Note : Vous savez quand vous aimez une idée mais que vous n'êtes pas satisfait de ce qu'elle donne à l'écrit ? Bah c'est moi et cet OS. Je ne sais pas quoi en penser mais il est écrit et je ne le modifierai sans doute jamais donc enjoy !
Avertissement : cet OS est un peu plus sombre que ce que j'ai l'habitude d'écrire. C'est pas non plus extrême mais il contient de la violence et une mention de pédophilie.
Harry et Uma
Angst/Amitié/Hurt/Comfort
Les altercations publiques étaient fréquentes sur l'île de l'Oubli. Régler ses comptes, mettre à exécutions ses menaces et accomplir ses vengeances était toujours plus efficace devant des témoins, car cela permettait non seulement d'ajouter une dose d'humiliation pour son ennemi, mais aussi et surtout de renforcer sa propre réputation. Mais en dépit de la fréquence de ce genre d'événements, l'altercation violente qui eut lieu ce matin-là était différente. La foule amassée était plus nombreuse, les encouragements plus puissants. Au milieu des regards moqueurs et condescendants, d'autres brillaient, teintés d'espoir, alors que les deux adversaires se faisaient face. Deux adversaires dont la réputation n'était pourtant plus à faire.
Le premier était un vieil homme, pervers réputé à travers toute l'île pour attirer des jeunes enfants affamés chez lui en lui promettant de la nourriture. Ses déviances étaient connues de tous, sans que jamais le moindre adulte ne lève le petit doigt. Après tout, il n'était qu'un criminel parmi les autres et tant qu'il n'abîmait pas trop les enfants...c'était une manière comme une autre de leur apprendre la dureté de la vie.
Le deuxième n'était nul autre que Harry Hook, le fils du capitaine Crochet en personne. Le pirate était connu pour sa tendance à jouer avec ses proies, les traquant ou les séduisant selon ses envies. Tout le monde savait qu'il était instable et imprévisible, et personne ne se risquait à l'embêter parce que les rumeurs sur les tortures qu'il infligeait à ceux qui l'ennuyaient un peu trop étaient nombreuses et terrifiantes.
Personne ne savait ce qui avait provoqué la dispute. Elle s'était déclenchée d'un coup, sans prévenir. Harry avait débarqué et sorti le vieux pervers de chez lui, s'assurant bien que tout le monde assiste à la suite des événements. Malgré les tentatives du vieil homme pour se défendre, il ne fallut pas longtemps avant que le pirate prenne le dessus. Il était plus jeune, plus vivace, mieux entraîné et préparé. Avec un plaisir évident, il fit tomber son adversaire à genoux, le narguant avec la lame de son sabre. Puis, après s'être interrogé à voix haute sur la manière dont il allait pouvoir le punir, il le saisit violemment par le col et l'entraîna en direction d'une table en pierre.
Ignorant ses suppliques et ses promesses, un sourire tordu et terrifiant sur le visage, Harry le força à tendre le bras par-dessus la table, écrasant son biceps avec son pied. Puis, après avoir parcouru la foule de témoins du regard, les yeux fous et satisfaits, Harry leva son sabre bien haut et l'abattit sur son adversaire, tranchant sa main sans la moindre pitié. Le sang gicla, un hurlement de douleur retentit, rapidement noyé dans les acclamations de la foule. Insensible à tout ça, Harry agrippa la nuque de son adversaire et il lui cogna la tête contre la table, comme un ultime avertissement avant de se pencher vers lui.
— La prochaine fois que tu voudras poser tes sales pattes sur un enfant, pense à moi, susurra-t-il à son oreille avec un sourire en coin.
oOoOoOo
— Bordel Harry, qu'est-ce que tu fous là ? Ça fait des heures que je te cherche !
La silhouette d'Harry, assis à l'extrémité d'un ponton, ne réagit même pas lorsque la voix d'Uma retentit, brisant le calme environnant. La jeune capitaine haussa un sourcil, surprise de ce manque de réponse, et s'avança en direction de son camarade.
— T'es en train de rater toute la célébration tu sais, lança-t-elle d'un ton moqueur. Pour une fois que les gens t'acclament.
Encore une fois, elle n'obtint pas la moindre réaction, et ce fut suffisant pour effacer le début de sourire de son visage, le remplaçant par une légère contrariété. Alors qu'elle arrivait à la hauteur du garçon, elle le salua d'un petit coup de pied.
— Tu m'écoutes au moins ? lança-t-elle d'un ton agacé. Oh, Harry ! Je te parle !
Harry remua à peine, gardant les yeux résolument fixés vers l'horizon, indifférent à la présence d'Uma à ses côtés. Avec un soupir exaspéré, celle-ci s'agenouilla, se mettant finalement à sa hauteur pour l'observer. Et à l'instant où elle vit l'expression lointaine sur son visage, ses cheveux en bataille et le maquillage noir autour de ses yeux qui ne ressemblait plus à rien à force d'avoir été humidifié et essuyé, l'estomac d'Uma se contracta douloureusement.
Harry avait pleuré.
Harry, son Harry, n'allait pas bien au point d'avoir pleuré et de ne même pas chercher à le cacher.
— Bordel, prononça-t-elle dans un souffle en s'asseyant à côté de lui. Qu'est-ce qui t'arrive ?
Pendant un instant, elle crut qu'il n'allait pas répondre, mais il tourna la tête vers elle, lui adressant un sourire tordu, presque douloureux, empreint de tristesse et de renoncement, avant de se détourner à nouveau. Le visage baissé, son corps entier affaissé et vidé de toute volonté, il parla enfin, d'une voix basse et cassée, à mille lieux de celle qu'il employait habituellement.
— Je suis un monstre.
La mâchoire d'Uma se serra en entendant ces mots, réalisant subitement ce qui se passait dans la tête de son second. Sans une fraction d'hésitation, elle leva la main et s'empara de son menton, l'obligeant à la regarder et à affronter son jugement.
— Comment tu t'appelles ? demanda-t-elle d'une voix autoritaire et intransigeante, une flamme de détermination et de colère brillant dans ses yeux.
Dans ceux du garçon, il n'y avait que de la surprise et de la confusion face à cette question qui n'avait encore jamais été posée dans ce sens.
— Harry ? répondit-il avec incertitude, comme s'il en doutait soudainement.
— Exactement. Tu es Harry. Le second de mon équipage. Un garçon sensible, loyal et intelligent qui fait ce qu'il a à faire pour survivre.
Il ouvrit la bouche, prêt à la contredire, mais elle raffermit sa prise sur son visage parce qu'il était hors de question qu'elle le laisse penser autre chose.
— Tu n'es pas ton père, lança-t-elle avec un grondement de colère dans la voix. Tu n'es pas ton père tout comme je ne suis pas ma mère. Nous n'avons rien à voir avec nos parents, ni avec les crimes qu'ils ont commis pour se retrouver ici. Ils avaient un choix qu'on a pas. Un choix qu'on ne nous a jamais laissé. Compris ?
Même s'il savait que sa colère n'était pas dirigée contre lui, il y avait quelque chose d'intimidant dans la manière dont Uma le contemplait, attendant qu'il capitule et qu'il accepte ce qu'elle lui disait. Il acquiesça, sachant que ça ne servait à rien d'argumenter, et sachant aussi qu'elle avait raison. Uma le lâcha, l'autorisant à détacher son attention d'elle, et Harry baissa à nouveau la tête, silencieux et songeur un instant, avant de reprendre la parole.
— Je peux toujours la sentir tu sais, murmura-t-il d'un ton distant. La lame qui traverse sa chair. Qui tranche ses articulations. Le bruit que ça a fait. Et son hurlement de douleur.
Il leva ses mains devant lui, les fixant comme s'il ne les avait jamais vues. Comme si ces doigts qui avaient tenus son sabre et encaissés les vibrations du coup n'étaient pas les siens. Avec tendresse, Uma tendit les siennes également et les ferma autour de celles du garçon. Malgré toute la compassion et la tristesse qu'elle ressentait en le voyant aussi perdu, elle ne put s'empêcher d'afficher un petit sourire narquois.
— Heureuse de savoir que tu as une conscience, le taquina-t-elle. C'est souvent le problème avec les gens bien.
— Je ne suis pas quelqu'un de bien ! s'écria Harry, soudain mû par un élan de protestation, comme s'il ne pouvait pas tolérer qu'elle pense ça de lui. J'ai coupé la main d'un homme ! De sang-froid ! Je suis monstru...
— Tu n'es pas un monstre, le coupa sèchement Uma. Ouais tu as coupé la main d'un salaud, et ? Combien d'enfants avait-il abusé avec cette main ? Tu leur as fait justice Harry. Le peu de justice qu'ils peuvent obtenir ici.
— Je...
— Tu sais qui sont les vrais monstres ? Au-delà de tous les criminels enfermés ici ? Les monstres ce sont eux, déclara-t-elle en désignant l'horizon d'un geste vague. Tous ces princes et princesses qui nous laissent pourrir ici en fermant les yeux sur ce qui s'y passe.
Harry baissa la tête, ravalant ses larmes de dégoût et laissa la colère d'Uma s'imprégner en lui.
— Ce que tu as dû faire, c'est de leur faute. Ce sont eux les monstres. Pas toi. Ne l'oublie jamais.
