Romance / Fluff

Mal/Evie


— Tu te caches sous la couverture parce que tu rougis ?

Evie se tenait debout devant le lit de Mal, les mains sur les hanches, un sourire narquois mais malgré tout attendri sur les lèvres alors que la masse sous la couverture violette remuait d'indignation.

— Je suis la fille d'une des plus grandes méchantes de tous les temps, je ne rougis pas !

— Alors sors de là et déballe-le avec moi !

— Non.

— Pourquoi ?

— Parce que ça me met mal à l'aise et que ça me fait peut-être un peu rougir, répondit la voix étouffée de Mal.

Evie émit un petit rire. Même au travers de la couverture, elle devinait la moue boudeuse et contrariée que Mal affichait à chaque fois que ses émotions prenaient le dessus et se dévoilaient malgré elle.

— Il n'y a que toi et moi dans la pièce Mal ! Ce ne sera pas la première fois que je te verrai rougir !

Un marmonnement incompréhensible lui répondit et Evie leva les yeux au ciel.

— D'accord Mal. Reste cachée si tu veux, mais dis-moi au moins pourquoi j'ai droit à un cadeau de ta part.

Ses yeux quittèrent le lit de Mal pour se poser sur le sien, où un paquet bleu l'attendait, volontairement placé bien en évidence. Elle l'avait vu à l'instant où elle était rentrée dans la chambre, et elle avait à peine eu le temps de remercier Mal avec un grand sourire que cette dernière avait disparu sous sa couverture.

— C'est parce que ça fait exactement un an, grommela Mal sans sortir de son abri.

— Un an ?

Evie fronça les sourcils, confuse. Elle était habituellement celle des deux qui retenait les dates, et qui célébrait les anniversaires. Leur première rencontre, leur premier baiser, leur premier rendez-vous, leur premier "je t'aime". Elle connaissait ces dates par cœur, et elle savait qu'aucune d'entre elles ne remontaient à un an.

— Tu l'as ouvert ?

— J'aimerais l'ouvrir avec toi, Mal, pas avec ta couverture.

— Ouvre-le.

Renonçant à lutter contre l'entêtement de sa petite amie, Evie soupira et alla chercher le petit paquet bleu. Puis, pour quand même l'ouvrir en sa compagnie, elle alla s'asseoir sur le lit de Mal, bousculant volontairement cette dernière pour lui exprimer son mécontentement. Elle ignora le grognement qu'elle obtint en réponse et passa délicatement ses doigts sous le papier d'emballage pour arracher le ruban adhésif.

Un instant plus tard, elle se retrouva avec une toile d'une trentaine de centimètres entre les mains, sur laquelle était peint un portrait d'elle.

— C'est magnifique Mal.

C'était vrai. Tout ce que Mal créait était magnifique. Mais cela ne l'éclairait pas sur ce qu'il s'était passé il y a un an. Fronçant les sourcils, elle étudia son portrait avec plus d'attention, cherchant des indices.

Elle nota des éléments surprenants, comme le fait que Mal ait choisi une salle de cours comme décor, ou la robe qu'elle portait sur la peinture, qui s'était déchirée quelques mois plus tôt et qui ne ressemblait plus du tout à ça après son raccommodage, mais rien de particulièrement éclairant.

— Mais je ne comprends toujours pas, qu'est-ce qu'il y a eu il y a un an ?

Plus les minutes passaient, plus elle craignait avoir raté un événement important. Et Mal qui ne réagissait pas depuis son abri en couverture commençait à la stresser.

— Mal.

La tête de cette dernière émergea finalement de sous la couverture, légèrement décoiffée mais visiblement résolue à assumer son geste d'affection.

— Toi, répondit-elle en plongeant ses yeux dans ceux d'Evie.

— Moi ?

— J'ai peint ça il y a un an exactement. Tu avais fait un exposé en classe devant tout le monde, je ne me rappelle même pas du thème, mais je me souviens parfaitement de toi. Tu étais...magnifique. Tellement intelligente, confiante, passionnée. Tu étais l'incarnation même de l'assurance et de la beauté. Tu étais hypnotisante, Evie. Et je me souviens que c'est à ce moment précis, il y a exactement un an, que j'ai réalisé que j'étais amoureuse de toi.

Evie ne répondit pas tout de suite, ses doigts solidement fermés autour du cadeau alors que ses yeux se perdaient dans ceux de Mal. Dans sa tête et dans son cœur, les informations reçues et ses émotions se mélangeaient alors qu'elle cherchait désespérément quelque chose à répondre qui puisse être à la hauteur de ce que Mal venait de dire.

Mais elle n'eut pas le temps parce que, face à son silence, l'assurance de Mal s'évapora et ses joues se colorèrent du rouge le plus adorable qu'Evie ait pu voir de sa vie. Instantanément, la jeune fille aux cheveux violets enfouit son visage dans ses mains et secoua la tête, comme si ça avait le pouvoir de faire disparaître le sentiment de malaise qui montait en elle à chaque fois qu'elle mettait des mots sur ses émotions.

— Oh non Mal, ne te cache pas encore !

Lâchant le portrait sur le lit, Evie attrapa les poignets de Mal, la forçant à dégager son visage pour la regarder droit dans les yeux.

— Ce cadeau est parfait Mal, merci beaucoup. Tu n'imagines pas à quel point je l'aime et à quel point je t'aime.

— Vraiment ? Tu ne penses pas que c'est stupide et niais et que ça ressemble à ce que font tous ces couples dont on se moque habituellement ?

Le rire d'Evie retentit dans la pièce, doux et mélodieux, et Mal sourit timidement en réponse.

— Je ne trouve pas ça stupide du tout, assura-t-elle. Au contraire, je trouve ça adorable et...je suis juste heureuse de découvrir que ma petite amie peut être aussi mignonne et attentionnée.

Mal reconnut aussitôt le ton taquin, mais ça ne l'empêcha d'y répondre avec un regard noir.

— Je ne suis pas mignonne !

— Bien sûr que tu l'es, rétorqua Evie avant de se pencher pour l'embrasser doucement. Et tu l'es encore plus quand tu rougis.

Comme pour confirmer ses paroles, les joues et les oreilles de Mal s'embrasèrent et cette fois, elle ne tenta même pas de le cacher, se contentant d'afficher une moue boudeuse alors que dans sa poitrine, son cœur battait d'amour et de bonheur.