Il voit du rouge
"- Vous avez encore gagné, Alejandro ! S'écria Don Fernando, quel est donc votre secret à ce jeu de cartes !
- Voyons, Fernando, vous savez qu'il a toujours été bon, dit Don Nacho.
- Mes amis, je n'ai pas de secrets, je dois avouer qu'à force de jouer avec mon fils, je finis par le copier, avoua Alejandro avec humilité.
- Diego ? Mais je croyais que vous lui avez apprit.
- Certes, mais il se trouve qu'il est beaucoup plus rusé à ces jeux de réflexions que ce soit aux cartes, aux échecs ou aux dames.
- Enfin, ce soir, notre cher Alejandro a encore frappé fort, allez, je vais vous offrir une tournée ! Lança Don Fernando.
Alors que le tavernier était en train de déposer les verres de ces messieurs en face d'eux, des coups de feu se firent entendre. Un peone entra dans la taverne.
"- Zorro ! Zorro est dans la caserne, il libère le prisonnier !"
Don Alejandro fronça les sourcils, inquiet. Ce n'était pas la première fois que Zorro était confronté à des situations de ce genre mais à cette époque d'avant, il n'était pas encore au courant du secret de son fils. Aujourd'hui, il était certain que Diego était Zorro. A n'en pas douté. Cependant, le père avait préféré garder le silence, car il considérait que son fils avait bien ses raisons pour ne pas lui en parler. Un jour, peut-être, il viendrait le voir.
Les coups de feu retentirent de nouveaux. Tous les clients sortirent et se dirigèrent vers la taverne. Don Alejandro, suivi de ses amis, vit alors un cavalier noir monté sur un cheval couleur de la nuit fonçait droit vers eux. Ils l'évitèrent de justesse ainsi que les lanciers qui courraient et tiraient à sa poursuite.
De loin, le vieux de la Vega eut l'impression de voir Zorro s'affaissa pendant les coups de feu. Son coeur aurait pu s'arrêter si la présence de ces amis ne l'avait pas ramené à la réalité. Non, Zorro n'avait jamais été touché et ce n'est certainement pas maintenant qu'il serait blessé.
"- Allons bon, de toutes façons, ils ne l'auront jamais, déclara Ignacio Torres avec un grand sourire, tel que je connais Zorro, il va s'en sortir."
Dans le fond, Alejandro priait pour que Don Nacho ait raison.
Ils rentrèrent à la taverne, mais le vieux don n'avait pas l'humeur de festoyer et ses pensées étaient trop tournés vers Zorro, son fils. Son Diego. C'est avec précipitation qu'il rentra à l'hacienda.
Il n'osa même pas frapper à la porte de son fils. Ce n'était pas dans ses habitudes d'ailleurs. Diego ignorait que son père connaissait l'identité de Zorro et le vieil homme allait se trahir en réagissant de cette manière. Non, il fallait qu'il attende demain matin pour être certain que son garçon n'était pas blessé.
Il alla dans sa chambre et tenta de se mettre au lit. Mais le sommeil ne vint malheureusement pas.
Etait-il blessé ? Etait-il rentré ? A-t-il pu échapper aux soldats ? Que faire s'il est blessé ? Appeler le médecin ? Et s'il était attrapé ? Diego serait découvert et tous ce qu'il aura fait sera réduit à néant ! S'il meurt pendant la chasse ? Il ne saura jamais comment son fils est mort !
Mort d'angoisse, il se leva et se décida à aller frapper à la porte de son fils. Après tout, il trouvera bien une excuse pour expliquer le dérangement. D'ailleurs, étant son père, il pouvait faire ce qu'il voulait.
Il frappa.
"- Diego, peux-tu ouvrir la porte ? Demanda-t-il d'une voix posé.
Il eut un long silence mais il continua.
"- Diego ! Ouvre la porte, nom de Dieu !
- J'arrive, père !" Entendit-il à son grand soulagement derrière la porte qui s'ouvrit.
Diego avait l'air bien. Il souriait à pleine dent, avec un visage innocent qui rappelait à Alejandro celui d'un enfant agé de 10 ans lorsqu'il cachait un méfait.
"- Que puis-je, père ? S'enquit le jeunot.
- Je voulais juste te souhaiter bonne nuit, déclara Don Alejandro.
Cependant, Diego fronça les sourcils, l'air sceptique et pas totalement convaincu.
"- Et aussi, pour savoir ce que tu fais, finit par avouer le père, à force de te lever si tard, je me demandais ce que tu pouvais bien faire lors de tes nuits blanches.
- Enfin, père, je compose, je lis et je peins, voulez vous voir mon dernier tableau ?"
Alejandro écarquilla les yeux, étonné. Jamais il n'aurait pensé que son fils peignait. Néanmoins, intrigué, il accepta de voir la fameuse oeuvre. Diego le fit entrer dans la chambre.
Son fils n'était pas blessé, c'était tout ce qui comptait. Même s'il cachait bien son jeu de jeune oisif s'écartant de toutes violences, Alejandro savait que ce n'était qu'une façade pour dissimuler un renard.
"- Le voici, père." Annonça Diego en déposant un tableau sur une chaise pour qu'il puisse le contempler.
"- Mais...c'est..." Balbutie le vieux don en s'approchant de l'oeuvre, ému.
La peinture représentait le portrait de son épouse. Bien dessiné, bien peint, des couleurs assez vives pour sa robe et les fleurs qu'elle tenait dans ses bras. Un sourire, des yeux brillants...Exact portrait de sa tendre épouse. Mais quand diable a-t-il pu peindre tout en étant Zorro ? Parce qu'il était certain que son fils était Zorro. Et il était certain que jamais, il n'avait pu apercevoir le moindre pinceau dans ces mains.
"- Je voulais vous l'offrir pour votre anniversaire, la semaine dernière, mais je ne l'avais pas terminé...Avoua Diego.
Alejandro s'en souvenait. Diego s'était excusé pour l'absence de cadeau...car en réalité Zorro avait été fort occupé et père qu'il était, il ne lui en voulait pas.
"- J'ignorai que tu te souviendrais si parfaitement de son visage, souffla le père ému.
- Je me souviens toujours de son visage...père, c'est ma mère.
- Oui, bien sur, pardonne moi mon fils."
Il posa une main sur son épaule, Diego grimaça et gémit de douleurs.
"- Diego ? Tu...es blessé ? S'inquiéta Alejandro.
Le jeune don recula d'un pas.
"- Non, tout va bien, juste que je me suis emboîté l'épaule tout à l'heure en faisant du cheval...
- Tu en es sur, mon fils ?
- Oui, père, ne vous inquiétez pas.
- Me caches-tu quelque chose, Diego ? Déglutit Alejandro d'un ton qui se voulait calme.
Il vit l'hésitation de Diego.
"- Non, père, rien du tout.
- Ecoute, je vais demander à ce qu'on aille te chercher un médecin.
- Père, je vous dis que ce n'est qu'une simple chute de cheval.
- Et une simple chute de cheval te fait saigner ton épaule ? Hurla Alejandro énervé en le pointant du doigt.
Diego posa un oeil sur son membre en question et vit alors une tâche rouge qui était en train de grossir sur sa chemise. Il porta sa main à sa blessure et leva la tête vers son père qui lui jeta un regard de reproche avant de s'en aller prévenir un domestique chercher le médecin.
"- Mais comment vous vous êtes fait ça, Don Diego, en tombant de cheval ? Cela a du être quelque chose de bien tranchant qui vous ait effleuré l'épaule, demanda le docteur Avila.
- Peut-être un caillou bien tranchant, je n'ai pas eu de chance, docteur, soupira Diego.
Le médecin avait fini le petit bandage qui entourait la plaie. Malgré son oeil médical, il n'avait su vraiment déterminé ce qui avait bien pu frôler l'épaule du jeune de la Vega mais voyant que ce n'était pas aussi grave que cela, il avait laissé passer le pourquoi du comment.
Alejandro était resté silencieux mais Diego remarquait son air inquiet comme s'il était au courant du danger qu'il courrait. Le jeune renard était pourtant certain que son père ignorait tout.
Après le départ du docteur, Diego s'excusa auprès de son père.
"- Pardonnez-moi d'avoir été maladroit.
- Il n'y a pas de mal à cela, mon fils, mais fais attention la prochaine fois."
Diego cligna des yeux surpris. Il avait l'impression que son père lui parlait à la fois qu'il parlait à Zorro.
"- Buenas Noches, Diego, le salua-t-il en donnant une tape à son autre bras valide.
- Buenas Noches, murmura le renard en suivant du regard son père qui fermait la porte de sa chambre.
Alejandro soupira en verrouillant sa porte. Dur d'être le père de Diego...et de Zorro. Surtout quand il faut cacher le fait qu'il connait le secret de Zorro à son fils et aussi le fait que Zorro est Diego ou que Diego est Zorro à ...tout le monde.
Tourniquet...
