Contre toutes attentes, Odin parvient à ne pas détruire Asgard dans un accès de négligence. À titre personnel, Loki soupçonne fortement la jeune épouse de l'inconscient – une enchanteresse Vane dénommée Frigga – d'y être pour quelque chose. Bon, si la tête brûlée possède assez de bon sens pour réaliser qu'il a besoin d'une personne nettement plus douée pour la gouvernance que lui à ses côtés, peut-être son cas n'est-il pas si désespéré que cela.
Par contraste, les jötnar commencent à murmurer au sujet de leur prince du moment – qui apparemment tend à foncer avant de réfléchir.
(Gabriel ne se tracasse pas tant que ça, il sait que la jeunesse finit toujours par se calmer. Dans le cas contraire, et bien les imbéciles meurent tôt et bon débarras)
Mais avec le temps qui passe, vient aussi le problème flagrant du vieillissement d'Angrboda. Ou plutôt, son absence.
Loki aurait dû s'en douter – Angrboda est une ividja, elle est connectée à la force vitale de Jotunheim, elle tire sa force de la magie environnante. Et la source de magie la plus puissante dans son entourage, c'est lui. Lui qui est moins une créature de magie qu'un fragment des forces créatrices primitives qui se trouve posséder une enveloppe charnelle.
Le résultat est à peu près le même que pour Fenrir : Angrboda est toujours aussi jeune, aussi belle et robuste qu'aux premiers temps de leur rencontre.
Elle l'a réalisé, bien sûr. Ce n'est pas difficile, quand elle voit ses anciens camarades de jeux perdre leur vigueur, se rabougrir et s'affaiblir alors qu'elle-même demeure inchangée. Elle n'est pas stupide.
Maintenant, elle prend parfois du temps loin de lui, seule avec Jormungard. Quand elle revient, elle a beau sourire, il la sent mélancolique.
Il a beau essayer de ne pas se sentir coupable, il s'en veut malgré tout.
