Mal/Evie

Mal ne s'était jamais sentie comme ça avant. La culpabilité, les remords, la solitude l'écrasaient sans pitié, plus puissants que tout ce qu'elle avait pu ressentir dans sa vie.

Depuis ce matin, où elle s'était réveillée dans une chambre vide après une courte nuit passée à ressasser, elle errait dans les couloirs de l'école, allant de classe en classe sans cesser de repenser à la veille.

C'était la première fois qu'elle et Evie se disputaient. Elles avaient eu des désaccords par le passé, mais jamais de dispute comme ça. Jamais sans se réconcilier dans l'heure qui suivait. Mais comment se réconcilier si Evie la fuyait ?

Mal ne l'avait pas vue depuis qu'elle avait quitté leur chambre en claquant la porte. Furieuse, blessée, et pourtant toujours aussi magnifique et digne. Une fois seule, il n'avait fallu que quelques minutes pour que toute la colère de Mal disparaisse, laissant place à cet immense vide à l'intérieur d'elle, impossible à combler avec autre chose que de la culpabilité et des regrets.

Pourquoi avait-il fallu qu'elle dise toutes ces horreurs ? Elle ne les pensait même pas. C'étaient des paroles tellement Maléfique à prononcer, guidée par la jalousie, la possessivité et la colère.

Mal ne voulait pas être ça. Elle ne voulait pas être une petite amie possessive et jalouse qui empêchait l'autre de sortir, de s'amuser, d'avoir sa vie. Elle ne voulait pas brider Evie et la rendre malheureuse. Elle ne pensait rien de ce qu'elle avait dit et tout ce qu'elle voulait à présent, c'était pouvoir s'excuser, serrer Evie dans ses bras et s'assurer que tout allait redevenir comme avant.

Mais c'était impossible, car Evie n'était pas rentrée de la nuit, avait été absente lors du petit-déjeuner et avait même réussi à obtenir une autorisation pour rater les cours qu'elles avaient en commun, prétextant travailler sur un projet plus important. A chaque fois qu'elle s'était assise à côté de sa place vide, Mal avait senti son cœur se serrer un peu plus fort, sachant très bien que tout ça, c'était uniquement pour l'éviter.

Au fil de la journée, elle avait réussi à se convaincre qu'elle ne retrouverait pas Evie non plus dans leur chambre, après les cours. Parce qu'il n'y avait aucune raison qu'elle y soit, réapparaissant subitement après une journée à lui en vouloir et à l'éviter à tout prix.

Et pourtant, lorsque Mal ouvrit la porte, épuisée et las de cette journée, son cœur rata un battement et elle s'immobilisa.

Evie était là, assise dans son lit, des manuels de cours étalés autour d'elle alors qu'elle prenait consciencieusement note dans un cahier, comme si tout était normal. Comme si cette journée n'avait jamais existé.

Mal était incapable de bouger alors que son cœur semblait redémarrer après une journée au ralenti, ne sachant pas quoi faire. Devait-elle dire quelque chose ? Faire comme si la dispute de la veille n'avait jamais eu lieu ? La gorge serrée et les yeux brûlants, elle contempla Evie sans bouger. Elle était si belle, si concentrée, si parfaite. Comment avait-elle pu oser lui faire du mal ? Comment avait-elle pu ne serait-ce que se mettre en colère après elle ? Mal ne la méritait pas, et méritait encore moins d'être pardonnée après ce qu'elle lui avait dit.

— Tu peux entrer, c'est aussi ta chambre.

Evie n'avait même bougé, les yeux rivés sur ses notes alors qu'elle continuait à écrire. Mal déglutit avec difficulté et fit un pas en avant, hésitante.

— Tu es toujours en colère ? parvint-elle à prononcer d'une voix si faible qu'elle n'était pas sûre qu'elle lui appartenait.

Il y eut un silence, puis un soupir, et finalement Evie posa son crayon pour lever la tête dans sa direction.

Leurs regards se croisèrent et celui neutre et fermé d'Evie s'adoucit à l'instant où elle aperçut les larmes qui luisaient dans celui de Mal. Celle-ci n'avait qu'une envie, c'était de se recroqueviller sur elle-même, de se laisser engloutir par la culpabilité et les remords, de disparaître dans le sol, ou dans le mur, ou n'importe où pour ne plus jamais faire du mal à la personne qu'elle aimait le plus au monde.

— Evie, je suis tellement désolée, prononça-t-elle en secouant la tête, libérant finalement sa culpabilité dans un flot de larmes et de paroles. Je ne pensais rien de ce que j'ai dit et je n'ai jamais voulu t'empêcher de faire quoi que ce soit et je comprends que tu ne me pardonnes jamais et que tu ne veuilles plus jamais rien avoir à faire avec moi mais si tu acceptes de me donner une deuxième chance je te promets de ne plus jamais dire des choses pareilles parce qu'aucune d'entre elles n'étaient vraies et tu es tellement fabuleuse, tu pourrais avoir n'importe qui de mieux que...

Elle n'eut jamais l'occasion de terminer sa phrase car une des mains d'Evie se glissa derrière sa nuque alors que l'autre attrapait sa taille et l'entraînait fermement dans une étreinte solide et rassurante.

— C'est bon Mal, murmura Evie dans le creux de son oreille. Je ne t'en veux plus.

— V-Vraiment ? hoqueta Mal en reculant sa tête pour la regarder, surprise et déconcertée. Mais...

— Oui, vraiment, répondit Evie en posant ses mains de chaque côté de son visage, essuyant doucement ses joues humides avec ses pouces. Je sais à quel point tu es impulsive et que tes émotions te submergent facilement. C'est aussi une des raisons pour lesquelles je t'aime, et il faut que j'en accepte les côtés négatifs.

Mal la fixa un instant, se noyant dans la douceur de ses yeux noisette et, une fois de plus, elle se demanda ce qu'elle avait fait pour mériter d'être aimée ainsi. Puis, renonçant à obtenir une réponse cohérente à cette question, elle enfouit son visage dans la nuque d'Evie, s'enivrant de son parfum.

— Tu m'as manquée, marmonna-t-elle. Je ne veux plus jamais passer une journée entière sans toi.

Un petit rire lui répondit, puis les lèvres d'Evie caressèrent son crâne, tendres et réconfortantes.

— Tu m'as manquée aussi, M.