Chapitre 8 : Il répare

Alejandro fixa les verres brisés à ses pieds, puis remonta pour voir que la deuxième fenêtre était entièrement cassée. La pauvre Crescencia ramassait avec attention les morceaux de verres par terre, sous l'œil attentif et bienveillant de son patron, qui avait l'air d'avoir mal digéré son petit déjeuner.

Tôt le matin, il avait constaté les dégâts causés par le passage de Zorro dans son hacienda. La nuit, des voleurs se sont introduits chez eux et bien évidemment, Zorro était apparu pour les empêcher. Cela avait fait un bien tapage nocturne, réveillant pratiquement toute la maisonnée, et puis au final, Zorro avait fini par livrer les voleurs au Sergent Garcia laissant le bazar pour le vieux don, le lendemain.

Cette nuit, il n'avait pas remarqué que sa fenêtre avait été brisée, c'est pourquoi il était retourné dormir sur ses deux oreilles en remerciant Zorro d'avoir protégé ses biens…Mais il oubliait toujours que Zorro était un casse-cou, un impulsif et se souciait rarement du meublés. Et que c'était aussi son fils.

Lorsque la servante eut débarrassé des verres au sol, Diego descendit peu de temps à près, le sourire aux lèvres. Sa nuit fut mouvementée mais il avait dans l'ensemble bien dormi. Son Sourire s'effaça très vite en voyant la mine déconfite et agacé de son paternel. Il suivit son regard puis remarqua l'absence de vitre.

« -Tu aurais pu éviter ça, marmonna Alejandro, c'est la 7ème fois que je la change. »

Diego eut un rire nerveux et se gratta l'arrière de la tête d'un air gêné.

« -Je n'avais pas le choix, ils m'auraient attrapé sinon.

-Je vais finir par te demander de me rembourser toutes ses choses que tu as brisées dans ma maison !

-Enfin père, je suis obligé de faire cela !

-Tu peux faire ça dehors ! Gémit Alejandro légèrement exaspéré.

-Père, voyons, vous savez très bien que je n'ai pas le choix. »

Le vieux père soupira et lança un regard brillant à son fils. Bien sûr qu'il n'en voulait pas à son enfant adoré, il préférait perdre toutes ses meubles que de le voir blesser, attraper ou mort. C'était devenu presque une routine chez eux : changer de meubles, de fenêtres, de par terre, de pots de fleurs et même de pianos.

« -Je me souviendrai toujours de ce piano que tu as détruit, se souvint Alejandro d'un ton mi- amusé, mi- attristé.

-Il m'a bien servi, approuva Diego en riant.

-Oui, il t'a sauvé la vie, mais je n'ai pu le récupérer, cela appartenait à ton arrière-grand-père ! Enfin bon, je suppose qu'il aurait été ravi de voir qu'il t'a en partie sauver la vie.

-On peut dire que toute la famille de la Vega protège Zorro, nota Diego.

Devant ces paroles insensées, Alejandro fixa son fils confus.

« - Et bien grâce à la destruction de certaines choses, la peau de Zorro a pu être sauvé, continua-t-il, et je ne peux que les remercier. »

Il s'inclina devant des personnes invisibles. Le vieux don éclata de rire et tapota l'épaule de son fils, approuvant cette pensée.

« -Tu as bien de la chance d'être un de la Vega, fils. »


L'après-midi, Alejandro dut encore une fois faire appeler un vitrier pour sa fenêtre vidée. L'homme connaissait désormais très bien le vieux don, pour être intervenu plusieurs fois. Il se retint de rire quand il nota que c'était la 8ème fois qu'il réparait la fenêtre ciblée d'aujourd'hui.

« -Zorro est passé par là, je suppose, rit de bon cœur Pedro, le vitrier.

-Bien évidemment, je vous jure que parfois j'ai bien envie de l'étrangler pour les dommages qu'il me cause chez moi. »

Diego qui était sur le patio à boire un bon vin avec un livre, faillit de s'étouffer en entendant son père dire cela.

Pedro éclata de rire et se mit à son travail.

« -La dernière fois, vous m'aviez dit qu'il avait cassé la porte de votre bibliothèque, lança-t-il en travaillant, je vais finir par croire qu'il vous aime bien, ce cher Zorro.

-C'est l'inconvénient d'être riche, Pedro, on a plus de réceptions, plus d'objets de valeurs donc de bonnes cibles pour les mauvaises graines…et un Zorro qui en fait qu'à sa tête, ajouta-t-il en accentuant sur ces derniers mots.

Son fils gloussa de rire, sachant que cela lui était adressé.

« -Au moins, il n'a pas brulé votre hacienda, Don Alejandro, nota Pedro avec amusement.

-Fort heureusement, j'aurai augmenté le prix pour sa capture ! » S'écria le vieux don.

Cette fois, Diego se retourna vers lui, l'expression faussement scandalisé. Ils échangèrent un regard complice et amusé.

« -D'ailleurs, dis-moi Pedro, Zorro est un héros pour tout le monde, mais…quelle est la chose la plus…disons…dérangeante qu'il ait pu faire ? Demanda curieusement Alejandro tout en jetant un œil à son fils qui porta une oreille attentive à la discussion.

Le vitrier s'immobilisa et réfléchit.

« -Maintenant que vous posez la question, je pense que ce fut lors de la fête annuelle du Printemps de l'année dernière, certes Zorro a permis à ce qu'elle ne soit pas annuler mais il a presque détruit les écuries du Cuartel. »

Le vieux don hocha la tête se rappelant alors de ce fait. Des étrangers peu scrupuleux avaient infiltré la fête pour pouvoir faire vendre de faux bijoux aux villageois, ce qui avait causé pas mal de tensions, Zorro avait dû intervenir pour empêcher ces étrangers de nuire à la fête tant attendue du printemps. Il avait rendu l'argent aux personnes qui ont été escroquées et fait fuir les malfaiteurs, malheureusement, étant une bête dont la tête est mise à prix, il a du se faire pourchasser par les soldats et donc a, sans le vouloir, causé des dégâts considérables dans le cuartel. D'ailleurs, Alejandro s'est porté volontaire pour payer la réparation, se sentant responsable de ce désastre.

Diego toussa fortement en écoutant les dires de Pedro. Il devait avouer que c'était bien la première fois qu'il avait causé tant de dégâts au Sergent Garcia et à ses lanciers. Mais le village étant occupé, il était obligé de passer par la caserne.

Il repéra le sourire narquois de son père et il haussa les épaules. Zorro était un danger public certes, mais nécessaire. Et tous le savaient, c'est pourquoi ils le supportaient si bien.

Quand Pedro termina sa tâche, il salua Don Alejandro et Don Diego.

« -Pourvu que la prochaine fois que tu viens, Pedro, ce soit pour une visite de courtoisie, plaisanta le jeune homme avec un sourire.

-Hahaha, j'espère bien, fit de même le vitrier, adios, señores. »

Enfin seuls, Alejandro s'installa auprès de son fils et se versa un peu de vin, satisfait de sa nouvelle fenêtre.

« -Un jour, fils, tu finiras pas détruire Los Angeles.

-Père, voyons, vous êtes trop pessimistes.

-La mort de Zorro la détruira, se corrigea Alejandro d'un ton sérieux.

Diego écarquilla les yeux surpris par les mots de son père, rare était les moments où il parlait de ça. Il resta silencieux puis enfin, il esquissa un sourire confiant.

« -Tant qu'il y aura des hommes courageux, prêts à combattre l'injustice, Zorro ne mourra pas, dit-il.

-Tu as l'air de croire en l'Homme, mon fils.

-Vous avez cru en moi, je croirai donc en l'Homme.

-Si tu le dis, fils. »

Il leva son verre en l'honneur de Zorro et but le nectar que ses terres aient pu produire.

« -Mais jusqu'à ce jour, vous devriez me supporter et réparer mes dégâts. » Ajouta Diego malicieusement.

Alejandro s'étouffa dans son vin.


Ne vous inquiétez pas. Il va bien. Mdrr.