Il veille

Alejandro toussa fortement. Son mal de gorge empirait. Depuis ce matin, il avait l'impression que sa gorge était en feu. Il avait veillé toute la nuit pour attendre son fils, qui dans les soirées les plus sombres, revêtait son costume de Zorro. Pendant ces quelques heures d'attentes, il avait attendu dans la grotte, mais il avait oublié que la nuit la grotte se refroidissait et cette nuit, il avait omis de prendre une couverture.

Normalement, il ne se souciait jamais de Diego quand il partait la nuit dans son costume du renard, mais ce soir-là, Zorro devait faire face à des bandits bien organisés, et fort heureusement, vers 5h du matin, il revint victorieux, certes avec des bleus mais vivant et en bonne santé.

Il était 10h quand Alejandro s'était levé, pris de toux qui l'empêchait de dormir. Son fils dormait encore, surtout après la nuit qu'il avait passé. Alejandro avait donc fini par se lever comme à son habitude et s'installer à son bureau pour s'occuper de ses habituelles affaires de ranchero. Mais il commençait vraiment à être gêné par son mal de gorges et ses toux, et s'ajouta à cela des courbatures dans tout son corps.

Quelqu'un lui tapota alors l'épaule, Alejandro sursauta et se retourna pour voir qui l'avait dérangé. C'était Bernardo, avec un plateau dans les mains, où reposait une tasse de thé, du citron et du miel. Il le déposa sur le bureau et fit des signes insistant sur la gorge.

« -Merci Bernardo, dit Alejandro qui comprit que le serviteur lui avait donné de quoi calmer sa gorge malade, je comprends maintenant comment mon fils a pu survivre tout ce temps… » Ajouta-t-il d'un ton amusé.

Bernardo se dandina plutôt fier de ces paroles qu'il lui était adressé.

« -Est-ce que Diego dort toujours ? Questionna le père en buvant le thé.

Le muet hocha la tête.

« -Bon laisse le dormir, j'aimerai que tu m'accompagnes, va préparer la voiture, je pense que je vais tout de même aller voir le médecin, je crains d'avoir attrapé un coup de froid. »

Il approuva avec un deuxième hochement de tête, puis il quitta le vieil homme.

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Sur le trajet, Alejandro se sentait de moins en moins bien, la fatigue commençait à le saisir et des maux de tête s'ajoutaient à ses symptômes. Le soleil lui devenait insupportable et ses toux s'intensifiaient. Il avait même fini par laisser les rênes à Bernardo.

Arrivé chez le Dr Avila, ce dernier constata que son patient de longue date était effectivement mal au point. Il fallait l'aide de Bernardo pour qu'Alejandro rejoigne le cabinet sans s'effondrer au sol.

« -Vous avez de la fièvre, mon ami, dit le médecin après voir fini d'ausculter Don Alejandro, je crains fortement que vous ayez attrapé une sorte de grippe, je vais vous donner des médicaments qui vont améliorer vos symptômes. »

A moitié dans les vapes, Don Alejandro hocha faiblement la tête, incapable de dire quoi que ce soit avec sa gorge qui lui brulait, laissant Bernardo prendre ce que le médecin donnait. Voyant que le pauvre homme était sur le point de s'évanouir sur place, Dr Avila se décida à les raccompagner à l'hacienda, espérant ainsi parler au fils qui pourra prendre ses directives. Il savait que Bernardo était sourd, donc il allait être difficile pour lui de se faire comprendre.

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Diego fut réveillé par Bernardo qui le secoua sauvagement. Il marmonna des mots incompréhensibles, légèrement irrité de se faire réveiller de la sorte. Pourtant, même à moitié endormi, son esprit lui disait que son ami muet ne l'aurait dérangé de la sorte si ce n'était pour une bonne raison.

Il frotta ses yeux et se redressa. Il vit alors le visage paniqué de son serviteur. A peine eut-il déchiffré le langage de signes de Bernardo qu'il s'habilla rapidement, ne prenant même pas la peine d'enfiler une cravate. Lorsqu'il sortit de sa chambre, il se précipita vers celle de son père, entrant sans même frapper.

Le Dr Avila venait d'allonger d'aider Don Alejandro à s'installer dans son lit.

« -Père ! S'écria le jeune homme inquiet.

-Ne vous en faites pas, Diego, votre père a besoin juste prendre du repos.

-Qu'a-t-il ?

-Il a attrapé froid, je le crains. J'ai donné à Bernardo des plantes médicinales et quelques cachets pour la douleur au cas où. Il faut qu'il reste au lit pendant quelques jours, je passerai tous les jours. Mais normalement au bout de trois jours, il sera sur pied.

-Merci, Docteur, soupira Diego rassuré.

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Quand Alejandro ouvrit les yeux, il dut cligner plusieurs fois des yeux pour se rendre compte qu'il était dans son lit et se rappelait alors de ce qui s'était passé quelques heures plus tôt. Ah oui, il était malade. Il se souvint vaguement que Bernardo et le docteur Avila l'avaient raccompagné chez lui.

« -Père ? Tout va bien ? »

La voix de son fils à ses côtés le surprit et il tourna la tête. Il aperçut alors le visage fatigué et anxieux de son fils.

« -Diego, que fais-tu là ?

-Vous êtes malade, donc je suis resté auprès de vous. »

Alejandro tenta de se redresser mais affaiblit, il parvint uniquement à sortir les mains de sa couverture. Diego le voyant en difficulté, l'aida à le remonter et l'installa plus correctement.

« -Le médecin a dit qu'il fallait que vous vous reposez, dit Diego s'un ton doux.

-Tu devrais faire de même, fils…

-Le plus important c'est votre santé pour l'instant, coupa catégoriquement le plus jeune.

Quel fils aimant ai-je ! Pensa intérieurement Alejandro.

L'entêtement de Diego était aussi légendaire que celui du père et ce dernier savait pertinemment que son fils ne l'écoutera pas.

« -Quel heure est-il ? L'interrogea-t-il plutôt.

-Pas loin de 8h du soir.

-Si tard ? Ai-je dormi aussi longtemps ?

-Je pense que vous n'avez pas supporté la nuit que vous avez passé à attendre, murmura Diego, c'est ma faute, j'aurai du insister pour que vous évitiez de m'attendre, à cause de moi…vous êtes…

-Madre dios, interrompit le père en soupirant, ce n'est pas de ta faute, c'est moi qui ai décidé de t'attendre, tu n'as rien à te reprocher, mon fils.

-Mais père…

-Je t'en prie, Diego, c'est moi le père, tu n'as pas à te reprocher quoique ce soit. »

Alejandro tendit la main vers la joue de son fils, puis attrapa l'arrière de sa tête pour l'approcher et l'embrasser sur le front. Cela fait longtemps qu'il n'avait pas montré un geste affectueux envers son seul et unique enfant, et c'était le bon moment pour lui de montrer son amour paternel.

« -Dire qu'avant, c'était moi qui était à ton chevet, quand tu étais malade, rit-il.

Diego esquissa un petit sourire.

-Tu ne peux pas savoir à quel point j'étais angoissé, continua Alejandro, je me rappelais toujours de ce jour où tu as eu ton accident à cheval, j'ai vraiment cru que… »

Ces paroles se perdirent dans ses toux et rapidement, son fils lui amena alors un verre d'eau.

« -Gracias, fils.

-Je suis ici et c'est ce qui compte, engagea Diego.

-Je sais bien, mais je voulais que tu saches que tout ce qui m'importe, c'est toi, alors por favor, n'essaie même pas de changer nos rôles et je t'en supplie, Diego, va dormir dans ton lit au lieu de rester sur cette maudite chaise à observer ton père malade.

-Je ne peux pas, je ne vais pas réussir à m'endormir, dit-il sur un ton d'excuse.

Alejandro porta sa main à son front, épuisé mais surtout il n'avait pas envie de tenter un monologue long pour convaincre son renard de fils. Il se résigna mais son cœur était soulagé et heureux d'avoir Diego à ses côtés.

C'est sur cette pensée qu'il s'endormit et la dernière vision qu'il eut était son fils qu'il le recouvrait avec sa couverture.

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Trois jours plus tard

Alejandro allait beaucoup mieux, il s'était même réveillé aux chants des oiseaux. Il avait passé trois jours dans sa chambre et le cabellero vif qu'il était commencé à s'impatienter. La veille, le Dr Avila avait assuré qu'il était rétabli et qu'il pouvait dès aujourd'hui reprendre le court de sa vie. Diego était resté à ces cotés tout le temps, lui amenant à manger, à boire et lui proposer des activités.

D'une certaine manière, il devait s'avouer que ces précieux moments passés auprès de son fils avait rendu sa convalescence forte agréable.

Dès la matinée, il n'avait pas attendu longtemps avant de seller son cheval et de parcourir les terres, pour ensuite se diriger vers Los Angeles afin de prendre les dernières nouvelles qu'il avait manqué. Diego n'étant lui non plus n'avait pas quitté l'hacienda.

Beaucoup de ces nombreuses connaissances étaient ravis de le revoir et il fut accueilli très chaleureusement. Il n'y avait pas de mauvaises nouvelles, les bandits que Zorro avait dernièrement pourchassé, avaient été arrêtés et mis en prisons. En terme, le pueblo de Los Angeles vivait sa période la plus paisible. Alejandro se permit même de faire des achats et de commander un nouveau costume pour son fils, avec des fils en argent. Il savait que Diego n'allait pas apprécier ce « cadeau » mais c'était nécessaire pour cacher l'identité de son fils. Et puis, il trouvait que le tissu qu'il avait choisi allait plutôt bien à son dandy de fils.

Quand il rentra à l'hacienda, il était près de 2h de l'après-midi, il fut surpris de voir que son fils, sur un banc, dormait sous l'arbre, un livre étendu sur sa poitrine. Le père, ému de voir son seul enfant ainsi, n'osa pas le réveiller et alla ranger ses achats. Quand il revint et constata que Diego n'avait toujours pas bougé.

Ces trois jours à veiller sur son père et à l'occuper avait sans doute exténué le jeune homme qui, malgré la bonne nuit qu'il avait passé, n'a pu résister à une petite sieste. Alejandro s'installa non loin de lui et observa longuement l'homme qui roupillait tranquillement. Rien ne pouvait indiquer que ce garçon était l'homme le plus recherché de la Californie.

C'était son fils. Un surnom lui vint alors en tête, il l'avait donnée à son enfant quand ce dernier n'avait pas encore atteint ses 10 ans à cause des nombreuses bêtises et problèmes puériles que Diego avait causé dans son enfance.

Il rit, amusé par ces souvenirs nostalgiques du petit garçon qu'il avait élevé et il murmura :

« -Mon mignon petit renardeau… »