Note : Ce petit one-shot faisait partie d'un projet basé sur l'idée 5 fois / 1 fois que je n'ai jamais terminé. Mais j'ai pris beaucoup de plaisir à écrire cette partie, donc je vous la partage quand même !


Amitié / Hurt / Comfort

Jay et Evie


Ils avaient tous conscience qu'Evie n'allait pas bien ces derniers jours. Le changement était subtil, et sans doute qu'aucun des étudiants d'Auradon n'avait remarqué quoique ce soit de différent dans son comportement, mais ses amis, eux, le voyaient. C'était évident comme une tâche noire au milieu d'un arc-en-ciel.

Evie était moins enthousiaste, moins souriante, moins dynamique. Elle était toujours Evie, mais avec moins d'intensité. C'était comme si elle avait perdu son éclat, comme si la lumière qui la faisait d'ordinaire briller s'était éteinte.

Au début, aucun des trois n'avait soulevé le problème, parce que même Evie avait le droit d'avoir des jours moroses, et ils s'étaient dit que ça allait passer.

Mais ça ne passait pas. Au contraire, les choses empiraient, son absence de bonne humeur se transformant doucement en mauvaise humeur et petit à petit, plusieurs incidents commencèrent à attirer l'attention sur elle.

Mal avait tenté de lui parler, de savoir ce qui n'allait pas, mais Evie l'avait envoyée balader avec tellement de férocité que la fille de Maléfique en aurait été fière, si elle n'avait pas été aussi inquiète pour son amie.

Carlos aussi avait tenté sa chance, avec toute l'innocence et la gentillesse dont il était capable, mais s'était également fait remballé, bien que plus gentiment que ne l'avait été Mal. Même de mauvaise humeur, Evie était incapable d'être méchante avec lui.

Seul Jay n'avait pas essayé. Non pas parce qu'il n'était pas lui aussi inquiet pour leur amie, mais simplement parce qu'il ne savait absolument pas comment s'y prendre pour aider les gens qui n'allaient pas bien en discutant.

Il savait faire des blagues ou des pitreries pour redonner le sourire à quelqu'un de triste, il était capable d'attirer l'attention sur lui ou de détourner les conversations quand elles mettaient l'un de ses proches mal à l'aise, et il savait mieux que quiconque proposer un festin de nourriture pour rattraper une mauvaise journée. Mais discuter dans le but de savoir ce qui obscurcissait l'humeur d'un de ses amis ? Ce n'était définitivement pas son truc.

Pourtant, lorsqu'il aperçut Evie alors qu'il se rendait à son entraînement, assise sur un banc, seule et visiblement triste, il n'hésita pas une seconde et abandonna l'idée de faire du sport pour aujourd'hui, préférant aller s'asseoir à côté d'elle.

— Hey Princesse, quoi de neuf ?

Elle leva les yeux vers lui, sans un sourire, n'essayant même pas de dissimuler le voile de contrariété qui assombrissait son visage.

— Ne m'appelle pas comme ça s'il-te-plaît.

— Comme ça ? Princesse ?

Jay la regarda, stupéfait et perdu, alors qu'elle confirmait d'un léger hochement de tête.

— Mais je t'ai toujours appelée comme ça ! Et tu as toujours aimé ça.

— Et bien plus maintenant ! répliqua-t-elle d'un ton cassant. Je n'ai pas le droit de changer d'avis ?

— Bien sûr que si, mais...pourquoi ?

Elle plissa les yeux, sur le point de lancer une remarque acide et blessante, mais se ravisa et choisit d'ignorer la question, préférant détourner la tête.

— Evie, qu'est-ce qu'il t'arrive ?

— Rien du tout.

Jay eut envie de lui prouver le contraire, en mettant en évidence tous les changements dans son comportement, toute cette morosité et cette méchanceté qui ne lui correspondaient pas du tout, mais il savait que c'était en procédant comme ça que Mal et Carlos s'étaient faits remballer, et choisit d'opter pour une autre stratégie.

— Okay, dit-il doucement en posant sa main sur celle de son amie qui sursauta légèrement, ne s'attendant pas à un contact physique de sa part, mais ne réagit pas outre-mesure. Si tu as besoin de parler, tu sais qu'on est là pour toi, n'est-ce pas ? Moi, Carlos ou Mal. Comme tu préfères.

Elle ne répondit rien, fixant résolument un point sur l'horizon, mais il vit des larmes briller dans le coin de ses yeux. Au départ, il avait prévu de simplement lui dire ça, et puis de la laisser tranquille et de malgré tout aller à son entraînement, mais l'idée d'abandonner Evie, toute seule alors qu'elle était sur le point de pleurer lui était totalement impossible.

Il resta donc à côté d'elle, sans bouger, et sans commenter les larmes silencieuses qui coulaient désormais sur ses joues. Quelque part, il préférait ça. Une Evie agressive et en colère était déstabilisante et hors de la norme, alors qu'une Evie qui pleurait était beaucoup plus habituel, et donc gérable.

Au bout d'un long moment, dont aucun des deux n'aurait pu estimer la durée exacte, Evie finit par s'essuyer les joues à l'aide de sa manche et par se tourner vers Jay, les yeux rouges et tristes.

— Pourquoi tu m'appelles comme ça ?

— Princesse ?

Elle acquiesça tout en laissant échapper un bruit à mi-chemin entre le sanglot et le reniflement.

— Parce que tu es notre princesse, répondit-il comme si c'était une évidence. Et aussi parce que ça t'a toujours fait plaisir.

Le menton d'Evie se mit à trembler et elle secoua la tête alors que les larmes recommençaient à s'accumuler dans ses yeux.

— I-Ils o-ont r-rai-son, sanglota-t-elle piteusement. J-Je ne su-suis p-p-pas...u-une p-princesse.

Jay n'était pas doué pour discuter, et il était encore moins doué pour consoler quelqu'un qui pleurait. Mais il n'hésita pas un instant avant de tendre les bras et d'attirer son amie contre lui, lui caressant le dos alors qu'elle pleurait contre son torse.

Au bout de plusieurs minutes, elle se calma à nouveau et s'agrippa au maillot de sport, épongeant ses larmes dedans avant de laisser échapper un petit rire nerveux.

— Je suis désolée, s'excusa-t-elle en relevant la tête, offrant un sourire timide à Jay.

Ce dernier était incapable de dire si elle s'excusait pour avoir pleuré, ou pour avoir utilisé ses vêtements comme mouchoirs. Mais ce n'était pas la question la plus importante à régler dans l'immédiat.

Les yeux plissés et menaçants, prêt à assassiner quiconque était à l'origine du chagrin d'Evie, il lui prit délicatement le menton et la força à le regarder dans les yeux.

— Qui a raison ? Quelqu'un t'a dit que tu n'étais pas une princesse ? Quelqu'un t'a blessée, Evie ?

Le regard doux mais toujours empreint de tristesse, elle dégagea son visage de son emprise et prit sa main dans les siennes, lui souriant d'un air résigné.

— Tout le monde me le répète constamment ici, avoua-t-elle à mi-voix. J'ai toujours fait en sorte de vous le cacher parce que je savais que ça vous mettrait en colère, mais dès que je fais quelque chose de bien, il y a toujours un étudiant d'Auradon qui m'accuse d'avoir triché, d'avoir menti, d'avoir manipulé, parce que ce n'est pas possible que moi je réussisse, parce qu'après tout je suis la fille de la méchante Reine, et je dois être aussi fourbe qu'elle, et toute aussi illusionnée sur mes capacités, sur mon apparence, sur mon statut.

Les poings de Jay se serrèrent de fureur mais la jeune fille secoua la tête.

— Ne sois pas en colère, je voulais éviter ça. Je ne veux pas que vous vous en mêliez. C'est mon combat, c'est à moi de leur prouver ma valeur. Et j'y arrive. Ça prend du temps mais il y a de plus en plus d'étudiants de mon côté, qui m'admirent, qui me demandent de l'aide, des vêtements ou des conseils.

— Mais leurs paroles te blessent.

— Oui. Parce que toute ma vie j'ai grandi en étant persuadée qu'un jour, un prince allait venir me chercher et m'emmener dans son royaume, et que je serais heureuse comme ça. Sauf que la vraie vie ne ressemble pas à ça, parce qu'ils ont raison, je ne suis pas une princesse, je n'aurais jamais de prince, et je devrais toujours me battre pour être heureuse. Et réaliser ça, l'accepter et vivre avec c'est...difficile.

Elle baissa la tête, reniflant doucement.

— Je suis désolée, s'excusa-t-elle à nouveau avant que Jay ne puisse dire quoique ce soit. J'ai été horrible ces derniers jours, vous ne méritiez pas d'être traités comme ça. J'ai été tellement...odieuse, méprisante, froide et cassante. Surtout avec Mal. Je lui dois vraiment des excuses. J'espère qu'elle ne m'en veut pas.

Le rire de Jay lui fit relever la tête et elle le regarda avec confusion.

— Ne sois pas ridicule ! Mal peut être beaucoup plus désagréable que ce que tu ne l'as été, et avec de moins bonnes raisons. Bien sûr qu'elle ne t'en veut pas ! Aucun de nous ne t'en veut.

Alors que le regard d'Evie fuyait, visiblement pas convaincu par ce qu'il venait de dire, Jay tendit la main pour attraper une des mèches de son amie et la placer délicatement derrière son oreille.

— Et Evie, même si tu en doutes parfois, tu es la fille la plus jolie, la plus élégante et la plus gracieuse que je connaisse. Tes bonnes manières sont irréprochables - un peu trop si tu veux mon avis. Et pourtant tu es tellement plus que toutes ces qualités physiques qui sont indéniables. Tu es douce, gentille, généreuse, toujours prête à aider les autres. Tu ne juges jamais personne à part toi-même, tu es intelligente, douée et talentueuse. Tu as des tonnes de défauts aussi, mais c'est ça qui te rend si exceptionnelle et c'est pour ça que tu es plus digne que n'importe quelle autre fille de ce pays d'être considérée comme une princesse.

Les joues rose de gène, les yeux brillants de plaisir et la poitrine tremblante de bonheur, Evie secoua la tête, incapable de retenir le sourire qui étirait ses lèvres, et porta la main à sa bouche alors qu'une fois de plus, les larmes se mettaient à couler le long de ses joues.

— Et si personne ici n'est capable de le voir, tant pis pour eux. Parce que pour moi, pour nous trois même, tu seras toujours notre princesse.

Elle laissa échapper un rire à travers ses larmes et pencha la tête sur le côté, le regardant avec tendresse et reconnaissance.

— Merci Jay.

Il se laissa glisser sur le sol, se mettant à genoux devant elle et lui attrapant la main pour y déposer un baiser.

— A votre service, Princesse.