Disclaimer : Les personnages appartiennent naturellement toujours à KURUMADA.
Auteur : Newgaia
Rating : M
Genre : Angst –Aventure
« De passage » : C'est vrai, je ne peux nier que cette fanfiction ne fait pas dans l'humour ^^, et que le drame prend souvent le pas sur la douceur de vivre, même si j'ai glissé ça et là des petits sasses un peu plus tendre. Voici donc l'épilogue. En espérant qu'il en consolera certains. Je comprends tes regrets pour le développement moindre par rapport à certains personnages, mais à moins d'écrire une histoire comportant un nombre de chapitres exorbitants, il m'a fallu faire des choix. D'où le fait que je me concentre en priorité sur le couple Camus et Milo. Après, ce ne sont pas les idées qui manquent pour développer certains passages en écrivant des OS annexes, c'est le temps. Mais je ne referme pas une porte définitive dessus. Bonne lecture pour la fin de cette aventure, et merci de m'avoir accompagnée jusque-là.
Résumé : Alors que Camus participe à une mission avec Aphrodite, les deux chevaliers tombent sur la trace d'Aioros. Les retrouvailles sont rudes, malgré l'arrivée de Saga qui dénoue à peine la situation. Pris de querelle, le Sagittaire et le Bélier ne perçoivent pas la présence d'un ennemi. En s'en prenant au Verseau celui-ci parvient à tuer Saga. Quelques mois plus tard, le chevalier des Poissons meurt à son tour, malgré les précautions mis en œuvre pour protéger les deux survivants qui n'ont pas atteint le 8ème sens. Rien ne semble arrêter la série noire, et lorsque le Sanctuaire est attaqué à son tour, Milo n'hésite pas à quitter son poste pour sommer Shion d'assurer la sécurité de Camus. La bataille qui s'en suit prend tout le monde au dépourvu alors que tous les temples sont attaqués simultanément. Pris à partie par quatre adversaires de taille, Camus voit soudain surgir son fils, qui le bouscule pour le mettre à la portée d'une main mystérieuse qui l'arrache à son temple sans qu'il ne puisse rien faire.
CHAPITRE 79 : ÉPILOGUE
Accoudé contre la large rambarde de marbre rose qui délimitait la terrasse de ses appartements, Camus se laissait envahir par la tranquillité apaisante de ce matin d'hiver. Il faisait frais ce jour-là, bien plus qu'habituellement dans ce coin de Grèce retiré du monde. Mais il ne s'en inquiétait pas. Les chamboulements intervenus sur Terre après sa disparition du temple du Verseau n'excluaient pas la succession du rythme normal des saisons, et il arrivait que survînt un hiver plus rude que les autres.
Ce matin-là, il s'était levé alors qu'une couche de neige épaisse avait envahi tout le paysage durant la nuit. Elle s'accrochait à la moindre aspérité, et d'aussi loin que s'étendait son regard, elle recouvrait les jardins et les différentes aires d'entraînement. Aussi insolite fût-il, ce paysage avait tout pour lui plaire. Un infime sourire s'afficha sur ses lèvres. Il aimait la neige, et une telle métamorphose demeurait si rare en ces lieux qu'il ne pouvait que s'en réjouir.
Vêtu d'une simple chemise de satin blanc sur un pantalon gris perle, il ne souffrait pas du froid. Les derniers bouleversements de sa vie lui avaient rendu toute sa résistance à l'élément qui faisait sa force, et il appréciait de pouvoir se glisser à nouveau dans un flux glacé comme il l'entendait. Installé sur un point culminant, il bénéficiait d'une vue imprenable sur le panorama tourmenté qui s'étageait par strates décroissantes jusqu'à la mer, dont il n'apercevait d'ici qu'un très mince cordon miroitant sous l'horizon.
Si on lui avait dit qu'un jour, il vivrait à demeure dans un des appartements du Palais, alors qu'il conservait son titre de chevalier d'Or du Verseau, il aurait trouvé ça idiot. Mais le Sanctuaire n'était plus vraiment le Sanctuaire, et Athéna occupait à présent une place infiniment plus prestigieuse.
Larvée ou ouverte, longtemps la guerre avait fait rage, frappant tous les Olympiens, sans distinction de rang ni de fonction. Plutôt que d'affronter directement les Dieux qu'ils cherchaient à déchoir, leurs envahisseurs s'étaient comportés la plupart du temps comme une myriade de nuisibles. Ils avaient tenté d'affaiblir tous les royaumes en suscitant conflits et catastrophes parmi les mortels, avant de mener des offensives qu'ils espéraient finales au cœur même des lieux les plus saints. Le retour in extremis d'Athéna, alors que son propre sanctuaire allait être submergé, avait évité le pire à ce lieu et à ce qu'il restait de ses résidents.
Cela faisait partie des informations que Camus avait apprises, et non pas vécues. Il avait ainsi découvert qu'après plusieurs années de luttes aussi acharnées que dévastatrices pour les différents mondes, la totalité de leurs adversaires avait enfin été repoussée. Satisfaite, Gaïa avait alors accepté de sceller les verrous brisés, qui ouvraient de multiples passages aux déités avides d'étendre leurs pouvoirs. Plusieurs grands Olympiens étaient malgré tout tombés entre temps. Certains avaient définitivement disparu. Tel Zeus, dont la chute avait paradoxalement fédéré les survivants autour d'Athéna. Déployant tout son sens de stratège et de chef de guerre, c'était elle qui avait brillamment mené les troupes survivantes à la victoire. Elle occupait depuis le trône abandonné par son père.
Curieuse et déterminée à imposer un nouvel ordre, Gaïa avait aussitôt remplacée sa petite-fille sur Terre en endossant son rôle, aidé en cela par Poséidon, avec lequel elle partageait désormais la sauvegarde du territoire humain. L'antique déesse s'entendait étonnamment bien avec le Dieu des Océans, qui avait sauvé son royaume en ralliant autour de lui tout les anciens Océanides. Les deux divinités partageaient désormais ensemble le souci de développer la planète en conservant l'équilibre précaire entre chaque élément naturel qui la composait. Le monde et les humains apprenaient à vivre avec de nouvelles règles, sous l'œil à la fois perplexe et admiratif d'une Athéna, qui redécouvrait son oncle, et qui apprenait à apprécier son ancêtre.
De son côté, Hadès était parvenu à gérer le flux des morts grâce à son alliance improbable avec Mictlantecuhlti. Assagi par le charme de Shun, le terrible Dieu précolombien avait accepté de partager sa propre organisation interne, le temps que le désordre qui régnait chez l'Olympien s'apaisât. Depuis, Hadès avait réussi à restructurer son Royaume. À la surprise générale, il avait également accepté d'écouter favorablement la requête que le Verseau lui avait présentée peu après son retour. Même si les interventions conjuguées de Shun et de Perséphone, qui avait décidé de reprendre un rôle plus actif auprès de son mari, y étaient pour beaucoup. Quant au royaume d'Asgard, il étendait maintenant son influence sur les deux Pôles, soutenu en cela par Thor, qui avec la bénédiction d'Odin s'était vu propulsé au rang précédemment occupé par d'Héphaïstos.
Camus avait découvert tout cela brutalement, après avoir repris conscience entre les bras de son fils. À ce moment-là, les dernières choses dont il se souvenait se résumaient essentiellement à son combat mal engagé contre les golems, à l'arrivée intempestive de Sergueï, à l'action stupide de celui-ci pour l'écarter, à la main qui l'avait saisi pour l'entraîner vers le passage de lumière, et puis, plus rien. Le trou noir. Jusqu'à ce qu'il ouvrît les yeux et aperçût le visage inquiet du jeune Russe penché au-dessus de lui.
Un regard sur le sol de marbre vert pâle piqueté de brun sur lequel il reposait, joint à la brume blanche floconneuse qui s'élevait autour de lui, avait immédiatement appris au Verseau qu'il ne se trouvait plus dans son temple. Mais ce n'était pas ça qui l'avait le plus surpris. Si les yeux d'ambre qui le fixaient n'avaient pas changé, la carrure de leur propriétaire ne correspondait plus vraiment à celle du bel adolescent qui partageait sa vie et celle de son amant.
Le corps du jeune homme qui le soutenait était à présent celui d'un adulte au fait de sa puissance, dont la musculature à la fois athlétique et déliée se dissimulait en partie sous une armure aussi couvrante que celle des Ors, mais réalisée dans un alliage brun inconnu du Français. Autre détail intriguant, la chevelure de Sergueï était maintenant taillée au ras du cou, et celle-ci encadrait son visage fin en un carré parfait, qui lui donnait une maturité nouvelle, faite de détermination et d'autorité affichées. Ses traits si semblables aux siens avaient perdu les lignes de l'enfance pour s'affirmer, tout en conservant une douceur bienveillante dont il savait sa propre expression dénuée.
Une sorte de casque figurant une tête d'aigle au plumage ébouriffé le coiffait également, tandis que le rang torsadé d'un lourd collier d'argent retenait une sorte d'insigne runique, gravé sur un large médaillon de cuivre et d'or entremêlés, qui reposait sur le plastron de son armure. Habitué à décrypter les autres à travers les moindres détails, Camus devina aussitôt qu'il avait affaire à une personne maintenant en charge de lourdes responsabilités et habituée à donner des ordres. Ce qui ne lui expliquait pas vraiment où il se trouvait et comment une telle transformation était possible.
Son regard dut trahir son désarroi, car il entendit Sergueï l'informer d'une voix bien plus grave que celle dont il se souvenait.
« Je sais que cela va te paraître étrange, mais tu viens de faire un bond assez conséquent dans le temps. »
Étrange ? Non. Il avait vécu des aventures autrement étonnantes au cours de sa vie. Mais jusqu'à présent, leurs effets ne l'avaient jamais affecté aussi intimement. La situation avait quelque chose de vraiment déstabilisant. Si son fils disait vrai, il y avait des chances pour qu'il fût maintenant plus jeune que lui. Il dut avoir l'air encore plus effaré, car il sentit l'étreinte de Sergueï se resserrer, comme s'il cherchait à le rassurer.
Encore un peu étourdi par son voyage temporel autant que par la brutalité de la révélation de Sergueï, il laissa celui-ci l'aider à se relever tout en s'agrippant à lui. L'air un peu inquiet, le jeune homme ne le quittait pas des yeux. Reprenant enfin le contrôle de lui-même, Camus se dégagea de ses bras avec une certaine raideur. Il était infiniment soulagé de retrouver Sergueï sain et sauf, mais il n'était définitivement pas fait pour les débordements affectifs.
Avec curiosité, son regard glissa sur les énormes colonnes de porphyre qui soutenait un plafond si haut qu'il dut basculer la tête en arrière pour l'apercevoir. Le mur en face de lui semblait si loin qu'il se noyait dans la brume. La pièce où il venait de reprendre conscience était aussi insolite que gigantesque.
Patient et attentif aux moindres de ses mouvements, Sergueï lui laissait le temps de s'imprégner de son environnement. Désorienté, Camus ouvrait la bouche pour l'interroger sur l'endroit où il se trouvait, lorsqu'il remarqua soudain qu'ils n'étaient pas seuls dans cette salle immense. En découvrant l'intensité d'un second regard scrutateur posé sur lui, il se figea instantanément.
À seulement quelques pas, un peu en arrière sur sa gauche, immobile sur un trône de jaspe finement décoré de jade vert et d'or, un géant imposant le considérait avec sévérité. Sa longue chevelure bouclée, aussi blanche que la courte barbe qu'il portait, contrastait étrangement avec la jeunesse affichée d'un visage aussi beau que peu affable, aux yeux d'un bleu très pâle. Vêtu d'un simple exomide (1) également blanc, qui découvrait deux jambes forts belles, aux chevilles lacées par les attaches de sandales légères, il se contentait de l'observer silencieusement, le menton posé sur son poing gauche replié. Sa main droite soutenait un énorme sablier, d'où s'écoulaient des grains dorés aussi gros que des billes, qui s'amassaient les unes sur les autres en fonction de la gravité sans faire le moindre bruit.
Camus n'était pas particulièrement impressionnable, mais face à ce personnage aussi peu disert que lui-même, il déglutit avec une certaine difficulté. Soucieux de ménager leur hôte autant que de faciliter l'intégration du Verseau à son nouvel univers, Sergueï le renseigna aussitôt avec gentillesse, comme un père l'aurait fait pour son enfant.
« Je te présente Chronos (2). »
Cette inversion des rôles fut suffisante pour que le Français se reprît. Il ne savait pas ce qu'il faisait là, mais l'urgence résidait dans son aptitude à se présenter correctement à cet être peu bavard, qu'il pressentait désireux de retourner à d'autres affaires, et il s'inclina respectueusement devant lui en déposant un genou à terre.
« C'est lui qui m'a permis d'aller te chercher avant que les Golems n'achèvent de détruire ton temple, l'informa encore Sergueï en pliant à son tour un genou sur le sol. Tu n'aurais jamais réussi à vaincre ce genre d'ennemis tout seul.»
Troublé par ce qu'il apprenait, Camus hésitait entre la reconnaissance pour la mise en œuvre d'un tel déploiement en sa faveur, et un indéniable sentiment d'assistanat qui atteignait son honneur de guerrier. Relevant la tête, il plongea les yeux dans le regard impassible du Dieu pour exprimer son indécision.
« Seigneur Chronos, je ne peux que vous remercier pour cette intervention. Mais était-elle absolument nécessaire ? »
Pour la première fois depuis le début de leur face-à-face, le géant sortit de son immobilité pour incliner la tête vers lui d'un geste que sa taille rendait étonnamment séduisant. Pour la première fois aussi, ses yeux clairs s'allumèrent d'une sorte d'intérêt proche de l'amusement. Comme s'il avait parfaitement jaugé la résistance du Verseau et qu'elle venait à point le divertir.
Mal à l'aise, Camus s'admonesta à ne pas baisser son regard. À en juger par le mince sourire qui fleurissait à présent sur le beau visage, sa réaction était appréciée. Mais malgré une attitude à l'inexpressivité identique, le Verseau n'en menait pas large. Jamais Athéna ne s'était montrée à eux en telle majesté. Hadès lui-même n'égalait pas la prestance de ce géant au calme infiniment dangereux. C'était un être qui ne devait que rarement plier devant qui que ce fût, et le Français s'expliquait mal ce qui avait bien pu le pousser à l'aider.
Conscient de ses interrogations, Chronos se tourna alors vers Sergueï.
« Explique-lui, fit-il à l'adresse du jeune homme d'une voix de stentor qui emplit la pièce. Je vous renverrai ensuite là où le temps reprend normalement son cours. »
S'inclinant une nouvelle fois devant le Dieu, Sergueï se releva, imité par Camus, qui se tourna de nouveau vers lui. Dévoré par la curiosité et mis à mal par la précarité de sa situation insolite, Le Verseau lui accorda toute son attention alors que celui-ci entamait ses explications.
« Je refusais de te perdre, mais je voulais aussi te retrouver, commença le jeune homme. Parce que si, pour toi, il ne s'est écoulé que quelques minutes depuis que tu as quitté le temple du Verseau, pour nous, tu as réellement disparu durant de longues années. Ce jour-là, il m'a juste fallu convaincre mon « moi » plus jeune de se débrouiller pour te pousser à saisir ma main avant qu'il ne soit trop tard. Je ne pouvais me montrer, il restait peu de temps, mais j'ai réussi à m'autopersuader alors que je me trouvais au Palais, d'obéir à cette voix semblant sortir de nulle part pour te sauver. Et je suis redescendu dans ton temple au mépris de l'interdiction de Shion. J'étais sûr que ça allait marcher. Des années durant, après ta disparition, je savais que c'était « moi » qui t'avais entraîné quelque part, mais j'ignorais où, et par quel miracle. Jusqu'à ce que Hyoga retrouve un vieux texte parlant des pouvoirs de Chronos. Le Seigneur Chronos n'accepte généralement pas de se montrer aux mortels. Encore moins d'intervenir pour eux. Mais il devait un service à Hadès. Et comme Hadès avait promis à Hyoga de l'exhausser, si jamais il lui demandait quelque chose suite à sa non-intervention lorsqu'il s'est rapproché de Shun, j'ai pu rencontrer Chronos. Le temps est une chose étrange. Je pensais t'avoir sauvé voilà des années, ce fait s'inscrit d'ailleurs dans notre passé, et pourtant, je ne t'ai attiré ici qu'il y a quelques minutes, grâce à l'intervention de Chronos qui a accepté d'accéder à ma requête, en ouvrant un passage pour que je te tende la main des années en arrière. «
Un peu désorienté par l'implication temporelle de son sauvetage, Camus préféra remettre à plus tard la compréhension en bonne et due forme de celui-ci.
« Pourquoi ? demanda-t-il simplement, profondément touché par l'implication de son fils.
─ Parce qu'un jour où j'étais perdu, tu n'as pas hésité à transgresser l'attitude détachée des Verseau pour venir vers moi en me disant que j'étais « ton fils », répondit ce dernier sans maquiller l'élan affectif qu'il ressentait en évoquant ce souvenir. Il était hors de question qu'en retour j'abandonne « mon père ». »
Durant quelques secondes, le regard du Français s'adoucit. Il n'en fallut pas davantage à Sergueï pour décrypter sa réelle émotion, et un sourire aussi heureux qu'affectueux fleurit en retour sur ses lèvres.
« Mais il existe aussi une autre raison, reprit-il en retrouvant l'attitude plus martiale qui lui incombait désormais. Et elle est directement liée au renforcement du Sanctuaire de Gaïa, dont je suis devenu le Grand Pope, ainsi qu'au destin de tes anciens frères d'armes. »
À l'évocation de ses compagnons, le regard de Camus se voila d'anxiété malgré sa maîtrise.
« Rassure-toi, ils vont tous bien, s'empressa de le rassurer son fils. Athéna est revenue au Sanctuaire juste après ta disparition, et elle ramenait non seulement Hermès et ses troupes avec elle, mais aussi ce qu'il restait des armées d'Apollon. À eux trois, ils sont parvenus à chasser nos ennemis et nous n'avons pas eu à déplorer de nouvelles pertes. Mise à part la tienne.
─ Et Milo ? interrogea Camus avec une certaine appréhension.
─ J'ai eu beaucoup de mal à lui expliquer ce qui s'était passé. Après la bataille il te cherchait de partout comme un fou. Il m'en a énormément voulu de t'avoir poussé vers cette main durant quelque temps, et il refusait de m'écouter. Puis il a compris que sans mon intervention tu serais probablement mort, et surtout que tu étais toujours vivant quelque part. Le lien dont m'a dépossédé Athéna à son profit lui a probablement sauvé la vie, en lui évitant de dépérir de ton absence. Parce qu'à partir du moment où il m'a cru, il a identifié ta présence dans le temple du Verseau que nous étions alors en train de reconstruire. Tu avais disparu, et pourtant c'était comme si ton fantôme occupait cette Maison. Seul le Seigneur Chronos pourrait nous expliquer ce mystère, je crois. Mais le plus important, c'est que Milo ait conservé l'espoir de te revoir. Il t'attend aujourd'hui avec l'impatience que tu peux imaginer. Mais avant que tu le retrouves, il faut que tu saches que tu vas être confronté à une petite différence par rapport à ton départ. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle Gaïa espérait rapidement ton retour.
─ Laquelle ? s'enquit le Français, en décelant nettement la soudaine réserve un peu ennuyée de son fils.
─ Nous t'attendions pour qu'Athéna puisse enfin sceller nos existences, en nous accordant une quasi-immortalité. Zeus a disparu en emportant l'Ambroisie(3), mais elle a trouvé le moyen de figer nos corps dans un instant éternel. Nous ne vieillirons plus, et il n'appartiendra qu'à nous de nous défendre pour poursuivre cette vie indéfiniment, ou aussi longtemps que nous le désirerons. Athéna tenait à offrir ce cadeau aux Ors qui ont survécu. Elle désirait aussi en gratifier les trois chevaliers Divins qu'il lui reste, Shun, à travers les pouvoirs qu'il partage avec Hadès, ayant déjà depuis longtemps attribué cet avantage à Ikki. C'est aussi une manière pour Athéna de remercier Gaïa, pour avoir à nouveau scellé tous les passages à nos ennemis. Et je te rappelle que sur la Terre, c'est cette dernière que nous servons désormais. Elle pensait agir dans ce sens bien plus tôt, mais mon geste pour te sauver a provoqué une distorsion temporelle suffisamment importante pour empêcher Athéna de mettre à exécution son souhait. Gaïa savait que ce don ne pourrait devenir effectif qu'à partir du moment où nous serions à nouveau tous réunis. C'est pourquoi elle ne m'a jamais interdit de mener des recherches pour te retrouver, alors que tant d'autres chantiers réclament notre attention sur Terre. Donc, en t'attendant, le temps a continué à passer. Nos cosmos nous préservent d'un vieillissement trop rapide, mais comme tu peux le constater avec moi, l'âge nous affecte tout de même. Milo y compris, acheva Sergueï d'une voix hésitante.
─ Combien de temps s'est-il écoulé exactement ? demanda Camus d'une voix froide, en s'exhortant à un calme qu'il était loin de posséder intérieurement.
─ Dix-sept ans, jour pour jour », précisa Sergueï en le scrutant intensément.
Si l'information ébranla Camus, il n'en montra rien. Il avait retrouvé toute son impassible distanciation au fil de la discussion. Il ne doutait pas que l'amour de Milo eût résisté au temps. Ni qu'ils surmonteraient ensemble la nouveauté de la situation. Leur relation se scellait déjà de multiples façons, et cela depuis bien longtemps. L'âge ni changerait rien. Ils demeuraient deux hommes adultes, et ce n'était pas comme si l'un d'entre eux était brutalement retourné en enfance. Un Milo avec quelques rides en plus, ce n'était pas ça qui le chagrinait. Ce qui l'ennuyait beaucoup plus, c'était qu'il allait se retrouver le cadet de la troupe toute entière. Et à l'avenir, il n'était pas question qu'il se laissât manœuvrer en fonction de cet élément.
Chronos les avait renvoyés peu après dans le cours du temps en lui délivrant un dernier message.
« Sache que ceux qui stationnent entre les grains de mon sablier ne le font pas sans en retirer un avantage. Tous ont ramené un pouvoir différent issu des charnières du temps. J'ignore moi-même en quoi le tien consistera. Tu le découvriras seul, lorsque le moment viendra. »
Sans oublier les paroles du Dieu du Temps, Camus avait ainsi commencé cette autre vie, en renouant avec ceux qui avaient cru le perdre, en apprenant tout ce qu'il avait manqué, et en découvrant son nouvel environnement. Fidèle à sa parole, le premier acte d'Athéna à son retour avait été de bloquer l'horloge biologique de ceux qu'elles tenaient à distinguer, permettant ainsi à Gaïa d'organiser ses troupes de façon plus définitive, et surtout, de bénéficier de l'incommensurable expérience des armures d'Or encore alliées à un chevalier. Des douze n'en subsistaient plus que six. Bélier, Lion, Vierge, Balance, Scorpion, Sagittaire et Verseau formaient à présent l'axe de défense de Gaïa. Mais tous les temples étaient loin d'être occupés de façon permanente.
Mü séjournait la plupart du temps à Asgard. Alors que son choix s'était porté sur une compagne qui vieillirait à son rythme d'Atlante, le don d'Athéna le condamnait à lui survivre indéfiniment. Ces temps de paix et de reconstruction lui en donnant l'opportunité, il profitait au mieux de sa femme et de sa fille. Gaïa ne mettait pas en doute sa fidélité, et elle ne voyait aucun inconvénient à le partager avec Odin. Elle savait que l'avenir imposerait un rude coup au Bélier une fois que mort lui arracherait Hilda, et elle espérait qu'il se raccrocherait à la consolation de veiller sur sa dynastie. Après Adélaïde, deux autres petites princesses étaient nées, et il serait bien étonnant qu'aucune d'entre elles ne donne un jour naissance à une lignée.
Aiolia partageait la même infortune que le Bélier, à ceci près que Marine, soumise à une chronobiologie purement humaine, vieillissait beaucoup plus rapidement qu'Hilda. Après le retour de Camus, le Lion avait cherché un moment un moyen de préserver sa compagne de la mort. Inutilement. Il devrait s'en séparer un jour. Il vivait donc aujourd'hui en s'efforçant de saisir tous les moments de bonheur à deux que la vie leur offrait. Moments simples où exceptionnels à ses yeux, comme celui où vingt ans après la naissance d'Athénais, devenue une guerrière aussi belle que redoutable, Marine lui avait donné un fils, aujourd'hui âgé de treize ans.
Avec la bénédiction de Gaïa, Shaka parcourait inlassablement le monde pour soulager la misère humaine. Il le faisait à présent avec un détachement tranquille, source de paix et de satisfaction pour lui et pour les autres. Mais il avait existé un temps où poussée à l'extrême, son abnégation avait failli mettre sa vie en danger. Il avait attendu que les envahisseurs soient définitivement repoussés avant de prendre la route. Personne ne s'était opposé à son choix ,sachant que cela aurait été inutile, mais tous avaient deviné le poids de la mort de Shura dans la détermination de celui-ci. Vivant en ascète et n'épargnant pas ses forces, la Vierge aurait sans doute fini par s'éteindre rapidement, faute d'entretenir la robustesse du corps figé dans le temps qu'Athéna lui avait offert, si Camus n'avait pas découvert entre-temps la façon de combattre son désespoir.
Dohko demeurait la plupart du temps absent du Sanctuaire, bien que sa fonction fût des plus importantes à la bonne marche de celui-ci. Pour le plus grand plaisir du Chinois, Gaïa déléguait celui-ci régulièrement en tant que conseiller auprès des autres Royaumes, lorsqu'il n'occupait pas sa nouvelle charge d'ambassadeur auprès d'Athéna. De quoi combler son besoin de bougeotte et d'histoires tordues à démêler, lui qui tant d'années avait dû étouffer sa soif de service actif en restant statique auprès de la cascade de Rozan.
Aioros jouait toujours les insaisissables, mais il le faisait en parfait accord avec lui-même et les ordres de sa nouvelle déesse. L'installation d'une ère de paix durable n'excluait pas la manifestation de quelques tensions ici ou là. Le Sagittaire était en charge de veiller à la durabilité de cette paix en rétablissant l'ordre. À sa convenance, lorsqu'il tombait sur un nid d'irréductibles près à en découdre par tous les moyens. Ce qui lui convenait fort bien.
Depuis qu'ils s'étaient retrouvés, Milo et Camus séjournaient la plupart du temps au Sanctuaire. À l'exemple d'Aiolia ils assuraient la sécurité quotidienne du nouveau Domaine Sacré. Les missions annexes qui leur incombaient brisaient agréablement leur routine, bien que chacun des trois eût une bonne raison d'apprécier la nouvelle quiétude d'une existence partagée auprès d'un compagnon ou d'une compagne aimés.
Hyoga, Shiryu et Seiya formaient dorénavant une garde rapprochée autour de Sergueï, qui dirigeait les affaires d'une main ferme en l'absence de Gaïa. Tandis que Shion conservait son rôle auprès d'Athéna qu'il avait accompagné sur l'Olympe.
Kanon demeurait toujours en poste auprès de Poséidon. Ce dernier avait oublié sa traîtrise au profit de ses indéniables qualités de meneurs d'hommes et d'expert militaire. De son étrange alliance avec Rhadamanthe, le général des Mers avait tissé une amitié solide qui l'amenait parfois à servir de relais avec les Enfers. Bien qu'Athéna eût proposé de l'inclure dans le groupe qu'elle désirait favoriser, il avait refusé de bénéficier de son cadeau, préférant vieillir doucement auprès de Néphélie.
Camus n'avait pas mis longtemps pour deviner qu'il avait décliné ce don en espérant que l'avenir, dans une autre vie, le rapprocherait à nouveau de Saga. Toujours en proie à ses remords concernant la mort du Gémeau, le Français en avait été profondément attristé, jusqu'à ce qu'il comprît qu'il existait peut-être un moyen d'effacer en partie les blessures infligées par la guerre.
Avec un sourire, le Verseau songea à la façon dont le destin s'était incurvé. C'était en aidant un groupe de survivants perdus dans les Appalaches que Camus avait découvert le pouvoir dont l'avaient investi les grains du temps de Chronos.
Une mère pleurait la mort de son enfant, et le Verseau avait soudain été incapable de penser à autre chose. Jusqu'à ce qu'il réalisât qu'il entendait sorte d'appel bien plus pressant, mais si ténu, que sans sa compassion pour le désespoir de cette femme, il serait immanquablement passé à côté.
Suivant ce second lien de conscience infime qui se diluait à mesure qu'il le menait il ne savait où, le Français était arrivé à remonter jusqu'à lui, juste à temps avant que la réalité de l'esprit qui l'animait ne disparût définitivement. Il avait soudain été submergé d'images participant au choix d'une nouvelle vie en devenir, et d'une prière l'implorant de servir de guide lucide à l'orientation du choix de celle-ci. Avec stupéfaction, Camus s'était alors aperçu qu'il possédait le pouvoir de lire la direction qu'allaient emprunter les âmes buvant l'eau du Léthé. Il pouvait en outre entendre la dernière manifestation de leur personnalité défunte. Celle de l'enfant disparu le suppliait de l'aider à revenir auprès de sa mère, à laquelle il avait été si brutalement arraché.
Jouant sur le lien subtil qui s'était établi entre eux avant qu'il ne se brisât, le Verseau avait alors tenté de répondre favorablement à la demande de l'enfant défunt. Et ça avait marché. Non seulement il pouvait voir la destination des âmes qui passaient dans le Léthé, mais si elles étaient suffisamment pures, il avait le pouvoir de les rediriger.
Sur le coup il n'avait pas trouvé cette faculté d'un grand intérêt, jusqu'à ce que cela lui donnât une idée. Convaincre Kanon d'intercéder en sa faveur après de Rhadamanthe pour qu'il lui obtînt une entrevue avec Hadès avait été le plus difficile. Malgré les années, le frère de Saga maintenait ses distances à son encontre, et il avait fallu tout le savoir-faire de Néphélie pour que le second Gémeau acceptât de l'aider.
Une fois rendu aux Enfers, Camus avait intercédé avec toute la méthode qui le caractérisait, pour que les âmes de ses frères Ors tombées aux combats, toujours maintenues prisonnières, fussent enfin libres de se réincarner dans les meilleures conditions. Appuyé dans sa diatribe généreuse par un Shun, qui depuis longtemps cherchait aussi une solution pour libérer ses anciens frères d'armes, et une Perséphone qu'il avait touchée, il avait fini par obtenir gain de cause.
Kanon et Néphélie avaient été les premiers à bénéficier de son intervention. Neuf mois plus tard, la compagne du vaillant Général des Mers donnait naissance à un petit garçon, couvert d'une petite chevelure bleue déjà bien dru sur la tête, alors que depuis plus de vingt ans tous les espoirs d'enfanter du couple s'étaient avérés vains. Le bébé avait poussé son premier cri en ouvrant ses yeux d'une couleur encore indéfinissable le poing serré sur le pouce de son père, qui avait immédiatement deviné d'où lui venait cet enfant inespéré. Ce n'était pas le rapprochement qu'il avait imaginé avec Saga, mais celui-ci comblait malgré tout ses attentes. À défaut d'avoir été un frère à la hauteur, il allait pouvoir se montrer un père digne et aimant.
Cinq mois plus tard, Shaka trouvait un bébé abandonné devant une lamaserie, où un hiver particulièrement vif l'avait obligé à se réfugier. Les conditions de vie étaient si rudes sur ce pan isolé de l'Himalaya népalais que, toutes les nuits, le chevalier de la Vierge devait faire appel à son cosmos pour réchauffer l'enfant, qui dormait dans son giron avec un sourire bienheureux. Les choses se gâtaient invariablement au matin, lorsque Shaka tentait de remettre le petit paquet baveux aux mains des moines. Le nourrisson se mettait alors à hurler à fendre l'âme jusqu'à ce qu'il le reprît contre lui. Le bébé n'acceptait que quelqu'un d'autre s'occupât de lui, qu'à la condition que le chevalier blond se trouvât dans la pièce. Malgré son détachement, le bodhisattva avait fini par comprendre, et depuis, il cheminait par le monde avec un bambin, qui grandissait en apprenant les plus sages préceptes, accroché à son sari. Nul doute que le petit Shura se montrerait un apprenti indéfectiblement attaché à son Maître.
Un an plus tard, lorsque Shunrei mit au monde son cinquième enfant, elle comprit tout de suite que celui-ci avait quelque chose de spécial. Il ouvrait sur le monde des yeux presque méfiants, qui l'attendrissaient tout en la bouleversant. En se penchant sur le berceau de son troisième fils, Shiryu eut un sourire bienveillant. Il n'avait aucun doute sur l'origine de cette réserve, qui même après un passage à travers une source d'oubli marquait ce petit être en devenir. Il se promit de prouver rapidement au petit Angelo qu'il n'avait rien à craindre en ce monde neuf. Cette fois-ci, il bénéficierait du soutien de parents tendres et aimants, et à travers lui, d'un professeur soucieux de l'enseigner dans les meilleures conditions.
La même année, Maevane, devenue chevalier d'argent au service de Gaïa, partit à la recherche des premiers apprentis pour de nouvelles armures. Elle en ramena sept, dont un petit garçon qui, à la consternation générale, était âgé d'à peine douze mois. L'enfant était déjà grand pour son âge et son cosmos des plus prometteurs, mais il était totalement hors de question qu'il suivit un entraînement quelconque à un âge aussi tendre. Comprenant son erreur d'appréciation, et émue par les grands yeux pleins de confiance que le petit portait sur elle, la jeune femme voulut se racheter. Le Domaine Sacré ne disposant pas de nursery, et farouchement opposé à ce que le bambin passât de main en main en attendant qu'il grandît, elle décida de l'élever. Camus ne lui dit rien, mais lorsqu'il croisa pour la première fois le jeune Aldébaran qui babillait en essayant de se relever pour suivre sa nouvelle maman, il ne douta pas un instant que celle-ci finirait rapidement par déchiffrer les arcanes du destin.
Le plus beau cadeau fut sans doute accordé à Shaina. Consciente de son chagrin, et redoutant qu'elle ne commît un acte désespéré, Gaïa avait toujours refusé au chevalier de l'Ophiuchus de quitter le nouveau Sanctuaire. C'était une façon de la protéger, en permettant à ses compagnons d'armes de prendre soin d'elle. Du moins pour le peu qu'elle se laissait encore approcher. Le temple des Poissons ayant été détruit, elle vivait dans une petite maison, qu'elle avait rebâtie à flanc de montagne, au fond du jardin qui était autrefois celui d'Aphrodite. Patiemment, elle avait récupéré les pierres éparses de l'ancien édifice, pour construire une sorte d'autel à la mémoire de son amant défunt. Elle venait souvent s'y recueillir. Protégé par un toit supporté par de fines colonnades, celui-ci se trouvait au cœur du jardin qu'elle entretenait avec amour. Ce fut à ces pieds que par un matin de printemps, trois ans après la naissance du petit Saga, elle découvrit un nouveau-né sur un lit de pétale de roses. Des années après la mort du chevalier des Poissons, elle versa alors ses premières larmes. Mais c'était des larmes de joie. Nul ne sut jamais qui étaient les parents de l'enfant. Shaina l'adopta sans se poser de question, en promettant de veiller sur lui comme la meilleure des mères.
Un infime sourire accroché aux lèvres, Camus laissa dévier son regard sur la droite, pour poser les yeux en contrebas, sur le flanc de la montagne qui montait jusqu'au Palais. Le grand escalier existait toujours. Les temples d'origine, eux, avaient disparu. Seuls six avaient été reconstruits, dans un style un peu différent de celui qu'appréciait Athéna. Plus massifs et plus grands, leurs lignes épurées se distinguaient par l'ajout de dorures à leurs frontons, et de multiples boiseries sculptées scellées à même les murs extérieurs.
Mais le changement majeur s'observait ailleurs que sur les simples bâtiments. Autour de lui, d'aussi loin qu'il pouvait voir, le paysage avait été remodelé, comme repensé, presque recréé. L'aridité avait fait place à un manteau de verdure et d'arbres trapus, comme il en existait voilà plus de six mille ans sur toute la Grèce, lorsque le Sanctuaire d'Athéna était apparu. Au-delà du Domaine Sacré, Camus savait que les transformations étaient équivalentes. Après les guerres qui avait ravagées et rayées de la carte plus de la moitié de la population du globe, Gaïa avait veillé à redonner à la Terre un aspect plus sain. La plupart des grandes villes étaient détruites. Tout était à rebâtir, et les hommes s'activaient en tenant compte de leurs erreurs passées. Tout au moins, pour l'instant…
Camus perçut l'arrivée de Milo avant que celui-ci ne s'engageât sur la terrasse. Le Scorpion venait de s'absenter durant quinze jours pour mettre en place les bases d'un centre d'entraînement commun entre les chevaliers de Gaïa et les Marinas dans le Pacifique. Comme du temps de Shion, son compagnon prenait la liberté de venir le saluer en priorité avant de faire son rapport au Grand Pope. Du moment qu'aucune urgence n'entrait dans sa mission, il savait que Sergueï tolérait ce détail. Voire même, qu'il l'encourageait.
Le plus grand plaisir du Verseau après son bond dans le temps, avait été de s'apercevoir que les rapports entre son fils et son amant s'étaient non seulement assagis, mais que leur rivalité d'antan cédait maintenant la place à une estime réciproque tissée de franche amitié. Après un début houleux, sa longue absence avait fini par les rapprocher durablement.
Désolé de la peine que la disparition du Verseau causait au Scorpion, Sergueï avait dès le départ usé de toute sa gentillesse pour réconforter le Grec, en lui proposant de mettre leurs efforts en commun pour le retrouver. Mais si à visage découvert Sergueï assumait parfaitement les conséquences de son intervention pour sauver son père, dans le secret de ses nuits, il pleurait la perte de celui-ci. Car certes, il l'avait protégé des Golems, mais il était incapable de savoir où son autre « moi » l'avait emmené, et donc, s'il l'avait mis ou non en sécurité.
Cette incertitude avait fini par miner son moral, jusqu'à ce que parfaitement conscient de son tourment, Milo mît de côté sa propre frustration un peu revancharde, pour le prendre définitivement sous son aile. L'adulte et l'adolescent s'étaient ainsi mutuellement épaulés durant des années, partageant les espoirs les plus fous et les désillusions les plus douloureuses. Mais même dans les pires moments, Milo n'avait ensuite jamais plus rien reproché à Sergueï, l'aidant au contraire à devenir ce qu'il était à présent pour le bien de tous. Une attitude qui rendait Camus d'autant plus fier de son compagnon.
Tournant la tête, il accueillit ce dernier avec un regard où perçait un éclat de tendresse qui lui valut un sourire éclatant du Scorpion. La paix aidant, le Verseau avait conscience de s'ouvrir et il savait que c'était le plus beau cadeau qu'il pouvait offrir à celui dont l'amour ne se démentait pas. Un chat brun tacheté de roux entre les bras, le Grec le rejoignit d'un pas tranquille. Observant un instant le félin qui s'abandonnait en ronronnant dans les bras de son amant, le Français eut un souvenir ému pour le chaton qui autrefois, était venu sceller l'amour de Milo pour lui. (4). Les descendants de Moustache Premier, relayé par ceux de Moustache Second, peuplaient maintenant tout le Sanctuaire.
Les yeux brillants de tendresse, le Scorpion se contenta de déposer un simple baiser sur sa tempe avant de s'adosser contre la rambarde à ses côtés. Les bonheurs les plus vrais n'avaient pas besoin de grandes déclarations, et Camus reprit sa contemplation apaisée, sous l'attention attendrie de Milo.
NOTE : Ainsi s'achève cette longue épopée qui, avec sa première partie « Les clés de la haine », m'aura une première fois occupée durant deux ans et demi (de 2010 à2012), avant que sa réécriture ne m'accapare durant six ans (de 2014 à 2020). Honnêtement si j'avais su que cette réécriture durerait si longtemps, jamais je ne l'aurais entreprise. Quatre-vingts chapitres sur plus de 630 000 mots cumulés pour les deux (sans compter les quatre OS qui complètent cette histoire), ce fut long pour moi, et sans doute aussi un peu pour vous ^^. Je tiens avant tout à remercier tous mes lecteurs, avec une pensée spéciale pour tous ceux qui à un moment donné m'ont laissé leurs impressions. On ne le redira jamais assez, mais les commentaires participent à un échange important. Tout comme le nombre de lectures encourage à poursuivre une fanfiction aussi longue que la mienne. Et de ce côté, vous m'avez particulièrement gâtée, puisque j'ai été régulièrement lue dans différents pays. Merci encore à vous tous pour l'intérêt que vous avez porté à ce texte. Ponctuellement il se peut que je présente encore quelques OS, se raccrochant notamment à la fin de cette longue fanfiction. Et si quelques-uns sont intéressés par ce que j'écris ailleurs, ils peuvent me contacter par M.P. Merci à tous, et peut-être à bientôt ^^.
L'exomide est la tunique courte que portaient les hommes de la Grèce Antique. Elle est souvent représentée fermée sur une seule épaule, mais elle pouvait se porter de différentes manières.
Chronos, à ne pas confondre avec Cronos (le Titan Père de Zeus), est le Dieu du temps. Il apparaît essentiellement dans les traditions Orphiques. Tout comme son illustre homonyme, certaines légendes en font également un fils de Gaïa, son père étant Hydros (les Eaux Primordiales).
L'Ambroisie était censée conférer l'immortalité aux Dieux. Elle s'apparentait aussi à une sorte de nourriture. En être privé représentait un des pires châtiments pour un Dieu.
Lire l'OS « un petit chat pour un gros chagrin ».
