Note : Encore une fois, cet OS contient de très (très) légers éléments de D3, mais pas de véritable spoil.
Note 2 : Comme pour les filles à qui je donne environ 13 ans, je considère que les jumeaux ont environ 8 ans.
Squeaky & Squirmy
Fluff / Amitié
— Vous pensez que c'était une bonne idée de les choisir ? demanda Jay. Je ne les ai pas entendu parler de toute la journée.
— A chaque fois qu'ils me regardent, je vous jure j'ai l'impression qu'ils me méprisent, ajouta Mal.
— Ce sont des enfants, les rabroua gentiment Evie. Ils sont juste terrifiés et méfiants.
— Mais justement, peut-être qu'ils sont trop jeunes ?
Un silence suivit la question de Carlos alors que leurs regards se posaient sur Squeaky et Squirmy, installés à la table basse du salon et occupés par la résolution d'un puzzle. Le tout sans un bruit, sans un mot. Ils semblaient communiquer entre eux par regards entendus et avoir décidé de couper tous les autres de leur petit monde. Ou presque tous les autres.
— Dizzy m'a assuré qu'ils n'hésitaient pas à lui parler. C'est plutôt positif non ?
— Je ne sais pas E. Prépare-toi à l'éventualité que le programme ne fonctionne pas pour tous, d'accord ?
Evie fronça les sourcils, n'appréciant pas l'insinuation de Mal.
— Ça ne fait qu'une journée, rétorqua-t-elle. Il suffit de leur laisser un peu de temps.
— J'espère, murmura Carlos.
— Non, j'en suis sûre, affirma Evie avant de s'avancer vers les jumeaux. Hé les garçons, vous permettez que je vous aide ? Et après ce sera l'heure d'aller vous coucher, d'accord ?
Les deux petits blondinets levèrent la tête vers elle et la contemplèrent sans un mot. Prenant leur silence comme une absence de rejet, Evie s'agenouilla près d'eux et s'empara d'une des pièces du puzzle, complimentant le travail qu'ils avaient déjà réalisé. Et même si elle n'obtint pas le moindre petit sourire en retour, elle savait que ça finirait par venir.
oOoOoOo
Un peu plus tard, alors que les deux enfants étaient en pyjama et installés dans leurs nouveaux lits, ils n'avaient toujours pas prononcé le moindre mot, se contentant de suivre les instructions qu'Evie leur donnait. Incapable de savoir ce qu'ils pensaient, celle-ci faisait de son mieux pour éviter qu'ils se sentent envahis, mais ne parvint pas à les laisser dans leur chambre sans une dernière tentative d'échanger avec eux.
— Je sais que ça fait peur de dormir dans un nouvel endroit, dit-elle avec un sourire rassurant. Mais vous êtes tous les deux. Et si vous avez besoin de quoique ce soit, n'oubliez pas que ma chambre est au fond du couloir.
Ils la fixèrent sans la moindre réaction mais elle ne se laissa pas déstabiliser, renforçant son sourire.
— C'est bon vous avez tout ? Pas de pipi, de verre d'eau, pas d'histoire avant de dormir ?
Cette fois les jumeaux échangèrent un regard, dans un dialogue muet que la jeune femme ne pouvait pas comprendre.
— Vous voulez quelque chose ? tenta-t-elle avec une hésitation.
— La fenêtre.
C'était Squeaky qui s'était lancé à prendre la parole, d'une petite voix aiguë et timide, mais bel et bien audible.
— La fenêtre ? répéta Evie dans comprendre.
— Elle peut rester ouverte ?
— Oh. Oh oui, bien sûr !
Elle se dépêcha de traverser la pièce et de répondre à la demande de l'enfant, tout en se faisant une note mentale de confectionner des moustiquaires dès le lendemain. S'ils devaient dormir toutes les nuits avec la fenêtre ouverte, les insectes allaient rapidement devenir un problème.
— Et voilà ! N'hésitez pas à la fermer si ça vous dérange.
Les deux enfants acquiescèrent, et ils semblaient soudainement moins tendus, comme libéré d'un fardeau. Est-ce qu'ils se sentaient prisonniers ici ? Est-ce qu'avoir la fenêtre ouverte les rassurait parce que ça leur offrait une issue de secours ? Evie ne savait pas, mais son cœur se serra à cette perspective, et elle se promit de tout mettre en œuvre pour qu'ils se sentent chez eux aussi rapidement que possible.
— Bon je vais vous laisser alors, annonça-t-elle avec un dernier sourire. Bonne nuit les garçons !
Elle n'obtint pas de réponse bien sûr, mais ce n'était pas important. Elle savait que Mal et Jay avaient tort d'avoir des doutes. Ce n'était rien de plus que des enfants. Des enfants qui avaient été arrachés à leur père et à leur maison. Ils étaient intimidés et perdus, mais ils allaient rapidement se mettre à l'aise auprès d'eux. Après tout, pour quelle raison ne leur feraient-ils pas confiance ?
oOoOoOo
Une fois la nuit tombée et tous les habitants du château endormis, une ombre se faufila dans le jardin. Alors qu'elle levait la tête pour observer la façade avec attention, l'unique fenêtre ouverte capta son attention, comme un drapeau levé qui l'appelait. En un instant, elle escalada le mur et s'engouffra dans la chambre d'enfant. Presque par magie.
Elle s'avança dans la pièce, contemplant en silence les deux garçons endormis. Puis, dans un murmure presque inaudible, elle prononça un sort d'isolation sonore, s'assurant qu'aucun bruit ne sortirait de ces murs. Satisfaite d'elle, elle croisa les bras et esquissa un sourire impatient.
— Pssst, les garçons. Réveillez-vous !
Squirmy fut le premier à bondir dans son lit, ce qui n'avait rien de surprenant puisqu'il avait toujours été celui qui avait le sommeil le plus léger. Les cheveux en bataille, l'expression confuse et l'air hagard, il mit un instant à se rappeler où il était, puis aperçut la silhouette à quelques mètres de lui et son visage s'illumina d'un immense sourire.
— Uma ! s'écria-t-il en sortant de ses couvertures pour se précipiter vers elle.
Son exclamation réveilla son frère qui, de manière très comique, réagit exactement de la même façon. Alors qu'ils arrivaient près d'elle, Uma s'agenouilla pour se mettre à leur hauteur et leur ébouriffa les cheveux à tous les deux.
— Salut les moussaillons. Je vous ai manqué ?
Deux sourires incandescents de bonheur lui répondirent, et une bouffée de bonheur et de soulagement s'empara d'elle parce que bon sang ce que ça faisait du bien de voir des visages familiers et amicaux.
— Vous m'avez manqué aussi, admit-elle avant de les bousculer gentiment. C'était l'idée de qui la fenêtre ouverte ? Parce que c'était une idée de génie.
— C'est la mienne ! déclara fièrement Squeaky en se désignant du doigt. Harry avait dit que tu viendrais nous voir mais les portes sont toutes fermées en bas.
— Oh, qui aurait cru que tu étais le malin des deux, le taquina-t-elle avec quelques chatouilles.
Squeaky se mit à rire pendant qu'à côté de lui, Squirmy fronçait les sourcils, les paroles de son frère ayant ranimé quelque chose dans sa mémoire.
— Hé Uma ? appela-t-il timidement. Est-ce que...on peut te faire un câlin ? Parce que Harry a dit que tu en voudrais un mais...
Il laissa la fin de sa phrase en suspens, incertain, et Uma retint son envie de grogner. Stupide Harry. Bien sûr qu'il leur avait dit ça. Bien sûr qu'il avait pensé à ce genre de détail futile. Bien sûr qu'il était probablement le seul idiot à penser à elle et à se demander si elle se sentait seule. A savoir qu'elle se sentait seule.
Alors que son attention alternait entre les deux enfants qui la regardaient, interrogateurs, le cœur d'Uma se serra. Elle connaissait ces regards. Ces regards typiques des enfants de l'île, qui demandaient sans réclamer, qui désiraient sans espérer.
Et s'il n'y avait rien au monde qui pourrait lui faire admettre qu'elle avait besoin d'un câlin, ça ne faisait aucun doute que c'était aussi le cas des deux petits bonhommes en face d'elle. Alors, sans répondre, elle passa ses bras autour de chacun d'eux et les attira contre elle, les serrant aussi fort que possible.
Fermant les yeux, elle enfouit son visage dans le mélange de cheveux désordonnés, inspirant aussi fort qu'elle pouvait. Les jumeaux sentaient bon le savon et le shampooing, mais derrière ces odeurs d'Auradon, il y en avait une autre, plus familière à Uma. L'odeur de l'île de l'Oubli. L'odeur de son chez elle et surtout l'odeur de son équipage.
Et alors qu'elle les serrait un peu plus fort, et qu'une vingtaine de doigts s'agrippaient à elle, peut-être, peut-être qu'elle aurait pu admettre que Harry avait eu raison et que ce câlin était plus que bienvenu.
Après quelques minutes à ne pas bouger, blottis tous les trois, se rassurant mutuellement avec la présence et la familiarité des autres, Uma finit par les repousser gentiment pour les regarder avec plus d'attention.
— Comment ça s'est passé votre première journée ici ? demanda-t-elle, soudain concernée par leur bien-être. Ils vous ont bien traités j'espère ? Mal et sa bande, ils sont gentils avec vous ?
Les jumeaux échangèrent un regard furtif avant de reporter à nouveau leur attention sur elle, l'expression fière et comploteuse. Une expression digne de vrais pirates.
— Ils sont gentils, répondit Squirmy en croisant les bras d'un air boudeur et déterminé. Mais on sait que ce sont des ennemis. Alors on leur parle pas.
— Ouais. On leur a pas adressé la parole de toute la journée ! On veut pas sympathiser avec l'adversaire, renchérit Squeaky en répliquant l'attitude de son frère.
Le cœur d'Uma se tordit dans un étrange mélange de satisfaction et de culpabilité. Ces deux petits avaient été à bonne école, et une partie d'elle avait envie de les féliciter pour leur attitude. Mais c'était exactement ce qu'il fallait éviter. Ils avaient été choisis. Au milieu de centaines d'autres enfants, c'étaient eux qui avaient été choisis pour quitter l'île. Ils étaient enfin libres, sortis de cette prison. Ils avaient la chance que d'autres attendaient encore d'avoir. C'était hors de question qu'ils la gaspillent simplement parce qu'ils l'avaient trop entendue pester contre Mal.
— Ne faites pas ça, ordonna-t-elle en prenant sa voix de capitaine.
Mais à l'instant où leurs sourires fiers s'effacèrent pour laisser place à une expression confuse, elle se radoucit.
— Mal est détestable pour plein de raisons, mais elle s'est engagée à s'occuper de vous. Et elle est fiable pour ça.
— Mais toi et Harry vous prenez déjà soin de nous.
Uma esquissa un sourire triste en posant sa main sur l'épaule de Squirmy.
— Mais ici, on ne va pas pouvoir. Il va falloir vous débrouiller tous les deux, et accepter ce que Mal et les autres vont vous offrir. Trouver votre place à Auradon et y être heureux. Et plus tard nous aider Harry et moi à ramener plus d'enfants. Vous comprenez ?
Les deux petits acquiescèrent, mais la tête de Squirmy était toujours baissée, trahissant sa tristesse. Heureusement, son frère trouva exactement ce qu'il fallait dire.
— C'est comme une mission spéciale ?
— Exactement ! approuva Uma. Votre première mission de pirates ! Je compte sur vous pour la réussir, moussaillons !
— A vos ordres Capitaine ! s'écrièrent-ils en chœur.
Uma leur ébouriffa à nouveau les cheveux, heureuse d'a nouveau entendre ces mots, puis se rappela subitement quelque chose.
— Oh j'avais un cadeau pour vous !
Plongeant sa main dans sa poche, elle en ressortir un sachet rempli de friandises colorés. Un grand sourire sur le visage, elle en fit tomber quelques-uns dans sa main et les tendit aux jumeaux.
— Des crocodiles ! s'écrièrent-ils à l'unisson en tendant leurs doigts pour s'emparer des bonbons et les examiner avec curiosité.
— J'ai tout de suite pensé à vous en les voyant. C'est comestible, vous allez adorer.
Sans la moindre once de méfiance, chaque garçon enfourna un petit crocodile dans sa bouche et leurs expressions changèrent instantanément, s'illuminant de surprise et d'émerveillement alors que le sucre explosait dans leur bouche.
— Je savais que ça vous plairait, déclara Uma avec un sourire goguenard. Si vous les laissez fondre sur votre langue, elle va changer de couleur.
Alors que les deux enfants tentaient l'expérience, curieux de savoir si c'était vrai ou si elle se moquait d'eux, Uma en profita pour leur demander des nouvelles de la vie sur l'île, s'assurant que tout allait bien là-bas. Harry jouait visiblement son rôle de second à merveille, ce dont elle n'avait jamais douté mais c'était bien d'être rassurée sur le bien-être de ses camarades. Lorsqu'elle estima qu'ils s'étaient assez empiffrés, elle mit fin à la dégustation de bonbons et leur conseilla de cacher le reste du paquet sous leur matelas pour en profiter dans les prochains jours. Puis, alors que Squeaky étouffait un bâillement, elle décida qu'il était l'heure pour elle de repartir.
— Retournez dans vos lits moussaillons, il est plus que temps pour vous de vous rendormir.
— Mais tu reviendras ? demanda Squirmy en se frottant les yeux. La nuit prochaine ?
— Non, probablement pas aussi rapidement. C'est risqué pour moi de venir ici. Mais oui je reviendrai dans pas trop longtemps, c'est promis.
Les deux enfants acquiescèrent et grimpèrent dans leur lit, déjà à moitié endormis. Mais, alors qu'Uma s'apprêtait à les laisser, une petite voix hésitante la rappela.
— Uma ?
— Ouais ?
— Est-ce que...même si on habite avec Mal, on pourra toujours rejoindre ton équipage quand on sera grands ?
Bordel. C'était quoi le truc avec les enfants et leur capacité à frapper en plein cœur juste avec des mots ? Uma détestait ça.
— Vous faites déjà partie de mon équipage. Et quiconque entre dans mon équipage ne le quitte jamais.
Deux sourires lui répondirent, et elle dut refréner son envie de s'approcher des lits pour à nouveau les serrer contre elle. Stupide Harry et ses idées de câlins. Ils étaient des pirates bon sang !
Alors que les deux enfants se blottissaient dans leur lit, rassurés par cette déclaration, elle enjamba la fenêtre et se retourna pour leur adresser un dernier regard.
— Dormez bien moussaillons, murmura-t-elle avant de disparaître dans la nuit.
oOoOoOo
Le lendemain matin, lorsqu'ils s'installèrent à table pour le petit-déjeuner, le bonnet de travers et les yeux encore remplis de sommeil, les deux enfants ne parlèrent pas tout de suite. Ils se contentèrent de hocher la tête pour accepter la nourriture proposée et puis de la dévorer avec l'appétit caractéristique de tous les enfants de l'île. Mais, une fois son assiette vidée, ce fut avec une voix claire et enjouée que Squirmy s'adressa à Evie.
— Je peux encore avoir une tartine au chocolat ?
— Oh oui moi aussi ! s'exclama aussitôt son frère.
Quatre regards éberlués se posèrent sur eux, puis Evie s'exécuta et se mit à leur tartiner des tranches de pain supplémentaires, un sourire aux lèvres.
Comme quoi parfois, il ne fallait rien de plus qu'une fenêtre ouverte pour obtenir la confiance d'un enfant.
