LA SENTENCE
Lundi 22 juin 1998 – Tribunal du Magenmagot, Londres.
— Sileeeeeeeeence je vous prie ! Silence !
Le président sorcier du Magenmagot, Tiberius Ogden, frappa de plusieurs coups secs avec son maillet sur l'épais socle en bois de chêne. Avec sa grande moustache en guidon argentée et ses pommettes bien dessinées légèrement rosies, il avait de prime abord l'air très sympathique. Mais dès qu'il était excédé, son regard pétillant laissait place à deux pupilles noires menaçantes, tétanisant sur place ses interlocuteurs et autres personnes qui avaient le malheur de se trouver en sa présence. D'habitude, cette faculté d'intimidation suffisait pour lui permettre de faire son travail dans les meilleures conditions. Pourtant ce jour-là, c'était la première fois depuis sa prise de fonction quelques mois auparavant qu'il n'arrivait pas à tenir son tribunal en place. Il faut dire que cette fois, le Magenmagot était présent au complet, et pour une affaire des plus importantes. Le jugement du célèbre Sirius Black.
Sirius Black. Sorcier issu d'une illustre famille, son histoire était désormais connue de tout le monde des sorciers. Tout du moins en Grande-Bretagne. Son parchemin judiciaire était aussi rempli que sa renommée dans le pays était grande. Emprisonné pour le meurtre de douze moldus et de ses anciens camarades de Poudlard : James Potter, Lily Potter née Evans et Peter Pettigrow. Évadé de la prison d'Azkaban. Entré par effraction dans l'école de sorcellerie de Poudlard et auteur de dégradations sur du mobilier historique. Échappé de sa cellule avec refus de se soustraire à la sentence du ministère de la Magie.
Tout cela n'était pas très glorieux et aurait pu le conduire à une nouvelle condamnation avec obligation d'être emprisonné à vie sous très haute surveillance à Azkaban, la peine maximum en Grande-Bretagne qui avait remplacé le baiser du Détraqueur depuis la fin de la guerre. Seulement Sirius Black avait été accusé à tort pour les 15 meurtres et il avait des circonstances atténuantes pour les autres infractions ayant découlées de cette accusation.
Et c'est bien pour cela que le sorcier faisant le malin, assit au milieu de la salle d'audience, un grand sourire satisfait dessiné sur ses lèvres, devant le Magenmagot dans son ensemble qui débattait depuis des heures sur son cas. Oui, Sirius Black était persuadé qu'il serait acquitté pour tous ces crimes, que l'historique de son parchemin judiciaire serait tout bonnement effacé et qu'il pourrait repartir en homme totalement libre et sans aucun antécédent. Et il comptait même sur une petite compensation du ministère au titre du préjudice corporel et moral qu'il avait subi ces dernières années.
Mais c'était sans connaître Tiberius Ogden.
— Par la barbe de Merlin ! Silence !
Le président sorcier récupéra enfin l'attention de l'ensemble de son tribunal. Il se tourna ensuite vers Sirius pour poursuivre l'audience.
— Monsieur Black, j'ai bien conscience que vous êtes particulièrement amusé par la situation actuelle et je me permets de vous dire que cela ne m'enchante pas.
— Mais vous vous méprenez monsieur le président ! s'offusqua faussement Sirius avec une voix un peu trop aiguë pour quelqu'un de sincère. Je vous assure que j'ai un immense respect pour le Magenmagot et je ne souhaite qu'une chose, que cette affaire soit classée au plus tôt.
— Oh mais cette affaire est sur le point d'être classée ne vous en faites pas monsieur Black. Suite aux audiences préliminaires, le Magenmagot a reconnu que toutes les charges d'homicides ne pouvaient être retenues contre vous et que vous ne pouviez pas être poursuivi non plus pour homicides involontaires concernant les douze moldus tués.
Quelques murmures s'élevèrent dans le tribunal, certains ayant affirmé lors des précédentes audiences que Sirius devait tout de même être poursuivi pour avoir voulu faire justice lui-même et pour avoir décidé d'agresser Peter Pettigrow en pleine rue au milieu de moldus.
— Je vous remercie de le reconnaître ! s'enflamma Sirius.
— De plus, ajouta Tiberius sans faire attention à lui, les yeux rivés sur son parchemin récapitulatif. Il a été admis que les multiples évasions et refus de soumission à l'autorité du ministère…
— Alors refus de soumission à l'autorité vous y allez peut-être un peu fort…
—…à l'autorité du ministère de la Magie, poursuivit Tiberius un peu plus fort pour couvrir les paroles de Sirius et le faire taire, découlaient de ces accusations à tord et étaient motivées par des raisons tout à fait légitimes entraînant une annulation des poursuites à votre encontre pour le seul fait de leur caractère illégal.
Cette fois les exclamations furent beaucoup plus virulentes dans le tribunal. Tiberius n'eut d'autre choix que de frapper à nouveau avec son maillet à plusieurs reprises pour retrouver le silence.
— Je vous remercie monsieur le président ! lança Sirius. Je suis heureux de voir que notre système judiciaire, bien qu'il ne soit pas totalement infaillible, est en perpétuelle évolution pour s'améliorer et répondre ainsi aux besoins de notre société pour que chaque nouvelle génération puisse…
— Je n'ai pas fini monsieur Black.
Par cette simple phrase, le président sorcier retrouva tout de suite l'attention de Sirius, qui fronçait les sourcils ne sachant pas trop ce qu'il y avait à rajouter.
— Vous n'êtes pas poursuivi pour les meurtres des douze moldus, ni pour celui de vos anciens camarades. Vous n'êtes pas non plus poursuivi pour votre évasion d'Azkaban puis de Poudlard, nous considérons que bien qu'illégales, ces évasions étaient motivées par une cause noble et que vous vous êtes largement racheté par vos nombreux combats au sein de l'Ordre du Phénix.
— Mais ? demanda Sirius sur la défensive.
— Mais nous ne pouvons pas effacer les autres charges retenues contre vous. À savoir, premièrement le fait que vous ayez délibérément et en toute connaissance des risques que cela représentait, décidé de poursuivre et d'agresser Peter Pettigrow en pleine rue et en présence de nombreux moldus, ayant conduit à la mort de douze d'entre eux. Sans parler du fait que vous avez risqué dans cette affaire de révéler l'existence de notre monde. Vous n'êtes pas accusé d'homicides involontaires, mais de négligences ayant conduit à ces décès.
— Objection monsieur le président ! Je n'ai pas agressé Peter Pettigrow. Je l'ai retrouvé car c'était la seule preuve que je pouvais avoir pour me dédouaner pour la mort de James et Lily. Mais c'est lui qui s'est infligé ses blessures.
— Sileeeeeeeeence monsieur Black ! Tout le monde ici sait pertinemment que vous avez traqué votre ancien camarade pour faire justice vous-même. Et que vous l'avez malmené avant qu'il ne se fasse passer pour mort. Vous devez en assumer les conséquences aujourd'hui.
Sirius resta bouche-bée devant ces accusations. Mais il n'était pas au bout de ses peines.
— Deuxièmement, nous maintenons les charges pour dégradation d'un mobilier très ancien de l'école Poudlard, et le traumatisme causé à un de ses illustres habitants.
— Pardon ? Mais je n'ai jamais rien fait de tel.
— Je parle de l'agression du portrait de La Grosse Dame. Vous niez avoir dégradé ce portrait le 31 octobre 1993 ?
— Heu… je…et bien…non, balbutia Sirius qui n'avait plus du tout cette histoire en tête depuis longtemps.
— Parfait. Je suis ravi de voir que vous coopérez enfin. Nous sommes disposés à accepter le fait que vous vouliez à l'époque vous rendre à Poudlard pour rétablir la vérité et faire arrêter Peter Pettigrow, le véritable auteur du meurtre des douze moldus ainsi qu'indirectement du meurtre de James et Lily Potter mais rien ne peut expliquer l'agressivité dont vous avez fait preuve sur ce mobilier.
— Oui enfin bon c'était juste un tableau ! lança Sirius. Et en plus elle chantait très mal.
De nouvelles exclamations indignées s'élevèrent dans le tribunal, obligeant Tiberius à frapper avec son maillet de plus belle. Il fallait que cette audience se termine et vite, sinon il allait finir par briser le maillet à force de l'utiliser.
— Simple tableau à vos yeux ou pas, il s'agit d'une dégradation qui a coûté très cher à restaurer.
— Je n'ai pas d'argent pour rembourser quoi que ce soit.
— Nous le savons bien monsieur Black, et ce n'est pas ce que nous allons vous demander. Enfin, pas directement.
— Alors qu'est-ce que vous attendez de moi ?
— Pour ces deux chefs d'accusation, il est décidé de soumettre au vote la sentence suivante : obligation de se soustraire à des travaux d'intérêts généraux dans le domaine de la lutte contre les forces du Mal.
— Je vous demande pardon ?
— Vous allez devoir travailler monsieur Black. Vous allez devoir travailler pour récupérer la somme que vous devez rembourser et pour que vous preniez pleinement conscience de l'importance pour nous que notre monde reste méconnu des moldus.
— Non mais c'est une blague ?
—Absolument pas. Et comme vous avez démontré de grandes capacités à lutter contre les ténèbres et que vous n'avez jamais eu aucune activité professionnelle depuis votre diplôme, il est normal que nous envisagions une telle activité vous concernant. Maintenant silence. Je soumets au vote. Que ceux qui sont pour l'application de cette peine lèvent la main.
Tiberius fut le premier à lever sa main, suivi par environ 90% du Magenmagot. Le président sorcier frappa avec son maillet, une ultime fois, pour valider le vote.
— Ne faites pas cette tête monsieur Black. Vous revenez de loin après votre passage sous l'arche du Département des Mystères et votre retour chamboulé dans notre monde. Vous devriez vous estimer heureux.
— Heureux ? De devenir un employé du ministère ?
— S'il n'y a que cela qui vous pose problème, sachez que vous ne serez pas employé du ministère. Vous n'aurez ni pouvoir ici, ni accréditation, ni accès employé pour le ministère. Nous allons vous fournir une maison dans le centre de Londres, qui vous servira à la fois de lieu de vie et de lieu de travail. Ce sera un cabinet, qui sera connu à la fois des sorciers et des moldus, qui viendront vous demander de l'aide pour vous débarrasser d'éléments perturbateurs dans leur vie.
— Sorciers et moldus ?
— Vous avez bien entendu. Nous vous enverrons des affaires à traiter si nous en recevons au ministère. Mais n'importe quel passant pourra voir votre enseigne et frapper à votre porte pour vous demander de l'aide. Des sorciers qui veulent se débarrasser d'un épouvantard un peu trop coriace ou qui ont besoin d'aide pour lutter contre un loup-garou qui rôde près de chez eux par exemple. Mais également des moldus qui sont persuadés d'être victimes de phénomènes qu'ils appellent paranormaux et qui sont le plus souvent liés à des fantômes ou bien simplement à leur imaginaire débordant. Depuis la chute de Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom nous avons noté une multiplication de tous ces phénomènes et des agressions sur la population. Vous allez nous aider à lutter contre tout ça.
Sirius, la tête dans les mains, n'en revenait pas de tout ce qu'il entendait. Comment pouvait-on le condamner à une telle peine ? Après tout ce qu'il avait déjà fait pour le monde des sorciers. Persuadé d'être bloqué à jamais dans le Royaume des Ombres après son passage sous l'arche, laissé pour mort, il avait finalement pu revenir. Il avait eu une seconde chance. Et pour quoi ? Il allait devoir travailler comme Auror mais sans en avoir le statut officiel et avec la contrainte de devoir jongler entre des sorciers incompétents qui ne savent même pas lancer un simple Riddikulus et des moldus excentriques persuadés de pouvoir communiquer avec ce qu'ils appellent l'au-delà.
— Et combien de temps tout cela va durer ? demanda Sirius dépité.
Un grand sourire apparut derrière la moustache de Tiberius, qu'on ne distinguait que par les grandes pommettes relevées sur son visage.
— Aussi longtemps que nous le jugerons nécessaire monsieur Black. Nous vous ferons parvenir tous les détails courant du mois de juillet. Dans l'intervalle, vous êtes prié de ne commettre aucune activité illégale ou répréhensible pour ne pas aggraver votre cas. Et vous avez également interdiction de transplaner à l'extérieur du pays. Est-ce que c'est clair ?
Sirius marmonna un oui très faible.
— Je n'ai pas bien entendu.
— Oui très clair !
— Parfait. Dans ce cas je vous libère.
Sirius se leva de sa chaise, et attendit qu'on vienne lui ouvrir la porte de la salle d'audience. Mais avant qu'il ne sorte, Tiberius ajouta quelques mots qui achevèrent le moral du sorcier.
— J'oubliais monsieur Black. Vous devrez vous soumettre chaque semaine à une entrevue psychologique à l'hôpital Ste Mangouste avec une spécialiste chargée de nous faire un rapport sur l'évolution de vos missions et leur taux de réussite ainsi que sur la constance de votre engagement sur cette mission.
— Je suis sûr que j'aurais énormément de choses à lui raconter, grogna Sirius.
— J'en suis certain, surtout compte tenu du fait que vous allez devoir effectuer cette peine et donc cette activité de lutte contre les forces du Mal en binôme avec un autre sorcier.
Sirius ouvrit de grand yeux. Non seulement il allait devoir se taper un sale boulot mais en plus il allait être fliqué par une psy à la botte du ministère et tout ça en devant cohabiter avec un autre sorcier.
— Et je peux savoir qui sera ce sorcier ?
De nouveaux murmures s'élevèrent dans le tribunal, mais ils étaient différents des précédents. Comme si l'assemblée n'était plus outrée, mais particulièrement amusée par la demande de Sirius. Ce qui bien évidemment, eut pour effet de l'inquiéter.
— Oh vous l'apprendrez bien assez tôt. Je vous souhaite une excellente journée monsieur Black.
Jeudi 2 juillet 1998 – Hôpital Ste Mangouste, Londres
— Bien le bonjour à vous professeur Rogue. Comment allez-vous aujourd'hui ?
Severus Rogue, allongé sur son lit d'hôpital, répondit à la question de la guérisseuse stagiaire avec un simple grognement. C'était la jeune guérisseuse qui s'occupait de lui au quotidien depuis deux mois, et il ne supportait pas son éternel air jovial et sa façon de s'adresser à lui. Avec ses cheveux roux flamboyant parfaitement attachés en forme de natte, ses yeux brillants et rieurs en toute circonstance et sa voix guillerette, il la trouvait insupportable.
— Je vois que vous êtes en pleine forme, ajouta la jeune sorcière en rigolant. Cela ne vous fait pas plaisir de sortir ? Ça fait deux mois que vous êtes enfermés ici, vous devez avoir hâte de retrouver votre petite vie.
D'un geste de baguette magique, elle ouvrit grand les rideaux de la chambre, avant de s'approcher de Severus. Depuis le 2 mai et l'attaque de Nagini, il était enfermé dans cette chambre. Il était arrivé à l'hôpital Ste Mangouste avec une sale morsure au cou et énormément de sang perdu. Encore aujourd'hui, il ne savait pas comment la Guérisseuse-en-chef du service avait réussi à refermer la blessure ni à le traiter pour le venin. Il était le premier à pouvoir être sauvé d'une morsure de l'énorme serpent du Seigneur des Ténèbres.
S'en étaient suivi de nombreuses semaines où il était resté complètement paralysé puis à force de travail, de traitement et de rééducation, il avait retrouvé toutes ses facultés physiques. Il ne gardait heureusement aucune séquelle de cette mauvaise nuit durant laquelle il avait été à deux doigts de perdre la vie.
— Je n'ai pas hâte de retrouver ma vie non, il n'y a rien ni personne qui m'attend chez moi. Je veux juste sortir d'ici.
— Ce sera bientôt le cas. Je dois juste effectuer quelques derniers examens complémentaires, remplir votre dossier de sortie et dès que la Guérisseuse-en-chef aura examiné votre cou et aura validé la guérison définitive, vous pourrez sortir.
— La Guérisseuse-en-chef ? répéta Severus en s'asseyant sur son lit pour que la jeune sorcière puisse lui faire passer les derniers tests de motricité.
Cette dernière lui sourit en s'approchant pour tester ses réflexes au niveau des bras et des jambes.
— Oui Aurora Smith, la Guérisseuse-en-chef. Celle qui vous a sauvé la vie il y a deux mois. Vous avez l'air surpris ?
— Je suis surpris de voir qu'elle daigne enfin venir me rendre visite. Que c'est le jour de ma sortie que je cesse d'être un simple numéro de dossier à ses yeux et qu'elle décide finalement de prendre le temps de venir me voir.
Le sourire sur le visage de la stagiaire disparut, face au ton cynique de Severus.
— Oh. Je ne savais pas qu'elle n'était jamais venue. Mais vous savez elle est très occupée.
— C'est ce que j'ai cru comprendre en effet.
— Mais dès que vous la verrez, vous ne lui en voudrez plus. Elle est tellement brillante, et d'une telle bienveillance. Elle inspire beaucoup de gens ici. Et elle est vraiment très belle.
Severus souffla bruyamment. Ce qu'elle racontait ne l'intéressait pas. Tout ce qu'il voulait, c'était quitter l'hôpital. Et il espérait que la prochaine apparition de la Guérisseuse-en-chef n'allait pas reporter sa sortie. Il ne voulait pas rester dans cet endroit un jour de plus.
— Vous allez devoir vous déshabiller professeur Rogue.
— Pardon ?
— Vous devez vous mettre en caleçon pour que je puisse vous peser et vérifier votre masse musculaire.
Severus resta un moment immobile, assis sur son lit, en lui lançant un regard noir.
— C'est obligatoire pour que vous puissiez sortir, ajouta la sorcière en lui indiquant la plume à papote qui prenait des notes depuis le début de l'entrevue dans son dossier médical et qui donnait l'impression d'attendre de nouveaux résultats, en flottant dans les airs.
— Soit.
Severus s'exécuta en enlevant sa tenue de patient, et en entrant dans le cercle lumineux que la stagiaire avait tracé au sol, vêtu d'un simple caleçon. En s'avançant près du miroir de la pièce, il constata qu'il avait également encore une compresse sur son cou, à l'endroit où Nagini l'avait mordu. Il passa la main dessus, en se demandant s'il allait garder une cicatrice. Il espérait que non mais il ne se faisait pas trop d'illusion.
— Bien…je…heu…parfait, ne bougez pas.
La stagiaire avait perdu son éternel sourire, elle était même devenue blême. Elle tourna autour de Severus, en agitant sa baguette, pour prendre plusieurs mesures, et en dictant des notes à prendre à sa plume. Elle avait la voix tremblante, et elle bégayait.
— Il y a un problème ? demanda Severus d'une voix glaciale, les sourcils froncés.
— Non aucun. Vous pouvez remettre votre pantalon, les affaires avec lesquelles vous êtes arrivées sont dans l'armoire là-bas. Et ensuite je vous ferai une prise de sang, et vous pourrez récupérer le reste de vos vêtements.
Elle s'éloigna ensuite de lui pour aller vérifier que tout ce que la plume avait écrit était correct. Severus ouvrit l'armoire de sa chambre et y trouva le peu d'affaires à lui qui avaient été gardées précieusement. Avec un plaisir non dissimulé, il attrapa sa baguette magique, qu'il agita légèrement pour retrouver les sensations de la maîtrise de sa magie. Il la reposa ensuite et enfila son pantalon noir avant de retourner s'asseoir sur son lit, un peu mal à l'aise en restant torse nu. Il avait gagné en musculature depuis son adolescence, il n'était plus aussi maigrichon mais il avait toujours la peau aussi pâle et il était toujours aussi complexé. C'était stupide, il se fichait du regard que cette jeune femme pouvait poser sur lui. Mais c'était plus fort que lui. Il n'avait jamais été à l'aise avec la gent féminine.
La stagiaire s'approcha de lui et s'assit sur une chaise à ses côtés. Elle approcha le bout de sa baguette de son bras gauche, la main tremblante.
— Vous avez déjà fait des prélèvements sanguins avant ? demanda Severus en la voyant trembler.
— Oui bien sûr.
Elle essaya de se concentrer mais sa main trembla de plus belle. Severus l'abaissa pour éloigner la baguette de la jeune sorcière de sa veine.
— C'est ça qui vous perturbe n'est-ce pas ? demanda-t-il en montrant son avant-bras gauche, et l'horrible Marque qui le recouvrait.
— Non je…
Une larme coula le long de la joue de la sorcière, mais elle ne pouvait pas compter sur Severus pour la rassurer ou être compréhensif. Il lui lança un regard noir, plein de haine, qui la tétanisa complètement.
Trois coups furent frappés sur la porte de la chambre, la seule chose qui sortit la jeune stagiaire de sa torpeur. Elle se releva aussitôt, au moment où entrait dans la pièce Aurora Smith. C'était une magnifique femme, la trentaine à peine passée, avec des traits fins, de longs cheveux châtains attachés en queue de cheval haute et des yeux d'un bleu profond avec des touches de gris. Elle avec une beauté naturelle indéniable, sublimée subtilement par un maquillage léger. Sa silhouette fine et élancée était mise en valeur sous un pantalon taille haute et un petit chemiser. Elle portait par dessus sa robe de médicomage vert citron.
Elle avait un charisme incroyable et la chaleur qui emplit la pièce au moment où elle entra démontrait la gentillesse et la bienveillance dont la stagiaire avait parlé en la décrivant. Dès qu'on croisait le regard d'Aurora Smith, on se sentait tout de suite bien et en sécurité. Ses yeux se posèrent sur Severus qui s'était mis debout à son arrivée par politesse. Comme la plupart des sorciers, il avait un certain respect pour les personnes travaillant à l'hôpital. Enfin surtout pour les personnes qui faisaient bien leur travail. Aurora s'approcha de lui en souriant.
— Bonjour professeur Rogue. Je suis ravie de faire enfin votre connaissance, je suis…
— Aurora Smith oui, je sais, l'interrompit Severus.
Aurora lui serra la main, nullement agacée par son impolitesse. Elle se tourna ensuite vers la jeune stagiaire.
— Tout va bien Maggie ?
— Oui Dr Smith. J'ai seulement…
— Votre petite protégée semble perturbée par mon…état, lança Severus de sa voix grave et glaciale.
— Vous avez pourtant vu de nombreuses blessures par créatures magiques avant, dit Aurora sans faire attention au ton employé par Severus. Je conviens que la blessure du professeur Rogue est inhabituelle mais…
— Je parlais de mon état permanent.
Aurora fronça les sourcils, ne comprenant pas où il voulait en venir, avant que Severus ne lui montre son avant-bras gauche. La médicomage regarda le tatouage un long moment avec une expression sur le visage que Severus n'arrivait pas à déchiffrer. En tout cas il n'y voyait ni peur, ni dégout. Ça le changeait des réactions de ses interlocuteurs habituels, à commencer par la jeune sorcière stagiaire.
— Je suis vraiment désolée Dr Smith, je ne voulais pas paraître malpolie envers le patient. C'est ma faute, je n'aurais pas dû.
— Vous l'avez été pourtant, malpolie, dit Severus sèchement.
La jeune stagiaire baissa la tête honteuse, mais Aurora posa une main amicale sur son épaule.
— Allons Maggie, ne dites pas de bêtise. Vous êtes fatiguée tout simplement. Vous avez enchaîné trois gardes et vous n'arrêtez pas de travailler sans compter vos heures depuis la fin de la guerre. Vous pouvez aller vous reposer, je m'occupe de clôturer le dossier du professeur Rogue.
Malgré le sourire bienveillant de la Guérisseuse-en-chef, Maggie écarquilla les yeux et commença à tortiller ses doigts, mal à l'aise.
— Oh non Dr Smith, je ne peux pas vous demander de faire ça. Vous êtes la Guérisseuse-en-chef, vous n'avez pas à vous occuper des prélèvements sanguins pour la préparation des sorties.
— Vous oubliez le mot d'ordre de St Mangouste. Nous nous entraidons tous ici, peu importe le statut ou l'ancienneté. Je dois vérifier la blessure du professeur Rogue de toute façon, alors je peux effectuer le complément d'analyse en même temps.
— Mais…
— Allez-y Maggie. C'est un ordre.
La voix d'Aurora était douce mais ferme, et ne laissait pas place au débat. La stagiaire acquiesça en silence, puis lança un dernier regard désolé vers Severus qui ne sembla nullement touché, avant de sortir de la chambre.
— Asseyez-vous professeur Rogue, je vous en prie.
Severus s'exécuta, toujours mal à l'aise le torse découvert. Sans parler du moment où Aurora s'approcha pour s'asseoir sur la chaise en face de lui, en attrapant le poignet de son bras gauche.
— Vous êtes obligée de faire le prélèvement sur ce bras ?
— Oui, répondit-elle d'un ton calme et assuré. Il faut qu'il soit fait au plus proche de votre blessure, pour que l'on vérifie convenablement que vous n'avez plus de venin dans le sang. Et ce serpent vous a mordu sur votre côté gauche.
Il soupira de nouveau mais se laissa faire, comprenant qu'il n'avait pas vraiment le choix. Aurora approcha l'extrémité de sa baguette au-dessus de sa Marque, sans trembler. Quelques secondes plus tard, le prélèvement de sang était effectué. Elle enferma tout ça dans un flacon et lança quelques tests pour vérifier le venin encore présent dans l'organisme de Severus.
— Et voilà c'est terminé, lança-t-elle en lâchant son poignet.
— Merci.
Elle lui sourit, sachant qu'il la remerciait davantage pour sa compréhension sur sa situation que su le geste médical en lui-même.
— Le temps que les derniers examens sanguins se terminent je vais vous enlever votre pansement et vérifier la morsure.
Elle se leva pour s'approcher de son cou. Severus pencha la tête vers la droite pour lui faciliter le travail. D'un geste délicat elle enleva le pansement qu'il portait depuis la veille, heureuse de constater qu'il était immaculé. Elle passa délicatement ses doigts sur son cou. Si on y faisait attention, on pouvait voir encore l'endroit où les crochets de Nagini s'étaient enfoncés dans la chair de Severus mais de loin, il n'y avait aucune trace ni aucune cicatrice visible. En voyant la mâchoire du sorcier se serrer, elle retira sa main.
— Est-ce que c'est douloureux ?
— Non, répondit simplement Severus.
Il déglutit difficilement, intimidé par leur proximité. Il n'avait pas mal non. C'est juste que ça faisait des années qu'il n'avait pas été touché par une femme. Aurora Smith le perturbait. Elle était belle c'est vrai mais il n'y avait pas que ça. Peut-être avait-elle du sang de Vélane dans les veines ? Même si Severus avait toujours réussi à lutter contre le charme de ces créatures chaque fois qu'il en avait rencontré.
Son regard quitta celui de la sorcière un bref instant pour descendre lentement jusqu'à ses lèvres. Il se recula aussitôt en se raclant la gorge, rompant leur contact visuel.
— Parfait, lança simplement Aurora sans son dossier. Dans ces cas-là, je peux signer vos papiers de sortie. Je ne vois aucune contre indication à votre départ de l'hôpital.
Elle s'éloigna, dossier médical et plume à la main. Severus secoua la tête pour reprendre ses esprits. Ça ne lui ressemblait pas d'être envouté ainsi par une femme qu'il connaissait à peine. Il se leva de son lit, et retourna vers l'armoire qui contenait le reste de ses affaires. Il s'empara de sa chemise, et se tourna vers la Guérisseuse.
— Est-ce que je peux… ?
Elle leva les yeux vers lui, et sourit, amusée en le voyant mal à l'aise.
— Oui bien sûr. Vous pouvez remettre votre chemise.
Il l'enfila rapidement mais avant d'avoir le temps de la boutonner, un homme fit irruption dans sa chambre d'hôpital. Severus attrapa sa baguette magique, instinctivement. Aurora fronça les sourcils, devant cet homme malpoli qui était entré sans frapper. Il avait les cheveux longs et blonds, une mâchoire carrée avec une pilosité inexistante, de grands yeux bleus et une dentition parfaite. Il semblait avoir une extrême confiance en lui, au point de paraître hautain et légèrement méprisant.
— Je peux vous aider ?
— Je cherche Severus Rogue. On m'a dit que sa chambre se trouvait ici. Ah, vous êtes là, ajouta l'inconnu en voyant Severus.
— Et vous êtes ? demanda Severus.
— Matthew McDowell. Je suis le nouveau Chef du Bureau des Aurors. J'ai été récemment promu suite à la nomination de Gawain Robards à la tête du Département de la coopération magique internationale.
— Et je peux savoir ce que vous venez faire ici ? demanda Aurora excédée.
McDowell la dévisagea un instant. De haut en bas. Il apprécia visiblement ce qu'il voyait car il lui lança un grand sourire qui se voulait charmeur.
— C'est une affaire entre Severus Rogue et le Ministère. Cela ne vous concerne pas. En revanche, si vous souhaitez que nous poursuivons une conversation dans un cadre plus informel, ce serait avec grand pl…
— Le professeur Rogue est mon patient. Tout ce qui le concerne, me concerne.
L'Auror eut un petit rire méprisant.
— Il n'est plus professeur. Plus depuis la fin de l'année scolaire.
— C'est un statut qu'il a acquis à vie. Vous ne pouvez pas le lui retirer sous prétexte qu'il n'est actuellement plus en fonction. Et il retrouvera sa place à la rentrée prochaine.
— Je ne pense pas non. J'ai un mandat d'arrêt contre lui.
— Pardon ?! s'exclama Aurora outrée.
— Pardon ? répéta Severus, en tenant fermement sa baguette.
— Vous avez bien entendu. Le tribunal du Magenmagot s'est réuni en séance extraordinaire. Votre audience préliminaire a lieu dans 1h.
Il leur montra une demi-douzaine d'Aurors qui l'avaient accompagné et qui étaient restés dans le couloir. Ils avaient leur baguette en main et étaient prêts à intervenir. Visiblement, ils avaient été informés de la puissance magique hors norme de Severus, pour venir aussi nombreux le chercher pour l'emmener au ministère.
— Et je peux savoir pour quels chefs d'accusation vous voulez m'arrêter au juste ?
— Sortilège et blessure sur la personne de George Weasley. Négligence envers plusieurs sorciers de premier cycle lors de l'exercice de vos fonctions de Directeur de Poudlard. Intimidation et alimentation de la culture de la peur au sein du collège Poudlard. Et j'en passe.
— C'est ridicule…
— Nous verrons si le président du Magenmagot trouve ça ridicule. En attendant, vous devez me suivre et sans faire d'histoire.
— Et si je refuse ?
— Vous en subirez les conséquences.
McDowell agita sa baguette devant le nez de Severus sans lancer de sort, simplement pour bien lui faire comprendre qu'il avait autorisation d'en faire usage. Les autres Aurors sortirent les leurs également.
— Vous n'allez certainement pas vous battre ici, lança Aurora. Professeur Rogue, vous ne devez pas faire usage de la force. Ce ne sera pas nécessaire de toute façon, vous avez des amis qui peuvent prendre votre défense.
— Je refuse d'être emmené au ministère et jugé à la va vite. La seule personne qui pouvait prendre ma défense sur tous ces chefs d'accusation c'est Albus et il n'est plus là.
— Non ce n'est pas le seul.
Severus fronça les sourcils, ne sachant pas à qui elle faisait allusion, ni même pourquoi elle semblait si confiante.
— De toute façon vous n'avez pas à vous rendre au ministère. Je n'ai toujours pas signé votre feuille de sortie. Je peux vous garder en observation encore quelques…
— Je ne vous conseille pas de jouer à ça Dr Smith, grogna l'Auror en s'approchant d'elle l'air menaçant.
— Sinon quoi monsieur McDowell ? rétorqua la sorcière, les mains posées sur les hanches.
Avant que l'Auror ne réponde, une lumière aveuglante emplit la salle et un lynx argenté virevolta dans les airs avant de s'arrêter au milieu du petit groupe. Le lynx disparut la seconde d'après dans un nouveau flash aveuglant, et cette fois c'est la silhouette toute aussi argentée de Kingsley Shacklebolt qui prit forme. Le nouveau ministre de la magie n'avait clairement pas l'air content. Il se tourna vers le chef des Aurors.
— Matthew, je viens d'apprendre que vous aviez lancé une procédure d'arrestation à l'encontre de Severus Rogue sans mon accord, alors que je vous avais expressément demandé de m'informer dès que la décision du Magenmagot serait rendue.
— Mais monsieur le ministre…
— Non ! Je ne veux pas vous entendre. Je veux vous voir suivre mes directives.
Shacklebolt avait beau ne pas être physiquement présent dans la pièce, Matthew McDowell devint blême et se ratatina sur place face à l'air menaçant du sorcier.
— Est-ce que vous avez entendu ce que je viens de dire Matthew ?
— Oui monsieur le ministre.
— Vous êtes un excellent Auror et je sais que vous avez mené plusieurs missions à haut risque à leur terme.
— Je vous remercie.
— Je n'ai pas fini.
McDowell se racla la gorge, gêné. Severus avait profité de la confusion pour se diriger vers la fenêtre de sa chambre mais Aurora lui attrapa le bras, en lui faisant non de la tête. Elle n'avait pas l'intention de le laisser prendre la poudre d'escampette et qu'il devienne un fugitif.
— Vous êtes un excellent Auror mais quand on m'a posé la question, j'ai dit que vous n'aviez pas encore les épaules pour devenir Chef du Bureau. Vous êtes impulsif, caractériel et vous avez beaucoup de préjugés. Ce sont des traits de caractère qu'un Chef du Bureau des Aurors ne peut pas se permettre d'avoir. Seulement votre nomination est arrivée juste avant la mienne, alors vous êtes passé entre les mailles du filet.
— Monsieur le ministre je ne fais que mon travail je…
— Ce n'est PAS une raison pour faire ce qu'il vous plaît, poursuivit Shacklebolt en lui coupant la parole. La prochaine fois que vous allez à l'encontre d'un de mes ordres directs, je vous suspends de vos fonctions. Me suis-je bien fait comprendre ?
— Parfaitement monsieur le ministre.
La silhouette argentée du sorcier se tourna ensuite vers Severus. Aurora lâcha son bras et ils s'éloignèrent l'un de l'autre instinctivement en faisant un pas de côté dans des directions opposées.
— Severus. Je sais que nous n'avons eu que peu d'échanges vous et moi mais nous avions un ami en commun. Un ami très cher. Albus a toujours eu pleinement confiance en vous et il avait raison. Je regrette qu'après tout ce que vous avez fait, vous soyez traité comme cela aujourd'hui.
— Merci Kingsley…Je veux dire, monsieur le ministre.
Shacklebolt sourit faiblement.
— Severus si vous avez confiance en moi, suivez Matthew et les autres Aurors sans faire d'histoire. Je ne peux pas parler à la place de Tiberius et je n'ai pas le droit de divulguer des informations concernant votre audience mais je vous assure que vous avez plus d'amis que vous ne le pensez. Je sais que c'est beaucoup vous demander mais s'il vous plaît, ayez confiance en moi.
La silhouette de Shacklebolt fit quelques pas en arrière. Sa lumière commençait à vaciller.
— Je vous retrouverai à la sortie du Tribunal après votre audience. Et vous Matthew je vous attends dans mon bureau. Tout de suite.
Il y eut un autre flash aveuglant, et la silhouette disparut. L'Auror en Chef soupira bruyamment, avant de s'adresser à Severus.
— Alors que décidez-vous ?
— Très bien je vous suis.
L'Auror grimaça. Il n'appréciait pas qu'un homme comme Severus puisse être en aussi bon terme avec le ministre. Et il s'attendait peut-être à une tentative de fuite qui aurait conduit à un affrontement dont McDowell pensait sortir victorieux.
— Parfait. Dr Smith, je vous laisse signer les papiers relatifs à sa sortie, que je puisse l'emmener.
À contrecœur, Aurora fit un geste vif avec sa baguette. Trois feuilles estampillées du sceau de l'hôpital et avec sa signature apparurent.
— Merci pour votre…coopération, ajouta McDowell en s'approchant d'elle. Je vous laisse le soin de prévenir votre tante car je peux déjà vous dire que Severus Rogue ne reviendra pas à Poudlard avant longtemps. En tant que nouvelle directrice, elle sera ravie d'apprendre qu'elle doit chercher un nouveau professeur de Potions et un nouveau directeur de Serpentard pour la rentrée.
Aurora lui lança un regard noir, en croisant les bras devant sa poitrine, furieuse. Severus resta sans voix. Sa tante, nouvelle directrice de Poudlard ? Et maintenant qu'il la voyait en colère il comprit. Ces lèvres pincées, ce port de tête relevé et ces yeux qui lancent des éclairs. C'était Minerva tout craché quand elle était furieuse.
— Ne vous en faites pas pour ça je vais la prévenir. Et vous allez voir comment réagit une McGonagall quand on s'en prend à ses amis injustement.
