Disclaimer : Les personnages appartiennent naturellement toujours à KURUMADA.
Auteur : Newgaia
Rating : M
Genre : Angst –Aventure —Yaoi
Guest :Sorry for the cliffangers ^^, but unless you put the entire story online, I think unfortunately there is still a lot of it. Milo's position is difficult. He worries about Camus. So yes, he is faced with a choice. For the moment, he especially hopes that Camus will notice the trickery. But Kassaa is very good at imitating others. With the summer I should be able to publish more often. Thank you for your comment, and good reading for this new chapter. And excuse my bad English.
Résumé du chapitre précédent (Les incertitudes de Camus) : Forcé par le Scorpion de combattre Kanon lors d'un entraînement, Camus ne doit qu'à l'intervention de Shion d'éviter d'être blessé. Incapable de comprendre la raison du subit changement de comportement de Milo à son égard, il lui demande en vain des explications. Tandis que le Verseau sombre dans l'incertitude, le véritable Scorpion tient tête à Pharaon qui le retint captif. Milo résiste à ses tortures et pense pouvoir conserver l'avantage, jusqu'à ce que le Sphinx menace de s'en prendre directement à Camus. Pour cela il va se servir de Kaasa, qui sous les traits du Scorpion va rejeter le Verseau de façon à rouvrir ses anciennes blessures. Avec colère le Grec découvre que Pharaon a bénéficié de l'aide de Sergueï. L'enfant n'a pas hésité à trahir le nom de leur pire ennemi, et à évoquer le lien qui relie à présent les deux Ors. Milo résiste vaillamment face à ses geôliers, mais une fois seul son inquiétude croît pour le Verseau, qu'il sent se noyer dans l'incompréhension et le chagrin. Profitant d'un moment de solitude avec Sergueï, il essaye de mettre le petit garçon en face de ses responsabilités en lui révélant l'affection que le Français conserve pour lui. Mais l'enfant semble ne rien vouloir entendre. Ce n'est que loin des yeux du Scorpion qu'il cède à la douleur qu'il ressent en pensant au calvaire que vit son père à cause de lui.
CHAPITRE 66 : LES MASQUES TOMBENT
S'il existait une chose que Shun appréciait plus que tout dans son hébergement au Palais, c'était de pouvoir disposer à sa convenance des thermes. Il évitait en général soigneusement les heures d'affluence, et il se délectait de la possibilité de les utiliser de grand matin, en toute intimité. Rares étaient ceux qui se permettaient de franchir les portes de la résidence du Grand Pope sans y être conviés avant l'aurore, et il bénéficiait à ce moment d'un créneau exceptionnel pour se détendre.
Se rendre dans la vaste salle carrelée de motifs aquatiques d'un bleu camaïeu le comblait d'un sentiment de relâchement et de paix inégalé. Il se glissait la plupart du temps dans le grand bassin avec un soupir de béatitude absolue, copiant sans le savoir le même réflexe de relaxation déconnecté du temps de Saga, lorsque celui-ci s'invitait en hôte au double visage dans ce lieu.
Les thermes étaient devenus sa drogue quotidienne. De quoi apaiser largement la pointe de culpabilité qui le saisissait parfois, quand il songeait au jeu de dupes qu'il menait. Il ne pensait pas se tromper, et il se doutait que sa résolution en heurterait plus d'un lorsqu'elle serait connue. Alors il profitait au mieux des avantages offerts par sa condition actuelle, en sachant que bientôt, tout basculerait.
Ainsi avait-il été surpris de constater que le petit bassin où s'écoulait l'eau la plus fraîche était occupé ce jour-là. En reconnaissant le propriétaire de la chevelure blonde qui s'étalait sur le rebord, il n'avait pourtant pas eu de mouvement de repli. Hyoga avait décidé de prolonger de quelques jours son séjour au Sanctuaire, et depuis le repas donné dans l'antre du Lion, Shun n'avait pas vraiment eu l'occasion de s'entretenir en privé avec lui.
D'aussi loin qu'il se souvenait, il avait toujours aimé discuter avec cet ami discret, à la loyauté plus solide qu'un roc envers ceux qu'il affectionnait. Shun voyait aussi un autre avantage à sa présence. L'opportunité de découvrir si Athéna s'était récemment manifestée à travers Saori depuis son dernier passage au Japon n'était pas non plus à négliger. Il avait donc opté pour une approche franche et décomplexée.
Il le regrettait maintenant. Se méfier et faire demi-tour auraient été une action plus appropriée, qui lui aurait évité une fin de conversation plus que désagréable.
« Tu ne me feras pas croire ça Shun ! Tu as beau détester faire des vagues, tu ne t'es jamais comporté de façon aussi effacée auparavant. Je suis sûr que tu caches quelque chose. Et je n'aime pas ce que je suppose. »
Dressé en face de lui, Hyoga lui interdisait l'accès de la sortie. Il était si rare d'entendre un ton si péremptoire au Cygne, que presque malgré lui, le japonais demeurait immobile. Le chevalier blond avait beau être ruisselant d'eau et ne porter en tout et pour tout qu'une serviette de bain nouée autour des reins, l'aura contenue qu'il lui opposait était impressionnante de fermeté. Il semblait déterminé à obtenir l'information qu'il désirait.
Shun hésitait à le bousculer pour sortir de la pièce. Derrière sa colère naissante, Hyoga s'inquiétait visiblement pour lui. Le connaissant, il y avait fort à parier qu'il le croiserait ensuite régulièrement, tant qu'il ne lui aurait pas donné un début de satisfaction. Or, ce n'était pour lui ni le moment le lieu de se faire remarquer, encore moins de s'éclipser discrètement du Sanctuaire. Il devait trouver le moyen de clouer le bec à l'oiseau immaculé tout en s'assurant de son silence.
« C'est Ikki qui t'a demandé de me surveiller, n'est-ce pas ? s'enquit-il sans agressivité.
— Ne change pas de sujet, répondit Hyoga, toujours aussi sévère. Ton comportement peut paraître ordinaire ici parce qu'il a évolué progressivement, et que tous ceux qui te côtoient s'y sont habitués sans s'en rendre compte. Tu serais également arrivé à me tromper si je n'avais pas épié tes moindres faits et gestes durant ces quelques jours. Tu ne fais pas dans la discrétion Shun, mais dans la dissimulation. Et je ne connais qu'une seule personne qui puisse te pousser à agir d'une telle manière. »
Sans se troubler, Andromède croisa les bras sur sa poitrine pour lui demander posément.
« Va au bout de ta réflexion.
— Hadès, déclara le cygne sans hésitation. J'ai la mauvaise impression que tu n'en as pas fini avec lui.
— Et si je te disais que tu as raison. »
Face à l'énormité de cette répartie, le Russe dut faire un effort pour conserver son calme. La tranquille assurance avec laquelle Shun reconnaissait cette possibilité, lui prouvait déjà que la piste était bonne.
« Alors je répondrais que nous sommes devant un problème de taille », répliqua-t-il, en évitant de manifester la moindre hostilité.
Un infime sourire vint affermir l'expression douce d'Andromède, et Hyoga se dit qu'il allait devoir user d'une force de conviction peu commune pour combattre une telle adversité paisible. Voilant un instant ses yeux verts sous ses longs cils fournis, Shun se détourna pour aller s'asseoir le plus tranquillement du monde sur le banc le plus proche. Lorsqu'il le regarda à nouveau, le Cygne sut qu'il venait de prendre une décision lourde de sens.
« Pas forcément, dit-il enfin en l'invitant d'un signe à le rejoindre sur le banc. En tout cas pas de la manière où tu l'entends. Tu ne places pas la barre de danger au bon endroit. »
La sérénité de Shun avait quelque chose de si intense, que Hyoga se sentit obligé de l'écouter.
« Te rends-tu compte des conséquences si quelqu'un d'autre découvre que tu es encore hanté par notre ennemi d'hier ? » le mit-il cependant en garde en s'asseyant à ses côtés.
Sans s'émouvoir, le chevalier d'Andromède lui retourna un sourire aussi doux avant de répondre.
« Je vais te dire la vérité. Mais à la condition que tu conserves mes révélations pour toi seul durant un moment.
— Tu ne peux pas me demander ça Shun, c'est trop grave.
— Pourtant je suis convaincu qu'à la fin de mes éclaircissements, tu garderas le silence de toi-même. J'ai confiance en toi Hyoga. Tu ne me trahiras pas, parce que lorsque tu auras compris ce qui se passe réellement, tu sauras qu'il vaut mieux me laisser agir, quel qu'en soit le résultat.
— Explique toujours, l'invita le Cygne en le couvant d'un regard dubitatif.
— L'urne qui restreint l'esprit d'Hadès sur l'Olympe gêne considérablement sa capacité de communication, commença le frère d'Ikki. Elle lui interdit aussi normalement tout déplacement. Dans ces conditions, je suis le seul avec lequel il puisse correspondre librement en toute impunité.
— Comment ? demanda le blond, à la fois curieux et anxieux de découvrir le secret d'Andromède.
— À partir du moment où une tierce personne accepte de servir de point d'ancrage, il existe des trouées dans l'univers qui facilitent le voyage du corps astral, expliqua Shun. Star Hill en est un. La première fois qu'Hadès m'a abordé, je passais à proximité de ce lieu, sans que nous nous soyons concertés d'aucune façon, et la voix d'Hadès demeurait très faible. Il m'a enseigné comment me rendre au sommet de la montagne pour que nous puissions plus facilement discuter. J'ai consenti à sa demande parce que je savais que sa simple image est inoffensive. Ce qu'il m'a dit ensuite, lors de notre première vraie conversation, m'a convaincu de le revoir. Jusqu'à ce qu'il parvienne à s'infiltrer en partie dans mon esprit, pour voir à travers moi où que je me déplace. »
En voyant le haut-le-corps de Hyoga, il précisa :
« Avec mon accord. »
En face de lui, le Cygne savait visiblement encore moins que penser.
« Mais il n'y a qu'à Star Hill qu'un véritablement dialogue s'instaure entre nous, acheva Shun, comme pour comme pour minimiser l'impact de ses paroles précédentes.
— Depuis combien de temps Shun ?
— À peu près dix-huit mois. »
Hyoga ne put retenir un battement de cil effaré. Conscient de sa circonspection, Andromède poursuivit en abordant la raison majeure de ce manège insoupçonné.
« Hadès ne peut pas se manifester physiquement sur son Domaine, mais il est capable d'en ressentir la moindre des modifications. Cette faculté lui permet de se montrer réactif en cas de besoin, et de donner des ordres aux Dieux jumeaux ou à l'un de ses trois juges. La plupart du temps il se contente d'observer en laissant ses fidèles gouverner à sa place, mais il ne perd jamais de vue ce qui lui paraît important. Il a suivi les progrès de Sergueï avec beaucoup d'attention. Et il est parfaitement au courant de certains secrets qui entourent les pouvoirs de cet enfant.
— Pourquoi t'a-t-il révélé de telles informations ?
— Parce qu'il y a quelques mois, il a commencé à se rendre compte que Sergueï était apparemment capable de susciter l'intérêt d'une force endormie colossale, que très peu savent présente sur son territoire. Et il a tout de suite compris qu'Athéna avait cherché à lui tendre un piège. Sauf qu'il est persuadé qu'elle ignore elle-même ce qu'elle va déclencher.
— Il sait que tu me parles en ce moment ?
— Oui, et il est d'accord pour que je te le dise. Tout ce qu'il désire, c'est de pouvoir retrouver une intégrité physique qui le sorte définitivement de son urne, pour pouvoir protéger son royaume en cas d'attaque. Et je suis le seul qui puisse l'y aider.
— Qu'il ne puisse rien faire, c'est un peu ce qu'attend Athéna, non ? objecta Hyoga en faisant abstraction de la dernière information.
— Oui, sauf qu'il est à présent certain qu'elle se trompe sur l'identité de l'ennemi qui va surgir, répliqua Shun avec insistance. Et cela aura des répercussions inimaginables. Il en est d'autant plus convaincu, qu'il était là lorsque Ouranos a prophétisé un danger bien précis à Zeus. Si Hadès a raison, nous sommes à la l'aube d'une ère de bouleversements majeurs. Athéna ne conçoit pas ce qu'elle va provoquer, car elle refuse d'admettre qu'elle peut agir sur un déclencheur qui n'attend que son erreur. Aussi incroyable que cela puisse paraître, il est de notre côté cette fois. Même si c'est par nécessité. »
Ébranlé par ce qu'il apprenait, Hyoga ne mettait pas la parole de son ami en doute. Pourtant, il hésitait.
« Tu te rends compte que si d'autres découvrent ce que tu viens de me dire, c'est la mort assurée ? Tu seras condamné pour haute trahison Shun, et personne ne voudra seulement entendre ce que tu m'as révélé. Tu ne pourras d'ailleurs pas te défendre. Si c'est vrai, Athéna ne t'en laissera jamais la possibilité.
— C'est pour ça que je tiens à ce que cela reste confidentiel pour l'instant. J'ai encore besoin d'un peu de temps pour permettre à Hadès de s'incarner totalement en moi, répondit Shun le plus tranquillement du monde.
— Tu plaisantes là ?
— Ne crains rien. Cela n'aura rien à voir avec ma possession précédente. L'urne verrouille toutes actions purement égocentriques de sa part. Pour que cela marche, je dois être parfaitement d'accord, et conserver moi-même une part de conscience inaltérable. Nos deux esprits partageront mon corps équitablement, et il ne pourra jamais l'utiliser pour son seul profit plus de vingt-quatre heures d'affilés. Nous avons détruit son corps réel à Élision. Je suis l'unique personne qui puisse lui en fournir un à présent. Il est retors, mais il n'y a pas à mettre sa sincérité en doute lorsqu'il s'agit de sauver son royaume. Fais-moi confiance », acheva le jeune homme en lui saisissant la main, une expression à la fois suppliante et fervente au fond des yeux.
Partagé entre son devoir et la conviction que Shun ne mentait pas, Hyoga savait que dans tous les cas sa décision engagerait la vie de son ami. Sa conscience de chevalier lui soufflait de tout révéler, mais il ne parvenait pas à chasser de son esprit la façon lapidaire dont Athéna l'avait précédemment puni, comme si elle l'éloignait pour mieux dissimuler un secret inavouable. Et surtout, l'épée de Damoclès qu'elle faisait depuis peser sur la tête de Camus lui paraissait la pire des injustices.
Après quelques instants qui eurent le poids d'une éternité, il répondit avec l'ombre d'un sourire, en serrant les doigts fins entre les siens.
« Tu vas prendre un risque énorme Shun. Je ne peux pas te suivre sur cette voie, mais il m'est possible de fermer les yeux. Du moins tant que la pérennité du Sanctuaire n'est pas menacée. Il va néanmoins falloir que tu louvoies avec les soupçons d'autres personnes. Ikki s'inquiète réellement pour toi. Pourquoi ne lui en parles-tu pas ?
— Parce qu'il voudra avant tout me protéger, répondit le Japonais dans un soupir. Et qu'il n'admettra jamais que je partage définitivement mon corps avec Hadès lorsque l'heure viendra.
— Tu es sûr de ton choix ?
— Oui.
— Alors je dois retourner au Japon pour détourner les curieux de Seiya et retenir celui-ci loin du Sanctuaire, l'informa Hyoga avec ennui. Il réagit étrangement depuis quelque temps. Contre toute attente, il semble vouloir revenir ici, et pas pour les meilleures intentions du monde.
— Comment pourrait-il se douter de quelque chose ? s'étonna Shun avec un peu d'inquiétude.
— Peut-être à cause du fait qu'il a lui-même terrassé Hadès, émit Hyoga sans certitude. Je vais m'en occuper. Mais je ne peux pas te garantir de le retenir très longtemps. Encore moins de parvenir à tromper l'intérêt suspicieux de Shiryu.
— Merci Hyoga. Je ne l'oublierai pas. »
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Bien plus tard dans l'après-midi, une autre paire d'amis s'opposait de façon tout aussi frontale. Installé derrière sa table de travail, Saga se congratulait intérieurement d'être parvenu à retenir in extremis un soupir de compassion embarrassé. Les doigts sagement croisés sur la liasse de papier qu'il consultait, le dos calé contre sa chaise dans une posture qu'il espérait exempte de crispation, il levait sur son interlocuteur un visage qu'il cherchait à rendre aussi bienveillant que dépourvu de pistes d'interprétations.
Mais Aioros ne lui facilitait vraiment pas la tâche. En réaction à sa dernière réponse évasive, le Sagittaire venait brusquement de poser les deux mains sur la table, de chaque côté de ses avant-bras, dans une attitude qui lui déniait nettement le droit de clore la conversation de façon policée. Le buste penché en avant, il le couvait à présent d'un regard aussi contrarié que scrutateur. Leurs visages n'étaient plus qu'à une dizaine de centimètres, et à cette distance, Saga n'avait plus aucun moyen de se soustraire à l'inquisition des yeux bruns.
Baisser les siens revenait à se trahir. Faire preuve d'autorité en se relevant pour se dégager ne ferait que rajouter une couche d'incompréhension et d'hypocrisie entre eux. Or le Gémeau refusait de se fâcher davantage avec Aioros. C'était ce qu'on appelait une situation bloquée, et si le Sagittaire n'arrêtait pas de le fixer avec ces yeux remplis de colère suppliante, elle allait franchement tourner à son désavantage.
Il avait accepté de le recevoir au sein de son logis, parce que son ami d'enfance avait prétexté une information urgente à lui confier en privé lorsqu'ils s'étaient brièvement croisés au Palais dans la matinée. En guise de confidence, Aioros l'avait pratiquement sommé de lui expliquer une bonne fois ce qu'il fabriquait aussi souvent avec le résident du premier temple. Cette fixation sur Mü ne surprenait pas Saga outre mesure. Aioros avait toujours été très proche de lui autrefois, et qu'il soupçonnât qu'ils tramaient quelque chose en commun n'avait rien d'étonnant.
C'était plutôt flatteur, dans le sens où cela prouvait qu'il conservait de l'importance pour le Sagittaire. Seulement il analysait mal la véritable motivation de ce dernier.
C'était la seconde fois qu'Aioros revenait à la charge avec cette question. La première, il avait même poussé la franchise et l'indiscrétion jusqu'à l'interroger sur la nature exacte de leur relation. Ce qui avait beaucoup diverti Saga. Qu'Aioros imaginât l'existence d'une raison fallacieuse entre le Bélier et lui était totalement inattendue, et quelque part confortait l'aîné des Gémeau dans la certitude que leur secret était bien gardé.
Néanmoins, face à la douleur qui semblait habiter le Sagittaire devant son silence, il avait finalement demandé à Mü l'autorisation de lui révéler la vérité. Il conservait le souvenir d'un ami d'enfance trop intègre et dévoué à la justice pour redouter un seul instant qu'il pût les trahir. Par ailleurs ils étaient presque arrivés au terme de leurs tractations, et tout le monde serait bientôt au courant.
Le Bélier avait hésité, avant de refuser. Contrairement à Saga, la proximité de l'aboutissement de leur tâche rendait le jeune Atlante encore plus nerveux. Echouer si près du but devenait sa hantise. Partagé entre ses deux amis, le Gémeau s'était incliné avec une certaine tristesse.
Depuis lors, Saga se sentait obligé de conserver une distance plus grande avec Aioros. À son grand regret, elle semblait aujourd'hui miner le Sagittaire, tout en le confortant dans sa drôle d'idée. C'était d'ailleurs cette dernière qui paraissait le plus le gêner. Mais enfin pourquoi Aioros se focalisait-il sur une telle question ? Ce n'était pas parce que Camus et Milo filait le parfait amour, et que tout le monde s'interrogeait sur le véritable mode de fonctionnement entre Shaka et Shura, qu'il fallait voir des couples gay partout. Aioros avait besoin de mûrir et de réviser les attributs de la réalité.
« Je dois savoir ce que tu trafiques avec Mü », s'entêta son ami sans quitter sa position.
L'éclat de son regard lui donnait un air presque désespéré.
« Je t'ai déjà dit que cela n'a rien à voir avec ce que tu imagines », répondit posément le Gémeau d'une voix égale.
Il souhaitait désarmer le conflit en abordant directement ce qui semblait être le nœud du problème, mais statique face de lui, le Sagittaire ne bougea pas d'un pouce. Il eut même l'impression déconcertante qu'il se rapprochait davantage.
« Mis à part Kanon, tu n'admets plus personne dans une sphère aussi proche de toi », lui opposa son détracteur, tandis que l'amorce d'une crispation de rage au coin de sa mâchoire ne présageait rien de bon.
─ Mais enfin, pourquoi refuses-tu de me croire ? répliqua Saga en écartant les mains dans un geste d'innocence spontanée.
─ Parce que si de ta part, je sais que ce tu affirmes est vrai, je n'ai aucune confiance dans la façon dont Mü te tourne autour. »
L'inattendu de cette répartie interpella Saga, et il ravala sa nouvelle dénégation avec la désagréable impression qu'il passait à côté d'un élément essentiel depuis le début. L'attitude infantile et insistante du Sagittaire était franchement déconcertante. Il avait beau se rendre compte que l'âge véritable de l'esprit de son ami peinait à combler la distance de celui de son corps artificiellement vieilli, derrière sa crise de grand adolescent très en retard, il suspectait un tourment bien réel.
Et soudain, l'évidence le frappa. Aioros était tout simplement jaloux. D'une jalousie qui dépassait de beaucoup la sphère du dépit amical, pour friser un domaine auquel Saga n'avait pas songé, parce que hautement improbable à ses yeux. Pour quelqu'un autrefois aussi réputé que Machiavel, il avait mis beaucoup de temps à comprendre. Du coup, il ne savait plus que penser, encore moins comment réagir.
L'expression de son visage dut trahir son désarroi, car il vit le regard d'Aioros nettement s'adoucir. Toujours penché au-dessus de lui, celui-ci en profita pour saisir délicatement ses poignets et les immobiliser sur la table. À la fois curieux et indéterminé, mais surtout redoutant d'envenimer davantage la situation, Saga se laissa faire. Les mots du Sagittaire achevèrent de dévoiler la vérité cachée.
« Réfléchis à ceci… mon ami. »
Et finissant de rapprocher son visage du sien, Aioros déposa un doux et chaste baiser au coin de ses lèvres.
Totalement dépassé par cette révélation, qui le plongeait dans un embarras encore pire que le précèdent, le Gémeau eu un léger mouvement de recul. Sans s'émouvoir, le Sagittaire le relâcha pour se redresser. Il conservait toujours une sorte de lueur farouche au fond du regard, mais Saga le sentait à la fois incertain et apaisé. Il n'attendait visiblement pas de réaction immédiate en retour. Il tenait simplement à s'affirmer, dans une tentative que le Gémeau jugea dangereusement désespérée.
Incapable de trouver des paroles adéquates, Saga s'efforçait surtout de masquer la confusion qui l'habitait. Face à son manque de répartie, Aioros retrouva pourtant un sourire hésitant avant de tourner les talons pour quitter la pièce.
Un rire étouffé tira Saga de la contemplation de la porte qui venait de se refermer. Avec mauvaise grâce, il se tourna vers l'autre entrée, qui donnait sur une petite réserve transformée en bibliothèque. Il aurait nettement préféré que cette scène demeurât sans témoin. Mais c'était sans compter sur l'insatiable curiosité de Kanon qui savait fort bien masquer son cosmos, et le fait que cette réserve comportait également une issue du côté de la chambre de son incorrigible jumeau.
« Depuis combien de temps nous espionnais-tu ? questionna-t-il sèchement l'importun, qui s'avançait à découvert dans la pièce.
─ Suffisamment longtemps, répliqua son double sans cacher son amusement. Décidément, on ne s'ennuie jamais avec vous deux. Déjà lorsque vous étiez gamins, c'était plutôt instructif de voir comment vous acceptiez de vous faire des concessions tout en essayant de conserver la meilleure place. Enfin, toi surtout. Aioros a toujours été beaucoup plus spontané. Mais ça, c'est le pompon.
─ Assez Kanon ! Ça n'a rien de drôle. »
Nullement ému par le regard noir que lui adressait à présent son jumeau, Kanon saisit une pomme dans un panier posé sur un buffet bas, avant de s'asseoir nonchalamment sur le meuble.
« Gêné mon frère ? demanda-t-il alors qu'il croquait à pleines dents dans le fruit. Comme je suis magnanime, je vais donc dévier la conversation pour satisfait une curiosité différente. Qu'est-ce que tu fabriques avec Mü ?
─ Non, mais c'est pas vrai. Tu ne vas pas t'y mettre toi aussi ?
─ Pourquoi ? Parce que quelqu'un d'autre a remarqué que vous vous isoliez trop souvent ensemble ? Si encore j'étais sûr que vous ne faites que vous isoler pour confronter vos esprits brillants », ajouta-t-il perfidement avec un sourire entendu.
Comme il le prévoyait, son jumeau le foudroya d'un regard noir. Le pli mécontent qui creusait à présent son front lui indiquait également que celui-ci venait d'atteindre son seuil de tolérance à l'ironie. Dépliant ses longues jambes, le second Gémeau lui accorda un répit, le temps de s'installer dans un fauteuil en cuir, nettement plus confortable.
Du coin de l'œil, il n'en continuait pas moins d'observer Saga, en prenant soin de cacher son propre regard sous ses longs cils. Au moins le faisait-il réagir. Les choses auraient été tellement plus simples si son aîné avait accepté de lui confier spontanément ce qui le minait. Il devait toujours tout lui arracher. Au risque de passer pour un insupportable sans cœur, alors qu'il s'inquiétait véritablement d'une situation où il voyait peu à peu son frère s'enliser.
« Je plaisantais, reprit-il en affichant une expression plus sérieuse. Mais je sais qu'il se passe quelque chose entre Mü et toi. J'ai mis du temps à m'en rendre compte, et sans le manège d'Aioros qui n'arrête pas de vous tourner autour depuis quelque temps, je ne me serais peut-être aperçu de rien. Vous profitez du va et vient incessant au Sanctuaire pour vous rencontrer beaucoup plus souvent qu'il n'y paraît, et si j'en juge par la fréquence des courriers qui transitent d'une main à l'autre, je suis sûr que vous échangez des informations qui n'ont rien à voir avec vos fonctions. »
Son discours eut au moins le don de calmer l'agacement manifeste de son jumeau. Mais il ne semblait aucunement le perturber, encore moins l'inciter à la plus petite confidence. Indéchiffrable et immobile derrière son bureau, Saga lui opposait une fin de non-recevoir qui força Kanon à renouer avec un jeu qui estimait lui-même un peu cruel.
« Si tu m'expliquais, j'éviterais peut-être d'accorder foi aux bêtises d'Aioros.
─ Là, tu deviens franchement ridicule Kanon.
─ Oui, mais tu ne me laisses pas vraiment le choix, répliqua ce dernier en se relevant pour se planter à son tour devant le bureau de son frère. Saga, je tiens seulement à t'aider. Parce que j'ai la conviction que sur ce coup-là, vous n'êtes vraiment pas nets. Et si le Grand Méchant Loup qui nous sert de Pope se met en chasse du petit Bélier, je sais que tu t'interposeras pour le protéger. Mais sois bien conscient d'une chose. Quoi que tu dises, je m'intercalerai à mon tour. Je suis quasiment certain que vous ne complotez pas contre le Sanctuaire. Mais je veux savoir où je mets les pieds. »
Durant quelques secondes, les deux frères se défièrent du regard en silence. Puis, quittant brusquement sa place, Saga se réfugia devant la fenêtre pour tourner le dos à son cadet. La main agrippant le crochet d'ouverture, il posa son front contre la vitre. Tant pis si Kanon devinait son trouble, au moins ne lisait-il plus le souci qu'il lui causait au fond de ses yeux, si semblable aux siens. La curiosité et l'ingérence de son jumeau étaient détestables, mais quelque part, réconfortantes. Kanon s'inquiétait réellement pour lui. La promesse qui le liait à Mü lui interdisait malheureusement de tout lui révéler. Il ne pouvait que lui opposer un nouveau mensonge.
Avec lassitude, Saga mesura la difficulté qui l'attendait. Il en avait assez de mentir et de faire souffrir ceux qui l'aimaient. Tromper Kanon ne lui plaisait pas et il se doutait que cela allait être éprouvant. Ainsi décida-t-il de contourner cet écueil en avouant un autre souci.
« Il avait un problème avec les armures, concéda-t-il du bout des lèvres.
─ Et c'est toi qu'il vient voir au lieu de Shion ? »
L'incrédulité de son frère était palpable, ainsi Saga avala-t-il une grande goulée d'air avant de se retourner pour l'affronter de face. La suite de leur joute verbale s'annonçait aussi difficile que prévu.
« Il semblerait que Shion fasse parfois un peu de rétention d'informations, répliqua-t-il en sachant qu'il s'aventurait sur un terrain glissant. Ma prise de pouvoir m'a permis d'accéder aux renseignements qui manquaient à Mü pour régler son problème. Là, tu es content.
─ Pas tout à fait, répondit Kanon d'un air dubitatif qui n'annonçait rien qui vaille. Je veux bien admettre que vous débattiez des armures à vos moments perdus, mais tu ne vas pas me faire croire que vous n'avez pas épuisé le sujet au bout de deux ans. C'est en tout cas le temps auquel j'estime que dure votre petit manège, en mettant bout à bout tous les indices. S'il y avait vraiment un souci de ce côté, vous n'auriez jamais attendu aussi longtemps pour en parler à Shion. Rétention d'informations ou non.
─ Tu es pénible Kanon. De toute manière je n'ai rien à te dire de plus.
─ Ça tombe bien, répliqua son jumeau en se rapprochant. Parce que tu vas pouvoir m'écouter. Je vais être clair. J'apprécie énormément Mü. Mais là, j'ai comme l'impression qu'il nous prépare une merde pas croyable.
─ Tu dirais n'importe quoi pour obtenir ce que tu considères comme la vérité, objecta Saga d'un haussement d'épaules, qu'il espéra suffisamment dédaigneux.
─ Je suis ton jumeau, répondit Kanon sans se formaliser, certain à présent que la situation était aussi grave qu'il le pressentait. Tu me prends vraiment pour un imbécile ? Les rencontres et les petits mots doux dont je t'accuse sont des broutilles par rapport à la nouvelle obsession que tu essayes de cacher à tout le monde, mis à part à Mü. Même Camus semble moins obnubilé par sa chère Sibérie que toi par le Grand Nord dès que tu crois que je regarde ailleurs. »
Et devant l'air soudain circonspect et interrogateur de son aîné, il l'éclaira.
« Les cartes, les documents, et les courriers que tu destines à Mü. Tu imaginais peut-être que je n'allais rien remarquer ? Tous ces éléments ont un point commun avec le fait que certains de tes déplacements officieux t'amènent à emporter à chaque fois des vêtements chauds et une paire de bottes fourrées. Alors si tu m'expliquais ce que tu trafiques avec le Royaume d'Asgard ?
─ Même si tes observations avaient un fond de vérité, je ne peux rien te dire Kanon.
─ Donc tu trafiques bien quelque chose avec les survivants d'Asgard. Pour ma tranquillité d'esprit, dis-moi que Shion est au courant. »
Le mince espoir que nourrissait encore Kanon fondait comme neige au soleil. Le silence de son aîné était édifiant. Certes, il se doutait que les deux comploteurs s'activaient dans le dos du Grand Pope, mais il escomptait que cela n'entraînait pas une connexion réelle avec ce Sanctuaire du Nord. En l'absence d'Athéna, seul Shion était autorisé à entretenir une relation avec ce royaume oublié. Et Hilda de Polaris n'était pas non plus du genre à plaisanter avec le protocole. La sanction risquait d'être exemplaire. Son angoisse jaillit dans un cri de colère.
« Saga !
─ Dis-lui la vérité Saga. »
Dans un ensemble parfait, les deux frères se tournèrent vers la porte principale. Très pâle, Mü se tenait dans l'encadrement de celle-ci. Ils étaient tellement accaparés par leur différend, qu'ils ne l'avaient pas senti arriver.
Saga se reprocha aussitôt son manque de vigilance. Deux fois dans la même journée, c'était la preuve concrète qu'il devenait urgent de régler ce problème. Il fatiguait dangereusement. Mais la mine coupable du jeune Atlante lui serra le cœur. Depuis combien de temps se tenait-il là ? Malgré tout, il ne pouvait pas s'approprier son histoire, et ce fut presque d'un ton d'excuse qu'il répondit.
« Ce n'est pas à moi de le faire Mü. C'est à toi de déterminer ce que tu veux lui confier ou non. »
Hochant la tête, le chevalier du Bélier prit sur lui pour s'avancer jusqu'à Kanon. Se penchant à son oreille, il lui souffla alors quelques mots, qui eurent le don d'arrondir d'étonnement les yeux du cadet des Gémeau, avant que son rire n'emplît la pièce. Un peu mortifié, Mü attendit patiemment qu'il se calmât, sous le regard désolé de Saga.
« C'est vrai que ça peut surprendre, commenta l'ancien Marina en retrouvant un minimum de sérieux. Mais si ça peut vous rassurer, en tant que Général de Poséidon, j'ai également eu accès à quelques informations plus ou moins confidentielles. Même si ce type de situation est en principe passé sous silence, je sais que cela s'est déjà produit dans l'histoire du royaume d'Asgard. Je pensais que la modernité de notre époque faciliterait ce genre de « négociations ». Depuis le temps que vous jouez au chat et à la souris tous les deux, il y doit forcément y avoir aussi des suspicions chez nos amis polaires. Si ça ne vous est pas encore retombé dessus, c'est que le courant passe. En plus, je trouve plutôt ça mignon. Donc à moins que tu ne me prennes pour un idiot, il est où, le vrai problème ? »
Le ton nettement plus sec de ses derniers mots informait le Bélier qu'il ne tolérerait aucun mensonge. De nouveau, celui-ci se pencha à son oreille pour lui souffler toute la vérité, avant de se redresser d'un air emprunté.
Cette fois-ci, Kanon le dévisagea avec une autant d'amusement que de compassion. Il se retenait de lui présenter ses meilleurs vœux de courage pour le moment où Shion serait au courant. Vœux qui englobaient naturellement Saga, et qui lui donnaient une furieuse envie de se transformer en petite souris pour assister à la scène le jour où le Grand Pope découvrirait toute l'histoire.
« En tout cas, Shion risque d'en faire une attaque, » se contenta-t-il de grimacer avec une diplomatie approximative, qui accentua la pâleur de Mü, et arracha un soupir d'exaspération à Saga.
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Bien plus bas, sur une plage déserte, Camus fixait l'horizon sans se soucier de la marée qui venait à présent lui lécher les pieds. Malmenés par le vent, les rubans de sa longue chevelure se rabattaient parfois en ondoyant sur son visage, mais ce désagrément lui importait peu. Son immobilisme contemplatif n'était qu'un leurre, destiné à tromper et à repousser les importuns éventuels. Personne n'oserait le déranger au sein de ce qui paraissait une calme réflexion. Alors qu'il se noyait intérieurement.
Cela faisait deux bonnes heures qu'il demeurait là, assis sur une souche desséchée transportée par la dernière grosse tempête. Vêtu d'une simple tenue d'entraînement, les pieds nus dans le sable à présent humide, il veillait juste à ce que personne ne pût apercevoir ses mains, qu'il dissimulait devant lui. Il ne prêtait toutefois aucune attention au sang qui s'écoulait toujours des multiples blessures qu'il venait de s'infliger.
Un peu plus tôt, il s'était exercé seul, frappant sans retenue les vagues figées par le gel qu'il était parvenu à transformer sans son armure, au prix d'une douleur fulgurante qui extrayait toute réflexion annexe de sa tête. Ne plus se débattre au sein de pensées contradictoires, le but avait été atteint. Il reconnaissait la futilité et la lâcheté de cette motivation, mais après sa dernière rencontre avec Milo, il avait besoin d'expurger sa colère, et surtout le chagrin que ses propos faisaient enfler en lui.
Il avait pulvérisé plusieurs épaisseurs de glace sans effort apparent, mais privé de la protection de ses gantelets, et fragilisées par les relents du poison de Zoltan, ses mains s'étaient rapidement mises à saigner. Enveloppées de simples bandages, elles n'avaient pas résisté à la violence des chocs répétés, et plusieurs blessures s'étaient ouvertes.
Remédiant aux petites hémorragies par le froid, Camus avait poursuivi l'exercice. Encore et encore. Ouvrant chaque fois plus profondément les plaies de ses mains, qu'il ne sentait plus. Elles étaient toujours en sang, et les bandes blanches arboraient depuis longtemps une belle couleur carmin. S'écoulant le long de ses doigts, le sang tachait le sable que venaient laver les vagues.
Un instant, ses yeux se posèrent sur ses mains blessées. Il n'y accordait pas vraiment d'importance, mais il faudrait qu'il se faufilât à l'infirmerie pour nettoyer correctement tout ça, le temps que son cosmos prit le relais pour effacer les dernières traces compromettantes. Dans l'état d'incertitude où il se trouvait, il ne tenait pas que Shion lui tombât dessus si quelqu'un lui rapportait ses blessures. Que le Grand Pope ne l'eût pas encore convoqué après son affrontement avec Kanon s'apparentait à une chance que Camus ne désirait pas pousser à l'excès. Il allait se débarrasser de ses bandages, et il s'isolerait ce soir, pour éviter les commentaires curieux. Hyoga s'impliquait beaucoup trop lorsqu'il s'agissait de sa personne. Et Milo…
De toute façon Milo ne voulait plus rien avoir à faire avec lui. Il serait sans doute le premier à se contreficher de l'état de ses mains.
L'esprit de nouveau envahi par une rage triste, Camus fixait sans le voir l'astre rougeoyant qui peu à peu plongeait dans la mer. Il s'y brûlait les yeux, mais il n'en avait cure. Il refusait de bouger pour le moment. Il ne voulait surtout pas courir le risque de croiser une nouvelle fois le Scorpion. Pas après les derniers propos que celui-ci venait de lui servir. Au moindre nouvel écart, il se sentait capable de le tuer, ou de s'effondrer à ses pieds. Deux options inacceptables, derrière lesquelles il ne distinguait malheureusement aucune autre issue.
Il devait réfléchir, ou tout au moins colmater un peu sa peine dans la gangue de calme trompeur du grand vide qui était en train de l'engloutir. Pour rentrer, il attendrait que le soleil fût couché. L'immobilité des traits de son visage donnait heureusement le change sur la douleur qui le rongeait intérieurement.
Cela faisait quatre jours maintenant que Milo était revenu de mission, et depuis, la situation n'avait cessé d'empirer entre eux. Camus avait pourtant réussi à obtenir une information capitale. Il savait à présent ce que Milo lui reprochait. Et le Scorpion n'aurait pas pu lui plonger un dard plus venimeux dans le cœur. Le poison de ses paroles l'anéantissait littéralement. Leur corrosion atteignait directement cette partie de lui-même demeurée cachée, où survivait sa sensibilité, comme pour se moquer de cette part d'humanité qu'il n'avait conservée que pour l'offrir à celui qui aujourd'hui la foulait au pied. Lorsqu'il l'avait abandonné une première fois, Milo n'avait pas été aussi cruel. Finalement, Camus n'aurait peut-être pas dû lui demander d'explication. Mais c'était trop tard. Il savait à présent, et c'était encore pire que de tout ignorer.
Les faits tenaient en quelques mots. Banals, grotesques, inattendus, injurieux et blessants. Milo lui reprochait une aventure. Moins que ça, une histoire d'un soir. Une vulgaire coucherie. Sous le coup d'une accusation aussi stupide, Camus avait presque espéré qu'il s'agissait d'une très mauvaise plaisanterie. Mais non. Le Scorpion était sérieux.
Où avait-il bien pu aller pêcher une idée pareille ? Et comment avait-il pu lui accorder foi ? Après les difficultés qu'il avait eues pour renouer avec les relations physiques au sein de leur couple, Camus aurait tout de même pensé que le huitième gardien tiendrait compte de certains éléments. Dans tous les cas, il n'acceptait d'ailleurs ce genre de rapprochement que parce qu'il avait lieu avec Milo. L'idée même de coucher avec un autre homme ne lui était jamais passée par la tête. Après sa mésaventure avec Ilya, elle le révulsait plutôt.
Autrefois, seul le Grec parvenait à le convaincre de baisser ses barrières. Aujourd'hui, il demeurait l'unique personne à lui faire oublier qu'un acte d'amour pouvait se transformer en torture. Malgré l'harmonie retrouvée dans leurs rapports, Milo se méfiait d'ailleurs toujours de ne pas le brusquer, ou de réamorcer des souvenirs enfouis par des mots ou des attitudes que certains auraient assimilés à de simples jeux. Leurs préliminaires en avaient acquis d'autant plus de force et d'importance, et Camus appréciait sa délicatesse.
Le Verseau ne pourrait jamais se donner, ou prendre, autrement que par amour. Il pensait pourtant que c'était clair.
Or, c'était ce même Milo, amoureux et prévenant jusque-là, qui à présent se fiait à un constat absurde, abusif et odieux, pour le replonger dans ses pires cauchemars. Qu'avait-il bien pu se passer durant sa mission pour le convaincre d'une chose tellement aberrante ? Et surtout, comment avait-il pu lui parler d'une façon aussi méchante en n'ignorant pas les dégâts que cela allait causer ?
Camus s'était toujours douté que Milo pouvait se montrer particulièrement cruel si quelque chose lui déplaisait vraiment. Il en avait la preuve manifeste aujourd'hui qu'il se dressait contre lui. Ses paroles détestables tournaient en boucle dans sa tête. Et les mots choisis pour lui révéler la nature de son « crime » le crucifiaient.
« Je pensais bêtement que tu me resterais fidèle parce que j'étais le seul homme qui t'intéressait, lui avait-il jeté avec mépris. J'avais simplement oublié que tu as découvert les caresses d'un autre partenaire entre les bras d'Ilya. »
Durant une fraction de seconde, Camus avait cru mal entendre. Ce n'était pas possible. Milo ne pouvait pas se servir de ce genre de répartie en sachant pertinemment tout ce qu'il avait enduré. Et pourtant si. Le Scorpion ne se cachait même pas d'afficher sa victoire. Il l'avait touché, et il en avait parfaitement conscience. Au fond des yeux bleus posé sur lui, le Verseau avait lu clairement de la satisfaction. Une sorte de jubilation revancharde qui l'avait broyé.
À la fois sidéré et effondré par ses paroles, le Français avait réussi à demeurer stoïque. Sous ces mots durs, porteurs de tout un passé dont il se croyait guéri, ses dénégations étaient mortes dans sa gorge. À quoi bon se défendre, si Milo se montrait capable de le condamner en ces termes. Tout était dit.
Ravalant son chagrin, il s'était drapé dans la seule chose qu'il lui restait : sa fierté. Malgré sa colère, il s'était contenté de toiser le Grec d'un regard méprisant, agrémenté d'une forte chute de la température ambiante. Puis, le plus dignement possible, il avait tourné les talons, pour sortir de son appartement et de son temple d'une démarche qu'il espérait pas trop précipitée.
L'histoire se répétait et il ne parvenait à avoir aucune prise sur elle. C'était un cauchemar. Il avait dû se passer quelque chose de crucial durant cette mission. Personne ne changeait ainsi du jour au lendemain. Milo était toujours Milo, et pourtant, Milo n'était plus Milo. Mais mis à part lui, personne ne semblait remarquer de différence. Sauf peut-être Dohko.
La veille, le Chinois lui avait demandé pourquoi le Scorpion se tenait éloigné de son armure depuis son retour. Bien que son port ne fût imposé qu'en temps de crise, le Grec la portait régulièrement lors des combats d'entraînements. Principalement parce que Camus se trouvait dans l'obligation de revêtir la sienne. Mais comme il ne l'affrontait plus, l'armure devenait facultative, et le Verseau n'avait vu là qu'un signe supplémentaire de son abandon.
Sauf qu'à bien y réfléchir, Milo avait aussi oublié de la confier à Mü à son retour, alors que le Français était pratiquement certain que c'était son tour de profiter des révisions ordinaires mises en place par le Tibétain depuis quelques mois. Or, le Grec était l'un de ceux qui appréciaient le plus ce service. C'était étonnant pour quelqu'un de soucieux comme lui du bon état de sa camarade dorée.
Les yeux fixés sur le soleil qui s'enfonçait inexorablement dans la mer, le Verseau se tança de chercher une faille qui excuserait l'attitude révoltante du Scorpion. Il réfléchissait trop. De manière inutile en plus. Parce que mis à part Sergueï, qui heureusement ne connaissait la vérité que de façon incomplète, Milo était le seul à savoir tous les détails du calvaire qu'il avait subi durant sa détention moscovite, et par quel enfer l'avait fait passer Ilya.
Pourquoi le repoussait-il ainsi ? La jalousie avait toujours été l'un de ses plus gros défauts, mais précédemment le Scorpion avait toujours su se contrôler à minima pour la pérennité de leur couple. L'amour et la confiance seraient-ils irrémédiablement morts entre eux ? Ils en étaient arrivés à un tel point de rupture, que Camus ne comprenait même pas pourquoi le Grec séjournait encore sous son toit.
Cette fois-ci c'était décidé. Il allait le flanquer dehors. Et tant pis s'il en crevait lui-même de chagrin par la suite.
