Chapitre 30 : Une fête très malheureuse
Sources : RDV au dossier sources Wattpad du chapitre
Une heure entière s'écoula. Restée seule dans sa chambre, Amy resta face à son miroir. Le fait de se voir si belle la faisait souffrir encore plus. Le regard de Mephiles ne la lâchera pas de la soirée. Une partie de sa poitrine dépassait de la robe et ses épaules étaient complètement nues, amplifiant son mal-être. Elle finit par s'asseoir sur son lit, fatiguée d'être debout, en prenant soin de ne pas abîmer cette robe merveilleuse. Elle contempla ses bracelets lui faisant plus penser à des menottes non reliées qu'à des bijoux. Quant à sa bague, elle indiquait clairement que Mephiles la considérait comme sa propriété et comptait le montrer officiellement ce soir. Qu'est-ce que ses amis et son vrai prince penseraient en la voyant ainsi ? Elle saisit le bijou entre ses doigts pour l'enlever. Mais elle eut beau tirer dessus, l'anneau refusa de glisser sur sa peau. Ce hérisson de malheur a même prévu cette éventualité ! Elle poussa une grimace de déception et laissa ses mains retomber sur ses genoux en soupirant.
Quelques minutes plus tard, elle sursauta en entendant frapper à la porte. Elle se leva et ouvrit à sa nourrice.
"- Il faut descendre Amy, il y a du monde en bas. Tout le monde t'attend. Tous les enfants sont heureux de te voir enfin.
- Il y a des enfants ?
- Bien sûr. Les petits garçons disent qu'ils voudraient t'épouser et les petites filles qu'elles voudraient te ressembler.
- J'adore les enfants. Je descends nourrice. Souhaite-moi bonne chance !
- Je te le souhaite ! Espérons que ce démon ne gâchera pas cette merveilleuse soirée."
La princesse se rendit à la salle, guidée par la musique. Elle était tellement impatiente qu'elle courrait presque en tenant un pan de sa robe d'une main. Après avoir longé un couloir, elle aperçut les invités en bas. Son regard fut tout de suite attiré vers les rires des enfants en tenues de soirée, faisant la ronde. La présence de ces enfants joyeux et impatients de la voir la fit sourire. Une scène avec un micro avait été installée. Peut-être qu'il y aura un groupe de chanteurs au cours de la soirée. Elle prit une profonde inspiration, pinça le devant de sa robe entre ses mains et descendit les marches. Juste à côté de l'escalier, un serviteur attendit que la princesse soit descendue pour annoncer : "Mesdames et messieurs, son Altesse la princesse Amélia.". Tout le monde se retourna pour voir la belle hérissonne resplendissante dans sa robe de bal. Les applaudissements provoqués par cette merveilleuse apparition augmentèrent le sourire d'Amy. Enfin les applaudissements de presque toute la salle car Amy ne remarqua pas que toutes les femmes plus jeunes ou un peu plus âgées qu'elle la regardaient d'un air dégoûté. Une foule d'enfants accourut, tenant chacun une rose destinée à la princesse. Amy leur adressa son plus beau sourire. Elle s'approcha d'eux et prit la rose de chaque enfant en déposant un baiser sur son front. Les petits garçons rougirent en pensant qu'ils avaient reçu un baiser de la plus belle princesse du monde. Une jolie petite chatte brune aux yeux jaunes l'admira cent fois plus que les autres.
"- Vous êtes d'une très grande beauté votre Altesse.
- Tu es gentille petite.
- Quand je serai une jeune fille, je voudrais être comme vous.
- Quand tu seras une jeune fille, tu devras avant tout être toi-même. Surtout ne cherche jamais à changer ce que tu es.
- C'est promis votre Altesse."
Amy sourit à la petite chatte et déposa un baiser sur son front. Puis elle admira les belles roses et respira leur parfum.
"Elles sont magnifiques. Vous êtes adorables chers petits. Merci."
Elle s'approcha d'une servante près du buffet. La bonne dame remarqua sa présence et la salua d'une révérence.
"- Pourriez-vous mettre ces fleurs dans un vase pour ma chambre s'il vous plaît ?
- Bien votre Altesse."
La servante prit les fleurs et sortit de la salle. La hérissonne la suivit du regard en souriant. Elle se figea de stupeur en entendant une armée de pas se rapprocher derrière elle. Elle se retourna sur toute une horde de femmes ne dépassant pas les 25 ans devant elle, sûrement les anciennes conquêtes du prince. Toutes la fixaient d'une expression de colère.
"- Tiens, tiens, tiens ! Ne serait-ce pas cette sale petite voleuse ?
- Mais oui c'est bien elle ! La dernière survivante d'Equatopia.
- Cette garce qui va se pavaner devant nous en nous faisant bien comprendre que notre cher prince n'est plus accessible.
- Et en plus elle ose dire du mal de lui et qu'elle ne l'aime pas !
- C'est un scandale !
- (On peut dire que les rumeurs se propagent plus vite que prévu ici.) Le scandale c'est vous qui avez besoin de vous faire resserrer les boulons bande d'idiotes, leur lança Amy !
- Mais c'est qu'on se rebelle petite teigne !
- Si vous croyez que je vais avoir peur d'une horde de mochetés aussi sottes que leur prince qui enregistrent tout ce qu'on leur raconte !
- Elle dit encore du mal du prince !
- Alors là tu vas nous faire le plaisir de l'épouser !
- D'ailleurs ta bague de fiançailles t'a déjà été donnée à ce qu'on voit !
- Je me fiche de cette babiole !
- Il a heureusement eu la brillante idée de la faire se coller à ton doigt !
- Plus de raisons de faire ta mauvaise tête !
- Tu viendras t'excuser auprès de nous pour avoir pensé autant de choses horribles sur lui !
- Plutôt mourir ! Allez donc brûler en enfer ! J'ai déjà quelqu'un de beaucoup plus beau et plus gentil !
- Beaucoup plus beau et plus gentil que notre prince !
- Ça n'existe pas !
- J'en suis beaucoup moins sûre que vous. Moi au moins je ne suis pas sur votre dos parce qu'il vous a toutes dépucelées et abandonnées les unes après les autres.
- Oh, firent-elles scandalisées !
- Attends un peu !
- On va t'apprendre à lui manquer de respect !
- Voyons si tu seras toujours la plus belle du monde avec ta robe en lambeaux !
- Tu vas nous donner tes bijoux pour la peine !
- Tu vas aussi aller présenter tes excuses auprès du prince !
- Et puis quoi encore je dis ce que je veux !
- Sans oublier que tu vas dire que tu vas l'épouser et que tu ne l'as jamais trahi pour te marier avec un minus bien loin derrière lui !
- Là ça suffit je craque !"
Poings serrés et sourcils courbés, ses dents formèrent sa bonne vieille grimace de colère. Des flammes se formèrent autour d'elle, comme si elle allait exploser. Son marteau apparut tout seul dans sa main. Au lieu de prendre peur comme ses amis autrefois, ces mesdames se contentèrent de pouffer de rire. Elles lui lancèrent des plaisanteries sur un ton immature.
"- Au secours elle est en colère !
- Fuyez elle est armée !
- Oh non elle va tout casser !
- Tous aux abris la petite peste va tous nous tuer !
- Vite un extincteur ! Le château va prendre feu !
- La bête qui sommeille en elle vient de se réveiller !
- Elle s'énerve pour défendre son prétendu mari !"
Celle-là venait tout juste de signer son arrêt de mort. La hérissonne ne réussit plus à canaliser sa colère. Elle avait besoin de se défouler sur quelque chose et cette chose était juste devant ses yeux. Brandissant son marteau, elle s'approcha de celle qui venait de la provoquer. Les autres comprirent et reculèrent tandis que la dernière pouffait toujours. Le marteau fendit l'espace et heurta son crâne. Elle tomba à plat ventre, les cheveux en bataille et une énorme bosse sur la tête. La princesse se tourna ensuite vers les autres poules mouillées tremblantes de tous leurs membres en se serrant les unes aux autres. Elle leva son arme en l'air et menaça de l'abattre sur ses prochaines victimes qui reculèrent encore plus.
"Y a d'autres amatrices de marteau, s'énerva la jeune femme ? Je vais quand même pas jouer à la maman pour vous aider à la fermer et enfin avoir la paix ? Non ? Alors que je n'entende plus une seule pareille bêtise sortir de vos langues de vipères ou je vous les arrache et je vous transforme en bouillie pour vous mettre dans les plats ! Y en a qui vont se régaler ! Si vous-mêmes ou votre prince n'arrivent pas vous calmer je vais le faire à ma façon !"
Elle tourna les talons et s'éloigna rouge de colère. Tout cela l'avait bien échauffée. Elle se dirigea vers un vase et respira le parfum des fleurs. Il n'y avait rien de mieux pour lui faire du bien. Mais ces femmes ne tenaient pas à obéir. Elles lui en voulaient vraiment pour son comportement et entendaient bien lui faire savoir. Le visage d'Amy afficha une paire d'yeux grimaçant de colère quand elles l'ouvrirent une fois de plus pour jouer avec ses nerfs.
"- Quelle est soupe au lait celle-là !
- J'espère qu'elle ne pose pas trop de problèmes à notre prince !
- Ça va tomber, menaça la princesse en levant son marteau en l'air de ses deux bras !
- Oh on a très peur ! On va pleurer !
- Toi !"
Elle se retourna vers son interlocutrice, poings serrés et la même grimace qu'il y a quelques minutes. Elle s'enflamma de nouveau. Elle se dirigea vers la provocatrice en levant son arme. Celle-la trembla de peur en la suppliant.
"- Non non non ne faites pas ça !
- Quoi ? C'est ça tu te fiches de moi !
- Mais...
- Tu oses l'ouvrir pour me manquer de respect, jouer à la gamine immature et têtue, en rajouter une couche, te moquer de moi et tu crois que je vais t'épargner ! Tu me déçois ma petite !"
Elle se mit en position de combat, leva son marteau en l'air et tournoya sur elle-même. Elle envoya valser d'un coup la petite prétentieuse qui traversa la salle dans les airs en hurlant. Elle se tut en s'écrasant contre la baie vitrée et resta collée dessus. Son corps glissa tout seul avec un bruit aigu. Elle finit à plat ventre par terre, elle aussi les cheveux en bataille et une bosse sur la tête. Amy afficha un sourire et un regard narquois en voyant qu'elle était bien plus forte que ces pestes réunies. Ses flammes s'éteignirent en posant le bout de son marteau sur son épaule.
"Bien bien, y a-t-il d'autres volontaires, demanda-t-elle sur un ton narquois ? Non ? Parfait, fit-elle sur un autre colérique. Alors maintenant disparaissez de ma vue et que je n'entende plus vos commentaires sur moi, mon entourage et même ma famille ! SINON JE VOUS ENVOIS SUR LA LUNE À COUPS DE MARTEAU ! OUST !"
Toutes disparurent dans un nuage de fumée. Elle les regarda avec son expression narquoise en voyant qu'elle avait réussie ce qu'une armée pouvait réussir avec des ennemis. Elle rangea son marteau.
"Allez faire vos chochottes ailleurs."
Elle sursauta en sentant une main se poser sur son épaule. Son sourire s'estompa à la vue de cette main, celle de Mephiles. Il portait une armure de chevalier avec sa cape bleue marine et sa couronne. La visière de son casque levée, il lui fit son plus beau sourire.
"- Bonsoir ma princesse. Tu es magnifique ce soir. Ta nouvelle robe te plaît ?
- Oui merci je l'adore.
- Les enfants t'ont bien accueillie j'espère ? Des vraies piles électriques à cet âge.
- Oui ils sont très mignons et très gentils. (C'est ça fais comme s'il ne s'était rien passé hier soir et comme si tu n'avais rien vu !)"
Il se tourna ensuite vers l'assemblée.
"Bonsoir mesdames et messieurs et merci de votre présence à ce bal en l'honneur du retour de ma future épouse, la sublime Amélia."
Amy ferma les yeux et versa quelques larmes en entendant les applaudissements retentir. Toutes les jeunes femmes et jeunes filles se mirent à pleurer des larmes de crocodiles, déçues de ne pas épouser le prince. Qu'est-ce qu'elle a fait pour mériter ça ? Il n'y avait rien de pire qu'un séjour dans ce royaume d'idiots persuadés qu'elle est la femme de cette chose.
"- J'espère que cette soirée vous paraîtra agréable comme à notre chère princesse. Et pour la commencer en beauté, rien de tel que le chant de ce rossignol.
- Quoi ?"
Tous le monde l'encouragea alors à monter sur scène. Malgré ça, elle chercha du regard une cachette. Mephiles passa un bras autour de sa taille et se pencha vers son oreille.
"Tu vois, tous les sujets t'adorent. Tu ne voudrais quand même pas qu'il se fasse de fausses idées ? Alors monte sur scène, chante de cette voix divine et séduis-les comme tu l'as fait avec moi hier."
Amy repoussa son bras et se tourna vers lui, poings serrés, dos droit, bras tendus vers le bas et une grimace de dégoût agrémentée d'un air hautain.
"Parfait je ferai un effort pour cette fois, en espérant qu'ils en feront tout comme toi."
Les invités s'écartèrent pour la laisser passer. Elle avança timidement, le cœur battant à tout rompre. Arrivée face à la scène, elle souleva sa robe et gravit les marches en faisant attention de ne pas marcher sur le tissu. Elle se plaça face au micro et attendit que la musique se mette en route. En l'entendant, elle avait l'impression de l'avoir déjà entendue à son mariage, plus précisément pendant les slows. Décidément, il n'avait toujours pas laissé tomber le lavage de cerveau. Apparemment cette fois il détournait des éléments de sa précédente vie aux côtés de Sonic et inventait de nouveaux souvenirs pour celle-là. Ses lèvres de roses s'entrouvrirent lentement et sa voix de sirène résonna dans toute la salle. Elle chantait comme si elle connaissait cette chanson par cœur. Pendant l'instant musical, elle versa quelques larmes. Le public semblait médusé par ce qu'il entendait, principalement Mephiles. Tout le monde sauf bien sûr les jeunes filles et les jeunes femmes qui regardaient la princesse, toujours avec leur air dégoûté, en murmurant entre elles des propos dont Amy avait la chance de ne pas entendre. Elles sous-estimaient sûrement sa beauté en disant qu'elle était laide ou encore qu'un corbeau chanterait mieux qu'elle, tout ça par jalousie. Elles étaient bien arrangées de voir leur rivale se retrouver dans une situation inconfortable pour se venger. Heureusement pour elles, la princesse était trop occupée sur sa chanson, une chanson ressemblant à un cri d'amour pour Sonic. Cet idiot de hérisson bleu marine croyait qu'Amy lui adressait cette chanson pour lui dire qu'elle était tombée sous son charme.
La dernière note retentit et les applaudissements jaillirent. Amy salua le public avec une expression de tristesse. Mephiles la rejoignit sur scène, prit le micro et rangea le support.
"Merci ma douce princesse pour cette chanson, une chanson d'amour qui s'adressait à
moi bien sûr, dit-il en caressant son menton entre ses doigts avec un sourire et un regard charmeur."
Amy repoussa sa main, scandalisée. Mais est-ce que les parents de ce prétentieux étaient sûrs qu'il ne lui manquait aucun détail à la naissance ?
"Oh ! Non c'est faux c'était pour Sonic, mon vrai mari !"
Le prince fut pris d'un fou rire machiavélique, imité par les invités. La princesse lui adressa un regard rempli de haine et descendit de la scène en pinçant le devant de sa robe entre ses mains. Ses talons claquaient sur le carrelage de la salle.
"Allons ma gazelle !"
Il claqua des doigts pour demander aux invités de la retenir. Elle s'arrêta en voyant cette foule lui barrer le passage. Ils s'avancèrent vers elle pour la repousser face à la scène. Elle n'eut pas le choix et se tourna vers le prince. Un orchestre de musiciens pénétra dans la salle. Ils montèrent sur scène et s'installèrent sur des chaises que les serviteurs leurs apportèrent. Ils prirent leurs instruments rangés dans des étuis et les préparèrent.
"Bien, comme vous le voyez ma fiancée a beaucoup de mal à me dire que mon charme la rend folle. Mais je peux très bien lui donner un peu d'aide. Mesdames."
Une dizaine de danseuses entrèrent dans la salle et montèrent sur scène. Elles étaient plus belles les unes que les autres et toutes souriantes. Elles portaient la même tenue. Une robe bustier avec le haut violet et la jupe rose dans les tons de l'arc-en-ciel, couverte de fil doré sur le haut et d'étoiles d'argent sur la jupe, des roses dorées cousues sur le haut, des jarretelles résilles noires et des chaussures à talons noires vernies. Chacune avait les cheveux attachés en chignon recouvert d'une petite charlotte résille noire. Les musiciens se mirent à jouer une musique de jazz. Mephiles se défoula sur scène tout en chantant. Les danseuses exécutèrent une chorégraphie autour de lui. Elles accompagnaient souvent le prince avec des gestes symbolisant un évanouissement et des bruits d'hystérie quand il passait près d'elles ou les effleurait. Il lançait aussi de temps en temps un regard séducteur à Amy avec le même sourire et des clins d'œil. La hérissonne grimaçait de colère, bras croisés et détournant la tête. La chanson prit fin sous un tonnerre d'applaudissements et de cris hystériques des jeunes filles. Certaines s'évanouissaient en tombant les unes sur les autres alors que d'autres essayaient de les faire rester debout. La princesse fut la seule à rester calme et à se taire.
"Maintenant votre future reine semble avoir compris que je suis le hérisson mais aussi le prince le plus beau de tout Mobius. Mais en attendant je vous prie de prendre place autour de la table."
Tout le monde se dispersa et choisit un siège. Les jeunes filles et jeunes femmes se disputèrent comme des chiffonnières pour être assises le plus près possible du prince. Amy les regarda, bras croisés, avec une expression indiquant qu'elle les trouvait complètement idiotes. Elles lui rappelaient le temps où elle poursuivait Sonic. Mephiles s'approcha d'elle.
"- Ne t'inquiète pas c'est normal, elles sont toujours comme ça à chaque bal. Mais l'avantage est que tu peux voir à quel point je suis celui que toutes les jeunes filles veulent épouser. Elles se battent pour être à ta place.
- Sans moi. Je ne fais pas partie d'un groupe de fangirls qui se disputent pour un garçon stupide et laid.
- Belle comme ta mère, courageuse comme ton père. Un vrai mélange de leurs sangs qui coule dans tes veines. Viens, le dîner va commencer."
Sachant qu'elle n'avait pas le choix, la pauvre enfant prit son bras et le suivit jusqu'à la table autour de laquelle les invités étaient déjà assis. Une grande guirlande de fleurs ornait le bord de la nappe sous forme de vague. La table était recouverte d'une superbe nappe dorée et cousue de perles et de diamants lumineux avec de beaux motifs de fleurs, de papillons et d'étoiles. Elle était recouverte de guirlandes fleuries zigzaguant entre les vases et de paillettes de différentes couleurs. La plus belle vaisselle d'or et d'argent sertie de diamants avait été sortie. Une fête célébrant le retour de la plus belle princesse du monde doit visiblement être parfaite. Amy et Mephiles s'installèrent dans des sièges plus grands que les autres au centre. Les jeunes filles et jeunes femmes lancèrent à la princesse une grimace de dégoût. Quelle chance elle a de s'asseoir juste à côté du prince ! Et pourtant elle n'a jamais voulu tout ça. Ses rêves de petite fille ont décidé de n'en faire qu'à leur tête.
Le repas fut pénible pour la princesse. Elle fit tout son possible pour ne pas croiser le regard du hérisson. Rien que d'être assise à côté de lui la rendait mal à l'aise et lui donnait envie de pleurer. Pendant tout le repas, les musiciens jouaient des airs de musique calme pour mettre un peu d'ambiance et les danseuses exécutaient un spectacle gracieux pour divertir la princesse et les invités. Amy n'était nullement intéressée. Elle n'osait même pas toucher aux plats. Elle pensait à ses amis et à l'homme de sa vie qu'elle avait abandonnés. Où sont-ils en ce moment ? Sont-ils en sécurité et loin du danger qui les guette ? Elle le souhaite de tout son cœur. Des larmes perlèrent de ses paupières closes. L'une roula le long de sa joue pour finir dans son verre rempli de champagne. Mephiles remarqua que quelque chose n'allait pas. Il crut bientôt qu'elle versait des larmes de joie.
La musique s'arrêta à la fin du repas quand les danseuses eurent terminé leur spectacle. Elles se prirent la main et saluèrent leur public sous un tonnerre d'applaudissements. Même si Amy n'avait pas trop regardé, elle resta polie et en fit autant. Les danseuses se dispersèrent comme après un défilé vers leur loge. C'était maintenant l'heure du bal. Les musiciens jouèrent une musique de valse. Mephiles décida de consoler Amy en l'invitant à danser. Il se leva face à son siège.
"- Veux-tu danser Amélia ?
- Non je ne me sens pas d'humeur à danser.
- Allez s'il te plaît !
- Mais je...
- S'il te plaît !"
Elle n'eut pas le choix et dut prendre la main que le hérisson lui tendait. D'autant plus que les jeunes filles et jeunes femmes recommençaient avec leur grimace colérique. Plutôt danser avec cet idiot que de les supporter encore une fois. Il la leva de son siège et l'emmena au milieu de la salle. Les invités se levèrent pour assister à ce spectacle. Bien qu'elle était gênée dans cette situation, Amy mit quand même sa main sur l'épaule de son partenaire. Celui-ci fit de même en posant la sienne sur la taille de la jeune fille. Une fois leurs mains libres jointent, le couple commença à se laisser porter par la musique. C'était pour Mephiles un honneur de danser avec Amy. Ses yeux se posèrent quelques fois malgré lui sur son décolleté. Cela n'étonna pas la hérissonne le moins du monde. Bientôt d'autres couples dansaient au milieu de la salle. Malgré sa tristesse, Amy accepta de lever les yeux vers Mephiles, souriant. Quand son regard croisa celui du hérisson, elle ressentit une curieuse impression. Est-elle en train de tomber amoureuse de lui ? Non, elle est déjà mariée et aime Sonic.
"(Mais qu'est-ce qui m'arrive ? Même si je le déteste après ce qu'il m'a fait et va me faire, il est quand même beau. Ses yeux sont merveilleux et sa pâleur est aussi magnifique que le clair de lune. Et son sourire, mon dieu qu'il est beau !)"
Après un bon quart d'heure à valser, une musique de jazz d'un rythme rapide fut jouée. Tout le monde s'arrêta net. Toutes les lumières s'éteignirent, laissant la salle dans le noir. Les enfants eurent peur et se mirent à crier. Ils se rassurèrent quand des spots de lumière colorés sortirent du plafond.
"Surprise ma princesse ! Tu ne croyais quand même pas que j'avais oublié l'ambiance festive pour cette soirée ! Messieurs dames la fête ne fait que commencer !"
La fête prit alors une tournure endiablée. Tous le monde dansait comme des fous, sauf Amy très gênée. On dirait qu'elle a eu tort de penser du bien du prince. Il est aussi fou qu'idiot. Les danseuses sortirent de leur loge au bruit et retournèrent dans la salle. Elles entamèrent une danse de cabaret. La malheureuse Amy se retrouva encerclée par une troupe hystérique et moqueuse. Toutes la soulevèrent du sol. Elle fut tellement secouée qu'elle cria.
"- REPOSEZ-MOI TOUT DE SUITE !
- Allons chérie éclate-toi ! C'est ta fête ce soir alors profite s'en ! Allez les enfants, montrons lui ce qu'est vraiment une fête à Mako ! Ne soyez pas timides !"
Amy en vit de toutes les couleurs. Elle passa des bras des danseuses à ceux des invités. Elle eut beau leur demander de la reposer, ils continuaient de rire et de la secouer. Dommage qu'elle ne le soit pas assez pour vomir sur eux, ce serait trop beau. Les danseuses revinrent en tenant un grand tissu tendu comme un trampoline. Les invités reposèrent Amy. Sa tête tournait tellement qu'elle marchait n'importe comment, comme si elle allait s'évanouir. Elle s'attira les moqueries de toute la salle. En reculant, son talon écrasa le bout de sa jupe. Dans sa surprise, elle glissa en arrière. Les danseuses se rapprochèrent et amortirent sa chute à l'aide du tissu. Elles la lancèrent en l'air plusieurs fois. La princesse criait à chaque envolée. Mephiles était justement perché sur une corde et se balançait comme un singe. Toute la salle applaudit et ses admiratrices lui lancèrent des baisers en hurlant. Elles soupiraient en faisant mine de s'évanouir. Il fit signe aux danseuses de lancer la hérissonne plus haut. Elles employèrent toutes leurs forces et envoyèrent Amy au plafond. Le hérisson l'attrapa au vol pour lui faire le tour de la salle dans les airs. La princesse se débattit en criant. Elle n'était pas du tout à l'aise avec ces gens qui riaient en-dessous.
"Accroche-toi poupée tu vas en voir du spectacle !"
Il la lança au passage sur le grand lustre en cristal suspendu au plafond. La hérissonne se retrouva accrochée et fit de son mieux pour ne pas le lâcher. Ses pieds s'agitaient pour se poser sur quelque chose. Des larmes coulèrent de ses yeux en entendant les moqueries des invités. Mephiles pourrait au moins la défendre mais n'en fit rien. Ses mains glissèrent du lustre. Elle fit tout son possible pour rester accrochée. Elle lâcha prise et bascula dans le vide en hurlant. Alors qu'elle croyait sa dernière heure arrivée, elle atterrit au milieu des invités sur un matelas qui amortit sa chute. Amy se releva un peu étourdie. Elle sauta sur ses pieds et s'enfuit en courant. Malheureusement pour elle, Mephiles la prit sur le fait. Il s'adressa aux danseuses en montrant Amy du doigt.
"Arrêtez-là !"
Elles lui obéirent et se regroupèrent près de l'escalier, empêchant à Amy de fuir plus loin. Elles lui firent peur avec leur danse de cabaret. La princesse n'eut pas d'autres choix que de fuir plus loin. Un hérisson blanc vêtu d'une armure s'amusa à lui faire peur : Nazo, l'ami idiot de Mephiles. Elle fut prise de frayeur et tourna les talons. Il la pourchassa en ricanant comme un démon.
"C'est la fête viens danser ma puce !"
Elle essaya de se cacher derrière le buffet mais à chaque fois Nazo surgissait devant elle en riant. Au bout de la énième fois, elle mit les poings sur les hanches en fronçant les sourcils. Elle en eut plus qu'assez qu'il se mette en travers de son chemin. Puisque personne ne viendra la défendre, c'est terminé la princesse en sucre qui attend qu'on vienne à son secours. Elle prit un gâteau à la crème et attendit le hérisson. Elle le vit à quelques mètres d'elle, courant dans sa direction. Arrivé à son niveau, elle lui lança le gâteau en pleine figure. Ceci eut pour effet de le calmer immédiatement. La pâtisserie se décolla de son visage pour finir à ses pieds. Le hérisson était maintenant couvert de crème. Mephiles vit la scène. Il lâcha la corde pour atterrir juste à côté d'Amy.
"- C'est bien ne te laisse surtout pas faire.
- Je n'ai pas d'ordres à recevoir d'un égocentrique qui ne prend même pas la peine de me défendre, rétorqua la hérissonne scandalisée !
- Quel caractère ! Le même que ta mère aux fêtes de mon père quand on la faisait planer dans les nuages.
- Laisse ma mère en paix là où elle est !"
Elle croisa les bras avec un air hautain de ses paupières closes. Ses cordes vocales vibrèrent d'arrogance. Elle tourna le dos aux deux imbéciles. Sa jupe se souleva un peu dans son mouvement, dévoilant ses chaussures, et retomba en place.
"Allons tu ne vas pas bouder, taquina le prince ? Amuse-toi on est là pour se défouler !"
Ses yeux s'ouvrirent exorbités. Pour se défouler ? Pour l'humilier et lui en faire voir de toutes les couleurs oui ! D'un geste vif, la princesse vexée ramassa le gâteau. Elle l'envoya s'écraser bien profondément dans la figure de Mephiles. Il se décolla tout seul et tomba à ses pieds. La musique s'arrêta, les danseuses accoururent aux côtés du prince. L'une ramassa le gâteau pour éviter que quelqu'un glisse dessus et le posa sur le buffet. Tout le monde regardait la scène. Les admiratrices étaient scandalisées. Elles parlèrent entre elles au sujet de la façon dont Amy traitait le prince. Chaque danseuse sortit un mouchoir et enleva la crème sur le visage du hérisson.
"- Merci mesdames, vous êtes très gentilles mais je n'ai rien. Elle est juste un peu grincheuse.
- Enfin chérie, est-ce une manière de traiter son mari ?
- Ce n'est pas mon mari ! Je ne me serais jamais mariée avec un prince arrogant et répugnant !
- Merci du compliment.
- Oh ! Et il prend mes insultes pour des mots d'amour en plus !
- Enfin chérie tu ne sais pas quelle chance tu as ! Nous t'en voulons de nous avoir pris ce bourreau des cœurs !
- Un bourreau des cœurs ? Un hérisson vulgaire aussi laid que son esprit, coureur de jupons, sourd au sens propre, prétentieux et bête comme ses pieds ! Si vous me croyez capable d'épouser une chose pareille, ce n'est pas me connaître aussi bien que mes parents !
- Vous voyez, toujours aussi cachottière que dans son enfance. Allons Amélia, tu sais que le mensonge est un vilain défaut !
- Moi une menteuse ? Et accuser les autres à tort et à travers en plus ! Pouah ! J'épouserais plutôt Eggman que cette horreur !
- Mais chérie réfléchie un peu ! Un château magnifique, un mari d'un charme de dieu inimaginable, doté de paroles inimaginables et portant merveilleusement bien le titre de prince ! Et des enfants merveilleux tu auras avec lui n'oublie pas.
- Pour ma part, il peut garder son château, rester aussi beau que vous le prétendez mesdames et me dire autant de mots d'amour qu'il le veuille, je ne céderai pas. J'ai déjà quelqu'un bien plus beau, bien plus gentil et qui ne laisse jamais les autres se moquer et dire du mal de moi.
- Mais tu as choisi un minus sans intérêt. Quelle folie !
- Je vous défends de dire du mal de Sonic et de me prendre pour une folle ! J'ai parfaitement toute ma tête ! Je suis sûre et je sais ce que je fait ! Sonic vaut mieux que cette chose !
- Évidemment que tu es si difficile si tu refuses de croire ces demoiselles. C'est elles qui ont raison.
- Ça c'est ce qu'elles pensent toutes mais moi, je suis tout à fait certaine de ce que je pense !
- Quelle honte de dire de telles méchancetés sur elles alors qu'elles disent la vérité ! Pourquoi passer à côté d'un homme comme moi pour un loser ?
- Sonic n'est pas un loser !
- Mais qu'est-ce qu'il te trouve bon sang ?
- Mephiles, que les choses soient bien claires avec tout le respect que je vous dois. Je ne me marierai pas avec vous, même si vous étiez le dernier hérisson sur Mobius.
- Ne t'en fait pas. Je ferai ma demande d'une façon plus élégante.
- Non ! Ma réponse est non !"
Plus elle refusera, plus il insistera. Le non en réponse à une demande en mariage n'existe pas dans son langage. Le hérisson chercha une explication à cette réponse avec un air particulièrement ridicule.
"Non ? Non ? Oh j'ai compris ! Tu plaisantes."
Il poussa un grand rire machiavélique. Les danseuses l'imitèrent, pliées en quatre. Mephiles continua de rire avant de se rendre compte qu'elles se moquaient de lui. Il les calma net de son ton colérique et autoritaire.
"Qu'est-ce qu'il y a de si drôle ?"
Il claqua des doigts. Les danseuses bloquèrent leurs voix de leurs mains, craignant qu'il allait les jeter au cachot. Amy prit peur pour elles et porta ses mains à la bouche, malgré ce qu'elles ont dit sur Sonic. Au lieu, les musiciens jouèrent une musique de jazz. Le hérisson décida de la convaincre en chanson. Quand il ne chantait pas, il était pris de son fou rire diabolique. Les danseuses l'imitèrent plusieurs fois. Le prince la fit tourner en bourrique avec un tango brutal, menaçant même de tuer son vrai amour et de l'envoyer le rejoindre. Arrivé au dernier vers qu'il allongea d'une note de plus en plus forte, elle dut subir encore une danse plutôt rapide sans avoir le temps de respirer. Sa tentative terminée, il l'envoya s'étendre par terre de tout son long. Un dernier rire machiavélique clôtura cette transition musicale. Amy s'assit sur les fesses, fronça les sourcils et mit les poings sur les hanches alors que la dernière note résonna. Cette fois elle n'est pas du tout d'accord. Son regard croisa le sourire pervers du hérisson. Elle détourna la tête avec une grimace de dégoût. Elle profita de ce calme pour se relever et épousseter sa robe.
"- Alors ? Quand dois-je annoncer nos fiançailles ?
- Tu peux toujours rêver ! Plutôt mourir que t'épouser !"
Tous les invités entendirent la réponse. Une danseuse et un renard rouge aux yeux dorés furent les premiers à être surpris. La danseuse, prête à rire, mit les mains sur les joues. Le renard ne put contenir le rire cruel qui s'échappa de son gosier. Le reste des invités suivirent. En entendant cette réaction, le visage de la hérissonne prit une expression effrayée. Toute la salle fut prise d'un fou rire. Amy eut droit à une grande rigolade générale en guise de bouquet final du bal. Les musiciens accompagnaient les rires par une musique de cabaret d'un rythme rapide et comique. Ce fut un cauchemar pour Amy. C'est bien la première fois qu'elle était victime d'une humiliation en public. Elle regardait horrifiée en quoi la fête s'était transformée. Tout le monde semblait contre elle. Mais le pire c'est que Mephiles était celui donc le rire était le plus retentissant. Y a-t-il encore quelqu'un pour lui témoigner la moindre affection ? Sa nourrice qui assista au pied de l'escalier à cet horrible spectacle, très amusant pour eux mais particulièrement humiliant pour Amy. La princesse s'entoura de ses bras et cacha son visage dans ses mains, complètement perdue. Que faire dans une telle situation ? Il lui restait une issue de secours, l'escalier menant à sa chambre. Si les invités, Mephiles, les serviteurs et les danseuses étaient trop occupés à se tordre de rire, elle pouvait très bien courir vers l'escalier et se réfugier dans sa chambre. Au moins à l'étage elle ne dérangera personne, à moins qu'ils aient tous la bonne idée de la poursuivre. Elle souleva sa robe et courut vers l'escalier. Sa nourrice l'appela par son nom. La hérissonne réussit à la devancer. Les larmes commencèrent à couler et la forcèrent à porter ses mains au visage. Par un miracle sans doute, personne à part Scarlett ne remarqua sa fuite. La louve avait préféré la laisser se réfugier dans sa chambre. Après quelque chose d'aussi humiliant, il vaut mieux lui laisser une nuit de tranquillité. Enfin Amy arriva à sa chambre. En bas les rires et la musique ne s'étaient toujours pas arrêtés. Profondément blessée, elle claqua la porte derrière elle. Elle courut vers son lit pour se jeter dessus en pleures. Elle ne veut plus revoir Mephiles, elle le déteste. L'affection qu'elle a éprouvée pendant qu'ils dansaient lui a fait oublier qu'il n'était qu'un égocentrique. Il n'a même jamais pris une seule seconde la peine de la défendre face à des insultes et des moqueries. A cause de lui, voilà qu'elle est devenue la risée de tout un peuple. Pourquoi a-t-il fallu qu'elle naisse princesse ? Elle n'a jamais autant pleuré et désiré la présence de ses parents auprès d'elle cette nuit-là.
