Le brouillard avait envahi son esprit. Une nappe fort épaisse dont il était difficile de se défaire s'imposait à lui petit à petit. Ses repères étaient aussi flous que sa perception de la réalité tant la pièce dans laquelle il se trouvait lui était inconnu. Il essaya de bouger mais sentit un poids l'entourer. Il prit conscience du corps chaud à proximité de lui et arrêta de remuer avant de se retourner. Il se retrouva devant une chevelure rousse abondante, des fossettes saillantes et une peau d'albâtre. Quelques tâches de rousseur s'étalaient sur ce doux visage appartenant à Ginny Weasley. Il sourit doucement devant ce tendre paysage avant de se tendre en se rendant compte de cette situation pour le moins embarrassante. Et les souvenirs des heures précédentes lui revinrent en mémoire.
Cette crise de panique était bien réelle. Et il l'avait exprimée en laissant exploser sa magie, tel un enfant en bas âge n'ayant aucun contrôle sur celle-ci. Il était honteux de s'être laissé aller. Mais, alors qu'il en était là de ses tergiversations, Ginny se mit à bouger et ouvrit les yeux. Ses yeux bleus encore endormis plongèrent dans ceux émeraude d'Harry. Elle enlaça ses doigts dans ceux du brun et laissa un sourire s'étaler sur son visage avant de refermer les yeux, laissant au jeune Potter le soin d'ordonner ses idées du mieux qu'il pouvait avant de les exprimer à voix haute. Sa main se leva et une hésitation garda sa main en suspens. Il finit par rendre les armes et caressa la taille de la jeune rousse et la rapprocha de lui, ignorant les sensations de son ventre. Elle se montra surprise mais ne dit rien. Elle se contenta de se laisser faire, savourant la sensation d'être à proximité du garçon qu'elle aimait.
- Je ne te mérite pas, lâcha Harry en murmurant.
Ginny fronça les sourcils devant des paroles aussi inédites.
- Attendons encore quelques instants que tu sois bien réveillé, tu as l'air dans le brouillard.
- Non, je suis sérieux. Je… Parfois je me demande si toutes ces années de traque, si toutes ces années avec ce morceau … d'âme de Voldemort en moi, n'aurait pas détraqué quelque chose en moi. Je ne contrôle même plus ni mes pensées, ni ma propre magie, on dirait un enfant…
Ginny le regarda avec sérieux, le laissant disgresser tranquillement afin de mettre des mots sur ces émotions qui le tourmentaient. Il fallait qu'ils règlent leur différend maintenant, la jeune rousse ne voulait pas reprendre une relation basée sur des non-dits. Quand il se tût, elle choisit ce moment pour dire ce qu'elle avait au fond du cœur.
- Je comprends ce que tu ressens, lui dit-elle. N'oublie pas que, dans ton entourage, je suis la seule personne à avoir été possédée par Tu-Sais-Qui. Je sais plus que quiconque le ressenti qu'on peut avoir, cette impression d'être une étrangère dans son propre corps. Mais tu as la chance de pouvoir tout recommencer alors ne la gâche pas, termina Ginny sur un ton d'avertissement.
- Je … Je sais… Enfin, oui je le sais mais je voulais te protéger et ne pas te rappeler ces mauvais souvenirs.
- Cela n'explique pas ta colère, contra Ginny. Tu sais que Kingsley ne fera rien contre toi. Il est celui qui nous rassurait tous en ton absence sur tes capacités quand quelqu'un flanchait. Il était persuadé que tu t'en sortirais et que tu ferais de grandes choses alors qu'il n'était pas dans le secret de Dumbledore. Pourquoi tu lui en veux ?
- Parce que j'ai l'impression qu'on me prend pour un enfant et qu'on me cache toujours les choses les plus importantes ! s'énerva Harry à nouveau. Et, alors que je peux enfin profiter de mes parents et de mes amis, on me les enlève, encore ! Et sans aucune raison !
Il se leva du lit et fit les cent pas dans la chambre. Au bout de deux minutes, il s'approcha de la fenêtre et regarda dans le jardin, pensant.
- Malgré le peu de temps que j'ai passé avec eux, j'imaginais un peu ce que pouvait être la vie avec mes parents. Je les imaginais nous retrouvant ici certains soirs, allant sur le Chemin de Traverse, volant avec mon père. En l'espace de quelques minutes, tout a volé en éclats. Et je… Je ne contrôlais plus rien.
- A quoi penses-tu que cela est dû ?
- Je ne sais pas… Trop de possession, trop de confrontation à la magie noire, trop de visions d'horreur …
- Et maintenant que tout est terminé, de quoi as-tu besoin ?
- De repos, juste du repos, répondit-il avec une lassitude évidente.
- Tu as ta réponse. Vous avez voyagé pendant des mois dans des conditions vraiment difficiles, en possession d'objets contenant une magie noire très puissante, tu viens de vaincre le plus grand mage noir de tous les temps, tu as fait bien des sacrifices et, bien entendu, sans te plaindre et en demandant le moins d'aide possible. Que tu sois fatigué est une simple question de bon sens.
- Vu sous cet angle, ça paraît tout de suite être une évidence.
Elle le serra dans ses bras, heureuse d'avoir pu le rassurer sans que ce dernier ne se rende compte qu'elle-même avait ses doutes et ses craintes vis-à-vis de l'avenir. Elle chassa ces pensées encombrantes dans un coin de son esprit et reprit un sourire mutin, bien décidée à profiter de cette intimité retrouvée.
Elle aventura ses mains le long de la colonne vertébrale d'Harry, se délectant des frissons que cela lui procurait. Il prit les devants en l'embrassant avec passion, n'imaginant en aucune façon qu'il suivait les plans qu'elle avait dessinés pour eux deux au moment-même. Ils s'aimèrent de longues minutes durant, laissant de côté leurs problèmes et leurs craintes.
Une heure après, ils descendirent dans la cuisine, entendant au passage Ron qui se battait comme un diable à faire sortir la goule de son lit. Ils retrouvèrent une Mrs Weasley affairée aux fourneaux pour préparer les meilleurs plats dont elle avait le secret et une Hermione apportant du mieux qu'elle le pouvait son aide. George, lui, était assis sur le canapé, lisant avec une attention toute particulière la Gazette. Il leva les yeux vers Harry et Ginny et leur fit son sourire en coin, bien que ce dernier soit empreint d'une certaine douleur. Ils furent heureux de voir qu'il avait décidé de se battre pour retrouver ce frère jumeau qu'on lui avait enlevé puis ramené. Si Mrs Weasley s'inquiétait pour Harry mais aussi pour ce que leur intimité avait pu amener comme situation privée, elle n'en montra rien. Toutefois, ils ne purent échapper au sourire goguenard d'Hermione qui se doutait bien qu'ils ne s'étaient pas limités aux baisers conventionnels.
La conversation s'engagea sur le ministère et le travail qui était à faire là-bas quand Mr Weasley et Percy passèrent le pas de la porte. Ils avaient l'air exténués.
- Oh, mon chéri, viens t'asseoir, dit Mrs Weasley en prenant le bras de son époux. Tu as l'air à bout de forces, tu dois te ménager.
- Tu n'as pas encore vu Kingsley, ma chérie. Il est dans un état pire que le nôtre. Mais, il tient le coup. Il y a du travail, tu sais, pour nettoyer la corruption qui s'égrenait dans les couloirs du Ministère.
- Vous êtes bien courageux tous les deux mais vous ne leur serez d'aucune utilité dans un état de fatigue comme le vôtre.
- Nous allons manger et aller nous reposer maman, nous devons y être à la première heure demain matin, répondit Percy qui, malgré la fatigue, n'avait pas perdu son ton pédant.
Ils mangèrent ainsi, dans un silence quasi complet, seulement troublé par le son des couverts et des plats grattés par la brosse de vaisselle dans leur dos. Mr Weasley et Percy étaient allés à la chasse aux informations quant à la mise sous surveillance des Revenants mais étaient revenus bredouille. Il semblerait que personne ne soit au courant et, comme Kinglsey Shaklebolt, le ministre par intérim, n'était jamais accessible sans une garde rapprochée et de nombreux collaborateurs, ils leur étaient impossible de mentionner ce sujet devant d'autres sorciers. Ils étaient quand même troublés que personne, pas même le bureau des Aurors, n'ait pris contact avec Harry, la famille Weasley ou Andromeda pour évoquer ce phénomène.
- J'ai rendez-vous avec Kingsley demain, nous en parlerons alors pour connaître la marche à suivre, dit Harry.
- Harry, il faut que tu saches que Kingsley voudra que tu lui racontes ce que vous avez fait durant cette année. D'ailleurs, je ne te cache pas que j'aimerai bien savoir également les grandes lignes de votre périple. Nous nous sommes tous inquiétés et, même si vous êtes tous les trois en vie, votre état général reste alarmant.
Il était vrai que les trois sursautaient régulièrement au moindre bruit, même celui de la bouilloire qui hurlait quand elle était chaude.
- J'imagine que vous êtes tous en droit d'en connaître les grandes lignes, vous l'avez tous mérités, dit Harry en regardant tour à tour Hermione et Ron. Par contre, je dois vous demander de n'ébruiter cela sous aucun prétexte. Je sais que ma demande paraît inutile, ajouta-t-il en voyant Molly froncer les sourcils en signe de mécontentement, mais ce qui sera dit dans cette pièce doit impérativement y rester. Personne n'a envie d'un nouveau Voldemort.
Harry attendit de constater le hochement de tête approbateur de l'ensemble des personnes présentes et se mit à raconter leur voyage à travers le Royaume-Uni, parfois avec des commentaires de Ron et des précisions d'Hermione. Il avait volontairement omis de préciser le départ précipité de Ron ou la nature des objets qu'avait créé Voldemort, ne souhaitant pas affecter des personnes qu'il aimait inutilement. Mais il savait qu'il ne couperait pas à cette dernière question face à Kingsley. Il passa en revue les différentes épreuves auxquelles il avait fallu survivre : le café de Londres, l'intrusion au Ministère, les longues journées de marche, le Manoir Malefoy, Godric's Hollow, Gringotts et enfin Poudlard.
- Gringotts quand même, dit George, soufflé. Tu pouvais dire de nos bêtises, maman, mais avoue que le petit Ronron a quand même fait fort. Sortir à dos de dragon de Gringotts était un beau coup de com' !
- Les gobelins sont très en colère, répondit Arthur. Il est impossible pour le Ministère de prendre contact avec eux pour le moment, ils sont totalement hermétiques.
Harry voulut se sentir gêné mais, automatiquement, il pensa à Gripsec qui leur avait joué un mauvais tour et chassa cette idée de son esprit.
- Nous n'avions pas le choix, l'un des objets était dans la chambre forte de Bellatrix. Si nous n'y allions pas, nous n'aurions jamais pu le détruire et Voldemort avec lui quelques heures plus tard.
- Ce n'est pas tant le fait que ce soit Gringotts, précisa Arthur, c'est surtout le fait que vous ayez réussi à vous introduire tous les trois dans la banque, à violer les accès sécurisés et en ressortir par le toit à dos d'un dragon élevé en captivité pour leurs besoins. Ca relève presque du génie, dit Arthur, des étoiles dans les yeux, sous le regard fortement réprobateur de Molly.
Ils se gardèrent bien de préciser que la moitié du plan ne s'était pas déroulé comme prévu et qu'ils avaient, une nouvelle fois, failli y laisser la vie. Ils continuèrent ainsi quelques instants, arrivant rapidement à la bataille de Poudlard. Ils purent échanger pour la première fois souvenirs et impressions de cet évènement qui sera considéré d'ici peu comme majeur dans l'histoire du monde sorcier anglais.
Le soleil commençait à décliner. La journée avait été longue pour tous et leur dernière nuit relativement courte. Percy et Arthur furent les premiers à aller se coucher, suivis de Molly. George alla se réfugier dans sa chambre, en silence, laissant ses deux benjamins et leur compagnon respectif dans la cuisine.
- As-tu réfléchi à ce que nous avons pensé tout à l'heure ? demanda Hermione.
- Oui, j'y ai pensé, répondit Harry sous le regard interrogateur de Ron et Ginny. Hermione et Mc Gonagall pensent que les Reliques de la Mort portent mon empreinte magique. Etant donné que je les ai toutes utilisées dans un laps de temps très court, il se pourrait que ce soit un début de piste.
- Donc, tu serais à l'origine du retour de nos Revenants ? conclut Ron, abasourdi.
- Involontairement, oui. J'ai réparé ma baguette avec la baguette de Sureau et il y a eu une grande dépense d'énergie magique au sein de Poudlard. Cela pourrait avoir aidé.
Hermione toussa en regardant Harry. Ce dernier savait bien où elle voulait en venir mais il n'avait pas pour habitude de se vanter, même devant ses plus proches amis. Elle insista en ne reprenant pas la parole, lui laissant tout le loisir de le combler. Puis, perdant patience, elle prit sa plus belle posture de préfète :
- Harry est à l'origine de cet évènement. Lui et sa magie en sont les auteurs.
Ron resta bouche bée bien que la nouvelle ne soit pas une révélation. Ginny les regarda avec suspicion. Harry se balançait d'un pied sur l'autre, gêné.
- J'ai des difficultés à concentrer ma magie depuis le combat contre Voldemort. Il est possible que je n'ai pas su le faire lorsque j'ai réparé ma baguette avec celle de l'Aîné. Comme j'avais utilisé la Pierre peu de temps avant et que j'avais la cape avec moi, ça a sûrement un lien mais nous n'avons pas plus de réponse.
- Vas-tu en parler à Kingsley demain ? demanda Ginny.
Au regard de la conversation qu'ils avaient eue un peu plus tôt dans la soirée, Harry sentit que sa réponse à venir était un test pour savoir s'il était capable de raisonner sereinement.
- Je ne sais pas si je dois lui en faire part ou pas. J'en jugerai en fonction de la tournure que prendra la discussion. Ce n'est pas que je ne lui fais pas confiance, ajouta-t-il précipitamment, voyant le regard assombri de Ginny. Mais il y a une différence entre le Kingsley, Auror et membre de l'Ordre, et le Kingsley, Ministre par intérim. L'un et l'autre n'ont pas les mêmes fonctions et obligations.
La jeune rousse sembla se satisfaire de cette réponse, étouffa un bâillement et amorça un déplacement vers les escaliers, prête à aller se coucher. Hermione embraya suivit par Ron. Harry profita des quelques secondes de solitude pour évaluer la situation.
Voldemort était vaincu, il était de retour chez les Weasley, sa relation avec Ginny manquait de stabilité mais lui tenait à cœur plus que tout au monde, il ne gérait plus sa magie. Il faudrait faire des efforts mais pour l'instant, la fatigue l'accablait. Il monta les escaliers, s'arrêta devant la porte de la chambre qu'il avait précédemment quittée. Ginny l'attendait, l'embrassa tendrement puis ils se séparèrent à contre-cœur, allant se coucher chacun dans sa chambre.
La maison s'éveillait doucement. Le soleil se levait par-dessus la colline, baignant le rez-de-chaussée d'une douce lumière. Ce fût l'ouverture de la porte de chambre qui réveilla Harry. Ron s'était levé et avait rejoint la cuisine pour le petit-déjeuner. Harry prit quelques minutes pour se réveiller puis le suivit. Il se rendit compte que personne d'autre n'était dans la maison. Il soupçonna Mr Weasley et Percy d'être déjà au Ministère. Ron le lui confirma.
- Papa et Percy sont déjà partis pour le travail. Papa t'attendra dans l'Atrium. Maman est allée rendre visite à Andromeda et George veut aller voir l'état du magasin. Je voudrais l'accompagner, ça ne te dérange pas ?
- Bien sûr que non ! Pourquoi ça me dérangerait ? s'étonna Harry.
- La visite à Kingsley ne sera peut-être pas très sympa …
- Avec ton père, Hermione et Ginny, je serai entouré ne t'en fais pas. Je comprends pourquoi tu veux accompagner George.
Les filles descendirent alors que les garçons avaient terminé leur petit-déjeuner. Ils se préparèrent chacun de leur côté puis, à 8h40, ils se dirigèrent vers la cheminée. Ron passa le premier, criant l'adresse du magasin sur le Chemin de Traverse. Puis, Harry, Ginny et Hermione y passèrent successivement. En arrivant dans l'Atrium, Harry et Hermione eurent un mouvement de recul subrepticement en reconnaissant le hall d'entrée du Ministère. Ginny s'en rendit compte, leur prit la main et avança dans le hall. De nombreuses personnes les reconnurent sur leur passage et remercièrent les trois sorciers. Harry se rendit compte alors que sa notoriété s'était encore accrue et qu'il aurait des difficultés à évoluer en société pendant quelques mois. Il se maudit de ne pas avoir pensé à la cape ou à tout autre solution lui permettant de cacher son identité. Il eût une tendre pensée pour une métamorphomage et se dit que, lorsqu'il la retrouverait, il lui demanderait des cours particuliers de « Filature et tapinois ».
Harry se laissait entraîner par sa petite amie quand elle s'arrêta face à un cercle qui leur tournait le dos. Hermione sembla se réveiller face à l'obstacle et toussa assez bruyamment pour que les personnes à proximité se retournent et prennent connaissance de l'origine du bruit. L'assemblée se tût brusquement et s'écarta, laissant à leur vue le Ministre par intérim, Kingsley Shaklebolt. A ses côtés, Arthur Weasley semblait plaisanter à voix basse. Ils se tournèrent et un sourire s'étala sur le visage de l'ancien Auror.
- Harry ! dit Kingsley en s'approchant de lui, main tendue.
- Monsieur le Ministre.
Kinglsey eût une moue un peu gênée mais ne s'attarda pas. Il salua Hermione et Ginny puis, accompagnés d'Arthur, ils se dirigèrent vers un ascenseur. Ils montèrent tous en silence et Kingsley commanda la descente vers le 1er étage, seul accès au bureau du Ministre, le tout sous bonne escorte. La garde rapprochée les quitta une fois entrée dans la partie sécurisée que Kingsley déverrouilla avec son empreinte magique. Ses gardes du corps restèrent de part et d'autre de la porte.
Ils pénétrèrent dans un bureau de forme ovale. Un gigantesque bureau trônait au centre de la pièce et Kingsley se chargea de le pousser d'un coup de baguette. Il fit apparaître plusieurs sièges qu'il disposa autour d'une petite table basse et invoqua du thé et des biscuits. Il invita les sorcières et sorciers l'accompagnant à s'asseoir. Ils commencèrent à discuter de banalités puis disgressèrent tranquillement vers la bataille de Poudlard.
- Harry, tu sais quel est l'objet de votre visite. Autant j'aimerai continuer de parler de tout et de rien, autant tu dois te douter que j'ai beaucoup d'obligations du fait de ma position actuelle. Je voudrais savoir ce qui s'est passé durant ces derniers mois. Il s'est dit beaucoup de choses sur vous.
- Je sais, Mr le Ministre, répondit Harry.
- Ca restera Kingsley pour toi, et pour vous, ajouta-t-il en regardant l'ensemble des personnes présentes.
Le récit fût sensiblement le même que la veille au soir, relatant les faits grossièrement. Harry prit son mal en patience devant l'air sérieux de Kingsley. Il se dit qu'il n'était pas utile de presser l'histoire puisque le Ministre semblait vouloir quelque chose de bien précis avant d'être à même de répondre aux interrogations du Survivant.
- Après avoir échappé aux Gobelins, nous avons pris la décision d'aller à Poudlard. Ils nous semblaient évident que le dernier objet était l'école, c'était un lieu que Voldemort chérissait particulièrement. C'était le premier endroit où il se sentait chez lui. J'ai retrouvé le diadème de Rowena Serdaigle, l'ai détruit et la suite, vous la connaissez.
Il y eût un moment de silence, seulement troublé par les bruits de la théière enchantée et des biscuits.
- Merci Harry pour ce résumé très complet pour le Ministre de la Magie, dit Kingsley, laissant quelques secondes de blanc teinté ses paroles. Pourrais-tu maintenant y ajouter les éléments qui ne peuvent être dits qu'à un ami, membre de l'Ordre et Auror s'il-te-plaît ?
Ainsi, le Ministre par intérim avait deviné avec célérité que le discours était tronqué. Harry lui sourit, reconnaissant là la formation d'Auror de Maugrey et la diplomatie apprise au contact de Dumbledore. Alors, il commença par la prophétie, l'énonça sous le regard attentif d'Arthur qui n'était pas au courant de cette partie du récit. Puis, il embraya sur les Horcruxes.
- Ces objets n'étaient pas courant. Voldemort les avait choisis car ils représentaient quelque chose de fort : la bague appartenait à sa famille, il y avait le diadème, la Coupe, le médaillon qui appartenaient aux Fondateurs de Poudlard, son journal intime et … moi.
Harry observa le froncement de sourcils s'étaler sur le visage de Kingsley.
- Voldemort a créé, à travers ces objets, des Horcruxes. Ce sont des objets dans lesquels sont introduits une partie de l'âme du sorcier. En faisant cela, Voldemort s'assurait l'immortalité même si son corps venait à être détruit. La nuit du 31 octobre, quand il a tué mes parents, ma mère s'est interposée entre nous deux. Se faisant, elle a créé une protection empêchant Voldemort de me toucher. Quand il a lancé le sortilège de la Mort, ce dernier s'est donc retourné contre lui et lui a arraché un morceau d'âme, le laissant moins qu'un être humain. Et ce morceau s'est accroché au seul être vivant de la maison, moi. J'étais l'Horcruxe qu'il n'a jamais voulu créer. D'où le fait que j'étais le seul à pouvoir le tuer.
Ils parlèrent une dizaine de minutes sur le sujet, Hermione et Harry évitant soigneusement d'évoquer les Reliques de la Mort et le rôle qu'elles avaient pu jouer dans la quête de pouvoir. Puis, Harry ne tint plus et posa la question qui lui brûlait les lèvres depuis la veille au matin.
- Kingsley, où sont mes parents ?
- Tes parents sont en sécurité, Harry, répondit Shaklebolt. Robards m'informe heure après heure de la surveillance de ces Revenants. Il m'a également mis au courant de la discussion que tu avais eue avec lui. Je comprends ta colère mais sache qu'il en est mieux ainsi pour le moment, le temps que nous fassiez toutes les vérifications.
- Qui va faire ces vérifications ? Vous savez très bien que je ne fais pas confiance au Ministère, et je suis désolée si cela vous choque étant donné votre position.
- Ta défiance est normale, on ne peut pas dire que nos politiciens t'aient épargné. Sache que nous travaillons, avec Arthur notamment, à assainir les couloirs du Ministère. Je sais pertinemment que je ne peux faire confiance qu'à une poignet de personnes autour de moi. C'est pourquoi j'ai choisi un informateur de choix au Bureau des Aurors, l'un de ceux qui ont protégé les sorciers pendant la Terreur. Robards s'est chargé de falsifier des documents, de cacher des Nés Moldus. Alors, je lui ai demandé de commander une petite faction d'hommes et de femmes en qui nous pouvions avoir une confiance totale. Parmi eux, il y avait Dedalus Diggle et Hestia Jones. Je les ai relevés de la protection de ton oncle, ta tante et ton cousin et les ai chargés d'aller à Poudlard quand des gardes nous ont prévenus que le cottage de tes parents avaient entièrement été … Reconstruit.
- Leur maison est reconstruite ? Mais comment ?
- Cela a sûrement un lien avec le fait que tes parents soient revenus. La maison était liée à eux grâce au Fidelitas. Nous sommes encore en train de faire des recherches à ce sujet.
- Où sont-ils ? demanda Hermione qui était restée exceptionnellement muette pour l'habitude.
- Dans un logement connu de Robards et moi seuls. Dedalus et Hestia les accompagnent et tentent de leur éviter de tourner en rond. Je ne pouvais pas y laisser Robards, cela aurait été remarqué au Ministère.
- Nous devons les voir, dit Arthur d'une voix forte.
- Et vous les verrez, soyez-en assurés. Il nous faut d'abord les soumettre au Véritasérum et, comme nous n'avions plus de stock, il fallait d'abord en produire. Il sera prêt d'ici ce midi et nous leur administrerons dans la foulée.
- Ils n'ont pas besoin de Véritaserum, répliqua Hermione. Ils nous ont prouvé d'une manière qui n'est pas réprouvable qu'ils étaient authentiques.
- Comment ? demanda Kingsley, un rictus de sourire sur le coin des lèvres.
Hermione consulta Harry mais ce dernier ne la regardait pas. Il répondit immédiatement, considérant que le Ministre était avant tout un ami.
- Mon père et Sirius sont des Animagus non déclarés. Il leur a suffi de se transformer pour que nous puissions le vérifier. De même pour Tonks. Le Patronus de ma mère est une biche, elle l'a reproduite avec la baguette d'Hermione. Remus et Fred ont répondu à une question.
- Bien, dit Kingsley avec un sourire. Cela explique bien des choses sur leur passé à chacun. Toutefois, je dois faire les vérifications d'usage. Cela nous permet aussi de prendre le temps d'organiser leur retour dans la société.
- King, écoute, je comprends ton point de vue mais comprends le nôtre également. Je veux voir mon fils et Harry veut voir ses parents. Tu ne peux pas les garder loin de nous ainsi.
- Je vous les rendrai ce soir, sois-en certain. Mais je reste inflexible, personne ne peut les voir tant que le Véritaserum n'est pas terminé.
Harry voulut répliquer mais Ginny posa sa main sur la sienne, l'apaisant momentanément. Elle répondit avec calme dans lequel transpirait une autorité semblable à celle qu'utilise Molly Weasley sur ses enfants.
- Nous attendons votre Patronus avec impatience, Mr le Ministre.
Et elle se leva, entraînant derrière elle un Harry qui rongeait visiblement son frein. Hermione et Arthur étaient surpris mais ne dirent rien. Ils transversèrent l'Atrium dans le sens inverse et se rendirent au Terrier, ne prenant même pas garde aux personnes qui les interpellaient.
Une fois à destination, Harry se retourna vers Ginny et lui dit, avec plus de calme que le veille :
- Mais pourquoi as-tu laissé Kingsley faire ? Il aurait certainement pu nous permettre de les voir au moins.
- Tu ne comprends pas qu'il joue une pièce politique ? Il ne nous aurait pas laissé les voir parce que, lorsque la nouvelle sera publique, il devra prouver qu'il a fait les choses dans les règles et non comme ses prédécesseurs. Alors, il fait en sorte d'être inattaquable. Il te demande des précisions en sachant très bien lesquelles il ne doit pas révéler mais ne te permet pas de les retrouver avant pour te protéger des retombées à venir. Il veut que les choses soient sous contrôle.
Arthur fût bouche bée devant le raisonnement plus que pertinent de sa fille tandis qu'Hermione souriait avec fierté. Harry était quelque peu désarçonné mais se remit bien vite, faisant taire son impatience. Il se détourna vers la maison, le peu d'énergie accumulée pendant la nuit semblant lui faire défaut. Il s'avachit sur un sofa, à côté d'un Ron apathique.
- Alors, ce rendez-vous avez Kingsley ?
- Merveilleux… Il n'a pas voulu qu'on les voie. On doit attendre qu'ils passent sous Véritaserum et on devrait les revoir ce soir.
Ron ne répondit rien à cela, le regard dans le vague. Il avait l'air ailleurs, pas tout à fait au Terrier.
- Et toi le magasin ?
- Nous n'y sommes pas restés longtemps, dit-il avec langueur. Le magasin a été ravagé, cela a choqué George au-delà de tout ce que j'imaginais. On s'en doutait pourtant mais j'ai l'impression que ça n'a fait qu'accentuer son état. Il a littéralement perdu la tête et s'est mis à faire sauter tout ce qui lui passait sous la main. J'ai été obligé de le stupéfixier et d'appeler Bill et Charlie par Patronus. On l'a emmené à Ste Mangouste, il en est ressorti rapidement avec une potion calmante, maman est à son chevet.
Harry garda le silence et mit en perspective ces paroles. George avait vu son jumeau mourir mais, contrairement à Ron, il ne l'avait pas vu parmi les Revenants. Il devait être complètement bouleversé, en perte de repères. Il regarda son meilleur ami gravir les marches, Hermione sur ses talons. Il en fit de même mais, quand il atteignit l'étage de Ginny, celle-ci passa rapidement par la porte et lui attrapa le poignet.
- J'ai entendu Ron pleurer en montant. Laisse-les un instant ensemble, il en a besoin. La journée a été dure selon maman.
Harry entra dans la chambre de Ginny et ils s'allongèrent, s'enlaçant tendrement avant de s'endormir sans s'en rendre compte alors que le soleil arrivait au zénith.
Kingsley a-t-il raison d'éloigner les Revenants ? Comment et quand se passeront les retrouvailles ? A vous de poster vos suggestions en review 😉
A bientôt pour la suite !
