Univers Alternatif/Magie/Romance

Mal/Evie


Vingt ans plus tôt, le monde connut un grand bouleversement. Du jour au lendemain, la magie qui faisait autrefois partie du quotidien et participait activement à la vie et au fonctionnement du royaume fut déclarée coupable de l'existence de méchants aux ambitions dominatrices, de trop nombreuses malédictions et tout simplement de créer un rapport de force entre ceux qui naissaient avec des pouvoirs et ceux qui n'en avaient pas.

La magie se retrouva prohibée, et quiconque s'opposa à cette interdiction fut envoyé vivre sur une île qui, ironiquement, fut encerclée par un dôme magique ayant pour but d'annihiler les pouvoirs de tous ceux qui vivraient dessous.

Le temps passa et le royaume d'Auradon évolua à travers la science et la technologie. L'éradication de la magie fut considérée comme un succès et la vie reprit son cours tranquillement pour chaque habitant du royaume.

Mais à quelques centaines de kilomètres de là, au milieu de l'océan, l'île où avait été banni tous les pro-magie continuait d'exister. Le bouclier magique qui l'entourait l'isolait du royaume, au point que les habitants de celui-ci finirent par purement et simplement oublier l'existence de cette île, mais la mission première de ce bouclier ne fut pas remplie.

Destiné à empêcher l'utilisation de toute forme de magie pour ceux qui vivaient en dessous, il ne réussissait en réalité qu'à empêcher la magie d'en sortir. Mais sous le bouclier, la magie continuait de vivre, crépitante, sauvage, soumise à aucune règle alors que ses possesseurs créèrent leur propre société, anarchique et violente, où la puissance magique déterminait la position de domination.

A la tête de l'île se trouvait la puissante Maléfique, une Fée démoniaque aux gènes de dragon, donc la magie semblait inégalable. Sa colère était redoutée par tous et elle régnait sur l'île d'une poigne de fer, ignorant tout des concepts de bienveillance ou de pitié.

Parmi toute la population de l'île, seule une autre personne semblait avoir la capacité magique de l'égaler, remettant régulièrement en question sa place de dirigeante.

Cette rivale était connue sous le nom de Méchante Reine, et là où Maléfique n'était que brutalité et domination, la Méchante Reine opérait plus sournoisement, séduisant la foule et manipulant quiconque pouvait lui apporter quelque chose.

Les deux femmes s'affrontèrent régulièrement pendant plusieurs années, prenant chacune à leur tour la tête de l'île. Puis, un jour, une terrible bataille éclata et Maléfique en sortit victorieuse, bannissant sa rivale à l'autre bout de l'île, là où seules les plus misérables des créatures magiques résidaient.

Pendant dix ans, on n'entendit plus parler de la Méchante Reine, qui vivait recluse avec sa fille.

De son côté, Maléfique continua son règne de terreur, éduquant sa propre fille à devenir la future héritière de ce royaume qu'elle estimait avoir bâti.

Cette héritière se nommait Mal, et tout semblait la destiner à devenir aussi puissante et cruelle que sa mère. La simple mention du nom de Maléfique faisait trembler dans les chaumières, mais la vision de Mal faisait déguerpir les foules et trembler les passants. L'adolescente était connue pour avoir des explosions de colère, libérant des flammes destructrices et inarrêtables, et mieux valait ne pas croiser son chemin.

Le règne de la mère et de la fille était clairement établi lorsqu'un jour, la Méchante Reine refit son apparition. A ses côtés, calme et docile, d'une beauté glaciale et dangereuse se trouvait Evie, sa fille, une représentation presque parfaite de ce qu'avait pu être autrefois la Méchante Reine.

Désormais plus âgée, mais toujours moqueuse et défiante, elle se réinstalla dans son ancien château comme si personne ne l'en avait jamais bannie et très vite, la guerre rivale qu'elle menait autrefois avec Maléfique reprit.

Sauf que cette fois, il y avait une différence. Cette fois, ce ne furent pas des affrontements directs entre les deux femmes. Cette fois, leur rivalité se matérialise en Mal et Evie qui ne s'étaient jamais rencontrées, si ce n'est dans leur toute petite enfance, mais qui, par héritage magique et biologique, étaient nées ennemies.

Absolument tout les opposait.

L'une était violente, abrupte et féroce. Ses alliés la craignaient, lui étant soumis et dévoué uniquement par peur des représailles, et elle en était fière.

L'autre était douce, séductrice et paraissait presque inoffensive. Son entourage l'admirait et elle savait en jouer mieux que personne, obtenant des services contre un sourire, un clin d'œil ou une caresse.

Elles étaient toutes les deux fourbes et manipulatrices, mais leurs plans malveillants s'agençaient différemment, chaque méthode ayant ses avantages et ses inconvénients.

Même leur magie était différente.

Surtout leur magie était différente.

La magie de Mal était puissante et imprévisible. Chaude. Elle explosait sous l'émotion, souvent la colère, et ravageait tout ce qui se trouvait sur son chemin. Elle avait consumé des bâtiments, détruit des stocks et ravagé des quartiers entiers. Quant aux victimes vivantes, lorsqu'elles se retrouvaient prisonnières de ses flammes, elles ne pouvaient que hurler et implorer son pardon, tout en sachant qu'elles ne l'obtiendraient jamais. Personne ne l'avait jamais obtenu.

La magie d'Evie était discrète et sournoise. Froide. Elle se déclenchait à l'aide d'un contact savamment calculé, une caresse qui déposait un frisson sur la peau, ou un baiser glacé qui laissait un souffle froid et dévastateur. Ses victimes ne réalisaient pas tout de suite qu'elles en étaient. La magie déposée sur leur corps s'insinuait en elles, silencieuse et invisible, se répandant à l'intérieur de leurs organes jusqu'à tous les contaminer, les affaiblissant petit à petit. Lorsque l'empoisonnement magique était suffisamment important pour être remarqué, il était toujours trop tard.

Les deux adolescentes étaient dangereuses et terrifiantes, leur réputation n'était plus à faire. Leur seul point faible était l'existence de l'autre.

Leurs affrontements étaient toujours annonciateurs de désastres et lorsqu'elles étaient aperçues à proximité l'une de l'autre, les habitants de l'île savaient qu'il n'y avait rien de plus à faire que de prendre la fuite.

Elles étaient ennemies de naissance, rivales, destinées à perpétuer l'héritage de leurs mères et à s'affronter jusqu'à ce que l'une des deux en sorte victorieuse.

Tout semblait les opposer, elles étaient l'antagoniste l'une de l'autre, différentes, rivales, incompatibles.

Jusqu'au jour où elles réalisèrent à quel point elles étaient complémentaires, et que leur magie, impuissante face à l'autre, devenait inarrêtable lorsqu'elles se combinaient.

Aucune d'entre elle ne savait précisément quand elle avait cessé de considérer l'autre comme une ennemie. Cela c'était fait naturellement. A force de s'affronter, de s'insulter et de comploter pour anéantir l'autre, elles étaient devenues des visages familiers. Récurrents. L'admiration envers les stratégies et les techniques de l'autre s'était créée petit à petit, et puis une certaine forme de complicité. De la complicité dans l'adversité.

Le fait était que la relation des deux filles étaient passées de la violence et la haine mutuelle à une certaine forme d'attraction. Elles étaient littéralement les seules à la hauteur de l'autre. L'attraction était devenue sensualité, et puis sexualité.

Leur relation était restée secrète. Il était hors de question que l'une de leurs mères découvre ce qu'elles faisaient ensemble. Même si ça n'avait aucune importance. C'était purement physique et sauvage. Ce n'était pas comme si elles étaient attachées l'une à l'autre, ce serait ridicule.

Mais les échanges physiques et passionnés devinrent de plus en plus doux, de plus en plus tendres, de plus en plus fréquents. L'absence de l'autre devint douloureuse, et sans qu'elles ne le réalisent, elles se mirent à rester ensemble, après un combat, après un ébat dans une allée sombre, souvent après ces deux événements même, puisque l'un succédait à l'autre. Les sarcasmes et les remarques vicieuses devinrent des questions, et les réponses devinrent des confessions.

Elles étaient Mal et Evie. Alliées, amantes et toutes puissantes.

Leur première victime ensemble fut Maléfique, la mère de Mal. Elle ne s'y attendait pas. Mais quand elle rendit son dernier souffle, le visage tordu par la surprise et la souffrance, son regard trahit une lueur de fierté pour la toute première fois, alors que sa fille lui arrachait la vie sans un soupçon d'émotion.

Ensuite, elles s'attaquèrent à la Méchante Reine. Elle s'y attendait. Evie avait déserté leur château depuis quelques semaines, et la rumeur de la mort de Maléfique avait fait le tour de l'île. En reliant les deux éléments, elle avait soupçonné ce qui se passait. Cela ne l'avait pas empêchée d'exprimer sa déception en ayant la confirmation que sa fille était en couple avec la progéniture de sa rivale de toujours, sa déception qu'elle gâche tout son potentiel ainsi.

La mort de la Méchante Reine fut plus douce que celle de Maléfique, chacune étant le reflet de ce qu'elles avaient infligé à leur enfant au cours de leur vie.

Les deux filles prirent ensuite la tête de l'île de l'Oubli, ensemble.

Le règne de terreur continua, prenant simplement un chemin différent. Elles prirent à leurs ordres ceux qui se montrèrent dignes d'intérêt et de confiance. Elles méprisèrent la population, l'ignorant purement et simplement. Elles anéantirent tous ceux qui tentèrent un soulèvement, qui leur manquèrent de respect ou qui, simplement, osaient juger leur relation.

Le moindre mot de travers était puni. La fidélité et la dévotion étaient récompensées.

Cela leur prit quelques années, mais elles trouvèrent une faille dans le dôme magique qui les gardait prisonnières. Elles s'en échappèrent et, très vite, sur Auradon, les familles royales commencèrent à s'éteindre les unes après les autres, sans que personne ne comprenne comment ou pourquoi.

Les survivants furent placés sous protection, mais elles étaient inarrêtables, et leur massacre continua jusqu'à ce que la dernière goutte de sang royal ait coulée. Ensuite, en un claquement de doigts, elles détruisirent la barrière qui séparait l'île du reste du monde, relâchant une horde de magiciens, de sorcières et d'autres êtres magiques en colère, plein de rancœur et avides de destruction.

Le monde sombra dans le chaos. Des meurtres furent perpétrés. Des populations entières furent décimées. La magie fut utilisée, dans chaque camp. Même si au bout du compte, les camps disparurent, et la guerre se transforma en un immense chacun pour soi.

Au bout d'un moment, la situation se stabilisa. Les survivants formèrent une nouvelle civilisation, bâtirent de nouvelles villes, et élurent de nouveaux dirigeants. Le cas de la magie fut à nouveau évalué et réglementé. Pas interdit.

Des années plus tard, dans les livres d'histoire, les noms de Mal et Evie étaient encore mentionnés, mais personne ne savait ce qu'elles étaient devenues. Ni même si elles avaient véritablement existé. Tout le monde savait qu'elles étaient des figures importantes du bouleversement du monde, mais il n'y avait aucune explication sur leur disparition après la destruction du bouclier magique.

La vérité était que Mal et Evie étaient retournées sur l'île de l'Oubli, se coupant du monde. Elles recréèrent un dôme, pour dissimuler leur existence. Et là, loin des conflits, loin des lois, loin des autres, elles vécurent ensemble, main dans la main, régnant sur un pays oublié où elles n'avaient plus le moindre sujet.

Puissantes.

Libres.

Et ensemble.