Romance

Mal/Evie


— Peut-être que nous devrions...

Evie n'eut pas le temps de terminer sa phrase que les lèvres de Mal se collèrent aux siennes, l'interrompant pour lui offrir un baiser passionné et sauvage, au délicieux goût d'interdit. Avec un mélange de douceur et de fermeté, Mal la força à basculer en arrière et le dos d'Evie entra en contact avec les nombreux oreillers violets qui décoraient le lit, prenant appui dessus pour rendre son baiser à Mal et dévorer avidement toute la passion qu'elle lui partageait.

Au bout d'un moment, Mal finit par rompre le contact et se retira pour contempler le spectacle que donnait Evie, haletante, ses longs cheveux bleus s'échappant de sa tresse alors que ses yeux hurlaient du désir d'en avoir plus. S'autorisant un sourire narquois, la fille de Maléfique approcha à nouveau son visage de celui de sa princesse, se contentant cette fois de frôler ses lèvres, puis de remonter doucement le long de sa peau, la caressant de baisers insaisissables jusqu'à atteindre son oreille.

— Ne t'inquiète pas, susurra-t-elle. Ma mère ne rentre pas avant plusieurs heures, on a encore le temps de s'amuser.

— Tu es sûre ? prononça Evie dans un souffle, le cœur battant d'excitation à l'idée de passer plus de temps avec Mal, et de peur à l'idée d'être surprise.

En guise de réponse, Mal lui mordilla l'oreille, réveillant un petit gémissement dans la gorge d'Evie, puis replaça son visage face au sien, les yeux affamés.

— Je suis sûre, confirma-t-elle d'une voix assurée avant d'à nouveau joindre ses lèvres aux siennes, comme si leur éloignement était d'un coup devenu intolérable.

Grandir sur l'île de l'Oubli n'était pas facile. Non seulement prisonnier d'une barrière magique et de l'emprise de leurs parents, les enfants de l'île devaient apprendre toutes les règles de domination, de pouvoir, de territoire et surtout de rivalité qui y existaient. Une loi implicite forçait chaque enfant à détester les ennemis de leurs parents, et par conséquent la progéniture de ceux-ci, créant une compétition et une rivalité sans fin.

La rivalité entre Maléfique, qui était la dirigeante officielle de l'île, et La Méchante Reine, qui osait lui tenir tête et s'attirait des faveurs de divers vilains de bas-étage, la rendant, dans certains domaines, bien plus puissante que la maîtresse des dragons, n'était un secret pour personne. La guerre qu'elles se menaient depuis vingt ans avait pris toutes les formes, allant de l'alliance méprisante au combat ouvert en passant par les piques acerbes, les coups bas, les vols de territoire et même, pour La Méchante Reine, une période de bannissement.

Rien ne semblait lier les deux femmes, et c'était tant mieux car cela réduisait leurs chances de se croiser et, par conséquent, cela diminuait les risques de les voir mener une guerre qui aurait des répercussions sur tous les habitants de l'île.

Du moins, rien ne les liait à leur connaissance.

Car La Méchante Reine et Maléfique avait un point commun. Elles avaient chacune une fille de seize ans. Des filles qui avaient été élevées pour devenir les dignes héritières de leur mère. Méchante, cruelle et sans pitié pour l'une. Gracieuse, belle et sans défaut pour l'autre. Deux filles qui, depuis leur plus jeune âge, avait assisté aux rivalités entre leurs génitrices, et à qui il avait été répété de trop nombreuses fois que jamais aucune alliance ne serait possible avec cette ennemie, ni même avec quiconque lui étant liée.

Si Evie, fille de la Méchante Reine, avait adressé la parole à l'un des larbins de Maléfique, sa mère l'aurait sans doute forcée à faire vœu de silence, lui arrachant la langue si nécessaire, car après tout, les princesses étaient bien plus agréables lorsqu'elles étaient silencieuses.

Si Mal, fille de Maléfique, avait respiré ne serait qu'un instant le même air de n'importe quelle homme ayant fricoté avec la Méchante Reine, sa mère se serait assurée que cela soit la dernière bouffée d'oxygène qu'elle aurait absorbé.

Techniquement, elles n'enfreignaient pas vraiment les règles, puisqu'elles n'utilisaient pas leurs langues pour parler, préférer échanger d'autres choses que des mots. Et elles ne respiraient pas vraiment non plus, mettant au défi leurs capacités pulmonaires alors que leurs mains voyageaient sur le corps de l'autre, explorant des territoires qui n'appartenaient qu'à elles, et sur lesquels aucune de leur mère n'avait de pouvoir.

Être là, toutes les deux, dévorantes de passion l'une pour l'autre, allongées dans le lit de Mal alors qu'elles unissaient leurs corps d'une manière que peu d'habitants de l'île avait la chance de connaître, c'était excitant au-delà de tout ce qui était imaginable.

Le danger d'être surprises, le plaisir de se rebeller, de désobéir et de protester contre l'autorité et l'injustice qui leurs étaient imposés depuis toujours, la victoire d'avoir du pouvoir, de posséder un secret que leurs mères n'envisageaient même pas, tout cela était grisant et rendait leurs rendez-vous délicieusement risqués.

Mais c'était loin d'être la meilleure partie.

Quand elles glissaient leur tête dans le cou de l'autre, s'enivrant du parfum délicieux qui y était caché.

Quand les doigts d'Evie s'électrisaient au contact de la peau de Mal.

Quand ceux de Mal s'entortillaient dans les mèches de cheveux bleus.

Quand leurs lèvres se touchaient, s'unissaient et permettaient à leurs langues de se mélanger.

Au moindre de leurs contacts, au moindre de leurs gémissements, c'était bien plus que simplement s'opposer à la tyrannie de leurs mères. Elles s'opposaient à l'île tout entière, commettant le plus grand des pêchés.

Quand elles étaient ensemble, à l'abri des regards, loin des contraintes et des règles absurdes, elles s'aimaient. Purement et simplement.

Et c'était définitivement ça la meilleure partie.