Il arrêta son cheval près de ce petit ruisseau et regarda autour de lui. Personne. Pas une âme qui vive. Ce qui était tout à fait normal. Tout le monde ignorait ce petit coin de paradis que Don Alejandro chérissait secrètement. C'était un merveilleux terrain empli de jolies fleurs où des chevaux sauvages venaient souvent brouté l'herbe et courir librement dans le vent. Ce grand pré était entouré de grand rocher qui empêchait de voir au loin ce qui se trouvait entre ces géants rocailleux. Il se réjouit d'avoir acheter ces terrains il y a des années. Des souvenirs anciens refirent surface dans son esprit : c'était ici qu'il avait passé les meilleurs moments de sa vie avec sa chère et tendre épouse. À sa mort, il avait voulu que cet endroit soit à jamais un sanctuaire où il pourrait prier pour le repos de son âme. Il était certain que son épouse vivait encore en ce lieu.

Laissant son fameux cheval gris clair reprendre des forces, il s'installa derrière un rocher, se cachant à l'ombre du soleil. Ses réflexions le portèrent à son passé bien avant la naissance de son fils, Diego.

Un cri enjoué le ramena cependant dans le présent. Il jeta un oeil à son cheval qui avait levé la tête en entendant le hennissement d'un autre cheval. Alejandro fit signe à son cheval d'aller se cacher un peu plus loin, l'animal obéit à son maître de toujours. Sans un bruit, le vieil homme se cacha entre les roches et aperçut enfin l'inconnu qui avait découvert ce lieu. Il était monté sur un beau cheval noir et ne portait qu'une simple chemise blanche et un pantalon noir. Son chapeau sur sa tête empêchait le grand de La Vega à voir son visage. L'homme fit arrêter son cheval et observa les alentours comme pour s'assurer qu'il n'y avait personne. Il descendit avec souplesse et agilité de sa monture ébène et lui caressa son museau d'un air affectueux.

« Nous sommes seuls, fit-il, personne ne viendra nous déranger. »

Alejandro retint son souffle : cette voix lui était familière. Il continua de fixer l'étranger qui osait frôler ses terres mais préféra ne pas intervenir. Son instinct lui disait de rester cacher.

Le cavalier sans nom retira son chapeau en arrière dévoilant enfin son visage complet.

« Diego ! » murmura alors Alejandro, stupéfait de voir son propre fils ici.

Le jeune homme continua ses gestes tendres avec son cheval qui lui donna quelques coups de têtes dans la poitrine.

« Allons du calme, Tornado, tu veux jouer c'est ça ? À quoi veux-tu jouer ? Ouah ! »

Diego riait.

Tornado le poussa avec un peu plus de force, le déséquilibrant. Diego tomba à terre et fut attaqué par des coups de museau lui provoquant des chatouilles.

« Tornado ! Ce n'est pas du jeu, ça c'est de la torture ! » s'écria-t-il en riant de plus belle.

Cheval qu'il était, il comprit et s'arrêta pour caresser le visage de son maître. Devant ce geste d'affection, Diego resta allongé par terre et posa ses mains sur le museau de son compagnon de promenade.

« Si, yo lo sé, ça fait longtemps qu'on n'a pas eu de moments tranquilles, dit-il, ah...non ! Ne mâchouille pas ma chemise, Bernardo va me tuer s'il voit ce que tu as fait ! »

Tornado stoppa ses taquineries et s'écarta de son maître comme s'il était déçu. Diego se redressa.

« D'accord, tu es fâché, c'est ça ? »

Le cheval l'ignora. De son coté, Alejandro sourit devant la scène qui se déroulait sous ses yeux. Cela lui rappelait sa jeunesse, cette manie de parler et de se faire comprendre à des chevaux.

Diego se leva et tenta de s'approcher de l'animal noir qui s'éloignait à chaque fois que la distance entre eux se resserrait. Le jeune don se mordit les lèvres, d'où lui vient cette entêtement ?

« Tornado, viens ici ! », ordonna-t-il d'une voix qu'il se voulait ferme.

El caballo continua son ignorance. Diego soupira et abandonna, sachant très bien que son cheval venait de gagner. Cela va prendre du temps avant qu'il revienne vers lui mais il avait son temps. Il s'installa par terre et commença à découper quelques fleurs et à les assembler pour faire une jolie couronne.

Voyant que son maître avait fini par abandonner, Tornado se tourna vers lui, hésitant. Revenir ou pas ? Cette fois-ci c'était Diego qui l'ignorait tout simplement. Le cheval retourna sur ses pas et donna un coup de tête à son épaule. Le jeune homme ne réagit pas, concentré sur sa deuxième couronne de fleurs. Mais Tornado insista et lui donna un coup violent le mettant de nouveau à terre, et s'attaqua à lui encore une fois.

« Vale ! Tu as gagné, Tornado ! », éclata de rire son jeune maître.

Alejandro se sentit heureux de voir le visage de son fils si gai et si apaisé. Jamais il n'avait vu Diego ainsi : loin des arts, loin des livres, loin de la musique, loin de la taverne. Il avait l'impression que cet endroit attirait les de la Vega. Il était presque soulagé et fier que ce soit son fils qui ait trouvé en deuxième cet endroit.

« Tiens, tu veux une couronne de fleurs ? », lança Diego en entourant les oreilles de l'animal de son chef d'oeuvre floral, « Sache que c'est Bernado qui m'a apprit ça. »

Il s'écarta de Tornado pour voir à quoi il ressemblait de loin. Ce dernier se prit au jeu et commença une petite parade, l'air fier. Le jeune Don s'esclaffa devant la comédie de son compagnon et mit à sa tête la deuxième couronne.

« Tu t'imagines, Tornado, si on allait en ville de cette manière, on nous traitera de fou ! »

Tornado hennit et retourna auprès de son maître lui donnant des coups impatients.

« Vale, je vais te laisser te dégourdir les jambes...quoi ? Tu veux que je monte..? Bueno... »

Il remonta sur selle et il partit pour galoper dans le grand pré au mur rocheuse. Il y avait quelques obstacles naturels qui permettaient au cheval de sauter avec habilité.

« Bravo, Tornado, allons plus vite, mon grand ! », s'exclama Diego devant la fougue de sa monture qui lui répondit par un hennissement.

Alejandro découvrit alors le talent caché du cavalier qu'était son fils. Lui qui pensait qu'il n'était pas un bon cavalier ! Il se souvint alors que Diego était tombé d'un de ses meilleurs chevaux. Qui aurait pu croire que en ce moment même, il restait sur selle malgré les sauts brusques et hauts que le cheval noir produisait ? Pendant quelques instants, il crut que Diego n'allait sans doute pas tenir longtemps mais à sa grande surprise, il semblait à l'aise, voire plus qu'à l'aise : il ne faisait qu'un avec sa monture !

. Ses exclamations joyeuses et encourageantes firent comprendre au vieil homme que son unique enfant adorait l'équitation et qu'il était sans doute le meilleur cavalier qu'il avait rencontré jusqu'à maintenant. Il était même certain que Diego surpassait les soldats et les officiers dans ce domaine.

Cependant, une question lui tourmentait l'esprit : quand et où avait-t-il pu entrainer ce cheval, qui semblait en plus être sauvage ? Il n'avait jamais vu cet animal dans son ranch ; il savait que des chevaux sauvages vivaient sur ses terres, mais il les reconnaissait toujours. Ce noiraud était pour lui un mystère, surtout qu'il ressemblait fortement au cheval de Zorro...

Alejandro se figea.

L'idée lui effleura rapidement son esprit mais elle fut rapidement effacée quand il aperçut son fils qui s'arrêta pour laisser boire son cheval près du petit ruisseau situé à peine à quelques mètres de lui. Discrètement, Alejandro de La Vega se cacha ailleurs de telle sorte que Diego ne puisse le voir.

Bien malheureusement pour lui, il heurta une pierre, provoquant un bruit indiscret. Diego sursauta et se redressa, jetant un regard vers la cachette de son père.

Tornado avait levé la tête, s'arrêtant de boire, et posa son museau sur l'épaule de son maître comme pour le rassurer. En réalité, il avait rapidement deviné la présence du paternel de son maître mais souhaitant à tout prix que ce dernier ne s'en aperçoit pas, il préféra attirer son attention vers lui.

« Je crois qu'il faudrait rentrer. Mon père risque de se demander pourquoi je suis resté absent si longtemps », dit le jeune don en enfourchant de nouveau Tornado, « nous reviendrons demain, si tu veux. »

Le cheval hennit et se cambra pour montrer son enthousiasme. Diego éclata de rire avant de le diriger vers le chemin du retour.

Alejandro put souffler. Sueno, son cheval, se précipita vers lui et avec le même geste que Tornado, il l'incita à partir.

« Si, si, nous allons rentrer à l'hacienda, rit Alejandro, mon fils risque de se demander pourquoi je suis resté absent si longtemps. »

Il grimpa en selle et tout le long du chemin, un sourire de fierté et de bonheur flottait sur son visage.