Slice of life
Léger Mal/Evie
Les hurlements qui retentirent dans le dortoir des filles auraient pu laisser croire que l'une d'elles était en train d'être torturée, ou sur le point d'être assassinée. Pourtant, lorsque Mal et Evie arrivèrent, prêtes à secourir une pauvre victime et à se battre contre n'importe quelle menace potentielle, tout ce qu'elles trouvèrent fut Audrey, perchée sur son lit, tremblante et terrorisée, mais absolument pas en danger.
— C'est quoi ton problème Audrey ? demanda Mal d'une voix peu aimable, déjà ennuyée par la situation.
— Là ! Là ! glapit Audrey avec des intonations hystériques.
Les deux amies se retournèrent en même temps pour regarder dans la direction qu'elle pointait, découvrant une araignée sur le mur rose pâle.
A la décharge d'Audrey, ce n'était pas une petite araignée. Elle était imposante, d'un noir intense, et aurait fait trembler de nombreux habitants d'Auradon. Mais pas Mal et Evie. Parce que Mal et Evie ne venaient pas d'Auradon, et que sur l'île de l'Oubli, les araignées, il y en avait dans tous les coins. Et la plupart étaient bien plus grosses et menaçantes que la pauvre créature paralysée sur le mur, probablement bien plus terrifiée qu'Audrey.
— C'est juste une araignée, commenta Mal en croisant les bras. Vous êtes tellement pathétiques à Auradon.
Audrey la fusilla du regard avant de faire la moue, toujours perchée sur son lit.
— Et si tu te montrais utile dans ton insensibilité pour une fois, et que tu la tuais ?
Elle avait prononcé ça d'un ton particulièrement hautain pour une demande de service, mais Mal haussa les épaules. Plus vite l'affaire serait réglée, plus vite elle pourrait retourner à ses occupations. Et puis ce n'était pas comme si c'était une demande compliquée. Des araignées, elle en avait tué des centaines quand elle était enfant. Des créatures fragiles et faciles à torturer. La base pour l'entraînement de tout bon méchant.
Alors qu'elle se dirigeait vers le bureau pour s'emparer d'un gros livre, Evie la stoppa en se plaçant devant elle.
— Mal, non !
— Quoi encore ? s'agaça Mal. C'est juste une araignée.
— Justement. C'est juste une araignée. Inoffensive et innocente. Tu n'as aucune raison de la punir juste parce qu'elle existe.
Mal n'avait aucun pouvoir face au regard d'Evie, particulièrement quand il avait cette intensité. Sans compter que le message était clair et véridique. Aucune d'entre elles ne voulait entrer dans le jeu d'Auradon où les innocents étaient punis sans avoir la moindre chance.
— Vous allez la tuer, oui ou non ? s'impatienta Audrey.
— Non, répondit Evie. Mais on va la sortir de ta chambre si ça peut t'aider.
Sans la moindre trace de peur ou d'hésitation, elle s'approcha de l'araignée et la fit délicatement grimper sur la paume de sa main. Si Mal avait passé son enfance à faire de ces pauvres créatures ses victimes, Evie, elle, en avait fait ses amies.
Quand on grandissait enfermée seule dans un château poussiéreux, sans le moindre contact extérieur, il fallait trouver d'autres moyen de socialisation. Et les araignées, au-delà de leur aspect repoussant, étaient des êtres sensibles et intelligents, avec lesquels Evie avait rapidement sympathisé.
— Tu vas la laisser en vie ? s'indigna Audrey, une expression horrifiée sur le visage en voyant Evie toucher la bestiole à mains nues.
— Ne t'inquiète pas, je vais la mettre dehors, le plus loin possible de ta chambre. Tu viens Mal ?
L'araignée en sécurité dans le creux de ses mains, Evie quitta la pièce, laissant derrière elle un sillon d'autorité et d'élégance. Mal la suivit sans protester, ne se manifestant que lorsqu'elle la vit prendre la direction de leur chambre.
— Tu n'es pas supposée la mettre dehors ? s'étonna-t-elle.
— Il fait trop froid. Je vais la laisser habiter avec nous. Tu n'en as pas peur, n'est-ce pas ?
Mal expira moqueusement à cette idée ridicule.
— Bien sûr que non.
— Parfait ! s'enthousiasma Evie en entrant dans leur chambre et en s'agenouillant. Voilà ton nouveau royaume ma belle.
Libérée de son emprise, leur nouvelle colocataire fila droit sous le lit de Mal, ce qui était un choix judicieux puisqu'il y régnait un désordre sans nom, où se multipliaient les cachettes et les sources de nourriture.
Avec un soupir satisfait, Evie alla s'asseoir sur son propre lit et sourit à Mal.
— Je suis contente qu'on ait pu la sauver. Qui sait ce qu'il lui serait arrivé si quelqu'un d'autre était intervenu.
Mal se laissa tomber juste à côté d'elle, posa sa main par-dessus la sienne et déposa un baiser furtif sur sa joue avant de répondre à son sourire par un autre plus petit, fier et amoureux.
— C'est pour ce genre de chose que tu es ma princesse préférée.
