacité de Camus et sa persévérance lorsqu'il désirait obtenir une réponse.
Cela faisait déjà plusieurs jours que le Scorpion le sentait rongé d'inquiétude à son égard. Tenu dans l'ignorance, nul doute que le Verseau allait finir par imaginer les pires scénarios, avec le risque de commettre une action malvenue.
Sa décision prise, Milo se recula quelque peu pour libérer son amant du poids de sa cuirasse, non sans déposer un baiser tendre sur sa joue au passage. L'expression soudain plus tendue de son compagnon le convainquit que ce dernier n'était pas dupe de son silence.
« Je t'aime », glissa-t-il en guise de diversion, alors que reprenant sa main, il l'entraînait à sa suite vers l'appartement.
La résistance du corps derrière lui l'obligea à se retourner. Refusant de l'accompagner sans obtenir l'assurance que Milo le délivrerait d'une angoisse qu'il sentait croître de minute en minute, Camus quémandait littéralement une explication du regard. Le cœur plus lourd en sachant le mal qu'il s'apprêtait à lui faire, le Scorpion ajouta sérieusement.
« Viens, j'ai des choses à te dire. »
Réprimant un soupir fataliste, le Verseau le suivit.
Mot de l'auteur : Les souvenirs de Camus m'ont aidé à résumer les évènements précédents. Je tiens néanmoins à préciser que je m'en suis volontairement tenu à ce que peut connaître le Verseau. Je n'aborde notamment pas les éléments dissonants des Maisons du Zodiaque ni les interrogations des autres Ors sur leur situation personnelle. Je ne parle pas non plus de la relation très particulière entre Shaka et Shura, ni de l'imbroglio mis en place entre Mu, Saga et Aioros, et encore moins du véritable potentiel de Shun, héritage de sa possession infernale. Je le précise ici, car ces éléments vont avoir une certaine importance dans l'avenir. Et naturellement, Camus ne peut pas être au courant des pensées profondes d'Athéna, même si celle-ci leur a révélé une partie de son plan. Je tâcherai d'éclairer d'une autre manière tous ces éléments lorsqu'ils seront repris dans le scénario.
