Cet OS a été écrit il y a bien trop longtemps…En juin 2018. Oui oui. A la base je voulais faire un recueil de quatre OS sur chaque personnage autour de la peur, mais je n'ai jamais réussi à en écrire pour les garçons et j'ai repoussé encore et encore et encore. Je pense qu'on peut dire que je ne le ferai jamais, et qu'il est donc plus que temps que je vous partage celui de Mal (et peut-être celui d'Evie, mais je l'aime moins donc on verra). Enjoy !
Mal
Angst/Hurt/Comfort
Avertissement : Abus et violence sur enfant, ne lisez pas si ces thèmes vous mettent mal à l'aise.
La peur.
C'était un mot qui avait fait partie intégrante de la vie de Mal dès sa naissance. C'était, en quelque sorte, son héritage.
Elle était la fille de Maléfique, l'une des méchantes les plus crainte et redoutée du monde. Elle devait se montrer digne de ce nom et inspirer la terreur. Les gens étaient supposés trembler à l'évocation de son nom, frissonner d'effroi en découvrant ses prouesses et fuir dès qu'elle faisait son apparition. Insuffler la peur dans les cœurs et les esprits, tel était le destin de Mal.
Mais elle-même la ressentir ? Ça lui avait toujours été absolument interdit.
Alors qu'elle babillait encore dans son berceau cassé, sa mère avait veillé à lui répéter chaque jour à quel point la peur était une émotion réservée aux faibles, aux pathétiques, aux misérables, aux perdants. Et si Mal, qui n'était pourtant qu'un bébé, avait le malheur de montrer des signes de détresse lorsqu'une explosion résonnait non loin du château, ou que des hurlements retentissaient plus forts que d'ordinaire, jamais personne ne la prenait dans ses bras pour la rassurer.
Quelques années plus tard, alors qu'elle n'avait pas encore cinq ans, Mal commit l'erreur d'exprimer sa peur face à la terrible tempête qui se déchaînait à l'extérieur. Impressionnée par le vent qui hurlait, par les terribles bourrasques qui faisaient trembler les fenêtres du château, par les coups de tonnerre qui retentissaient, puissants et terrifiants, elle alla instinctivement chercher du réconfort et de la sécurité auprès de sa mère.
Elle n'exprima jamais le mot peur, elle ne prononça d'ailleurs pas un mot, mais son comportement parlait pour elle. En voyant ainsi sa fille, son héritière, tremblante de la tête aux pieds, les yeux alertes et effrayés, venir se coller à elle en sursautant au moindre bruit, Maléfique n'hésita pas un instant. Elle attrapa le bras de la fillette et la traîna à travers le château jusqu'à atteindre la porte où, sans une parole, elle la jeta dehors et lui referma la porte au nez.
C'est ainsi que Mal passa sa première nuit dehors, seule et sans défense. Mais plus jamais elle n'eut peur des tempêtes, du tonnerre ou du vent.
Mal comprit bien vite que montrer des signes de peur en présence de sa mère entraînait immédiatement une confrontation avec cette peur. Lorsqu'elle émit une hésitation à l'idée d'aller elle-même les approvisionner aux barges de déchets, alors qu'elle n'avait que sept ans, sa mère cessa de lui fournir de la nourriture, l'obligeant à se débrouiller par elle-même et à aller se battre au milieu des immondices pour obtenir de quoi survivre.
Lorsqu'un jour, se retrouvant face à un feu particulièrement puissant et à des flammes particulièrement hautes, Mal eut un mouvement de recul impressionné, elle eut à peine le temps de réaliser ce qui lui arrivait que sa mère s'était emparée de sa main pour la plonger dans les flammes, lui rappelant durement qu'elle était en partie dragon, et que jamais, jamais elle ne devrait laisser le feu l'intimider ainsi.
La rapidité avec laquelle sa main cicatrisa prouva qu'effectivement, elle possédait indéniablement des gènes de dragon, mais elle ne put jamais oublier la sensation de chaleur insoutenable, ni l'odeur de sa propre chair brûlée. Et encore moins le regard froid et imperturbable de Maléfique alors que sa propre main était la proie des flammes, maintenant le poignet de sa fille hurlante de douleur pour l'empêcher de fuir la punition.
Sa mère. C'était probablement la seule et unique chose au monde qu'elle avait été autorisée à craindre dans sa vie.
Cette femme qu'elle admirait tellement, qui était son modèle et auprès de laquelle elle avait passé toute sa vie à attendre une marque d'affection, de fierté ou de reconnaissance était aussi la personne qui la terrifiait le plus au monde. Imprévisible, cruelle, sans pitié, elle avait pris soin de veiller à ce que sa fille, comme tous les autres habitants de l'île et peut-être plus encore, tremble de peur rien qu'à l'idée de lui faire face. Les réprimandes, les coups et les punitions s'étaient multipliés au fil des années, au point que Mal les craignait bien plus que n'importe quoi d'autre.
L'une de ses punitions était la cave du château. La première fois que Mal y avait eu droit, elle avait trois ans, et avait commis la simple erreur de s'excuser après avoir bousculé un des sbires de sa mère. Ça lui avait échappé, par crainte du coup qu'il pouvait lui donner en représailles, mais la conséquence de ses excuses avait été bien pire. Sans le moindre avertissement, Maléfique avait fondu sur elle, lui assénant une gifle monumentale avant de lui agripper la nuque et de l'emporter dans les sous-sols obscurs du château, ignorant ses pleurs.
Pour la première fois, Mal s'était retrouvée enfermée dans un vieux cachot froid et lugubre, rempli d'ossements, de rats et d'araignées. Mais le pire ça avait été l'obscurité. La salle était plongée dans un noir total, dans lequel elle ne pouvait rien distinguer et auquel il était impossible de s'acclimater. L'obscurité y était si intense que c'était de véritables ténèbres où seul l'écho de ses cris résonnait.
Il dut y avoir quelque chose de particulier dans son regard lorsque, des heures plus tard, elle fut autorisée à en sortir. Sa mère comprit rapidement que cet endroit la terrifiait, et ce fut sa punition la plus fréquente. Enfermée dans cette cave, sans lumière, sans nourriture, sans personne à qui parler, sans jamais savoir quand elle pourrait en sortir. Cela pouvait durer des heures ou des jours, mais quelle importance ? Elle n'avait plus aucune notion du temps lorsqu'elle était roulée en boule, engloutie par la peur et l'obscurité.
oOoOoOo
C'était de cette cave qu'elle rêvait le plus souvent.
De cette obscurité terrifiante, étouffante, annihilante, dans laquelle elle se perdait. Les ténèbres devenaient un labyrinthe dans lequel elle courrait désespérément, cherchant une échappatoire, une porte de sortie, une source de lumière, n'importe quoi. Mais tout semblait devenir de plus en plus sombre alors que la voix de sa mère résonnait dans ses oreilles, rebondissant sur les murs impossibles à voir.
Prisonnière, prise au piège, à la merci de Maléfique et des ténèbres, Mal était juste destinée à être dévorée par cette noirceur. Alors elle se roulait en boule et hurlait, suppliant pour que quelqu'un vienne la sauver.
Elle se redressa d'un bond, haletante, la poitrine sur le point d'exploser, la peau collante de sueur, perdue et terrifiée.
— Mal ?
Il fallut un instant à Mal pour réaliser qu'elle était à Auradon, dans son lit, et que c'était la voix d'Evie qui s'était élevée à travers la pièce.
Tout allait bien. Elle était en sécurité. Il y avait de la lumière.
Clignant des yeux, Mal se tourna vers la source de cette lumière, stupéfaite de découvrir une lampe allumée à cette heure de la nuit.
— Tu étais agitée dans ton sommeil, expliqua Evie à voix basse en voyant où s'était posé le regard de son amie. J'ai allumé pour vérifier que tu allais bien et je crois que ça t'a réveillée. Désolée.
Alors que son cœur ralentissait dans sa poitrine, Mal lâcha la petite lampe bleutée du regard pour se tourner vers sa camarade de chambre, qui l'observait d'un air soucieux.
— Est-ce que ça va, Mal ?
— Ouais, parvint-elle à répondre dans un souffle. C'était juste...un mauvais rêve.
Elle n'avait pas besoin d'expliquer davantage. Des mauvais rêves, des cauchemars, peu importe le nom qu'on leur donnait, ils en faisaient tous les quatre, à intervalles plus ou moins réguliers, et de différentes intensités.
— Tu veux en parler ? demanda Evie.
Oui. Libérer ce poids qu'elle avait sur le cœur, parler, se glisser auprès d'Evie dans son lit, l'entendre lui promettre que tout allait bien, qu'ils étaient en sécurité, dormir en sentant sa présence et sa chaleur tout contre elle. Oui, Mal le voulait.
— Non. Je vais juste essayer de me rendormir.
— D'accord, répondit Evie après un bref silence.
Elle tendit le bras en direction de sa lampe de chevet et quelque chose à l'intérieur de Mal vacilla. Un sentiment sur lequel elle n'avait jamais eu le droit de mettre de nom l'envahit, l'inondant de panique à l'idée que l'ampoule ne s'éteigne, que la chambre soit plongée dans l'obscurité totale, la laissant seule avec ses souvenirs.
Elle eut envie de crier quelque chose, de faire quelque chose, n'importe quoi qui stopperait les doigts d'Evie avant qu'ils n'atteignent l'interrupteur.
Tout ce chamboulement à l'intérieur de Mal n'avait même pas duré une seconde, et malgré l'absence de réaction et de son, il dut y avoir quelque chose dans son attitude qui transmit le message, car la lumière ne s'éteignit pas.
— Tu veux que je laisse allumé ? murmura Evie d'une voix si douce qu'elle semblait presque irréelle.
Mal ouvrit la bouche, puis la referma.
Oui. Oui elle voulait.
— Non. Ça va aller. C'est pas comme si j'avais peur du noir ou quoi, répondit-elle avec un sourire maladroit.
Peur. Elle avait peur. Mais elle n'avait pas le droit. Pas le droit de l'admettre, pas le droit de l'exprimer, pas le droit de le ressentir. La peur était une émotion qui lui était interdite.
A nouveau, les yeux d'Evie se posèrent sur elle, et l'étudièrent un long moment en silence. Mal eut envie de détourner la tête, honteuse et embarrassée, mais elle noya cette envie. Elle était à peine plus autorisée à avoir honte qu'à avoir peur. A la place, elle resta immobile, le cœur battant bien trop fort, attendant et redoutant l'instant où Evie capitulerait et éteindrait finalement cette lampe.
— Je vais juste laisser allumer, d'accord ? Je trouve ça plus rassurant pour s'endormir.
Sans plus d'explications, Evie adressa un sourire rapide et discret à Mal avant de se recoucher dans son lit, lui tournant le dos.
Mal resta stupéfaite un instant, sans comprendre. Puis son cœur se mit à ralentir, et ses lèvres s'étirèrent en un sourire reconnaissant.
Elle était à Auradon. Elle avait des amis auprès d'elle. Sa mère était loin, et prisonnière. Elle était en sécurité.
Alors peut-être, peut-être qu'il était temps pour elle d'apprendre à dompter ses peurs de la bonne manière.
