Je ne sais pas ce que c'est. J'ai juste un quota de mots à écrire chaque jour comme défi du mois de juillet, et aujourd'hui me plonger dans Milkshake ou du Malvie me semblait impossible. Alors j'ai juste écrit, et ceci en est sorti. Et ça m'a fait du bien de l'écrire, et je me suis dis que ça ne coûtait rien de le poster, même si je doute que ça aide qui que ce soit.
Je ne sais pas si on peut le considérer comme un hommage à Cameron. Ça n'a pas la prétention d'être à la hauteur de qui il était, ni de tout ce qu'il a apporté à ce fandom. C'est juste…une expression de ma tristesse et de ma confusion devant l'impensable.
Attention, mort d'un personnage. Je m'excuse si cela semble déplacé à quelqu'un.
(l'idée du titre n'est pas de moi, je l'ai vue sur Twitter, et j'ai trouvé ça tellement adapté que je l'ai emprunté)
Evie posa un plateau sur la table basse, sur lequel était disposé des sandwichs. Rien d'extraordinaire. Du pain, du beurre, un peu de jambon et de fromage. Quelques tomates aussi.
— J'ai amené de quoi manger, murmura-t-elle doucement après un moment d'hésitation, comme si briser le silence de la pièce risquait de provoquer un nouveau drame.
Elle n'obtint pas de réaction, mais elle n'en attendait pas vraiment. Avec tristesse, elle porta son attention sur ses amis, qui n'avaient pas bougé de place depuis qu'elle les avait laissés, une poignée de minutes plus tôt.
Jay, silencieux depuis des heures, les poings serrés, était adossé près de la fenêtre, le visage tourné vers l'extérieur, le regard distant et perdu dans le lointain. Mal, recroquevillée dans un coin, avait ramené ses bras autour de ses genoux et enfoui sa tête dedans, ne laissant apercevoir que des mèches violettes en pagaille. Evie avait aperçu son reflet dans un miroir un peu plus tôt, et elle savait que son état n'était pas mieux. Pâle, cernée, les yeux rouges et fatigués, l'expression amorphe. Mais elle s'en moquait. Son apparence n'avait pas d'importance. Plus rien n'avait vraiment d'importance.
Abandonnant le plateau là où elle l'avait posé, sans prendre la peine d'y toucher elle-même, Evie alla s'asseoir sur le canapé juste à côté, et enfouit son visage entre ses mains. Elle devrait probablement rapporter le plateau dans la cuisine d'ici quelques heures, et jeter son contenu, mais ce n'était pas grave. Elle n'avait pas faim, et elle savait qu'eux non plus. Elle l'avait juste préparé pour s'occuper l'esprit, et les mains. Pour avoir l'impression d'être utile. De servir à quelque chose. De contrôler quelque chose, au milieu de tout ce chaos irréel et inconcevable.
Sans parvenir à s'en empêcher, elle se fit la réflexion que Carlos aurait été le premier à se jeter sur la nourriture. Il aurait sans doute rempli sa bouche autant que possible, avant de la remercier d'un grand sourire plein de miettes.
Son sourire.
Son sourire allait tellement lui manquer.
Un sanglot lui échappa, explosant dans le silence qui les avait à nouveau englobés. Il fut suivi par un autre, et rapidement, les larmes inondèrent ses joues alors que cette douleur sourde refaisait son apparition dans sa poitrine, la transperçant sans la moindre pitié.
Presque comme un écho à ses sanglots, une main s'empara de la sienne alors qu'un bras se glissait autour de ses épaules. Mal et Jay étaient là, près d'elle. Incapables de la consoler, incapables d'empêcher ses larmes de couler, mais présents. C'était tout ce qu'ils pouvaient encore faire. Rester unis, tous les trois. Endurer le deuil et le chagrin ensemble. Se supporter mutuellement, pour s'empêcher de glisser dans le trou béant de l'absence et de l'incompréhension.
— J'ai toujours l'impression qu'il va entrer dans la pièce et nous annoncer que ce n'est qu'une horrible blague, prononça Evie dans un souffle une fois que sa crise de larmes se fut calmée. Ce n'est pas possible que...ça ne peut pas être vrai.
Les doigts de Mal se refermèrent plus fort autour de sa main, dans un geste de soutien silencieux et impuissant, mais le bras de Jay se déroba, quittant ses épaules alors que le garçon se levait, se détournant d'elles, les poings serrés et le visage fermé.
— On aurait dû faire quelque chose, déclara-t-il d'une voix rauque, qui ne ressemblait en rien à sa voix habituelle. On aurait dû le protéger.
Les deux filles le regardèrent avec tristesse, parce que c'étaient les premiers mots qu'il prononçait depuis des heures, et qu'il n'était pas difficile de deviner qu'il n'avait fait que ressasser et se noyer dans la culpabilité depuis tout ce temps.
— On n'aurait rien pu faire, répondit Mal. Personne ne savait.
— On aurait dû savoir !
— Tu sais que non, dit gentiment Evie. Il n'y avait aucun moyen de savoir.
— Mais j'aurais dû...
— Ce n'est pas ta faute, Jay. Ce n'est la faute d'aucun d'entre nous.
— C'est juste la faute de cette putain de maladie cachée.
Jay se mordit les lèvres, s'empêchant de répondre. Il savait qu'elles avaient raison. Il savait que ce n'était la faute de personne, que c'était juste arrivé. Connerie de destin. Connerie de hasard. Connerie de vie. Connerie de mort.
— Mais pourquoi lui ? De nous tous, il était celui qui...
Sa voix s'étrangla, amplifiant le nœud douloureux dans sa gorge, et ses yeux se remirent à brûler. D'un geste agacé, il tenta d'essuyer ses larmes, de rester fort, de ne pas craquer devant les filles. Mais c'était trop dur. Il avait l'impression que plus rien ne fonctionnait normalement, ni dans son corps, ni dans le monde.
Alors que c'était à son tour de se mettre à pleurer, la main libre d'Evie se glissa doucement dans la sienne, et le tira pour qu'il revienne près d'elles. Jay se laissa faire, incapable de trouver la force de résister ou de protester, et se laissa tomber sur le canapé, où les deux filles se serrèrent autour de lui, sans commenter ses larmes, sans juger sa tristesse. Au contraire, elles la partageaient, des larmes similaires et silencieuses coulant sur leurs propres joues.
Mais peu importe à quel point ils se pressaient les uns contre les autres, s'offrant un réconfort et une présence mutuelle, c'était inutile. Il manquait quelqu'un. Une présence, un sourire, une voix, un contre-poids pour les équilibrer, et les unir tous les quatre.
Sans Carlos, ce ne sera plus jamais la même chose.
