"- Bernado !"
Le serviteur muet se tourna. Don Alejandro vint à lui.
"- Où est Diego ? Le questionna-t-il.
Bernado fit des signes des mains pour dire que son maître dormait encore.
"- Il est bientôt 1h, de l'après-midi et il n'est toujours pas réveillé..."
Don Alejandro soupira.
"- As-tu préparé les tables ? Continua-t-il.
Le serviteur le signa de le suivre. Des tables étaient disposés dehors, des servantes étaient sur le point de leur mettre des nappes blanches convenables.
Le vieux don leur donna quelques ordres et revint auprès de Bernado qui commençait à décorer les murs de petites lanternes et de fleurs.
"- Dis moi, Bernado, à quel heure s'est-il couché ? Demanda le père.
Le serviteur montra quatre doigts.
"- Et toi, tu as pu dormir ?"
Il hocha la tête avec un sourire.
"- Tu es allé dans sa chambre ?"
Il hocha la tête.
"- Il dort vraiment ?"
Même signe.
"- Tu es sur qu'il n'est pas parti voir...Tornado ?"
Hochement négatif. Il posa son index sur sa poitrine signifiant qu'il avait lui-même donné à manger et soigner le cheval noir.
"- Et Diego qui dort toujours..."
Bernado émit un soupir en levant les yeux vers l'étage comme pour espérer voir son maître se lever.
"- Ce n'est pas grave, j'espère juste qu'il soit présent, ce soir pour la fête."
Le serviteur aussi l'espérait. Il souhaitait vraiment que Diego soit là pour la soirée. Surtout qu'il allait retrouver plein d'amis venus pour l'occasion.
Deux heures après, Don Alejandro entra dans la chambre de Diego dont les rideaux cachaient toujours les lueurs éblouissantes du soleil.
"- Hey, Diego, murmura le père en le secouant légèrement.
Le jeune homme gémit dans ses couvertures.
"- Père...? Marmonna-t-il d'une voix pateuse.
L'épuisement s'entendait très bien et le vieux don eut un mélange de déception et de tristesse.
"- Ne veux-tu pas te lever et profiter de cet bel après-midi ?
- Quel heure...est-il ? Bailla Diego en s'enfonçant dans ses oreillers.
- Bientôt 4 heures de l'après-midi."
Le jeune don sursauta alors et se leva brusquement. C'était la chose à ne pas faire, car la seconde qui suivit il s'écroula dans les bras de son paternel.
"- Bon sang, Diego ! Tu sais bien que ce n'est pas bon de se lever brutalement, le médecin a dit de prendre son temps et en douceur, lui reprocha-t-il en l'aidant à se recoucher.
- Pardon, père, geignit Diego en se reprenant un peu, tout en se frottant les yeux.
Alejandro alla ouvrit les rideaux, laissant les rayons du soleil pénétraient dans la chambre. Diego clignota des yeux pour s'habituer à la lumière.
"- Tu as du à voir une longue nuit pour te lever à cette heure-ci, remarqua le père.
- C'était un peu compliqué, j'ai du attendre pas mal de temps avant d'entrer en action...et à la fin, le sergent Garcia et sa troupe m'ont poursuivi jusqu'à la limite de notre ranch.
- Si loin ?
- Il progresse, soupira Diego, je ferai mieux de me méfier la prochaine fois...surtout que je me suis perdu après.
- Tu t'es perdu ? Répéta le vieil aristocrate ahuri.
- J'étais exténué, je me suis endormi sur Tornado, dans le noir, il avait un peu de mal à se repérer...d'où la raison de mon retard..."
Considérant qu'il pouvait se relever sans crainte, Diego mit pied à terre et s'apprêta à se changer. Voyant que ce dernier se hâtait pour enfiler des vêtements convenables, Alejandro fronça les sourcils.
"- Pourquoi es-tu si pressé ?
- J'ai promis à Benito de l'aider pour finir la réparation des écuries, vous savez, celle où Zorro a mis l'incendie il y a quelques semaines...
- Ah oui, c'est vrai, marmonna Alejandro, tu aurais du faire attention la prochaine fois.
- C'était moi ou les écuries, père, je doute que vous auriez choisi les écuries...s'amusa Diego.
Un silence suivit.
"- Père ! S'écria alors Diego en se tournant vers lui interprétant mal ce manque de réponse. Il vit alors le sourire narquois et les yeux brillants de son paternel.
"- Voyons, fils, tu sais très bien que je préfère voir brûler ma maison que mon propre enfant, le rassura-t-il d'un ton moqueur.
- Plaisanter ne vous ressemble pas, se vexa le jeune don.
- Et le coup de la chèvre dans la bibliothèque ?
- J'avais 8 ans !
- Content que tu t'en souviennes ! S'esclaffa Alejandro, et je n'ai pas oublié la chouette dans le salon, la grenouille dans les cheveux de Tante Barbara, les vers de terre dans le chapeau de l'Oncle Esteban...
- A croire que vous avez fait une liste, maugréa Diego en cachant son sourire, pardonnez moi, père mais il faut que je m'en aille.
- Ne préfères-tu pas rester ? Benito comprendra...
- Père, j'ai fait une promesse, je vous revois ce soir.
- Reviens pour 6 heures au moins.
- Très bien, père, à tout à l'heure !"
Diego sortit précipitement et descendit. Un peu trop fatigué, il ne remarqua même pas les domestiques, les tables et autres décorations quand il se dirigea vers les écuries.
"- Don Diego ! S'exclama surpris Benito.
- Buenas tardes, le salua le jeune don.
- Je ne pensais pas que vous viendrez...
- Ah oui ?"
Benito était en train de réparer une porte de l'écurie, on pouvait voir un morceau de bois noir qui gisait au sol, sans doute l'avait-il enlevé.
"- Je pensais que vous seriez occupé, expliqua Benito.
- Occupé à quoi ? S'enquit Diego.
Le homme d'écurie se leva. L'étonnement se lisait sur son visage. Il fronça les sourcils, incertain.
"- Êtes vous malades, Don Diego ? Le questionna-t-il.
Le jeune homme commençait à croire que quelque chose lui avait sans doute échapper depuis son réveil mais il ne parvint pas à trouver quoi.
"- Juste un peu fatigué, mais je suis en pleine forme."
A ce moment là, le sergent Garcia et le caporal Reyes firent interruption.
"- Buenas tardes, Don Diego, Buenas Tardes, Benito, les saluèrent-t-ils.
Diego et Benito firent de même.
"- Nous avons amenés les planches de bois, Benito, déclara le sergent Garcia en pointant du doigt la charette derrière eux.
- Vous faîtes les courses maintenant, sergent ? Demanda Diego amusé.
- On a voulu se rendre utile, dit Garcia, surtout que Don Alejandro a organisé une fête, on pensait l'aider, car on a ramené aussi des fruits et des légumes...
- Une fête ? Quelle fête ? S'étonna Diego.
Le caporal et le sergent se regardèrent puis jetèrent un oeil à Benito qui haussa les épaules. Mais fatigué comme il était, Diego ne le remarqua pas.
"- Eh, ben...votre père a organisé...Bredouilla le sergent hésitant.
- Sergent, il vaudrait mieux que vous apportiez les aliments à l'hacienda immédiatement, sinon vous allez gâcher la fête, coupa Benito.
- Ah, oui, c'est exactement ce que nous allions faire, hasta luego, Don Diego."
Les deux soldats s'en allèrent rapidemnt. Le jeune renard se tourna de nouveau vers Benito.
"- En quoi consiste cette fête ? Questionna-t-il alors.
- C'est à votre père de vous le dire, répondit Benito, por favor, Don Diego, j'ai bientôt fini de réparer...il vaudrait mieux que vous en discutiez avec votre père."
Diego rendit les armes et laissa son chef des vaqueros à sa tâche et retourna à l'hacienda où là, il put voir les tables préparés avec la décoration fraîchement mise. Bernado l'accueillit avec un grand sourire mais quand il vit le visage soucieux de son maître, son sourire disparut.
"- Je ne suis même pas au courant de cette fête, Bernado, lui lança-t-il, pourquoi ne m'as-tu rien dit ?" Pour toute réponse, Bernado cligna des yeux en penchant sa tête, signe de surprise et d'étonnements. Diego soupira d'exaspérations et se dirigea vers le salon où Don Alejandro donnait les derniers recommandations. Des paquets de toutes tailles étaient disposés sur la table à manger. Trois domestiques les transportèrent dehors.
"- Mettez les près de l'arbre, ajouta Alejandro tandis que le premier serviteur sortit, ah, Diego !"
Ce dernier s'écarta pour laisser les trois hommes passer.
"- Père, je viens d'apprendre qu'il y a une réception...en quel honneur ?"
Don Alejandro ouvrit d'abord la bouche puis éclata de rire.
"- Je voulais t'en parler, il y a trois jours de cela, mais vu que la dernière affaire de Zorro était plus importante pour toi, je me suis abstenu.
- Me dire quoi ?
- Voyons, mon fils, tu ne sais pas quel jour nous sommes ?"
Diego fronça les sourcils.
"- Non, pourquoi ?
- Tu dois vraiment être épuisé, mon garçon, regretta Alejandro, écoute, va faire une petite sieste et lorsque les invités arriveront, Bernado te réveillera pour te préparer correctement, d'accord ?
- Mais père, je ne sais...
- Tu le sauras bien assez tôt, la santé de mon fils est plus importante, si je veux que tu aies toute ta tête, il faut bien que tu rattrapes tes heures de sommeil !"
Son fils ne protesta pas et Bernado lui tira la manche pour l'emmener dans sa chambre, sur quoi il ne rechigna pas. Dès lors qu'il eut posé sa tête sur son oreiller, le jeune don s'endormit tout de suite. Bernado comprit que Don Alejandro n'avait pas tort de laisser son fils dormir, car il en avait grand besoin.
Diego dormit encore trois bonnes heures avant que le serviteur muet ne le réveille. Contre toute attente, il l'aida à se laver, à le coiffer plus convenablement, et lui fit enfiler sa plus belle jaquette, aux motifs dorés.
"- Bernado, que signifie tout cela ? Marmonna le jeune don qui venait à peine de sortir du sommeil si bien qu'il ne savait pas vraiment ce que son serviteur faisait.
Pour toute réponse, il reçut un sourire qui pouvait en dire long et son ami muet ouvrit la porte de sa chambre lui signant de sortir. Le pauvre renard soupira et se résigna à aller affronter et découvrir cette maudite fête de dernière minute. Les premiers invités étaient arrivés : la famille de Don Nacho, le sergent Garcia, le caporal Reyes et quelques lanciers y el Padre Felipe.
"- Padre, quel surprise, salua Diego en venant à lui, je ne pensais pas vous voir...
- Mon Fils, c'était tout naturel que je vienne, s'inclina-t-le religieux, ne t'ai-je pas baptisé ?"
Le jeune don haussa les sourcils ne comprenant pas en quoi son baptême avait avoir avec la présence du père Felipe à cette fête.
- Ah, Diego, lança la voix d'Alejandro, le Prince au bois dormant s'est enfin révéillé de son sommeil ?"
Les invités arrivés esquissèrent un sourire amusé. Diego rougit.
"- Père...Chuchota-t-il d'un air de reproche.
Le jeune don emmena son père à l'écart pour enfin connaître les raisons de cette réception.
"- Tu ne sais toujours pas pourquoi ? S'étonna Alejandro.
- Non, père.
- Essaie un peu de réfléchir, mon garçon."
Diego resta silencieux pendant quelques secondes tentant de trouver une réponse plus ou moins plausible.
"- Serais-ce...votre anniversaire, père ? S'horrifia le jeune don sincère.
Avant que cela ne tourne à la tirade tragique, Alejandro éclata de rire et posa ses mains sur les épaules larges de son fils.
"- Je vais finir par croire que tu perds la mémoire à cause de ce maudit renard, rit-il, non, Diego, ce n'est pas mon anniversaire...
- Vraiment ?
- En même temps, je ne peux pas t'en vouloir, cela fait trois ans qu'on ne te l'a pas fêté, je suppose qu'à l'Université tu n'as guère eu le temps d'y penser...et aujourd'hui, c'est Zorro qui en a pas eu le temps..Beaucoups de tes amis en Espagne t'ont envoyé des lettres et des colis, même l'Oncle Esteban...- méfie toi quand même, on ne sait jamais - Ricardo Del Amo n'a pas pu venir, il a eu un accident, d'après son père, il a chuté en voulant faire du rodéo...mais il t'a envoyé aussi quelques paquets, pour ta gouverne, je les ouvrirai pas à ta place...
Il attendit la réaction de son fils et ce dernier devint blême. Il porta une main à son front, ses yeux noisettes exprimaient la confusion.
"- Diego ? Tu te souviens quel jour nous sommes ? S'enquit le père.
- Ô père...si j'avais su...je...Je suis tellement...désolé...Balbutie le pauvre fils, je vous jure que j'avais totalement oublié...Je n'y avais même pas pensé...Je suis désolé, père.
- En quoi ? Mon garçon, je ne vois pas pourquoi ? Sourit Alejandro.
- Ce n'est pas digne d'un De la Vega d'oublier ce jour...
- Mon très cher fils, au contraire, c'est tout naturel. Cela montre à quel point, ton coeur est généreux et pure. La première chose que tu as pensé en te levant tout à l'heure était d'aller aider Benito, tu n'as pas pensé à toi, tu as pensé à ton ami. Ensuite, toute la semaine, tu as sacrifié ton temps pour la bonne cause...Zorro a permis de rendre des personnes heureuses. Soit fier de cela."
Il marqua une pause et enlaça son fils dans ses bras.
"- Cumpleanos Feliz, mi hijo.
- Gracias, père."
