Ces hurlements de rire réveillèrent brusquement Harry qui se leva prestement, baguette en main, laissant une Ginny alerte sur le sofa. Lorsqu'il fût sur ses deux pieds, il essaya de comprendre cette situation ô combien bizarre. Une masse difforme était étendue sur le sol, évanouie, et un homme et une femme d'une trentaine d'années, étaient penchés sur ce corps. Quand ces deux personnes encore conscientes levèrent les yeux vers ceux qui rigolaient, Harry les reconnut immédiatement et tituba. Il avait passé tellement de temps à regarder les quelques photographies qu'il avait en sa possession. Ces cheveux dont il avait hérités, cette peau blanche et ces yeux vert émeraude, C'était si facile de les identifier alors qu'il les avait vus quelques heures plus tôt. C'était … Surréaliste.

- Maman ? Papa ?

James et Lily se retournèrent, alertés par cette voix enrouée et si masculine. Harry, leur fils, leur bébé, avait maintenant dix-sept ans. C'était un homme. Et cet homme se tenait debout face à eux, baguette tendue, tremblant, hésitant. Lily pouvait lire les questions qui fusaient à travers ses yeux si semblables aux siens. Elle sentait son trouble. Elle étudia son visage, revoyant ses fossettes de nourrisson, l'épi de ses cheveux et regarda son front… La cicatrice.

- Harry !

Lily s'avança doucement face à lui, tendant les deux mains pour le rassurer. Il abaissa sa baguette légèrement et elle pût poser ses mains sur ses joues, appréciant la peau de son fils pour la première fois depuis bien longtemps. Ils restèrent ainsi pendant un moment. Harry scruta ce visage dont il n'a presque aucun souvenir pour s'en imprégner. Il posa ses yeux sur les cheveux auburns pour aller jusqu'à sa bouche, en passant par son nez et ses yeux. Son cœur se serra à la vue de ses yeux, ceux que le professeur Rogue avait tant aimés. Il murmura un tendre « Maman » avant de se jeter dans ses bras, laissant perler doucement quelques larmes sur ses joues encore marquées par les derniers mois. James s'ajouta à leur embrassade, trop ému pour dire quoi que ce soit à ce fils pour lequel il s'était sacrifié. Son fils, son garçon, qui avait survécu et vaincu le plus grand mage noir de tous les temps. Des larmes commencèrent à couler sur le visage légèrement ridé de James, permettant à Harry de prendre conscience qu'ils étaient là tous les deux, en chair et en os. Il se laissa aller, sereinement, ne se posant pas la moindre question, retrouvant une sorte d'insouciance qu'il n'était pas capable d'expliquer. Il appréciait seulement l'instant sous l'œil attendri de leurs amis. Tonks laissa échapper une larme devant ce tableau parfait. Elle qui venait de se sacrifier pour l'avenir de son fils comprenait désormais mieux que quiconque le choix des Potter : mourir par amour. Pour des personnes qui avaient tant donné, à qui on avait tout pris, les voir réunis bouleverserait n'importe qui. Elle prit la main de son mari, dont les pensées semblaient prendre la même direction, et la serra avec force, transmettant par ce simple geste toutes les émotions qu'ils ressentaient.

Pendant que Fred s'attelait à réveiller la Belle au bois dormant, Remus se laissait submerger par l'émotion. Il avait devant les yeux un tableau inédit. Ses meilleurs amis et leur fils. Seize ans après. Ils avaient tout vécu : l'amitié, l'amour, la guerre, la vie, la mort. Et Harry, bien trop adulte pour son âge, profitait enfin de l'étreinte de ses parents. Quand James et Lily seront mis au courant des aventures de leur fils et de ses accomplissements, ils ne pourront que trembler de peur et briller de fierté comme lui l'avait fait avant eux. Pour le moment, c'était le soulagement qui primait. Seize années de traque, de non-dits et de mystères, de paroles et d'actes incompris. Il prendrait le temps, un jour, de parler avec James et Lily. Il voulait savoir pourquoi il avait été mis de côté lors du Fidelitas, brisant le peu de confiance en lui qu'il lui restait. Enfin, retrouver Harry, puis Sirius, se rendre compte qu'il pouvait encore tenir sa promesse de prendre soin du jeune Potter. Il avait pris sur lui quand Sirius avait traversé le Voile, se montrant présent pour Harry. Il avait essayé d'être ce qui se rapprochait le plus d'une figure parentale pour pallier les absences conjointes de ses parents et de son parrain. Il tenta, avec maladresse, de l'aider dans sa quête, prenant en pleine figure ses craintes et les reproches de Harry. Si des mises au point étaient inévitables pour retrouver une certaine stabilité à l'avenir, Remus avait pour la première fois confiance en leur futur.

Lily relâcha l'emprise sur Harry, le laissant respirer mais remarquant ses yeux brillants. Il recula légèrement, se plaçant à côté de Ginny afin d'embrasser la scène du regard. Il vit Sirius se relever tant bien que mal avec l'aide de Fred, Remus souriait face à cette scène et Tonks parler tranquillement avec Hermione dont la main traînait sur la taille de Ron.

- Hermione, Ron, qu'est-ce qui se passe exactement ? demanda Harry, toujours sous le coup de l'émotion et dont le regard allait alternativement de son père à sa mère sans jamais les quitter des yeux.

- Je te l'avais dit qu'on n'avait pas besoin de toi pour battre Tu-Sais-Qui mais tu es une sacrée tête de mule ! s'exclama Ron avec un sourire malgré le coup de coude dans les côtes d'Hermione. Aïe… On les a rencontrés dans le couloir de la bibliothèque, ils te cherchaient.

- J'ai vérifié qu'il n'y avait pas usurpation d'identité, dit Hermione. Et ta mère a récupéré ça dans la Forêt, ajouta la jeune brune en lui tendant la Pierre de Résurrection.

Harry la regarda un instant puis la mit dans sa poche, sans une explication pour ceux qui l'entouraient. Il sentit Ginny quitter son côté et s'approcher de son frère pour l'enlacer comme si sa vie en dépendait.

- J'imagine que tu n'as pas trouvé pourquoi toutes ces personnes sont ici à présent ?

- Non, rien à la bibliothèque. Mais je n'avais pas accès à la Réserve, elle était verrouillée avec un sortilège drôlement élaboré.

- Il y a donc des sortilèges qui résiste à Mlle Granger, ironisa Sirius tout en dardant un regard empli d'anticipation vers son filleul.

Harry s'avança vers son parrain et l'enlaça. La culpabilité de sa mort ne le quittait jamais réellement et, aujourd'hui, il savourait sa présence. Tous recommencèrent les discussions en cours : la recherche d'une raison pour leur retour, les démarches à effectuer, qui prévenir, qui aller voir, des combats de la nuit, des Mangemorts tués ou des résistants tombés au combat. En ces temps troublés, il est difficile de faire le point sur les personnes fiables ou pas. Toutes ces personnes présentes dans la pièce étaient étroitement liées au Survivant, certaines sans défense puisque dépourvue de baguette magique. Il fallait s'en occuper au plus vite.

Les plus âgés voyant les quatre plus jeunes s'assoupir, ils convinrent qu'il était temps d'aller se reposer un peu malgré l'heure très matinale. Le jeune Potter semblait réticent à l'idée de laisser ses parents mais sa dernière nuit était maintenant bien loin et la fatigue le rattrapait. C'est ainsi que chacun se sépara, Harry et Ron conservant leurs habitudes d'étudiant et quittant leurs petites amies en bas des escaliers avant de rejoindre leur dortoir de septième année. Harry ne sût sur l'instant quelle attitude adopter. Aussi bien pour saluer sa petite amie que ses parents. On le sentait ambivalent et il fallut que Ginny prenne les choses en main afin de régler l'un des deux problèmes. Elle se plaça devant lui, légèrement menaçante, réclamant son dû auprès de Harry qui comprit ce qu'elle attendait malgré les regards moqueurs ou attendris autour d'eux. Il se pencha et rejoignit les lèvres de la jolie rousse, scellant cette journée interminable en un baiser. Puis, elle suivit Hermione dans son dortoir. Fred et Ron suivirent le mouvement dans un dortoir de garçons déserté de même que Remus et Tonks. Sirius, qui n'avait aucunement envie de dormir, choisit d'aller se promener malgré le regard de Harry qui lui disait clairement que ce n'était pas une bonne idée. Malgré tout, son départ permit aux Potter de retrouver un moment d'intimité rare que James mit à profit sans tarder. Il s'approcha de son fils, passant une main dans ses cheveux bien plus longs que dans ses souvenirs. Ce geste fit soupirer d'aise Harry. Ce bruit le fît légèrement sursauter. Il n'était pas habitué à ce qu'on le gratifie de gestes tendres, bien que Mrs Weasley ait tenté d'y remédier. Et il était encore moins habitué à réagir spontanément à ses marques d'affection. Alors, le moindre contact avec ses parents était une découverte, une renaissance d'une certaine manière. Il s'approcha de son père et se laissa prendre dans ses bras, bientôt rejoint par sa mère. Cette dernière toucha sa peau, encore et encore, se persuadant qu'il était bel et bien présent. James fit le tour de certaines cicatrices encore vives mais Harry recula, les empêchant de toucher ces dernières encore douloureuses. Il rougit devant son comportement, honteux de prendre de la distance avec ces personnes qu'il avait tant désiré retrouver. Mais, dans le même temps, il sentit ses réflexes reprendre le dessus et sût qu'il faudrait faire la paix avec ce qui s'était passé ce soir-là et que, malheureusement, ses parents auraient un rôle difficile.

Après avoir rassuré leur fils, ils le laissèrent monter dans un dortoir, le suivant de près mais choisissant de lui laisser son intimité et ses habitudes en allant dans une autre pièce. Ils le regardèrent fermer la porte de son dortoir et espérèrent que le réveil du lendemain ne verrait pas ce rêve prendre fin.

Quelques courtes heures plus tard, Ginny se leva. Le sommeil la fuyait et elle faisait cauchemar sur cauchemar. En ayant marre de renouveler le sortilège de Silence sur son lit, elle se leva et se rendit compte que sa colocataire n'était plus là. Elle descendit, espérant la trouver dans la salle commune. Elle pensait n'y trouver personne d'autre mais les parents de Harry étaient en grande discussion et elle en saisit quelques morceaux.

- C'est tellement étrange, tu ne trouves pas ? De se retrouver ici, après autant d'années ?

- J'ai l'impression de revenir à la maison, répondit James. Ce que je trouve bizarre, ce sont mes souvenirs. J'ai l'impression que tout s'est brouillé depuis qu'on est revenu. Je veux dire, on a parlé avec Sirius de nos derniers souvenirs lorsqu'on s'est retrouvé dans la Forêt. Mais maintenant, je suis bien incapable de me souvenir ce que j'ai pu lui dire. Te souviens-tu d'hier ?

- Non, du tout. Je me demande si ce n'est pas pour maintenir une sorte de secret inviolable de ce qu'il y a après la vie, répondit Lily. Je pense que je vais aller faire des recherches avec Hermione aujourd'hui. Mais d'abord, je veux pouvoir profiter un peu de Harry et de toi. Il est tellement grand maintenant, nous avons raté tant de choses de sa vie.

- Nous ferons de notre mieux pour créer de nouveaux souvenirs, comme nous avons fait de notre mieux pour le protéger, répondit James, faisant preuve de son optimisme sans faille habituel.

- Oui tu as …

Ginny en était là lorsqu'elle sentit des bras l'entourer tendrement. Elle sursauta, surprise d'avoir été découverte en train d'écouter James et Lily, puis reconnut Harry et se détendit. Il lui murmura un « Chut » qu'elle comprit aisément. Elle l'embrassa passionnément, heureuse de le retrouver. Il sourit contre ses lèvres, appréciant également l'instant volé. Quand il se détacha, elle l'observa, vit les changements physiques que cette année loin d'elle avaient apportés. Il était plus grand, sa carrure plus développée, ses muscles durement éprouvés étaient plus épais, elle pouvait les sentir sous son tee-shirt. Ses lunettes étaient abîmées et il devrait sûrement les changer. Ses cheveux étaient toujours désordonnés mais un peu trop long. Elle était dans ses pensées quand il recommença à planter des baisers le long de sa mâchoire, dans son cou, remonta vers sa joue et termina sur ses lèvres. Ce sentiment de plénitude lui avait tant manqué. Ginny avait les joues rouges, les lèvres entre-ouvertes, le souffle court. Harry aimait cette vision. Il la prit par la main, ils auraient tout le temps pour profiter de leur intimité désormais.

En descendant les marches, ils virent James et Lily rigoler dans un sofa. La vue rendit Harry encore plus heureux. Ils s'approchèrent mais, une fois à proximité, Harry se figea. Que devait-il faire ? Dire ? Il n'avait pu profiter que de la tendresse maternelle de Molly et peu souvent en comparaison de ses seize années chez les Dursley. Il ne savait pas se comporter dans ces conditions, les démonstrations d'affection le gênant toujours intensément. Ses parents se retournèrent à ce moment-là et son anxiété grandit. Ils se levèrent et il recula imperceptiblement. James fronça les sourcils à ce comportement, Lily aussi. Ginny le poussa légèrement dans le bas du dos et Harry fût forcé d'avancer. Il se retrouva à quelques centimètres de ses parents alors Lily utilisa le même stratagème qu'aux petites heures du matin : elle lui tendit les deux mains et cela sembla le rassurer. Une fois Harry dans ses bras, elle le serra fortement et regarda Ginny par-dessus son épaule. Ginny secoua la tête de gauche à droite. Harry leur en parlerait mieux lui-même.

Harry se dirigea vers son père et l'étreignit également. Il passa une main dans les cheveux de son fils, comme il aimait le faire quand il était bébé. Puis, ils s'assirent patiemment, discutant de la salle commune. Sirius arriva sur cette entrefaite, tout droit de l'entrée. Il était allé se balader et avait dû se cacher la majorité du temps.

- Il y a beaucoup de sorciers dans les couloirs.

- Ils doivent aider à la reconstruction, proposa Ginny. Papa et Maman disaient qu'ils commenceraient le plus vite possible.

- D'ailleurs, où sont-ils ? demanda Harry.

- Ils sont rentrés au Terrier. Maman m'avait laissé un mot sur mon lit en ne nous retrouvant pas. Ca fait des mois qu'ils sont partis et … Avec Fred… Enfin voilà.

- Ils ont accepté que tu restes ici ? interrogea Harry, trouvant particulièrement étrange qu'elle n'ait pas été obligée à rentrer aussi.

- Je ne leur ai pas laissé le choix figure-toi, Potter, lui répondit-elle avec humeur. Je leur ai dit que j'étais plus utile là où tu étais. Ils n'avaient rien à répondre à ça.

Harry était terriblement fier d'elle quand elle répondait avec autant d'aplomb même si parfois cela le mettait dans l'embarras comme maintenant. James et Lily semblèrent la voir sous un nouveau jour et en rigolaient un peu.

- Dis Harry, aurais-tu la cape ? demanda Sirius. Ce serait plus facile pour se balader.

- Euh … Oui je l'ai, enfin, c'est Hermione qui l'a dans son sac, dit Harry qui, voyant les regards suspicieux, se sentit obligé de préciser. C'est elle qui conservait toutes nos affaires grâce à un sortilège d'Extension indétectable.

- Astucieux, abonda Lily.

- Hermione est la meilleure élève de notre promotion depuis la première année, précisa Harry. Elle nous a sortis de sacrés pétrins. Mais, je ne peux pas accéder à la chambre des filles…

- Et de toute façon, Hermione s'est levée avant moi et est partie à la bibliothèque avec la cape. Maintenant que j'y pense, je l'ai entendue marmonner quelque chose comme « Il attire les ennuis comme la peste ! », ajouta Ginny. Je crois que c'était pour toi Harry.

- Moi ? Mais je n'ai rien fait depuis plusieurs heures…

- Pour une fois ! sourit Ginny, prenant sa main doucement.

- Elle pense que ça a quelque chose à voir avec les Reliques ?

- Les quoi ? demanda James.

- Nous avons découvert que le Conte des Trois Frères avait une base réelle. La baguette de Sureau, la Pierre de Résurrection et la Cape d'invisibilité forment ensemble les Reliques de la mort, dit Harry. La Cape, c'est la nôtre, ajouta-t-il en regardant son père.

- Ce n'est qu'un conte, Harry, dit James.

- Je t'assure que non. J'ai eu la Baguette de Sureau entre les mains encore ce matin, Voldemort l'avait volée à Dumbledore. Quant à la Pierre de Résurrection, elle était cachée dans une bague appartenant à la famille Gaunt, apparentée à Voldemort et maman l'a récupérée dans la Forêt. Et la cape nous appartient depuis des siècles. Tu le sais sûrement déjà mais j'ai appris à mes dépens qu'on était les descendants de la famille Peverell.

- Tu avais les trois en ta possession hier soir ? interrogea Lily, les sourcils froncés.

- Oui. J'ai décidé de remettre la Baguette de Sureau à sa place, et de perdre volontairement la Pierre après vous avoir vus hier soir, vous vous en souvenez ?

- Je n'ai aucun souvenir de tout ça… dit James. Lily ? Sirius ?

- Pareil, j'ai l'impression que mes souvenirs s'effacent, dit Sirius. Tout ce dont je me souviens, c'est l'attaque du Ministère où nous sommes allés chercher Harry et ses amis. Donc il y a deux ans.

- J'imagine qu'on trouvera nos réponses bientôt, il faudra peut-être faire un détour par le bureau du directeur pour aller voir le portrait de Dumbledore, il pourrait nous éclairer.

- Je ne voudrais pas interrompre toutes ces belles histoires mais je pense qu'il faudrait qu'on prévienne mes parents et Andromeda de vos réapparitions, dit Ginny avec conviction. On ne peut pas les tenir à l'écart et il va de toute façon falloir décider de la marche à suivre.

- Tu as raison, répondit Harry. Allons voir Mc Gonagall, elle nous aidera j'en suis sûre.

- Minerva est toujours vivante ? s'exclama James, surpris.

- Oui toujours, elle a formidablement combattu hier soir, sourit Ginny avec une fierté non dissimulée pour sa directrice de maison. Je l'ai vue éviter un Doloris d'Avery puis l'envoyer au tapis avec un informulé de la plus grande classe.

James regarda les deux jeunes face à eux tandis que les informations faisaient leur chemin. Combats, morts, sortilèges noirs, Reliques de la Mort. Ils n'étaient peut-être pas très vieux mais en avaient vu bien plus que la moyenne. James pouvait voir dans les yeux de Harry que certains évènements le hantaient encore malgré son sourire et ses traits détendus. Ginny et lui portaient les traces des combats de la veille, aucun des deux n'ayant pris le temps de se faire soigner par Mrs Pomfresh.

- Avant d'aller voir Mc Gonagall, allez faire un tour à l'infirmerie. Sirius m'a dit que Mrs Pomfresh y était retournée.

- Il y a plus urgent, répondit Harry. Il faut qu'on règle votre situation avant tout.

- Non, le plus urgent, c'est de soigner vos blessures. Vous ne pouvez pas terminer la journée dans cet état en ayant si peu dormi. Vous allez juste aggraver les choses. Ce n'est pas une question, Harry, vous allez à l'infirmerie avant, ajout James, un regard dur dirigé vers son fils.

Harry fixa son père avec un peu d'incrédulité. C'est bien la première fois que quelqu'un d'autre qu'un professeur lui donnait des ordres. Molly et Arthur n'avaient jamais essayé, sachant pertinent que le devoir de Harry l'emportait sur tout. De plus, selon lui, ils ne se sentaient pas assez légitimes pour cela. Bien qu'ils aient représenté ce qui ressemblait le plus à une figure parentale, le couple Weasley n'avait jamais abusé de cette prétendue autorité sur lui. Mais ici et maintenant, ce n'était pas les Weasley, c'était son père. Et bien que l'ordre ne lui plût guère, Harry sentit son cœur se réchauffer à l'idée de les savoir là pour le protéger et prendre soin de lui. C'était comme retrouver la maison, une sensation familière et réconfortante. Alors qu'ils s'avançaient vers la porte de la salle commune, Harry ajouta d'une voix qu'il aurait voulue plus claire :

- Oui, papa.

- Et on vient avec vous, ajouta Lily.

- Certainement pas ! s'écrièrent les deux jeunes sorciers.

- Pourquoi ? s'insurgea James sous les regards incertains de Lily et Sirius.

- Parce que personne ne doit savoir que vous êtes revenus avant qu'on n'ait décidé avec le professeur Mc Gonagall de la marche à suivre. Si jamais des sympathisants des Mangemorts sont dans le château pour une quelconque raison ou que cet évènement s'ébruite, vous ne pourrez pas vous défendre sans baguette. Donc, pour le moment, vous restez ici.

- Harry… prévint Sirius.

- Non, Sirius, je sais ce que tu vas me dire… Tu n'aimes pas l'inaction et être mis de côté, conta Harry avec une perspicacité qui surprit son parrain. Mais je n'ai plus quinze ans et je sais ce que je dis : vous restez ici.

Puis ils partirent dans le dédale de couloirs de Poudlard, laissant un James ébahi par ce qu'il avait entendu, une Lily émue et un Sirius interloqué.

- Si j'avais su quand on était à Poudlard que vous vous feriez moucher par mon fils … souffla Lily.

Harry passa le premier dans le trou de la porte avec Ginny à sa suite. Il lui prit la main pour s'assurer qu'elle le suivait. Depuis qu'il s'était rendu dans la Forêt Interdite dans le but de se rendre à Voldemort, depuis qu'il avait vu le rayon de lumière verte se diriger à toute vitesse vers lui, il avait comme l'impression qu'une partie de ses sensations avaient disparu. Il était comme engourdi d'une partie de son être. Mais finalement, quand on savait qu'il avait été un Horcruxe sans en avoir conscience pendant toutes ses années, ça tombait sous le sens. Il était amputé des émotions, des ressentis de Jedusor. Il avait l'impression, d'une certaine manière, de commencer une nouvelle vie, d'avoir le droit à un nouveau départ. Mais la réalité vous rattrape toujours.

- Mr Potter ! Harry, mon garçon, dit le professeur Slughorn. Comme je suis content de vous voir. Vous avez été héroïque, vraiment, c'était impressionnant pour un sorcier de votre âge !

- Merci professeur, répondit Harry, gêné. Nous sommes désolés mais nous devons y aller.

- Pourquoi donc êtes-vous si pressés ? Nous devons profiter de ces jours de paix après tant de troubles.

- Nous allons vous laisser professeur, reprit Ginny. Nous avons besoin de voir Mrs Pomfresh, nous n'y sommes pas encore allés depuis… Les combats.

- Oh bien sûr, bien sûr mes enfants, allez-y.

- Savez-vous où se trouve le professeur Mc Gonagall ? Nous aurions besoin de la voir ensuite.

- Vous la trouverez soit dans la Grande Salle, soit dans le bureau directorial.

Ils remercièrent leur enseignant et continuèrent leur chemin. Une fois à l'infirmerie, Mrs Pomfresh les réprimanda pour ne pas être venus plus tôt. « Autant certains voulaient surtout montrer leurs blessures mais vous, vous les cachez ! Roh, je vous jure ces jeunes… ». Elle les soigna avec facilité, leur donna une potion Régénérante après avoir obtenu la promesse qu'ils dormiraient une nuit complète ce soir. Ils reprirent leur chemin dans les couloirs pour monter au bureau directorial.

Depuis le début de la matinée et leur baiser passionné, Ginny était sur une sorte particulière de nuage. Quelque chose qu'elle n'avait fait qu'effleurer mais qui lui avait énormément plu : le désir. Les papillons de son ventre ne la quittaient pas et elle voulait recommencer cette expérience tant qu'ils étaient seuls. Mais elle savait que Harry était beaucoup plus réservé qu'elle à ce propos. Elle ne pouvait pas être sûre que les cercles que formaient son pouce sur sa main ou le baiser sur la tempe ou encore les regards en coin qu'il jetait, étaient des indications suffisantes de son désir à lui. C'était tellement tenu, tellement … peu. Pour elle et son caractère de feu, pour elle qui voulait des preuves, encore et encore, pour rassurer son cœur après neuf mois passés dans le doute et l'absence. Elle aimait Harry, elle en était convaincue depuis bien longtemps. Elle avait douloureusement ressenti son départ et ce manque de nouvelles. Elle avait besoin de concret.

Alors qu'ils prenaient un virage pour changer de couloir, elle l'attira brusquement vers elle, le prenant par surprise. Si ses réflexes n'étaient pas aussi affûtés, il l'aurait sûrement écrasée contre le mur. A la place, il la poussa simplement contre les pierres, posa sa main libre sur la surface plane et se laissa entraîner dans un baiser fougueux. Ca n'avait rien à voir avec ceux échanger depuis leurs retrouvailles. Celui-ci était urgent de désir et de passion inavouée. Harry plaça ses mains sur sa taille, sentant ses courbes défiler à chaque mouvement. Il savait que, s'il remontait légèrement dans son dos, elle se cambrerait mais il n'était pas sûr de pouvoir se contrôler ensuite. Alors, il remonta ses mains dans son cou, puis une main dans ses cheveux, l'embrassant comme si sa vie en dépendait. Ginny avait eu ce qu'elle voulait il se donnait à elle sans réfléchir, comme jamais il ne l'avait fait auparavant. Ses hésitations le montraient et elle ne pouvait que le trouver plus attachant comme cela.

- Hmm hmm.

Ils se stoppèrent net, scrutant de part et d'autre du couloir qui les interrompait avant que les yeux de Ginny se posent au-dessus des épaules de Harry pour y voir leur professeur de métamorphose. Ils rougirent tous les deux d'avoir été pris sur le fait.

- Excusez-moi de vous interrompre, jeunes gens. J'ai croisé Horace, il avait l'air de croire que vous me cherchiez mais, si j'en crois ce que je vois, je n'en suis pas aussi sûre que lui, dit-elle.

Harry aurait juré avec vu un sourire en coin sur le visage de son enseignante. Il essaya de reprendre contenance malgré la situation quelque peu inconvenante.

- Professeur, pourrions-nous vous parler, en privé s'il-vous-plait ? dit Harry.

Elle les dirigea dans le bureau, la gargouille qui la protégeait avait été pulvérisée. On pouvait voir, au bout du couloir, des pans de murs entiers détruits. Ils avaient une excellente vue sur le Lac Noir d'ici. Harry détacha son regard de cette vision et monta les escaliers, suivant Ginny et Minerva. Ils entrèrent dans ce bureau, un espace familier qui, pourtant, ne respirait plus l'empreinte du directeur qu'Harry avait tant admiré. Il pouvait le voir endormi dans son portait, au fond de la pièce. Tous trois s'installèrent le petit salon attenant, Mc Gonagall ne semblant aucunement prête à prendre le fauteuil de Directrice. Elle les invita à s'asseoir, leur demanda s'ils désiraient un thé ou un petit déjeuner. Ils acceptèrent et partagèrent leur encas ensemble.

- A quel sujet vouliez-vous m'entretenir ?

- Nous avons eu l'occasion de voir de nos propres yeux un phénomène très étrange et, pour ainsi dire, impossible. Cette nuit, certaines personnes qui étaient décédées sont revenues à la vie. Je sais ! Je sais ! dit Harry en voyant son professeur se soulever, prête à lui affirmer que cela était impossible. Vous allez me dire que c'est impossible, on ne peut pas faire revenir quelqu'un d'entre les morts. Pourtant, Hermione et moi avons fait les vérifications d'usage et … Nous sommes véridiques : ils sont revenus.

- Qui « ils » ?

- Fred Weasley, Remus Lupin et Dora Tonks-Lupin, Sirius Black et enfin James et Lily Potter, répondit Ginny.

- Par … Pardon ? balbutia Mc Gonagall, perdant toute retenue à l'évocation des époux Potter.

- Vous avez bien entendu, Professeur. Si vous voulez les voir de vos propres yeux, ils doivent encore être dans la salle commune de Gryffondor.

- Potter, Weasley, ce sont des informations très graves que vous m'apportez ici. Etes-vous sûrs qu'il ne s'agit pas d'une plaisanterie de mauvais goût ?

- Professeur, ils avaient tous des informations très précises que seules ces personnes pouvaient avoir en leur possession. Pour mon père, ma mère et Sirius, c'est encore pire : personne ne pourrait imiter ce que Hermione leur a demandés de faire. Croyez-nous, suivez-nous pour le voir de vos propres yeux.

Chapitre 4 terminé !

On n'en apprend pas tellement sur les raisons du retour de nos « Revenants » mais les retrouvailles des Potter me tenaient à cœur.

Alors, qu'en avez-vous pensé ?

A bientôt pour le chapitre 5 !