Ce chapitre était prévu pour être séparé en deux. Mais le premier était bien trop court et je me suis dit qu'il était plus pertinent d'en écrire un long.

J'espère que ce dernier vous plaira ! Bonne lecture !

Minerva était partagée. Cela semblait inconcevable mais elle avait envie de le voir par elle-même, ils avaient l'air si sûrs d'eux. Elle prit leur suite pour retrouver le chemin de la Tour de Gryffondor. Elle entra dans la salle commune et se retrouva devant la même scène que Ginny ce matin-même : James entourant Lily de ses bras, profitant de toutes les minutes qui leur étaient données pour se toucher, s'embrasser, se parler, se regarder. Minerva laissa échapper un cri étranglé qui les fit se retourner doucement. Ils se levèrent et s'approchèrent de leur ancienne professeure. Les larmes coulèrent sur les joues de Minerva et elle ne chercha pas à les arrêter puis un sourire fleurit tranquillement tandis que James et Lily réduisaient la distance avec elle. James fût le premier à faire un geste. Il tendit la main et elle n'eût aucun doute, aucun soupçon. Elle prit cette main et la serra fortement, y joignant sa deuxième main pour couvrir les deux déjà liées. James se recula pour laisser la place à sa femme et elles purent s'étreindre. Lily avait appris à apprécier Minerva au début de la première guerre. Toutes les deux engagées dans l'Ordre, elles avaient pu développer une autre relation que celle qui s'était naturellement installée entre un professeur et son élève. Alors que Lily apprenait à connaître son professeur, Minerva pouvait librement dire qu'elle les connaissait bien. Elle avait été leur directrice de maison, suivant leurs querelles durant quelques années puis voyant leur relation évoluer. Combien de fois avait-elle changé volontairement de couloir pour ne pas interrompre leur baiser passionné alors même qu'elle aurait dû les réprimander ? Combien de fois avait-elle pleuré ces dernières années en observant leur fils se démener face aux évènements sans le soutien et l'appui de ses parents ? Et ils étaient là, pour une raison inconnue mais qui la remplissait de joie.

- Je suis heureuse de vous voir bien que cela relève de l'inexplicable. Etes-vous les … seuls ? ajouta Mc Gonagall avec hésitation.

- Non, Sirius, Rémus, Dora et Fred sont là également. Nous pensons tous que cela à voir avec Harry mais nous n'avons aucun élément supplémentaire, répondit Lily.

- Extraordinaire. Albus aurait eu tant de choses à dire face à un tel évènement. Il était … Je pense qu'il a porté le poids de votre mort tout le reste de sa vie. Il n'a pas toujours fait les choix les plus raisonnables selon moi, mais sachez qu'il a toujours fait du mieux qu'il pouvait.

- De quels choix parlez-vous Minerva ? demanda James.

Elle jeta un coup d'œil à Harry mais ce dernier ne semblait pas comprendre où elle voulait en venir. Le professeur Mc Gonagall n'était pas au courant du plan de Dumbledore, aussi n'avait-elle aucun moyen de savoir ce qu'Harry avait pu voir dans la Pensine. Que pouvait-elle bien reprocher à leur ancien directeur ?

- Je pense qu'Albus aurait pu épargner Harry. Il aurait pu l'envoyer vivre ailleurs que chez ces affreux Moldus. D'ailleurs, on a tous pu voir qu'il va beaucoup mieux depuis qu'il connaît les Weasley.

- Des Moldus ? Harry, tu as été élevé par ma sœur ? se scandalisa Lily.

Et voilà le terrain glissant que Harry n'avait pas vu venir. Il était évident maintenant que cela ne plaisait guère à sa mère et, vu le regard dur de son père, ils devaient être sur la même longueur d'ondes. Et pourtant, il était sûr qu'aucun d'eux n'imaginait ce qu'il avait bien pu vivre là-bas. Le ton monta quand Lily répondit à son ancienne professeure qu'ils avaient pris des dispositions pour qu'Harry vive avec Sirius. James ajouta que Dumbledore avait accès à leur coffre dans lequel se trouvait le papier qu'ils avaient rempli pour transférer l'autorité parentale s'ils venaient à décéder. Minerva tenta de leur expliquer qu'elle était d'accord avec eux mais fût coupée au moment où elle essaya de mentionner Sirius. Ginny regarda Harry avec compassion. C'était à lui d'expliquer ce malheureux choix.

-Albus n'avait pas le choix.

Les trois autres adultes le regardèrent, le couperet stoppant toutes paroles.

- Lorsque Voldemort vous a tués ce soir-là, le fait que tu te sois interposé, Maman, a invoqué une ancienne magie extrêmement puissante. En te sacrifiant à ma place, tu as créé une protection qui empêchait Voldemort de s'en prendre à moi. Lorsque Albus m'a fait récupérer par Hagrid ce soir-là, Sirius… Sirius poursuivait Peter. Il faudra qu'on trouve un autre moment pour parler de ça mais ce qui s'est passé dans cette rue ce soir-là a entraîné Sirius à Azkaban. Dumbledore a tiré profit de cette protection dont tu m'avais doté et l'a renforcée. Toutefois, elle ne pouvait être active que si je vivais chez quelqu'un du même sang que toi…

Les Potter étaient bouche bée. Harry avait été protégé grâce à ce sortilège mais à quel prix ? Ils savaient tous deux combien les Dursley répugnaient la magie. Ils avaient fait vivre un enfer à Lily et ils étaient persuadés que Harry avait vécu pire. Soudain, Lily prit conscience de quelque chose qui la rongeait déjà d'une colère qu'elle ne pourrait pas refouler :

- Est-ce pour cela que tu es si hésitant avec nous ? Ils ne t'ont jamais aimé ?

Le regard d'Harry se perdit au-dessus de l'épaule de sa mère, passant près de ses cheveux roux et s'arrêtant sur la fenêtre au fond de la salle commune. Une chouette blanche était posée sur le rebord de la fenêtre. Elle ressemblait un peu à Hedwige, se dit-il. Mais la pensée de sa chouette disparue ne lui permit pas d'éviter à ses yeux de prendre une apparence trop brillante. Il ne sentit pas la main de Ginny se glisser dans la sienne ni le grognement de James lorsqu'il comprit que la non-réponse était en fait un assentiment.

- Bien que cela ne change rien, Harry a trouvé une nouvelle famille quand il a rencontré Ron, ajouta Ginny. Maman a toujours fait en sorte qu'Harry ne manque de rien et surtout pas d'affection.

Lily regarda la jeune fille rousse et sentit le courant de la révolte s'éloigner un peu, se tapissant dans un recoin de son esprit pour mieux ressortir plus tard. Elle exprima sa reconnaissance à sa famille pour tout ce qu'ils avaient fait. Elle ne doutait pas de la générosité des Weasley bien qu'elle les connaissait mal. Elle était maintenant sûre que ces derniers avaient été un soutien infaillible pour Harry, une sorte de bouée de sauvetage lorsque c'était nécessaire. Elle se concentra sur son enfant et sur la tendresse qu'elle voulait lui transmettre. Peut-être était-ce une maigre compensation pour leur absence de ces dernières années mais elle ressentait ce besoin tout maternel de réconforter son fils. Elle réussit à s'approcher de lui, prit son visage dans ses mains, appliquant un léger baiser sur son front. Elle faisait ça quand il était bébé et qu'il fallait le rassurer, l'endormir. Instinctivement, elle sût en voyant son regard qu'il avait besoin d'être rassuré. Mais ils n'étaient pas au bout de leurs peines.

La porte de la salle commune s'ouvrit dans un grand fracas. Une dizaine de personnes s'introduisirent dans la pièce sans se présenter, effrayant les personnes présentes. Harry, Ginny et Minerva dégainèrent leur baguette et se placèrent devant les Potter. Ils entendirent des bruits de pas dans leur dos, les prévenant de l'arrivée de Remus, Dora et Fred. Au bout d'une minute de silence tendu, l'un d'eux s'avança, tenant derrière lui un Sirius Black stupéfixé. Il chercha le regard d'Harry et s'arrêta un instant sur sa cicatrice avant de prendre la parole.

- Monsieur Potter ?

- Lâchez-le immédiatement, prévint-il, baguette en joue.

- Pas d'échange de magie dans une zone restreinte, dit une voix venant de l'arrière du groupe. Vous savez que nous sommes plus nombreux et, bien que vous soyez extrêmement puissant, vous ne voudriez pas qu'il y ait des dommages collatéraux, dit-il en jetant un coup d'œil aux personnes qui l'entouraient désormais.

La voix s'approchait doucement et l'homme en vêtements d'Auror se présenta.

- Gawain Robards, chef du Bureau des Aurors. Je suis ici pour emmener ces personnes ici présentes par mesure de précaution.

- Vous n'emmènerez personne en dehors de Poudlard. Aucun d'entre eux n'est un criminel et ils sont désarmés, lui répondit Ginny.

- Officiellement, Sirius Black est toujours un criminel, répondit Robards au tac au tac. De plus, chacune des personnes convoquées a été reconnue comme morte et est finalement vivante. Nous devons mener une enquête et préserver tous les sorciers, y comprit ceux qui ne pensent pas en avoir besoin, ajouta le chef des Aurors en regardant Harry. C'est une demande qui vient du Ministre par interim, Kingsley Shacklebot.

- Kingsley ne ferait jamais une chose pareille, lâcha Harry sentant la colère bouillonner en lui.

- Il m'avait prévenu que vous réagiriez comme ça, Mr Potter. Preuve qu'il vous connaît bien. Vous avez rendez-vous avec lui demain matin dans l'Atrium à 9h pour en discuter. Pour le moment, je dois les emmener. Ils seront bien traités, ne vous inquiétez pas pour cela.

- Je suis censé être rassuré alors que le bureau des Aurors est encore composé de sorciers soutenant Voldemort ? tempêta le jeune Potter. A quel moment dans ma vie est-ce que j'ai pu avoir confiance en vous ? Quand vous me traitiez de menteur ? Quand vous avez mis ma tête à prix ? Quand il a fallu organiser une résistance pour contrer les agissements du Ministère ? Vous savez pertinemment que chacune de ces personnes est une cible potentielle. N'importe qui pourrait les atteindre facilement, que ce soit pour les renvoyer dans la Mort ou pour chercher à m'atteindre. Et je dois être confiant ?

Le chef des Aurors ne cilla pas devant la tirade du Survivant. Il le dévisageait sereinement, prenant la mesure de celui qui serait vénéré durant les mois à venir et dont le nom était inscrit au fer rouge dans l'histoire de la communauté magique. Puis, après quelques secondes durant lesquelles la baguette du jeune Potter était toujours dirigée vers lui, il reprit la parole succinctement.

- Ce n'est pas parce qu'on dit du panier qu'il est pourri que l'ensemble des œufs le sont. Nous nous verrons demain, Mr Potter.

En un clin d'œil, les intrus étaient au côté de leur vis-à-vis, main sur le bras et transplanèrent avant qu'Harry et Ginny puissent faire quoi que ce soit. Harry regarda autour de lui, perdu. Ils avaient disparu.

Quelques heures plus tôt, Hermione et Ron avaient quitté la salle commune de bonne heure mais pour des raisons différentes : Ron avait déjà très faim et il s'était rendu seul dans les cuisines dans le but de prendre de quoi se restaurer. Hermione, de son côté, n'avait pas faim du tout. Le peu de temps passé dans son lit n'avait pas été reposant. Elle se repassait en boucle les derniers évènements et ne trouvait aucune explication valable. Elle était passablement énervée lorsqu'elle sortit de sa chambre en vue de faire des recherches complémentaires à la bibliothèque. Elle croisa James et Lily qui étaient en grande discussion sur un canapé de la salle commune mais ne se fit pas remarquer. Elle se dirigea droit vers la bibliothèque et constata que des sorciers étaient à l'œuvre pour réparer les étagères et les murs endommagés.

Elle les aida pendant une bonne heure. Le travail lui permettait de se sentir utile. Elle lançait sortilège sur sortilège, puisant dans ses connaissances pour leur permettre à tous d'avancer dans leur besogne. Lorsque le rayon qui l'intéressait fût dégagé, elle les prévint qu'elle devait retourner à ses recherches. Les sorciers, dont faisaient partie Charlie Weasley et le professeur Flitwick, acquiescèrent, comprenant que la jeune Gryffondor ne leur en dirait pas plus.

Elle eût des difficultés à retrouver la documentation sur les Reliques de la Mort. En réalité, seul le Conte des Trois Frères les mentionnait. Mais elle trouva un ouvrage sur les Grandes Découvertes Magiques et le feuilleta au hasard. Si pendant quinze minutes, rien ne retint son attention, elle trouva une mention des Reliques de la Mort comme étant datée du 13e siècle. Intriguée et fidèle à son esprit cartésien, elle se dit que la légende ne pouvait être vraie. Les Reliques avaient dû être crées par les frères Peverell, ces derniers étant certainement d'exceptionnels sorciers pour leur époque. Alors, si chacun des frères avait utilisé sa Relique, peut-être que le mystère résidait dans le fait de posséder les trois ? « Harry, s'il-te-plaît, dis-moi que tu n'as rien fait de stupide… ». Elle commençait à croire qu'Harry avait pu consciemment trouver un moyen de les faire revenir. Mais après réflexion, sa surprise à la vue de ses parents n'étaient pas feinte. Harry ne savait de toute façon pas mentir donc il était aisé de lire sur son visage.

Arrivée à ce stade ses réflexions, elle entendit une détonation dans le couloir attenant à la bibliothèque. Chaque sorcier de la vaste pièce pensait à une nouvelle attaque aussi tous sortirent leur baguette, prêts à toute éventualité. Ils la baissèrent immédiatement en voyant le Survivant débouler par les grandes portes, ne prenant pas garde que celles-ci tenaient debout comme par magie. Il était talonné par Mc Gonagall et Ginny, visiblement toutes les deux présentes pour limiter les dégâts engendrés par la magie spontanée que libérait Harry sans s'en rendre compte.

Quand il arriva dans la bibliothèque, il chercha Hermione du regard. Celle-ci sentit immédiatement que quelque clochait. Il était tendu, ses yeux reflétaient une colère à peine contenue. D'ailleurs, il ne s'embarrassa pas de politesse pour engager la conversation.

- As-tu trouvé quelque chose ?

- J'ai seulement réussi à dater l'origine des Reliques mais cela ne nous avance pas à grand-chose, hormis à savoir que la légende n'est pas vraie. Les Peverell devaient être de très bons sorciers qui ont créé des objets uniques, tout simplement.

- Bien. Les Aurors viennent de débarquer dans la salle commune et ont emmené tout le monde. Il est hors de question qu'on les laisse faire. Personne ne m'enlèvera mes parents, Sirius et Remus une deuxième fois, c'est compris ?

- Les Aurors ? Mais enfin, personne n'était au courant, c'est impossible ! Harry, calme-toi, je ne peux pas me concentrer quand tu t'agites. Assieds-toi immédiatement.

Harry regarda Hermione comme si c'était la première fois qu'il la voyait puis tira lentement une chaise vers lui pour s'y asseoir. Ginny et Mc Gonagall prirent place également.

- Bon, que s'est-il passé ? demanda Hermione.

- Mr Potter et Miss Weasley sont venus me voir pour me prévenir de cet évènement extraordinaire ce matin. Nous en avons discuté dans le bureau du Directeur puis sommes allés dans la salle commune. De là, des Aurors sont intervenus. Ils avaient déjà stupéfixé Sirius Black et ont emmené tout le monde, commenta Minerva. Nous n'avions aucun moyen de défendre l'ensemble des personnes présentes, ils étaient en supériorité numérique.

- L'Auror était Gawain Robards, le chef du Département des Aurors. Papa le connaît, il était de notre côté tout le temps de la guerre, ajouta Ginny.

- Je m'en fiche qu'il ait été de notre côté ! s'exclama Harry. Il n'avait aucun droit de les emmener de la sorte. Kingsley en a donné l'ordre sans nous prévenir auparavant. Il croit quoi ? Qu'on va monter une armée ? Qu'on est des criminels ?

- Ca suffit maintenant ! cria Ginny. On est tous bouleversé mais t'en prendre aux autres ne te fera pas aller mieux. Nous aussi on a vu des personnes qu'on aimait être enlevées. Ne crois pas avoir le monopole de la douleur, je t'en prie !

Sur ce, elle se leva et partit.

- Ginny, où vas-tu ? demanda Harry en la suivant.

- Chez mes parents, il faut qu'on les prévienne et je ne veux pas que ce soit toi. Pas en l'état actuel des choses. Quand tu seras calmé, tu rentreras au Terrier et avise-toi d'être très calme si tu veux avoir une chance de pouvoir t'expliquer.

Sans lui laisser de temps de répondre, elle transplana, laissant Harry seul sous les regards curieux des sorciers réparant la bibliothèque. Il retourna vers la table d'Hermione, la trouvant en conversation discrète avec Mc Gonagall. Elles continuèrent, faisant comme si ce dernier n'était pas là. Quand il réussit à se concentrer à nouveau, il prit l'échange en route.

- J'en viens à penser que c'est la combinaison des trois reliques qui ont permis un tel exploit. Aucune recherche ne nous permet de savoir si c'est temporaire ou définitif et encore moins le procédé pour y parvenir.

- Je n'ai rien fait de particulier, Hermione, dit Harry avec une lassitude nouvelle dans la voix. J'ai utilisé la Pierre dans la forêt avant de rejoindre Voldemort et ai invoqué mes parents, Sirius et Remus. Cela n'explique donc pas la présence Tonks et de Fred.

- Oui, mais tu as ensuite récupéré la baguette de Sureau de la main de la Voldemort. Ce que je ne comprends pas c'est que tu n'as fait aucun acte de magie avec cette baguette puisque tu l'as remise avec Dumbledore.

- Et bien… Si j'ai réparé ma baguette avec la Baguette de Sureau.

Hermione et McGonagall le regardèrent avec effarement. Elles venaient de faire un lien curieux.

- Mr Potter, vous avez utilisé la Pierre, la Baguette et la Cape en l'espace de quoi ? Une heure ? Les trois étaient en votre possession ?

- Non j'ai laissé la Pierre dans la Forêt.

- Oui mais vous en avez été le détenteur. Les trois en même temps. La Pierre n'est plus en votre possession mais vous l'avez utilisée, tout comme la Baguette et la Cape. Elles portent dont toutes les trois votre empreinte magique. Admettez que c'est une situation inédite. Personne ne peut se vanter d'avoir été en possession des trois Reliques simultanément.

- Qu'as-tu fait exactement quand tu es allé à la tombe de Dumbledore ? demanda Hermione.

- Je… J'ai pris la Baguette de Sureau et j'ai cherché dans ton sac la mienne. Je ne voulais pas de la Baguette de Sureau. J'estime avoir eu assez d'ennuis comme ça. Donc, j'ai pensé seulement l'utiliser pour réparer la mienne et la remettre dans la tombe d'Albus, conta Harry.

Il prit un temps de réflexion pour s'assurer de la chronologie des évènements quand quelque chose le frappa.

- J'ai… réfléchi un peu… Devant sa tombe, ajouta-t-il en regardant son amie et sa professeure.

Flash back

- Nous l'avons fait, Professeur. Nous l'avons fait et, je vais vous le répéter encore une fois, je ne vous en veux pas.

Il sembla pensif quelques minutes sans que Ginny ne vint interrompre ses pensées.

Il vit défiler devant ses yeux verts les dernières heures et leurs pertes. Il se rappela ses parents dans le Miroir du Rised en première année puis dans la Pierre il y a quelques heures et son désir de les avoir prêt de lui, son désespoir à la mort de Sirius et la douleur de le revoir dans la Forêt, sa colère face à Remus qui était prêt à laisser sa femme et son enfant à naître et désormais sa détresse d'avoir fait de son fils un orphelin malgré ses paroles réconfortantes. Et Tonks, cette femme qui l'acceptait pour ce qu'il était dans son entièreté, celle qui faisait preuve d'une rare intelligence dans les relations humaines au point de les mettre au service des autres. Il revoyait ce matin de troisième année durant lequel Fred et George, arborant leurs habituels sourires empreints de fourberie, lui avaient légué -sans le savoir- la Carte du Maraudeur. Il se souvenait précisément des jumeaux terminant leurs phrases respectives alors qu'ils essayaient de lui expliquer la teneur de ce mystérieux objet.

Un chagrin intense lui enserra les entrailles à la pensée de ces personnes qui lui étaient chères. Son esprit n'omettait pas les autres pertes mais sa douleur était telle qu'il sentait un poids retomber sur ses épaules. Le deuil prendrait du temps. Lentement, la souffrance deviendrait colère puis tristesse et enfin l'apaisement reviendrait. Il fallait compter sur une chose : le temps. Il retrouva ses esprits en sentant la présence réconfortante de la rousse à ses côtés.

Puis, il mit la main dans sa poche arrière pour récupérer sa baguette qui avait été cassée lors de leur escapade à Godric's Hollow puis s'empara de la baguette de Sureau. Il pointa celle-ci et murmura un discret « Reparo » que Ginny n'aurait pas entendu si elle n'avait pas été si près. La baguette du Survivant reprit son apparence initiale sous les yeux émerveillés de Harry et ébahis de Ginny.

Fin du flash back

Ils restèrent tous trois pensifs de longues minutes jusqu'à ce que quelqu'un cherchant McGonagall arrive. Il la prévenait que le bouclier de protection était de nouveau opérationnel, empêchant les transplanages à l'intérieur de l'enceinte. Il prévint aussi Hermione et Harry que Ron Weasley était rentré chez lui après que sa mère l'ait fait appeler. Il avait demandé à ce qu'ils soient prévenus. Elle partit, non sans la promesse qu'ils la tiendraient au courant. Hermione se permit de reprendre en l'absence de sa professeure.

- Harry, je pense que nous approchons de notre explication. Toutefois, il faut que tu saches une chose : si cela s'avère vrai, tu as dû utiliser une puissance magique extrême pour y parvenir… Tu comprends ?

- Que veux-tu dire ? Que je possède cette puissance ? Tu sais bien que ce n'est pas le cas.

- Je pense au contraire que si, le contra Hermione. Je t'ai vu te battre la nuit dernière. Tu es devenu puissant Harry et cette supériorité fera des envieux.

- Est-ce qu'on peut parler de ça plus tard et s'occuper de faire libérer mes parents ?

- Oui bien sûr, nous allons trouver une solution. Mais d'abord, allons voir les Weasley. Je pense que tu as du pain sur la planche avec Ginny, ironisa la jeune femme.

Harry se prit la tête dans la main puis consentit à la suivre.

Ils avancèrent ensemble dans un silence pesant. Tant de choses s'étaient passées et ils avaient si peu de recul. Ils arrivèrent à la cabane d'Hagrid, à l'orée de la Forêt, se regardèrent et transplanèrent.

Ils arrivèrent à quelques centaines de mètres de la résidence des Weasley. Les défenses avaient été mises à jour, permettant à l'ensemble de la famille d'évoluer sereinement chez elle sans arrivée indésirable. Hermione et Harry cheminèrent à travers les collines et arrivèrent en haut de la plus proche colline du Terrier. D'ici, ils pouvaient observer la maison se dresser sur ses quatre étages. Elle avait l'aspect d'une habitation sur laquelle on avait empilé plusieurs niveaux sans se préoccuper des règles élémentaires en construction de bâtiment. A cette vision, Harry sentit son cœur se réchauffer imperceptiblement. Cette maison était ce qui se rapprochait le plus du « chez-lui » auquel Harry aspirait maintenant. Ils continuèrent leur marche jusqu'à arriver dans le jardin où Ron s'avança rapidement vers Hermione pour l'embrasser. Harry les laissa à leurs retrouvailles et entra dans la maison, surpris d'y trouver si peu de bruits. La maison des Weasley regorgeait de surprises en tout genre en temps normal, le silence n'était donc que peu présent. La vaisselle s'activait seule dans l'évier pour nettoyer les différents couverts et assiettes du dernier repas. La table était partiellement débarrassée et Harry se doutait qu'il s'agissait de la tâche que Ron avait précipitamment abandonnée. Il fût attiré par plusieurs têtes rousses dans le salon. Ginny prenait la parole devant ses parents, George, Bill et Fleur. Ces derniers semblaient abasourdis et il ne fût pas difficile pour Harry de deviner le sujet de leur discussion. Il en eut la confirmation quand leurs regards se levèrent vers lui en quête de réponses.

- Euh … Bonjour, dit-il avec une hésitation plus que palpable.

- Harry, mon chéri, lui répondit Molly en se levant, l'attirant dans une étreinte maternelle dont elle seule avait le secret. Comment vas-tu ? As-tu pris le temps de manger ?

- Euh … Non nous n'avons pas mangé avec Hermione, on a passé quelques temps à la bibliothèque pour trouver des réponses.

- Alors c'est vrai, Harry ? Ce que Ginny vient de nous dire ? demanda Bill, n'osant prononcer les mots fatidiques de peur qu'ils ne prennent trop d'importance.

- Oui, c'est vrai. Toutes ces personnes sont revenues sans qu'on ait d'explications bien précises pour le moment. Et il nous sera difficile d'avoir des informations aujourd'hui j'ai l'impression, maugréa Harry. Fred va bien, comme Ginny, je l'ai vu de mes propres yeux.

- Et tes parents, Harry ? Et Sirius, Remus, Tonks ? demanda avidement Molly.

- Tous allaient très bien avant d'être emmenés par les Aurors. C'était étrange comme situation mais ils ont très envie de vous voir. Je crois… Je crois qu'ils veulent vous remercier pour tout ce que vous avez fait pour moi.

Les époux Weasley secouèrent la tête en signe de désapprobation. Ils n'avaient pas besoin d'être remerciés, Harry se doutait de la tournure que prendrait la conversation. Hermione et Ron arrivèrent. Il informa toutes les personnes présentes qu'il avait rendez-vous le lendemain au Ministère. Ron et George avaient déjà prévu d'aller ouvrir le magasin pour que l'activité du Chemin de Traverse reprenne petit à petit. Molly et Ginny devaient aider Andromeda avec le petit Teddy. Harry pensa qu'il devrait rencontrer son filleul prochainement. Il était impatient et en même temps apeuré par la perspective de s'occuper d'un si petit enfant. Il remit ses réflexions à plus tard et accepta la présence d'Arthur et Hermione à l'entretien avec Kingsley.

La conversation dériva sur les Mangemorts attrapés dans la journée et notamment sur celle de Fenrir Greyback. Ce dernier avait promis que ses frères garous s'en prendraient aux sorciers, faisant ainsi régner quelques heures de terreur avant que le Ministre Shaklebolt prenne la parole, assurant que les loups-garous n'étaient pas tous comme le Mangemort. Il avait été pris en charge par les Aurors et transféré temporairement à Azkaban dans l'attente d'un jugement.

Tout le monde savait pertinemment qu'Azkaban n'était pas sûr. Il n'était pas anodin que des Mangemorts se soient échappés il y a quelques mois. Si cela ne rassurait pas la population sorcière, ça avait le don d'énerver Harry dont la colère remontait en flèche. Il se sépara de l'ensemble du groupe, se dirigeant vers le jardin. Il s'isola et laissa échapper un peu de magie. Les étincelles volèrent autour de lui, formant un halo de lumière.

Il avait la fâcheuse impression que tout ce qu'il touchait se détruisait sous ses doigts. Que tous ces moments de bonheur n'étaient que des moments et ne pouvaient en aucun cas tenir sur le long terme. Maintenant que Voldemort avait été vaincu, il aspirait à la tranquillité, à la sérénité mais il bouillonnait à l'intérieur sans comprendre pourquoi. Sa magie se propagea et fit trembler la terre environnante. Le tremblement se ressentit jusqu'au Terrier où ses occupants s'inquiétèrent. Hermione fût la première à penser que Harry ne se contrôlait plus et, aux vues de ses récentes découvertes, elle avait peur qu'il ne connaisse plus ses limites. Elle courut vers l'extérieur, cherchant l'origine des secousses, les Weasley sur ses talons. Ginny semblait paniquée à l'idée que quelque chose arrive à Harry aussi elle se mit à accélérer quand elle rencontra un champ de force qui la stoppa. Elle cogna sur le champ de force puis, à l'aide sa baguette essaya une quantité importante de sorts qui n'eurent aucun effet. Les autres membres de la famille arrivèrent essoufflés avant de se rendre compte de la situation.

Harry, au milieu d'un dôme de lumière, semblait jeter sortilège sur sortilège sur une forme invisible. La forme encaissait, encaissait, renforçant le champ de force qui l'entourait. La lumière commençait à les éblouir. Ginny se mit à crier pour attirer son attention mais rien n'y fit. Ron serrait la main d'Hermione, prit d'une anxiété soudaine.

Puis, Molly s'avança, poussée par une intuition soudaine. Une intuition de mère. Sans baguette, elle posa la main sur le champ de force en fermant les yeux. Elle pensa très fort à Harry, à ses moments où elle avait été aussi inquiète pour lui que pour ses fils. A cette première fois où il était arrivé chez elle, maigrichon, après un voyage en voiture volante, peinant à reprendre ses esprits alors qu'il découvrait sa première maison sorcière. Lui qui, malgré son manque de repères, les avait acceptés tels qu'ils étaient, se souciant de chacun d'entre eux, protégeant leur petite Ginny, sauvant leur fils Ron de périlleuses situations, secourant Arthur lors de son attaque au Département des Mystères. Harry qui ne demandait qu'une place dans une société qui le considérait depuis seize années comme un héros. Mais, comme tous les héros, Harry avait ses failles : il était orphelin, avait été maltraité, avait vécu bien trop de dangers pour son âge. Alors, Molly s'arma de toute l'affection maternelle qu'elle contenait en elle pour lui, posa sa deuxième main sur le champ de force et réussit à passer à travers. Elle se dirigea en marchant vers Harry et, une fois à sa hauteur, le prit dans ses bras sans aucune hésitation. Harry tomba au sol, des larmes émergeant de ses yeux vert émeraude, alors que Molly lui murmurait des paroles réconfortantes. Elle lui disait que tout irait bien, que ses parents l'aimaient, que Sirius et Remus feraient tout ce qu'ils pourraient pour qu'ils lui soient rendus. Elle chuchota des mots de maman, qu'elle serait toujours là pour lui, même quand il serait trop grand pour avoir besoin d'elle, qu'il était normal de s'effondrer par moment, que la pression était trop lourde, qu'il devrait se reposer quelques temps.

Alors, Harry se calma, sa respiration s'apaisa. Les sorts avaient cessé et le champ de force s'amenuit petit à petit, laissant les autres personnes à distance raisonnable. Il leva la tête pour regarder Mrs Weasley dans les yeux, se blottissant légèrement dans ses bras avant d'essayer de se relever. Elle le prit une dernière fois dans ses bras, lui répétant ses paroles réconfortantes pour qu'il les fasse siennes. Ginny s'avança doucement et prit la place de sa mère auprès de son petit-ami. Elle l'emmena vers la maison, lui fit monter les marches puis, sans même se demander ce que pourrait bien en dire le reste de sa famille, le fît entrer dans sa chambre. Elle lui intima l'ordre de se coucher sur le lit ce qu'il fit sans hésiter. En quelques secondes, Ginny s'était installée à ses côtés et, le prenant dans ses bras, le laissa s'endormir.