Chapitre 26 : Retrouvailles
Après avoir infligé un cri de la mère d'Amy à Sonic, Mephiles a ramené son dû dans un royaume au sud de Mobius. Il y presque deux mois, l'ADN contenu dans les cheveux de la hérissonne recueillis accidentellement a été analysé au château et comparé à celui du couple royal d'Equatopia. La rumeur veut que le prince, obsédé par la perte de sa fiancée disparue, aurait profané les tombes des derniers souverains afin de voler une part de leurs dépouilles. L'ADN de la jeune femme était une fusion parfaite des prélèvements. L'analyse était formelle, la déesse, rencontrée lors d'un voyage privé du prince et son plus fidèle ami, et la princesse disparu étaient la même personne. Le prince déploya dans le plus grand secret plusieurs espions de sa garde à Mobotropolis pour retrouver où se cachait la cible. La mission fut un succès, il n'avait plus qu'à attendre que sa garde soit baissée. Le mâle ayant commis l'erreur de lui voler sa promise méritait un châtiment plus cruel que la mort. Plutôt patienter et la reprendre sous ses yeux impuissants. Personne ne vole la propriété d'un prince sans en payer le prix fort. Le résultat en valait la peine. L'expression de désespoir qu'affichait le hérisson avant de sombrer dans l'inconscience lui avait donné une satisfaction au-delà de ses espérances. La princesse n'ayant jamais été mise au courant de son mariage, Mephiles lui pardonnait volontiers son infidélité.
De retour au château, le prince sonna une dizaine de servantes. Elles l'accueillirent, un brancard d'or recouvert d'un tapis de pétales de fleurs de cerisier porté à bout de bras. Leur enthousiasme fut immense à la vue de cette superbe créature.
"- Quelle beauté !
- Les prédictions de votre père étaient vraies votre Altesse.
- Elle deviendrait la plus belle femme du monde.
- Mon père ne se trompait jamais.
- Maintenant où l'emmenons-nous ?
- Dans la tour dorée, dans le plus bel appartement du château qui lui est destiné. Je vous demanderai aussi de la mettre sous surveillance.
- Pourquoi donc ?
- Quelqu'un d'autre convoiterait notre chère princesse ?
- En effet et c'est aussi une vilaine petite fugueuse. Ça fait trois fois qu'elle essaye de me filer entre les doigts.
- Une petite timide, comme certaines jeunes femmes.
- Et aussi je vous demanderai de ne pas prêter attention à ses propos. Elle répète qu'elle ne m'aime pas et qu'elle est mariée à un autre.
- La vilaine petite cachottière !
- Comme c'est mignon la timidité !
- Bien je vous laisse vous occuper d'elle. Bonne nuit mesdames.
- Bonne nuit votre Altesse."
Il partit en direction de sa chambre, laissant Amy au bon soin du personnel. Elles prirent plaisir à porter la hérissonne et à l'admirer. Elles la trouvaient si belle dans son sommeil qu'elles la portèrent sans faire un bruit avec le plus grand soin pour ne pas la réveiller. Dans la chambre, elles la déposèrent sur le lit comme une statue. Elles prirent soin de recouvrir ses belles épaules avec ses magnifiques cheveux passés au peigne. Le bout des mèches s'étendait sur son buste. Quel spectacle la princesse apportait à cette chambre ! Étendue sur un lit à baldaquin avec les rideaux tirés, les bras reposant sur le ventre, la bouche en forme de baiser et un voile autour de son corps. On aurait dit un ange tant elle était belle.
Elle s'éveilla au levé des rayons du soleil caressant son visage. En ouvrant les yeux, sa vision était floue à cause de la fumée l'ayant hypnotisée. Au bout de quelques minutes, le voile invisible qui recouvrait ses yeux s'estompa. Mephiles était penché au-dessus d'elle, accroupi à côté du lit. Un sourire de joie ornait ses lèvres. Bien que son expression était fort belle avec son regard rempli de passion, il parut horrible à Amy. Effrayée par ce beau visage souriant, elle sursauta avec un soupir de frayeur. Le hérisson sauta au plafond et resta accroché comme une araignée. Amy, honteuse de sa nudité presque totale devant un inconnu, se cacha sous la couverture bien remontée sur sa poitrine. Le hérisson lâcha prise pour atterrir en face du lit.
"- Pardon je voulais pas te faire peur.
- Sors d'ici ! Je t'interdis d'être dans cette chambre !
- Maintenant que tu es à moi j'ai tous les droits, répondit le prince de sa voix surprise.
- Oh vraiment, demanda la hérissonne avec une touche d'arrogance ? J'en conclus que le consentement est une chose qui n'existe pas chez toi.
- Le consentement ? Pourquoi ma fiancée en aurait-elle besoin ?"
Décidément il croit qu'il a tous les pleins pouvoirs sur elle. S'il a l'intention de lui laver le cerveau en passant pour un simple d'esprit, il lui faudra employer une autre méthode.
"- N'essaye pas de me faire passer pour une folle ! Je ne suis pas ta fiancée et je refuse ce stupide mariage !
- Pourquoi refuserais-tu si tu m'aimes ?
- Je ne t'aime pas et je ne t'appartiens pas ! Quand vas-tu enfin comprendre ça ? Je suis déjà mariée !"
Elle lui montra une nouvelle fois sa main portant cette marque. L'horreur l'envahit en s'apercevant que rien ne la décorait.
"- Oh mon alliance ! Qu'est-que tu en as fait ?
- Elle s'est juste brisée quand je t'ai hypnotisée.
- Non ! C'était la preuve de mon amour pour Sonic ! Tu n'es qu'un monstre je te déteste !
- Dis moi si tu veux que je fasse quelque chose pour toi.
- Justement j'en désire une.
- Laquelle ?
- Sors de cette chambre et n'y reviens plus ! Laisse-moi pleurer mon malheur seule !"
Elle cacha son visage dans l'oreiller pour pleurer à son aise et ne pas croiser son regard. Le hérisson comprit qu'il fallait mieux ne pas insister et lui laisser de l'intimité comme elle était presque nue.
"- Très bien, je ne reviendrai pas de la journée. Mais tu verras que tu ne serras pas aussi malheureuse que tu le crois.
- Moi je suis beaucoup moins sûre que je serai heureuse avec le fils du diable !
- Aussi belle que ta mère et aussi courageuse que ton père. Tu es bien leur fille. Si tu veux t'habiller tu trouveras des vêtements dans l'armoire."
Le bruit de fermeture de la porte calma les pleurs de la hérissonne. De nouveau tranquille, elle repoussa la couverture et se leva. Elle regarda à quoi ressemblait la chambre dans laquelle elle se trouvait. C'était une chambre fort belle. Le lit, décoré à la feuille d'or se composait d'un oreiller blanc, d'une couverture rose surpiquée de fleurs de cerisier et de rideaux blancs transparents. En mobilier une armoire et une commode blanc ivoire, une coiffeuse d'or surmontée d'un miroir et différents produits de beauté face à tabouret d'or recouvert d'un gros coussin rond en tissu bleu. Un grand miroir fixé à un mur lui permettait de se voir de la tête aux pieds. Un lustre en cristal ornait le plafond. Une baignoire en verre transparent, un robinet sculpté dans du marbre blanc, un paravent d'or surpiqué d'un tissu bleu-vert avec des motifs de fleurs complétaient la pièce. Les murs étaient peints en fuchsia et blanc, le sol recouvert d'une moquette turquoise et le plafond en ébène. Une grande fenêtre d'un encadrement doré sur un balcon en pierre dure éclairait la pièce. Ça lui faisait mal de l'admettre mais Mephiles avait quand même un très bon goût. Elle ouvrit l'armoire et admira les belles robes qu'elle contenait. Certaines semblaient pour les fêtes et d'autres pour le jour. Trois coups furent frappés à la porte, elle resta tétanisée.
"Entrez, hésita la hérissonne d'une voix effrayée."
Son corps fut parcouru de tremblements incontrôlables. Ses yeux fixèrent avec horreur les mouvements de la poignée en bronze patiné de noir de la porte en ébène sculptée à l'ancienne. Un profond soupir de soulagement s'échappa de ses lèvres avant qu'une expression de surprise accueille la personne. Ce n'était pas Mephiles mais une louve qu'elle avait déjà vue qui referma la porte derrière elle.
"- Scarlett c'est vous ?
- Chut ne parle pas si fort ! Je savais que c'était toi Amy.
- Comment ça vous le saviez ?
- Je vais tout t'expliquer. Mais avant mets vite quelque chose. Tu dois avoir froid et je ne supporte pas de voir que ce pervers t'a forcée à porter cette horrible tenue !"
Amy obéit en fouillant dans l'armoire à la recherche d'une tenue. Elle en sortit une robe blanche à manches rondes avec la jupe bleue, des gants blancs longs, un serre-tête en tissu bleu et des ballerines blanches. Elle se changea derrière le paravent. Une fois habillée, elle avait un peu plus chaud. Scarlett en fut bouche bée.
"- Mon dieu quelle beauté, ça te va à ravir. Tu as vraiment hérité de la beauté de ta mère.
- Maintenant parlez-moi de mes parents et de mon enfance s'il vous plaît.
- Tutoie-moi mon enfant, je suis ta nourrice.
- Oui nourrice.
- Asseyons-nous sur le lit. Nous serons mieux pour discuter."
Elles s'assirent l'une à côté de l'autre. Maintenant confortablement installées, Scarlett commença son récit.
"- Puisque tu me le demandes, je vais tout te raconter depuis le début. Ta mère était une hérissonne d'une très grande beauté. Son nom Stella sonnait comme les étoiles d'argent. Elle était magnifique avec sa peau pure comme de l'ivoire, son teint doré, une cascade de boucles d'or et des yeux d'un vert émeraude très rare. Même moi je n'avais jamais vu une femme aussi bonne que belle, une vraie Cendrillon. Ton père s'appelait Volt. Il était beau avec ses yeux bleus comme des saphirs et doré comme le soleil. Il était issue de la famille royale régnant sur Equatopia et ta mère d'une famille aisée. A 16 ans, elle a été soumise à un mariage arrangé avec un cousin éloigné deux fois plus âgé. Elle a refusé ce mariage mais ses parents l'y ont poussée. Alors une nuit, elle s'est enfuie et s'est réfugiée au royaume de ton père. Il n'était pas encore roi mais fort beau et aimé de tous. Ta mère a été bien accueillie mais honteuse de se trouver en présence d'un couple royal. Pour ne pas leur causer de dépenses, elle leur a demandé d'être engagée comme servante. Ils ont accepté bien qu'ils voyaient en elle une princesse et la fiancée de leur fils. Elle était si soigneuse d'accomplir ses tâches qu'ils l'ont prise sous leur protection. Un jour ton père l'aperçut du haut de son balcon alors qu'elle entretenait le jardin. Quand il a vu ses yeux magnifiques, il croyait voir la plus belle femme du monde et le plus beau des trésors. Mais il en est tombé malade d'amour le lendemain, mettant sa vie en danger. Ses parents, l'aimant tendrement, lui ont demandé la cause de son chagrin. Quand il leur a dit qu'il se mourait d'amour pour ta mère, ils lui ont demandé en hâte d'épouser leur fils. Elle a bien sûr dit oui. Ce mot et un premier baiser ont immédiatement guéri ton père. Quel mari comparé à un cousin éloigné deux fois plus âgé ! En l'épousant elle devint reine, la plus belle des reines. Dix ans après ce mariage tu es venue au monde. Tu étais un charmant bébé. Quand ta maman te donnait le sein, tu t'accrochais à elle en buvant son lait pur. Tu laissais souvent couler quelques gouttes de ta petite bouche. Quand tu n'avais plus faim, tu t'endormais au son de sa voix de cristal. Comme je t'aimais beaucoup elle m'a demandé d'être ta nourrice. Alors j'ai pris soin de toi comme si j'étais ta maman. Dès que tu savais marcher, tu courais dans tous les coins. Et quand tu tombais assise par terre, tu ne pleurais pas mais te relevais pour me montrer que tu étais une grande fille.
- Mais pourquoi ai-je été abandonnée devant cette maison à 4 ans ?
- Depuis des générations, la famille royale d'Equatopia était amie avec celle de Mako, la famille de Mephiles. Des siècles ont passé sans qu'il y ait de conflits entre ses deux familles. Quelques années après ta naissance et la mort de la mère de Mephiles, les rois voulurent unir leurs familles en mariant leurs enfants. Ainsi les deux peuples vivraient ensemble dans l'harmonie la plus totale. Seule ta mère était contre ce mariage.
- Mais pourquoi ?
- Elle refusait que tu subisses un mariage arrangé comme elle au risque d'être malheureuse toute ta vie.
- Mais comment pouvait-elle savoir que je serais malheureuse ? Si elle m'avait laissée connaître Mephiles, je serais peut-être tombée amoureuse de lui.
- Parce que depuis qu'elle te lisait des contes de fées pour t'endormir, tu lui disais toujours que tu voulais aussi connaître ton prince charmant, comme toutes les petites filles de ton âge. Elle savait que tu parlais de l'amour véritable et non celui qu'on impose. Surtout parce que Mephiles était un de ses enfants trop gâtés et qui obtiennent toujours ce qu'ils désirent sans efforts. Tu méritais mieux qu'un homme capricieux. Alors une nuit, elle s'est enfuie avec toi. Elle a erré dans la forêt avant d'arriver à un village voisin. C'est là qu'elle t'a déposée et que tu as été recueillie. Au matin ton père a découvert votre disparition. Le père de Mephiles était furieux. Il a lancé ses soldats à votre poursuite. Tu te doutes bien qu'ils ne t'ont pas retrouvée. Ta mère n'a pas eu cette chance. Ils l'ont retrouvée et ramenée au château. Elle a refusé d'avouer où elle t'avait cachée. Pour le roi de Mako, c'était un acte de haute trahison. Pour prix de ce sacrilège, le roi et la reine d'Equatopia furent exécutés après avoir assisté à la destruction de leur royaume et de leurs sujets. Personne n'a survécu à cet horrible massacre. La disparition de la future mariée a suffi à faire tomber l'accord d'union des deux royaumes à l'eau.
- Quelle horreur ! Mes parents, ma maison, mon peuple...Mais alors comment as-tu survécu si personne n'a échappé à la mort ?
- J'ai justement failli être tuée ! Quand la garde royale de Mako a débarqué pour nous tuer, un des serviteurs m'a cachée dans une cave secrète en cas d'assaut. Si la princesse était portée disparue, j'étais le seul espoir de retrouver la dernière héritière du trône d'Equatopia. Si la lignée royale du royaume s'éteignait, tous étaient condamnés à l'oubli. Aucun des soldats ne m'a trouvée bien que j'ai eu la peur de ma vie. Le brave homme avait couvert ma présence. Je lui en suis éternellement reconnaissante. Quand un silence de mort est tombé sur le château en ruines j'ai pu sortir. Dans les décombres j'ai trouvé une brosse à cheveux qui t'appartenait. J'ai gardé les cheveux restés sur cette brosse au cas où je verrai une autre petite fille te ressemblant. Ainsi je pourrais comparer ton ADN au sien. Si je t'avais retrouvée bien avant Mephiles, je t'aurais protégée de ce démon comme te l'avait promis ta chère maman. Mais plus les années passées, plus je perdais espoir de te retrouver. J'ai alors décidé de me faire engager comme servante au service de Mephiles. Si j'avais échoué, il finirait par te retrouver un jour ou l'autre. Ce jour est arrivé. Je jure de t'aider à t'échapper de cet enfer et de te rendre ta liberté.
- Mais comment se fait-il que je n'ai aucun souvenir de mon enfance avec toi et mes parents ?
- Ta mère a effacé ta mémoire pour que tu grandisses à l'écart de tout cela. Ainsi ta mère adoptive penserait que tu avais subi un choc brutal ayant provoqué une amnésie. Elle ne chercherait pas à te déclarer comme une enfant abandonnée. Une occasion d'élever avec amour un enfant sans famille après avoir perdu le sien ne se présente pas deux fois.
- Voilà ce qui explique ces rêves étranges que je faisais depuis des semaines. Dans l'un d'eux j'entendais ma mère. Elle disait qu'elle était désolée de m'abandonner. Elle espérait que je n'en veuille ni à elle, ni à mon père. Mais ils n'ont plus à s'inquiéter. Maintenant que j'ai compris pourquoi Mephiles ne lâche pas l'affaire et qu'ils voulaient mon bonheur, je ne leur en veux pas. Au contraire j'aurais tant voulu les connaître et les aimer plus.
- Ma pauvre petite. Je ne t'ai pas encore dit comment j'ai su que c'était toi. Après notre dernière rencontre je t'ai vue avec tes amies. Quand tu as craché un chewing-gum j'ai attendu que vous soyez parties pour le récupérer. J'ai ensuite analysé les deux ADN et ils étaient identiques.
- Ma nourrice.
- Ma chérie, j'aurais aimé t'avoir comme fille. Je te promets de te rendre ta liberté et de t'aider à retrouver ton mari.
- Il ne me retrouvera pas. Il ne sais pas que je suis ici.
- L'amour l'aidera à te retrouver.
- Encore une question. Sais-tu pourquoi le matin de mes 16 ans, je me suis réveillée mille fois plus belle qu'avant ?
- Ça c'est une idée de ta mère. Elle a injecté son sang dans ton corps avant de te jeter un sort pour que tu hérites de sa beauté en gardant ta couleur rose quand le soleil de ton seizième anniversaire effleurerait ton visage. Avant son exécution, j'ai réussi à m'introduire dans le donjon de Mako où était ta mère. En guise de cadeau d'adieu, elle m'a donné ceci en me demandant de te le donner le jour où je te retrouverai."
La louve lui tendit une carte métallique surmontée d'un cercle bleu. La hérissonne reste figée en fixant cet objet. Elle leva les yeux vers sa nourrice. La louve hocha la tête. Son pouce effleura le cercle bleu qui s'avéra être une ouverture. La lumière qui en jaillit s'empara de son esprit, lui rendant ses souvenirs d'enfance. En quelques secondes, elle revit ses meilleurs moments passés avec ses parents et sa nourrice dans son royaume. Puis vint le jour où tous ses souvenirs ont disparu de sa mémoire. Cette fois, elle n'était pas plongée dans un fragment de sa mémoire, mais de sa mère. La nuit précédent ce jour où sa mémoire s'est vidée pour laisser place à de nouveaux souvenirs, sa mère l'avait couchée comme d'habitude après lui avoir chanté une berceuse. Quelques heures plus tard, tout le château était endormi. La reine revint dans sa chambre vêtue de son ancienne tenue du temps où elle était servante dans sa demeure. Une énorme bourse de cuir était accroché à sa ceinture. Une cape violette foncée à capuche couvrait son corps et son visage. Amy reconnut ce vêtement, la seule chose de sa famille qu'elle possédait ce jour-là. Une profonde tristesse l'envahit. Elle savait parfaitement ce qui l'attendait à la fin de ce souvenir.
"Viens ma petite fille, partons d'ici. C'est ce soir que ton aventure commence."
A l'aide d'une fiole que la mère tenait dans la main, elle l'endormit. Elle enveloppa la petite hérissonne dans une couverture. Elle plaça son enfant contre elle à l'aide d'un drap faisant le tour de son buste. Elle sortit en fermant doucement la porte de la chambre et descendit les escaliers sur la pointe des pieds. Personne n'était éveillé sauf elle. Elle descendit dans les cuisines encore allumées de leur feu crépitant. Pas question de prendre une lanterne. Elles seraient trahies et tout serait perdu. Elle sortit par une porte donnant sur le jardin et la referma. Commença alors une longue marche. Pendant plusieurs jours, elle marcha à travers les bois en s'arrêtant quelques fois pour sortir de sa bourse quelque chose à grignoter. On aurait dit que son sac était magique et contenait tout ce qu'elle voulait. Elle arriva enfin avant l'aube du cinquième jour dans un village. Toutes les maisons étaient encore endormies. La reine sortit de sa bourse une paire de lunettes noires et les mit sur ses yeux. Elle put ainsi voir qui habitait les différentes maisons. Elle tenait à confier sa fille à une famille qui s'occupera d'elle avec amour. Elle s'arrêta en voyant une jeune divorcée dans une maison peinte en rose de différentes teintes. Cette femme nommée Roxy venait de divorcer de son mari ayant obtenu la garde de son fils. Depuis plus de nouvelles et l'absence de son enfant lui pesait trop. En voyant la petite fille abandonnée devant sa maison, elle sera la mère que la reine aurait voulu être. Elle rangea ses lunettes et s'approcha de la maison. Elle s'assit sur les marches du perron et défit son landau de fortune. Avant de faire ce qu'elle avait à faire, elle serra une dernière fois son enfant dans ses bras.
"Amy, Amy ma chérie tu es encore si jeune et si innocente. Amy maman t'aime tant, papa t'aime tant. Ne lui en veut pas, il ne voulait pas te causer du chagrin en arrangeant un mariage avec un garçon que tu n'as jamais vu. Pardonne-moi de t'abandonner mon bébé, mais si je le fait c'est pour ton bien. Tu sais, maman a connu le mariage arrangé. Mais elle en a échappé et a découvert ce qu'était le véritable amour. Et quand tu es née de mon bonheur, je savais que tu voudrais trouver ton prince charmant comme toutes les petites filles. Maintenant, tu auras une autre maman qui prendra soin de toi comme je l'aurais fait. Ne pleure pas, grandis, deviens une jeune fille forte et tu verras. Toi aussi tu rencontreras un jour ton beau prince charmant. Au revoir mon bébé. Même si nous ne nous reverrons plus, je serai toujours à tes côtés et je veillerai sur toi."
Elle déposa un baiser sur le front de la petite. Puis elle dégrafa sa cape pour en envelopper sa fille en souvenir de sa précédente vie. Elle sortit de sa bourse une seringue, du désinfectant et du coton. Elle releva sa manche et nettoya l'endroit à piquer. Après avoir rempli la seringue de son sang, elle nettoya sa plaie qu'elle recouvrit d'un pansement. Elle fit la même chose à la petite fille pour lui injecter son fois sa besogne terminée, elle déposa son enfant après un dernier baiser. Puis elle se releva et se tourna vers le soleil qui se levait, couvrant sa fille de son ombre.
"Oh astre solaire, j'en appelle à ta puissance. Écoute ma prière et réalise mon vœu le plus cher. Ma fille en grandissant sera remplie de beauté et de bonté bien qu'elle aura un caractère aussi spécial que le mien. Mais..."
Des flammes d'or s'allumèrent lentement autour de la reine et sa fille. Le cercle de feu devenait de plus en plus intense au fil de ses paroles.
"….au lever du soleil le jour de son seizième anniversaire. Quand tes rayons de lumière effleureront le visage de notre chère princesse, sa beauté en sera éblouissante. Ses cheveux seront aussi onduleux qu'une vague, ses yeux aussi verts que la plus verte des émeraudes, sa voix aussi envoûtante qu'une mélodie, sa peau aussi dorée que tes rayons, son buste aussi sculpté que celui d'une statue, ses lèvres renfermeront un baiser que les mâles désireront lui voler. Un corps aussi pur et aussi gracieux que celui de la plus envoûtante des déesses. Chaque détail en sera une merveille inestimable. Cette beauté unique permettra à sa chère nourrice de la retrouver avant le démon auquel elle était destinée. Seuls ces points communs entre la mère et sa fille l'aideront à la reconnaître. A son réveil, ses premiers souvenirs enfantins lui seront inconnus jusqu'au jour où sa nourrice la retrouvera. Aucun pouvoir du bien ou du mal ne pourra changer ce sortilège."
A la fin de sa phrase, un rayon du soleil en sortit et se dirigea sur la reine avec une grande vitesse. Il traversa son corps et celui de sa fille. Les yeux de la reine se remplirent de feu. A présent unies, la reine lui transmis sa beauté. Amy laissa tomber la carte à ses pieds et reprit son souffle. Ce qu'elle venait de voir lui a fourni la vérité sur son identité. Ainsi elle était une princesse et sa mère a fait tout cela pour la protéger.
"- Voilà, dit sa nourrice en ramassant la carte. C'est comme ça que tu as hérité de la beauté de ta mère.
- Pourtant les infirmières du foyer n'ont jamais trouvé de traces d'un autre sang.
- Quel foyer ?
- C'est une longue histoire. Après une blague de Halloween de mes amis, j'ai fait un arrêt cardiaque et je me suis retrouvée en maison de repos. Ce jour-là j'avais retrouvé une amie et j'ai oublié ce détail. Une tradition Halloween entre amis. Le but était de tirer au sort un ami et de lui donner la peur de sa vie en utilisant ses pires cauchemars. Mais nous l'avons remplacée par une fête costumée après mon accident.
- Oui vous avez bien fait. Comme tu es la fusion de deux moitiés de tes parents, la partie rajoutée a été mélangée à celle-ci.
- Mais j'ai toujours des doutes sur mes origines. Comparé à mes parents, je peux être intimidante sous mes airs d'ange."
Sa nourrice éclata de rire en entendant ces mots.
"- Sacré petite ! Tu tiens ça de ta mère ! Elle aussi pouvait être méchante même si elle avait l'air douce.
- Vraiment ?
- Et oui telle mère, telle fille. Figure-toi que quand ses parents lui ont annoncé son premier mariage, elle a piqué une crise. Elle a hurlé à pleins poumons en donnant un grand coup de pied dans une bibliothèque. Tous s'est renversé sur le côté en heurtant un placard rempli de vaisselle. Tout ce qu'il contenait s'est brisé. Mais ce n'est pas tout. Avant de s'enfermer dans sa chambre, elle a crié à ses parents : "Je vous enterrerai tous et j'irai danser sur vos
tombes !". Elle a ensuite cassé chaque objet dans sa chambre avec un énorme marteau lui apparaissant sur commande à l'infini. Quand elle en fut essoufflée, elle découpa toutes ses photos en signe de haine envers sa famille.
- Je comprends maintenant d'où vient mon pouvoir et mon caractère spécial.
- Tu ressembles beaucoup à ta mère mais tu as aussi une partie de ton père. Tu as hérité de son courage. C'est pour ça que tu n'a pas peur de tenir tête à Mephiles.
- C'est ce qui m'a toujours permis d'affronter des ennemis dangereux et d'accompagner mes amis dans leurs missions."
