Amitié / Hurt/Comfort

Mal et Evie


Evie sortit du bureau du médecin de l'école la gorge serrée, les yeux fixant un point droit devant elle, ses jambes prenant mécaniquement la direction des dortoirs. Mal, qui avait patienté dans le couloir le temps de sa consultation, feuilletant moqueusement un magazine idiot sur les dernières tendances princières du royaume, bondit hors de son siège en captant une silhouette bleue du coin de l'œil et la rattrapa en quelques enjambées.

— E ? appela Mal, un peu déconcertée qu'elle parte ainsi sans elle. Est-ce que ça va ?

— Tout va bien, répondit sèchement Evie sans cesser de marcher.

— Tu es sûre ? Comment ça s'est passé ?

La curiosité de Mal commença à se transformer en inquiétude alors qu'elle tentait de maintenir la même allure que son amie, tentant en vain de capter son regard. Par chance, les couloirs de l'école étaient déserts à cette heure-ci puisque tout le monde était en classe Evie avait obtenu une autorisation exceptionnelle de rater les cours pour voir le médecin et Mal avait tenu à l'accompagner, et elle n'avait besoin de l'autorisation de personne pour ça.

— Parfaitement bien. Il n'y a aucun problème, et il m'a donné une boîte d'anti-douleurs pour la nuit.

Mal plissa les yeux, reconnaissant le ton glacial et détaché qu'Evie utilisait si souvent sur l'île pour prétendre que les choses ne l'atteignaient pas.

— Okay stop, décréta Mal en saisissant le bras de son amie, la forçant à arrêter sa marche effrénée. Des anti-douleurs ? Simplement ? Tu en as déjà vidé des boîtes entières et ça n'a eu aucun effet !

Evie répondit d'un haussement d'épaules, le regard fuyant et le corps visiblement tendu, comme si elle se retenait de s'enfuir loin de Mal et de ses questions.

— E, regarde-moi.

Le ton de Mal était ferme et sans appel, et Evie tourna lentement son regard vers elle, dévoilant ses yeux bruns remplis d'amertume et de souffrances. Mal sentit son cœur se serrer en voyant son expression, se sentant impuissante face au mal qu'Auradon pouvait faire à ses amis.

— Qu'est-ce qu'il s'est passé ? demanda-t-elle, la colère grondant déjà dans sa voix alors qu'Evie secouait tristement la tête.

— Ce n'est rien M. Pas besoin de créer un scandale pour ça.

— Qu'est-ce qu'il s'est passé ? répéta Mal, plus lentement mais plus autoritairement aussi.

Evie soupira, résignée, et ferma les yeux en se remémorant ce qu'il s'était passé une vingtaine de minutes plus tôt.

— Il m'a dit que je n'avais rien du tout, raconta-t-elle à voix basse. Il ne m'a même pas auscultée, à vrai dire. Il m'a juste posé des questions, et a fini par m'accuser de mentir, de chercher un prétexte pour rater les cours, pour être dispensée ou pour avoir un horaire moins charger. Parce que, tu sais, je suis une fille de méchante, je suis forcément une menteuse et une tricheuse.

Lorsqu'elle ouvrit les yeux, ils étaient remplis de larmes. Elle les posa sur Mal, se sentant lamentable et pathétique, presque prête à subir le même jugement. Menteuse et tricheuse. Ces mots accompagnaient tellement souvent son prénom depuis qu'ils étaient arrivés sur Auradon que, parfois, elle se demandait si ça n'était pas la vérité. Mais l'expression de Mal n'avait rien d'accusateur ou d'exaspéré. Elle était froide, d'une rage glaciale et abyssale, ses lèvres s'étant rétractées en une fine ligne de colère alors que ses yeux luisaient d'un vert menaçant.

— Il ne t'a même pas auscultée ? prononça-t-elle d'une voix dangereuse.

Evie acquiesça doucement, incapable de dire quoique ce soit de plus.

— Je vais le tuer.

Joignant le geste à la parole, Mal fit volte-face, prête à retourner jusqu'au bureau du médecin pour lui dire sa façon de penser et - très probablement - l'égorger avec son stéthoscope.

Cette fois, ce fut Evie qui la stoppa nette en lui attrapant le poignet.

— Mal, non.

— Il le mérite ! s'exclama Mal avec colère. C'est son boulot de t'aider et de te soigner ! Si c'est un abruti complètement incompétent, il ne mérite rien d'autre que la mort. Et je peux lui offrir ça, avec quelques instants de souffrance en bonus.

Ses yeux étaient toujours d'un vert incandescent, témoignant de son état d'instabilité et du risque qu'un événement magique indésiré se déclenche d'un instant à l'autre.

— Mal, appela Evie d'une voix ferme, oubliant un instant sa propre peine pour se concentrer sur les besoins de son amie. Tu ne peux pas faire ça. Il ne mérite pas que tu perdes ton temps avec lui et...

Sa voix se brisa légèrement, mais elle garda contenance en prenant les mains de Mal dans les siennes, continuant à la fixer droit dans les yeux pour capter son attention.

— Je vais bien, d'accord ? Je n'ai pas besoin de lui ou de son diagnostic, ça va probablement passer et il n'y a aucune raison de s'inquiéter juste pour...

Les yeux de Mal flashèrent, le vert magique et rempli de colère s'effaçant pour laisser place à leur vert naturel, rempli d'inquiétude.

— Tu ne vas pas bien, E. Tu as ces migraines depuis des jours. Tu n'arrives plus à te concentrer en classe et même si tu essayes de le cacher, je sais que ça t'empêche de dormir. Je t'entends pleurer sur le sol de la salle de bain, quand tu as trop mal. Je te vois paniquer devant tes livres de cours quand tu n'es plus capable de lire ce qu'ils contiennent. Ce n'est pas normal, Evie. Tu as besoin d'aide, et cet enfoiré était supposé te l'apporter.

Evie baissa la tête, penaude. Elle pensait avoir mieux cacher la situation que ça.

— Ils n'ont pas le droit de faire ça, tu sais. Ils n'ont pas le droit de nier tes problèmes - nos problèmes - simplement parce qu'on vient de l'île de l'Oubli. Simplement parce que nos parents étaient des méchants. Tu n'es pas une menteuse, E. Et encore moins une tricheuse. Tu mérites qu'il fasse attention à toi comme à n'importe quel autre étudiant dans cette stupide école.

Les mains de Mal pressèrent gentiment celles d'Evie pour bien transmettre le message puis, en lâchant une, elle alla délicatement soulever son menton pour la forcer à la regarder dans les yeux.

— Je ne vais pas y retourner, assura Mal avec douceur. Mais en échange, tu dois me promettre que tu vas aller demander de l'aide à des personnes plus compétentes. Demande à Marraine la Bonne Fée, ou à Ben. Ils sauront quoi faire.

— Okay, prononça Evie dans un souffle. Je vais leur en parler, je te le promets.

— Tu dois apprendre à prendre soin de toi, E. Pas seulement superficiellement. Tu le mérites. Et tu dois te battre pour que les gens d'ici acceptent de le voir.

Evie lui sourit timidement.

— Est-ce que j'ai vraiment besoin de me battre pour ça ? J'ai l'impression que tu es plus que disposée à le faire à ma place.

Mal sourit à son tour, d'un sourire fier et légèrement machiavélique.

— Toujours.